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Étiquette : Saumoniers

Éloge de la déconcentration par Philippe Boisson
Comment expliquer que pour certaines techniques de pêche comme la pêche aux leurres ou la pêche à la mouche du saumon atlantique, plus de la moitié des touches ont lieu lorsque l’esprit du pêcheur est occupé par autre chose que le moment présent ? Pêche-t-on mieux lorsqu’on tripote son téléphone portable ? Ou quand le regard et l’esprit vagabondent ? Indéniablement oui.
Par Philippe Boisson
Vous pouvez lire l’intégrale de Duborgel, apprendre par coeur toutes les méthodes d’animations des leurres, vous pouvez aussi être concentré de la première à la dernière minute de vos parties de pêche aux carnassiers, une bonne part de vos prises le seront uniquement lorsque votre esprit est complètement accaparé par autre chose que la pêche. Dans notre avant dernier DVD, Maxime Ferron nous en fait une très belle démonstration avec une touche de silure en direct. Lui qui d’ordinaire y croit en permanence, anime sa cuiller constamment, se trouve le temps de quelques lancers complètement ailleurs. Il se contente de ramener son leurre mécaniquement, assez lentement. Les animations ont disparu. Maxime est là sans y être vraiment. Et bam, c’est la touche et la prise d’un silure pour qui cette “absence” du pêcheur semblait convenir.
Toutes les pêches aux leurres sont concernées par l’efficacité inexpliquée de ces phases de déconcentration. Les pêcheurs de sandre en verticale sont parmi les premiers touchés par ce phénomène. Combien de fois, la touche se produit-elle alors que l’esprit vagabonde ? Combien de fois a t-elle lieu au moment où l’on cherche ses cigarettes, répond au téléphone, envoie un sms aux copains pour dire justement que la pêche n’est pas terrible en ce moment ? Dans ce cas, le leurre n’est plus animé de façon mécanique de haut en bas. La canne suit bêtement les mouvements du corps qui cherche le téléphone ou les cigarettes. Observez bien cela si vous pêchez à plusieurs dans un bateau. Au bout du fil, le leurre adopte alors un comportement qui est infiniment plus naturel que celui dicté par la méthode consciente d’animation. Même constat pour les pêches aux leurres en lancer/ramener du brochet, de la perche, du sandre, du silure, du saumon ou du bar. La part de touches qui surviennent au moment où on s’y attend le moins n’est pas du tout anodine. Si l’on fait les comptes sur une saison, elles doivent au moins représenter 40 ou 50 % du total, sinon plus.L’école des rêves
Essayons d’analyser ce qu’il se passe dans ces moments-là. Le cerveau du pêcheur est en service minimum puisque l’esprit est très occupé à penser à autre chose. Du coup, le suivi du fond n’est plus garanti. Le leurre vit sa vie plus librement, explorant des zones de la couche d’eau que notre esprit conscient lui aurait interdites. Il est évident que les poissons pris lors de ces moments de déconnexion du cerveau ne sont pas des coups de chance, loin de là. Cela nous indique parfois la présence de poissons mordeurs à des profondeurs différentes de celles qui nous semblent les plus favorables. En observant les pêcheurs déconcentrés, on remarque deux choses essentielles : la vitesse de récupération décroît et les animations deviennent soit inexistantes, soit sont de moindre amplitude.
Ajoutons à cela une “souplesse” générale dans la récupération, doublée parfois d’une hésitation qui ne doit pas être sans effets aguicheurs ! Notre esprit rationnel désinhibe plus souvent qu’on ne le croit l’agressivité des poissons. Il entrave la libre prospection des leurres dans une masse d’eau en leur imposant un schéma très artificiel. Selon l’hypothèse freudienne sur l’inconscient, l’essentiel de la vie psychique de l’homme est constitué et déterminé par l’inconscient. La théorie du pionnier de la psychanalyse fait en quelque sorte l’apologie de l’inconscient, mettant en évidence le fait qu’un être humain est loin de pouvoir contrôler tout ce qu’il fait. Pour certaines techniques de pêche, cet inconvénient se transforme alors en avantage. Peut-être apprend-t-on à pêcher dans nos rêves, méthode qui prend alors le relais lorsque l’esprit divague ? Mystère.
Le cas de la pêche du saumon à la mouche noyéeJ’ai souvent assez mal vécu le succès rencontré par des novices lors de séjours de pêche au saumon de l’Atlantique. J’entends par novices, des pêcheurs qui pour certains avaient appris quelques jours plus tôt seulement à tenir une canne de 15 pieds et qui pour la plupart, n’avaient jamais pêché quoi que ce soit auparavant. Rien n’est plus dangereux pour un saumon qu’un débutant à la pêche en général. Tous les saumoniers ont connu des situations, où, quoi qu’on fasse, le grand poisson n’est intéressé que par les mouches lancées n’importe comment, qui parfois se trouvent à la remorque de la soie ou, au contraire, traversent le pool à la vitesse de la lumière en faisant du surf ! Le saumon, animal anadrome qui fréquente les rivières sans s’y nourrir dans le seul but d’assurer la pérennité de l’espèce, constitue le parfait exemple de l’efficacité pour sa pêche de la déconcentration. Je suis surtout un pêcheur de truites, et pas n’importe lesquelles. Des sauvages, des imprenables, des Bac + 10 qui décèlent le moindre micro dragage de la mouche immanquablement. La recherche quotidienne du posé parfait, de la dérive inerte, a profondément conditionné ma façon de poser une soie et un bas de ligne dans un courant. Inconsciemment, je me débrouille spontanément pour que l’ensemble échappe ensuite au dragage. J’ai mis vingt-cinq ans à être formaté ainsi. Lorsque s’est présenté l’occasion de pêcher le saumon à la mouche noyée, j’ai pratiqué – non sans un certain plaisir – le lancer avec des cannes à deux mains dans le but de faire mordre des saumons en Écosse, en Islande, au Québec ou en Norvège.
Si j’ai eu quelques résultats, j’ai aussi connu des pêcheurs débutants qui à la fin de la semaine comptaient trois fois plus de prises que moi.
Mon défaut inconscient consiste à toujours guider la mouche, à la ralentir, pensant qu’il n’est pas normal de ne pas “bien” pêcher. Mes dérives de pêcheur de truites “bloquent” les saumons même s’ils sont mordeurs, alors qu’une mouche qui passe vite sans tenir compte des veines de courant suffit à déclencher l’attaque. Albert Drachkovitch a sans doute connu des expériences du même genre. Elles l’ont poussé à écrire une phrase qui sent bon la frustration : “le saumon est un poisson idiot et sa pêche l’est au même titre”. Par son mode de vie, le saumon n’est pas un poisson comme les autres. Il demande une approche radicalement différente de celle qui fonctionne avec les autres poissons. Depuis que j’ai compris mes erreurs, je m’efforce de corriger le tir en faisant l’inverse de ce qui est naturel pour moi. Les périodes de déconcentration sont fréquentes lorsqu’on pêche le saumon. Sur la plupart des parcours, on peut espérer une touche par jour, parfois un peu plus, souvent un peu moins. Dans mon cas, toute déconcentration me fait pêcher naturellement, c’est-à-dire comme un pêcheur de truites sauvages. C’est donc l’inverse d’une déconcentration “normale” comme celle qui touche les pêcheurs de carnassiers aux leurres.
Aux innocents les mains pleinesN’y aurait-il pas un livre entier à écrire sur les succès insolents des débutants ? Avec le brochet, c’est en effet un classique. Et cela ne se constate pas uniquement avec les enfants. Un novice ne tient compte, ni du vent, ni du courant, ni du relief du fond, encore moins de la température de l’eau, ne se soucie pas de l’évolution de la Lune dans son calendrier céleste et pourtant, là aussi, les résultats parlent d’eux-mêmes ! Ce sujet particulier, traité sans doute pour la première fois, soulève de nombreuses questions et m’amène à m’interroger sur notre façon de pêcher, de plus en plus formatée et mécanique. Si certains pêcheurs sont semble-til gratifiés d’un don inexpliqué, c’est peut-être celui qui consiste à pêcher plus librement, sans vouloir en faire trop. Ou alors sont-ils tout simplement de grand rêveurs…

Barrage sur la Sélune : lettre ouverte à NKM
Nous publions ici la lettre ouverte que les associations de défense de l’environnement, réunies au sein du collectif « Les amis de la Sélune », ont adressé le 27 janvier à Nathalie Kosciusko-Morizet, ministre de l’Ecologie.
Madame la Ministre,
Nous célèbrerons le 2 février prochain la » Journée mondiale des Zones Humides ». Comme vous le savez, le collectif « Les Amis de la Sélune », qui compte aujourd’hui plus de 50 organisations membres, attend, avec le soutien de nombreuses grandes organisations de conservation de la nature, que vous saisissiez l’opportunité de cet évènement pour montrer ce que la France peut faire et sait faire pour la conservation de ces milieux naturels : la reconquête écologique de la Sélune, petit fleuve côtier qui se jette dans la Baie du Mont-Saint-Michel, plus importante zone humide salée d’Europe, sera, si vous en décidez ainsi, le premier projet européen de restauration de la continuité écologique d’un cours d’eau sur la totalité de son linéaire.
Cette décision, votre décision, constitue pour notre pays un enjeu international, cette rivière étant située à côté du deuxième site le plus visité en France, classée au « Patrimoine mondial de l’UNESCO ». Notre pays montre depuis des siècles sur ce territoire son talent, son avant-gardisme et sa créativité, en particulier ces dernières années, dans le cadre du programme « Grands sites », pour redonner au Mont son insularité : la France va-t-elle s’arrêter en si bon chemin ? L’effacement des barrages obsolètes de Vezins et La Roche-qui-Boit aura un impact positif sur l’équilibre dynamique de l’écosystème de la Baie, avec un fleuve qui aura retrouvé ses fonctionnalités hydrologiques et biologiques et qui de ce fait permettra d’apporter à celle-ci des eaux et sédiments de bonne qualité.
Cet effacement est également nécessaire au retour dans le complexe Sée-Sélune d’une population abondante de saumons atlantiques, population qui présente un intérêt génétique et patrimonial particulièrement important pour cette région de la façade atlantique. De nombreuses autres espèces de poissons migrateurs seront aussi bénéficiaires de ce démantèlement. Ainsi, bien évidemment, que les hommes et les femmes de cette vallée, pour une bonne partie favorable aux effacements, qui pourront en tirer une grande fierté lorsque la promotion de ce territoire restauré éclairera d’un jour nouveau l’intérêt et la beauté de cet arrière-pays, aujourd’hui largement oublié des principaux itinéraires touristiques.
L’exploitation hydro-électrique de la Sélune, aujourd’hui fonctionnant sous le régime insatisfaisant des délais glissants, n’est pas un enjeu majeur de production d’électricité renouvelable. EDF continue d’exploiter le site, depuis 1991, en infraction avec un arrêté de 1986 l’obligeant à rétablir la libre circulation des poissons migrateurs. Elle poursuit cette exploitation depuis 2007, année de fin de concession des barrages. L’entreprise a dans ce contexte été mise en demeure en 2010 par jugement de la Cour Administrative d’Appel de Nantes de garantir le franchissement des poissons migrateurs d’ici à la fin 2013, un délai intenable et pour des coûts prohibitifs, sans garantie de résultat. EDF ne s’oppose en l’occurrence ni à la fin de la production hydro-électrique des deux barrages, ni à l’annonce de leur effacement faite le 13 novembre 2009 par votre prédécesseur, Madame Chantal Jouanno. Les alternatives de production d’énergie renouvelable existent, notamment suite à l’annonce du futur parc éolien en mer à Courseulles-sur-Mer en Basse-Normandie. D’autres alternatives en matières d’énergies renouvelables existent localement. Elles sont créatrices d’emplois, durables et non délocalisables.
La reconquête écologique de la vallée de la Sélune génèrera une activité économique, directe et indirecte, liée aux chantiers de démantèlement et de restauration du lit du cours d’eau, activité qui sera largement supérieure à celle de la base de loisirs de la Mazure, au bord de la retenue du barrage de Vezins. Une activité économique à plus long terme dépendra des volontés politiques locales. Il existe de fortes potentialités de conversion vers le tourisme de nature, en particulier le tourisme de pêche au saumon, sur un modèle de gestion innovant à trouver s’inspirant par exemple de ce qui se passe dans les pays anglosaxons, pour valoriser cette pêche exceptionnelle. Les sports de nature, en général, peuvent capter une partie de la clientèle de la Baie et du Mont.
Nous vous demandons, Madame la Ministre, d’agir maintenant. Nous attendons depuis maintenant deux ans des éléments économiques et de prospective qui ne sont toujours pas disponibles pour trouver les alternatives concernant notamment la vingtaine d’emplois de la base nautique de la Mazure. Nous attirons en particulier votre attention sur le fait que continuer à ne rien faire risque de coûter très cher à la France avec des sanctions financières de la Commission européenne pour non-respect de ses obligations vis-à-vis de la continuité écologique. Ces obligations relèvent d’une part de la Directive Cadre sur l’Eau, et d’autre part du Règlement européen sur l’anguille numéro 1100/2007, la Sélune étant classée en Zone d’Action Prioritaire pour le rétablissement de la transparence migratoire dans le Plan de Gestion Anguille Français adopté par la Commission. Le non-respect des engagements de la France serait en totale contradiction avec les objectifs de la Trame Verte et Bleue dont vous avez installé le Comité national le 18 octobre dernier.
Il vous appartient donc, Madame la Ministre, d’envoyer un signal conforme aux engagements de la France en Europe et dans le Monde. Nous attendons une décision rapide de votre part qui permettra également de mettre fin à un climat local propice à certaines dérives. Nous vous demandons de veiller à ce qu’Adolphe Colrat, Préfet de la Manche, conformément à sa dernière déclaration publique, soit en mesure de signer l’arrêté de fin de concession des barrages à l’occasion de la Journée mondiale des Zones Humides, le 2 février prochain.
Nous vous prions d’agréer, Madame la Ministre, l’expression de notre haute considération.
Signataires
Pour le collectif « Les Amis de la Sélune »Serge Orru – Directeur Général du WWF-France
Cécile Ostria – Directrice générale de la Fondation pour la nature et l’homme
Orri Vigfússon – Président du NASF1 AAPPMA de l’Elorn (Finistère) – AAPPMA de Pont-Croix (Finistère) – AAPPMA de Pontrieux-la Roche Derrien (Côtes-d’Armor)- ANPER TOS – Association Bretonne pour la Pêche à la Mouche – Association Internationale de Défense du Saumon Atlantique – Club des Saumoniers – Comité National de la Pêche Professionnelle en Eau Douce – Eau et Rivières de Bretagne – European Rivers Network – Fédération de la Manche pour la Pêche et les 24 AAPPMA suivantes : La Truite Cherbourgeoise ; La Truite la Scye; La Mouche de Saire ; Les Pêcheurs de la Sinope ; Le Gardon Saint-Sauveurais ; Les Pêcheurs de la Douve ; Le Gardon Chef du Pontais ; La Flottante Carentanaise ; Les Pêcheurs de Lessay ; Les Pêcheurs de Périers (St-Sauveur Lendelin) ; La Gaule Marignaise ; La Truite de l’Anneraie ; Les Pêcheurs à la ligne du Pays Saint-Lois ; Les Pêcheurs de Cerisy-la-Forêt ; Les Pêcheurs de Condé-sur-Vire ; La Gaule Torignaise ; Les Amis de la Vire ; Le Bassin de la Sienne ; Amicale des Pêcheurs à la ligne de l’Avranchin ; La Truite de la Sée ; Le Gardon de Pontorson ; La Truite du Beuvron ; La Ducéenne ; La Gaule Mortainaise – Federation of Irish Salmon and Sea Trout Anglers – Fédération Française des Moniteurs Guides de Pêche – Fédération Nationale pour la Pêche en France – Fondation GoodPlanet – Fondation pour la Nature et l’Homme – Humus, fonds pour la biodiversité – L’Hydroscope – Ligue pour la Protection des Oiseaux – Manche Nature – Mayenne Nature Environnement – North Atlantic Salmon Fund – SOS Loire Vivante – Sustainable Eel Group – Union Régionale des Fédérations de Bretagne – Basse-Normandie – Pays de la Loire pour la Pêche et la Protection du milieu aquatique – Vét’Eau Pêche-WWF-France Adresse postale : Collectif des Amis de la Sélune – c/o HUMUS, Fonds pour la biodiversité, 86 Rue de Lille – 75007 Paris