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Étiquette : streamer

Le Woolly Bugger
Le Woolly Bugger est probablement le plus vieux streamer connu, le streamer de base, qui a inspiré de nombreux modèles dérivés. Un petit retour aux fondamentaux me paraissait important, d’autant que cette mouche un peu oubliée est redoutablement efficace, tant en lac et réservoir qu’en rivière ou en eau salée.
Par Philippe Collet
Le Woolly Bugger semble avoir été inventé par un certain Russell Blessing en 1967, un moucheur américain de Pennsylvanie, qui voulait une mouche imitant des grosses larves de plécoptères et des sangsues Le Woolly Bugger serait une variante du Woolly Worm, beaucoup plus ancien, puisque décrit dans les années 50. Le Woolly Worm était destiné à imiter des larves et des nymphes et était constitué d’un corps en chenille cerclé d’une plume tournée en palmer. Une sorte d’écouvillon comportant parfois un petit tag en laine. Le Woolly Bugger reprend ce corps en lui ajoutant une queue. Selon les proportions que l’on donne aux différents éléments qui constituent la mouche : corps, hackle, queue…, et selon les matériaux que l’on utilise : hackle mou ou rigide, lestage, brill…, le Woolly Bugger peut aussi bien suggérer des poissonnets, des nymphes, des petits amphibiens ou des écrevisses. Il peut aussi ne pas suggérer grand-chose de connu, mais déclencher le réflexe d’agressivité du poisson dans des versions plus incitatives qu’imitatives. Le hackle monté en palmer suggère la vie par ses palpitations. La queue amène le mouvement de nage quand la mouche est ramenée. Même en dérive inerte ou à l’arrêt, la mouche continue à “vivre”. Les déclinaisons de tailles, de couleurs, de matériaux et de proportions sont infinies. Les couleurs les plus populaires à travers le monde sont toutefois le noir, le marron et l’olive.
Un bon streamer pour la rivièreCette mouche permet non seulement de séduire les truites de réservoir mais aussi les truites de rivière. C’est la valeur sûre en rivière, en versions noire et olive, lorsqu’il s’agit de pêcher au streamer. Elle permet de leurrer les poissons carnassiers comme le brochet, le sandre, la perche et le black-bass, pour qui elle a été inventée à l’origine. Elle permet aussi de leurrer des carpes, qui la prennent pour une écrevisse, des poissons marins comme le bonefish ou plus près de nous les bars, qui la prennent pour un poissonnet ou une crevette. Outre-Atlantique, elle est très populaire pour la pêche des truites migratrices et du saumon.
Un modèle de référence pour le réservoirCette mouche excelle en technique lac et réservoir, où elle a donné naissance à de nombreuses variantes. Le Dog Nobbler des Anglais n’est pas plus qu’un Woolly Bugger dont la tête est lestée par une bille de laiton ou une cone head. Le très efficace Humungus, dont un modèle en version booby est présenté ici, n’est autre qu’un Woolly Bugger qui s’est vu affubler de huit à dix brins de flashabou or sous la queue et d’un corps en fine chenille or. Le pouic, monté tout en bandelettes de lapin ou en plume de marabout, a les proportions et surtout la nage du Woolly Bugger. Parmi tous les modèles de streamers utilisés en réservoir, le Woolly Bugger d’origine est souvent oublié. Ce modèle simple et épuré est pourtant très efficace et mériterait d’occuper plus de place dans nos boîtes à mouches, dans diverses tailles et coloris.
L’animation
Cette mouche peut être animée près de la surface ou entre deux eaux, mais elle pêche plus efficacement à proximité du fond. Avec les modèles montés avec un hackle mou, l’animation doit être lente pour donner une ondulation, une pulsation, à la mouche. Lorsqu’on souhaite ramener la mouche plus vite où lorsqu’on pêche des courants rapides, on privilégie des hackles plus nerveux, moins duveteux. En rivière, une animation lente à très lente peut être la clé de la réussite car le courant fait vivre de toute façon la mouche. Il est intéressant d’essayer d’abord de pêcher avec une mouche inerte de l’amont vers l’aval, puis, si cela ne marche pas, en plein travers du courant. On anime simplement un peu, en fin de dérive, pour faire remonter la mouche d’un seul coup et décider un éventuel poisson suiveur. Les modèles du type du Woolly Bugger Olive, légèrement lesté, dont la fiche de montage est présentée ici, conviennent très bien à cet usage. Plus classiquement, à condition d’utiliser des modèles plus lestés, on peut pêcher en lançant la mouche trois quarts aval et en la laissant dériver. La dérive peut être agrémentée de tirées plus ou moins rapides.
Selon la force du courant, on jouera sur le lestage de la mouche ou la densité de la soie pour amener l’artificielle près du fond. En lac, la problématique n’est pas la même. Un Woolly Bugger non lesté ou lesté en son centre a une nage plutôt planante, alors qu’un modèle lesté en tête dodeline de haut en bas de façon plus ou moins agressive, au gré des tirées imprimées à la soie par le pêcheur. Si l’on ne recherche pas une animation saccadée, il faut proscrire les modèles trop lestés. Il faut préférer un modèle peu ou pas lesté, combiné à une soie intermédiaire ou plongeante, plutôt qu’un modèle lourd accroché à une soie flottante. L’attractivité du leurre est supérieure, celui-ci réagit à la moindre aspiration, au moindre mouvement d’eau. De plus, sa présentation, en ligne avec la soie, permet un bien meilleur ferrage.Le modèle Leech
Le modèle Leech, dont la formule de montage est présentée ici, est un vrai Woolly Bugger non lesté, une des plus grosses mouches utilisées en réservoir. Son efficacité n’est plus à prouver. Il a souvent permis à ceux qui ont la patience de bien l’utiliser de gagner des compétitions au plus haut niveau. Je pense notamment à William Bergard à qui nous devons ce modèle. Cette mouche doit être animée très lentement, en pleine eau, mais surtout au ras du fond ou des cassures. Comme pour la pêche au pouic, les truites peuvent venir plusieurs fois tirer ou mâchouiller sa queue surdimensionnée avant de se piquer. Il faut des nerfs à toute épreuve pour ne pas ferrer amplement et pouvoir continuer à jouer avec le poisson, l’inciter à revenir à la charge jusqu’à ce qu’il se pique.
Cette mouche offre une très grosse bouchée. Son mouvement lent et sa taille la rendent irrésistible pour les truites qui ont du mal à ne pas venir “taper” dedans. Plus les poissons s’en approchent, plus ils l’animent et s’énervent, c’est là, je pense, le grand intérêt de ce modèle qui permet leurrer des poissons éduqués. Le nombre souvent important de touches compense les ratés.
La question du flashLa queue du Woolly Bugger peut être agrémentée de brins de matériau brillant, souvent du cristal flash. Deux ou trois brins placés de chaque côté de la queue du streamer permettent de suggérer des écailles et d’envoyer des éclats à distance. Selon les poissons recherchés, on mettra ou non ces quelques brins. S’ils sont souvent un plus indéniable, ils peuvent effrayer des poissons trop éduqués. Que ce soit pour la rivière, le réservoir ou même les autres pêches que nous n’avons pas développées dans cet article, j’espère vous avoir donné ou redonné l’envie d’utiliser cette mouche.

Une partie de pêche au brochet au streamer avec Rudy van Duijnhoven
J’ai rencontré Rudy van Duijnhoven à l’occasion d’une partie de pêche en Hollande. Cet homme grand, calme et discret, est un des spécialistes incontestés de la pêche du brochet à la mouche en Hollande. Il nous a guidés dans des polders qu’il connaît comme sa poche, à la recherche de son poisson favori.
Par Philippe Collet
Rudy est tout d’abord un passionné de photographie. Il fait une carrière de photographe free lance et travaille depuis maintenant plusieurs années pour le mensuel de pêche néerlandophone Beet, pour lequel il réalise de nombreux reportages et participe à la rédaction. Il pêche et voyage beaucoup. Il est instructeur de lancer mouche et réalise de nombreuses démonstrations de lancer et de montage de mouches dans les salons. Il effectue aussi des prestations de guidage.
Le matériel de Rudy
Pour envoyer de gros streamers (comme celui que nous décrivons plus loin dans cet article) montés sur un gros hameçon et offrant une résistance à l’air importante, il vaut mieux posséder un matériel adapté et bien équilibré. Rudy utilise une canne de puissance 8 à 10, d’une longueur qui n’excède pas 9 pieds. Cette longueur est largement suffisante pour la pêche du bord. D’après lui, on peut passer à 10 pieds pour la pêche en bateau ou depuis un float tube. Mais ces cannes sont plus fatigantes et la longueur supplémentaire change souvent leur action. A budget égal, vous aurez beaucoup plus de chances de trouver une bonne canne en 9 pieds qu’en 10. Prévoyez une canne avec de larges anneaux pour faciliter les lancers et les shoots. Cette canne doit posséder un talon de combat.
Les soies
Dans les polders, Rudy utilise le plus souvent une soie flottante, parfois une soie intermédiaire. Les polders sont des milieux peu profonds. Lorsqu’ils sont encore colonisés par la végétation aquatique, la soie flottante s’impose. Lorsque le froid a fait disparaître ou régresser les herbiers ou lorsque l’on pêche dans des secteurs navigués plus profonds, une soie intermédiaire permet de pêcher un peu plus bas. La soie intermédiaire a l’avantage de se soustraire à l’influence du vent et de permettre un contact plus direct avec la mouche, ce qui facilite le ferrage. Si l’on doit pêcher lentement des poissons apathiques, elle descend inexorablement. Dans ces eaux peu profondes, cela amène la mouche à toucher le fond en milieu ou fin de ramené. On risque alors de s’accrocher, notamment dans les rhizomes de nénuphars. Rudy préfère les modèles de soies spécifiques, à fuseau ramassé, réservés à la pêche du brochet, du black-bass, ou à la pêche en mer. Pour ces derniers modèles, attention à bien s’équiper de soies destinées à l’eau froide, qui garderont leur souplesse dans les pires conditions de froid.
Le bas de ligne
Le bas de ligne doit être court pour un bon transfert de l’énergie de la soie vers la mouche. Il ne dépasse généralement guère 1,50 m. Il peut être un peu plus court en soie intermédiaire et un peu plus long en soie flottante. Rudy affectionne un bas de ligne composé de 75 cm de 50 à 40 centièmes prolongé de 75 cm de 35 à 40 centièmes. Il y ajoute un petit bas de ligne en acier d’une vingtaine de centimètres pour s’assurer de ne pas se faire couper bêtement. Ce bas de ligne est composé d’un morceau de corde à piano d’environ 40 centièmes comportant une boucle fermée d’un côté et une boucle ouverte de l’autre, refermée par un astucieux petit système de ressort. Ce système d’agrafage permet de ne pas perdre bêtement de mouches pour une agrafe ouverte sur un choc lors d’un lancer.
Le lancer
Ce qui vous marque lorsque vous côtoyez Rudy, c’est son calme et sa discrétion. A la pêche cela se traduit dans sa façon de lancer : très coulée, très lente, sans aucun effort super- flu, à la limite du décrochage. En le regardant, vous êtes obligé de ralentir, vous aussi, vos lancers et vous vous apercevez que votre mouche aussi file toute seule, là où vous souhaitiez l’envoyer. Pêcher à ses côtés pendant deux jours m’a fait progresser : je force beaucoup moins et prends un réel plaisir à propulser ces grosses mouches avec un minimum d’efforts en utilisant au maximum les qualités de mon matériel.
Une telle façon de lancer est la conjonction d’un équilibre parfait du matériel et d’une technique bien rodée. La soie est adaptée à la canne, elle la charge parfaitement. L’ensemble canne/soie est adapté à la taille des mouches utilisées, le bas de ligne n’est pas trop long pour éviter les à-coups. Lors du lancer arrière, la canne est bloquée fermement à 1 heure, ce qui garantit le bon étalement de la soie. Le lancer avant n’est engagé que lorsque l’ensemble de la soie s’est bien étendu derrière, ce qui donne beaucoup plus de puissance au shoot avant. En tenant la canne bien haut en arrière et en poussant vers l’avant jusqu’à la position 11 heures, la boucle générée est très serrée et file dans le vent pour se dérouler jusqu’au bout et poser le gros streamer discrètement, en ligne. Point d’énergie en excès avec Rudy, le streamer ne tape pas l’eau ou ne rebondit pas au bout de la soie, il se pose bien en ligne, arrivé en bout de course.
Toujours dans le souci d’économie de geste, l’arraché est soigneusement préparé en ramenant suffisamment de soie et en démarrant soie tendue, canne basse. De cette façon, il se fait tranquillement en relevant la canne jusqu’au blocage net à 1 heure, qui permet soit de renvoyer directement la mouche en shootant, soit de refaire un faux lancer ou deux avant de replacer le streamer sur un nouveau poste. A la fin d’une journée, cette technique permet une sacrée économie d’énergie, je vous le garantis !
La moucheLors de notre entrevue, Rudy a utilisé une mouche vraiment aboutie de sa création. Elle se lance bien malgré l’imposante bouchée qu’elle représente. Sa forme conique permet un mouvement de rétraction/gonflement sur chaque tirée. Sous la surface, cette mouche génère un déplacement d’eau suffisant pour intéresser les brochets les plus gros. Pour la monter, Rudy utilise un hameçon Gamakatsu 6/0 dont il écrase préalablement l’ardillon. Il ne perd pas plus de poissons avec un ardillon écrasé, abîme moins ces derniers et lesdécroche beaucoup plus facilement. De plus, avec de tels hameçons, on est content de ne plus avoir d’ardillon quand on se pique la mouche dans la peau ou les vêtements pendant une partie de pêche.
Au cours de la fabrication de sa mouche, Rudy met du vernis à chaque étape du montage. Cela garantit la solidité de l’ensemble et allonge la durée de vie du leurre, qui doit résister aux dents acérées des brochets.
Cette mouche comporte une queue en Flashabou et un corps alternant des mèches de bucktail et de gros hackles de coq tournés. Les hackles sont là pour donner du volume au streamer, créer une silhouette trapue, facilement repérable par le brochet, sans utiliser trop de matériaux et alourdir l’ensemble.La dernière collerette de bucktail, en tête de la mouche, est toujours noire pour offrir un contraste plus facilement repérable par le poisson.
Les modèles sont tous déclinés selon la formule de montage qui suit, avec souvent un arrière blanc, un milieu coloré (jaune, vert, rose, rouge) et une tête noire. Quand l’eau est sale, Rudy aime bien utiliser un modèle tout noir ou rouge et noir, toujours pour une question de contraste.
Le lieu de pêche• Nous avons pêché dans le secteur de Vinkeveen. Cette petite ville qui se situe à environ 20 km au sud d’Amsterdam est entourée d’eau. Nous avons été hébergés dans un petit hôtel de la ville qui loue des barques en aluminium à motorisation thermique amarrées face à sa porte. Ces embarcations nous ont permis d’explorer les dédales d’un vaste polder, tantôt au milieu des champs, tantôt au milieu des habitations. Il s’agit de l’Hotel T’meertje à Vinkeveen.
Tél. : 0031297261261.
E-mail : infowww.hotelhetmeertje.nl• Pour pêcher en Hollande, il faut se munir d’un Vispas (passe pêche) qui coûte environ 30 euros pour l’année, disponible sur Internet si l’on souhaite anticiper et gagner du temps sur place
www.sportvisserijnederland.nl/vispas/francais/• Rudy peut vous guider, n’hésitez pas à le contacter. Il ne parle pas français, mais parle un anglais parfait.
Rudy van Duijnhoven
Hollands Klooster 18, 6562 JE Groesbeek
The Netherlands
Tél./fax : 0031243974417. E-mail : [email protected]
www.rvd-image.nl