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  • Etude du relâché

    Etude du relâché

    Qu’est-ce qui fait la différence entre un très bon pêcheur et un pêcheur moyen ? A force de côtoyer les meilleurs pêcheurs dans un panel de techniques, de poissons et d’approches radicalement différentes, un point commun sort du lot. Le relâché après une animation. La plupart des poissons attendent ce moment pour s’emparer du leurre, de la mouche ou de l’appât. Etude d’une phase de l’action de pêche qui fait la différence.

    Par Philippe Boisson

    A priori, aucun lien ne relie un pêcheur de truite à la nymphe à vue à un champion de la pêche du sandre à la verticale. Rien non plus d’évident entre un pêcheur de black-bass opérant au milieu d’arbres noyés et un pêcheur de brochet habitué aux grands espaces des lacs alpins. Et pourtant, tous ont compris qu’il existe une clef principale de la réussite, qui les unit au final. Chaque poisson a sa propre façon de se nourrir, lançant son attaque sur un leurre ou se décidant à prendre une nymphe uniquement dans des conditions très particulières. A l’étude de cet ensemble  de constatations, on se rend compte, en définitive, que la plupart des poissons prennent le leurre, la nymphe ou l’appât, lors du relâché faisant suite à une traction qui dans bien des cas, a attiré simplement l’attention du poisson. Ce que l’on appelle “l’animation” et qui évoque la vie donnée à une chose inerte, méritait une petite analyse. Elle s’est révélée passionnante !


    L’école de la pêche à vue

    Quelle merveilleuse école que celle qui consiste à pêcher en voyant les poissons et parfois même ce qu’on leur propose. Chaque espèce a sa façon d’analyser la chose qu’on lui présente. Et si l’on va plus loin dans la réflexion, on constate qu’il existe, pour une même espèce, des différences entre certaines rivières, ou tout simplement au sein de mêmes cours d’eau, selon que la pression de pêche s’y révèle faible ou forte par exemple. Les pêcheurs de truites sauvages à la nymphe à vue savent bien à quel point l’animation de la nymphe peut, soit pousser la truite à prendre, soit la faire détaller à toutes nageoires. La pêche à vue reste un archétype de technique empirique, où l’on apprend, par la répétition de gestes heureux ou malheureux, ce que sont de bonnes et de mauvaises décisions. Il y a un côté très primaire dans tout cela et les premiers chasseurs comme les premiers pêcheurs de notre espèce ont dû certainement procéder de la même façon. Le fait qu’ils pêchaient et chassaient pour se nourrir les a sans doute poussés à développer une intelligence salutaire, sans quoi nous ne serions sans doute pas là pour aller à la pêche pour notre simple plaisir ! A force de tenter des milliers de truites, on finit par s’imprégner de ce qui leur plaît le plus. Souvent pas grand chose, un petit relevé de deux centimètres au bon moment quand plus serait trop… Le but étant d’attirer leur regard sur cette chose qui à leurs yeux à fait une erreur en se montrant un peu trop. Cependant, si la première étape de cette micro-animation a marché, la suite est infiniment plus délicate. C’est elle qui poussera la truite à prendre ou à refuser. Le piège fonctionne uniquement si le relâché est totalement libre. Or en animant, le fil se tend immanquablement, et la qualité du relâché se trouve donc conditionnée par la tension du fil. Cet exemple résume tout l’art de la pêche à la nymphe, qui demande des années de pratique pour tenter de maîtriser des posés parfaitement détendus. A cette pêche d’adresse, les meilleurs pêcheurs sont des as en la matière. La pêche à vue procure parfois l’occasion de faire des rencontres inattendues. La carpe est un poisson fascinant à pêcher à vue. Ne les cherchant pas spécifiquement, cela donne l’occasion pour moi d’improviser avec les moyens du bord. Le sandwich de midi, le pain, son contenu, des filtres à cigarettes, des petits leurres souples aromatisés, des nymphes, des streamers… La carpe est un poisson curieux mais méfiant et si l’on arrive à l’ approcher sans l’apeurer, alors sa curiosité l’emporte souvent sur sa méfiance. Ces expériences occasionnelles sont riches d’enseignements, car les carpes en questions, croisées lors de sorties de pêche à la mouche ou aux leurres, n’ont pas l’habitude d’être pêchées dans très peu d’eau en pleine journée, sans amorçage préalable, voire pour ce qui est de la pêche avec des filtres à cigarettes, des nymphes ou des streamers, sans odeur particulière. Quel que soit l’appât ou le leurre proposé, seul son comportement dans l’eau permet de gagner leur confiance. A la moindre erreur, une crainte perceptible s’installe en un quart de seconde et c’est la panique dans tout le banc. Après quelques tentatives, on comprend assez vite ce qu’elles ne supportent pas. Une carpe qui voit l’impact de quoi que ce soit tombé dans l’eau devant elle, même à deux ou trois mètres, est mise en éveil et se méfie. Généralement elle change sa route. A l’essai suivant, elle fuit avec ses copines. La seule façon de réussir consiste à poser sur le fond ce qui lui est destiné avant qu’elle n’arrive sur la zone. Ensuite, lorsqu’elle se trouve à quelques décimètres et quelle n’a pas été alertée, il suffit alors de décoller l’appât de dix centimètres et de le laisser se poser à nouveau librement sur le fond. Sa curiosité est alors éveillée et la carpe choisit souvent de venir goûter cette chose très étrange qui ne ressemble à rien de ce qu’elle connaît et qui un court instant semblait animé de vie. La carpe dès lors l’aspire, la goûte, puis la recrache immédiatement si celle-ci lui semble inodore, inhabituelle ou désagréable. A vous de ferrer avant qu’elle ne recrache.

    L’exemple du sandre

    Adolescent, je dévorais les écrits d’Henri Limousin et d’Albert Drachkovitch à propos de la pêche du sandre au poisson mort manié. Pas avares de détails, les deux compères ont sans doute écrit au final l’équivalent de deux bibles sur cette pêche et ce poisson sans jamais donner « LA » clef de la réussite, celle qui fait toute la différence. J’ai du mal à croire que cet errementt n’était pas volontaire tant la chose est importante. Le sandre prend sur les relâchés (remarquez la similitude avec la pêche de la truite à la nymphe !) et quasiment jamais sur les tractions. Rien ne lui plaît plus qu’une monture qui redescend en planant ou qu’un leurre bien décidé à rejoindre le fond. Le percidé suit le leurre descendant et se décide à le prendre seulement après une observation plus ou moins longue. Si une animation intervient lors de cette phase d’observation, cela suffit à le faire changer d’avis, voire à lui foutre la frousse. On pourrait penser qu’il s’agit d’un comportement de méfiance et que l’animation en question trahit la présence du pêcheur. C’est sans doute le cas sur les plans d’eaux sur-pêchés, mais il s’agit avant tout d’un comportement naturel de ce poisson. J’ai pêché au poisson mort manié durant des années sans apporter d’attention particulière à ces phases de relâchés. Même à cette époque où le sandre était considéré comme un envahisseur, mes résultats étaient bien maigres en regard des densités exceptionnelles de carnassiers qui se promenaient sous ma canne. C’est en observant un très bon pêcheur local, qui ne connaissait ni Drachkovitch ni Limousin et qui pêchait au cadre avec des montures casquées, que la chose m’apparut alors évidente. En lui faisant remarquer qu’il apportait une attention très particulière à la façon d’accompagner la descente suite à une traction, d’une façon très précise, dans une sorte de chute libre très contrôlée, il me répondit « ah oui, c’est vrai, il ne prennent que comme ça… »
    Filmé pour un DVD Pêches sportives, le belge Wim Van de Velde me fit découvrir les secrets de la pêche à la verticale. A la différence de la pêche au poisson mort manié, la verticale se veut minimaliste. Fini les grandes tirées de quatre-vingt centimètres et les longues descentes accompagnées.
    Rappelons qu’en verticale “hollandaise”, le bateau avance très lentement au moteur électrique, chose interdite en France où cela est assimilé à une pêche à la traîne. La technique du plat pays souffre d’une appellation trompeuse, à l’origine d’un amalgame entre la pêche à la “dandinette”, au jig, et à tout ce qui est animé verticalement. La technique hollandaise est en réalité une pêche à l’horizontale, puisque une fois le leurre décollé du fond de quelques centimètres, celui-ci avance, sous l’effet du bateau, parallèlement au fond. Les touches ont le plus souvent lieu lors de cette phase où aucune animation ne vient perturber la marche du leurre. C’est la raison pour laquelle nombre de touches surviennent lorsque l’esprit divague. Moins on en fait, plus on prend. Si le décollage du leurre ne demande aucune attention, la façon dont on le dépose régulièrement (ce qui permet de reprendre contact avec le fond) demande un coup main particulier. Wim est toujours très concentré durant cette phase, car il sait que c’est un moment propice aux touches, sinon à l’intérêt que va porter le carnassier à ce leurre bien tentant. Il serait intéressant qu’un jour quelqu’un prenne le temps d’essayer de filmer l’attaque d’un sandre sur un leurre de pêche en verticale. Suivent-ils le leurre sur plusieurs animations ? Ont-ils des réactions de panique face à certaines animations ? L’expérience serait riche d’enseignements. La méthode de Wim semble enfantine et pourtant ce pêcheur ressent énormément de choses, provoque des touches, sait ce qui leur plaît et ce qui les rebute. Et comme il le dit lui-même, ce feeling particulier ne s’apprend pas dans les livres… Mais les belges et les hollandais ont plus d’un tour dans leur besace. Lorsque le vent devient trop fort, impossible de guider le bateau convenablement. La limite de la pêche à la verticale est alors atteinte et une autre technique doit prendre le relai. Chez eux, il s’agit de la pêche en “diagonale”, encore un terme très imprécis, que les pêcheurs interprètent parfois de façons diverses. Cette technique est beaucoup plus proche de la pêche au poisson manié que ne l’est la verticale. Puisque le bateau vit sa vie, autant le laisser faire. La pêche se déroule derrière lui à vingt ou trente mètres avec un leurre souple fortement lesté. Le pêcheur décolle le leurre du fond d’au moins cinquante centimètres et apporte une attention toute particulière à la redescente sur le fond, car les touches ont bien évidemment lieu durant cette phase. Le mouvement est ainsi répété à l’infini tant que la dérive couvre des postes intéressants.


    Le regard du black-bass

    S’il est un poisson qui observe longuement avant de se décider à prendre c’est bien le black-bass. Notre centrarchidé remporte haut la main la palme du poisson le plus interactif avec le pêcheur. La pêche à vue permet de profiter pleinement de ce spectacle, car c’en est un. Un black-bass ayant été pris et remis à l’eau plusieurs fois devient extrêmement difficile à tromper. Le niveau de perfection à atteindre dans l’action de pêche devient alors aussi élevé que celui nécessaire à la pêche d’une grosse truite sauvage sur un parcours sur-fréquenté. A cette différence près, qu’un pêcheur de black-bass à plus de cartes entre les mains. Vous pouvez le tenter en surface, ou avec toutes sortes de créatures souples ou métalliques, des bizarreries qui font marche arrière, j’en passe et des meilleures. Face à tout cet arsenal, le plus intelligent des poissons d’eau douce aura généralement, à l’instar de la carpe citée plus haut, deux réflexes : l’envie irrésistible de venir voir, et ensuite la prudence d’attendre que la chose s’anime. Il a alors tout son temps. En général, c’est le pêcheur qui craque en premier, pensant qu’une animation le poussera à attaquer. Très souvent, l’inverse se produit. Il faut avoir vu des black-bass observer quelque chose qui vient de tomber sur l’eau, la mobilité des yeux, le mouvement des nageoires, le corps en tension. S’il lance son attaque, c’est que la chose lui paraît d’une part comestible et d’autre part “crédible”. Avec les leurres souples coulant lentement (de type Senko) le jeu est tout aussi passionnant. Lors de sa descente, le poisson le suit et l’observe, ne se décidant à s’en emparer que si la chute est parfaitement libre. Toute retenue est suspectée. Pour le black-bass comme pour le sandre, ce comportement naturel est influencé par l’expérience qu’acquièrent les poissons lorsqu’ils sont confrontés à des leurres. Beaucoup de scientifiques refusent d’accorder de l’intelligence aux poissons, préférant plutôt parler d’accoutumance. En théorie, notre intelligence d’humains modernes, devrait nous permettre de venir rapidement à bout de la dernière truite, du dernier black-bass ou du dernier sandre. Or, il nous faut au minimum quinze ans d’existence pour arriver à tromper la méfiance de poissons qui pour certains en ont à peine trois ! Même des poissons d’élevages introduits à l’âge adulte dans une pièce d’eau s’adaptent en deux ou trois journées à une nouvelle technique de pêche !
    Plus les années passent, plus j’accorde de l’attention à ce qui se passe lors des phases où mon leurre redescend à la suite d’une animation. Plus qu’un simple suivi, cet accompagnement peut se travailler, se modeler, s’anticiper, en fonction, lors du relâché du leurre choisi, de l’espèce recherchée et de son humeur du jour. Le type de poste sur lequel évolue le leurre conditionne l’action, en fonction de la nature de la pente, du changement de la vitesse du courant, afin de détendre au bon moment, au bon endroit, pour provoquer la touche. C’est toute la magie de la pêche, de la compréhension de ce qui est invisible. C’est aussi ce qu’on appelle “le sens de l’eau”.

  • Gary Yamamoto Flapping Hog

    Gary Yamamoto Flapping Hog

    Ce leurre étrange appartient à la famille des “créatures”, puisque, contrairement aux apparences, il n’imite pas spécifiquement une écrevisse (on fait beaucoup mieux dans ce domaine !). Polyvalent, le Flipping Hog proposé par Gary Yamamoto peut s’utiliser en montage texan ou carolina, mais aussi sur une tête jig avec ou sans pattes en caoutchouc (rubber legs). Le montage sans leste à un hameçon texan à hampe courbe (wide gape) est également possible puisque comme tous les leurres Gary Yamamoto, le Flapping Hog est salé à 45 %, ce qui lui permet de couler lentement mais sûrement. Bien entendu, ce leurre très utilisé aux Etats-Unis a été imaginé pour pêcher le black-bass. Il fait savoir qu’il donne également de très bons résultats sur les perches en utilisation jig.

    Conseils d’animation

    Gary Yamamoto est l’auteur de plusieurs best-sellers et non
    des moindres comme le Senko ou le Ika. Sa gamme compte peu de modèles, mais
    ceux qui y figurent ne sont pas là par hasard. Le Flapping Hog est un leurre qui
    doit vivre autant lorsqu’il est presque arrêté que lorsqu’il se déplace par
    à-coups. Pour cela, il est muni de multiples appendices qui jouent – par paires – dans
    tous les registres de mobilité. La meilleure façon de le découvrir est de
    l’utiliser non lesté, ce qui permet de comprendre sa façon si particulière de se mouvoir,
    notamment lorsqu’il est

    presque à l’arrêt.


    Fiche technique

    Longueur : 10 cm.
    Prix conseillé : 8,50 euros les 7 leurres.
    En vente en magasins spécialisés. Cinq coloris. Renseignements et liste des points de vente : www.luckycraft.fr

  • La pêche linéaire des carnassiers au leurre souple

    La pêche linéaire des carnassiers au leurre souple

    Les leurres souples se sont progressivement installés dans le paysage de la pêche récréative française. Utilisés en animation linéaire, ils peuvent obtenir de très bons résultats. Explications.

    Par Philippe Collet

    Je fais partie de ces pêcheurs issus de l’école Drachkowitch qui ont attaqué la pêche mobile des carnassiers avec la technique du poisson mort manié et appris à animer leur montage en dents de scie, par saccades successives plus ou moins vives avant un retour planant quasi systématique vers le fond. A l’époque, le passage aux leurres souples ne s’est pas fait facilement. Nous avions du mal à croire en ces bouts de plastique et avions tendance à les animer de façon identique à un poisson mort. Ils étaient d’ailleurs souvent enfilés sur une monture destinée à cette technique. Cette façon d’animer m’est restée longtemps. Je n’ai finalement découvert les vertus de la pêche linéaire au leurre souple qu’assez récemment et ai alors commencé à diminuer le nombre de coups de scion au profit des tours réguliers et dosés de manivelle de moulinet. L’animation linéaire n’est pas nouvelle, elle s’apparente à celle qu’ont pratiquée pendant des lustres (et pratiquent encore) les pêcheurs de carnassiers à la cuillère tournante, avec les cuillères lourdes Lusox de Mepps par exemple. J’ai pris le cas de cette cuillère lestée en tête car elle permet une animation lente au ras du fond en eau profonde et autorise une pêche très précise et efficace à condition de se concentrer sur ce que l’on fait. La nouvelle génération de pêcheurs est habituée à animer de façon linéaire des leurres divers du type crankbaits, lipless ou spinner baits et a donc adapté plus naturellement cette technique à la pêche au leurre souple.
    Lancer puis ramener un leurre peut paraître simple et rébarbatif. Pratiquée n’importe comment, cette technique ne présente pas beaucoup d’intérêt. Elle est toutefois beaucoup plus subtile qu’il n’y paraît car, pour être réellement efficace, le leurre doit passer dans la bonne couche d’eau ou au ras du fond.
    Cette technique est la seule efficace certains jours. Elle permet la prise régulière de tous nos carnassiers, et particulièrement des sandres, et elle permet en été de les rechercher rapidement entre deux eaux. Elle est aussi très efficace en période froide pour prospecter au ras du fond. C’est là d’ailleurs qu’elle est la plus difficile à mettre en oeuvre, qu’elle demande le plus de concentration pour bien présenter son leurre et ne pas trop s’accrocher.


    La technique

    La base de la pêche linéaire est un ramené horizontal régulier, plus ou moins rapide selon la réaction des poissons. La hauteur de pêche est conditionnée par le niveau où se tiennent ces derniers. En hiver, un ramené lent au ras du fond est privilégié, alors qu’en été une pêche des couches d’eau intermédiaires plus rapide est souvent productive. Selon l’humeur des poissons, la vitesse de récupération est plus ou moins importante. De façon générale, la prospection est rapide sur les chasses ou dans les eaux chaudes. Elle ralentit dans les eaux froides. Plus la vitesse de récupération est lente, plus le leurre doit être souple pour continuer à pulser sans s’arrêter. Dans certaines conditions, la pêche n’est productive qu’à très faible vitesse, à la limite du décrochage du leurre. Depuis un bateau, en pleine eau, on laisse couler le leurre vers le fond ou la couche d’eau à prospecter, puis on le ramène en moulinant régulièrement. Le principal souci est de ne pas ramener trop vite, pour éviter que le leurre ne remonte trop vers la surface.
    Il est judicieux de commencer à pratiquer cette technique sur des fonds propres et réguliers et de veiller à rester à proximité immédiate. Après avoir lancé, on bloque le dévidement de son fil et on le suit des yeux jusqu’à le voir se détendre brusquement, signe que le leurre a touché le fond. On décolle alors le leurre d’un petit coup de scion et on commence à mouliner. On peut marquer un arrêt au bout de quelques mètres pour vérifier le niveau atteint. Si la détente du fil est immédiate, c’est qu’on était resté dans la bonne couche d’eau. Si elle se manifeste après plusieurs secondes, on était remonté trop haut. Il convient alors soit de ralentir encore le ramené, soit d’augmenter le poids de la tête plombée, soit d’en changer en privilégiant un modèle de tête plus fusiforme. On pourrait aussi, à l’extrême, diminuer le diamètre du fil ou de la tresse pour favoriser la descente. Le leurre a également son importance dans la technique. Ce dernier doit opposer une résistance à l’eau, on privilégie donc les modèles de type shad à caudale.
    Le réglage de l’animation s’effectue en jouant sur l’ensemble de ces paramètres. On doit réaliser une prospection horizontale régulière en appuyant le leurre et le fil sur la colonne d’eau traversée. Sous l’eau, le fil ne décrit pas une droite mais un arc de cercle. Plus le diamètre est gros, plus l’arc de cercle est prononcé et le leurre tiré verticalement. Plus la tête plombée et le leurre offrent de prise à l’eau, plus ils remontent ou peuvent supporter de faibles vitesses de ramené. En conjuguant tout cela on arrive facilement, avec un peu de pratique, à faire évoluer son leurre horizontalement à distance. On pratique en fait une forme de pêche verticale (prospection horizontale à la verticale d’un bateau en mouvement, voir Pêches sportives n° 73) en lancer ramené. Si on veut aller vite, on surdimensionne le plus souvent la tête plombée et on choisit un modèle profilé. Si on souhaite utiliser un petit leurre léger et planant et éviter qu’il ne remonte trop, on choisit un fil fin.


    Les variantes

    La technique doit bien sûr être adaptée aux eaux prospectées. On est rarement en présence de fonds réguliers et on a plus souvent des berges aux pentes plus ou moins abruptes ou des cassures à prospecter. On effectuera alors un mélange de cette technique en prospection horizontale avec de la chute libre verticale (elle aussi linéaire) très efficace, notamment sur les percidés. L’objectif est de raser au plus près les contours du fond sans trop les toucher. Un leurre qui plonge, en suivant une cassure droit vers les carnassiers qui y sont embusqués, a toutes les chances de déclencher leur attaque. Lorsqu’on pêche en pleine eau, on peut déroger à l’animation strictement horizontale et réaliser des montées et des descentes amples en levant et rabaissant la canne tout en continuant à mouliner régulièrement.

    L’exemple du canal proche de chez moi

    Le profil de ce canal est le plus souvent constitué d’un chenal central envasé, encadré par deux pentes plus ou moins douces en sables et graviers ou cailloutis, qui mènent à une bordure plate plus ou moins large et profonde, dans les mêmes matériaux.
    Lorsqu’on prospecte les berges de ce canal, très monotone vu de l’extérieur, on cherche à coller le plus possible aux irrégularités des pentes, car les sandres et les perches se trouvent là et non au milieu. On lance au ras de la berge d’en face et on attend le contact avec le fond, souvent proche. On décolle le leurre d’un ou plusieurs petits coups de scion successifs pour trouver la cassure ou le début de la pente. On effectue ensuite une glissade (linéaire) de la marche du haut, parfois très étroite, le long des palplanches jusqu’au fond, en collant au plus près à la pente. On s’engage ensuite sur le début du fond vaseux, peu intéressant, avant de ramener plus vite pour recommencer l’opération. La majorité des touches a lieu à la descente, quelques-unes lorsqu’on accélère pour recommencer. On essaie de lancer le plus possible en diagonale pour augmenter la longueur de prospectionde cette zone de cassure fructueuse. Si on lance trop loin de la berge, on perd beaucoup en efficacité car le leurre ne longe plus la pente. En période chaude, on ne cherche pas à descendre jusqu’au fond, mais on descend les premières marches ou une partie de la pente avant de traverser le chenal de façon linéaire assez rapide. Les sandres sont a priori suspendus sous 1 ou 2 mètres d’eau et font des touches souvent violentes.

    Casting ou spinning ?

    Chaque technique a ses adeptes. Le moulinet à tambour fixe (spinning) permet de lancer plus facilement des leurres légers. Le moulinet à tambour tournant permet de réaliser facilement des relâchés contrôlés au pouce (fil tendu pour la détection des touches) à la descente. Il offre aussi souvent un faible ratio propice aux animations lentes. On peut selon le type de poste passer de l’une à l’autre.


    Les leurres et les têtes

    On va privilégier des leurres capables d’appuyer sur l’eau et de se maintenir à une profondeur donnée en fonction de la vitesse qu’on leur imprime. Pour cela les shads à caudale pisciforme sont les plus adaptés. Les grubs (virgules) et les créatures qui poussent de l’eau peuvent aussi être utilisés. Les leurres fusiformes opposent trop peu de résistance.
    De la même façon, les têtes plombées ont beaucoup d’importance et conditionnent la vitesse d’animation. Une tête en forme de poisson ou fuselée va fendre l’eau très vite et permettre à poids égal d’atteindre une profondeur ou une vitesse plus importante. A l’opposé, une tête football appuiera plus sur l’eau et limitera la descente du leurre. Elle peut être utilisée, par exemple, lorsqu’on a besoin d’un peu plus de poids pour lancer loin, mais que l’on ne souhaite pas pêcher profondément.

    Quelques leurres pêle-mêle

    Le Shaker chez Lunker City (Flashmer), le Turbo Shad chez Bass Assassin, les Ripple Shad et Pulse shad Powerbait chez Berkley, les Sanec chez Pafex, les Stanley (AMS), Fury Shad et Shad GT chez Delalande, HS Shad chez Spro, Pro Shad et Pro Jointed Minnow chez Storm, Swimming Senko et Swimbait chez Gary Yamamoto (Sakura). Cette liste n’est bien sûr pas exhaustive.

    L’armement avec un hameçon chance

    Dans cette pêche, les poissons peuvent suivre le leurre et l’attaquer en pinçant simplement sa caudale. Leur attaque est d’autant plus précise que le leurre est animé lentement. Si l’on enregistre des touches sans suite ou, pire, qu’on se fait voler la queue d’un shad un peu fragile au ferrage, il devient nécessaire de doter son montage d’un hameçon chance. Le montage classique consiste à relier un hameçon triple n° 6 ou 8 à un petit morceau de tresse ou de crinelle d’acier, si les brochets sont présents, et à le placer avant le rétrécissement de la caudale. Pour les petits leurres, et si je m’adresse aux sandres ou aux perches, je préfère un montage beaucoup plus fin. J’utilise un hameçon simple léger et à large ouverture de type hameçon mouche à streamer (ici un Ayabusa 751 N taille 8). Cet hameçon est très piquant. Il est suffisamment solide pour résister au combat avec un beau sandre, à condition d’avoir préalablement réglé son frein correctement. Il est fixé directement pointe orientée vers le haut, sous un peu de matière, dans la partie renflée de la caudale. Attaché à un brin de tresse, il ne bride pas le mouvement de cette dernière et permet d’armer le leurre jusque sa dernière extrémité. J’espère que ces quelques lignes vous inciteront à vous essayer à cette technique (si ce n’est déjà fait) et à redécouvrir des poissons mordeurs dans des eaux ou à des périodes où vous ne l’auriez pas soupçonné.
  • La pêche dans les herbiers avec de gros soft baits

    La pêche dans les herbiers avec de gros soft baits

    Dans les plans d’eau parsemés de végétation aquatique, la pêche peut devenir difficile dès le printemps avec des leurres traditionnels munis d’hameçons triples ou même simples, s’ils dépassent du leurre. En début ou en fin de saison, on peut encore passer rapidement au-dessus des herbiers naissants ou régressant, mais au plus fort des mois chauds et lumineux la masse végétale ne permet plus que l’exploration de trouées, avec la difficulté d’en sortir sans ramasser trop de matière végétale et caler les poissons alentour. La pêche des carnassiers avec de gros leurres souples montés sur les hameçons texans est alors une solution intéressante.

    Par Philippe Collet

    La pêche dans les plans d’eau enherbés, déjà difficile en bateau ou en float-tube, devient quasiment impossible du bord où, naturellement, les faibles profondeurs favorisent l’implantation des herbiers. Lorsque les fonds sont irréguliers, selon la clarté de l’eau, la végétation peut, à quelques dizaines de centimètres de profondeur près, exister ou non, sans qu’on arrive à la distinguer depuis la surface. Ce phénomène est lié à la limite de pénétration de la lumière, induite par le développement du plancton végétal et/ou la présence de matières en suspension, qui va bloquer le développement des végétaux supérieurs. Les postes de transition entre les fonds colonisés par les herbiers et les fonds nus sont très intéressants, mais on passera son temps à s’y accrocher et à ramener des écheveaux d’herbiers si on ne peut les distinguer depuis la surface, calant régulièrement les poissons recherchés.
    La situation est d’autant plus difficile lorsqu’on a affaire à des poissons peu actifs et (ou) éduqués, insensibles ou réfractaires à des animations trop rapides ou décollées du fond. De la même façon, des poissons embusqués au coeur des herbiers peuvent attendre que le leurre passe à leur portée immédiate sans aller le chercher dans les couches de surface.
    Ces leurres vont descendre nonchalamment et permettre une animation lente près du fond, sans risquer de récupérer un paquet de végétation. Ils peuvent glisser sur les divers obstacles : herbiers, mais aussi bois noyés, blocs rocheux… et risquent peu de s’accrocher ou d’accrocher des saletés. Restant pêchants et discrets, ils vont plus facilement séduire les poissons difficiles. Outre leur consistance molle et leur aromatisation ou salage à coeur, ces leurres sont très discrets et ne cliquettent pas de partout, billes internes, anneaux brisés et hameçons… Je pense que cela peut représenter un autre atout majeur pour tromper des poissons éduqués.

    Le matériel

    Les cannes et les moulinets réservés à cette pêche avec de gros soft baits et hameçons texans sont assez robustes pour lancer des leurres parfois assez lourds mais surtout pour assurer des ferrages appuyés.
    En effet, un des inconvénients majeurs de cette technique est le risque de rater de nombreux poissons sur des ferrages trop timides, réalisés avec une canne trop faible. Une canne heavy doit être privilégiée pour les gros leurres (nous avions décrit ce type de canne dans l’article sur la pêche aux gros jerkbaits dans le n° 71 de Pêches sportives), une medium heavy pourra être utilisée pour les leurres plus petits ou dont l’hameçon se dégage bien à la touche. Plus le leurre est gros et massif, plus le ferrage devra être appuyé. Un beau brochet qui se saisit du leurre peut l’avoir pincé et le souffler sans se faire piquer si le ferrage n’est pas assez appuyé. Le ferrage doit littéralement arracher l’hameçon du leurre. Ce celui-ci doit rester sur place alors que l’hameçon glisse jusqu’à se ficher fermement dans la gueule du poisson. Selon les jours et le degré d’éducation des poissons, il pourra être plus rentable de rendre un peu la main avant de ferrer pour les laisser bien recentrer le leurre. Les leurres salés ou aromatisés auront à ce moment-là un avantage certain sur les leurres en pur plastique, étant gardés un peu plus longtemps en bouche par les carnassiers.
    Les moulinets doivent être, de la même façon, identiques à ceux préconisés dans l’article sur la pêche aux gros jerkbaits durs, ils devront être solides. Pour ce type de pêche, un ensemble casting est préférable car, outre sa puissance, il permet d’amortir l’impact du leurre lors du lancer en freinant la sortie du fil avec le pouce. On pourra ainsi alterner de gros leurres durs et lourdement armés avec de gros leurres souples; selon les parties du plan d’eau pêchées. On gagnera à garnir la bobine d’un fort nylon ou d’une tresse solide, bien visible (de couleur jaune, par exemple). La visibilité est importante car elle conditionne la détection des touches discrètes lors des animations lentes près du fond. Elle permet aussi de visualiser l’impact du leurre sur le fond (détente nette du fil). Contrairement à une animation plus rapide et sèche, qui permet d’être en contact quasi permanent avec son leurre et oblige le poisson à une attaque plutôt rapide, une animation lente nécessite de bien surveiller son fil car les touches peuvent être difficiles à sentir dans la canne. L’usage d’une tresse permettra une perception tactile beaucoup plus fine des touches et un ferrage plus appuyé. Celle-ci devra toutefois avoir un
    diamètre suffisant pour ne pas claquer net sur un solide ferrage ou un
    lancer appuyé raté. Un diamètre de 20 ou 25 centièmes est approprié.


    Le bas de ligne

    Si on recherche le brochet, la connexion du leurre à la tresse se fait
    au bout d’un morceau de fort fluorocarbone ou nylon hard mono de 60 à 70
    centièmes, qui a toujours ma faveur pour sa discrétion, malgré des
    risques de se faire couper, de temps en temps, si le poisson engame le
    leurre profondément. Il est bien sûr possible de raccorder le leurre à
    une empile d’acier.
    Le leurre peut être connecté avec une agrafe
    (bien pratique pour un changement rapide) si les herbiers traversés ne
    sont pas trop fins et souples (nénuphars par exemple), mais cette
    dernière ainsi que les divers noeuds de raccord peuvent accrocher des
    saletés. Si l’accrochage de morceaux de végétaux est occasionnel, de
    petits coups de scion secs suffisent souvent à débarrasser le leurre en
    cours de route et à lui permettre de continuer à pêcher. S’il est
    systématique, il peut être nécessaire de pêcher avec un moulinet garni
    de nylon et d’y connecter directement le leurre avec un noeud parfaitement coupé, ou de faire précéder le leurre d’une bonne longueur de nylon ou fluorocarbone pour éviter l’accumulation d’impuretés trop près de celuici, au niveau du raccord tresse bas de ligne, qui de toute façon devra être soigné. Le leurre pourra ainsi passer d’un espace d’eau libre à un autre, à travers la végétation, sans emporter une masse d’herbiers avec lui ou simplement en accrocher quelques brins, préjudiciables à son attractivité. Une bonne astuce pour traverser les masses compactes d’herbiers consiste à imprimer de petites secousses au leurre, en faisant trembloter le scion, fil à moitié détendu, au fur et à mesure de son passage à travers l’obstacle. Malgré tout, il demeure quasi impossible de passer à travers des algues filamenteuses ou des herbiers qui en sont enrobés sans en garnir le leurre.


    Les leurres

    Les leurres sélectionnés pour cet article me paraissent particulièrement adaptés à la traque des brochets dans nos eaux, et certainement à celle des gros black-bass, pour lesquels ils ont été le plus souvent conçus. Leur taille conséquente permet de pousser beaucoup d’eau et d’intéresser de beaux poissons.
    De nombreux leurres sont adaptés à cette pêche. On peut distinguer les formes cigares avec le Senko de la marque Gary Yamamoto, le Quiver 150 River 2 Sea, le Tiki- Bamboo Stick Wave Worms… ; les formes shad et leurs caudales plus ou moins prononcées avec le One up Shad Sawamura, le Nitro Soft Jerk Illex… ; les formes pintail (« queue pointue ») au corps trapu et à la queue longue et effilée avec le Tiki-Shadick Wave Worms, le Jerk Minnow de la marque Savagear Lures Prologic, le Sagat de chez Pafex… ; les formes slug avec le Slug Go Lunker City en taille 9’’ (23 cm) ou le Slug AMS Fishing de 10’’ (25 cm) ; les formes swim bait avec le Javallon (16 et 20 cm) d’Imakatsu ou le Live Magic Shad (13 et 20 cm) de Lake Fork… Cette liste n’est bien sûr pas exhaustive. La plupart des leurres adaptés à cette pêche sont fendus pour permettre à l’hameçon de bien ressortir au ferrage ; si ce n’est pas le cas, sur des leurres assez durs, il est possible d’inciser le leurre côté ventre avec un cutter pour réaliser un logement favorisant le coulissement de l’hameçon au ferrage.

    Les hameçons

    Ces gros leurres doivent être montés sur des hameçons conséquents, atteignant si possible au moins leur premier tiers pour limiter au maximum les loupés de poissons se saisissant de leur partie arrière. Il s’agit d’hameçons texans wide gape (“large ouverture”) qui, s’ils sont faciles à trouver dans de nombreuses marques jusqu’au 5 ou 6/0, sont beaucoup plus difficiles à dénicher en 7, 8, 10 ou 11/0.
    On arrive toutefois à en trouver dans les marques suivantes (liste non exhaustive) : Oversize Worm 7/0 et 11/0 chez Owner (Pafex), Hooking Master Monster Class en 6/0 et 10/0 chez Nogales (Marryat France), Super Line Ewg en 6/0 et Worm 323 Monster en 7/0 chez Gamakatsu (Sakura). La marque Lake Fork propose un hameçon de 7 et 10/0 spécialement conçu pour l’armement de ses soft swim baits.
    Celui-ci est doté d’une tige crantée qui pénètre dans le nez du leurre et d’un lestage moulé sur sa hampe qui permet de stabiliser le leurre et de le faire couler lentement pour une nage plus profonde. Il est aussi possible de lester tous ces hameçons en ajoutant sur leur hampe quelques tours de fil de plomb de fusible de gros diamètre fixés à la colle cyanoacrylate. Il faut alors simplement les monter en les enfilant du menton vers le nez du leurre, par l’oeillet. Le lestage des leurres s’effectue également à l’aide d’inserts de plomb ou de tungstène. En forme de petits clous, ceux-ci sont piqués soit dans la gorge du leurre, soit en plein travers. Leur position permet d’équilibrer la nage en fonction de l’animation pratiquée. Leur taille ou leur nombre sont aussi fonction de la profondeur de pêche et de la vitesse d’animation.

    Le lancer

    Pour limiter l’impact de la chute du leurre, on veillera à le lancer au ras de l’eau en fouettant fermement, comme pour atteindre un point beaucoup plus éloigné que l’objectif visé. On relèvera la canne progressivement vers le ciel, en appliquant une pression progressive avec le pouce sur la bobine pour faire ralentir le leurre, jusqu’à le stopper et ainsi le déposer délicatement.
    Avec un peu d’entraînement, on réussit régulièrement ces lancers au poser discret, qui n’alertent pas les poissons très pêchés. Ces lancers sont beaucoup plus faciles à exécuter avec un ensemble de casting.
    Les gros leurres souples décrits ici permettent très souvent de pratiquer facilement le skipping (lancer en ricochet), ainsi que le montre le DVD La leçon de pêche volume 4 de Pêches sportives, avec Alban Choinier. Leur taille et leur forme sont adaptées à cette action. Ce type de lancer est utilisé pour atteindre des postes situés sous les branches basses.


    L’animation

    Même si ce type de pêche peut se pratiquer avec diverses tailles de leurre, nous avons privilégié ici des leurres de grande taille, appropriés à la pêche du brochet. L’animation des leurres dépend de leur forme. Globalement, les soft swim baits (Javallon, Lake fork) seront ramenés de façon linéaire, ce qui leur permettra d’onduler régulièrement à la façon d’un vrai poisson. Ils pourront être “twitchés” (tirée sèche) occasionnellement, ce qui aura pour effet de les faire décrocher. Les leurres à queue pointue de type pintail ou slugs seront animés en walking the dog (“nage de droite à gauche”) plus ou moins rapide et saccadé. Les leurres possédant une caudale seront ramenés linéairement de façon plus ou moins régulière, mais pourront tout autant être “twitchés” pour les faire se décaler de droite à gauche. L’animation devra être adaptée à chaque leurre et les leurres seront alternés de façon à trouver ce qui fonctionne le mieux à un moment donné.


    Les inconvénients de la technique

    Ces leurres ne sont pas armés en queue. Si le poisson les attrape sur la partie arrière, qui plus est par le dessous, au niveau de l’anus, on trouvera de belles entailles après ferrage, mais la prise n’aura pas été assurée. Bien qu’ils permettent de leurrer des poissons inaccessibles, ces leurres génèrent beaucoup de ratés. Ils doivent donc être réservés aux conditions particulières décrites précédemment et maniés avec un matériel adapté pour garantir un ferrage puissant et efficace.

    La réparation des leurres

    Plus le leurre est mou et fragile, plus il “s’efface” au ferrage, rendant ce dernier plus efficace. Il se dégrade alors très vite, ne permettant parfois qu’une seule prise. Le compromis à rechercher sera fonction du nombre de touches. Les jours fastes, des leurres solides pourront être utilisés (si vous ne souhaitez pas vider rapidement vos sachets de leurres tendres), les jours difficiles, des leurres très souples et tendres devront être privilégiés.
    Lorsqu’un leurre est abîmé, si le poisson ne vous en a pas déjà dérobé un morceau, je vous suggère de le démonter et de le garder avant qu’il ne soit définitivement détruit. Une fois de retour chez vous, vous pourrez le recoller en fusionnant la matière avec une lame de couteau chaude ou, mieux, avec une panne plate de fer à souder (voir l’article sur la pêche du bar au leurre souple dans le n° 70 de Pêches sportives). Des catalogues américains proposent même des mini fers stylos, à pile, avec une panne très fine pour ressouder les leurres en cours de pêche. Vous pouvez aussi recoller les parties endommagées à la colle cyanoacrylate, mais le résultat sera moins bon car les zones réparées perdront leur souplesse. Au prix de ces gros leurres souples, ce petit bricolage permet de faire quelques économies.

    A utiliser en mer

    Un usage très intéressant de ce type de montage peut se faire en mer, dans les secteurs encombrés de laminaires ou de sargasses, ou dans des zones rocheuses très peu profondes. Il présente toutefois un intérêt encore supérieur, pour les pêches du bord, lorsque la marée charrie de trop nombreuses algues.
    Certains jours, il est impossible de faire nager un leurre de surface armé de ses deux hameçons triples sur plus d’un mètre. Pourtant, les poissons sont là, actifs, tout près, sous cette manne nourricière qui attire de nombreuses proies potentielles. Un soft bait bien monté, dont le noeud de connexion ne présente pas de partie saillante et dont la pointe de l’hameçon est bien rentrée dans la matière plastique, passera partout et n’accrochera même pas la fine salade verte que l’on trouve souvent sur les côtes trop richement fertilisées par les apports des cours d’eau (liés au lessivage de l’excès d’azote et de phosphore des terres agricoles de leurs bassins versants).
    L’usage de ce montage en mer est toutefois limité aux secteurs de faibles courants et aux pêches dans des profondeurs modestes. L’animation du leurre s’effectue canne haute pour limiter le contact du fil avec l’eau, en commençant à pêcher près de soi avant de s’éloigner progressivement. En cas d’accrochage d’algues, quelques secousses sèches, qui peuvent contribuer à l’animation du leurre, permettent de le nettoyer et de le rendre de nouveau pêchant. Avec cette technique, il faut être patient car le leurre peu lesté doit couler un peu pour moins accrocher de saletés. Si le vent est de la partie et qu’il est de travers, il peut gêner l’animation canne haute en faisant surfer le leurre trop léger en surface. On cherchera alors, si possible, à se placer de façon à l’avoir dans le dos. Le poids des leurres utilisés permet en revanche d’atteindre des distances de lancer tout à fait respectables.
    J’espère que cet article vous aura convaincu, si ce n’est déjà fait, d’acheter quelques sachets de leurres, de gros hameçons et quelques inserts pour pouvoir, lorsque c’est nécessaire, leurrer des poissons dans des endroits jusqu’alors impossibles.