Étiquette : Wim van de Velde

  • Etude du relâché

    Etude du relâché

    Qu’est-ce qui fait la différence entre un très bon pêcheur et un pêcheur moyen ? A force de côtoyer les meilleurs pêcheurs dans un panel de techniques, de poissons et d’approches radicalement différentes, un point commun sort du lot. Le relâché après une animation. La plupart des poissons attendent ce moment pour s’emparer du leurre, de la mouche ou de l’appât. Etude d’une phase de l’action de pêche qui fait la différence.

    Par Philippe Boisson

    A priori, aucun lien ne relie un pêcheur de truite à la nymphe à vue à un champion de la pêche du sandre à la verticale. Rien non plus d’évident entre un pêcheur de black-bass opérant au milieu d’arbres noyés et un pêcheur de brochet habitué aux grands espaces des lacs alpins. Et pourtant, tous ont compris qu’il existe une clef principale de la réussite, qui les unit au final. Chaque poisson a sa propre façon de se nourrir, lançant son attaque sur un leurre ou se décidant à prendre une nymphe uniquement dans des conditions très particulières. A l’étude de cet ensemble  de constatations, on se rend compte, en définitive, que la plupart des poissons prennent le leurre, la nymphe ou l’appât, lors du relâché faisant suite à une traction qui dans bien des cas, a attiré simplement l’attention du poisson. Ce que l’on appelle “l’animation” et qui évoque la vie donnée à une chose inerte, méritait une petite analyse. Elle s’est révélée passionnante !


    L’école de la pêche à vue

    Quelle merveilleuse école que celle qui consiste à pêcher en voyant les poissons et parfois même ce qu’on leur propose. Chaque espèce a sa façon d’analyser la chose qu’on lui présente. Et si l’on va plus loin dans la réflexion, on constate qu’il existe, pour une même espèce, des différences entre certaines rivières, ou tout simplement au sein de mêmes cours d’eau, selon que la pression de pêche s’y révèle faible ou forte par exemple. Les pêcheurs de truites sauvages à la nymphe à vue savent bien à quel point l’animation de la nymphe peut, soit pousser la truite à prendre, soit la faire détaller à toutes nageoires. La pêche à vue reste un archétype de technique empirique, où l’on apprend, par la répétition de gestes heureux ou malheureux, ce que sont de bonnes et de mauvaises décisions. Il y a un côté très primaire dans tout cela et les premiers chasseurs comme les premiers pêcheurs de notre espèce ont dû certainement procéder de la même façon. Le fait qu’ils pêchaient et chassaient pour se nourrir les a sans doute poussés à développer une intelligence salutaire, sans quoi nous ne serions sans doute pas là pour aller à la pêche pour notre simple plaisir ! A force de tenter des milliers de truites, on finit par s’imprégner de ce qui leur plaît le plus. Souvent pas grand chose, un petit relevé de deux centimètres au bon moment quand plus serait trop… Le but étant d’attirer leur regard sur cette chose qui à leurs yeux à fait une erreur en se montrant un peu trop. Cependant, si la première étape de cette micro-animation a marché, la suite est infiniment plus délicate. C’est elle qui poussera la truite à prendre ou à refuser. Le piège fonctionne uniquement si le relâché est totalement libre. Or en animant, le fil se tend immanquablement, et la qualité du relâché se trouve donc conditionnée par la tension du fil. Cet exemple résume tout l’art de la pêche à la nymphe, qui demande des années de pratique pour tenter de maîtriser des posés parfaitement détendus. A cette pêche d’adresse, les meilleurs pêcheurs sont des as en la matière. La pêche à vue procure parfois l’occasion de faire des rencontres inattendues. La carpe est un poisson fascinant à pêcher à vue. Ne les cherchant pas spécifiquement, cela donne l’occasion pour moi d’improviser avec les moyens du bord. Le sandwich de midi, le pain, son contenu, des filtres à cigarettes, des petits leurres souples aromatisés, des nymphes, des streamers… La carpe est un poisson curieux mais méfiant et si l’on arrive à l’ approcher sans l’apeurer, alors sa curiosité l’emporte souvent sur sa méfiance. Ces expériences occasionnelles sont riches d’enseignements, car les carpes en questions, croisées lors de sorties de pêche à la mouche ou aux leurres, n’ont pas l’habitude d’être pêchées dans très peu d’eau en pleine journée, sans amorçage préalable, voire pour ce qui est de la pêche avec des filtres à cigarettes, des nymphes ou des streamers, sans odeur particulière. Quel que soit l’appât ou le leurre proposé, seul son comportement dans l’eau permet de gagner leur confiance. A la moindre erreur, une crainte perceptible s’installe en un quart de seconde et c’est la panique dans tout le banc. Après quelques tentatives, on comprend assez vite ce qu’elles ne supportent pas. Une carpe qui voit l’impact de quoi que ce soit tombé dans l’eau devant elle, même à deux ou trois mètres, est mise en éveil et se méfie. Généralement elle change sa route. A l’essai suivant, elle fuit avec ses copines. La seule façon de réussir consiste à poser sur le fond ce qui lui est destiné avant qu’elle n’arrive sur la zone. Ensuite, lorsqu’elle se trouve à quelques décimètres et quelle n’a pas été alertée, il suffit alors de décoller l’appât de dix centimètres et de le laisser se poser à nouveau librement sur le fond. Sa curiosité est alors éveillée et la carpe choisit souvent de venir goûter cette chose très étrange qui ne ressemble à rien de ce qu’elle connaît et qui un court instant semblait animé de vie. La carpe dès lors l’aspire, la goûte, puis la recrache immédiatement si celle-ci lui semble inodore, inhabituelle ou désagréable. A vous de ferrer avant qu’elle ne recrache.

    L’exemple du sandre

    Adolescent, je dévorais les écrits d’Henri Limousin et d’Albert Drachkovitch à propos de la pêche du sandre au poisson mort manié. Pas avares de détails, les deux compères ont sans doute écrit au final l’équivalent de deux bibles sur cette pêche et ce poisson sans jamais donner « LA » clef de la réussite, celle qui fait toute la différence. J’ai du mal à croire que cet errementt n’était pas volontaire tant la chose est importante. Le sandre prend sur les relâchés (remarquez la similitude avec la pêche de la truite à la nymphe !) et quasiment jamais sur les tractions. Rien ne lui plaît plus qu’une monture qui redescend en planant ou qu’un leurre bien décidé à rejoindre le fond. Le percidé suit le leurre descendant et se décide à le prendre seulement après une observation plus ou moins longue. Si une animation intervient lors de cette phase d’observation, cela suffit à le faire changer d’avis, voire à lui foutre la frousse. On pourrait penser qu’il s’agit d’un comportement de méfiance et que l’animation en question trahit la présence du pêcheur. C’est sans doute le cas sur les plans d’eaux sur-pêchés, mais il s’agit avant tout d’un comportement naturel de ce poisson. J’ai pêché au poisson mort manié durant des années sans apporter d’attention particulière à ces phases de relâchés. Même à cette époque où le sandre était considéré comme un envahisseur, mes résultats étaient bien maigres en regard des densités exceptionnelles de carnassiers qui se promenaient sous ma canne. C’est en observant un très bon pêcheur local, qui ne connaissait ni Drachkovitch ni Limousin et qui pêchait au cadre avec des montures casquées, que la chose m’apparut alors évidente. En lui faisant remarquer qu’il apportait une attention très particulière à la façon d’accompagner la descente suite à une traction, d’une façon très précise, dans une sorte de chute libre très contrôlée, il me répondit « ah oui, c’est vrai, il ne prennent que comme ça… »
    Filmé pour un DVD Pêches sportives, le belge Wim Van de Velde me fit découvrir les secrets de la pêche à la verticale. A la différence de la pêche au poisson mort manié, la verticale se veut minimaliste. Fini les grandes tirées de quatre-vingt centimètres et les longues descentes accompagnées.
    Rappelons qu’en verticale “hollandaise”, le bateau avance très lentement au moteur électrique, chose interdite en France où cela est assimilé à une pêche à la traîne. La technique du plat pays souffre d’une appellation trompeuse, à l’origine d’un amalgame entre la pêche à la “dandinette”, au jig, et à tout ce qui est animé verticalement. La technique hollandaise est en réalité une pêche à l’horizontale, puisque une fois le leurre décollé du fond de quelques centimètres, celui-ci avance, sous l’effet du bateau, parallèlement au fond. Les touches ont le plus souvent lieu lors de cette phase où aucune animation ne vient perturber la marche du leurre. C’est la raison pour laquelle nombre de touches surviennent lorsque l’esprit divague. Moins on en fait, plus on prend. Si le décollage du leurre ne demande aucune attention, la façon dont on le dépose régulièrement (ce qui permet de reprendre contact avec le fond) demande un coup main particulier. Wim est toujours très concentré durant cette phase, car il sait que c’est un moment propice aux touches, sinon à l’intérêt que va porter le carnassier à ce leurre bien tentant. Il serait intéressant qu’un jour quelqu’un prenne le temps d’essayer de filmer l’attaque d’un sandre sur un leurre de pêche en verticale. Suivent-ils le leurre sur plusieurs animations ? Ont-ils des réactions de panique face à certaines animations ? L’expérience serait riche d’enseignements. La méthode de Wim semble enfantine et pourtant ce pêcheur ressent énormément de choses, provoque des touches, sait ce qui leur plaît et ce qui les rebute. Et comme il le dit lui-même, ce feeling particulier ne s’apprend pas dans les livres… Mais les belges et les hollandais ont plus d’un tour dans leur besace. Lorsque le vent devient trop fort, impossible de guider le bateau convenablement. La limite de la pêche à la verticale est alors atteinte et une autre technique doit prendre le relai. Chez eux, il s’agit de la pêche en “diagonale”, encore un terme très imprécis, que les pêcheurs interprètent parfois de façons diverses. Cette technique est beaucoup plus proche de la pêche au poisson manié que ne l’est la verticale. Puisque le bateau vit sa vie, autant le laisser faire. La pêche se déroule derrière lui à vingt ou trente mètres avec un leurre souple fortement lesté. Le pêcheur décolle le leurre du fond d’au moins cinquante centimètres et apporte une attention toute particulière à la redescente sur le fond, car les touches ont bien évidemment lieu durant cette phase. Le mouvement est ainsi répété à l’infini tant que la dérive couvre des postes intéressants.


    Le regard du black-bass

    S’il est un poisson qui observe longuement avant de se décider à prendre c’est bien le black-bass. Notre centrarchidé remporte haut la main la palme du poisson le plus interactif avec le pêcheur. La pêche à vue permet de profiter pleinement de ce spectacle, car c’en est un. Un black-bass ayant été pris et remis à l’eau plusieurs fois devient extrêmement difficile à tromper. Le niveau de perfection à atteindre dans l’action de pêche devient alors aussi élevé que celui nécessaire à la pêche d’une grosse truite sauvage sur un parcours sur-fréquenté. A cette différence près, qu’un pêcheur de black-bass à plus de cartes entre les mains. Vous pouvez le tenter en surface, ou avec toutes sortes de créatures souples ou métalliques, des bizarreries qui font marche arrière, j’en passe et des meilleures. Face à tout cet arsenal, le plus intelligent des poissons d’eau douce aura généralement, à l’instar de la carpe citée plus haut, deux réflexes : l’envie irrésistible de venir voir, et ensuite la prudence d’attendre que la chose s’anime. Il a alors tout son temps. En général, c’est le pêcheur qui craque en premier, pensant qu’une animation le poussera à attaquer. Très souvent, l’inverse se produit. Il faut avoir vu des black-bass observer quelque chose qui vient de tomber sur l’eau, la mobilité des yeux, le mouvement des nageoires, le corps en tension. S’il lance son attaque, c’est que la chose lui paraît d’une part comestible et d’autre part “crédible”. Avec les leurres souples coulant lentement (de type Senko) le jeu est tout aussi passionnant. Lors de sa descente, le poisson le suit et l’observe, ne se décidant à s’en emparer que si la chute est parfaitement libre. Toute retenue est suspectée. Pour le black-bass comme pour le sandre, ce comportement naturel est influencé par l’expérience qu’acquièrent les poissons lorsqu’ils sont confrontés à des leurres. Beaucoup de scientifiques refusent d’accorder de l’intelligence aux poissons, préférant plutôt parler d’accoutumance. En théorie, notre intelligence d’humains modernes, devrait nous permettre de venir rapidement à bout de la dernière truite, du dernier black-bass ou du dernier sandre. Or, il nous faut au minimum quinze ans d’existence pour arriver à tromper la méfiance de poissons qui pour certains en ont à peine trois ! Même des poissons d’élevages introduits à l’âge adulte dans une pièce d’eau s’adaptent en deux ou trois journées à une nouvelle technique de pêche !
    Plus les années passent, plus j’accorde de l’attention à ce qui se passe lors des phases où mon leurre redescend à la suite d’une animation. Plus qu’un simple suivi, cet accompagnement peut se travailler, se modeler, s’anticiper, en fonction, lors du relâché du leurre choisi, de l’espèce recherchée et de son humeur du jour. Le type de poste sur lequel évolue le leurre conditionne l’action, en fonction de la nature de la pente, du changement de la vitesse du courant, afin de détendre au bon moment, au bon endroit, pour provoquer la touche. C’est toute la magie de la pêche, de la compréhension de ce qui est invisible. C’est aussi ce qu’on appelle “le sens de l’eau”.

  • La pêche aux gros jerkbaits

    La pêche aux gros jerkbaits

    Nous allons décrire ici la pêche avec de gros jerkbaits sans bavettes (lipless). Ces leurres d’aspect très basique sont lourds et volumineux. S’ils permettent de sortir les brochets de leur torpeur, ils nécessitent, pour être efficaces, l’usage d’un matériel spécifique et une bonne technique d’animation.

    Par Philippe Collet

    J’ai découvert cette technique en 1996, à l’occasion de deux parties de pêche sur un plan d’eau de l’Aisne avec Wim Van de Velde, pêcheur flamand, spécialiste du carnassier qui, entre autres, a contribué pour une bonne part à la découverte de la pêche verticale en France. Celui-ci m’avait fait une démonstration mémorable de l’efficacité de ces “bouts de bois” grossièrement taillés et peints. J’avais eu beau m’appliquer au mort manié, avec des vifs bien frais, je n’avais pas pu lutter face aux jerkbaits animés par Wim. Ces leurres originaux, déroutants de rusticité et de simplicité (en apparence seulement), sont utilisés depuis longtemps dans le nord de l’Europe par les pêcheurs suédois, mais aussi hollandais, belges, polonais, allemands… Ils offrent de bonnes bouchées aux plus gros carnassiers de nos eaux européennes et ne laissent que rarement les brochets insensibles. Peu utilisés chez nous, ils font partie depuis longtemps de l’attirail de base des pêcheurs du nord de l’Europe. En France, nous sommes passés de la domination de la cuillère tournante à de nombreux leurres sophistiqués venant du Japon ou des Etats-Unis souvent destinés au black-bass et plutôt polyvalents, sans trop nous intéresser à ces leurres plus spécifiques.
    Les gros jerkbaits ont longtemps été difficiles à trouver et seuls quelques magasins spécialisés commencent à les vendre avec les cannes et les moulinets adaptés. Pourtant, cette pêche est très intéressante et productive.


    Pourquoi un si faible engouement des Français pour ces leurres

    Il peut être dû aux raisons suivantes :
    – Ces leurres ne sont pas si faciles à utiliser. Il faut les animer. Ramenés linéairement, ils ne nagent le plus souvent pas bien.
    – Ces leurres ne sont pas vraiment utilisables avec le matériel traditionnel. Ils fatiguent rapidement le matériel trop léger et ne peuvent pas être animés correctement avec celui-ci.
    – Ces leurres sont relativement sélectifs. Ils permettent surtout la prise de brochets, dont les gros spécimens (même s’ils ne rebutent absolument pas un brochet de moins de 50 cm) et ne permettent que plus occasionnellement de leurrer des perches, des sandres et des black-bass.
    – Ces leurres sont bruyants. Utilisés dans de petites surfaces d’eau et mal lancés, ils peuvent caler les poissons trop éduqués par le bruit de leur impact.
    – Enfin, utilisés dans des eaux ou les brochets ont de plus en plus de mal à se reproduire et où la ressource est souvent pillée dès qu’elle dépasse la très modeste taille légale, ces leurres ont du mal à croiser des ésocidés de belle taille et donc à en prendre. Notons qu’en Hollande par exemple, où ces leurres sont très utilisés, le no-kill est pratiqué de longue date.

    Les leurres

    Les jerkbaits réalisés de façon artisanale sont découpés dans de simples planches de bois dur. Une fois les contours égalisés, les arêtes sont adoucies, mais les leurres gardent deux grandes faces planes. Ils sont équilibrés par une masselotte de plomb située le plus souvent dans leur premier tiers avant, côté ventre. C’est autour d’elle qu’ils vont tourner à la moindre sollicitation. Selon le poids de l’insert et sa disposition, la nage des leurres sera plus ou moins dodelinante. Ils piqueront ou non du nez après chaque tirée. La position du plomb et de l’attache de tête influence beaucoup leur nage. Il n’est pas facile de réaliser soi-même un jerkbait bien équilibré du premier coup, même avec un plan. Sur ce principe, quelques fabricants ou marques de matériel de pêche plutôt localisés dans le nord de l’Europe (Hollande, Pologne, Royaume-Uni, Suède, etc.), ont industrialisé cette production artisanale et mis sur le marché des jerkbaits fabriqués en bois ou en matière plastique qui fonctionnent à coup sûr. Pour un certain nombre d’entre eux (Strike Pro, Fox…) la forme plate a été maintenue, d’autres ont arrondi les formes (Prologic, Salmo…). Quelques modèles sont dotés de billes bruiteuses (Buster Jerk de Strike Pro par exemple) ce qui peut être un plus dans certaines circonstances. De nombreux autres n’en possèdent pas, demeurant plus discrets lorsque c’est nécessaire. Sur certains leurres, les triples de piètre qualité gagnent à être affûtés ou changés pour des hameçons plus performants.


    L’animation d’un gros jerkbait

    J’apprécie ce leurre car on peut réellement le faire danser. En eau peu profonde, avec un modèle flottant ou mieux, suspending, c’est un vrai plaisir de lui faire faire des embardées à droite et à gauche de plus de 60 cm (un peu à la façon d’un skieur de fond en pas de patineur) ; puis de le laisser s’immobiliser dans le zig ou dans le zag, avant de le faire pivoter presque sur place, de droite à gauche dans un mouvement de « non, non, non… » comme s’il ne voulait pas se faire happer par le premier brochet venu. Ce leurre peut pêcher vite, mais il permet aussi de très lentes prospections. Une grosse bouchée qui pousse beaucoup d’eau et reste à se déhancher près d’un poste prometteur a tout pour attirer un gros brochet posté à proximité. C’est là l’intérêt d’un gros jerkbait. Sa nage est moins prévisible, souvent moins frénétique que celle des leurres traditionnels et cela fait la différence. Il permet aussi bien d’imiter une proie malade ou blessée incapable de se sauver qu’un intrus insolent irritant le maître des lieux.
    Ce leurre est un glider (glisseur), il nage en zig-zag dans un plan horizontal en envoyant de larges éclats. C’est une forme de walking the dog sous l’eau. Son mouvement est déclenché par les coups de canne secs donnés par le pêcheur. L’animation se fait le plus souvent canne basse, le scion au ras de l’eau, la canne dans l’axe du fil ou de côté. Vous devez taper dans le fil sur environ 20 à 30 cm pour déclencher la rotation du leurre et son départ vers la droite ou vers la gauche. À ce moment-là, vous moulinez suffisamment pour rester en contact avec le leurre, mais sans le brider. Vous tapez alors une nouvelle fois dans le fil à moitié détendu, ce qui va renvoyer le leurre de l’autre côté. Vous n’avez plus qu’à répéter la manœuvre en réglant le rythme de rembobinage du fil, comme lorsque vous animez un leurre de surface en walking the dog. Les tapes dans le fil doivent être sèches au point qu’il fende l’eau bruyamment avec les plus gros leurres (en faisant des grands chlac !). Elles doivent être rythmées et réglées sur le fonctionnement du leurre utilisé.
    Vous disposez d’un leurre capable de faire des embardées considérables sur son inertie, risquant d’emmêler le fil dans les hameçons si vous ne reprenez pas automatiquement au moulinet la bannière détendue excédentaire. A la différence de l’animation walking the dog d’un leurre de surface classique, le leurre peut se soustraire à votre vue puisqu’il est sous l’eau. Son animation en aveugle est un peu plus difficile car vous pouvez vite lui taper dedans à contre-temps et le stopper dans son élan. Je vous recommande de commencer en eau claire avec des modèles flottants ou mieux suspending pour les pêches lentes dans peu d’eau, vous vous familiariserez ainsi facilement avec les rythmes convenant à vos divers jerkbaits. Pour mieux voir vos leurres, s’ils sont coulants, ou pour éviter de les accrocher sur un fond qui remonte par exemple, vous pouvez les animer canne haute à condition de vous situer à une distance suffisante pour que le fil pose encore sur l’eau. Toute la réussite de cette pêche réside dans la qualité de l’animation qui, comme vous l’aurez compris, est loin d’être mécanique. Les changements de rythme bien dosés permettent au leurre de passer de petites à de grandes embardées et inversement en alternant avec des arrêts. Pendant ces moments, il convient de bien garder le contact en tendant légèrement le fil pour détecter la moindre touche.
    Le ferrage doit être énergique pour faire glisser le leurre, bloqué fermement dans la gueule pavée d’un gros brochet et y claver correctement les gros hameçons triples. A défaut, le poisson ne serait pas piqué et se décrocherait rapidement, ce qui est souvent le cas avec des cannes trop souples.

    Le matériel

    Cette technique ne convient pas au matériel traditionnel de spinning ou de casting. Elle nécessite plutôt un ensemble de casting robuste. Le risque, avec du matériel trop léger, c’est la casse de la canne au moment du lancer de leurres trop lourds. Ensuite, une canne trop souple ne permet pas de réaliser une animation assez sèche, elle encaisse l’impulsion qui n’arrive pas au leurre. Plus le leurre est gros et lourd, plus la canne doit être puissante et raide, autant pour l’animation que pour le ferrage. Les fabricants indiquent souvent les puissances sur leurs cannes, il convient de s’y référer.
    La canne doit être courte, entre 1m80 et 2m10, et légère pour ne pas être trop fatigante. Le jerking du leurre nécessite de placer le scion au ras de la surface de l’eau, la canne faisant un angle le plus important possible avec la surface. Une canne longue handicape cette manœuvre. Un matériel bien équilibré permet de pratiquer cette pêche confortablement.
    Le moulinet est garni d’une tresse solide d’un diamètre d’environ 25/100 pour permettre d’assurer une parfaite transmission des impulsions vers le leurre. Cette tresse autorise aussi des ferrages puissants. Il n’y a rien de plus rageant que de casser net au ferrage avec une tresse sous-dimensionnée, fragilisée, sur un raccord par exemple, après plusieurs heures d’animation. Le frein est réglé dur pour un ancrage optimal des pointes du triple dans la gueule d’un beau spécimen. Il devra être rapidement desserré après la prise pour éviter de risquer le décrochage d’un poisson par manque d’élasticité de l’ensemble canne / tresse sur un rush puissant. La tresse sera prolongée d’un avançon métallique ou en nylon hard mono ou fluorocarbone d’environ 70/100. Nous avons déjà eu l’occasion d’expliquer l’efficacité de ce type d’avançons à plusieurs reprises dans la revue. Les avançons métalliques sont la garantie absolue contre les dents des brochets, ils peuvent être multibrins ou monobrin en acier inoxydable ou titane. Le titane a l’avantage de résister à la déformation.
    Lorsqu’on s’emmêle un peu lors de l’animation ou au poser de son leurre, ou aussi lorsqu’on souhaite faire couler légèrement un leurre suspending, l’utilisation d’un avançon métallique monobrin se justifie. Je préfère pour ma part la discrétion du nylon ou du fluorocarbone. Si l’eau est claire, il peut être utile de faire précéder les avançons de 1 à 1,5 mètre de fluorocarbone. Attention toutefois à ne pas créer un point faible supplémentaire qui pourrait lâcher sur un ferrage appuyé. Dans le même ordre d’idée, le leurre doit être attaché à une agrafe solide et fiable lui laissant toute liberté de mouvement.

    Le matériel spinning est inadapté

    Même s’il est bien sûr possible de pratiquer la technique occasionnellement avec un moulinet à tambour fixe, il vaut mieux l’éviter si le moulinet n’est pas vraiment robuste. Le tambour fixe ne permet pas un bon contrôle de la ligne et donc de la chute du leurre, ce qui engendre un impact bruyant et un risque d’emmêlage de la ligne dans les hameçons. Avec ce type de moulinet et un leurre de près de 100 grammes, on risque à tout moment de se blesser les doigts avec la tresse, autant au moment du lancer en risquant de se cisailler l’index, qu’en voulant contrôler le déroulement du fil et l’impact du leurre. Il est beaucoup plus facile de freiner ce type de leurre avec le pouce sur une bobine tournante d’un moulinet de casting qu’avec la main opposée ou l’index sur un tambour fixe. Le moulinet de casting permet un bien meilleur contrôle. Il est aussi beaucoup plus robuste qu’un tambour fixe et encaissera les chocs à répétition infligés par le contact rythmé avec le leurre.

    Minimiser l’impact du leurre sur l’eau

    Avec un moulinet de casting, on peut, avec un peu d’habitude, minimiser l’impact du leurre à la surface de l’eau. Il faut pour cela effectuer un lancer puissant, balancé sous la canne de telle façon que le leurre parte horizontalement en rasant l’eau. Au fur et à mesure de son avancée vers le point d’impact, on remonte la canne vers la verticale tout en appliquant une pression de plus en plus forte avec le pouce pour freiner le déroulement de la bobine. On peut réellement finir avec le bras tendu vers le ciel si le leurre est assez loin. Avec un peu de maîtrise (je reconnais que c’est plus facile à dire qu’à faire), on peut poser de très gros leurres discrètement. C’est une forme de pitching lourd.


    Côté couleurs

    Osez les couleurs tape-à-l’œil style Fire Tiger pour les eaux teintées ou les poissons très actifs ou au contraire endormis. Revenez à des couleurs plus imitatives comme perche naturelle ou gardon pour les eaux claires et les poissons plus méfiants. Posséder un coloris agressif et un coloris neutre de ses modèles favoris est un bon choix. Si vous souhaitez essayer à peu de frais, je vous suggère de commencer en achetant quelques leurres de taille moyenne entre 30 et 50 grammes et en utilisant une de vos cannes les plus rigides. Vous pourrez goûter à cette technique avant de franchir le pas vers un matériel lourd spécifique. Il ne me reste plus qu’à vous souhaiter, bon “jerk”…

  • Pêche sportive et respect du poisson

    Pêche sportive et respect du poisson

    Le fondement de l’évolution de la pêche de loisir en France repose aujourd’hui sur la pratique du no-kill. Les pêcheurs pensent ainsi que la pêche est devenue une activité de plein air comparable à d’autres. Seule différence, notre loisir implique des êtres vivants qu’il faut respecter, manipuler le moins possible, et avec le plus grand soin. Malheureusement, ce n’est pas toujours ce que l’on voit au bord de l’eau. Les pêcheurs ne semblent pas conscients de l’image qu’ils véhiculent bien au-delà du cercle halieutique.

    Par Jean-Marc Theusseret

    La pêche de loisir évolue. Fini le temps de la récolte où un bon pêcheur se reconnaissait à la taille de son panier. Un peu partout dans les pays développés et riches, le no-kill s’est imposé. Le poisson n’est plus forcément un aliment, mais un être vivant que l’on respecte et que l’on remet à l’eau vivant. Ainsi les pêcheurs sportifs revendiquent une éthique irréprochable. Dans la pratique cependant, les choses ne sont pas toujours aussi idylliques car un certain nombre de pêcheurs pratiquent le no-kill sans prendre suffisamment de précautions et sans toujours se préoccuper de la survie du poisson après la remise à l’eau. Et cela touche toutes les techniques de pêche sportives, à la mouche ou au lancer. Les pêcheurs confondent no-kill (ne pas tuer) et remise à l’eau. Beaucoup sont adeptes du “service minimum” qui consiste à remettre à l’eau un poisson sans prendre suffisamment de précautions.
    Le débat peut paraître anodin mais la pratique du nokill sera sans doute dans quelques années un débat qui opposera les pêcheurs aux défenseurs des animaux. Bien avant l’interdiction, dans certaines provinces espagnoles, de la corrida, bien avant l’interdiction de la chasse à courre du renard en Angleterre, le no-kill a été interdit dans deux de nos pays voisins, l’Allemagne tout d’abord il y a une dizaine d’années et la Suisse en 2008. Je me souviens du coup de massue qu’ont pris sur la tête les pêcheurs français lorsque la nouvelle est tombée concernant la Suisse via les forums. Les “no killeurs bloggeurs” français étaient abasourdis et ne trouvaient pas les mots pour exprimer leur incompréhension. Passé l’étape du choc psychologique, certains tentaient de rassurer les autres membres des forums en disant “ouais, mais ça ne pourra jamais arriver chez nous”. Pas sûr. Dans ces deux pays où l’on doit désormais tuer les poissons dans le respect du quota journalier (et dès qu’il est atteint on doit arrêter de pêcher), les défenseurs des animaux sont passés “en force” en faisant adopter des lois sur un sujet qui a surpris tout le monde. Et dans les deux cas, la raison de leur victoire est liée aux souffrances qu’endurent les poissons lorsqu’ils sont capturés puis remis à l’eau. La France fait partie de l’Europe, et qui sait si dans dix, quinze ans ou même avant, une loi européenne n’interdira pas la pratique du no-kill dans tous les pays de l’Union. La question peut sembler aussi incongrue que ne l’a été la pratique généralisée du no-kill, méthode que personne ou presque ne pratiquait ou n’imaginait praticable il y a vingt ans en France.

    Les dérives du no-kill

    Soyons clair. La pratique du no-kill ne peut exister que si les pêcheurs respectent profondément les animaux qu’ils recherchent. Il faut de l’amour, de l’attention et cela doit être naturel et non parce que ne pas prendre assez de précautions permet à certains de nous montrer du doigt. Les pêcheurs de carpes ont montré l’exemple avec une pratique du no-kill quasi irréprochable. Les pêcheurs à la mouche de truites et d’ombres bénéficient d’un avantage sur les autres techniques grâce à l’emploi de petits hameçons sans ardillons. Mais, en ce qui concerne la pêche des carnassiers, tout est plus compliqué. Certes, un brochet dispose d’une dentition autrement mieux fournie que celle d’un ombre, ce qui impose des hameçons permettant sa capture.
    La perche est fragile au niveau de sa mâchoire et la mode, qui nous vient des champions américains ou japonais pêcheurs de black-bass, est de tenir une pauvre perche par la mâchoire inférieure avec tout le poids de son corps qui repose sur celle-ci. Il n’est pas nécessaire d’être vétérinaire pour comprendre que l’animal se passerait bien de cette gymnastique. Les pêcheurs aux leurres copient bêtement les champions des grands tournois de pêche du black-bass sans se poser de questions. De même, la pêche du sandre et de la perche en lac de retenue pose le problème de la décompression chez les individus pris à une profondeur inférieure à une dizaine de mètres. Les percidés disposent d’une vessie natatoire différente de celle des cyprinidés.

    Chez la perche et le sandre, la vessie natatoire est double et ne comprend aucun système qui les relie à l’extérieur, comme le tube pneumatique que l’on retrouve chez les cyprinidés, le brochet ou le silure. Par cette particularité anatomique, les percidés, c’est-à-dire les deux espèces de sandres européens, le sandre nord-américain et la perche, forment une famille à part des autres poissons. Les sandres et la perche subissent plus que les autres poissons les variations de pression liées à la profondeur car, dans leur cas, le gaz de la vessie natatoire transite par le sang et les cellules, ce qui prend beaucoup de temps. En cas de remontée de 30 mètres, le volume “d’air” dans le poisson et dans le sang se trouve multiplié par trois. Ainsi les yeux des sandres sortent des orbites, l’estomac ressort généralement par la bouche et le poisson se trouve incapable suite à sa remise à l’eau de regagner sa profondeur initiale. Pourquoi ? Parce que sa densité ainsi modifiée le fait flotter comme un bouchon. Affaibli par le combat, le sandre tente de plonger mais souvent il n’a plus assez de force pour regagner sa profondeur. Dans ce genre de situation, la meilleure solution consiste à jeter littéralement le sandre à l’eau tête la première de façon à créer un choc qui déclenche chez lui le réflexe de nager rapidement vers les profondeurs.
    C’est un réflexe que tous les sandres possèdent. Cette remise à l’eau un peu brutale peut choquer certains, qui interprètent parfois ce plongeon comme un manque caractérisé de respect du poisson, voire comme une provocation envers les autres pêcheurs. C’est pourtant la seule solution. Pour autant, ce n’est pas parce que le sandre a le réflexe de plonger sur quelques mètres qu’il se remettra bien de son aventure.

    Une option supplémentaire consiste à percer l’estomac du sandre avec une aiguille pour lui faire retrouver un volume normal. Tout et son contraire ont été dits à ce sujet et on peut juste trouver fort regrettable de devoir en arriver là ! Idem sur les vitesses de remontée des sandres. Sur ce sujet, deux écoles s’opposent. La première consiste à remonter très lentement un sandre pris en profondeur pour qu’il ait le temps de décompresser. Sauf à mettre une demi-heure – ce que personne ne fait –, une remontée de 25 mètres en dix minutes ne sert qu’à prolonger les souffrances de l’animal. L’autre technique consiste à l’inverse à remonter le sandre “normalement” et à le remettre à l’eau le plus vite possible. Un pêcheur sportif respectueux du sandre et qui pratique le no kill, et non pas le catch and release moribond ou vif, ne doit pas pêcher par grande profondeur.
    L’attitude de nombreux pêcheurs de carnassiers est largement critiquable. La compétition n’arrange pas les choses. Il faut prendre des poissons dans toutes les conditions et l’on finit par confondre les poissons avec les points qu’ils représentent. Mettre dans un vivier à bord d’un bateau des poissons pris à 20 mètres de profondeur est un acte totalement incompatible avec le no-kill. Les organisateurs des tournois de compétitions sont tous des pêcheurs de carnassiers parfaitement au courant de la question, mais aucun n’a eu le courage de se mesurer au problème. Il est de toute façon impossible d’imposer une profondeur maximale de pêche aux concurrents. La mesure la plus réaliste serait de ne pas homologuer les poissons présentés au contrôleur qui présenteraient les signes caractéristiques d’une remontée trop longue et brutale. Dans son livre Sandre à la verticale, le pêcheur belge et grand compétiteur en Belgique et en Hollande Wim Van de Velde (voir le DVD Pêches sportives n° 8), a consacré un chapitre entier à ce problème de décompression que connaissent les percidés. Wim pousse clairement les pêcheurs de sandres à renoncer – comme lui – à la pêche en grande profondeur. Dans ce livre dédié à la pêche à la verticale, ce chapitre était indispensable et c’est bien qu’un grand champion comme lui ait eu le courage de briser ce sujet tabou dans le monde de la pêche du sandre. Une autre dérive sur les lacs français, qui concerne également les viviers, consiste à mettre des poissons pris dans un vivier pour le simple plaisir de les promener toute la journée dans le but de les montrer aux copains situés bien plus loin sur les lacs et de les remettre à l’eau moribonds à parfois plusieurs dizaines de kilomètres de l’endroit de leur capture…

    Du danger des pinces à poissons

    Chez les pêcheurs aux leurres, le “boga grip” devient le moyen favori pour immobiliser un brochet, un aspe ou un sandre. A la rédaction, nous avons depuis quelques années déjà adopté cet outil peu encombrant et efficace. Les modèles dont la tête tourne sont de très loin préférables à ceux à tête fixe. En cas de rotation du poisson à la surface (très fréquent avec le brochet) lorsqu’il vient d’être pris par la mâchoire inférieure, la rotation de la tête accompagne librement les mouvements du poisson. Dans le cas d’une tête fixe, le brochet finit le plus souvent avec un trou dans la mâchoire, voire avec une déformation de celle-ci, ce qui est inacceptable.
    Mais un autre risque est régulièrement sous-estimé par les pêcheurs. Il est beaucoup plus grave pour l’animal que le précédent. Peu de pêcheurs semblent conscients du danger qu’ils font prendre à leur prise en les soulevant purement et simplement. Le risque ne concerne pas la mâchoire – bien que celle-ci ne doive pas être en excellente posture à ce moment là –, mais les vertèbres et les vaisseaux sanguins du poisson. Un poisson n’est absolument pas conçu pour supporter son poids suspendu hors de l’eau. C’est pourtant ce que l’on voit faire, par méconnaissance et non pas par sadisme, à longueur d’année. Le problème semble d’autant plus grave que le poisson est gros. Aux Etats-Unis, cet acte a fait l’objet d’enquêtes et d’études commanditées par les associations écologistes mais aussi par les pêcheurs euxmêmes. Si les résultats qui concluent à une mort lente de 80 % des individus ainsi traités sont à prendre avec prudence, on ne peut que reconnaître la légitimité de ces études (faciles à trouver sur Internet mais le plus souvent payantes, comme celle de ScienceDirect ou de Trout Underground). Quelle image pour les non-pêcheurs et les anti-pêche de voir une belle photo avec un poisson suspendu par à peine 2 cm2 de sa mâchoire ? Quel geste inutile, qui témoigne du peu de respect pour les poissons dont font preuve certains pêcheurs, qui prétendent leur sauver la vie ! Cette pratique est idéale pour porter le flanc à la critique, pour révéler, via le no-kill, des maltraitances infligées aux poissons.

    Les pêcheurs aux leurres seraient- ils cossards au point de ne pouvoir supporter avec l’autre main le corps du poisson ? C’est si facile et efficace. En bateau pas de problème, on pose la canne et on prend le poisson à l’horizontale, une main sur le boga grip, l’autre sous le ventre et le tour est joué. Depuis le bord, même méthode. En float tube, où il est bien difficile d’emmener une épuisette, le boga grip est recommandable. En float-tube, la position du pêcheur est tellement basse que, sauf pour se faire prendre en photo par un comparse, on laisse le poisson dans l’eau, on décroche le leurre et le poisson peut repartir. Une bonne utilisation du boga grip ne demande aucun investissement supplémentaire mais juste de se baisser un peu… Connaissez-vous les épuisettes à filet en caoutchouc ? Pour la pêche en bateau, rien ne remplace l’épuisette, un accessoire un peu oublié ces derniers temps mais qui n’a pas d’équivalent pour sortir un gros poisson de l’eau sans le blesser, voire en le laissant dans l’eau pour le décrocher. Mais, attention, pas n’importe quelle épuisette. Lesmodèles à grosses mailles sont à proscrire, car elles présentent l’inconvénient de découper les nageoires des poissons lors du soulèvement. Les modèles à micro mailles en nylon évitent ce problème, mais les hameçons et la nageoire dorsale des sandres, piquante, se prennent facilement dans les mailles. De plus, le filet plein de mucus a beaucoup de mal à sécher et c’est autant de mucus que le poisson a perdu. La solution se trouve du côté des pêcheurs américains de muskinongés. Les marques Beckman et Frabill proposent des modèles parfaits à tous points de vue. Ils ont eu la bonne idée, à partir d’un filet normal, de le tremper dans un bain de caoutchouc. C’est beaucoup mieux pour le poisson et pour le pêcheur, car les hameçons ne s’y accrochent pas et ce type de filet sèche en quelques minutes. Seul problème, elles ne sont à notre connaissance pas importées en France. Heureusement, certains fabricants français ont eu la bonne idée de se lancer sur cette piste. C’est le cas notamment de Pike’n’Bass et de Hearty Rise et Pafex. Nous ne pouvons que vous encourager à avoir recours à ce type d’épuisette. Aux pêcheurs de faire des efforts La responsabilité des médias, des pêcheurs de compétition, des voyagistes, bref de tous ceux qui se mettent en avant dans le monde de la pêche des carnassiers, est très importante car les jeunes pêcheurs copient facilement les poses de leurs idoles sur les photos-souvenirs.
    En résumé, respectez les poissons et on respectera les pêcheurs. Pour le moment nous sommes encore loin du compte. Tôt ou tard, les pêcheurs devront se justifier à propos de la pratique du no-kill. Alors nous avons tout intérêt à débattre de cette question avant qu’on ne nous l’interdise. Oui, le no-kill est une question morale, oui c’est de la responsabilité des pêcheurs, non, ce n’est pas un droit acquis immuable… Pour l’heure, le no-kill est un sujet presque tabou, on le met en avant constamment comme étant autant un acte de gestion piscicole que le “volet écologique” d’une pêche qui doit vivre avec son temps, sans que personne se risque à en vérifier la pratique.