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Étiquette : Saprolegnia

Le Dessoubre touché à son tour par des mortalités
A l’heure du web, les nouvelles vont vites. Parfois même
un peu trop. Le fond du Dessoubre, affluent du Doubs bien connu des pêcheurs à
la mouche, est redevenu partiellement visible depuis seulement trois ou quatre
jours, ce qui n’était pas le cas depuis plusieurs semaines. L’éclaircissement
de l’eau a laissé apparaître un bien triste spectacle, qui rappelle
immanquablement celui que l’on a connu sur la Loue, le Doubs, la basse Bienne
et un secteur de la haute rivière d’Ain ces dernières années. Des mortalités
pisciaires touchent en ce moment le Dessoubre sur tout son cours.Hier, accompagné d’un ami, nous
nous sommes rendu sur place pour constater l’ampleur des dégâts. Déjà, sur les
blogs on parlait la veille de “ plusieurs centaines de poissons morts ”, de “
70 % des populations touchées ”, etc. Hier, nous avons pu constater la
vingtaine de truites mortes sorties de l’eau au Moulin Girardot. Nous avons vu
une quinzaine de truites et quelques ombres sains, ainsi de six truites mortes
ou condamnées entre Consolation et Saint-Hippolyte. La saison, le temps gris
ainsi que le niveau encore relativement haut de la rivière ne favorisait, ni
une bonne vision, ni des conditions optimales pour trouver une truite devant
chaque cailloux.Il est donc actuellement
impossible d’estimer l’ampleur des mortalités, car elles apparaissent en fin
d’une longue crue et depuis très peu de temps. A partir de ce constat, de
nombreuses questions se soulèvent : s’agit-il simplement d’une mortalité
due à la fraie ? Combien de truites (et d’ombres) mortes ont été évacués
durant la crue ? Est-ce le début d’un long cauchemar qui ressemble à s’y
méprendre à celui connu sur les autres rivières citées plus haut ? Les
poissons touchés portent tous des mycoses (apparemment du genre saprolegnia) qui comme dans les autres cas similaires, se
développent de façon opportuniste lorsque les poissons sont affaiblis par
d’autres facteurs.Il est toutefois utopiste de
croire que le Dessoubre n’a aucune raison de connaître le même sort que les autres
rivières du département du Doubs. Depuis des décennies, son état
d’eutrophisation en été et son grand bassin versant qui collecte les épandages
de toutes sortes en hiver, laisse présager le pire. Difficile de ne pas penser
au gaspillage d’argent public dans de pseudos plans d’amélioration de la
qualité de l’eau et aux beaux discours en périodes électorales. L’observation
de la rivière continue et la colère monte, car quelque soit le scénario à
venir, le Dessoubre ne peut continuer à servir de poubelle. Différentes
plaintes vont être déposées et le Collectif SOS Loue & Rivières Comtoises demandera
prochainement des comptes aux services de l’Etat. Comme par exemple : où
en est la réglementation spécifique aux zones karstiques, ou l’interdiction des
produits de lave vaisselle contenant des phosphates, deux promesses du préfet
Decharrière lors des Assises de la Loue. Une Loue dont la situation est des plus préoccupante, car les
souches sauvages de truites et d’ombres sur cette rivière de légende sont
aujourd’hui au bord de l’extinction.Philippe Boisson
(Photos
© Philippe Boisson)
Lutter contre les introductions d’espèces invasives
Les îles britanniques ainsi que le Canada et les Etats-Unis d’Amérique ont lancé une campagne de sensibilisation aux risques d’introduction d’espèces animales ou végétales invasives. Cette campagne vise clairement les pêcheurs, qui par leurs pratiques et leurs déplacements, sont susceptibles de propager de nombreuses espèces, qui, introduites dans un milieu qui n’est pas le leur, peuvent engendrer de gros déséquilibres. Les pêcheurs français n’échappent pas à la règle, même si cette campagne ne les concerne pas.
Les recommandations de « Stop the spread of invasive species » sont simples, ne prennent que quelques minutes, et concernent chaque pêcheur :
– Laver la coque et le pont de son bateau sur place avant un trajet pour un autre lieu de pêche.
– Ne pas introduire des poissons vivants (vifs) d’espèces exogènes.
– Laver les bottes et les waders avant de changer de rivière.
– Ne pas introduire dans le milieu naturel d’espèces végétales ou animales exogènes vivant en aquarium.Tout cela coule de source et pourtant, combien d’entre-nous prennent le temps de se plier à ces mesures de précautions ? Peut-être pense-t-on que cela arrive loin de chez nous, en Nouvelle-Zélande ou aux Etats-Unis avec l’algue Didymosphenia geminata, qui englue le fond des rivières, en Norvège avec Gyrodactylus salaris ce petit parasite échappé des fermes aquacoles responsables de la disparition à tout jamais du saumon dans une trentaine de rivières du pays ?
Au bord de « nos » rivières, les risques sont partout. Un fragment de racine de renouée du Japon entre les crampons des bottes et le voilà confié à une autre vallée sans même s’en apercevoir… Tous les maux de nos lacs et cours d’eau ne sont pas transmissibles aussi facilement, fort heureusement. L’état lamentable des cours comtois laisse parfois la psychose s’installer dans les esprits. Dans des rapports pourtant très officiels demandés par l’Etat, il a été évoqué la responsabilité des pêcheurs dans la propagation éventuelle de Saprolegnia, les fameuses taches blanches sur les poissons mourants. Or en appliquant ce principe aux humains, l’ensemble de l’humanité contracterait la grippe chaque année et toutes les maladies transmissibles par contact, ce qui n’est pas le cas, car il faudrait que tout le monde présente un terrain favorable pour que cela ait lieu. Par principe de précaution en revanche, laver ses bottes et son bateau entre deux parties de pêche dans des milieux naturels différents est une excellente mesure. Sachez que dans beaucoup de pays (Norvège, Nouvelle-Zèlande, Islande, certaines régions d’Australie, etc), une carte de pêche n’est délivrée au pêcheur qu’après une désinfection des bottes ou des waders, voire de l’ensemble du matériel.