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Étiquette : Squad

Finlande : Street fishing à Tampere
Me voilà maintenant arrivé à Tampere, une ville finlandaise dans une région taillée pour la pêche qui compte vingt et un immenses lacs. Celle-ci s’est d’ailleurs autoproclamée « zanderland », le pays du sandre. Tampere est située entre les grands lacs de Näsijärvi (256 km2) et de Pyhäjärvi (122 km2), tous deux reliés au centre de la ville de Tampere par les rapides de Tammerkoski. C’est là que je commencerai ma découverte de la ville. Ismo Kolari, qui dirige en quelque sorte la promotion de la pêche dans la région de Tampere, sera mon guide pour les trois jours que j’y passerai.
Par Guillaume Le Garrec
C’est l’automne, une saison plutôt propice pour la pêche des carnassiers. Nous commencerons par les rapides au centre de Tampere. L’endroit est magnifique. Par chance, le beau temps est de la partie, même si la température reste fraîche. De nombreux pêcheurs sont déjà affairés ; cela me donnera l’occasion de découvrir leur façon de pêcher. Je ferai la connaissance de Niko, un ingénieur grec venu en Finlande pour son travail. Nous n’étions qu’en 2011 et déjà la crise s’annonçait dans son pays. Niko pratique une sorte de pêche au drop shot, avec des streamers et un plomb poire d’environ 10 g. Il lance sa ligne dans le courant et contrôle la dérive lentement. Que souhaite-t-il attraper ? A ma grande surprise, la zone est peuplée de truites arc-en-ciel et farios, non sauvages, mais lâchées chaque année pour cet usage. En effet, ces rapides sont placés entre deux microcentrales hydroélectriques et la libre circulation des poissons y est impossible. Je commencerai de mon côté par pêcher au poisson nageur, un peu comme je pêcherais la truite de mer sur la Touques. Pour cela, j’utilise un Squad Minnow 90 colori “ayu” (Illex).
Mes nouveaux amis me regardent bizarrement, dubitatifs, mais pour peu de temps. Ma canne se plie dès le premier passage sous le coup de tête rageur d’un premier poisson. Pourtant, le combat ne durera pas longtemps, c’est une jolie truite arc-en-ciel, qui n’a pas toujours habité dans les rapides et qui ne se serait jamais qualifiée pour les JO d’endurance… Rien de très intéressant, mais amusant tout de même. J’en attraperai deux autres de la même façon. L’après-midi s’est donc passé assez rapidement, mais j’ai hâte de découvrir ce que cache cette ville et d’affronter un peu les sandres qui en font la popularité. Cependant, Ismo me réserve une petite surprise. Il sait que je pratique également la pêche à la mouche et me convie le soir venu à une pêche « locale ». Je croise de nombreux étudiants. La fête bat son plein et je me retrouve entouré de pêcheurs à la mouche.
Ismo m’explique que nous sommes sur un « parcours mouche », qui possède même son propre automate sur le mur du restaurant Koskipuisto délivrant des cartes de pêche horaires ! Ce parcours est situé juste en amont du lac Pyhäjärvi. Nous avons la possibilité d’y attraper des truites de lac, des farios, des arcs, des perches et des corégones, poisson qu’ils nomment ici, (comme aux États-Unis) le white fish. Et c’est à cela que nous passerons notre soirée, à traquer le corégone.
La technique est relativement simple, pas besoin de sortir 10 m de soie, un lancer roulé étant suffisant pour pêcher. C’est une pêche en nymphe au fil avec un indicateur de touche, un peu comme nous pêchons la truite de mer avec mes amis depuis quelque temps. Je ne suis pas dépaysé et nous attraperons une petite trentaine de white fish dans la soirée.
Aborder d’aussi grandes surfaces d’eau demande du temps et un bon guideLe lendemain, j’irai seul essayer de taquiner la perche et le sandre sur les bords du lac Pyhäjärvi, particulièrement bien adapté au street fishing. De nombreux bateaux sont à quai et mon montage drop shot fera fureur auprès des perches. Je perdrai toutefois un joli sandre d’environ 60 cm, au plomb palette, en pêchant dans six mètres d’eau depuis une grande « passerelle » d’appontement où se retrouvent de nombreux pêcheurs de perchettes à la gambe.
Je terminerai ce voyage par une sortie en bateau avec Ismo qui souhaite me montrer sa façon de pêcher le lac. Nous partons de bonne heure, il fait très froid. Ismo a choisi le lac Pyhäjärvi et ses cent îles. Il pêche à la traîne et utilise comme appât un petit salmonidé dont je ne retrouverai pas le nom. Une fois les lignes à l’eau, c’est tout le talent et le flair du pilote qui fera réellement la pêche en cherchant les bonnes trajectoires, la bonne profondeur de pêche, la bonne vitesse. Mais parfois, la chance joue aussi beaucoup à la pêche et ce jour-là, elle nous fuit. Après une matinée de pêche infructueuse, nous nous arrêtons pique-niquer sur une île, cueillons quelques superbes chanterelles et repartons chercher la perche et le sandre en profondeur, aux leurres. Encore une fois, nous trouverons quelques bancs de perchettes, mais rien autour, ni brochet, ni sandre. Je désespère d’attraper un poisson « valable ». Il y aurait pourtant une pêche à faire, à l’aide d’un moteur électrique monté à l’avant du bateau et un montage vertical. Mais cela reste pour moi dans le domaine de l’hypothétique, puisque nous n’avions rien de cela.
Autres lieux, autres mœurs…Cette façon de pêcher n’est pas encore rentrée dans les mœurs ici et la pêche du sandre se pratique surtout l’été, lorsque l’eau est la plus chaude et que les sandres se rassemblent sur les bordures… pour frayer ! La pêche se fait alors à la cuillère ou au poisson nageur, pratique qui pourrait choquer beaucoup de personnes en France, mais pas ici. C’est un peu comme aux Etats-Unis où l’on n’hésite pas à pêcher les black-bass sur les nids, la pression de pêche est certes assez importante à ce moment de l’année, mais apparemment la densité de poissons est telle que pour l’instant, les immenses écosystèmes de ces lacs et l’Homme ont l’air de faire bon ménage. Selon les pêcheurs locaux, la population de sandres ne cesse de grandir. Cela est certainement dû aussi aux étés de plus en plus chauds constatés depuis une dizaine d’années. Mais encore faut-il espérer que cela puisse être durable ainsi…
Mon périple en Scandinavie s’achève ici. Il y a encore tant d’endroits que j’aimerais visiter, dont la Laponie ou les nombreuses rivières de la région de Tampere. Plus tard… Je reviendrai, c’est certain ! En tout cas, si l’envie vous prend d’aller « visi-pêcher » Tampere, privilégiez la traque des beaux poissons, pêchez la truite l’été, les carnassiers en automne et n’allez pas embêter les sandres en été. Emportez un ensemble mouche pour pêcher le corégone ou les rivières alentours et un ensemble léger pour la perche et le sandre. Cela vous permettra de pêcher en verticale si vous trouvez un guide équipé d’un échosondeur.
Truites lacustres en rivière : mode d’emploi…
Certains grands cours d’eau de l’Hexagone sont connus pour leurs remontées de truites lacustres. Celles-ci s’engagent dans la rivière à l’occasion des coups d’eau et sont reconnaissables entre mille. Les pêcheurs locaux les appellent des « blanches », en raison de leur robe. La pêche de ces grosses truites comporte pas mal d’incertitudes, mais une fois que l’on a accroché un de ces poissons surpuissants on ne peut plus s’en passer ! Voici quelques éléments de réflexion pour vous aider à croiser la trajectoire de ces fuseaux d’argent…
Par Jean-Christian Michel
Les « blanches »…Que la truite fario soit un poisson migrateur, c’est un fait au moment de la reproduction, mais c’est également vrai lorsqu’il s’agit de gagner des zones de croissance. Certains spécimens vont se sédentariser et s’alimenter uniquement dans la rivière alors que d’autres vont dévaler jusqu’au lac. Dans les barrages que la fée électricité a vilainement semés un peu partout, ces truites vont trouver un milieu de vie favorable et connaître une croissance rapide, car elles se nourrissent presque exclusivement d’ablettes. Ce comportement piscivore a pour effet de doper leur croissance et de transformer ces farios de rivière en boules de muscles argentées. Elles deviennent alors des truites « lacustres ». Ces poissons ont une robe très claire en raison de leur vie dans le lac. Voilà pourquoi les pêcheurs du cru les affublent du joli qualificatif de « blanches ». Cette coloration n’est pas due à leur origine génétique, car les truites lacustres sont aussi bien de souche méditerranéenne qu’atlantique. En revanche, leurs moeurs presque pélagiques dans les grands lacs confèrent à leurs écailles un éclat surprenant… un peu comme si la profondeur de l’eau se mélangeait à celle du ciel pour produire la curieuse intensité métallique de leurs reflets. Des farios stealhead en quelque sorte ! Même quand elles sont dans la rivière depuis plusieurs semaines, ces truites conservent la marque du lac étalée sur leur robe. Elles peuvent devenir cuivrées avec le temps, mais elles ne perdent pas cet aspect métallique.
Une truite fantasque ?Outre leur taille, la fascination que ces truites exercent sur les passionnés tient au côté difficilement prévisible de leur pêche. Car, pour pêcher les truites lacustres en rivière, encore faut-il qu’elles y soient remontées… C’est un axiome tout bête, mais qui pose pas mal de problèmes dans la pratique. La seule certitude que l’on puisse avoir est que ces truites s’engagent dans la rivière à l’occasion des coups d’eau. Les débits supérieurs à la normale produisent un appel d’eau dans le lac qui réveille le naturel migrateur des farios. Mais n’imaginez pas que ce soit un phénomène mécanique ! Cela peut se produire lors des pluies printanières ou au moment des orages, en été. C’est également le cas au début de l’automne, mais en France la pêche est fermée ! (Allez pêcher à l’étranger !) Il faut suivre l’état de la rivière de façon assez régulière, car les « blanches » apparaissent du jour au lendemain. Leur réputation de truites « faciles » tient beaucoup à cela. Car, quand des poissons « neufs » tout juste remontés du lac prennent possession des postes, ils sont bien évidemment beaucoup plus vulnérables que les poissons sédentaires. Mais cette naïveté d’un moment ne doit pas faire oublier qu’il s’agit de vraies truites sauvages et non pas de poissons de cirque. Leur faculté à s’éduquer est exemplaire, et ce phénomène est d’autant plus rapide que les eaux sont basses. Sur les spots les plus accessibles, ces truites sont matraquées quotidiennement et elles deviennent vite imprenables par les techniques les plus utilisées. La seule solution pour s’en tirer un peu moins mal que les confrères est de ne pas s’enfermer dans une seule pratique. Certaines rivières sont sur-pêchées à la Vibrax n° 4, ailleurs c’est le poisson mort manié qui est considéré comme l’arme fatale. D’autres ne jurent que par les poissons nageurs. Ces techniques « reines » ne valent que le temps de l’accoutumance. En tout cas, il faut pêcher différemment des confrères pour parvenir à intéresser ces truites très sollicitées.
Restez raisonnables…
Dans le choix de l’équipement, il faut prendre en compte la taille moyenne des captures espérées (généralement entre 40 et 60 cm), sans employer pour autant un matériel de saumonier. Les lacustres migratrices peuvent atteindre des mensurations hors du commun, mais on n’accroche pas une truite de 70 cm à chaque tour de manivelle. Aussi la puissance du matériel est plutôt à déterminer en fonction de la puissance de la rivière (et des obstacles) que de la taille fantasmée des captures potentielles. Une canne à poisson mort manié de 2,80 ou 3 mètres et d’une puissance de 15 à 30 grammes convient bien. Il s’agit plutôt d’un modèle pour les pêches légères du sandre que pour le brochet ou le saumon. Coté ligne, dans les cours d’eau puissants mais sans trop d’encombres, on peut utiliser un bon 22 centième nylon. En revanche, dans les rivières torrentielles, les frottements contre les blocs sont fréquents et une truite de quelques livres a vite fait de s’appuyer sur le courant pour dévaler. L’emploi d’une bonne grosse tresse en 12 centièmes peut alors être très utile. Surtout si vous employez des leurres qui aiment bien se coincer entre les blocs, comme ces merveilleux poissons nageurs « new age » dont le prix du gramme de plastique suscite bien des pensées quand le fil vole mollement au vent après une casse…
Quelques touches de finesse dans une pêche de brutes…Dans les grandes rivières, je suis un inconditionnel de la pêche vers l’aval, pourvu qu’il y ait suffisamment de courant. Que l’on procède aux leurres ou au poisson mort manié, cette approche a le mérite de ne jamais couvrir le poisson avec le fil, à condition que l’on prospecte de façon raisonnée en allongeant progressivement les dérives. Une truite qui est surprise par la vue du leurre, plutôt que prévenue de son arrivée par le sillage du fil, a beaucoup plus de chances de ne pas inhiber ses réflexes d’attaque. De plus, en procédant ainsi on peut se permettre d’utiliser un diamètre de corps de ligne confortable, car la truite ne voit le fil qu’une fois qu’elle est pendue à l’hameçon ! Pour accentuer cet effet de surprise, il est bon de présenter le poisson mort ou le leurre selon un angle le plus fermé possible. L’idéal serait de pêcher plein aval. Dans les grandes rivières homogènes, c’est rarement possible et on ne peut pas procéder autrement qu’en peignant le cours d’eau par de larges dérives en arc de cercle. En revanche dans les rivières plus étroites et dès que les postes sont suffisamment dessinés, il ne faut pas s’en priver. Il est alors payant de faire le pari que l’on sait précisément où se tient postée la truite et de présenter le leurre légèrement en amont de son poste. Le but de cette manoeuvre est d’inciter la fario à avancer pour prendre plutôt que de la contraindre à se retourner pour poursuivre l’appât. Lorsque nous pêchons en lancer-ramener de façon presque aveugle et linéaire et qu’une truite vient se prendre toute seule, on ne sait ja-mais combien on en a callé d’autres avant elle.
Tout ceci peut paraître bien théorique. Mais, souvent, la finesse réside plus dans la façon de procéder que dans le diamètre du fil. Avant de chercher à déclencher une attaque (par un leurre « irrésistible »), il vaut mieux faire en sorte de ne pas effrayer le poisson ! La prospection vers l’aval présente également la possibilité de maintenir le leurre ou le poisson mort de façon rectiligne, nez vers l’amont, comme c’est le cas des proies vivantes. Comme toutes les truites sauvages, les « blanches » s’éduquent rapidement et, quand elles ont été vaccinées pour avoir poursuivi un leurre qui coupe perpendiculairement les veines d’eau, elles ne commettent pas deux fois la même imprudence.
Poisson mort, poisson nageur, ondulante & CoCes repères étant posés, on peut se pencher de façon plus sereine sur le choix du mode de pêche. La taille des leurres (ou poissons morts) doit être comprise entre 7 et 10 cm. Les truites de lac sont habituées à ingurgiter des ablettes de taille bien plus importante, mais les leurres ou appâts trop volumineux sont source de décrochages.
La proie proposée doit être suffisamment intéressante pour que la truite décide de se déplacer, mais il faut également que celle-ci soit gobée franchement afin que les hameçons accrochent. En tout cas, prenez soin d’équiper vos leurres de triples solides, mais ultra-piquants (les ST 21 et ST 36 de chez Owner sont excellents pour cette pêche). Les traqueurs de « blanches » opèrent souvent au poisson mort manié, au poisson nageur ou à la cuillère ondulante. Les grosses cuillères tournantes (numéro 3, 4 ou 5) ont leurs adeptes, mais elles provoquent un vrillage désagréable en pêche aval dans les forts débits. Les facteurs qui vont guider le choix du leurre ne sont pas liés (à mon sens) à une « attractivité » intrinsèque du leurre mais à ses qualités pêchantes, à sa façon de « passer » dans les veines d’eau. Tout ceci est directement commandé par les faciès d’écoulement du cours d’eau. En rivière large et homogène, on peut utiliser une ablette montée sur une bonne vieille godille et effectuer des dérives en arc de cercle. Les poissons nageurs bruiteurs et peu plongeants de type Squad Minnow, avec leur nage très chaloupée, font bouger les truites de loin. C’est un détail qui n’est pas négligeable lorsqu’il s’agit de peigner des pools où les postes sont indistincts et où il est nécessaire d’attirer l’attention des salmonidés d’assez loin. Dans ce cas de figure, les bonnes vieilles ondulantes assez lourdes de type Toby (Abu) en 12 ou 20 grammes sont également tout indiquées. Ce type de leurre est rarement employé chez nous. Pourtant, même si nos cours d’eau sont plus modestes que les énormes rivières scandinaves pour lesquelles elles ont été conçues, ces ondulantes sont particulièrement efficaces sur les truites lacustres.
Dans les cours d’eau au régime plus torrentiel, les lacustres se cantonnent surtout dans les fosses et derrière les gros blocs. On peut les débusquer avec des poissons nageurs lipless très denses, ou même avec certains cranckbaits, sans exagérer leur taille. Les modèles les plus élancés comme les Smith DD Panish en 7 cm sont tout indiqués car leur silhouette n’offre que peu de résistance à la force du courant. Sur ces mêmes cours d’eau chaotiques, certains habitués ne jurent que par le poisson mort manié. Ils utilisent des montures très plombées et recherchent les truites d’autant plus près du bord (parfois juste sous la canne…) que la rivière est encaissée. Ces pêcheurs sont avares de lancers, mais ils savent précisément contre quels blocs il faut pêcher et ne perdent pas de temps à peigner l’eau. A les écouter, ils ne prennent jamais rien. Même quand une caudale large comme la main dépasse de leur sac à dos ! Comme tous les pêcheurs de grosses truites, les traqueurs de « blanches » ont médité la sagesse chinoise : ils savent que plus on est de fous, moins il y a de riz… Alors ils préfèrent rester discrets. Ne leur en voulez pas trop, car ces grandes truites sont un peu leurs saumons intérieurs…