Étiquette : Yamamoto

  • Quelques références de swimbait hooks

    Quelques références de swimbait hooks

    Powerline Texan Twisted
    La dynamique marque française Powerline est une des rares sinon la seule à proposer un swimbait hook fortement lesté (mais pas uniquement). Modèle présenté 4/0 pour 20g. La forme du plomb produit un effet planant. Pour les pêches profondes du brochet en lac par exemple sur des massifs d’herbiers.

    VMC Barbarian
    Sa forme convient aux leurres très fins comme le Gary Yamamoto Senko.


    Owner 5167 W

    Très bon modèle pour les shads dont le corps est peu volumineux et mou (Reins Rock Vib par exemple).

    Lake Fork Swimbait Hook
    Un modèle très large et lesté conçu pour les swimbaits articulés de la marque.


    Owner 5132

    Observez bien l’inclinaison de la pointe de cet hameçon et comparez la avec celle du Owner Beast. Quelques degrés d’écart, mais cela change beaucoup de chose lorsqu’on pêche dans les bois immergés. La pointe étant mieux protégée, on évite ainsi quelques accrochages.

    Gamakatsu Super Lock
    L’autre géant japonais de l’hameçon pour les leurres propose aussi des modèles de swimbaits hooks de très bonne facture.


    Owner Twist Spinner

    Une version à palette pour la prospection de zones aux herbiers isolés. On obtient ainsi un shad à palette qui passe partout sans encombre.


    Owner Beast

    Ce modèle, qui existe en version lestée ou non est incontestablement une référence. Le système Twist Lock, tout comme la large ouverture de la hampe sont deux avantages. Pour la pêche dans les bois immergés, préférez lui le Owner 5132, dont la pointe inclinée passe beaucoup mieux.


    Owner Twist Lock

    Ce système est aussi vendu séparément, ce qui permet de le monter sur d’autres hameçons.

    Owner Shaky Head
    Forme particulière qui permet d’installer un leurre fusiforme. La pointe de l’hameçon est piquée dans le corps du leurre, mais ne le traverse pas. Visiblement, le système du ressort se généralise.

    L’offre des lestages disponibles (poids, formes et dispositions) s’élargit de plus en plus. A vous de trouver ceux qui conviennent aux leurres que vous utilisez.

  • Swimbaits hooks : des hameçons texans qui ont du ressort !

    Swimbaits hooks : des hameçons texans qui ont du ressort !

    Généralisés depuis la mise sur le marché du leurre souple articulé Imakatsu Javalon, les gros hameçons texans n’ont cessé de s’améliorer pour finalement aboutir aux récents modèles dit swimbaits hooks (hameçons pour leurres nageurs).

    Par Jean-Marc Theusseret

    Les hameçons texans sont destinés aux leurres souples pour une utilisation dans les herbiers et les bois morts. Ils sont de ce fait l’une des composantes majeures de la pêche aux leurres modernes. Les modèles classiques, avec leur forme en S juste derrière l’oeillet, n’assurent pas dans bien des cas une bonne tenue du leurre et, de plus, contribuent à réduire la surface dégagée entre la pointe de l’hameçon et le S, ce qui entraîne de regrettables décrochés. Les hameçons swimbaits développés par les grandes marques d’hameçons japonaises ont réglé le problème en modifiant la forme et surtout en imaginant un astucieux système de fixation du leurre en forme de ressort. La pointe du leurre se visse sur le ressort. Il est ainsi fixé fortement, mais le ressort reste mobile. A la touche, il s’escamote et dégage ainsi toute la place disponible de l’ouverture.
    Loin d’être un simple gadget, ce système est très efficace. Vous avez d’ailleurs pu vous en rendre compte en regardant le DVD du n° 90 consacré au brochet. Il s’agissait du Owner 5132 Twist Lock et du Owner Beast lesté, associés à des shads. D’autres marques en proposent également comme Gamakatsu, Eagle Claw ou Mustad, tout comme certains fabricants de leurres comme Lake Fork. Certains sont lestés sur la courbure de sorte que le leurre puisse couler. Devant le succès du fameux petit ressort et face à la demande des pêcheurs, ce système est aujourd’hui appliqué à d’autres formes d’hameçons pour la pêche du black-bass dont profitent également les pêcheurs de brochet. Ce qui n’était au départ qu’un petit accessoire qui servait à mieux faire tenir les gros shads sur un hameçon texan est en traind’être décliné à tous les types d’hameçons de ce type. Et cela permet de pouvoir les utiliser avec des leurres aux formes diverses, car ces hameçons, aussi performants soient t-ils, doivent être rigoureusement choisis pour ne pas entraver la nage d’un leurre tout en permettant de bonnes chances de ferrer efficacement.
    Dans le cas d’un tandem réussi, les décrochages sont finalement peu nombreux, autant avec les black-bass qu’avec les brochets. De quoi réconcilier les pêcheurs avec les hameçons texans, car beaucoup craignent la perte de poissons au ferrage.

    Le rôle du lestage

    Les swimbaits hooks sont conçus pour faire nager un leurre souple à l’horizontale dans la couche superficielle. Les lests sont modérés, de 2 à 5 g environ et rarement d’avantage. En France ils servent surtout à faire évoluer un leurre souple dans les nénuphars et autres plantes aquatiques sur des zones peu profondes. La plupart des modèles lestés sont d’ailleurs très efficaces pour la pêche dans les herbiers et particulièrement dans les nénuphars, car le leurre nage autant en surface qu’un peu en dessous à la moindre trouée d’eau libre. Si la taille de l’hameçon est adaptée à celle du leurre, celui-ci doit nager parfaitement en ligne et doit même afficher une grande souplesse de nage, bien plus réaliste que derrière une classique tête lestée qui souvent le bride. Certains shads nagent mieux que d’autres avec les swimbaits hooks. Ceux qui ont une densité plus importante que l’eau ont clairement un avantage. C’est le cas notamment du Sawamura One Up Shad, des Gary Yamamoto Swimbait, et Swimming Senko. La plupart des autres shads sont en simple plastique, matériau qui manque de souplesse et qui ne s’immerge pas réellement sans l’aide d’un lest.
    Seule leur forme détermine leur équilibre dans l’eau et dans bien des cas ces shads sont assez mal équilibrés. Il est étonnant que l’élaboration de leurres souples plus denses que l’eau n’intéresse pas plus les fabricants. Les seuls modèles existants s’arrachent partout dans le monde tant ils donnent de bons résultats. Même les copies sont mauvaises, car seule la forme est généralement copiée.


    Le prix de l’innovation

    Seul défaut de ces modèles, leur prix élevé, d’environ 7,50 à 8,50 euros les trois hameçons en taille 6/0 ! En bateau ou en float-tube leur perte est toutefois rarissime.
    Le plus grand risque étant de se faire couper par les brochets dans le cas ou ils avalent le leurre. Un bas de ligne en titane très fin, qui ne boucle pas est alors préférable au fluorocarbonne, qui contrairement à ce que l’on croit, se coupe très facilement sous la dent d’esox, même en 70/100.

  • La gamme Sakura s’agrandit en 2012

    La gamme Sakura s’agrandit en 2012

    La septième édition du catalogue Sakura s’enrichit de près de 650 nouvelles références et s’épaissit d’un cahier. Plus qu’un catalogue, ce pavé de 240 pages distille conseils et points de vue. Parmi les points forts de cette gamme 2012, nous pouvons citer les nouvelles cannes Furiozza Micro Guide Limited et les Sükan Neo, les moulinets Sakura casting Oxio disponibles en deux ratio et spinning Kapax, les leurres Sakura : poissons nageurs et leurres souples, soit près de 450 références au total. Autre élément intéressant : les marques internationales distribuées par Sakura en exclusivité (Gamakatsu, Molix, Ima Japan, River2Sea, Gary Yamamoto, Izumi) affichent également leurs nombreuses nouveautés dans ce catalogue. Vous pouvez le retrouver ainsi que tout l’univers de Sakura sur leur site Internet.

  • La fantastique aventure de la pêche aux leurres

    La fantastique aventure de la pêche aux leurres

    L’équipe de Pêches sportives a pris un “virage” important il y a quelques années en prenant la décision d’ouvrir ses pages à la pêche aux leurres. On ne s’y était pas trompé, car cette pêche est aujourd’hui en plein essor. Pour vous permettre de mieux la comprendre, nous avons réalisé un dossier retraçant l’historique de cette pêche, présentant sa situation actuelle, ses orientations et son évolution.

    Dossier réalisé par la rédaction

    A Pêches sportives, nous avons toujours eu plaisir à pratiquer différentes techniques de pêche, de la pêche au coup, à la pêche en mer, en passant par la mouche et la recherche des carnassiers d’où le nom initial du journal créé en 1996. Si la pêche à la mouche occupe toujours une place de choix dans notre magazine, il nous semblait évident qu’une technique aussi proche dans l’esprit que la pêche aux leurres devait également y figurer. La pêche aux leurres a le vent en poupe pour diverses raisons. Premièrement, elle est facile à mettre en oeuvre. Une boîte à leurres dans un petit sac à dos, une bobine de fluorocarbone pour les bas de lignes, quelques petits accessoires, une canne, un moulinet et c’est parti ! Grâce à elle, certains pêcheurs ont redécouvert une pêche citadine, pratiquée durant une paire d’heures, autant pour “prendre l’air” que pour prendre de magnifiques poissons. Deuxièmement, la dégradation des cours d’eau à truites dans nombres de régions françaises, a naturellement poussé les pêcheurs à la mouche à se tourner vers une autre technique. C’est le cas par exemple de bien des pêcheurs bretons, qui ont su profiter du développement de la pêche du bar aux leurres. Idem en Alsace, suite à l’expansion récente des populations d’aspes.

    Le leurre dans l’histoire

    Si depuis une dizaine d’années, il existe dans notre pays comme un peu partout en Europe d’ailleurs, un formidable engouement pour la pêche aux leurres, l’utilisation d’appâts artificiels pour capturer des poissons remonte à l’aube de l’humanité. Des leurres en ivoire de morse vieux de plus de 4000 ans (datation au carbone 14) étaient utilisés par les ancêtres des inuits de la Baie d’Hudson pour prendre sous la glace saumon et ombles arctiques. Depuis bien avant la découverte des civilisations polynésiennes par le capitaine Cook, celles-ci utilisaient des leurres en nacre ou en os de baleine pour capturer à la traîne thons, thazards, coryphènes et autres grands prédateurs marins… Et si nos ancêtres préhistoriques dont la survie du clan dépendait bien souvent du succès de la pêche, vouaient aux leurres de pêche en os, nacre ou ivoire, un véritable culte de l’objet qui ne devait pas seulement être efficace mais beau, de nombreux pêcheurs modernes fétichisent sur le leurre en tant qu’objet à collectionner. Il faut attendre le début du XIXe siècle pour voir apparaître les premiers leurres de pêche sportive ou récréative. Leurre universel s’il en est, la cuiller métallique, ou du moins son utilisation pour la pêche, nous viendrait d’Angleterre. L’histoire raconte que l’épouse d’un lord qui accompagnait son époux sur la barque alors qu’il pêchait dans un des lacs de son domaine, laissa tomber par inadvertance, une cuiller de pique-nique en argent par dessus bord, et la voyant tournoyer en coulant vers le fond, un brochet s’en saisit… En France, ce mode de pêche est mentionné pour la première fois par Charles de Massas dans son célèbre ouvrage “le pêcheur à la mouche artificielle et à toutes lignes » paru en 1859 à Paris. « Nous venions de déjeuner et le gloria normand flambait dans nos tasses. Vous voyez cette petite cuillère me dit mon ami en me présentant celle dont il venait de se servir pour remuer son café. Hé bien, avec elle je vous ferai prendre des perches et des brochets. Seulement il faudra lui enlever son manche et percer deux trous, l’un en haut, l’autre en bas, à ses deux extrémités. Je n’avais jamais entendu parler d’un semblable instrument, et l’incrédulité plus encore sur l’étonnement se peignait sur ma figure. Je ne plaisante pas, reprit mon ami, et pour vous en convaincre voici une cuillère toute disposée et qui m’a été envoyée d’Angleterre, pays où ce genre de pêche est pratiqué partout. Mon ami monta sa ligne à moulinet et y adapta le bas de ligne qui portait la cuillère. Grâce à sa forme et à la résistance qu’elle opposait à l’eau, la petite cuillère tournait avec une vitesse extrême, même en eau morte. Après quelques coups lancés surtout pour mouiller la ligne, il continua et prit onze perches, plus un brocheton de trois livres”.
    En France, la société Mepps, premier fabricant mondial de cuillers a été créée en 1937 et malgré un nom à consonance anglo-saxonne, était tout ce qu’il y a de plus française, même si elle a été récemment, compte tenu du succès de ses productions, rachetée par des capitaux américains. Mepps signifie en effet Manufacture d’Engins de Précision pour la Pêche Sportive. Mais les leurres les plus connus dans le monde sont certainement les Rapalas, fabriqués à l’origine en Finlande et dont le nom de marque tout comme frigidaire est passé dans le langage courant comme synonyme de leurre. Aux Etats-Unis, on estime à plus de 30 millions le nombre de pêcheurs aux leurres, et les chiffres d’affaires générés par cette industrie à plus de 50 milliards de dollars… En eau douce, le poisson le plus recherché dans le monde par les pêcheurs aux leurres est de loin le black-bass. En France, la truite vient certainement en tête suivie par le brochet, la perche et le sandre. En eau salée, sur nos côtes c’est le bar ou loup méditerranéen qui est l’espèce la plus recherchée par les pêcheurs plaisanciers. Les plus grands poissons marins comme les thons ou les marlins peuvent se pêcher aux leurres. Pour les Inuits, les poissons comme tous les êtres vivants ont une âme et cette «inua» apprécie d’être tuée à condition que ce soit par un bel objet, d’où la beauté des leurres eskimo.


    La belle histoire de Lauri Rapala

    Un des événements les plus marquants de l’histoire de la pêche aux leurres concerne le créateur d’un leurre devenu une véritable légende. Il s’agit du Finlandais Lauri Rapala, né en 1905 dans le centre de la Finlande. Cette région plate très boisée regorge de centaines de lacs, à la limite du cercle arctique. Les lacs sont ici très froids et les poissons comme les brochets, truites, perches et corégones ont une croissance lente. A l’âge de sept ans, Lauri et sa mère Mari se sont installés dans la paroisse de Asikkala à soixante kilomètres de Helsinki. En s’inscrivant dans le registre de la paroisse le prêtre oublia le nom (Saarinen) de Mari et y inscrit à la place le nom de leur village d’origine Rapala. En finlandais Rapala signifie « boue ». Au début des années 20, Lauri rencontra Elma Leppanen qui travaillait aussi comme bonne pour la maison Tommola. Le couple se maria en 1928 et emménagea chez les parents de Elma dans le village voisin de Riihilahti. Ils y restèrent jusqu’en 1933. Dans ces années de pénurie et de crise économique, Lauri travailla comme bûcheron l’hiver et comme pêcheur professionnel ou ouvrier agricole l’été. A la pêche, Lauri posait des filets pour le corégone et des lignes de fond pour le brochet et la perche, les captures étant vendues au marché local. Lauri pêchait aussi la truite à la traîne avec un appât, trois truites pour plus de 4 kg rapportait au marché l’équivalent de deux semaines de travail à l’usine. Le travail de pêcheur était rude et solitaire, cela éprouvait constamment Lauri, mais comme il le dit plus tard à ses enfants, au moins il était “libre”. Lauri utilisait une ligne de traîne équipée d’un millier d’hameçons, celle-ci était destinée aux perches et brochets. La ligne était traînée derrière une barque à rames appelée Soutuvene. Les hameçons étaient eschés de vairons que Lauri capturait dans un lac de la forêt avoisinante. Après de nombreuses années, Lauri constata que quelque chose distinguait le vairon se faisant attaquer parmi un banc entier. Cette observation d’une nage ondulée légèrement décentrée d’un poisson blessé ou malade allait changer la vie de Lauri. « Notre père comprenait vraiment la pêche », dit Risto. Il reconnaissait les relations entre la topographie des fonds et la localisation des poissons. Il apprit comment les poissons se nourrissaient et comment ils se déplaçaient d’une zone à une autre. Il pensait qu’un leurre pourrait l’aider à capturer plus de poissons et gagner plus d’argent. Un leurre bien fait éviterait aussi de constamment escher les lignes avec des vairons. Les vairons meurent, un leurre ne meurt pas. Alors Lauri tailla, coupa et forma du bois jusqu’à ce qu’éventuellement un leurre commence à prendre forme. Lauri travailla dur, mais son désir initial de simuler un poisson malade échoua. Il observa que son leurre n’avait pas la nage désirée d’un poisson blessé. Il continua d’expérimenter avec divers montages d’hameçons et de bavettes en tôle de gouttière. Finalement, en 1936 avec un couteau de cordonnier, une lime et du papier de verre, il forma dans du bouchon son premier leurre adéquat. L’extérieur du leurre était recouvert de papier aluminium de barre chocolatée et de fromage emprunté chez le voisin. Le vernis n’étant pas disponible Lauri fondit du film négatif photographique afin de protéger la surface du leurre. Ce premier leurre existe encore de nos jours, il est noir de dos, doré sur les flancs et blanc dessous, tout comme les vairons du Lac Paijanne. Une fois terminé le leurre fût traîné avec une ligne attachée au bout de son pouce afin d’éviter la perte du leurre. Il imitait si bien un vairon que les truites et brochets ne tardèrent pas à se jeter dessus. La petite entreprise familiale qui fabriquait à la main environ 1000 leurres par an connu le succès que l’on sait et devint dès les années 1970 le premier fabricant de poissons nageurs au monde.


    Des leurres à récupération irrégulière

    Les leurres Rapala comptent des modèles légendaires comme le Countdown (une référence pour la pêche de la truite), le Magnum qui a permis de prendre des milliers de poissons dans les eaux tropicales ou le Shad Rap avec sa longue bavette qui offrait à l’époque de sa sortie la possibilité de pêcher plus en profondeur. Les leurres Rapala ont connu le succès sur tous les tableaux, de la pêche de la truite en ruisseau jusqu’à la pêche à la traîne en mer. Mais les leurres Rapala sont conçus sur un principe qui n’autorise pas une récupération très variée. On peut agrémenter leur récupération d’arrêt (stop and go) mais dans l’ensemble, leur nage est bien rectiligne.  Parallèlement la marque américaine Creek Chub s’était spécialisé depuis longtemps dans la mise au point et la fabrication de leurres en bois à hélices (plugs) ou du genre popper, avec également un grand succès. En Europe, Hardy occupait également le secteur des leurres en bois dès le début du XXe siècle. Tous ces leurres fonctionnaient sur le principe quasi identique d’une nage rectiligne. C’est ce qui a poussé les pêcheurs américains et japonais, grands amateurs de pêche au black-bass à développer des gammes de poissons nageurs pouvant être animés par le pêcheur. Cela c’est fait naturellement, face à des populations de black-bass de plus en plus difficiles à leurrer au pays du no-kill et des grands tournois médiatisés. Ainsi sont apparus des poissons nageurs de toutes sortes, aux qualités vraiment nouvelles. L’élaboration des premiers modèles a pris des mois, voire des années. Les formes, les densités, les matières utilisées ont fait l’effet d’une bombe dans le monde de la pêche aux leurres. En France, il aura fallu attendre le début des années 1990 pour commencer vraiment à profiter des premiers modèles importés du Japon ou d’Amérique du Nord. Le leurre de surface Lucky Craft Sammy 100 ainsi que le Heddon Super Spook se sont arrachés dès leur arrivé sur l’ensemble du littoral français. Leur nage en zig-zag, leurs corps équipés de billes sonores ont surpris les bars, qui ne s’attendaient sans doute pas à un tel effet ! Les importateurs se sont vite retrouvés débordés par ces deux leurres qui se sont vendus comme des petits pains. Avec le développement d’Internet, le marché de l’occasion s’emballe entre les périodes d’approvisionnement pour ces deux modèles et les prix atteignent cinq à huit fois celui du neuf ! Vers le milieu des années 1990, les choses s’accélèrent et l’on voit apparaître en France comme dans tous les pays où la pêche sportive est développée, de larges collections de poissons nageurs nouvelle génération. Certains pêcheurs français se sont intéressés de près à cette évolution bien avant le développement que l’on connaît désormais.
    C’est le cas de Franck Rosmann, président de l’association Black Bass France (BBF), ou de Hiroshi Takahashi, venu du pays du leurre s’installer en France au départ pour ces études et qui aujourd’hui développe le département leurre chez Illex (Sensas). Tous deux ont largement contribué à travers leurs articles, leurs rencontres et leurs animations la faire connaître cette technique auprès des pêcheurs français.
    Après les leurres de surface, ce sont les modèles à bavettes, (jerk bait, que l’on peut traduire par “appât à faire danser ”) qui font leur apparition dans l’Hexagone. Et là non plus, nous ne serons pas déçus ! Toujours pour la pêche du bar Lucky Craft, propose un leurre best seller, qui ne laisse personne indifférent, le Flash Minnow. Vincent Debris, le célèbre détaillant parisien (Des Poissons Si Grands), nous confiait il y a peu : “sur dix leurres pour la pêche du bar nous vendons six ou sept Flash Minnow…”. Si ce leurre est devenu un classique dans de nombreux pays, son succès en France s’explique par le fait qu’il n’avait à l’époque quasiment aucun concurrent. Le principe du Flash Minnow, surtout avec la version suspending (qui reste à la même profondeur lorsqu’on arrête sa récupération) est le fruit d’une longue recherche. S’il peut être utilisé en traîne lente, le Flash Minnow prend une tout autre allure lorsqu’on l’anime. C’est purement un leurre pour la pêche au lancer. Scion au ras de l’eau, les mouvements imprimés à la canne animent le leurre. Le rôle du moulinet étant réduit à avaler le “mou”.
    Selon la variété des animations (twitching ou jerking), le leurre se décale tantôt à droite, tantôt à gauche, plonge brusquement, ou au contraire remonte pour marsouiner en surface ! Le succès du Flash Minnow tient en un équilibre subtil, dont dépend la répartition des différents lests qui le composent. On y trouve, un lest fixe en cuivre au centre (en bas), deux billes métalliques dont une qui circule dans le canal et qui a deux fonctions. Premièrement pouvoir se placer à l’arrière du leurre afin de le stabiliser lors du lancer et deuxièmement revenir à l’avant lors de la récupération pour donner la bonne inclinaison au leurre tout en battant le rappel en tapant contre les parois. Dans la tête du Flash Minnow sont logées deux billes en verre et une bille métallique, les trois de petites tailles. Le son produit et cette fois très clair. Dans l’eau, on parle de sons à hautes fréquences pour les sons aigus, et de basses fréquences pour les sons graves. Le mélange des fréquences qui s’échappent du Flash Minnow contribue sans doute beaucoup à son efficacité.
    Toutes les marques japonaises proposent des jerk baits souvent très performants. Citons chez Illex le Jason S, le Squad Minnow 95 SP, la série des Arnaud (flottant, coulants et suspending), ou encore la série des Squirrell, tous excellents dans leurs domaines. Le Vision de Megabass est un incontournable tant en eau douce qu’en mer. Chez Smith, le Saruna, flottant ou suspending est un concurrent du Flash Minnow, tout comme le Smith Wavy. Les jerk baits donnants de bons résultats sur le bar sont aussi très efficaces sur les brochets, même si les fabricants ont développé des modèles spécifiques pour cette espèce, comme l’incontournable Lucky Craft (encore eux nous direz-vous…) B’Freeze, un jerk bait plus haut en section que les modèles pour le bar, ce qui génère des déhanchements plus lents et plus marqués, ainsi qu’un effet de rolling, révolutionaire à l’époque. Les modèles à longues bavettes (longbill minnows et crankbaits) ont permis d’explorer des couches d’eau plus profondes, jusqu’à 4 mètres environ et là encore le choix est large, avec parfois des produits qui sortent de l’ordinaire par leur conception (Zenith Bullet, Staysee Lucky Craft, DUO Cranck Minnow, Megabass Deep X 200 T, Hi-Dep Crank River2Sea, Deep Little N et DD22 de Bill Norman) sur lesquels on peut compter. L’ancêtre des crankbaits est le Helin Flatfish, tout droit sorti de l’imagination de l’Américain Charles Helin dans les années 30. Les poissons nageurs à bavettes étant toutefois limités en profondeur, il fallait bien trouver un moyen de continuer “l’exploration”.
    La solution fut trouvée avec les lipless, des leurres sans bavettes, coulants, et qui peuvent s’utiliser jusqu’à environ 10 mètres. Les lipless sont déclinés en différentes tailles pour la pêche de la perche, du brochet ou du bar. Ces leurres étant particulièrement dense, leur taille est limitée à environ 90 mm pour une trentaine de grammes. Ils sont dans la plupart des cas généreusement équipés de billes sonores qui font merveille notamment sur les brochets. Ici s’arrête (pour le moment car les recherches sont permanentes) le domaine des poissons nageurs. Il est possible de pêcher beaucoup plus en profondeur avec des leurres durs, mais cette fois avec des jigs, dont l’ancêtre n’est autre que le poisson d’étain. Encore peu exploitée par les français, et pour finir en beauté, il est bon de promouvoir la pêche aux crankbaits très peu plongeants (dont les fameux Fat Rap et autres Plucky et Floppy furent parmi les premiers à nager dans nos eaux) et aux plugs de sub-surface (Lucky13 de Heddon) Cette pêche, riche en émotions, se distingue un peu de la pêche au topwater purs car ces leurres remuants aux formes farfelues (comme aimait à les créer Fred Arbogast dès les années 30 outre Atlantique mais apparus dès la fin des années 1800 sous les marques Pflueger, Oreno, Shakespeare qui perdurent encore aujourd’hui) se récupèrent au moulinet, sans trop d’animations. Sur un leurre en mouvement, les attaques sont d’autant plus violentes que celui-ci perturbe, par son action, le territoire d’un prédateur ! Décharges d’adrénaline garanties. (Illex Bunny, Kazzla Imakatsu, Cicada Pop et Kranky S43 River2Sea).


    L’avenir de la pêche aux leurres souples

    La pêche aux leurres souples est historiquement moins ancienne que la pêche aux poissons nageurs, mais pour les pêcheurs français, elle s’est pratiquée intensivement avec le développement du sandre dans les années 1980. Les produits Mister Twister, développés par la société Mepps, sont donc bien connus, tout comme les leurres souples de la société française Delalande. Mais là encore, les Japonais et les Américains ont développé intensivement le monde des leurres souples en variant les formes, les matériaux et surtout en incorporant des attractants dans les leurres. Aujourd’hui, plus aucune marque ne propose de leurres souples sans variantes avec attractant (sel, extraits de crustacés…), qu’il s’agisse de Gary Yamamoto, Berkley, AMS, Storm, Mann’s, Illex, River2Sea, ou Megabass. Les attractants ont pour but de rendre les leurres souples moins artificiels lorsque les poissons s’en emparent, et évitent ainsi des ratés à la touche, mais aussi d’en modifier la densité (sel). Avec le sandre toujours tatillon, c’est un plus indéniable, surtout s’il s’agit de montages à plombée coulissante. Le montage texan est sur ce point parfait, le plomb en forme de balle coulisse librement devant le leurre, et son hameçon simple spécial reste des plus discret car sa pointe immerge à peine du corps du leurre. Ce montage transposé à la pêche du sandre a été imaginé pour permettre de pêcher les black-bass sur des postes très encombrés d’obstacles. Cela démontre une fois de plus que le développement et la conception des leurres souples ou durs est étroitement lié à la pêche du blackbass.
    Depuis une vingtaine d’années, les principales évolutions techniques apportées aux leurres proviennent de cette pêche en raison d’une part de l’extraordinaire faculté d’adaptation du black-bass à se méfier des leurres qu’il connaît et d’autre part en raison des enjeux que représente la pêche sportive de ce poisson aux Etats-Unis et au japon. Certains tournois sont dotés de primes colossales qui peuvent atteindre un million de dollars ! Cela incite à bien pêcher ! La pêche aux leurres souples c’est la liberté. La liberté des formes, des montages, des profondeurs de pêches, etc. Tout est donc possible aussi bien en mer qu’en eaux douces. A tout cela vient s’ajouter des prix moins élevés que ceux des poissons nageurs. Cela explique que la pêche aux leurres souples se développe fortement en France et ailleurs. Que ce soit pour le brochet, le sandre, la perche, le blackbass ou le bar, jamais nous n’avons disposé d’un tel choix de modèles et d’une aussi grande variété de montages. Et comme en matière de matériel de pêche, tout n’est qu’un éternel recommencement, nous voyons arriver sur le marché des leurres “hybrides” mi poissons nageurs, mi leurre souple. Illex, Storm ou Megabait ont développé ce marché relativement nouveau pour les pêcheurs français et qui a l’air de mieux percer sous la forme de big baits que sous celle des crankbaits et des minnows.


    Le cas de la pêche du bar

    L’époque faste de la pêche du bar aux poissons nageurs citée ci-dessus fut de courte durée. Devant l’engouement qu’a suscité l’arrivée des premiers leurres de surface nouvelle génération (Sammy, Super Spook, Z-Claw, Bonnie…) il y a une quinzaine d’années, nos bars ont très vite appris à se méfier de ces drôles de proies sonores, comme ils l’avait fait auparavant avec les poissons à hélices (le fameux Big-Big ou les MirrOlure par exemple). Il faut savoir qu’un bar grandit très lentement. Un poisson de cinq kilos peut avoir plus de vingt ans. Autrement dit, les juvéniles d’il y a quinze ans ont par fougue, agressivité ou nécessité alimentaire, pour la plupart connu la désagréable surprise de se retrouver clavé sur les deux, voire trois hameçons triples que comportent ces leurres. Ils ont eu le temps d’apprendre (pour ceux qui ont échappé aux pêcheurs professionnels ou de loisirs). Depuis trois ou quatre ans, le constat est général sur les zones les plus pêchées, les poissons nageurs engendrent de nombreux refus, et les poissons qui suivaient les leurres jusqu’au bateau font désormais demi-tour beaucoup plus tôt ! Premier enseignement, les billes sonores qui attiraient tant les bars par le passé sont un inconvénient par mer calme. Les pêcheurs en sont venus pour certains à percer leurs Sammy ou leur Super Spook pour coller les billes à l’intérieur de façon à ce qu’elles ne bougent plus ! Un leurre de surface non bruiteur comme le Smith Zip Sea Pen a trouvé d’un coup de nombreux preneurs. Nous avons vécu cette expérience avec le guide de pêche Thierry Patin-de-Saulcourt dans la région de Morlaix, par une mer d’huile. La différence était flagrante entre les leurres bruiteurs et les autres. Second enseignement, après les leurres de surface, les jerkbaits, long-bills, et autres lipless, les bars ont été très (trop ?) sollicités avec des poissons nageurs dans toutes les couches d’eau jusqu’à environ 8 ou 10 mètres. Certes, les poissons nageurs continuent de prendre des bars, mais l’époque des pêches faciles semble révolu surtout par “petit temps”. Lorsque la mer est formée et que la houle vient se briser sur les rochers, un poisson nageur sera pris plus facilement s’il évolue dans l’écume qu’au milieu d’une eau cristalline non agitée. Alors, la nouvelle tendance est de les pêcher aux leurres souples, surtout en dessous de cette profondeur, c’est-à-dire là où ils sont plus tranquilles, jusqu’à une profondeur qui peut dépasser les trente mètres… La qualité du sport y perd beaucoup, fini les belles attaques en surfaces, car c’est avant tout une recherche à l’écho sondeur. En revanche la pêche du bar aux leurres souples reste très agréable à pratiquer dans peu d’eau. Moins “artificiels” que les poissons nageurs, silencieux, les leurres souples sont des armes redoutables pour prendre des bars méfiants. Les modèles qui conviennent pour la pêche du bar sont fort nombreux. Ils imitent des petits poissons ou des civelles, avec plus ou moins de réalisme au niveau des formes et des couleurs. Associés à des têtes plombées de différentes formes, leur nage est des plus excitantes.


    Un nouveau venu, l’aspe !

    Peut-être ne connaissez-vous pas ce cyprinidé très particulier originaire du bassin du Danube et de l’Elbe. L’aspe (Aspius aspius), est donc un cyprinidé principalement carnassier. Sa présence dans le Rhin est signalée depuis au moins vingt à trente ans, mais jusqu’à la fin des années 1990, elle était plutôt anecdotique. L’aspe est arrivé dans les eaux du Rhin par les canaux et son développement soudain est sans doute imputable aux plusieurs années de canicule qui ont marqué les premières années 2000. Toujours est-il qu’en quelques années, les populations d’aspes ont véritablement explosé sur le Rhin et ses affluents, notamment sur l’Ill. Comme tous les cyprinidés, l’aspe se satisfait d’exigences biologiques faibles. C’est pourtant un cyprinidé d’eaux courantes, mais on le trouve aussi dans les ports ou les canaux. Au niveau de Strasbourg, on le trouve sur le cours originel du Rhin (Vieux Rhin), sur le cours navigable, sur l’Ill, ou dans les eaux mortes du Port autonome. Sa pêche aux leurres fut expérimentée par de jeunes pêcheurs strasbourgeois, qui très vite se sont rendu compte des possibilités intéressantes que représentait ce poisson pour la pêche aux leurres. Leur expérience est relatée dans un superbe documentaire intitulé, L’Aspe, le seigneur du Rhin, signé Nicolas Dupuis, diffusé actuellement sur Seasons. Tout d’abord, l’aspe, qui chasse volontiers dans les bancs d’ablettes, prend très bien les poissons nageurs d’une taille de 80 à 100 mm, notamment en surface ! La surprise fut de taille d’autant que l’aspe atteint couramment une taille de 60 à 70 cm. Les plus gros sujets peuvent atteindre le mètre et peser jusqu’à 8 ou 9 kilos. Toujours par les canaux, et par le Rhin, l’aspe continue son expansion. Il est présent sur la basse Moselle, l’Yonne et sans doute a t-il déjà passé la ligne de partage des eaux pour gagner le bassin du Rhône via le canal du Rhône au Rhin qui relie Montbéliard à Mulhouse. Il va falloir songer à aller promener un stick bait dans les eaux du Doubs du coté de Montbéliard dès les prochains beaux jours… L’aspe est réellement un poisson de sport, d’une part parce qu’il attaque volontiers les leurres de surface avec fougue durant la belle saison et d’autre part en raison du faible intérêt de sa chair pour la consommation. Contrairement au sandre, l’aspe n’intéressera ni les pêcheurs professionnels, ni les pêcheurs amateurs voulant tiré profit de leur pêche. Et ça, c’est plutôt une bonne nouvelle !

  • L’Aspe ou les frasques d’un cyprin pas comme les autres…

    L’Aspe ou les frasques d’un cyprin pas comme les autres…

    Dix ans après son développement spectaculaire dans le Rhin, puis dans la Moselle, l’aspe continue discrètement son évolution sur le territoire français. Le temps est donc venu de faire le point sur sa situation géographique, sa pêche et ses moeurs. Le plus chasseur de tous les cyprins n’a pas fini de faire rêver les pêcheurs aux leurres, tant son activité en surface est spectaculaire.

    Par Jean-Marc Theusseret

    Signalé pour la première fois en 1972 dans le département du Bas-Rhin, l’aspe (Aspius aspius, Linné 1758) se conduisit en arlésienne jusqu’au début des années 2000, comme avant lui le sandre et le silure.Voyageurs clandestins, ces trois espèces ont migré discrètement, via les canaux, depuis le bassin du Danube pour rejoindre le Rhin franco-alémanique. A la fin des années 1990, le Conseil supérieur de la pêche (CSP) le recense sur six des sept stations (essentiellement des passes à poissons) des rivières Lauter, Sauer, Hot, Modern Rossmoerder, l’Ill et bien sûr celle du Rhin canalisé (grand canal d’Alsace). Bien qu’il soit difficile d’expliquer pourquoi une espèce nouvelle dans un milieu peut rester en “sommeil” durant plusieurs décennies avant de se développer de façon spectaculaire, il semblerait que les années de fortes chaleurs soient favorables au développement de l’aspe. Selon les pêcheurs alsaciens, l’été caniculaire de 2003 fut le déclencheur de son développement massif dans l’Ill à Strasbourg. Comme tous les cyprinidés, l’aspe se nourrit et se déplace lorsque les eaux se réchauffent. Les trois derniers étés que nous venons de vivre, particulièrement secs et chauds dans l’Est de la France, pourraient donc parfaitement donner lieu à une nouvelle phase d’expansion.

    Développement de l’espèce

    Depuis qu’il a colonisé le Rhin sur la quasi-totalité de son cours canalisé, mais également son lit originel (vieux Rhin), l’aspe peut compter sur les canaux pour conquérir de nouveaux territoires : celui de la Marne au Rhin où il est de plus en plus signalé par les pêcheurs au coup qui prennent des individus juvéniles et celui du Rhône au Rhin, où il semble en revanche bloqué depuis presque dix ans dans la banlieue est de Mulhouse.

  • Leurres souples, si on vérifiait leur densité ?

    Leurres souples, si on vérifiait leur densité ?

    Le sujet peut sembler farfelu, voire inutile. Pourtant rien n’indique au consommateur sur les sachets si les leurres souples flottent ou au contraire coulent. Pour toutes les techniques de pêche, ce détail à une grande importance, car il détermine l’équilibre des leurres dans l’eau.

    Étrangement, les pêcheurs se soucient systématiquement de la densité des poissons nageurs, mais jamais de celle des leurres souples. De leur coté, les fabricants ne mentionnent pas ce paramètre physique sur les sachets, laissant le pêcheur découvrir si le leurre flotte comme un bouchon ou au contraire coule purement et simplement. Deux leurres de taille équivalente peuvent montrer une densité très différente une fois dans l’eau. En action de pêche, cette différence saute aux yeux. La densité d’un leurre souple influe directement sur sa position dans l’eau, donc sur sa présentation au poisson. En ce qui concerne les montages “weight less” (sans lestage), la densité des leurres est capitale afin d’obtenir l’effet souhaité.
    De la densité découle l’équilibre du leurre. Les leurres lourds, qui coulent lentement mais sûrement, sont généralement très bien équilibrés. Ils piquent généralement du nez (pour ce qui est des shads, dont la forme favorise cette tendance). Leur position bien à l’horizontal, lorsqu’ils sont ramenés en surface ou juste sous celle-ci, rend la progression du leurre régulière et précise. Le Sawamura One Up Shad, dont la réputation dépasse largement le Japon, est un shad idéal pour ce type de pêche. Ramené rapidement, il se tient dans la pellicule de surface, mais devient capable de descendre de quelques décimètres pour explorer une trouée dans les herbiers si l’on ralentit la cadence. Les leurres flottants ne peuvent autoriser une telle polyvalence.

    Le cas du drop shot

    Voici une autre technique où la densité des leurres est capitale dans la présentation du faux appât au poisson.

  • La pêche linéaire des carnassiers au leurre souple

    La pêche linéaire des carnassiers au leurre souple

    Les leurres souples se sont progressivement installés dans le paysage de la pêche récréative française. Utilisés en animation linéaire, ils peuvent obtenir de très bons résultats. Explications.

    Par Philippe Collet

    Je fais partie de ces pêcheurs issus de l’école Drachkowitch qui ont attaqué la pêche mobile des carnassiers avec la technique du poisson mort manié et appris à animer leur montage en dents de scie, par saccades successives plus ou moins vives avant un retour planant quasi systématique vers le fond. A l’époque, le passage aux leurres souples ne s’est pas fait facilement. Nous avions du mal à croire en ces bouts de plastique et avions tendance à les animer de façon identique à un poisson mort. Ils étaient d’ailleurs souvent enfilés sur une monture destinée à cette technique. Cette façon d’animer m’est restée longtemps. Je n’ai finalement découvert les vertus de la pêche linéaire au leurre souple qu’assez récemment et ai alors commencé à diminuer le nombre de coups de scion au profit des tours réguliers et dosés de manivelle de moulinet. L’animation linéaire n’est pas nouvelle, elle s’apparente à celle qu’ont pratiquée pendant des lustres (et pratiquent encore) les pêcheurs de carnassiers à la cuillère tournante, avec les cuillères lourdes Lusox de Mepps par exemple. J’ai pris le cas de cette cuillère lestée en tête car elle permet une animation lente au ras du fond en eau profonde et autorise une pêche très précise et efficace à condition de se concentrer sur ce que l’on fait. La nouvelle génération de pêcheurs est habituée à animer de façon linéaire des leurres divers du type crankbaits, lipless ou spinner baits et a donc adapté plus naturellement cette technique à la pêche au leurre souple.
    Lancer puis ramener un leurre peut paraître simple et rébarbatif. Pratiquée n’importe comment, cette technique ne présente pas beaucoup d’intérêt. Elle est toutefois beaucoup plus subtile qu’il n’y paraît car, pour être réellement efficace, le leurre doit passer dans la bonne couche d’eau ou au ras du fond.
    Cette technique est la seule efficace certains jours. Elle permet la prise régulière de tous nos carnassiers, et particulièrement des sandres, et elle permet en été de les rechercher rapidement entre deux eaux. Elle est aussi très efficace en période froide pour prospecter au ras du fond. C’est là d’ailleurs qu’elle est la plus difficile à mettre en oeuvre, qu’elle demande le plus de concentration pour bien présenter son leurre et ne pas trop s’accrocher.


    La technique

    La base de la pêche linéaire est un ramené horizontal régulier, plus ou moins rapide selon la réaction des poissons. La hauteur de pêche est conditionnée par le niveau où se tiennent ces derniers. En hiver, un ramené lent au ras du fond est privilégié, alors qu’en été une pêche des couches d’eau intermédiaires plus rapide est souvent productive. Selon l’humeur des poissons, la vitesse de récupération est plus ou moins importante. De façon générale, la prospection est rapide sur les chasses ou dans les eaux chaudes. Elle ralentit dans les eaux froides. Plus la vitesse de récupération est lente, plus le leurre doit être souple pour continuer à pulser sans s’arrêter. Dans certaines conditions, la pêche n’est productive qu’à très faible vitesse, à la limite du décrochage du leurre. Depuis un bateau, en pleine eau, on laisse couler le leurre vers le fond ou la couche d’eau à prospecter, puis on le ramène en moulinant régulièrement. Le principal souci est de ne pas ramener trop vite, pour éviter que le leurre ne remonte trop vers la surface.
    Il est judicieux de commencer à pratiquer cette technique sur des fonds propres et réguliers et de veiller à rester à proximité immédiate. Après avoir lancé, on bloque le dévidement de son fil et on le suit des yeux jusqu’à le voir se détendre brusquement, signe que le leurre a touché le fond. On décolle alors le leurre d’un petit coup de scion et on commence à mouliner. On peut marquer un arrêt au bout de quelques mètres pour vérifier le niveau atteint. Si la détente du fil est immédiate, c’est qu’on était resté dans la bonne couche d’eau. Si elle se manifeste après plusieurs secondes, on était remonté trop haut. Il convient alors soit de ralentir encore le ramené, soit d’augmenter le poids de la tête plombée, soit d’en changer en privilégiant un modèle de tête plus fusiforme. On pourrait aussi, à l’extrême, diminuer le diamètre du fil ou de la tresse pour favoriser la descente. Le leurre a également son importance dans la technique. Ce dernier doit opposer une résistance à l’eau, on privilégie donc les modèles de type shad à caudale.
    Le réglage de l’animation s’effectue en jouant sur l’ensemble de ces paramètres. On doit réaliser une prospection horizontale régulière en appuyant le leurre et le fil sur la colonne d’eau traversée. Sous l’eau, le fil ne décrit pas une droite mais un arc de cercle. Plus le diamètre est gros, plus l’arc de cercle est prononcé et le leurre tiré verticalement. Plus la tête plombée et le leurre offrent de prise à l’eau, plus ils remontent ou peuvent supporter de faibles vitesses de ramené. En conjuguant tout cela on arrive facilement, avec un peu de pratique, à faire évoluer son leurre horizontalement à distance. On pratique en fait une forme de pêche verticale (prospection horizontale à la verticale d’un bateau en mouvement, voir Pêches sportives n° 73) en lancer ramené. Si on veut aller vite, on surdimensionne le plus souvent la tête plombée et on choisit un modèle profilé. Si on souhaite utiliser un petit leurre léger et planant et éviter qu’il ne remonte trop, on choisit un fil fin.


    Les variantes

    La technique doit bien sûr être adaptée aux eaux prospectées. On est rarement en présence de fonds réguliers et on a plus souvent des berges aux pentes plus ou moins abruptes ou des cassures à prospecter. On effectuera alors un mélange de cette technique en prospection horizontale avec de la chute libre verticale (elle aussi linéaire) très efficace, notamment sur les percidés. L’objectif est de raser au plus près les contours du fond sans trop les toucher. Un leurre qui plonge, en suivant une cassure droit vers les carnassiers qui y sont embusqués, a toutes les chances de déclencher leur attaque. Lorsqu’on pêche en pleine eau, on peut déroger à l’animation strictement horizontale et réaliser des montées et des descentes amples en levant et rabaissant la canne tout en continuant à mouliner régulièrement.

    L’exemple du canal proche de chez moi

    Le profil de ce canal est le plus souvent constitué d’un chenal central envasé, encadré par deux pentes plus ou moins douces en sables et graviers ou cailloutis, qui mènent à une bordure plate plus ou moins large et profonde, dans les mêmes matériaux.
    Lorsqu’on prospecte les berges de ce canal, très monotone vu de l’extérieur, on cherche à coller le plus possible aux irrégularités des pentes, car les sandres et les perches se trouvent là et non au milieu. On lance au ras de la berge d’en face et on attend le contact avec le fond, souvent proche. On décolle le leurre d’un ou plusieurs petits coups de scion successifs pour trouver la cassure ou le début de la pente. On effectue ensuite une glissade (linéaire) de la marche du haut, parfois très étroite, le long des palplanches jusqu’au fond, en collant au plus près à la pente. On s’engage ensuite sur le début du fond vaseux, peu intéressant, avant de ramener plus vite pour recommencer l’opération. La majorité des touches a lieu à la descente, quelques-unes lorsqu’on accélère pour recommencer. On essaie de lancer le plus possible en diagonale pour augmenter la longueur de prospectionde cette zone de cassure fructueuse. Si on lance trop loin de la berge, on perd beaucoup en efficacité car le leurre ne longe plus la pente. En période chaude, on ne cherche pas à descendre jusqu’au fond, mais on descend les premières marches ou une partie de la pente avant de traverser le chenal de façon linéaire assez rapide. Les sandres sont a priori suspendus sous 1 ou 2 mètres d’eau et font des touches souvent violentes.

    Casting ou spinning ?

    Chaque technique a ses adeptes. Le moulinet à tambour fixe (spinning) permet de lancer plus facilement des leurres légers. Le moulinet à tambour tournant permet de réaliser facilement des relâchés contrôlés au pouce (fil tendu pour la détection des touches) à la descente. Il offre aussi souvent un faible ratio propice aux animations lentes. On peut selon le type de poste passer de l’une à l’autre.


    Les leurres et les têtes

    On va privilégier des leurres capables d’appuyer sur l’eau et de se maintenir à une profondeur donnée en fonction de la vitesse qu’on leur imprime. Pour cela les shads à caudale pisciforme sont les plus adaptés. Les grubs (virgules) et les créatures qui poussent de l’eau peuvent aussi être utilisés. Les leurres fusiformes opposent trop peu de résistance.
    De la même façon, les têtes plombées ont beaucoup d’importance et conditionnent la vitesse d’animation. Une tête en forme de poisson ou fuselée va fendre l’eau très vite et permettre à poids égal d’atteindre une profondeur ou une vitesse plus importante. A l’opposé, une tête football appuiera plus sur l’eau et limitera la descente du leurre. Elle peut être utilisée, par exemple, lorsqu’on a besoin d’un peu plus de poids pour lancer loin, mais que l’on ne souhaite pas pêcher profondément.

    Quelques leurres pêle-mêle

    Le Shaker chez Lunker City (Flashmer), le Turbo Shad chez Bass Assassin, les Ripple Shad et Pulse shad Powerbait chez Berkley, les Sanec chez Pafex, les Stanley (AMS), Fury Shad et Shad GT chez Delalande, HS Shad chez Spro, Pro Shad et Pro Jointed Minnow chez Storm, Swimming Senko et Swimbait chez Gary Yamamoto (Sakura). Cette liste n’est bien sûr pas exhaustive.

    L’armement avec un hameçon chance

    Dans cette pêche, les poissons peuvent suivre le leurre et l’attaquer en pinçant simplement sa caudale. Leur attaque est d’autant plus précise que le leurre est animé lentement. Si l’on enregistre des touches sans suite ou, pire, qu’on se fait voler la queue d’un shad un peu fragile au ferrage, il devient nécessaire de doter son montage d’un hameçon chance. Le montage classique consiste à relier un hameçon triple n° 6 ou 8 à un petit morceau de tresse ou de crinelle d’acier, si les brochets sont présents, et à le placer avant le rétrécissement de la caudale. Pour les petits leurres, et si je m’adresse aux sandres ou aux perches, je préfère un montage beaucoup plus fin. J’utilise un hameçon simple léger et à large ouverture de type hameçon mouche à streamer (ici un Ayabusa 751 N taille 8). Cet hameçon est très piquant. Il est suffisamment solide pour résister au combat avec un beau sandre, à condition d’avoir préalablement réglé son frein correctement. Il est fixé directement pointe orientée vers le haut, sous un peu de matière, dans la partie renflée de la caudale. Attaché à un brin de tresse, il ne bride pas le mouvement de cette dernière et permet d’armer le leurre jusque sa dernière extrémité. J’espère que ces quelques lignes vous inciteront à vous essayer à cette technique (si ce n’est déjà fait) et à redécouvrir des poissons mordeurs dans des eaux ou à des périodes où vous ne l’auriez pas soupçonné.
  • La pêche dans les herbiers avec de gros soft baits

    La pêche dans les herbiers avec de gros soft baits

    Dans les plans d’eau parsemés de végétation aquatique, la pêche peut devenir difficile dès le printemps avec des leurres traditionnels munis d’hameçons triples ou même simples, s’ils dépassent du leurre. En début ou en fin de saison, on peut encore passer rapidement au-dessus des herbiers naissants ou régressant, mais au plus fort des mois chauds et lumineux la masse végétale ne permet plus que l’exploration de trouées, avec la difficulté d’en sortir sans ramasser trop de matière végétale et caler les poissons alentour. La pêche des carnassiers avec de gros leurres souples montés sur les hameçons texans est alors une solution intéressante.

    Par Philippe Collet

    La pêche dans les plans d’eau enherbés, déjà difficile en bateau ou en float-tube, devient quasiment impossible du bord où, naturellement, les faibles profondeurs favorisent l’implantation des herbiers. Lorsque les fonds sont irréguliers, selon la clarté de l’eau, la végétation peut, à quelques dizaines de centimètres de profondeur près, exister ou non, sans qu’on arrive à la distinguer depuis la surface. Ce phénomène est lié à la limite de pénétration de la lumière, induite par le développement du plancton végétal et/ou la présence de matières en suspension, qui va bloquer le développement des végétaux supérieurs. Les postes de transition entre les fonds colonisés par les herbiers et les fonds nus sont très intéressants, mais on passera son temps à s’y accrocher et à ramener des écheveaux d’herbiers si on ne peut les distinguer depuis la surface, calant régulièrement les poissons recherchés.
    La situation est d’autant plus difficile lorsqu’on a affaire à des poissons peu actifs et (ou) éduqués, insensibles ou réfractaires à des animations trop rapides ou décollées du fond. De la même façon, des poissons embusqués au coeur des herbiers peuvent attendre que le leurre passe à leur portée immédiate sans aller le chercher dans les couches de surface.
    Ces leurres vont descendre nonchalamment et permettre une animation lente près du fond, sans risquer de récupérer un paquet de végétation. Ils peuvent glisser sur les divers obstacles : herbiers, mais aussi bois noyés, blocs rocheux… et risquent peu de s’accrocher ou d’accrocher des saletés. Restant pêchants et discrets, ils vont plus facilement séduire les poissons difficiles. Outre leur consistance molle et leur aromatisation ou salage à coeur, ces leurres sont très discrets et ne cliquettent pas de partout, billes internes, anneaux brisés et hameçons… Je pense que cela peut représenter un autre atout majeur pour tromper des poissons éduqués.

    Le matériel

    Les cannes et les moulinets réservés à cette pêche avec de gros soft baits et hameçons texans sont assez robustes pour lancer des leurres parfois assez lourds mais surtout pour assurer des ferrages appuyés.
    En effet, un des inconvénients majeurs de cette technique est le risque de rater de nombreux poissons sur des ferrages trop timides, réalisés avec une canne trop faible. Une canne heavy doit être privilégiée pour les gros leurres (nous avions décrit ce type de canne dans l’article sur la pêche aux gros jerkbaits dans le n° 71 de Pêches sportives), une medium heavy pourra être utilisée pour les leurres plus petits ou dont l’hameçon se dégage bien à la touche. Plus le leurre est gros et massif, plus le ferrage devra être appuyé. Un beau brochet qui se saisit du leurre peut l’avoir pincé et le souffler sans se faire piquer si le ferrage n’est pas assez appuyé. Le ferrage doit littéralement arracher l’hameçon du leurre. Ce celui-ci doit rester sur place alors que l’hameçon glisse jusqu’à se ficher fermement dans la gueule du poisson. Selon les jours et le degré d’éducation des poissons, il pourra être plus rentable de rendre un peu la main avant de ferrer pour les laisser bien recentrer le leurre. Les leurres salés ou aromatisés auront à ce moment-là un avantage certain sur les leurres en pur plastique, étant gardés un peu plus longtemps en bouche par les carnassiers.
    Les moulinets doivent être, de la même façon, identiques à ceux préconisés dans l’article sur la pêche aux gros jerkbaits durs, ils devront être solides. Pour ce type de pêche, un ensemble casting est préférable car, outre sa puissance, il permet d’amortir l’impact du leurre lors du lancer en freinant la sortie du fil avec le pouce. On pourra ainsi alterner de gros leurres durs et lourdement armés avec de gros leurres souples; selon les parties du plan d’eau pêchées. On gagnera à garnir la bobine d’un fort nylon ou d’une tresse solide, bien visible (de couleur jaune, par exemple). La visibilité est importante car elle conditionne la détection des touches discrètes lors des animations lentes près du fond. Elle permet aussi de visualiser l’impact du leurre sur le fond (détente nette du fil). Contrairement à une animation plus rapide et sèche, qui permet d’être en contact quasi permanent avec son leurre et oblige le poisson à une attaque plutôt rapide, une animation lente nécessite de bien surveiller son fil car les touches peuvent être difficiles à sentir dans la canne. L’usage d’une tresse permettra une perception tactile beaucoup plus fine des touches et un ferrage plus appuyé. Celle-ci devra toutefois avoir un
    diamètre suffisant pour ne pas claquer net sur un solide ferrage ou un
    lancer appuyé raté. Un diamètre de 20 ou 25 centièmes est approprié.


    Le bas de ligne

    Si on recherche le brochet, la connexion du leurre à la tresse se fait
    au bout d’un morceau de fort fluorocarbone ou nylon hard mono de 60 à 70
    centièmes, qui a toujours ma faveur pour sa discrétion, malgré des
    risques de se faire couper, de temps en temps, si le poisson engame le
    leurre profondément. Il est bien sûr possible de raccorder le leurre à
    une empile d’acier.
    Le leurre peut être connecté avec une agrafe
    (bien pratique pour un changement rapide) si les herbiers traversés ne
    sont pas trop fins et souples (nénuphars par exemple), mais cette
    dernière ainsi que les divers noeuds de raccord peuvent accrocher des
    saletés. Si l’accrochage de morceaux de végétaux est occasionnel, de
    petits coups de scion secs suffisent souvent à débarrasser le leurre en
    cours de route et à lui permettre de continuer à pêcher. S’il est
    systématique, il peut être nécessaire de pêcher avec un moulinet garni
    de nylon et d’y connecter directement le leurre avec un noeud parfaitement coupé, ou de faire précéder le leurre d’une bonne longueur de nylon ou fluorocarbone pour éviter l’accumulation d’impuretés trop près de celuici, au niveau du raccord tresse bas de ligne, qui de toute façon devra être soigné. Le leurre pourra ainsi passer d’un espace d’eau libre à un autre, à travers la végétation, sans emporter une masse d’herbiers avec lui ou simplement en accrocher quelques brins, préjudiciables à son attractivité. Une bonne astuce pour traverser les masses compactes d’herbiers consiste à imprimer de petites secousses au leurre, en faisant trembloter le scion, fil à moitié détendu, au fur et à mesure de son passage à travers l’obstacle. Malgré tout, il demeure quasi impossible de passer à travers des algues filamenteuses ou des herbiers qui en sont enrobés sans en garnir le leurre.


    Les leurres

    Les leurres sélectionnés pour cet article me paraissent particulièrement adaptés à la traque des brochets dans nos eaux, et certainement à celle des gros black-bass, pour lesquels ils ont été le plus souvent conçus. Leur taille conséquente permet de pousser beaucoup d’eau et d’intéresser de beaux poissons.
    De nombreux leurres sont adaptés à cette pêche. On peut distinguer les formes cigares avec le Senko de la marque Gary Yamamoto, le Quiver 150 River 2 Sea, le Tiki- Bamboo Stick Wave Worms… ; les formes shad et leurs caudales plus ou moins prononcées avec le One up Shad Sawamura, le Nitro Soft Jerk Illex… ; les formes pintail (« queue pointue ») au corps trapu et à la queue longue et effilée avec le Tiki-Shadick Wave Worms, le Jerk Minnow de la marque Savagear Lures Prologic, le Sagat de chez Pafex… ; les formes slug avec le Slug Go Lunker City en taille 9’’ (23 cm) ou le Slug AMS Fishing de 10’’ (25 cm) ; les formes swim bait avec le Javallon (16 et 20 cm) d’Imakatsu ou le Live Magic Shad (13 et 20 cm) de Lake Fork… Cette liste n’est bien sûr pas exhaustive. La plupart des leurres adaptés à cette pêche sont fendus pour permettre à l’hameçon de bien ressortir au ferrage ; si ce n’est pas le cas, sur des leurres assez durs, il est possible d’inciser le leurre côté ventre avec un cutter pour réaliser un logement favorisant le coulissement de l’hameçon au ferrage.

    Les hameçons

    Ces gros leurres doivent être montés sur des hameçons conséquents, atteignant si possible au moins leur premier tiers pour limiter au maximum les loupés de poissons se saisissant de leur partie arrière. Il s’agit d’hameçons texans wide gape (“large ouverture”) qui, s’ils sont faciles à trouver dans de nombreuses marques jusqu’au 5 ou 6/0, sont beaucoup plus difficiles à dénicher en 7, 8, 10 ou 11/0.
    On arrive toutefois à en trouver dans les marques suivantes (liste non exhaustive) : Oversize Worm 7/0 et 11/0 chez Owner (Pafex), Hooking Master Monster Class en 6/0 et 10/0 chez Nogales (Marryat France), Super Line Ewg en 6/0 et Worm 323 Monster en 7/0 chez Gamakatsu (Sakura). La marque Lake Fork propose un hameçon de 7 et 10/0 spécialement conçu pour l’armement de ses soft swim baits.
    Celui-ci est doté d’une tige crantée qui pénètre dans le nez du leurre et d’un lestage moulé sur sa hampe qui permet de stabiliser le leurre et de le faire couler lentement pour une nage plus profonde. Il est aussi possible de lester tous ces hameçons en ajoutant sur leur hampe quelques tours de fil de plomb de fusible de gros diamètre fixés à la colle cyanoacrylate. Il faut alors simplement les monter en les enfilant du menton vers le nez du leurre, par l’oeillet. Le lestage des leurres s’effectue également à l’aide d’inserts de plomb ou de tungstène. En forme de petits clous, ceux-ci sont piqués soit dans la gorge du leurre, soit en plein travers. Leur position permet d’équilibrer la nage en fonction de l’animation pratiquée. Leur taille ou leur nombre sont aussi fonction de la profondeur de pêche et de la vitesse d’animation.

    Le lancer

    Pour limiter l’impact de la chute du leurre, on veillera à le lancer au ras de l’eau en fouettant fermement, comme pour atteindre un point beaucoup plus éloigné que l’objectif visé. On relèvera la canne progressivement vers le ciel, en appliquant une pression progressive avec le pouce sur la bobine pour faire ralentir le leurre, jusqu’à le stopper et ainsi le déposer délicatement.
    Avec un peu d’entraînement, on réussit régulièrement ces lancers au poser discret, qui n’alertent pas les poissons très pêchés. Ces lancers sont beaucoup plus faciles à exécuter avec un ensemble de casting.
    Les gros leurres souples décrits ici permettent très souvent de pratiquer facilement le skipping (lancer en ricochet), ainsi que le montre le DVD La leçon de pêche volume 4 de Pêches sportives, avec Alban Choinier. Leur taille et leur forme sont adaptées à cette action. Ce type de lancer est utilisé pour atteindre des postes situés sous les branches basses.


    L’animation

    Même si ce type de pêche peut se pratiquer avec diverses tailles de leurre, nous avons privilégié ici des leurres de grande taille, appropriés à la pêche du brochet. L’animation des leurres dépend de leur forme. Globalement, les soft swim baits (Javallon, Lake fork) seront ramenés de façon linéaire, ce qui leur permettra d’onduler régulièrement à la façon d’un vrai poisson. Ils pourront être “twitchés” (tirée sèche) occasionnellement, ce qui aura pour effet de les faire décrocher. Les leurres à queue pointue de type pintail ou slugs seront animés en walking the dog (“nage de droite à gauche”) plus ou moins rapide et saccadé. Les leurres possédant une caudale seront ramenés linéairement de façon plus ou moins régulière, mais pourront tout autant être “twitchés” pour les faire se décaler de droite à gauche. L’animation devra être adaptée à chaque leurre et les leurres seront alternés de façon à trouver ce qui fonctionne le mieux à un moment donné.


    Les inconvénients de la technique

    Ces leurres ne sont pas armés en queue. Si le poisson les attrape sur la partie arrière, qui plus est par le dessous, au niveau de l’anus, on trouvera de belles entailles après ferrage, mais la prise n’aura pas été assurée. Bien qu’ils permettent de leurrer des poissons inaccessibles, ces leurres génèrent beaucoup de ratés. Ils doivent donc être réservés aux conditions particulières décrites précédemment et maniés avec un matériel adapté pour garantir un ferrage puissant et efficace.

    La réparation des leurres

    Plus le leurre est mou et fragile, plus il “s’efface” au ferrage, rendant ce dernier plus efficace. Il se dégrade alors très vite, ne permettant parfois qu’une seule prise. Le compromis à rechercher sera fonction du nombre de touches. Les jours fastes, des leurres solides pourront être utilisés (si vous ne souhaitez pas vider rapidement vos sachets de leurres tendres), les jours difficiles, des leurres très souples et tendres devront être privilégiés.
    Lorsqu’un leurre est abîmé, si le poisson ne vous en a pas déjà dérobé un morceau, je vous suggère de le démonter et de le garder avant qu’il ne soit définitivement détruit. Une fois de retour chez vous, vous pourrez le recoller en fusionnant la matière avec une lame de couteau chaude ou, mieux, avec une panne plate de fer à souder (voir l’article sur la pêche du bar au leurre souple dans le n° 70 de Pêches sportives). Des catalogues américains proposent même des mini fers stylos, à pile, avec une panne très fine pour ressouder les leurres en cours de pêche. Vous pouvez aussi recoller les parties endommagées à la colle cyanoacrylate, mais le résultat sera moins bon car les zones réparées perdront leur souplesse. Au prix de ces gros leurres souples, ce petit bricolage permet de faire quelques économies.

    A utiliser en mer

    Un usage très intéressant de ce type de montage peut se faire en mer, dans les secteurs encombrés de laminaires ou de sargasses, ou dans des zones rocheuses très peu profondes. Il présente toutefois un intérêt encore supérieur, pour les pêches du bord, lorsque la marée charrie de trop nombreuses algues.
    Certains jours, il est impossible de faire nager un leurre de surface armé de ses deux hameçons triples sur plus d’un mètre. Pourtant, les poissons sont là, actifs, tout près, sous cette manne nourricière qui attire de nombreuses proies potentielles. Un soft bait bien monté, dont le noeud de connexion ne présente pas de partie saillante et dont la pointe de l’hameçon est bien rentrée dans la matière plastique, passera partout et n’accrochera même pas la fine salade verte que l’on trouve souvent sur les côtes trop richement fertilisées par les apports des cours d’eau (liés au lessivage de l’excès d’azote et de phosphore des terres agricoles de leurs bassins versants).
    L’usage de ce montage en mer est toutefois limité aux secteurs de faibles courants et aux pêches dans des profondeurs modestes. L’animation du leurre s’effectue canne haute pour limiter le contact du fil avec l’eau, en commençant à pêcher près de soi avant de s’éloigner progressivement. En cas d’accrochage d’algues, quelques secousses sèches, qui peuvent contribuer à l’animation du leurre, permettent de le nettoyer et de le rendre de nouveau pêchant. Avec cette technique, il faut être patient car le leurre peu lesté doit couler un peu pour moins accrocher de saletés. Si le vent est de la partie et qu’il est de travers, il peut gêner l’animation canne haute en faisant surfer le leurre trop léger en surface. On cherchera alors, si possible, à se placer de façon à l’avoir dans le dos. Le poids des leurres utilisés permet en revanche d’atteindre des distances de lancer tout à fait respectables.
    J’espère que cet article vous aura convaincu, si ce n’est déjà fait, d’acheter quelques sachets de leurres, de gros hameçons et quelques inserts pour pouvoir, lorsque c’est nécessaire, leurrer des poissons dans des endroits jusqu’alors impossibles.

  • Pêcher avec des imitations d’écrevisse

    Pêcher avec des imitations d’écrevisse

    Il existe aujourd’hui sur le marché une importante palette de leurres imitant avec plus ou moins de réalisme des écrevisses. Le développement important des populations de ce crustacé dans la plupart de nos eaux doit nous inciter à utiliser ces leurres de façon plus régulière. Les poissons, carnassiers ou non, mettent plus souvent qu’on ne le pense à leur menu cette source de protéines relativement facile à capturer.

    Par Philippe Collet

    L’écrevisse est le plus gros crustacé de nos eaux douces. Même si elle n’est plus que rarement indigène, elle est bien présente dans nos rivières, fleuves, étangs et lacs, et occupe souvent une bonne place dans le régime alimentaire de nombreux poissons. Vous avez certainement déjà eu l’occasion de pêcher des perches à l’estomac rempli d’un ou plusieurs de ces crustacés soigneusement repliés ou des brochets au ventre déformé donnant, au toucher, l’impression que le poisson a ingurgité quelques cailloux. Vous avez aussi pu observer des carpes en train de fouiller le pied des berges d’un étang en mettant des coups de boutoir dans la végétation, à la recherche de cette précieuse friandise. Un pêcheur de truite rencontré au bord d’une petite rivière envahie d’écrevisses signal me rapportait récemment qu’il trouvait régulièrement des restes de petites écrevisses dans l’estomac des quelques truites de 30-35 cm (des belles pour la rivière) qu’il gardait chaque année.
    L’écrevisse est régulièrement consommée par de nombreux poissons, dont les carnassiers, les plus recherchés : brochets, perches, sandres, black-bass, silures… En posséder quelques imitations de diverses tailles dans ses boîtes peut toujours être utile, notamment lorsque les poissons se fixent sur ce type de proie.


    Une nage caractéristique…

    Lorsqu’elle n’est pas inquiétée, l’écrevisse se déplace lentement en marchant. En cas de panique, elle s’enfuit en marche arrière, en battant violemment de son abdomen segmenté terminé par un appendice aplati, l’uropode, qui lui sert de “nageoire”. Ses pinces sont alors allongées vers l’avant et s’effacent derrière le thorax. Entre chaque battement, son abdomen se replie pour former un arrondi et un ensemble très hydrodynamique en forme de goutte d’eau. Cette nage de fuite caractéristique est constituée d’une succession d’impulsions, dont le rythme va en s’accélérant. Elle se termine par une descente planante vers le fond lorsque l’écrevisse a pris suffisamment de distance par rapport au danger. Acculée, elle fait face, pinces ouvertes et pointées vers l’intrus.

    … dont découle l’animation

    La plupart des modèles de leurres commercialisés permettent d’imiter cette fuite. L’écrevisse est accrochée à la ligne par la pointe de l’abdomen, pinces en avant. Sur une traction, elle se déplace à reculons, les pinces se resserrant. Lors des poses, les pinces s’écartent de nouveau imitant à merveille l’animal vivant.La flottaison des pinces de certains modèles leur permet en plus de se redresser à l’arrêt et d’être encore plus réaliste, rappelant au prédateur l’attitude désespérée de l’écrevisse lui faisant face. L’animation de base est donc constituée d’une alternance de tirées, d’environ 20 à 50 cm, à peine entrecoupées, pour produire une animation linéaire, suivies d’arrêts plus ou moins longs permettant au leurre de rejoindre le fond en planant et de s’y poser pinces orientées vers le haut. La prospection d’une berge depuis un bateau ou la rive opposée (en canal par exemple) est payante en lançant au ras du bord et en tirant le leurre par saccades au-dessus d’une zone plus profonde. On essaie alors d’imiter une écrevisse affolée sortant d’une cache sous berge et fuyant sans défense en pleine eau. Elle est alors relativement irrésistible pour le prédateur embusqué en dessous, sur la cassure souvent proche. Lorsque vous connaissez les postes prospectés, pêchez concentré en vous mettant dans la peau d’une pauvre écrevisse sans défense fuyant de la berge et se fourrant dans la gueule du loup.
    Vous serez tôt ou tard sanctionné par une touche bien résonnante ou un déplacement latéral de votre fil.
    Des animations plus traditionnelles, en faisant sautiller le leurre ou en le traînant sur le fond pour décoller un nuage de sédiments, peuvent être efficaces. Dans tous les cas le fil doit rester tendu lors des relâchés car la touche se produit souvent à la descente. N’hésitez pas à marquer des arrêts, l’écrevisse posée au fond en position de défense reste pêchante, surtout si la matière dont elle est constituée est suffisamment souple pour vibrer un tant soit peu.

    Les modèles et les montages

    Selon les postes et leur encombrement, vous pêcherez avec des écrevisses armées d’une tête plombée ou en montage texan lesté ou non. Les têtes plombées football permettent le maintien d’une écrevisse aux pinces flottantes dans la position idéale en lui permettant de remonter pinces en l’air sans risquer de basculer latéralement. Une tête
    sabot sera moins stable latéralement mais permettra aux leurres non
    flottants de ne pas rester collés au fond. Certains modèles
    d’écrevisses comme la Stand’n Yabbie ou la Super Yabbie chez River 2 Sea
    sont moulés sur une tête sabot et livrées prêts à pêcher. La Super
    Yabbie est dotée d’une brosse anti-accroche qui permet de pêcher les
    postes encombrés Les modèles peuvent être très imitatifs, comme les Yabbies, les Crawbug chez Yum, les écrevisses Storm Rattle Hot Craw Tube, et prévus pour être armés d’une tête plombée. Dans les modèles plus suggestifs, on trouve notamment les Big Claw chez Riverside, les Craw chez Gary Yamamoto puis diverses créatures comme la Talon Worm chez River 2 Sea, l’Ultravib Speed Craw chez Zoom et des modèles plus dépouillés encore comme la Sabertail chez Berkley (cette liste n’est bien sûr pas exhaustive et est loin d’être complète). Tous ces modèles suggestifs peuvent être montés sur têtes plombées, en raccourcissant si nécessaire leur corps pour mieux centrer l’hameçon. Ils peuvent aussi être montés en texan pour explorer des herbiers pas trop denses, des bois noyés ou des fonds rocheux.
    Nombre d’entre eux s’associent aussi très bien avec des jigs, dont les nombreuses fibres mobiles ajoutent de la vie au leurre souple en apportant une pulsation supplémentaire lors des alternances tirées/relâchés. Ces jigs peuvent être munis ou non d’une brosse anti-accroche pour l’exploration des postes encombrés. Avec les jigs, on peut associer divers trailers suggérant de façon très lointaine les deux pinces d’une écrevisse. Associée à un jig, la Sabertail Berkley, par exemple, peut donner une nage d’ensemble très imitative de l’écrevisse, bien que le leurre ne ressemble pas réellement à grand chose hors de l’eau. Un dernier modèle se détache du lot par l’animation encore différente qu’il permet. Il s’agit de la Dynagone chez Imakatsu. Montée avec un petit insert de lestage et un hameçon wide gape, l’hameçon placé “à l’envers”, l’oeillet entre les pinces et non au bout de l’abdomen, cette créature peut planer en marche arrière sur plusieurs mètres à condition que le pêcheur relâche du fil et l’accompagne sans la brider. Cette particularité permet d’explorer des postes normalement inaccessibles comme des berges creuses, des branches basses baignantes… Si le leurre ressemble à s’y méprendre à une écrevisse planant à la descente, il ne ressemble plus à ce crustacé lors des tractions, mais reste tout de même très attractif. Une vidéo très démonstrative est visible sur le site du fabricant : www.imakatsu.co.jp