Étiquette : Samuel Delziani

  • Cinéma : Ubu part à la pêche au saumon

    Cinéma : Ubu part à la pêche au saumon

    Nous avons pu découvrir en avant-première l’adaptation au
    cinéma du célèbre roman du Britannique Paul Torday Salmon fishing in the
    Yemen
    (Edité en France sous le nom Partie de pêche au Yémen). La version française du film a pour
    titre : Des saumons dans le Yémen.

    L’histoire débute par une proposition sonnant comme une
    blague absurde : un riche cheik yéménite (Amr Waked) propose à un scientifique britannique (Ewan Mc Gregor),
    spécialiste du saumon, d’introduire le fameux salmo salar au cœur de
    la péninsule arabique. Cette demande insensée devient une affaire d’Etat quand
    la directrice des relations publiques (Kristin Scott Thomas) du Premier
    ministre britannique se met en quête d’une bonne nouvelle en provenance du
    Moyen-Orient… Entre attentats, manifestations hostiles à l’occident et prises
    d’otages : difficile de trouver
    une image positive. Alors lorsque cette histoire de saumon survient, la spin
    doctor saute sur l’occasion.

    Entre conte, comédie romantique et satyre politique, le
    film navigue entre les styles mais reste résolument britannique, avec un humour
    tout en finesse et en tact. Alors certes, l’équipe du film aurait pu choisir un
    conseiller pêche plus scrupuleux,on
    n’échappe pas à quelques
    contresens techniques, mais on passe tout de même un bon moment. Le casting est
    une réussite. Avec au passage une mention spéciale à Kristin Scott Thomas pour
    sa prestation décapante d’une spécialiste de la manipulation politique, un
    personnage cynique et violent, au verbe acide et définitif.

    Cette fable pose aussi la question du
    conformisme, de sa remise en question et de l’hybris prométhéen d’un cheik aux
    ambitions nobles mais libérées du principe de réalité. La saumon et sa lutte
    contre le courant « dominant » étant la parfaite illustration de
    ce combat contre la pensée « dominante ». D’ailleurs, lorsque le
    scientifique accepte ce pari fou, le réalisateur choisit de le filmer,
    remontant à contre-courant le flot d’une foule dense et pressée. Tel un saumon
    urbain remontant le courant de la masse, le courant du « bon sens ».

    N’allez pas voir
    ce film pour le réalisme des parties de pêche, ni pour découvrir le Yémen
    ou encore le saumon. Non, Des
    saumons dans le Yémen
    est juste l’occasion de passer un
    moment agréable et songer un peu à Prométhée et son feu. Et de se poser une
    question essentielle : le titan damné pêchait-t-il à la mouche ?

    Des saumons
    dans le Yémen
    de Lasse Hallström. Sortie le 6
    juin.

    Samuel Delziani

    Crédit photo : © 2005 Metropolitan Filmexport

  • Afrique : un autre regard sur la piraterie

    Afrique : un autre regard sur la piraterie

    « Chaque fois que nous détournons un navire, nous nous approvisionnons en denrées alimentaires. Nous achetons des chèvres pour fournir de la viande et du khat (une herbe narcotique douce que l’on mâche – on prononce “tchat“). Nous introduisons de l’argent dans l’économie du pays. Comment les peuples survivraient-ils sans cela ? Tous les poissons de nos eaux ont été emportés ». Ainsi débute l’excellent reportage du Béninois Christophe Assogba, Les bandits bienfaiteurs du continent noir, publié dans La Nouvelle Gazette, le quotidien béninois dont il est le rédacteur en chef. Récompensée par le prix Daniel Pearl 2011, cette enquête a été intégralement publiée par Courrier international dans son numéro daté du 2 au 8 février 2012 (N° 1109). Elle donne à voir une vérité bien plus complexe que le portrait réducteur résumant le pirate à un vulgaire criminel. Le journaliste s’intéresse tout d’abord aux pirates agissant à partir de la Somalie et du Puntland (dans l’Est de l’Afrique). Construction de bâtiments à vocation publique, introduction de financements dans l’économie légale, ces groupes assurent également un semblant d’ordre dans une zone de non-droit, où l’Etat est quasiment absent.

    Aujourd’hui la piraterie constitue la première force économique dans la région, on estime à 38 millions d’euros les gains annuels de cette activité. A titre de comparaison, en 2009, le budget total du gouvernement du Puntland s’élevait à 13,5 millions de dollars et les programmes de développement financés par la Grande-Bretagne ou les Etats-Unis à près de 3,5 millions d’euros la même année. Dans ces conditions, on se demande bien comment les pirates pourraient cesser leurs activités. La plupart sont d’anciens pêcheurs qui devant l’impossibilité de nourrir leur famille avec leur métier ont mis leur embarcation et leur connaissance de la mer au service de la piraterie.

    Où se situe la responsabilité finalement ? Chez ces populations, qui déjà fragiles, ont perdu toutes possibilités de vivre dignement dans la légalité et qui du coup s’adonnent à la piraterie ? Ou du côté des grands groupes européens qui pillent les ressources halieutiques des pays africains ? Notamment grâce à une surcapacité de pêche en partie financer par nos impôts, alors que dans le même temps, l’Europe met en place de laborieuses politiques de développement à l’attention de l’Afrique et que des flottes militaires des pays riches ont lancé de vastes opérations de sécurisation aussi coûteuses qu’inefficaces. Ainsi Greenpeace vient de publier une enquête dénonçant le pillage des océans par une flotte européenne toujours plus vorace. Cette flotte a déjà quasiment vidé les ressources halieutiques communautaires et « délocalise » maintenant toujours plus loin ses moyens surdimensionnés. Alors qui sont les pirates ?

  • La Guyane face à l’orpaillage clandestin

    La Guyane face à l’orpaillage clandestin

    Du 16 au 19 janvier 2012, des membres du WWF France en Guyane se sont rendus dans différents villages amérindiens du Haut Maroni (Kayodé, Twenké, Taluen, Antecume Pata), territoire du Parc Amazonien de Guyane, afin de constater les conséquences de l’orpaillage clandestin dans la région. Selon leur témoignage, les contacts entre orpailleurs et populations autochtones semblent se raréfiés. Cette situation s’expliquerait par une évolution des réseaux de ravitaillement. La délégation a pu constater de nombreux indices indiquant des pratiques d’orpaillage illégales.

    Depuis plusieurs années, les experts alertent l’opinion sur les ravages de l’orpaillage clandestin dans le département d’outre-mer de la Guyane, dans le nord de l’Amérique du Sud. Les opérations de police, voire de l’armée française, n’ont pas permis d’arrêter ce désastre écologique qui touche une région du monde dont la diversité des plantes par hectare dépasse celle de toute l’Europe continentale et où l’on dénombre pas moins de 480 espèces de poissons.

    Le WWF France a publié un rapport dense, en octobre 2009, où l’organisation donne des faits et des chiffres précis sur la réalité des dégâts. Et le tableau qu’elle dépeint est bien sombre. 10 000 orpailleurs clandestins traqueraient aujourd’hui la précieuse pépite, en Guyane, dans près de 500 chantiers clandestins. La misère qui sévit au Brésil a provoqué une nouvelle ruée vers l’or. On estimait que dans l’année 2002-2003, alors que l’exploitation aurifère légale produisait 3 tonnes d’or, l’illégale en produisait 10. L’emploi massif du mercure par ces chantiers clandestins pour amalgamer les particules d’or détruit les cours d’eau de la région. Selon l’ONF, 1 333 km de cours d’eau étaient touchés en 2006, pollution qui contamine également les populations, essentiellement amérindiennes, qui vivent dans la région. En 1997, des taux d’imprégnation au mercure supérieurs aux normes fixées par l’OMS étaient observés chez plus de 70 % des enfants amérindiens Wayanas du haut Maroni. Des solutions pourtant existent.

    L’appareil répressif de l’Etat a bien sûr son rôle à jouer, notamment en redressant des barrages policiers sur les axes fluviaux les plus employés pour le ravitaillement des chantiers illégaux. Mais la répression ne suffira pas. Selon le WWF France, la mise en place d’une traçabilité dans la filière or permettrait une solution pérenne. Mais cette filière cultive l’opacité et, actuellement, il est impossible de distinguer l’or sale de l’or légal. Pourtant, le temps presse : le cours de l’or explose dans toutes les places financières de la planète.. Au rythme actuel, on estime à quinze à vingt ans encore l’exploitation du filon guyanais.

  • La Nouvelle-Zélande face à la pire marée noire de son histoire

    La Nouvelle-Zélande face à la pire marée noire de son histoire

    Alors que la coupe du monde
    de rugby se déroulait sans encombre, une marée noire, qui n’a rien à voir avec
    les All Blacks, est venue gâcher la fête. La Nouvelle-Zélande vit actuellement
    la pire catastrophe écologique de son histoire avec le naufrage sur ses côtes
    d’un porte-conteneurs battant pavillon libérien, le Rena. Le navire s’est échoué vers 2 h 20 du
    matin, mercredi 5 octobre, sur le récif de l’Astrolabe, à l’est de l’île du
    Nord, dans une zone très touristique et riche d’une biodiversité
    exceptionnelle. Parmi les conteneurs que le Rena transportaient, onze
    contiennent des matières dangereuses. D’ors et déjà, le bateau déverse
    d’importantes quantités de fioul. Long de 23 mètres, il en contient 1 700
    tonnes. Un tanker a appareillé pour assurer l’opération de pompage, mais les
    mauvaises conditions climatiques rendent l’opération délicate. Le capitaine du
    Rena a été arrêté le 12 octobre dernier. Le jour de la catastrophe, il fêtait,
    avec l’ensemble de l’équipage, son 44e anniversaire. Une célébration qu’il n’est pas près
    d’oublier, alors qu’il encourt jusqu’à 12 mois de prison et 7 500 euros
    d’amende.