Étiquette : poissons-nageurs

  • Lire une boîte de leurres

    Lire une boîte de leurres

    À pêche universelle, langage universel ! La pêche aux leurres est souvent mal comprise des pêcheurs français en raison des nombreux termes anglophones qui la régisse. Les produits étant pour la plupart importés du Japon, nous avons de la chance si les notices des boîtes de leurres ne sont pas rédigées en japonais (c’est toujours le cas pour certaines !). L’anglais s’impose donc pour toutes les exportations sur l’Europe et le reste du monde. Un petit lexique s’avère donc bienvenu pour mieux comprendre les indications mentionnées sur les boîtes de leurres, ainsi que les termes utilisés naturellement par les spécialistes de cette technique.

    Crankbait : leurre flottant mais muni d’une bavette plus ou moins longue et plus ou moins inclinée qui lui permet rapidement d’atteindre sa profondeur de nage (0 à 3 m en moyenne et jusqu’à 6 ou 9 m). Son appellation “crank” , vient de manivelle, car leur récupération s’effectue en moulinant régulièrement. Le fait qu’ils soient flottants permet de casser la récupération en effectuant des pauses. Contrairement à une idée reçue, les cranks ne s’accrochent que très peu car leur bavette sert de butoir pour les faire pivoter autou ou rebondir dur les obstacles (bois, rochers)

    DD : deep diving (plongeur profond).

    F : floating, leurre flottant.

    Jerking : action d’animer un leurre de façon franche mais irrégulière. Terme ici inspiré d’une danse, le jerk. Autre définition : Jerk signifie “secousse, soubressaut, spasme” ce qui peu aussi traduire le comportement que prend le leurre sous les à-coups du scion. On retrouve ça dans la façon de danser le… jerk bien sûr.

    Jerkbait : poisson nageur conçu pour être animé en jerking.

    Jerking : animation d’un leurre par coups de scion irréguliers. La position de la canne peut être variable.

    Lipless
    : littéralement sans lèvres, mais qui signifie sans bavette dans le cas des leurres. Il existe des lipless crankbait, à lancer et ramener pour les faire vibrer fortement, et des lipless minnows plus effilés qu’on peu animer d’à-coups ou ramener lentement en linéaire pour obtenir une nage chaloupée très discrète.

    Longbill : longue bavette. Dote les poissons nageurs qui vont pêcher en profondeur.

    Stick bait
    : littéralement “appât bâton” en raison de la forme du leurre.

    SP : suspending. Le leurre dont la densité est identique à celle de l’eau et qui reste en suspension dans la couche d’eau lorsqu’on arrête sa récupération.

    S
    : sinking : leurre coulant.

    Twitching
    : animation d’un leurre par coup de scions réguliers canne basse.

    Hard swim bait et soft swim bait :
    leurre dur nageant et leurre souple nageant. Ces leurres sont articulés souvent en deux ou trois parties. Leur nage est des plus vivantes.

    Swimbait : ou swimming bait. Leurres souples en PVC, silicone, élastomère avec, ou sans, partie rigide en ABS ou en bois. Équipés de bavette, ou de palette caudale, certains sont articulés mais tous ondulent comme de vrais poissons. Conçus pour être ramenés de manière continue, il ne sont pas faits pour être animés d’à-coups.

    Walking the dog
    : animation particulièrement efficace avec les stickbaits et les jerkbaits. Avec un léger mou dans la bannière et en coordonnant la récupération du moulinet et les à-coups du scion, maintenu, au ras de la surface on parvient à faire zigzaguer merveilleusement ce type de leurre. L’ampleur des zigzags dépend de la cadence des à-coups : rapide = zigzags serrés, lente = zigzags plus larges.

    Wobbling : littéralement vacillation. Caractérise le frétillement d’un leurre (crankbait, minnow).

  • Poisson-nageur : du rôle des billes

    Poisson-nageur : du rôle des billes

    Stabilité au lancer, émission de sons de haute ou de basse fréquence, amélioration de la nage, les leurres à billes ne sont pas le fruit du hasard, mais naissent des mains de spécialistes opérants comme de véritables génies. Explications, pour ne plus jamais regarder un poisson nageur comme un vulgaire pastiche.

    Par Alban Choinier

    Améliorer les distances de lancer

    Les premiers poissons nageurs mis au point par un génial pêcheur finlandais étaient plutôt destinés à effectuer leur dure besogne tractés derrière un bateau. Ces leurres avaient été pensés pour nager sous l’effet d’une traction, et non pas pour être lancés. D’autant plus que le matériel n’avait pas atteint de niveau de perfectionnement actuel. Les poissons nageurs en bois ont la densité de leur matériel de construction. Le centre de gravité est souvent situé au centre du leurre, ce qui a pour désagréable effet de le faire tournoyer en l’air pendant le lancer. La résultante est une perte de précision et de distance. Pour améliorer tout cela, des ingénieurs japonais ont imaginé un subterfuge : modifier le centre de gravité. Les billes font alors leur apparition. Placées dans le tiers arrière, dans le cas des leurres de surface, les billes apportent du poids vers le cul du piège et modifient ainsi le centre de gravité. Le leurre part comme une fusée sans tourner. Pour les poissons nageurs, le problème est un peu différent. Pour nager correctement, le centre de gravité doit être vers le centre du leurre, alors qu’il doit être vers l’arrière pour le lancer. La solution a été trouvée en plaçant une ou plusieurs billes sur un rail, avec la possibilité pour elles de passer du milieu vers l’arrière. Pendant le lancer, elles coulissent vers l’arrière et, lors de la récupération, elles regagnent bien sagement leur place au centre du corps. Ces billes destinées à améliorer les distances de lancer sont rarement très bruyante. Le son qu’elles produisent est souvent sourd, du fait de leur masse.


    Déclencher la curiosité ou l’énervement

    Les poissons, en règle générale, et surtout les carnassiers, sont très curieux. Les bruits provoqués par des leurres à bille amènent des poissons à se déplacer sur des distances considérables. Les billes destinées à faire du bruit sont souvent en verre ou en laiton. Placées dans des loges spécifiques (souvent dans la tête du leurre), elles n’existent que pour s’entrechoquer. Les poissons n’attaquent pas obligatoirement les leurres pour se nourrir. Ils peuvent être dérangés par le bruit assourdissant d’un leurre à bille et l’attaquer par agressivité. N’ayant pas de mains (!!!), il leur arrive quelquefois de suivre un leurre et de le prendre dans la gueule pour vérifier la nature de l’élément perturbateur, ce qui leur réserve souvent une drôle de surprise.

    Améliorer la nage

    Certains leurres ont une bille, d’un poids souvent considérable, placée au niveau du “ventre’’ sur un rail perpendiculaire au sens de la nage. Cette bille se déplace donc dans le sens de la largeur, et non pas de la longueur. À chaque mouvement du poisson nageur, la bille passe d’un côté à l’autre en modifiant à chaque fois la répartition des masses. L’effet “rolling’’ est plus accentué. Pour faire simple, le poisson nageur concerné a tendance à balancer fortement sous l’effet des coups de scion.


    À consommer avec modération

    Les leurres à billes provoquent une réaction particulièrement positive sur absolument tous les prédateurs, que ce soit des truites, des brochets, des black-bass ou des bars. Les poissons qui n’ont jamais eu l’occasion d’entendre des leurres bruiteurs réagissent au quart de tour. Par contre, même s’ils ne sont pas doués d’intelligence, les poissons développent une sorte de méfiance. Sur les zones où des leurres bruiteurs sont systématiquement mis à l’eau, et ce, depuis un certain temps, les poissons commencent à les éviter. Fort heureusement, d’une année à l’autre, les poissons oublient et les lieux sur-pêchés de cette manière ne sont pas non plus légion.

    Quelle sonorité pour quel poisson ?

    On peut classer très grossièrement les leurres bruiteurs en deux catégories, ceux à sonorité grave et ceux à sonorité aiguë. Aussi surprenant que cela puisse paraître, le son du leurre a une réelle importance. N’ayant aucun don pour la voyance, je ne m’aventurerais pas dans des pronostics hâtifs. Sans aucune raison apparente, il arrive certains jours que les poissons refusent systématiquement les leurres à sonorité aiguë pour prendre ceux au son grave. Fort de votre constatation, vous arrivez sur le même poste le lendemain avec le leurre qui vous a porté chance pour vous apercevoir que le son ne leur plaît plus. Ils veulent cette fois-ci de l’aiguë. En fait, c’est bien souvent à n’y rien comprendre. En eau douce, le black-bass est un spécialiste de ce genre de comportement déroutant. En mer, le bar peut certains jours rendre fou n’importe quel pêcheur. J’ai à ce titre une anecdote assez représentative. J’avais modifié au cours d’une longue journée d’hiver un de mes leurres de surface. En perçant un petit trou dans la tête de mon leurre et en le rebouchant avec de la résine, j’avais ôté des billes en verre destinées à l’origine à créer un son. Nous pêchions le bar du bord avec deux amis. Les bars suivaient nos leurres sans jamais les prendre. Le leurre le plus attractif était justement une version normale du leurre que j’avais modifié. J’ai changé mon leurre d’origine pour exactement le même leurre, mais sans les billes en verre. J’ai fait ce jour-là une pêche magnifique, alors que mes deux collègues continuaient à s’arracher les cheveux. Il arrive aussi certains jours que les leurres silencieux donnent les meilleurs résultats !


    Eau vive ou eau calme ?

    En matière de son, il existe quand même une vérité applicable aussi bien en mer qu’en eau douce. Plus le milieu aquatique est remuant, plus les leurres sonores vont être efficaces. Si vous pêchez dans les chutes d’un barrage ou dans la mousse du ressac, un poisson nageur très bruyant sera nécessaire pour se différencier du bruit ambiant. Ceux d’entre vous qui ont eu l’occasion de faire de la plongée sous-marine savent de quoi je parle. À l’inverse, si la mer est d’huile ou si vous pêchez dans un lac très calme, préférez des leurres assez discrets. Dans ce cas précis, trop de bruit peut produire l’effet inverse à celui recherché… sachant que l’exception confirme la règle ! La prochaine fois que vous aurez un poisson nageur dans la main, secouez-le et essayez d’analyser le rôle des billes et leur sonorité. Vous allez vite vous apercevoir si elles sont destinées à améliorer les distances de lancer, à faire du bruit ou les deux à la fois. Ou si, comme dans certains leurres bas de gamme, elles ont été emprisonnées n’importe où pour faire plaisir au pêcheur !