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Étiquette : Swimbait

Quelques références de swimbait hooks
Powerline Texan Twisted
La dynamique marque française Powerline est une des rares sinon la seule à proposer un swimbait hook fortement lesté (mais pas uniquement). Modèle présenté 4/0 pour 20g. La forme du plomb produit un effet planant. Pour les pêches profondes du brochet en lac par exemple sur des massifs d’herbiers.VMC Barbarian
Sa forme convient aux leurres très fins comme le Gary Yamamoto Senko.
Owner 5167 W
Très bon modèle pour les shads dont le corps est peu volumineux et mou (Reins Rock Vib par exemple).Lake Fork Swimbait Hook
Un modèle très large et lesté conçu pour les swimbaits articulés de la marque.
Owner 5132
Observez bien l’inclinaison de la pointe de cet hameçon et comparez la avec celle du Owner Beast. Quelques degrés d’écart, mais cela change beaucoup de chose lorsqu’on pêche dans les bois immergés. La pointe étant mieux protégée, on évite ainsi quelques accrochages.Gamakatsu Super Lock
L’autre géant japonais de l’hameçon pour les leurres propose aussi des modèles de swimbaits hooks de très bonne facture.
Owner Twist Spinner
Une version à palette pour la prospection de zones aux herbiers isolés. On obtient ainsi un shad à palette qui passe partout sans encombre.
Owner Beast
Ce modèle, qui existe en version lestée ou non est incontestablement une référence. Le système Twist Lock, tout comme la large ouverture de la hampe sont deux avantages. Pour la pêche dans les bois immergés, préférez lui le Owner 5132, dont la pointe inclinée passe beaucoup mieux.
Owner Twist Lock
Ce système est aussi vendu séparément, ce qui permet de le monter sur d’autres hameçons.Owner Shaky Head
Forme particulière qui permet d’installer un leurre fusiforme. La pointe de l’hameçon est piquée dans le corps du leurre, mais ne le traverse pas. Visiblement, le système du ressort se généralise.L’offre des lestages disponibles (poids, formes et dispositions) s’élargit de plus en plus. A vous de trouver ceux qui conviennent aux leurres que vous utilisez.

Lucky Craft Real California Premium 130 Swimbait
La mode est aux hards swims baits (leurres durs nageants) de grandes tailles. Lucky Craft n’est pas en reste avec un leurre hyperréaliste de 130 mm, le Real California Premium, dont l’aspect bel objet, cache une qualité de nage surprenante, fruit d’un parfait équilibre des masses et des volumes. Imitant des salmonidés (plusieurs espèces de truites selon les coloris), ce leurre imposant nage à quelques centimètres sous la surface et l’on croirait vraiment une truite à toutes les allures de récupérations. Sur ce point, il est important de souligner que le Real California Premium nage parfaitement à très faible vitesse de récupération, ce qui n’est pas le cas de tous les hards swims baits.
Conseils d’animation
Les leurres de cette famille se récupèrent principalement de façon linéaire, mais en faisant varier constamment la vitesse de récupération. Ainsi, l’effet louvoyant parait vraiment très naturel. Ce leurre est parfait pour rechercher des poissons actifs sur de grandes surfaces d’eau. Sa taille le destine en priorité au brochet, mais les black-bass de grandes tailles n’en font qu’une bouchée !Fiche technique
Longueur : 130
mm.Poids : 35,5 gr.
Prix conseillé :
42 euros.Renseignements :
site Internet : www.luckycraft.fr
Lire une boîte de leurres
À pêche universelle, langage universel ! La pêche aux leurres est souvent mal comprise des pêcheurs français en raison des nombreux termes anglophones qui la régisse. Les produits étant pour la plupart importés du Japon, nous avons de la chance si les notices des boîtes de leurres ne sont pas rédigées en japonais (c’est toujours le cas pour certaines !). L’anglais s’impose donc pour toutes les exportations sur l’Europe et le reste du monde. Un petit lexique s’avère donc bienvenu pour mieux comprendre les indications mentionnées sur les boîtes de leurres, ainsi que les termes utilisés naturellement par les spécialistes de cette technique.
Crankbait : leurre flottant mais muni d’une bavette plus ou moins longue et plus ou moins inclinée qui lui permet rapidement d’atteindre sa profondeur de nage (0 à 3 m en moyenne et jusqu’à 6 ou 9 m). Son appellation “crank” , vient de manivelle, car leur récupération s’effectue en moulinant régulièrement. Le fait qu’ils soient flottants permet de casser la récupération en effectuant des pauses. Contrairement à une idée reçue, les cranks ne s’accrochent que très peu car leur bavette sert de butoir pour les faire pivoter autou ou rebondir dur les obstacles (bois, rochers)
DD : deep diving (plongeur profond).
F : floating, leurre flottant.
Jerking : action d’animer un leurre de façon franche mais irrégulière. Terme ici inspiré d’une danse, le jerk. Autre définition : Jerk signifie “secousse, soubressaut, spasme” ce qui peu aussi traduire le comportement que prend le leurre sous les à-coups du scion. On retrouve ça dans la façon de danser le… jerk bien sûr.
Jerkbait : poisson nageur conçu pour être animé en jerking.
Jerking : animation d’un leurre par coups de scion irréguliers. La position de la canne peut être variable.
Lipless : littéralement sans lèvres, mais qui signifie sans bavette dans le cas des leurres. Il existe des lipless crankbait, à lancer et ramener pour les faire vibrer fortement, et des lipless minnows plus effilés qu’on peu animer d’à-coups ou ramener lentement en linéaire pour obtenir une nage chaloupée très discrète.Longbill : longue bavette. Dote les poissons nageurs qui vont pêcher en profondeur.
Stick bait : littéralement “appât bâton” en raison de la forme du leurre.SP : suspending. Le leurre dont la densité est identique à celle de l’eau et qui reste en suspension dans la couche d’eau lorsqu’on arrête sa récupération.
S : sinking : leurre coulant.
Twitching : animation d’un leurre par coup de scions réguliers canne basse.
Hard swim bait et soft swim bait : leurre dur nageant et leurre souple nageant. Ces leurres sont articulés souvent en deux ou trois parties. Leur nage est des plus vivantes.Swimbait : ou swimming bait. Leurres souples en PVC, silicone, élastomère avec, ou sans, partie rigide en ABS ou en bois. Équipés de bavette, ou de palette caudale, certains sont articulés mais tous ondulent comme de vrais poissons. Conçus pour être ramenés de manière continue, il ne sont pas faits pour être animés d’à-coups.
Walking the dog : animation particulièrement efficace avec les stickbaits et les jerkbaits. Avec un léger mou dans la bannière et en coordonnant la récupération du moulinet et les à-coups du scion, maintenu, au ras de la surface on parvient à faire zigzaguer merveilleusement ce type de leurre. L’ampleur des zigzags dépend de la cadence des à-coups : rapide = zigzags serrés, lente = zigzags plus larges.Wobbling : littéralement vacillation. Caractérise le frétillement d’un leurre (crankbait, minnow).

La pêche linéaire des carnassiers au leurre souple
Les leurres souples se sont progressivement installés dans le paysage de la pêche récréative française. Utilisés en animation linéaire, ils peuvent obtenir de très bons résultats. Explications.
Par Philippe Collet
Je fais partie de ces pêcheurs issus de l’école Drachkowitch qui ont attaqué la pêche mobile des carnassiers avec la technique du poisson mort manié et appris à animer leur montage en dents de scie, par saccades successives plus ou moins vives avant un retour planant quasi systématique vers le fond. A l’époque, le passage aux leurres souples ne s’est pas fait facilement. Nous avions du mal à croire en ces bouts de plastique et avions tendance à les animer de façon identique à un poisson mort. Ils étaient d’ailleurs souvent enfilés sur une monture destinée à cette technique. Cette façon d’animer m’est restée longtemps. Je n’ai finalement découvert les vertus de la pêche linéaire au leurre souple qu’assez récemment et ai alors commencé à diminuer le nombre de coups de scion au profit des tours réguliers et dosés de manivelle de moulinet. L’animation linéaire n’est pas nouvelle, elle s’apparente à celle qu’ont pratiquée pendant des lustres (et pratiquent encore) les pêcheurs de carnassiers à la cuillère tournante, avec les cuillères lourdes Lusox de Mepps par exemple. J’ai pris le cas de cette cuillère lestée en tête car elle permet une animation lente au ras du fond en eau profonde et autorise une pêche très précise et efficace à condition de se concentrer sur ce que l’on fait. La nouvelle génération de pêcheurs est habituée à animer de façon linéaire des leurres divers du type crankbaits, lipless ou spinner baits et a donc adapté plus naturellement cette technique à la pêche au leurre souple.
Lancer puis ramener un leurre peut paraître simple et rébarbatif. Pratiquée n’importe comment, cette technique ne présente pas beaucoup d’intérêt. Elle est toutefois beaucoup plus subtile qu’il n’y paraît car, pour être réellement efficace, le leurre doit passer dans la bonne couche d’eau ou au ras du fond.
Cette technique est la seule efficace certains jours. Elle permet la prise régulière de tous nos carnassiers, et particulièrement des sandres, et elle permet en été de les rechercher rapidement entre deux eaux. Elle est aussi très efficace en période froide pour prospecter au ras du fond. C’est là d’ailleurs qu’elle est la plus difficile à mettre en oeuvre, qu’elle demande le plus de concentration pour bien présenter son leurre et ne pas trop s’accrocher.
La techniqueLa base de la pêche linéaire est un ramené horizontal régulier, plus ou moins rapide selon la réaction des poissons. La hauteur de pêche est conditionnée par le niveau où se tiennent ces derniers. En hiver, un ramené lent au ras du fond est privilégié, alors qu’en été une pêche des couches d’eau intermédiaires plus rapide est souvent productive. Selon l’humeur des poissons, la vitesse de récupération est plus ou moins importante. De façon générale, la prospection est rapide sur les chasses ou dans les eaux chaudes. Elle ralentit dans les eaux froides. Plus la vitesse de récupération est lente, plus le leurre doit être souple pour continuer à pulser sans s’arrêter. Dans certaines conditions, la pêche n’est productive qu’à très faible vitesse, à la limite du décrochage du leurre. Depuis un bateau, en pleine eau, on laisse couler le leurre vers le fond ou la couche d’eau à prospecter, puis on le ramène en moulinant régulièrement. Le principal souci est de ne pas ramener trop vite, pour éviter que le leurre ne remonte trop vers la surface.
Il est judicieux de commencer à pratiquer cette technique sur des fonds propres et réguliers et de veiller à rester à proximité immédiate. Après avoir lancé, on bloque le dévidement de son fil et on le suit des yeux jusqu’à le voir se détendre brusquement, signe que le leurre a touché le fond. On décolle alors le leurre d’un petit coup de scion et on commence à mouliner. On peut marquer un arrêt au bout de quelques mètres pour vérifier le niveau atteint. Si la détente du fil est immédiate, c’est qu’on était resté dans la bonne couche d’eau. Si elle se manifeste après plusieurs secondes, on était remonté trop haut. Il convient alors soit de ralentir encore le ramené, soit d’augmenter le poids de la tête plombée, soit d’en changer en privilégiant un modèle de tête plus fusiforme. On pourrait aussi, à l’extrême, diminuer le diamètre du fil ou de la tresse pour favoriser la descente. Le leurre a également son importance dans la technique. Ce dernier doit opposer une résistance à l’eau, on privilégie donc les modèles de type shad à caudale.
Le réglage de l’animation s’effectue en jouant sur l’ensemble de ces paramètres. On doit réaliser une prospection horizontale régulière en appuyant le leurre et le fil sur la colonne d’eau traversée. Sous l’eau, le fil ne décrit pas une droite mais un arc de cercle. Plus le diamètre est gros, plus l’arc de cercle est prononcé et le leurre tiré verticalement. Plus la tête plombée et le leurre offrent de prise à l’eau, plus ils remontent ou peuvent supporter de faibles vitesses de ramené. En conjuguant tout cela on arrive facilement, avec un peu de pratique, à faire évoluer son leurre horizontalement à distance. On pratique en fait une forme de pêche verticale (prospection horizontale à la verticale d’un bateau en mouvement, voir Pêches sportives n° 73) en lancer ramené. Si on veut aller vite, on surdimensionne le plus souvent la tête plombée et on choisit un modèle profilé. Si on souhaite utiliser un petit leurre léger et planant et éviter qu’il ne remonte trop, on choisit un fil fin.
Les variantesLa technique doit bien sûr être adaptée aux eaux prospectées. On est rarement en présence de fonds réguliers et on a plus souvent des berges aux pentes plus ou moins abruptes ou des cassures à prospecter. On effectuera alors un mélange de cette technique en prospection horizontale avec de la chute libre verticale (elle aussi linéaire) très efficace, notamment sur les percidés. L’objectif est de raser au plus près les contours du fond sans trop les toucher. Un leurre qui plonge, en suivant une cassure droit vers les carnassiers qui y sont embusqués, a toutes les chances de déclencher leur attaque. Lorsqu’on pêche en pleine eau, on peut déroger à l’animation strictement horizontale et réaliser des montées et des descentes amples en levant et rabaissant la canne tout en continuant à mouliner régulièrement.L’exemple du canal proche de chez moi
Le profil de ce canal est le plus souvent constitué d’un chenal central envasé, encadré par deux pentes plus ou moins douces en sables et graviers ou cailloutis, qui mènent à une bordure plate plus ou moins large et profonde, dans les mêmes matériaux.
Lorsqu’on prospecte les berges de ce canal, très monotone vu de l’extérieur, on cherche à coller le plus possible aux irrégularités des pentes, car les sandres et les perches se trouvent là et non au milieu. On lance au ras de la berge d’en face et on attend le contact avec le fond, souvent proche. On décolle le leurre d’un ou plusieurs petits coups de scion successifs pour trouver la cassure ou le début de la pente. On effectue ensuite une glissade (linéaire) de la marche du haut, parfois très étroite, le long des palplanches jusqu’au fond, en collant au plus près à la pente. On s’engage ensuite sur le début du fond vaseux, peu intéressant, avant de ramener plus vite pour recommencer l’opération. La majorité des touches a lieu à la descente, quelques-unes lorsqu’on accélère pour recommencer. On essaie de lancer le plus possible en diagonale pour augmenter la longueur de prospectionde cette zone de cassure fructueuse. Si on lance trop loin de la berge, on perd beaucoup en efficacité car le leurre ne longe plus la pente. En période chaude, on ne cherche pas à descendre jusqu’au fond, mais on descend les premières marches ou une partie de la pente avant de traverser le chenal de façon linéaire assez rapide. Les sandres sont a priori suspendus sous 1 ou 2 mètres d’eau et font des touches souvent violentes.Casting ou spinning ?
Chaque technique a ses adeptes. Le moulinet à tambour fixe (spinning) permet de lancer plus facilement des leurres légers. Le moulinet à tambour tournant permet de réaliser facilement des relâchés contrôlés au pouce (fil tendu pour la détection des touches) à la descente. Il offre aussi souvent un faible ratio propice aux animations lentes. On peut selon le type de poste passer de l’une à l’autre.
Les leurres et les têtesOn va privilégier des leurres capables d’appuyer sur l’eau et de se maintenir à une profondeur donnée en fonction de la vitesse qu’on leur imprime. Pour cela les shads à caudale pisciforme sont les plus adaptés. Les grubs (virgules) et les créatures qui poussent de l’eau peuvent aussi être utilisés. Les leurres fusiformes opposent trop peu de résistance.
De la même façon, les têtes plombées ont beaucoup d’importance et conditionnent la vitesse d’animation. Une tête en forme de poisson ou fuselée va fendre l’eau très vite et permettre à poids égal d’atteindre une profondeur ou une vitesse plus importante. A l’opposé, une tête football appuiera plus sur l’eau et limitera la descente du leurre. Elle peut être utilisée, par exemple, lorsqu’on a besoin d’un peu plus de poids pour lancer loin, mais que l’on ne souhaite pas pêcher profondément.Quelques leurres pêle-mêle
Le Shaker chez Lunker City (Flashmer), le Turbo Shad chez Bass Assassin, les Ripple Shad et Pulse shad Powerbait chez Berkley, les Sanec chez Pafex, les Stanley (AMS), Fury Shad et Shad GT chez Delalande, HS Shad chez Spro, Pro Shad et Pro Jointed Minnow chez Storm, Swimming Senko et Swimbait chez Gary Yamamoto (Sakura). Cette liste n’est bien sûr pas exhaustive.L’armement avec un hameçon chance
Dans cette pêche, les poissons peuvent suivre le leurre et l’attaquer en pinçant simplement sa caudale. Leur attaque est d’autant plus précise que le leurre est animé lentement. Si l’on enregistre des touches sans suite ou, pire, qu’on se fait voler la queue d’un shad un peu fragile au ferrage, il devient nécessaire de doter son montage d’un hameçon chance. Le montage classique consiste à relier un hameçon triple n° 6 ou 8 à un petit morceau de tresse ou de crinelle d’acier, si les brochets sont présents, et à le placer avant le rétrécissement de la caudale. Pour les petits leurres, et si je m’adresse aux sandres ou aux perches, je préfère un montage beaucoup plus fin. J’utilise un hameçon simple léger et à large ouverture de type hameçon mouche à streamer (ici un Ayabusa 751 N taille 8). Cet hameçon est très piquant. Il est suffisamment solide pour résister au combat avec un beau sandre, à condition d’avoir préalablement réglé son frein correctement. Il est fixé directement pointe orientée vers le haut, sous un peu de matière, dans la partie renflée de la caudale. Attaché à un brin de tresse, il ne bride pas le mouvement de cette dernière et permet d’armer le leurre jusque sa dernière extrémité. J’espère que ces quelques lignes vous inciteront à vous essayer à cette technique (si ce n’est déjà fait) et à redécouvrir des poissons mordeurs dans des eaux ou à des périodes où vous ne l’auriez pas soupçonné.
Le Boucher du Sinnamary
La Guyane : des forêts hostiles peuplées d’animaux sanguinaires, un climat chaud et très humide, un endroit tellement horrible qu’il y a encore peu c’était le lieu de punition ultime, le bagne. Malgré tout cela et malgré toutes les mises en garde, c’est bien là-bas que nous allons passer nos vacances, à la recherche du “boucher du Sinnamary”, l’aïmara.
Par Yann Giulio et Thomas Vogel
Photos : Yann Giulio, Thomas Vogel, Christophe Decours, Stéphane Nicard, Comité du tourisme de Guyane.Ici ça sent le poisson partout, des milliers d’arbres morts traversent la surface de l’eau créant autant de hot spots potentiels. Déconcertant et attirant à la fois, le lac nous donne l’impression d’une mer intérieure, tellement il est imposant. Pourtant très jeune, il semble avoir toujours été là. Ce n’est qu’en 1989 que la construction de ce barrage hydraulique a commencé sur la rivière Sinnamary au lieudit Petit- Saut, pour répondre à la demande croissante d’énergie en Guyane. La mise en eau de la retenue, en 1994, a inondé 310 km2 de forêt équatoriale, créant ainsi près de 400 îles et îlots.
Pour rejoindre notre spot de pêche, nous avons parcouru les routes de Guyane après neuf heures de vol, où pour le moment rien de ce qui nous était annoncé ne s’est vérifié. Nous n’avons ressenti aucune hostilité, ni de la nature, ni des animaux, ni des habitants. Destination la rivière Suinnamary et le barrage du Petit Saut où nous sommes maintenant. Cette fois, il faut qu’on pêche, nous n’en pouvons plus d’avoir l’eau à la bouche et de rester inactifs. Mais, comme si pêcher en cet endroit devait vraiment mériter, une heure et demie de pirogue nous attend encore.
François et Dominique l’ont bien compris, on est à bloc, surexcités. Bien qu’il soit assez tard, ils nous promettent que nos premiers coups de ligne seront pour ce soir, avec en guise de baptême la pêche du saut de Takari Tanté. Le carbet flottant est en vue. Les pirogues ont à peine accosté qu’elles sont déchargées rapidement et, malgré la chaleur, nous trouvons une énergie incroyable et nous nous démenons comme des fous pour partir pêcher le plus vite possible. Sans perdre une seconde, les deux binômes ont pris place dans les deux pirogues, direction Takari Tanté.
Conseillés par nos guides, nous abordons ce saut très légèrement équipés, de manière à être très mobiles et parfaitement libres de nos mouvements. C’est un véritable mur qui se dresse devant nous, fendu par un courant assez violent par endroits.Nous n’emportons chacun qu’une canne et un petit sac à dos rempli uniquement de leurres. En dehors de la sélection des leurres, nous avons utilisé le même matériel pour la pêche des sauts et pour les dérives. A savoir : une canne Ashura Delivrance B 220 XH Big Bait Special, équipée d’un moulinet Calcutta 201 Conquest, de la tresse Starbaits Abyss 37/100 en corps de ligne, avec en tête un bas de ligne titanium de 30 cm en sept brins pour une résistance de 70 Lbs. Un conseil : pour faire face à la puissance de l’aïmara, il vaut mieux remplacer l’agrafe par un anneau brisé conséquent pour une résistance de 80 Lbs pour supporter tous rapports de force. Petite sélection rapide et efficace : quelques leurres de surface de type pêches tropicales popper et stickbait en bois (les poppers en résine et plastique se cassent contre les rochers), qui apportent une densité importante, pour une présentation lente et optimale. Le choix de ce type de leurre peut paraître démesuré, mais le bruit généré par les cascades dans les sauts est assourdissant et il n’y a qu’en utilisant des leurres de ce calibre que nous pouvons faire assez de bruit afin de permettre de localiser l’aïmara, et de l’attaquer.
A peine arrivés, nous nous séparons en deux binômes suivis de nos guides et évoluons d’aval en amont. Nos premières impressions sont que l’aïmara a pratiquement le même comportement que la truite. En cache dans les cavités de roche, il reste à l’affût de la moindre proie. L’effort physique de cette approche est intense. De l’euphorie à la concentration, nous sommes rapidement passés en mode “pêche”. Il nous faut crapahuter de rocher en rocher et souvent nager pour ne pas se blesser une cheville dans une faille de cailloux. L’approche doit être lente et précise, chaque lancer s’effectue de préférence en “pitching”, c’est-à-dire en lançant sous la canne pour nous permettre de présenter nos gros leurres avec précision. L’attention portée sur ce type de lancer doit être plus que vigilante, car elle permet d’observer l’activité du poisson, et c’est là que l’on constate à quel point l’aïmara partage certains traits de caractère avec la truite. Il sort rapidement de sa cache mais, contrairement à cette dernière, le bruit l’attire. Il ne faut pas hésiter à frapper l’eau : prenez l’exacte longueur de votre canne en longueur de ligne et fouettez votre leurre très fort tout en l’accompagnant au gré du courant. Chaque recoin du saut, chaque méandre, peut abriter ce prédateur.Au bout de quelques minutes, Tom, un de nos camarades, crie “Fish !” et prend un beau spécimen de 8 kilos, de couleur très foncée. Il l’a vu sortir à deux reprises avant d’attaquer violemment son stickbait. Au dire de Thomas, la puissance du poisson alliée au courant, “c’est comme une machine à laver en mode essorage”. Sur une seconde attaque, Tom s’est fait tout simplement ouvrir son anneau brisé 80 Lbs. Quelques minutes à peine après ce premier poisson, l’autre binôme entre en action. Yann, lui aussi, vient d’ouvrir le bal, la fête peut commencer.
L’aïmara, nous en avions tous vu en photos, en vidéo, à un tel point qu’il avait fini par hanter nos dernières nuits. Mais là, ça y est, nous l’avons vu, touché, combattu. On ne peut pas dire qu’il a une gueule de porte-bonheur, loin de là. Evidemment, nos regards se sont portés sur sa mâchoire véritablement impressionnante, du style pitbull. Ce qui nous a frappés également, c’est que cette mâchoire est associée à des joues hyper-musclées, laissant deviner une puissance hors norme.
Comme vêtu d’une armure, l’aïmara possède de grosses écailles, sa robe sait s’adapter à la perfection au milieu, en lui permettant de se camoufler parfaitement et de se fondre dans le décor .
Une grosse caudale, très profilée, en fait un poisson taillé pour le courant, la vitesse.
A plusieurs reprises, nous avons pu revenir sur ce saut et sur un autre situé en amont, pour notre plus grand plaisir, dans le but d’en découdre avec ce prédateur d’exception. A la fin de cette première journée initiatique et après avoir été baptisés dans le saut, nous rentrons au carbet en profitant des derniers moments qui nous restent pour faire notre première dérive en bateau.
Au premier lancer, Stéphane subit une attaque très violente qui se soldera quelques minutes après par la mise au sec d’un très bel aïmara à la robe camouflage.
Même si nous n’avons pas pu ce soir-là pêcher très longtemps, nous avons tous capturé plusieurs poissons. De retour au carbet, malgré la fatigue, nous nous préparons pour la journée suivante, elle aussi consacrée à la pêche en dérive. Ce premier contact plutôt viril nous a permis d’y voir plus clair, d’en tirer un enseignement, d’ajuster notre équipement.La pêche en dérive était une manière pour nous d’apprécier les multiples paysages qui bordent les berges du haut Sinnamary, et aussi de nous adapter aux diverses structures qui composent le fleuve. Arbres ou roches immergés, frondaisons d’arbres couvrant les cavités des berges, lits d’herbiers, angles d’entrées de crique souvent fructueux… Nous nous sommes séparés en binômes sur des pirogues en aluminium, chacune équipée d’un moteur électrique Minn Kota. Nous avons abordé la pêche en dérive avec le même matériel que sur les sauts. Un des deux frangins, Dominique ou François, assurait pour nous la dérive de manière remarquable. Le premier pêcheur à l’avant du bateau couvrait une zone de prospection à 45° à l’aide d’un leurre de surface réarmé en conséquence de type Bonnie 128, Chatterbeast 145, Chatterer 145. Soit il validait le poste par une attaque, soit il éveillait juste l’activité de l’aïmara. Il suffisait simplement au deuxième pêcheur de présenter son leurre sur le même poste ou légèrement décalé pour enfin recevoir une attaque digne de ce nom. Le deuxième pêcheur présentait le plus souvent un Spinnerbait lourd et conséquent, du genre de ceux qu’on utilise normalement pour des gros brochets. Il employait un leurre souple de type shad en montage texan (NSJB 116, Ammonite Shad 4.5’’…) ou en montage dit “shad à palette”, préalablement réalisé à l’avance (voir Pêches sportives n° 85), et présentait un Swimbait le plus lentement possible (Flat Bone Clicker, Go-Don, Mikey 160). Il nous aura fallu quand même, à tous les quatre, au moins deux jours pour nous habituer aux attaques violentes, tellement violentes qu’elles créaient des spasmes d’effroi. Ajoutée à cela une constante attention pour ne pas faiblir sur le rapport de forces engagé, dès le contact effectué, car l’aïmara cherchait directement à repartir dans sa cache. Frein serré à fond, ce diable de poisson arrive encore à vous sortir de la tresse. Parfois, même, on peut traverser des moments à vide, sans jamais parvenir à faire remonter le poisson.
Si l’essentiel de notre séjour était consacré quasi exclusivement à la pêche de l’aïmara en dérive, ponctuée par quelques incursions dans les sauts, il y avait une autre espèce qui a retenu notre attention : l’acoupa.
On nous l’avait présenté comme étant le sandre guyanais, car son mode de pêche était, paraît-il, similaire. C’est au petit matin du quatrième jour que nous sommes partis pêcher l’acoupa à la verticale. Cette espèce vit en bancs, et nous l’avons approchée, toujours séparés en binômes accompagnés de nos guides respectifs, en naviguant en direction du barrage, pour nous loger au centre des couloirs qui bordent les forêts immergées, où nous avons entamé une dérive lente pour pêcher en verticale au gré d’un courant lent. Il est tôt, et il fait déjà très chaud et sec. La composition principale de notre montage est le suivant : tête plombée Lightning (14 g à 42 g) associée à un leurre souple type shad, I-Shad 4.8’’, Ammonite Shad 4.5’’, NSJB 112, etc. Sur les conseils de Gaëtan, nous présentons sur le fond, ou légèrement décollé, notre montage comme nous l’aurions fait pour le sandre, tout en conservant notre bas de ligne titanium au cas où nous rencontrerions un aïmara.
Après quelques poussettes et quelques loupés, c’est Christophe qui prend le premier et le seul acoupa de la matinée avant de nous sortir le plus bel aïmara du séjour (98 cm pour 12 kg), et en verticale s’il vous plaît, sur une canne Ashura Delivrance B 198 H Jig & Texas Special, en tresse de 17/100 et un leurre Ammonite Shad 4.5’’ Chartreuse sur une tête plombée Lightning.Un paradis en danger
La Guyane est un joyau forestier tropical unique en Europe. Mais, il faut bien l’avouer, nous sommes inquiets pour cette nature magnifique car, bien qu’apparemment “naturelle”, la Guyane subit des agressions permanentes. La première que nous avons pu constater concerne la rivière sur laquelle nous avons évolué, le Sinnamary. Elle touche directement l’aïmara. Lors de notre séjour, nous avons pu voir arriver pendant le week-end toute une horde de pirogues tirant des centaines de mètres de filets, autant de pièges à aïmaras ainsi tendus. Cette rivière est braconnée intensément à la vue de tous et, le plus inquiétant, visiblement sans aucune restriction.
Sans doute que pour certains braconniers ces actes sont une source de revenus substantielle, mais pour beaucoup, vu les moyens mis en oeuvre, il s’agit là d’un simple moment de détente. Si la Guyane veut conserver son exceptionnel patrimoine piscicole et développer l’écotourisme, des mesures s’imposent.
La deuxième menace qui pèse sur la nature guyanaise est l’exploitation aurifère. Il est vrai que nous n’avons pas été confrontés directement à ce phénomène comme nous l’avons été pour le braconnage, mais c’est le sujet qui revient de manière récurrente lorsqu’on aborde le sujet de l’environnement avec des amoureux de cette terre.
Loin d’être une “simple pollution”, l’exploitation aurifère pourrait mettre en péril la phénoménale biodiversité guyanaise. Surtout quand on regarde ce qui se passe en Guyane. Des milliers de clandestins, venus principalement de régions défavorisées du Brésil, exploitent le sous-sol riche en or, avec tous les problèmes que cela entraîne : pollution, déforestation, insécurité… Faites le grand saut La pêche de l’aïmara est une expérience unique, qui restera dans notre mémoire. La réussite de ce séjour revient effectivement en grande partie au professionnalisme de François et Dominique Thore, entièrement dévoués à la satisfaction de leurs clients. En plus de leur talent de guides, les frères Thore nous ont accueillis sur leur carbet flottant, où passer les nuits est déjà un enchantement.Evidemment, il y a quelques précautions élémentaires à prendre pour ce genre de virée. D’un point de vue médical, une bonne condition physique est nécessaire et, avec le traditionnel vaccin contre la fièvre jaune (obligatoire) et un traitement antipaludisme, il ne devrait rien vous arriver de bien méchant. Mais pensez cependant à consulter avant de partir et à vous munir d’une trousse de secours.