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  • Pêche associative, réforme ou complot ? Histoire d’un naufrage.(PS 83)

    Pêche associative, réforme ou complot ? Histoire d’un naufrage.(PS 83)

    Pêche associative, réforme ou complot ? Histoire d’un naufrage.
    Il fallait s’en douter, la pêche associative montre ses limites… Parent pauvre de la chasse, la pêche est gérée par des amateurs qui par définition manquent cruellement de compétence (ce n’est pas péjoratif).

    Il s’agit pourtant de gérer des milieux naturels, avec la Direction de l’Eau et l’Onema comme garde-fou. L’actualité nous prouve une nouvelle fois les limites de ce système à travers une réforme qui n’a pas fini de faire des vagues ! La Fédération nationale pour la pêche en France s’est réunie pour un séminaire qui s’est déroulé du 16 au 18 septembre 2009 à Sainte-Eulalie en Ardèche, intitulé « l’Avenir de la pêche amateur en France », dans une étrange confidentialité. Lors de ces trois journées, la FNPF a présenté une réforme de la pêche de loisir en France.
    Une réforme décidée en petit comité, qui fait beaucoup parler d’elle. Cette façon de faire n’a pas plu à tous ceux qui n’ont eu d’autre choix que de récupérer tardivement (visiblement il y a eu des fuites) le compte-rendu dudit séminaire.

    Il nous semble important de souligner l’importance du principe de transparence dans le monde associatif. Celui des pêcheurs y était habitué, mais les temps ont visiblement changé ! Sur le fond, l’idée d’une réforme de la pêche de loisir en France est une excellente nouvelle, car dans de nombreuses régions françaises chacun fait ce qu’il veut – généralement pas grandchose – dans son coin, dans la plus grande incompétence et sans avoir de comptes à rendre à personne.
    N’oublions pas que la FNPF, ex-Union nationale pour la pêche en France, n’a jamais été en mesure de contrer la perte de près de deux millions de taxes piscicoles en trente ans ! Alors, une réforme n’était pas seulement nécessaire mais obligatoire, avec pour objectif une simplification de la réglementation (souhait du ministère). Dans les faits, la réforme proposée par cette belle institution, qui existe grâce à l’argent de tous les pêcheurs, appelle de notre part plusieurs critiques, autant sur la forme que sur le fond.

    On pourrait nous dire que tout cela relève du procès d’intention si, au moment même où se met en place la réforme, on ne nous donnait des exemples des dégâts annoncés :

    •La réforme en elle-même et la façon dont la FNPF l’impose au monde associatif avec menace de retrait d’agrément pour les AAPPMA dissidentes, absence de transparence, appropriation « sauvage » de compétences techniques, etc.

    •L’ouverture de la pêche du brochet anticipée au 1er mai, qui a fait l’objet d’une consultation publique de la part du ministère tant elle a été mal acceptée dans les régions, ne peut que fragiliser encore les populations de sandres et de black-bass, sans par ailleurs être particulièrement profitable au brochet.

    •Le projet GENESALM remet, quant à lui au goût, du jour la mode des écloseries de truites sauvages, après qu’il a été démontré scientifiquement, à grands coups d’études coûteuses (CSP, Inra, Onema), les dangers de ce principe trompeur et dangereux.
    Par définition, un animal sauvage ne peut s’élever.

    •La réaction d’un président d’AAPPMA, Jean-Christian Michel (AAPPMA de Gréoux-les-Bains sur le Verdon), à travers un commentaire désabusé par la tournure que prend la pêche associative.
    12 •Formaliser une procédure réglementaire de retrait d’agrément à l’encontre des AAPPMA et/ou de leurs responsables.

    •Créer une commission de conciliation nationale chargée de régler les conflits entre fédérations et AAPPMA.

    •Insérer l’halieutisme comme un des fondements de la réglementation de la pêche. » Cela paraît surréaliste, mais telles sont les propositions de la FNPF. Que faut-il comprendre dans cette déclaration, hormis son côté dictatorial ? « Insérer l’halieutisme comme un des fondements de la réglementation de la pêche » : voici une phrase maladroite, certes, mais qui est très lourde de sens. Si l’on pardonne l’emploi d’un mot qui n’existe pas, l’halieutisme, et si l’on considère que son sens désigne ce qui touche à la pêche, alors tout devient clair. La FNPF entend gérer la pêche, les pêcheurs, et non s’embêter avec les milieux aquatiques, les particularités biologiques, les humeurs de telle ou telle espèce de poisson. D’où la réaction envers les arrêtés préfectoraux citée ci-dessus… Or, l’aspect halieutique est indissociable de l’aspect biologique. Nous ne jouons pas au tennis, monsieur Roustan, notre activité implique une étroite relation avec des êtres vivants ! Dans sa vision globale, simple, des choses, la FNPF oublie la réalité de terrain des AAPPMA. Ces associations sont très différentes les unes par rapport aux autres.

    Il y a celles qui gèrent des parcours appartenant au domaine public, alors que d’autres doivent composer avec les contraintes du domaine privé. Pour ce second cas, l’existence de ces associations est souvent complexe, impliquant des rapports avec des dizaines de propriétaires riverains à qui il faut payer les baux. L’existence de certaines AAPPMA ne tient qu’aux bonnes relations entre le président et quelques propriétaires.

    Ce sont des situations précaires où tout peut s’arrêter sur un simple malentendu. Les personnes qui gèrent bénévolement ces associations ont un rôle ingrat, difficile, quimérite plus de respect qu’une volonté imposée par la force.

    La FNPF est en passe non seulement de mettre le feu aux poudres, mais s’affaire surtout à scier la branche sur laquelle elle est assise, d’une part en retirant des agréments, mais plus encore en décourageant les bonnes volontés. L’ensemble des mesures proposées par la FNPF ne serviront pas à freiner la chute des ventes de permis, au contraire, tout concorde pour une nouvelle baisse. C’est ce que nous démontrons dans ce dossier. Certes, il serait plus simple de déverser en masse des poissons d’élevage dans les rivières pour contenter les pêcheurs.
    C’est sans doute l’un des plans imaginés par la FNPF.

    Le projet GENESALM est d’ailleurs une façon déguisée de déverser des truites, qu’on nous présente comme sauvages pour contenter les pêcheurs. La FNPF est une sorte de république banannière, où l’on ignore les lois, où l’on impose ce que l’on veut et où l’on prend la nature pour un terrain de sport collectif sans vie. A travers cette réforme, la FNPF se fait immanquablement l’ennemi de l’Onema, des Diren, bref de l’Etat.

    C’est une honte pour le monde de la pêche, pour tous ceux qui se sentaient impliqués, responsables, dans la sauvegarde des milieux aquatiques, dans la détection des pollutions, des agressions en tout genre que subit l’environnement aquatique.
    Les naturalistes pêcheurs, sensibles à la qualité des milieux, ne peuvent qu’être déshonorés par ce que met en place la FNPF en ce début d’année. Quelle image donnerons-nous aux autres acteurs du bord des cours d’eau et des lacs ? Jean-Marc Theusseret