Étiquette : pollution

  • Le modèle économique du gaz de schiste remis en question

    Le modèle économique du gaz de schiste remis en question

    Alors qu’on nous présentait cette source d’énergie, comme la nouvelle poule aux œufs d’or, la réalité serait tout autre. En plus d’être extrêmement polluante (voir notre précédent article ici), cette activité ne serait également pas vraiment rentable. Le New York Times a publié une enquête démontrant que les réserves et les profits envisagés étaient largement surestimés. En conséquence, le cours des grandes compagnies exploitant le gaz de schiste a chuté à Wall Street.

    Alors que le Texas fait face actuellement à la pire sécheresse jamais enregistrée dans son histoire, l’industrie des gaz de schistes dilapide toujours des milliards de litres d’eau. Dans cet Etat, en particulier, un pétrogéologue de Houston, Art Berman, également cité dans l’enquête du quotidien new-yorkais, explique que les industriels du secteur ont surestimé les réserves disponibles de 73 à 350 % ! En espérant que cette enquête soit parvenue jusqu’au bureau du ministère de l’Environnement français !

  • Yellowstone, marée noire.

    Yellowstone, marée noire.

    Pour la deuxième fois dans l’année la Yellowstone river dans le Montana est victime d’une pollution au pétrole. Plus tôt au printemps, une pollution minime avait forcé Exxon Mobile a fermer un pipe-line qui traverse la Yellowstone au Montana, suite à des inondations. Cette fois se sont près de 170 000 litres de pétrole qui se sont déversés dans la rivière. Une des plus belles rivières du monde pour les pêcheurs à la truite, célèbre pour ses cutthroats et ses arcs sauvages. La couche de pétrole est telle qu’elle a atteint le fond de la rivière et que le nettoyage de celle-ci se présente mal.

  • Les espèces océaniques en danger d’extinction

    Les espèces océaniques en danger d’extinction

    Les océans affichent tous les symptômes des grandes phases
    d’extinction. C’est du moins, la conclusion d’un rapport produit par 27 experts
    venus de six pays et qui travaillent sur des problématiques différentes. Pour
    la première fois, ils ont croisé leurs réflexions pour dresser un tableau plus
    général et plus précis de la situation.

    Réunis à l’université d’Oxford en Angleterre, leur constat
    est sans appel : « les océans du monde entier risquent fortement
    d’entrer dans une phase d’extinction des espèces marines
    ».
    Surpêche, pollutions en tout genre, réchauffement climatique,
    acidification provoquant l’hypoxie (baisse des taux d’oxygène dans l’eau et
    créations de « zones mortes »), ces facteurs combinés soumettent les
    océans à une série de pressions qui inquiète les chercheurs.

    Les chercheurs, eux-mêmes, semblent être surpris par la
    gravité de la situation. Alex Rogers, chercheur à l’université de zoologie de
    Londres et directeur scientifique du Programme international sur l’état des
    océans (IPSO), a déclaré : « les résultats sont choquants». La
    vitesse à laquelle le milieu se dégrade a surpris les scientifiques. Les océans
    seraient donc au bord d’une crise biologique comme la terre n’en a plus connu
    depuis 55 milliards d’années.

  • Fukushima : la pollution maritime se précise

    Fukushima : la pollution maritime se précise

    Nous en avons déjà parlé ici il y a peu : la contamination de l’océan Pacifique par le rejet d’eau radioactive en provenance de la centrale nucléaire endommagée se précise. Le sujet est au Japon extrêmement sensible tant les produits de la mer sont à la base du régime nippon. Le gouvernement japonais a autorisé fin mars le rejet dans l’océan de 11 500 tonnes d’eau radioactive sur les 60 000 tonnes d’eau utilisé pour refroidir le réacteur. L’eau s’est accumulée dans les cuves et les coursives de la centrale, annexes aux deux seuls réacteurs n’ayant pas encore explosé, les numéros 5 et 6. Par contre, les ingénieurs de TEPCO sont parvenus à colmater la fuite de 20 cm par laquelle se déversait en continu une eau extrêmement radioactive. L’eau contaminée provient également des pluies et du ruissellement qu’elles provoquent. Parmi les différentes particules radioactives relâchées dans l’océan, certaines se dispersent aisément, mais certaines d’entres elles se fixent. La Chine, pays voisin, s’inquiète et a officiellement demandé au gouvernement japonais de prendre des « mesures efficaces pour protéger l’environnement marin ».

    Le Japon vient de subir une nouvelle réplique affichant plus de 7 sur l’échelle de Richter, provoquant des fuites dans une autre centrale nucléaire, celle d’Oganawa. Bref du côté de l’archipel nippon l’heure n’est pas à l’optimisme… De plus en plus de Japonais doutent des informations fournies par TEPCO et les autorités japonaises. Greenpeace Japon a d’ailleurs envoyé sa propre équipe dans le courant du mois d’avril pour mesurer les taux de radioactivité dans la zone de Fukushima. Les autorités japonaises ont porté la zone d’évacuation de 20 km à 30 km de la centrale. Certains pays, comme les Etats-Unis, conseillent à leurs ressortissants de ne pas s’approcher à moins de 80 km de la centrale. Le 21 avril, le Rainbow Warrior, le bateau de l’association écologiste, est parti de Taïwan pour effectuer des mesures dans les eaux à proximité de la centrale. L’embarcation devrait arriver dans la zone le 28 avril prochain, nous devrions donc en savoir plus dans les jours qui viennent. Ce triste feuilleton continue donc…

  • Golfe du Mexique : un an après

    Golfe du Mexique : un an après

    Le 22 avril 2010, une plate-forme pétrolière de la compagnie British Petroleum (BP) explosait, tuant onze personnes et provoquant une des plus grandes marées noires de l’histoire, dans le milieu naturel fragile qu’est le golfe du Mexique. Afin de fêter ce triste anniversaire, des manifestants sont venus crier leur rage devant le siège londonien du groupe pétrolier BP, le 14 avril dernier, et ont tenté de perturber l’assemblée annuelle des actionnaires. Venus des Etats-Unis, petits actionnaires, pêcheurs, artistes ou encore activistes sont venus rappeler BP à sa responsabilité un an après la marée noire gigantesque que le groupe a provoqué dans le golfe du Mexique. Pour mémoire, 800 millions de litres de brut avaient créé la plus grande marée noire de l’histoire des Etats-Unis. Le groupe se veut rassurant sur sa gestion des conséquences de la pollution.

    Mais le pétrole en question, très léger, a posé de réelles difficultés à BP qui, contrairement à ce que ses services de communication prétendent, n’a pas été capable de contenir la marée noire et encore moins de l’extraire de l’océan. Alors que BP affirme que 74 % du pétrole a disparu du golfe, des experts indépendants estiment que près de la moitié de ces hydrocarbures serait toujours dispersée dans la nature. Selon le site Rue 89, dans certains coins de Louisiane, il suffit de creuser à 1 mètre de profondeur pour retrouver une tâche d’huile. En Alabama, une plage classée s’est désertifiée de quasiment toute vie sauvage et les passionnés d’ornithologie n’ont aujourd’hui plus que quelques mouettes à observer.

    Plus inquiétant encore : les échouages de centaines de carcasses de dauphins, notamment de nouveaux nés, sur les plages du Mississipi et d’Alabama. Aujourd’hui, la compagnie pétrolière britannique est critiquée pour sa gestion de la catastrophe. Son service de communication s’agite beaucoup pour rassurer l’opinion. Difficile quand des centaines de dauphins viennent s’échouer et prouver ainsi tous les jours que BP n’a pas réussi à juguler la catastrophe.

  • La France pointée du doigt pour sa pollution industrielle

    La France pointée du doigt pour sa pollution industrielle

    Le 14 mars dernier, la Commission européenne a décidé de renvoyer la France devant la justice pour n’avoir pas respecté une législation européenne sur la pollution industrielle. La France avait jusqu’au 30 octobre 2007 pour donner de nouvelles autorisations d’exploitation ou de réexaminer les anciennes autorisations données à un certain nombre d’industries à fort potentiel de pollution. L’Etat français n’a toujours pas pris les dispositions nécessaires provoquant ainsi les foudres de la Commission.

    Ainsi ce n’est pas moins de 62 installations industrielles qui fonctionnent sans autorisations conformes à la directive européenne ! Huit pays de l’Union ont également été poursuivis pour des faits identiques ces dernières années : Estonie, Espagne, Slovénie, Suède, Portugal, Pays-Bas, Grèce et Danemark.

  • Le barrage géant des Trois Gorges et ses effets… durables

    Le barrage géant des Trois Gorges et ses effets… durables

    Des scientifiques japonais pensent qu’il est pour partie responsable de la prolifération de centaines de millions de méduses géantes en mer de Chine et sur les côtes du Japon. C’est aussi un drame humain épouvantable, avec une nouvelle vague de 300 000 personnes déplacées, comme l’a rapporté récemment le China Daily. Une étude montre que 9 324 sites sont potentiellement menacés par des risques géologiques, soit 4 000 de plus que ce qui avait été annoncé en 2003.

    Car, pour limiter le risque et réduire la pollution qui entre dans le réservoir, il faut construire des « zones tampons », sans hommes. La Chine ne semble pourtant pas vouloir ralentir l’allure en matière de construction de grands barrages et a annoncé un accord pour construire un nouveau grand barrage au Cambodge.

  • Le climat se réchauffe… …et nos lacs et cours d’eau ?

    Le climat se réchauffe… …et nos lacs et cours d’eau ?

    Oui, notre planète se réchauffe… Les scientifiques sont formels ! A terme, nos lacs et cours d’eau suivront cette tendance, que certains considèrent déjà comme inéluctable. Peut-on faire quelque chose ? Doit-on rester les bras croisés à regarder nos truites fiévreuses périr ? Si effectivement le réchauffement climatique est un phénomène mondial, existe-t-il des solutions pour limiter localement son impact ? Par Sylvain Richard et Guy Periat

     Dans le précédent article, nous avons précisé les différents paramètres qui régissent la température de l’eau des lacs et des rivières.
    Très complexes, les processus en jeu agissent en synergie et on peut alors parler de métabolisme thermique. Véritable clé de voûte du fonctionnement des milieux aquatiques, celui-ci conditionne non seulement les caractéristiques chimiques de l’eau, mais également les processus physiologiques des organismes ainsi que la distribution des espèces.
    Dans quelle mesure le réchauffement climatique peut-il remettre en cause ces grands équilibres ? Les modifications thermiques sont-elles toujours liées à un changement de climat ? Le patrimoine biologique des milieux aquatiques estil à terme menacé ? Nos parcours de pêche à salmonidés sont-ils forcément voués à disparaître ? 

     Qu’est-ce que le réchauffement climatique ?

    Avant de répondre à ces différentes interrogations, il est utile de rappeler dans un premier temps que, contrairement aux autres planètes du système solaire, la surface de la Terre est tempérée à environ 15 °C. Cette caractéristique originale est due à notre atmosphère qui, à l’image d’une écharpe, permet de retenir une partie de la chaleur émise naturellement par notre planète. Ce phénomène, appelé effet de serre, est ainsi tout à fait naturel.
    Sans lui, la température à la surface de la Terre serait de – 18 °C en moyenne ! La vapeur d’eau, l’azote et le dioxyde de carbone, le fameux CO2, sont les principaux gaz qui permettent de piéger cette chaleur. Ils sont appelés « gaz à effet de serre ». Leur proportion dans l’atmosphère est le fruit d’un lent équilibre établi entre les consommateurs et les producteurs de ces différents gaz. En principe, elle n’évolue qu’à des échelles de temps géologiques, soit plusieurs millions d’années.
    Néanmoins, certains événements comme des éruptions volcaniques exceptionnelles ou la collision d’un astéroïde gigantesque sont susceptibles de modifier radicalement la composition de notre atmosphère et de provoquer des extinctions biologiques plus ou moins massives.
    Or, l’utilisation exponentielle des matières premières carbonatées fossiles (charbon, pétrole, gaz naturel), depuis le XIXesiècle, augmente drastiquement la proportion de CO2dans l’atmosphère.
    Résultat, cet apport massif de gaz à effet de serre déséquilibre le bilan radiatif de la Terre. La proportion de chaleur retenue, par rapport à celle qui peut s’échapper vers les hautes altitudes, est ainsi plus importante. La conséquence est une augmentation rapide de la température moyenne de l’air et des océans. C’est le phénomène de réchauffement climatique.

    Différents scénarios de réchauffement 

     Les scientifiques, réunis au sein du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC), confirment bien cette tendance au réchauffement. Ils ont notamment montré que l’année 1998 était la plus chaude de toute l’histoire de la météorologie et que le réchauffement s’accélère depuis environ un siècle. Le GIEC affirme par ailleurs que la probabilité que ce phénomène, constaté depuis 1950, soit d’origine humaine est de plus de 90 %. Ils confirment également que l’augmentation des températures va se poursuivre au cours du XXIesiècle.
    L’ampleur de ce réchauffement est toutefois très compliquée à prédire pour les scientifiques. D’ici à 2100, les climatologues du GIEC parlent tout de même d’une augmentation moyenne annuelle comprise entre 1,8 °C et 3,4 °C.

    rechauffemnt climatique

    Des bouleversements importants en perspective 

     Ce réchauffement global aura inéluctablement des conséquences sur les grands équilibres physiques et climatologiques. On estime qu’avec une élévation de température de 1,5 à 2,5 °C, près de 20 à 30 % des espèces connues courent un risque accru d’extinction. Cette estimation atteint 70 % si l’augmentation est de 3,5 °C ! C’est donc toute la biodiversité, richesse inestimable de notre planète, qui à terme est mise en péril… Un des symboles les plus marquants de cette menace est l’impressionnant ours polaire, dont l’habitat fond d’année en année.
    Selon les scientifiques, les écosystèmes naturels qui seront les plus affectés sont les systèmes polaires et alpins, les mangroves, les forêts boréales et tropicales ou encore les récifs coralliens.
    Pour ces derniers, les hypothèses les plus pessimistes envisagent leur disparition à l’échelle planétaire à partir de 2020… c’est-à-dire demain ! 

     Quelles conséquences pour nos milieux aquatiques continentaux ?

     A l’intérieur des continents, sur lesquels l’effet tampon des océans est réduit, cette évolution de notre climat sera exacerbée. A terme, l’augmentation des températures de l’eau influencera directement l’abondance et la répartition des espèces.
    Et ce sont celles d’eau froide, plus sensibles au facteur thermique, qui seront sans doute les plus impactées.
    Truites et ombres ont sans doute du souci à se faire… Il est cependant encore très difficile de prédire ces évolutions, en raison notamment du manque de connaissance sur le fonctionnement thermique actuel des réseaux hydrographiques.
    En outre, les modifications de débit engendrées par les changements climatiques influeront également sur le métabolisme thermique des eaux de surface.
    Néanmoins, des signes apparaissent déjà… Sur le lac Léman, les suivis effectués par l’Inra montrent une tendance nette au réchauffement des eaux de surface depuis les années 1970 ainsi que des couches profondes depuis les années 1950. La période d’apparition de la stratification thermique est de plus en plus précoce : de début juin dans les années 1970 à début mai dans les années 2000. Conséquence : les algues et le zooplancton consommateur apparaissent plus tôt dans la saison.
    Selon l’Inra, ces décalages seraient aujourd’hui favorables au corégone du Léman, qui profiterait ainsi directement de cette abondante nourriture dès l’éclosion de ses oeufs. Les captures effectuées par les pêcheurs professionnels, en augmentation depuis les années 1990, vont dans ce sens.
    Sur le lac Tanganyika, grand lac africain aux dimensions impressionnantes faisant frontière entre la Tanzanie et la République démocratique du Congo, la température des eaux du lac a également augmenté depuis les années 1920, de près de 0,7 °C en surface (– 150 m !) et de 0,3 °C au fond (– 1 300 m !). Dans le même temps, la limite entre les eaux oxygénées et celles sans oxygène est remontée, restreignant de fait la zone fonctionnelle pour la biocénose. Une baisse, nettement accentuée depuis les années 1950, de la productivité globale du plan d’eau en résulte. Sur les grands cours d’eau européens, des évolutions similaires de la température de l’eau s’observent également. Ainsi, sur le Rhône aval, en près de trente ans, la température moyenne de l’eau a augmenté d’environ 2 °C.
    Même constat pour la Loire (+ 2 °C), le Rhin (+ 2 °C) ou encore le Danube (+ 0,8 °C).

    Quelles conséquences pour le cours d’eau de mon village ? 

     Les grands hydrosystèmes intègrent donc parfaitement la tendance décriée par les climatologues. Néanmoins, à l’échelle locale et en particulier sur les cours d’eau salmonicoles, que se passe-t-il ? A titre d’exemple, prenons l’évolution durant ces quarante dernières années du métabolisme thermique de la rivière Allaine, petit affluent franco-suisse du Doubs. Grâce à des données historiques de qualité, l’évolution thermique de ce cours d’eau peut être appréhendée d’une manière objective. Et pour apprécier les effets directs de la température sur la faune, nous n’allons pas comparer des données de moyenne annuelle, trop lissées, mais plutôt les valeurs élevées observées en été. En effet, les poissons, et en particulier les salmonidés, démontrent une certaine tolérance aux écarts thermiques de faible amplitude. En revanche, en dehors de la gamme de confort de chaque espèce, la survie, la reproduction ou l’alimentation ne sont plus possibles.
    Une élévation de température pourra donc être supportée par le peuplement originel jusqu’à une certaine valeur. Mais dès le dépassement des seuils critiques, les populations de poissons auront des difficultés de développement et finiront par disparaître.

    Dans les années cinquante, la rivière Allaine était un cours d’eau à truite et à ombre très productif. Les apports souterrains karstiques qui alimentaient le cours d’eau tout au long de son linéaire permettaient de maintenir une gamme de températures fraîches, idéale pour les salmonidés, même en période caniculaire.
    Les mesures effectuées dans les années 70 illustrent parfaitement cette caractéristique typique des cours d’eau calcaire (cf.
    figure ci-dessus).
    Aujourd’hui, force est de constater que certaines portions du cours d’eau ont subi des élévations exceptionnelles de température, atteignant par endroits près de 10 °C (cf. figure). Si bien qu’à l’heure actuelle ces tronçons ne sont plus propices au développement de la truite ou de l’ombre.
    Mais les espèces thermotolérantes  ne peuvent également s’y développer harmonieusement : les habitats et les vitesses de courant ne sont pas adaptés à ces espèces (tanche, carpe, rotengle, etc.), plutôt inféodées aux eaux calmes.
    En clair, une discordance entre les caractéristiques de l’habitat et le métabolisme thermique est observée.

    La petite rivière fraîche productive s’est ainsi transformée en un cours d’eau tumultueux chaud et déserté.
    Par chance, l’influence des arrivées froides est encore forte sur l’Allaine. Elles apportent des bouffées de fraîcheur à la rivière. Elles constituent ainsi de véritables refuges thermiques pour les truites et les ombres en période estivale. Si, bien évidemment, ces espèces peuvent les rejoindre, ce qui laisse supposer que les couloirs migratoires longitudinaux sont respectés.
    A l’évidence, le réchauffement climatique apporte sa contribution de quelques degrés à cette évolution de la température de l’eau de l’Allaine. Néanmoins, d’autres facteurs interviennent.
    En observant l’évolution de l’utilisation du bassin versant et de la ressource en eau, la Fédération des pêcheurs du Jura suisse (www.fischnetz.ch) a permis d’expliquer le degré extrême de l’élévation de température observé sur certaines portions de rivière, et sur l’Allaine en particulier.
    D’une part, le pastoralisme traditionnel de la région s’est petit à petit transformé en une céréaliculture intensive. Les remaniements parcellaires ont permis de creuser des systèmes de drainage efficaces.

    D’autre part, l’Allaine et ses affluents ont été par endroits corrigés et transformés en chenaux rectilignes, élargis, excavés et sans ombrage. Les nappes souterraines ont perdu progressivement de leur volume et ainsi leur potentiel à alimenter en eau fraîche le réseau hydrographique lors de sécheresses. Par ailleurs, les puits d’eau potable historiquement utilisés ont vu leur quantité et leur qualité d’eau se réduire. Les communes ont en conséquence privilégié le captage des sources en tête de bassin. Le débit d’étiage de l’Allaine s’est au final nettement réduit.

    Enfin, le développement des zones urbaines a été croissant et s’est accompagné d’une imperméabilisation systématique des sols. Les réseaux routiers et de canalisation ont suivi la même évolution. La pluie des orages ruisselle alors sur ces surfaces asphaltées et, déjà échauffée, rejoint directement les rivières.
    Le coup de grâce fut porté lors de la mise en place de l’épuration des eaux usées de la commune de Porrentruy, située à une quinzaine de kilomètres des sources.
    En effet, le rejet de la station d’épuration dépasse allègrement les 20 °C en été et représente plus du tiers du débit de l’Allaine en basses eaux. Et ce rejet se déverse dans la rivière seulement quelques dizaines de mètres en aval des sources froides les plus importantes.
    La nette dégradation de la qualité de l’eau et de l’habitat associée à ces différents impacts sur le métabolisme thermique du cours d’eau a fortement porté atteinte au patrimoine biologique de la rivière Allaine. Les populations de truites et d’ombres abondantes du début du XXesiècle se sont progressivement réduites comme peau de chagrin. Actuellement, sur les 50 kilomètres de parcours de pêche rêvés des pêcheurs à la mouche, seuls quelques kilomètres restent intéressants, toujours en raison des arrivées froides salvatrices de la montagne karstique. Ainsi, l’impact des quelques degrés imputables au réchauffement climatique n’est vraisemblablement que très relatif en comparaison des transformations écologiques locales imposées par l’homme au cours du dernier siècle.

    En conclusion, cet exemple illustre l’importance de ne pas considérer le réchauffement climatique comme la cause unique et inéluctable de la dégradation de nos environnements aquatiques.
    Certes, il a un impact. Certes, la réduction des émissions de CO2est nécessaire et à terme bénéfique. Mais cet arbre de la politique mondiale pour la sauvegarde durable de notre environnement, claironné par tous les médias et les gouvernements, ne doit pas cacher la forêt de problèmes rencontrés par nos rivières.

    La préservation de la qualité et de la morphologie des cours d’eau doit ainsi rester une priorité absolue. Au niveau local, les gestionnaires incontournables que sont les pêcheurs ont un rôle important à jouer dans la mise en oeuvre d’un certain nombre de précautions et de mesures pour limiter l’impact des changements climatiques à venir. De manière plus globale, à l’échelle des bassins versants, une gestion cohérente de la ressource en eau, intégrant le respect des apports d’eau fraîche et limitant les rejets d’eau chaude, doit systématiquement être promue. Ce sont les conditions sine qua non si l’on veut faire baisser la fièvre de notre patrimoine piscicole et halieutique !

  • Descente de Bar.

    Descente de Bar.

    Cette année encore du début février à la fin mars, bénéficiant souvent de surcroît d’une météo clémente, les pélagiques ont pu “taper” dans les frayères de Manche Est et Ouest et capturer des centaines de tonnes de bars, transformés pour la plupart en farines et granulés destinés à nourrir les saumons, les poulets et les cochons des élevages industriels européens… Yann Drenek 

     Dans un article paru dans le quotidien local La Presse de la Manche daté du samedi 28 février 2009, nous apprenons que deux chalutiers pélagiques de La Turballe, contrôlés par la gendarmerie maritime, au large de Cherbourg, avaient à leur bord 22 tonnes de bars… Soit 12 tonnes excédentaires, puisque seulement 5 tonnes sont autorisées par semaine et par bateau.
    La frayère Manche Est, située dans le “rail” des Casquets, au large du nez de Jobourg (pointe ouest du Cotentin), a donc cette année encore été pillée sans vergogne par des pélagiques venus de Bayonne, des Sables-d’Olonne ou de La Turballe. Il en fut de même, d’ailleurs, de la principale autre zone de frai en Manche, dite Manche Ouest, située derrière l’île de Batz, au large de Roscoff. Là encore, pendant plusieurs semaines en février et mars, une douzaine de pélagiques se sont relayés pour “taper” à tour de rôle dans les frayères. Rappelons que les pélagiques sont des chalutiers hypermotorisés, qui travaillent “en boeufs”, par paire, et traînent à la profondeur où les bars ont été repérés au sondeur un filet dont l’ouverture est grande comme un terrain de football.

    Des traits de chalut de plusieurs dizaines de tonnes sont ainsi possibles, avec un seul bon passage dans la gigantesque masse des bars rassemblés pour frayer. A moins de 200 mètres du débarcadère de la criée de Roscoff, sur le quai qui fait face aux ferry-boats, il fallait voir les norias de semiremorques qui faisaient la queue pour embarquer hors criée des dizaines et des dizaines de tonnes de bars. Un remarquable reportage de TF1 au 20-Heures de Claire Chazal, le dimanche 19 avril, montre les pélagiques qui débarquent directement des centaines de caisses de bars dans les semi-remorques qui attendent sur le quai. A la fin de ce court reportage, et pour la première fois à notre connaissance dans un grand média généraliste, l’aspect économique de la pêche de loisir a été évoqué.

    Comme le fait remarquer Charles- Henri Canto, guide de pêche professionnel, sur le forum de l’excellent site pecheaubar.com, “90 % des pélagiques observés ne passent pas par la criée pour débarquer leurs prises, les débarques se font sur un quai destiné normalement aux cargos et situé à moins de 300 mètres de la criée, les prises sont débarquées par l’équipage sans aucun contrôle, ni de la criée ni d’un quelconque personnel fonctionnaire (Affaires maritimes ou gendarmerie), puis chargées dans des camions dont les indications figurant sur les remorques laissent peu de doute sur leur non-appartenance à la filière pêche (voir la photo édifiante du semi-remorque de volailles, ndlr).On peut dès lors se poser quelques questions. Quelle est la destination de ces camions ? Quels sont les volumes débarqués ? Peut-on parler de respect des quotas quand aucune pesée n’est réalisée au débarquement ? Est-il normal qu’aucun agent de l’Etat ne soit présent lors de ces débarques ? Vu l’ampleur du phénomène, estil possible que les agents de l’Etat n’en aient pas connaissance ? Je vous laisse vous faire votre propre opinion et vous livre mon sentiment personnel : la filière pêche productiviste profite d’une situation de crise économique pour se livrer aux pires exactions sur la ressource halieutique. Les prix s’effondrent… aucune importance puisqu’avec le système du prix de retrait français la prime est donnée à la quantité et non à la qualité.” 

    Car ce non-sens écologique de pillage des frayères se double d’une gabegie économique. En effet, comme c’est le cas pratiquement de tous les poissons pendant leur période de reproduction, la chair des bars à ce moment- là de leur cycle est de piètre qualité. La plupart des protéines nobles et des lipides ont été mobilisés pour la fabrication des oeufs et de la laitance. Les poissons, quand ils ont frayé (ils sont de toute façon forcés d’expulser leurs oeufs quand ils sont écrasés dans la poche du chalut lors de sa relève), sont très maigres et leur chair sèche et filandreuse. La plupart du temps, quand ils passent en criée (d’après de nombreux témoignages, une infime partie), ils sont refusés ou achetés à vil prix par des mareyeurs peu regardants, qui revendent ces bars autour de 3 à 4 euros le kilo, que l’on retrouve ensuite sur quelques étals de supermarché à moins de 8 euros le kilo. En fait, l’énorme majorité de ces bars capturés sur les frayères finit dans les congélateurs quand ils ne sont pas directement transformés en farine à poissons, destinés à nourrir saumons, poulets et cochons de nos élevages industriels.

    Car, compte tenu des tonnages gigantesques qui sont pêchés en quelques semaines, les prix s’effondrent et la seule rentabilité de cette pêche tient au fait des tonnages très importants réalisés, du dépassement généralisé des tonnages autorisés et des fameux prix de retrait fixés par Bruxelles.
    Quand on prend dans un coup de pélagique des tonnes de bars, même à moins de 4 euros du kilo, cela reste très rentable pour les armateurs et l’équipage, surtout que cette pêche se pratique à quelques encablures de nos côtes et ne nécessite pas de grandes quantités de fuel pour accéder à la ressource.
    Ce pillage de la ressource bar par une vingtaine de paires de pélagiques seulement, qui ne représentent que moins de 200 emplois, est en outre très préjudiciable aux “petits métiers” artisanaux de la pêche professionnelle, et notamment les ligneurs et petits fileyeurs (des milliers qui tentent de survivre), qui eux pourraient capturer de façon durable des poissons de qualité à très forte valeur ajoutée.
    Pour la première fois cette année, ces petits métiers se sont désolidarisés de leurs confrères pélagiques et bolincheurs (pratiquant non pas au chalut, mais à la senne tournante sur les frayères).
    Ainsi peut-on lire dans Le Télégramme de Brestdu 13 mars :
    “Après les bolincheurs, il y a quelques jours, c’est au tour des chalutiers pélagiques d’être montrés du doigt. Les ligneurs du Nord-Finistère les accusent d’aller taper dans les bancs qui se forment durant la période de frai. Cette pêche n’est pas illégale.
    Chaque chalutier pélagique (ils travaillent en paires pour tirer le chalut) est autorisé à débarquer 5 tonnes par bateau et par semaine.
    Le problème, c’est qu’une paire a débarqué 10 tonnes samedi dernier, et 10 tonnes le lundi, donnant ainsi l’impression que la règle des 5 tonnes par bateau et par semaine était respectée.
    Nous sommes persuadés que ce poisson a été pêché pendant la même marée. Ce qui serait illégal. La preuve, le lundi, le poisson n’était plus très beau. Il est parti à un prix très bas.” Selon les ligneurs, plusieurs chalutiers (de Lorient et de La Turballe) travailleraient en ce moment au large du Nord-Finistère. “En ce qui nous concerne (les ligneurs, ndlr),nous respectons scrupuleusement le repos biologique du bar. Ces dernières semaines, nous l’avons laissé frayer. Nous ne reprendrons la pêche que début avril. Dans le même temps, de gros bateaux en profitent pour faire du chiffre. Que va-t-il nous rester après leur passage ?” Un signalement a été effectué auprès de la direction régionale des pêches maritimes, qui a assuré les ligneurs que des contrôles seraient effectués. “Récemment, à Cherbourg, des pélagiques ont été contrôlés avec 22 tonnes de bar à bord. Des abus sont commis, il faut les sanctionner”, ajoutent les ligneurs.

    Stripped bass

    Aux Etats-Unis le “stripped bass” (bar rayé) est classé “game fish” et, à ce titre, interdit à la pêche industrielle. Seules la pêche artisanale (très réglementée) et la pêche récréative sont autorisées


    La France est aujourd’hui montrée du doigt dans toute l’Europe, même les pélagiques espagnols restent à quai deux mois pendant la période de frai. Des subventions européennes leur sont versées mais, au moins, la ressource n’est pas détruite. Cette solution a été proposée au Comité national des bolincheurs et pélagiques français. Leur réponse : “Nous ne sommes pas des mendiants, nous voulons vivre de notre travail et ne pas rester à quai.” En dehors de cet excès de fierté nationale, les observateurs qui ont assisté aux déchargements “sauvages” hors criée (apparemment la majorité, durant cette période) sont persuadés, compte tenu des tonnages réalisés, et surtout de leur dépassement généralisé, que cette pêche est très rentable.

    Vingt-deux tonnes (pour les deux chalutiers de La Turballe arraisonnés), même au prix de retrait ou en dessous, pour les excédents de quotas, cela fait encore beaucoup d’argent pour l’armateur et l’équipage. Remarquons ici que c’est d’ailleurs, à notre connaissance, bien la première fois depuis plus de quinze années que dure ce pillage systématique des frayères de bars qu’un arraisonnement par la gendarmerie maritime a été effectué. Il semblerait que ce soit sous la pression de la Commission de pêche européenne que ce contrôle de Cherbourg a eu lieu. Car, il faut bien le dire ici, le ministère français de l’Agriculture et de la Pêche ne veut surtout pas “provoquer” de quelque façon que ce soit une profession dont on connaît les réactions de violence exacerbées (incendie du Parlement de Bretagne, saccage du Pavillon de la marée à Rungis, opérations musclées dans les grandes surfaces, invectives et injures à l’encontre du chef de l’Etat, blocage des ports ou du trafic transmanche, etc.). La politique “officieuse” de la France semblerait être de laisser la filière pêche en Manche et en Atlantique disparaître progressivement dans les cinq à six années à venir (peut-être même, avant, disent certains biologistes des pêches), quand il n’y aura plus rien à pêcher. L’Etat versera des primes de reconversion, des aides, des subsides et autres mannes dont il sait saupoudrer, quand nécessaire, les professions “à risque”. Il faut savoir qu’actuellement l’Etat français préfère, avec l’argent du contribuable, payer des amendes record à Bruxelles (76 millions d’euros dans l’affaire des merluchons, on ne sait pas encore combien pour la morue..) plutôt que de faire appliquer les directives et règlements communautaires en matière de pêche. Et que dire des 100 millions d’aide allouée aux marins-pêcheurs à l’automne dernier pour réduire leur facture gas-oil, aide d’ailleurs déclarée illégale par Bruxelles, mais qui fut tout de même touchée (alors que le prix du pétrole a connu depuis la chute que l’on sait), sans parler des exemptions de charges sociales accordées aux patrons pêcheurs… Pour terminer, nous laisserons la parole au sénateur Marcel Cléach qui, dans un rapport très bien documenté, publié en décembre 2008 (regrettons simplement que n’y soit absolument pas évoqué le potentiel touristico-économique et social de la pêche récréative), constate que “dans le cadre européen, les pêcheries hexagonales paraissent en particulière difficulté.

    La pêche française ne fournit plus que 15 % de la consommation nationale. Cette situation entraîne un haut niveau d’aides publiques qui conduit à s’interroger sur la pertinence de les maintenir : plus de 800 millions en intégrant les soutiens sociaux, plus si l’on intègre les aides conjoncturelles liées à la hausse du gas-oil à comparer au 1,1 milliard de chiffre d’affaires à la première vente en 2004. D’autres pays européens ont fait le choix de l’abandon du secteur, d’autant que l’importation est compétitive et pourvoit aux besoins du marché.” Si c’est un rapport parlementaire qui le dit…

  • Le « paradoxe » de la Loue

    Le « paradoxe » de la Loue

    Le “paradoxe” de la Loue Presque un an après le naufrage de la Loue, dévastée par les cyanobactéries toxiques, les services de l’Etat ont publié plusieurs rapports officiels et concluent à un état écologique convenable de la célèbre rivière. Difficile d’évaluer quelle est la part de mauvaise fois et d’incompétence dans cette affaire, qui démontre de façon dramatique quel sort l’administration réserve à tous les cours d’eau français.

    Par Philippe Boisson

    Paradoxe Loue

              Les journaux halieutiques parlaient beaucoup de la Loue avant le drame du printemps 2010, ce qui avait tendance à agacer certains lecteurs qui pêchent loin du Doubs. Qu’ils nous pardonnent de remettre le couvert en cette période de crise, car l’exemple de la célèbre rivière est une excellente occasion d’observer la façon de travailler des services de l’Etat, méthode qui s’applique au niveau national. Ainsi la Loue, symbole biologique il y a peu, est passée en quelques mois au statut de désert aquatique. Depuis le redoutable épisode de mortalité des populations de poissons dont nous avons beaucoup parlé au cours des précédents numéros, les services de l’Etat ont présenté le 4 novembre une synthèse de toutes les investigations réalisées cette année concernant ce qui est présenté comme une énigme, sinon comme un paradoxe. En effet, les services administratifs ne comprennent pas comment, dans cette rivière qui a vu sa biomasse pisciaire s’écrouler en quelques mois, les analyses sont – selon eux – bonnes au point de se laisser aller à écrire ceci : “L’ensemble des compartiments biologiques permet de conclure à un bon voire très bon état de la Loue au sens de la DCE sur le secteur concerné.” La DCE, parlons-en…

           La directive cadreeuropéenne sur l’eau (réf. : 2000/60/CE) oblige les Etats membres de la Communauté européenne à atteindre un “bon état écologique” des milieux aquatiques et des bassins versants pour 2015.Cette directive impose des seuils qui relèvent de la chimie, de la biologie et de la physique avec trois composantes majeures qui sont la physico-chimie, l’écologie et l’hydromorphologie. Dans un délai maximal de neuf ans suivant la date d’entrée en vigueur de la directive, chaque district hydrographique (certains étant internationaux) doit produire un “plan de gestion” s’appuyant sur l’état des lieux (résultats des analyses et études de la phase I). 

    La Loue

    Pour ne pas s’opposer aux agriculteurs, pour échapper aux amendes et aux astreintes financières imposées par la DCE, l’Etat cherche par tous les moyens de faire passer le drame des rivières comtoises sur le dos des conditions climatiques et autres causes naturelles.


    Ce plan de gestion doit être en mesure de : 

    – prévenir la détérioration, améliorer et restaurer l’état des masses d’eau de surface, atteindre un bon état chimique et écologique de celles-ci, ainsi que réduire la pollution due aux rejets et émissions de substances dangereuses, 

    – protéger, améliorer et restaurer les eaux souterraines, prévenir leur pollution, leur détérioration et assurer un équilibre entre leurs captages et leur renouvellement, 

    – préserver (restaurer le cas échéant) les zones protégées.

                   Un délai de quinze ans (à partir de l’entrée en vigueur de la directive) est prévu pour atteindre les objectifs de bonne qualité écologique, avec des dérogations possibles dans des conditions précisées par la directive. Une pollution accidentelle temporaire de l’eau ne sera pas retenue comme infraction à la directive si elle était imprévisible, induite par un accident, une causenaturelle ou un cas de force majeure.Dans le cas où le bon état écologique ne serait pas atteint, les Etats devront payer des pénalités. L’Etat français, cancre au niveau européen en matière de protection de l’environnement, est dans le collimateur de la Commission européenne. Le risque d’un contentieux communautaire sur les nitrates existe en Bretagne : suite à la saisine de la Cour de justice des Communautés européennes du 21 mars 2007, la France encourait 28 millions d’euros de pénalités immédiates et 117 000 euros d’astreinte par jour.En raison de la proposition d’un plan d’action “Nitrates”, la Commission européenne a renoncé à son recours. Le prix de ce plan est de 86 millions d’euros, mobilisables sur cinq ans afin de ramener à la norme le taux en nitrates des eaux de neuf bassins versants. La France encourt toujours une condamnation qui pourrait tomber avant la fin de cette année. Dans l’affaire de la Loue, le discours du préfet du Doubs, en parfaite harmonie avec celui du directeur général de l’Office national de l’eau et des milieux aquatiques (Onema), évoque un malheureux concours de circonstances qui implique plusieurs causes naturelles, parmi lesquelles le manque de pluie, la forte chaleur dès le mois d’avril et une forte luminosité, qui seraient à l’origine d’un développement exceptionnel de cyanobactéries tueuses, responsable de la disparition de plus de 80 % des poissons adultes de la haute et moyenne Loue.

                   Il faut prêter une oreille attentive à chaque mot des déclarations officielles en pareil cas. En effet, les pénalités ne s’appliquent pas lorsque les causes d’un mauvais état écologique sont dues à des causes naturelles… Clairement, l’Etat cherche par cette pirouette à se dédouaner de la DCE. Par la même occasion, cela leur permet de ne pas s’opposer à l’agriculture et ses épandages qui recouvrent littéralement la Franche-Comté à la fin de l’hiver, et qui sont en grande partie responsables de ce désastre. Ce comportement est tout simplement honteux. Les analyses physico- chimiques officielles sont étonnement “raisonnables” en ce qui concerne la Loue. Pourquoi ? Le débat touche le protocole d’analyse. Selon les agents de l’administration interrogés, les avis divergent sur la nature des prélèvements.D’une part, la présence de nitrate fluctue régulièrement en fonction d’un nombre important de facteurs.D’autre part, un prélèvement en eau libre ne révèle pas les mêmes taux qu’un échantillon provenant d’une zone morte asphyxiée par les algues vertes. Cela soulève une autre question. Les analyses ponctuelles suffisentelles à révéler la présence ou l’absence de tel ou tel polluant ? La plupart des spécialistes indépendants consultés (hydrobiologistes notamment et personnel de l’Onema) sont unanimes pour émettre des réserves à propos de ce protocole. Ces mêmes spécialistes admettent tous qu’un contrôle en continu serait beaucoup adapté.L’Agence de l’eau de Picardie dispose depuis peu d’un laboratoire mobile qui permet de faire des analyses sur une période de plusieurs semaines. Ce type de matériel serait très utile pour comprendre le (faux) paradoxe de la Loue. Cela éviterait à l’administration d’écrire des inepties et à cette pauvre rivière de mourir définitivement, “protégée” par ses bourreaux. Le “paradoxe” de la Loue n’est pas celui que veut nous faire gober l’administration. Ce serait plutôt celui qui les pousse à protéger l’environnement en faisant exactement le contraire.

    Loue pêche electrique

    Cet été (ici en aval d’Ornans), les agents de l’Onema ont eu bien du mal à trouver des poissons adultes dans la Loue. Le résultat de cette pêche électrique confirme la rumeur. Environ 90 % des poissons adultes sont morts en quelques mois.

    Nous publions ici deux extraits des rapports officiels de l’Onema et de la Mission inter-service de l’eau (Mise) rendus publics début novembre.

    • Onema.

     Etude de la qualité piscicole sur quatre stations de la Loue Les inventaires quantitatifs réalisés au mois de juillet 2010 sur quatre stations de la Loue avaient pour objet d’évaluer l’état des peuplements de poissons de cette rivière. Ces inventaires réalisés selon le même protocole que l’étude de 1998-1999 permettent une comparaison des données. Les deux campagnes ne constituent pas et ne remplacent pas une série chronologique de données sur les mêmes stations et ne permettent pas de prendre en compte les variations inter-annuelles naturelles rencontrées sur ce type de cours d’eau ainsi que les variations dues à l’échantillonnage. Il s’agit de deux “photographies” instantanées des peuplements à dix ans d’intervalle. Outre la réactualisation de l’état de connaissance des peuplements piscicoles sur quatre stations de la Loue, l’objectif était de tenter d’identifier quantitativement l’impact des mortalités observées au printemps 2010, indépendamment de la dynamique naturelle des populations et de la variabilité instrumentale liée à l’échantillonnage. L’analyse des données et des investigations complémentaires ont été réalisées d’août à octobre 2010. Les principales conclusions de l’étude de la qualité piscicole sur la haute Loue sont résumées ci-après. 

    Ce que l’analyse des données permet de dire 

    • Truites 

    De façon générale, par rapport à 1998-1999, la truite a régressé sur toutes les stations d’étude. La régression est significative sur la station de Mouthier-Haute-Pierre tant en nombre de poissons qu’en poids total. Elle est forte sur les masses de truites à Ornans et très forte sur la station de Cléron, elle est également significative sur la station de Lombard. La présence de truites reste loin du potentiel de ce type de cours d’eau tant en masse qu’en nombre. On retiendra qu’en termes de poids total, sur les stations de Cléron, d’Ornans et de Lombard, la truite ne présente environ que 20 à 25 % du potentiel que la rivière peut accueillir sur ces secteurs. De faibles succès de reproduction sont constatés pour la truite, avec des densités d’alevins de l’année bien en deçà de ce que pourrait produire ce type de milieu. Ces faibles densités pourraient également être imputables à des mortalités anormales de cette classe d’âge.

    • Ombres 

    Par rapport à 1998-1999, les populations d’ombres communs ont moins régressé que celles de truites. Les densités d’ombres sont comparables sur Cléron, elles sont en régression sur les autres stations. En termes de masses de poissons, la tendance est différente, avec une augmentation à Mouthier et Cléron et un net déficit sur Ornans et Lombard (– 80% du potentiel théorique).

    • Autres espèces Concernant les autres espèces, notamment les petites espèces (chabot, vairon, loche…), l’étude montre qu’il n’y a pas de différence significative pour le chabot entre 1998-1999 et 2010 et que cette espèce, en dehors de la station de Mouthier-Haute- Pierre, se trouve dans une situation conforme à la capacité théorique du milieu. Il est à noter que les densités numériques ont diminué depuis les années 1970 et que la population des jeunes de l’année est faiblement représentée en 2010. Pour ce qui est des loches franches et des vairons, on notera surtout la baisse sur la station de Cléron pour les deux espèces. Cependant, cette information est à prendre avec certaines réserves, étant donné les faibles efficacités de pêche. L’impact des mortalités piscicoles observées au printemps 2010, notamment sur les secteurs d’Ornans et de Cléron, met en exergue une détérioration du peuplement piscicole déjà diagnostiquée en 1999. En effet, des modifications des peuplements sont observées par rapport au référentiel, mais aussi par rapport à la structuration observée dix ans auparavant.On observe également une érosion des densités de poissons depuis les années 1970.
    Par rapport à l’étude de 1999, les stations choisies comme témoins vis-à-vis des mortalités de 2010 présentent des altérations et des déficits (truites, à Mouthier notamment). Cela rend difficile l’imputation de la régression de certaines espèces aux seules mortalités observées au printemps 2010.

    • Rapport officiel de la Mission inter-services de l’eau Les notes concernant l’analyse détaillée des résultats physico-chimiques et hydrobiologiques d’où sont extraites ces conclusions seront prochainement disponibles sur le site Internet www.doubs.equipement.gouv.fr 

    Contexte et problématique

     La Loue a fait l’objet, de sa source jusqu’au secteur de Quingey, durant le printemps 2010, de phénomènes de mortalité piscicole, accompagnés de proliférations de cyanobactéries qui ont perduré jusqu’en été. Une analyse des données physico-chimiques ainsi qu’une étude des différents compartiments biologiques de la rivière (diatomées, macrophytes et macroinvertébrés benthiques) ont été menées afin de suivre l’évolution de la qualité spatio-temporelle du cours d’eau et ainsi d’appréhender l’existence d’un dysfonctionnement éventuel de l’hydrosystème. Les données physico-chimiques correspondent à deux stations de la Loue appartenant au réseau de contrôle de surveillance de la DCE : Mouthier-Haute- Pierre et Chamblay (située dans le Jura, à quelques kilomètres de la limite départementale).Les données hydrobiologiques concernant les diatomées, les macrophytes et les macro-invertébrés, sont issues de deux stations de mesure existant sur le secteur concerné : Mouthier- Haute-Pierre (appartenant au réseau de contrôle de surveillance de la DCE) et La Piquette à Châtillon-sur- Lison (appartenant au réseau de sites de référence de la DCE). Cette dernière station n’est plus suivie depuis 2007, date de fin du suivi du réseau de sites de références ; toutefois, des analyses de macro-invertébrés ont été menées par la DREAL cet été 2010 afin de disposer de données comparatives.Des données plus anciennes ont également été étudiées pour le compartiment macro-invertébrés (données patrimoniales de 1973 à 1984 et de 1990 à 2006) afin de suivre l’évolution emporelle de la qualité de la rivière.Données physico-chimiques. Les résultats (non validés) des analyses physico-chimiques réalisées au cours de l’année 2010 sur la station de Mouthier-Haute- Pierre dans le cadre du RCS(réseau de contrôle de surveillance) permettent de compléter le diagnostic réalisé en juin 2010. En ce qui concerne les macropolluants (fréquence d’analyse bimensuelle), les résultats obtenus au cours des quatre premières campagnes de l’année confirment le très bon état des eaux vis-à-vis des paramètres ammonium, nitrites, phosphates, phosphore total, DBO, carbone organique. Les teneurs en nitrates, comprises entre 5,3 et 7,9 mg/l, restent du même ordre de grandeur que les années précédentes.Direction régionale de l’environnement de l’aménagement et du logement Franche-Comté Besançon, le 2 novembre 2010 Sur les 250 à 300 molécules de pesticides dosées dans l’eau en 2010 (fréquence mensuelle ou trimestrielle), aucune n’a été quantifiée entre janvier et août.
    Les métaux sur eau (fréquence trimestrielle) sont soit non quantifiés, soit inférieurs à la limite guide de bon état.Les 41 substances de l’état chimique sont suivies de façon mensuelle en 2010.On observe une quantification uniquement pour cinq molécules de HAP lors d’une seule campagne, sans dépassement des valeurs maximales admissibles. La concentration moyenne reste à évaluer. Pour les autres micropolluants organiques suivis (100 à 170 molécules), on observe une quantification de molécules seulement pour une campagne sur les huit menées pour quatre molécules de HAP, et l’EDTA, mais qui demeurent en bonne qualité, selon les valeurs guides, pour quatre de ces molécules et en qualité moyenne pour une molécule de HAP. L’analyse des données physico-chimiques de l’année en cours ne met donc pas en évidence de dysfonctionnement flagrant sur cette station. Les mêmes analyses sont réalisées sur la station de Chamblay sur la Loue dans le Jura. Les résultats obtenus donnent la même image que celle obtenue à Mouthier-Haute-Pierre, à savoir un très bon état pour les macropolluants (nitrates compris entre 2,4 et 8,9 mg/l), pas de quantification des pesticides, une absence de contamination par les métaux sur eau, une quantification pour quatre HAP sur la liste des 41 substances dangereuses, sans dépassement des valeurs maximales admissibles, et pour quatre HAP et deux autres molécules dans la liste des micropolluants organiques autres. Sur ce secteur de la Loue, situé plus en aval du secteur affecté par les mortalités piscicoles du printemps 2010, on ne met donc pas non plus en évidence de problème lié aux paramètres mesurés lors des campagnes de suivi réalisées. 

    Données hydrobiologiques, résultats et conclusions • Diatomées Sur la station de Mouthier- Haute-Pierre, les notes IBD attestent d’un milieu en bon état (année 2005) à très bon état (année 2006 à 2010) au sens de la DCE. Le peuplement est diversifié et dominé par des espèces sensibles à la pollution, et ne témoigne d’aucune perturbation particulière. La note de 20 et la composition du peuplement obtenues en 2010 (prélèvements réalisés en juillet) sont conformes aux résultats des années précédentes. Sur la station de La Piquette, les notes IBD obtenues de 2005 à 2007 attestent d’un milieu aquatique en bon état au sens de la DCE. Le peuplement présentait alors une cohabitation d’espèces exigeantes et d’espècesrésistantes, qui démontrait la présence d’un léger excès en matières organiques.
    • Macrophytes Les notes IBMR obtenues à Mouthier-Haute-Pierre de 2008 à 2010 correspondent à un milieu peu affecté par les pollutions (niveau trophique faible). Le peuplement est stable dans le temps et la présence d’espèces très sensibles à la pollution démontre que le milieu est de bonne qualité. Il faut toutefois noter la présence massive de l’algue verte Vaucheria sp en 2010, qui progresse depuis 2008. A La Piquette, les notes IBMR obtenues de 2007 à 2009 reflétaient un milieu enrichi en éléments nutritifs (niveau trophique moyen), comme en témoignait aussi la présence d’espèces peu exigeantes, voire polluorésistantes.
    • Macro-invertébrés benthiques A Mouthier-Haute-Pierre comme à La Piquette, les notes IBGN obtenues depuis 1992 attestent d’un très bon état au sens de la DCE. Les notes varient peu dans le temps, la variété taxonomique et le groupe faunistique indicateur sont globalement élevés. Les notes obtenues en 2010 (18 à Mouthier-Haute- Pierre et 19 à La Piquette) sont conformes à celles des années antérieures et ne témoignent d’aucune évolution notable dans le peuplement. L’analyse détaillée des peuplements montre que des taxons polluosensibles tels que les grands plécoptères (Perlidae, Perlodidae) sont collectés régulièrement.Le peuplement apparaît stable au cours du temps, la quasi-totalité des genres collectés en 1973 sont retrouvés actuellement.
    Conclusions La synthèse des données résultant de l’ensemble des compartiments biologiques permet de conclure à un bon, voire très bon, état de la Loue au sens de la DCE sur le secteur concerné.L’étude des compartiments végétaux (macrophytes et diatomées) met en évidence un hydrosystème de bonne qualité avec toutefois un enrichissement en matière organique souligné par les macrophytes au niveau de La Piquette.L’analyse du peuplement macro-invertébrés permet également de conclure à une bonne qualité de l’eau sur ce secteur de la Loue mais aussi à une qualité habitationnelle élevée permettant d’abriter une faune diversifiée. L’analyse poussée met en évidence un peuplement stable et équilibré dans le temps.Suite au rapport de la Mise, l’associationLoue Vive a lancé une campagne d’information destinée au grand public sur les causes et les remèdes qui permettraient de voir la situation s’arranger.
    • Au chevet de la Loue C’est grave docteur ? Oui, en avril et mai 2010, des mortalités très importantes de poissons ont été constatées de Lods à Quingey. Pas seulement les truites et les ombres, qui font la réputation de cette rivière pour les pêcheurs, mais aussi les espèces discrètes comme la loche, le chabot ou le blageon.Quelle est l’origine de cette maladie mortelle ? Les analyses de poissons, de l’eau et du substrat ont montré la présence d’algues bleues, les cyanophycées, dont certaines espèces, comme Oscillatoria, contiennent des toxines du système nerveux et du foie.Pourquoi cette crise a-t-elle eu lieu au printemps ? Les eaux basses, l’ensoleillement, la température ont favorisé le développement de ces algues bleues qui prolifèrent à partir des nitrates et des phosphates présents en excès dans l’eau.