Étiquette : Piccin

  • Un film français récompensé dans le Montana

    Un film français récompensé dans le Montana

    Jean-Pierre et Kathleen Piccin, collaborateurs réguliers de notre
    revue, ont reçu le Bronze Trout Award à l’occasion du 4e festival de
    films de pêche à la mouche organisé par Winston Rod, la marque bien connue des
    moucheurs américains. Le film est une plongée au cœur de l’Afrique
    éternelle : éléphants, girafes et ces imposants poissons tigres que nos
    moucheurs globe-trotters séduisent à la mouche. Bienvenue au Bostwana, suivez
    les guides et surtout bon film !

  • Voyage de pêche : rendez-vous en mer inconnue

    Voyage de pêche : rendez-vous en mer inconnue

    Prologue.

    Automne 2011. La saison de pêche dans l’hexagone se terminant, rien de mieux pour se remonter le moral que de prévoir les prochains projets de voyage de pêche. C’était de cela qu’on discutait lorsque notre ami Stéphane s’est étonné qu’on ne soit jamais allé au Honduras, car un de ses amis y faisait régulièrement de très belles pêches. Je savais que le coin était bon pour la pêche au gros, mais n’avais jamais entendu parler d’autre chose. Une dizaine de jours plus tard nous retrouvâmes et remerciâmes Stéphane pour son « tuyau » en lui disant que tout était déjà programmé pour aller pêcher sur l’île de Roatan. Surpris, il nous dit que ce n’était pas sur cette île que son ami allait pêcher… « ça commence bien par un « R » dit-il en réfléchissant « – mais c’est Los … Los … »
    « – Los Roques ? » je lui réplique en rigolant.
    « – Oui c’est ça ! C’est bien ça, il va à Los Roques, j’en suis sûr ! » poursuit-il.
    D’accord on s’est juste trompé de quelques milliers de kilomètres, car Los Roques est au Venezuela mon cher Stéphane !

    Par Kathleen & Jean-Pierre PICCIN

    C’est ainsi que quatre mois plus tard, nous voilà en train d’admirer le lever du soleil embrasant l’horizon des tropiques. Pluie ou vent en perspective se dit-on, mais le suspens ne dure pas :  une avalanche d’eau nous tombe dessus. La mine grise nous rejoignons Michael, notre guide tout sourire : « C’est super aujourd’hui ! Vous allez voir, il n’y a rien de mieux pour aller pêcher le tarpon ; Et en plus vous avez beaucoup de chance car on va pouvoir pêcher la marée montante et descendante ! Great ! »
    Je me souviens d’avoir eu des guides qui se lamentaient au moindre nuage, mais ici on ne peut avoir qu’une pêche d’enfer en voyant ce gamin si optimiste devant des éléments déchaînés !  Engoncés dans nos impers, capuche protégeant les yeux, trempés jusqu’aux os, têtes baissées, nous nous plongeons sans rien voir dans la tourmente. Quinze minutes de saute mouton et le bateau ralentit. Osant enfin relever nos visières nous entrevoyons un petit village lacustre qui se rapproche de nous : une dizaine de maisons, aux couleurs chatoyantes, les pieds dans l’eau et adossées à une colline à la végétation impénétrable. Nous arrivons à Helene en nous dirigeant dans ce que l’on pourrait appeler une cour intérieure entre deux habitations, sauf qu’ici elle est immergée et occupée par deux bateaux, les seuls moyens de transport des habitants. En effet, comme beaucoup de villages sur l’île, il n’y a pas de route et l’accès se fait uniquement par la mer .
    A peine le moteur arrêté, nous repérons immédiatement des marsouinages de baby tarpons. Je ne m’attendais à voir les poissons devant les terrasses des maisons ! Durant une bonne demi heure, cette cour, pas plus grande qu’une piste de cirque, se transforme en terrain de jeu ou de petits mais vaillants tarpons nous offrent un spectacle d’acrobatie du plus haut niveau au-dessus de l’eau.  Quelle merveilleuse mise en bouche pour débuter ce séjour !
    Le temps à notre bateau de faire un saut de puce et nous accostons dans un flat qui, au soleil aurait pu être magnifique… Mais qui sous ce ciel plombé ressemble à une belle esquisse dessinée à la mine de crayon. Sans trop y croire, nous avançons à petits pas sur un tapis d’herbe à tortue, mais quand même prêts à dégainer. Quelques pas pour se mettre « en jambes » et voilà déjà Michael canne tendue vers la surface de l’eau, immobile, à l’arrêt comme le ferait un chien de chasse devant une bécasse, qui nous montre un premier banc de bonefishs !
    Un lancer maladroit et ils s’évanouissent, comme effacés par un coup de gomme. Je pense alors que la pêche va être dure et qu’il ne faudrait pas trop gâcher de telles occasions. Mais, au moment où ces pensées me traversent l’esprit, Michael nous montre « à perpette » d’autres poissons impossibles même à deviner ! On passe ainsi durant une demi heure d’un banc à l’autre sans pour autant en pêcher un. A notre décharge il faut dire que nos yeux n’arrivant pas à pénétrer la surface opaque de l’eau, qu’il est impossible de voir le comportement des poissons et que nous devons absolument faire confiance aux directives de notre guide : « stripe doucement – accélère – stop – reprend – ferre ! » Plusieurs fois, ne sentant pas de « toc » je n’ai pas ferré pensant que si on peut admettre qu’il voie dans cette pénombre les poissons, il est impossible qu’il puisse suivre la mouche ! Après quelques lancers infructueux, je me décide à l’écouter et à la grande satisfaction de mon moulinet qui se met à chanter, mon premier bone me fait un sprint qui laisserait sur place des coureurs de 100 mètres. Si nous devions continuer ainsi, une canne blanche serait plus appropriée. Mais heureusement, le soleil vient à notre secours en pointant son nez et le flat reprend des couleurs. Tandis que je retrouve la vue et pars pêcher seul comme un grand, Katy qui s’escrime sur un banc finit par sortir le premier bonefish. Le moral est au beau fixe lorsque Michael me dit de me dépêcher de prendre la canne à permit car il en a vu deux à une centaine de mètres ! Sans nous presser, nous nous approchons de ces très beaux poissons qui se nourrissent bruyamment et frétillent de plaisir en tapant la surface de l’eau avec leur queue. C’est la situation parfaite pour essayer de les leurrer. Cela fait un bon quart d’heure que nous les poursuivons à petits pas. Ils sont enfin à portée de canne, mais sans rien dire, Michael me fait signe avec sa main d’attendre encore… Il veut que nous les contournions pour avoir le vent dans le dos et m’offrir ainsi un maximum de chance. Floc, floc, floc… Ils sont tout près, en train de faire du tailing et on pourrait presque entendre le bruits des carapaces des petits crustacés qui craquent sous leurs dents. Je peux enfin lancer !
    D’abord maladroitement, car le crabe accroché au bout de la ligne paraît être un boulet après les petites mouches utilisées jusqu’à présent. Puis, avec plus de précision, je lance sans les inquiéter juste à l’endroit où ils sont attablés en les invitant à goutter à mon amuse gueule. Rarement j’ai eu l’occasion de tenter ma chance et d’insister aussi longtemps avec des permits et c’est peut-être après un douzaine de tentatives que j’en vois un se diriger vers ma mouche. « Ramène vite. Arrête. Reprend doucement – Ok », me dit Michael. Le poisson n’est plus qu’à 7 à 8 mètres de nous lorsque j’entends « Ferre ! Ferre ! » Et comme d’habitude, n’ayant rien ressenti, bêtement, je n’en fais rien et je vois trois nageoires me saluer en s’éloignant à toute vitesse !  « Je l’ai vu prendre ta mouche et la recracher ! Sûr qu’il était pour toi, celui-la ! Pas de problème, on en trouvera d’autres ! » me dit Michael. Un petit repas au lodge et nous revoilà sur un autre flat où nous passons l’après-midi à croiser encore et encore des bancs de bonefishs qui se révèlent très malins (ou nous pas assez !) et pas du tout facile à leurrer. Heureusement pour nous que dans le nombre il y en avait un par-ci par-là, un peu plus affamé que les autres et qui venait jouer avec nous…
    La soirée qui suit permet de mieux connaître les propriétaires, de grand baroudeurs qui, loin des records de vitesse ont fait le tour du monde à la voile en six ans et regrettent de ne pas avoir assez traîné… Grands respectueux de la nature, ils ont équipé le lodge de panneaux solaires et sont quasiment autosuffisants. Par la même occasion, ils nous font connaître les lieux qui ont abrité à tour de rôle pirates et corsaires espagnols, français ou anglais, laissant derrière eux de nombreux galions que recherchent encore quelques aventuriers. Il y a juste deux semaines d’ailleurs, l’un d’eux a été découvert à quelques encablures du lodge .  Y a-t-il un trésor à son bord ? Le secret sera à coup sûr bien gardé dans la mesure où le gouvernement du Honduras est propriétaire des épaves…  D’autres secteurs tout proches, offrent de très nombreuses opportunités mais dans l’ensemble, la pêche reste plutôt difficile, c’est aussi ça, la pêche ! En tout cas, nous sommes vraiment loin des clichés habituels figurant un pêcheur au milieu d’une grande étendue d’eau et, en arrière-plan, un petit îlot couvert de cocotiers !

    Guide Pratique

    Points
    forts
    : C’est une
    destination peu fréquentée et qui le restera car le propriétaire du lodge tient
    à préserver la qualité de l’environnement et de la pêche en n’acceptant que 6
    pêcheurs . Très poissonneux, ce coin abrite de très beaux bonefish et de très
    nombreux permits qui vivent sur
    les flats en grand nombre. On n’insistera jamais assez sur le professionnalisme
    de notre guide et des autres qui travaillent à cet endroit. Leur spontanéité et
    leur gentillesse sont exceptionnelles ! On est loin des phrases
    stéréotypées qu’on entend dans d’autres lieux et qui manquent bien souvent de
    sincérité. Et enfin ,
    point à ne pas négliger les tarifs sont 50/100 inférieurs à des séjours
    équivalents : Il faut compter pour 6 jours au lodge environs 1800 euros
    pour un pêcheur et 750 euros pour un accompagnant .

    Points faibles : Il est de taille et concerne la pollution visuelle à proximité
    des villages . Le ramassage de poubelles étant difficile beaucoup de choses finissent dans la mer et on
    voit ainsi de nombreux bouteilles en plastique et détritus qui flottent .
    Heureusement que la plupart des zones sont propres et sauvages. Dans la partie
    nord de l’île, la plus touristique, le problème ne se pose plus et il est à
    parier que dans le reste de l’île on agisse de même dans très peu de temps .

    Comment s’y rendre

    Le Honduras étant un pays à haut risque il est préférable de se rendre
    directement des USA à Roatan.Les compagnies Continental/United propose plusieurs
    vols par semaine depuis Houston et un depuis New York, et la compagnie Delta
    s’y rend une fois par semaine depuis Atlanta . Penser
    enfin à faire mettre tous les vols
    sur le même billet pour qu’en cas de problème de connections ce soit la
    compagnie aérienne ou l’agence qui a vendu les billets qui prenne en charge
    d’éventuels frais supplémentaires.

    Où dormir

    Les villes
    West End & West Bay offrent de nombreuses possibilités d’hébergement . C’est un endroit animé et sympa où on peut se reposer du voyage ou profiter des
    vacances avant ou après la pêche .

    Une bonne adresse à West
    End

    www.cocolobo.com

    Pour plus d’informations
    sur l’île de Roatan

    – tourismroatan.com

    Séjour Pêche

    Mango Creek Lodge

    mangocreeklodge.com

    E-mail :[email protected]

    Pour les accompagnants non pêcheurs des séjours écotourisme
    avec snorkelling ou plongée et découverte de l’île sont proposés .

    Saison de pêche

    Ouvert toute
    l’année on n’a que l’embarras du choix. Retrouver le soleil en plein hiver est
    bien tentant surtout quand on sait que la pêche est fructueuse mais pour les
    aficionados du permit avril pourrait être le mois le plus intéressant.

    Materiel
    de pêche

    Pour le
    bonefish


    -canne 9’ pour
    soie flottante #8 , bas de ligne 15 livres et moulinet avec 150 mètres de
    backing

    Boite à
    Mouche :

    Les mouches
    classiques (crazy charlie …etc ) semblent pas être très adaptées. On préféra
    les petites crevettes vertes, roses et oranges ou de bitters, toutes avec un
    montage anti-herbe .

    Pour le
    permit


    canne 9’
    pour soie flottante #9, bas de ligne 20 livres et moulinet avec 200 mètres de
    backing . Ne pas trop serrer le frein du moulinet : lors du premier rush
    la puissance est telle que la casse serait assurée !


    Boite à
    Mouche :

    Crabes merkins
    verts foncé, bleus ou roses et crevettes vertes .

    Pour le
    baby Tarpon

    -canne 9’ pour
    soie # 9

    Boite à
    mouche :

    Deceiver de différentes couleurs

    On rajoutera
    des bas de ligne avec un brin en acier bien utile car il y a d’énormes
    barracuda très plaisants à pêcher . Bien vérifier
    tout son matériel avant le départ car il n’y a pas sur place de boutique
    permettant d’être dépanné.



    Et ne pas
    oublier


    Un écran
    solaire indice 40 ou 50 résistant à l’eau

    Un répulsif
    type « insect ecran » très efficace. Il ne faut pas oublier que dans
    presque toute la zone tropicale sévit la dengue, une maladie jamais anodine
    transmise par les moustiques. De plus, comme dans toute l’Amérique
    Centrale, en fonction de la saison
    une chimioprophylaxie antipaludéenne est conseillée.

    Un chapeau ,
    un masque et des gants de protection solaire

    Des lunettes
    polarisantes

    Un sac étanche
    pour protéger les appareil photos de la forte humidité ambiante .

  • Honduras : pêche à la mouche avec les Piccin

    Honduras : pêche à la mouche avec les Piccin

    Voici un avant-goût du reportage de Kathleen et de Jean-Pierre Piccin à paraître dans le prochain numéro de Pêches sportives (N°91) réalisé sur l’ïle de Roatan, au large des
    côtes du Honduras. Attention, ces images peuvent provoquer des envies
    irrépressibles de voyages…

  • Islande, l’île en mouvement

    Islande, l’île en mouvement

    Malgré des conditions climatiques difficiles, les Piccin sont tout de même parvenus à mettre à profit leur séjour en Islande. Ils ont pu exercer leur talent auprès des populations d’ombres arctiques, de saumons et de truites qui habitent les rivières de cette île volcanique voisine du cercle polaire. Petite balade halieutique entre bourrasques de vent et émotions du ferrage. Suivez les guides…

    Par Kathleen & Jean-Pierre Piccin

    Hello Eole ! Le vent qui nous avait quittés durant quelques heures vient en cette fin de matinée de se réveiller juste au moment où j’attaque un banc d’ombres arctiques. La pheasant tail que je leur propose pour le petit-déjeuner a juste le temps d’en convaincre trois d’entre eux que le vent redouble de violence et me souffle à l’oreille qu’il est temps d’abandonner mes partenaires de jeu. Nous traînons en Islande depuis six jours et, comme le roseau, j’ai appris à plier devant les caprices du temps. Ce matin le thermomètre affichait 5°, c’est frisquet pour une journée d’été… surtout lorsqu’on vient de fuir les températures caniculaires de l’été français. Une dizaine de minutes d’onglées, quelques frissons, et nos organismes s’adaptent à ces bouleversements brutaux. Pêcher les migrateurs n’était pas cette année au programme. C’est contraints et forcés que nous avons changé notre fusil d’épaule pour aller pêcher les saumons de la Vididalsa. En fait, notre objectif était de découvrir de nouvelles rivières où pêcher la truite à la mouche sèche comme nous l’avions fait il y a quelques années sur la merveilleuse Litlàa, petite rivière au nord de l’Islande. Mais il est souvent indispensable de savoir s’adapter… Comme lors de nos précédents séjours en Islande, à notre arrivée le soleil était au rendez-vous. Rien d’étonnant ici. Depuis quelques années le changement climatique sous ces latitudes provoque des étés beaucoup plus secs qu’autrefois. Du hublot de l’avion, dès qu’on aperçoit Reykjavik, on constate que la description qu’en fait Jules Verne dans son Voyage au centre de la terre n’a pas changé : “La ville s’allonge sur un sol assez bas et marécageux entre deux collines. Une immense coulée de lave la couvre d’un côté et descend en rampes assez douces vers la mer. De l’autre s’étend la vaste baie de Faxa.” Un petit tour dans la ville, et nous sommes déjà en route cap vers l’ouest en direction du fameux volcan Snaeffelsjökull d’où débuta l’aventure souterraine des héros de ce roman, le professeur Lidenbrock, son neveu et leur guide islandais. Le temps de s’installer dans une guesthouse face à la mer, de se détendre en marchant le long de la baie de Faxa si redoutée pour ses tempêtes, cause de tragiques naufrages, notamment celui du Pourquoi pas du célèbre explorateur, le commandant Charcot, et nous voilà déjà sur les berges de la Lysa, ou du moins de ce qu’il en reste.
    Conséquences du réchauffement de la planète ou phénomène exceptionnel, le fait est qu’il n’est pas tombé une seule goutte d’eau dans cette région depuis deux mois ! Une chose est certaine : nous n’aurons pas de difficulté pour traverser la rivière. Très vite, en la remontant, de grands “V” nous devancent, signalant la présence de jolis poissons. Profitant de la pénombre qui s’installe lentement, accroupis dans l’herbe nous repérons quelques discrets gobages. Patience, patience…, il suffit d’attendre, et de laisser les poissons se réapproprier les lieux. A présent en confiance, en voilà un qui passe enfin à notre portée. Je le tente avec un “black gnat”, mais aussitôt la mouche posée tout un banc s’enfuit en coupant l’appétit de mon partenaire de jeux. Ce comportement est particulier aux ombles arctiques, qui se déplacent en bans et qui prennent peur à la moindre alerte. Il va falloir jouer fin, être économe en mouvements et peut-être essayer au niveau des méandres, où la rive qui reçoit la veine d’eau est plus profonde. J’essaie avec une mouche plus volumineuse, un cousin en l’occurrence, et au premier passage en pêchant l’eau une truite vient y goutter. Un peu plus en amont, une autre se prête au jeu et ainsi de suite jusqu’au lac, dont la nuit gomme lentement les couleurs. Les poissons ne sont pas d’une taille impressionnante, mais pour une première approche avec le Lysà il est permis d’espérer. Esperar en espagnol veut dire “attendre”. Durant la nuit, une tempête s’est levée, et c’est bien ce que nous allons devoir faire. Nous passons deux jours ainsi, blottis dans notre salon douillet à regarder par la fenêtre aux vitres ruisselantes de pluie si une accalmie s’annonce.

    Au troisième jour, toujours pas d’amélioration. Anticipant sur notre programme, nous décidons de partir vers le nord, direction la Big Lax. C’est une rivière que je connaissais et où j’avais fait un coup de soir mémorable, il y a quelques années. Je désirais à tout prix mieux faire sa connaissance. Elle est réputée pour être généreuse en grosses farios. Le soleil qui nous accueille semble de bon augure et le vent léger ne paraît pas trop gênant, d’autant que les collines qui épaulent la rivière peuvent nous abriter. De la magnifique maison de bois qui domine la plaine où elle coule paresseusement en dessinant de grands méandres, nous repérons aussitôt les zones les plus poissonneuses mentionnées sur une carte. Après ces jours d’inaction et de frustration, c’est avec impatience que nous nous jetons dans son lit ! “Rien ne sert de courir” est sûrement l’adage du moment, car les truites ne daignant pas monter en surface il va falloir encore patienter. Sagement, nous décidons d’aller grignoter en attendant l’éventuel coup de soir, habituellement favorable après une journée ensoleillée.
    Mais c’est sans compter avec le vent qui en soirée a retrouvé notre traceet nous contraint à ranger définitivement – du moins pour cette année – nos mouches à truite. Sans perdre plus de temps, nous optons pour le plan B option saumon. C’est ainsi que, penauds, nous débarquons dans un lodge tout proche de la Vididalsa. En attendant l’arrivée des pêcheurs qui à coup sûr vont nous renseigner sur les résultats de leur pêche, impatients, nous nous précipitons sur le carnet des prises. Nous constatons que de la pluie, du vent, du front froid, les saumons n’en ont rien à faire et qu’ils remontent la rivière en grand nombre. Les résultats sont extraordinaires, car depuis plusieurs semaines cinq à dix saumons sont pris par pêcheur et par jour ! Vu le bas niveau de l’eau, ce sont les petites mouches qui ont le plus de succès.

    Le lendemain matin n’est pas très glorieux : aussi bien l’ally’s shrimp n° 14 que les autres amuse-gueules que je leur propose pour le petit-déjeuner ne rencontrent de réel succès. La partie intermédiaire de la rivière où je débute n’est pas la meilleure, les saumons s’y arrêtant rarement. C’est au moment où je viens de repérer un banc de “chars” et que je change de canne pour les attaquer que le vent – encore lui – vient me saluer. Je n’ai plus qu’à replier ma canne, prendre une canne à deux mains, plus adaptée aux conditions météo, et partir à la recherche d’une zone protégée. Je la trouve facilement au pied d’une falaise qui abrite un magnifique pool. Tout en amont, bien au-delà de l’endroit où j’ai décidé de tremper ma mouche, j’aperçois une tache bleue entre les rochers. Curieux, j’y vais et je découvre un minuscule anorak sur lequel est brodé Magnus, le prénom du gamin que j’avais aperçu la veille au soir et qui revenait de la pêche avec son père. Compte tenu de la très bonne réputation de ce papa guide, je pense que, s’ils sont montés jusque là, ce n’est pas un hasard, et j’entame donc ma pêche à cet endroit, au milieu des gros blocs de rocher qui ont glissé de la falaise. Trois coups de canne et déjà un adversaire me provoque. Enfin la première véritable émotion du séjour ! Pas très lourd, il combat en poids coq mais utilise à la perfection les courants et les embûches qui jalonnent le parcours. Puissamment armé, j’en viens à bout rapidement, puis reconnaissant d’avoir passé un bon moment en sa compagnie je le salue et lui souhaite un bon frai. Juste avant midi, j’en attrape deux autres plus costauds, mais pas plus pugnaces. La règle étant de faire une rotation sur les différents secteurs de la rivière, on m’attribue pour l’aprèsmidi une zone de plaine parfaitement à découvert avec, en bonus, un fort vent de face. Pour m’encourager, je pense aux extraordinaires pools que je vais pêcher demain. Dans ce secteur proche de l’estuaire, des poissons frais et mordeurs arrivent en permanence, et on peut espérer pêcher huit à dix saumons dans la journée. En attendant il va falloir trouver une solution, et je la découvre après une petite promenade. En traversant sur l’autre rive, je trouve une berge de deux mètres où m’abriter. Le courant qui passe à mes pieds et me tend le bras n’est pas favorable à une bonne dérive, aussi j’opte pour un énorme Sun ray shadow que je lance face àmoi dans la partie calme opposée et que j’accélère en strippant. Après cinq minutes à faire glisser la mouche à la surface de l’eau, première attaque : un magnifique saumon qui violemment se jette sur mon tube et se ferre seul comme un grand en culbutant vers le fond. Y croyant enfin, j’arpente cette très courte portion miraculeusement abritée, et deux autres saumons me jouent le même scénario. Bilan de la journée : cinq saumons et trois ombles. Il semblerait qu’aujourd’hui j’aie eu le vent en poupe ! Je remets l’anorak perdu à Magnus qui doit éprouver la même joie que moi en dégustant tranquillement l’énorme glace offerte pour célébrer la prise de son premier saumon ! La tempête, qui a sévi toute la nuit, a redoublé de puissance dès la pointe du jour.

    Les pools que nous pêchons à présent, remplis assurément de saumons, sont balayés par d’impressionnantes bourrasques de vent. Il me semble pêcher dans une mer démontée ! En faisant levier de toutes mes forces avec ma main gauche pour donner de la puissance à ma canne à deux mains, je parviens à peine à envoyer ma mouche à une douzaine de mètres. Suffisant pour pêcher le saumon, me direz-vous. Si ce n’est qu’à peine la soie immergée elle est poussée par les rafales de vent et revient à mes pieds. Peu de chance que cette dérive peu commune décide un poisson ! Tandis que la température chute autour de 3° et que mon moral suit la même pente, je finis par m’avouer vaincu et décide de retourner me réchauffer au lodge, comme la plupart l’ont déjà fait depuis longtemps. Mais Kathleen en a décidé autrement, et en bonne Ecossaise elle prend le relais pour essayer de motiver la troupe et affronter une dernière fois les éléments déchaînés. Certes, cette matinée dans un des meilleurs coins de pêche à saumons d’Islande se termine lamentablement par une belle bredouille, mais nous n’avons pas dit notre dernier mot : très prochainement nous aurons notre revanche ! Après avoir soufflé et repris des forces, nous nous dirigeons vers le sud-ouest de l’île, direction le volcan Hekla, qui apparaît à l’horizon après trois heures de route. Sur ses bords couverts de cendre coule la West Ranga, alimentée par un glacier et plusieurs rivières. Il semblerait qu’enfin le vent ait perdu nos traces et, comble du bonheur, le soleil vient de faire son apparition ! Après les conditions hivernales que nous avons affrontées, c’est un véritable enchantement. Le changement de température est tellement perceptible que nous ne serions pas surpris d’entendre chanter des cigales. Enfin nous allons pouvoir faire prendre l’air à nos mouches à truite ! En suivant la rivière Galtalaekur, nous traversons d’abord un plateau désert où quelques brins d’herbe asséchés s’agrippent miraculeusement au sol noirâtre et poussiéreux, puis nous arrivons très vite dans d’étroites et magnifiques gorges. En nous penchant discrètement au-dessus des rochers qui surplombent la rivière, nous repérons immédiatement quelques belles truites. Comme pour la West Ranga que l’on aperçoit plus bas dans la vallée, et qui est réputée pour ses énormes remontées de saumons, la Galtalaekur est très poissonneuse, mais au prix d’un alevinage intensif. Le volcan Hekla a des problèmes d’insomnie, et à chaque réveil il ajoute une couche et a ainsi recouvert toute la région de cendre et de pierre ponce. Les lits des rivières alentour sont de ce fait constitués d’un granulat trop léger pour abriter les oeufs lors des frais. Mais, grâce à une bonne gestion, ces rivières ont repris vie et elles nous offrent durant cette dernière journée leurs plus belles farios. A notre retour, et comme toujours, bourrasques, ondées, froid, mais tout est vite oublié pour ne garder en mémoire que quelques moments inoubliables. Après cet énorme grain, durant plusieurs semaines et une partie de l’été d’ailleurs, la moisson de saumon a battu son plein. A présent, ils sont en train de frayer, de semer du concentré de bonheur pour les pêcheurs qui auront la chance d’aller en Islande !

  • La truite argentine vue par les Piccin

    La truite argentine vue par les Piccin

    Voici une vidéo signée de nos
    collaborateurs, Kathleen et Jean-Pierre Piccin, du séjour qu’ils ont effectué
    en 2011, en Patagonie dans les provinces du Chubut et de Neuquen. Des images à
    donner envie de tout quitter pour se tremper les pieds dans l’eau glacée des
    rivières argentines…

  • L’Alberta, c’est Bow !

    L’Alberta, c’est Bow !

    Retour en Alberta sur la Bow River, à travers un séjour bien rempli sur cette rivière si prometteuse, parmi les meilleures d’Amérique du Nord. Les parcours sont nombreux et offrent des conditions de pêche différentes. Ce second voyage pour nos deux voyageurs fut l’occasion de découvrir d’autres facettes de la Bow.

    Par Kathleen & Jean-Pierre Piccin

    Tandis que la radio diffuse à tue-tête un morceau de Led Zeppelin, Mark, notre guide, tout en conduisant son truck, balance discrètement sa tête et se laisse aller à lâcher le volant pour mimer quelques accords de guitare ou faire des mouvements d’ondulation avec la main à la façon des chanteurs des années 60. Introverti, n’ayant pas échangé plus de trois phrases dans la journée, son comportement est tout à fait surprenant.
    Serait-il si content de rentrer chez lui ? Pour nous, cela ne fait aucun doute : il n’est que 17h30, mais nous sommes ravis de nous blottir dans un endroit presque chaud après avoir affronté des températures qui ne dépassaient pas les 3° et avec un vent du nord qui nous glaçait les os. Nous avions depuis longtemps envie de retourner pêcher la Bow River, cette perle de l’Alberta qui nous avait épatés il y a une quinzaine d’années. D’après des amis que nous avions récemment envoyés faire sa connaissance, elle était toujours au top des rivières nord-américaines.
    Nous avions assez d’informations pour la revisiter, mais afin de mieux la connaître nous avons décidé de prendre un guide de pêche. Lorsque nous avons présenté à Mark notre projet de venir taquiner ses truites à la mouche sèche, sa première réponse ne fut pas très encourageante, expliquant qu’il n’y avait qu’au début juillet que la pêche à la mouche sèche pouvait être intéressante.

    Mais nous y étions déjà allés la première semaine de septembre et il y avait eu des éclosions magnifiques. De plus, la météo avait annoncé un front froid qui devait faire baisser la température de l’eau, ce qui est propice aux éclosions. Dès notre arrivée, nous avons contacté Mark pour organiser, dès le lendemain, notre première sortie. Première surprise : rendezvous à 4h30 du matin, Mark argumentant qu’il fallait être les premiers sur l’eau ! Avec huit heures de décalage horaire, un lever aussi matinal est chose aisée, même pour moi ! C’est ainsi qu’avant le lever du jour nous nous sommes glissés dans nos waders glacés et, les doigts gourds, nous avons préparé notre matériel de pêche. En montant sur le bateau, Mark nous proposa de ranger nos cannes et de prendre celles qu’il avait déjà montées : sur un bas de ligne 18/100, une pheasant tail qui, avec son casque d’or et ses guirlandes, ressemblait en miniature à un sapin de Noël, une autre moins lestée aux reflets verdâtres et, juste au-dessous d’un bouchon de 1,5 cm de diamètre, une San Juan, imitation classique d’un ver de terre qui porte le nom de la célèbre rivière du Colorado ! Kathleen avait le même montage avec une assiette anglaise guère différente.

    Devant rester quatre jours ensemble dans le même lit – de la rivière bien sûr ! –, nous n’allions pas déjà faire chambre à part et nous avons accepté sans broncher ses conseils.
    Dès les premiers coups de rame, nous avons pêché sans trop de motivation quelques poissons dont la taille modeste n’incitait pas vraiment à nous concentrer sur le bouchon qui, régulièrement, plongeait à toute vitesse à la poursuite d’une truite. Petit à petit nos yeux s’égarèrent dans le merveilleux paysage qui comme un puzzle se reconstituait au fur et à mesure que la brume se dissipait en légères volutes, tandis que l’eau d’abord couleur de plomb se transmutait en cuivre et or en fusion. A l’horizon, le soleil qui embrasait le ciel s’étirait et commençait sa lente ascension en se faufilant entre les arbres de la berge. En restant immobiles sur le bateau, les quatre couches de vêtements ne suffisaient pas pour maintenir un semblant de chaleur, et nous enviions Mark qui devait certainement se réchauffer en ramant. Les touches et les prises se succédaient à un rythme incroyable, mais, à bout de force – nous avions quitté la veille la France en pleine canicule –, nous avons demandé à Mark d’accoster pour aller se réchauffer un peu. Un mini-jogging et quelques pompes nous offrirent un semblant de chaleur et, en revenant sur le bateau, Mark nous proposa pour nous réchauffer quelque chose à grignoter et des boissons qu’il sortit de la glacière ! Il est vrai que nous sommes encore en été… Un moment plus tard, je profitai du déjeuner pour observer la rivière et très vite repérai un magnifique petit museau qui venait faire des bises à la surface de l’eau. J’abrégeai mon repas et par la même occasion celui de l’arc-enciel qui vint en toute confiance goûter à ma peute.

    Plus tard, tandis que nous accostions pour épuiser un “beau morceau”, je vis un autre gobage et m’empressai de changer de canne pour faire sa connaissance. Le travail fut rude, car l’arc se déplaçait parfois d’une dizaine de mètres. Je la perdis de vue durant trois ou quatre minutes et, au moment où j’allais abandonner la traque, je vis un mouvement d’eau trahissant sa présence. Un instant plus tard, j’avais au bout de la ligne une belle arc argentée très combative qui fit de belles chandelles, puis fit la belle. Quand on aime, on ne compte pas, et je ne saurais dire combien de truites passèrent entre nos mains, mais ce dont je suis sûr, c’est que nous arrivâmes à bon port contents d’en finir ! Tandis que le GMC s’arrête devant l’hôtel pour nous déposer, avant de se quitter et de “remercier” Mark, nous lui suggérons de nous donner rendezvous le lendemain un peu  plus tard, ce qu’il accepte en nous proposant d’être au bord de l’eau à 6h ! Ce deuxième jour de pêche se présente peu passionnant comme le premier et, à l’exception d’un parcours différent, plus en aval, et d’un temps plus exécrable, la pêche au bouchon est toujours aussi bonne et aussi monotone. Les gobages sont rares, discrets, et ne sont repérés que lors des rares arrêts, et c’est donc encore sans regrets, tôt dans l’après-midi, que nous nous quittons pour aller traîner pendant quelques jours le long d’autres rivières d’Alberta qui, elles au moins, ne nous ont jamais déçus. Un saut sur la Red Deer avec notre ami Garry, un guide extraordinaire, puis cap au sud vers la Crowsnest, la Oldman et la Waterton. Après avoir fait durant une semaine le plein d’émotions, nous recontactons Mark pour organiser nos deux derniers jours sur la Bow. Plus confiants et certains que les éclosions ont lieu au milieu de la journée et en soirée comme sur les rivières que nous venons de pêcher, nous lui donnons rendezvous à 9h30. Ce qu’il accepte, non sans mal, en nous disant que nous allons peut-être lui apprendre des choses sur sa rivière… Le départ se fait à l’heure prévue et, comme il nous l’avait dit, la pêche au bouchon n’est pas aussi fructueuse qu’à l’ordinaire. Mais il est vrai aussi que c’était après le week-end férié Labour day, et des flottilles de pêcheurs avaient dû matraquer la rivière.

    Vers midi, alors que l’air commence à se réchauffer, de petits sedges de couleur chamois font leur apparition. Nous proposons à Mark de nous arrêter pour manger, mais en fait c’est pour pouvoir subrepticement observer une immense plage qui fait face à une falaise au pied de laquelle ont roulé de gros rochers. Immédiatement nous repérons de beaux gobages dans de petites veines d’eau qui se faufilent entre des herbiers. A cet endroit, durant une heure Kathleen écume sans relâche ce bout de rivière, d’abord avec sa peute puis avec son cul de canard. Au vu des résultats, Mark, qui nous a à peine adressé la parole, semble se réveiller comme le ferait un ours après un long hivernage. Un rapide grignotage et nous reprenons la descente de la rivière à très petit pas, car les éclosions de BWO ont tellement mis les truites en appétit qu’il est bien difficile de revenir sur le bateau. Enfin, la Bow se révèle, comme nous l’avions espéré, poissonneuse à souhait, avec des truites qui se nourrissent en surface et incomparablement combatives. En cette fin d’après-midi, satisfaits, nous excusons Mark de terminer le parcours en ramant un peu trop vite…
    Le lendemain, la veille de notre départ, changement de guide et de programme. Nous avons pris rendezvous à… 11h avec Sam, un aficianado de la mouche sèche. Sans nous presser, après avoir préparé nos cannes et discuté avec un chercheur d’or qui prospectait dans le coin et qui, vu l’allure de son 4 x 4, ne devait pas rouler sur l’or, nous nous laissons entraîner par la Bow à l’allure d’un pas de sénateur et découvrons, comme des clins d’oeil furtifs, de petits gobages qui ponctuent de petits rubans d’eau frôlant les berges ou les rochers immergés. Malgré le soleil et l’eau de neige, aujourd’hui encore, retombées de sedge et éclosions de BWO mettent en appétit ces dames qui, goulûment, n’ayant que faire de leur ligne, gobent tout ce qu’il y a sur la table, nos CDC compris. Au rythme de notre progression ponctuée par de nombreuses prises, c’est à la nuit tombée que nous arrivons presque à bon port. Mais, quelques mètres avant, Sam fait un crochet sur la rive opposée et nous montre une zone limitée en aval par un gros rocher où, nous dit-il, il y a parfois à cette heure tardive une grosse mémère noctambule.

    Le temps de monter un joli sedge sur du 18 centième, nous la repérons à des endroits distants de plusieurs mètres. Je tente ma chance à plusieurs reprises en lançant en bordure de son territoire et lui cloue le bec. J’attends quelques minutes sans qu’elle veuille se manifester et, prêt à déclarer forfait, m’apprêtant à plier bagages, Sam m’encourage à réessayer juste deux ou trois lancers. Au premier passage, en fin de course, lorsque le sedge accélère sa course et se met à draguer une extraordinaire attaque suivie d’un départ à la Usain Bolt, je me trouve sans avoir levé le petit doigt avec mon bas de ligne amputé du dernier brin pendouillant au bout de ma canne. Sam m’avait pourtant prévenu que cette truite tirait dans la catégorie poids lourds ! Dernières heures à Calgary.
    Le temps est gris et pluvieux. Il nous reste quelques heures avant d’embarquer, juste assez pour aller au centre- ville, à Fish Creek Park plus précisément, et voir si comme ça se dit il y a à cet endroit un super terrain de jeu pour les moucheurs.

    La Bow, en cette fin de matinée, fait elle aussi grise mine, avec des eaux de fonte de neige mélangées à des sédiments entraînés par la pluie. Par hasard, à quelques mètres d’un abri où nous nous changeons, nous accédons à un long bras de rivière aux eaux claires, le courant lent ayant eu le temps de laisser décanter les sédiments. Plus en aval, à la jonction avec le bras principal, nous découvrons un lieu de rendez-vous où les truites font la queue, comme devant un drive, en attendant leur pitance. Une, deux, trois truites sont piquées, puis, après avoir fait assez de tumulte pour couper l’appétit à celles qui restent, nous cassons la croûte, histoire de calmer le jeu. Le temps qu’elles se mettent en place, de faire quelques lancers, et c’est l’heure de s’arracher, non sans mal, de la Bow et d’aller à peine les waders retirés enregistrer nos bagages. Commencer la pêche, les premiers jours, à 5h du matin et finir deux heures avant l’arrivée à l’aéroport, je me demande s’il n’y a pas dans tout cela un brin de folie ! Epuisés par ce rythme endiablé, nous nous faisons la promesse que notre prochain voyage de pêche (sportive) sera plus cool !

  • Sacré permit !

    Sacré permit !

    Pour Kathleen et Jean-Pierre Piccin, réussir à leurrer des permits (Trachinotus falcatus) semblait il y a peu encore une utopie, tant ce poisson les a, par le passé, fait tourner en bourrique. Mais, l’an dernier, la réussite a été au rendez-vous, et le bonheur fut immense !

    Par Kathleen et Jean-Pierre Piccin

    Ciel et mer se confondent et s’unissent pour effacer l’horizon uniformément gris. Suivant les conseils de Dick qui vient de vérifier les prévisions météo, nous nous équipons pour affronter l’orage tandis que les lanchas, qui jouent à saute-mouton au-dessus de la mer bien formée, nous emmènent vers les flats. Cela fait déjà trois jours que nous traînons dans la baie de l’Ascension et, bien que les conditions ne soient pas trop mauvaises nous n’avons pas eu la chance d’attaquer convenablement un seul permit.
    Bien sûr, nous nous sommes défoulés sur les bonefishs, mais un sentiment de frustration commence à nous envahir. Ce ne sont pas les conditions climatiques désastreuses de l’année dernière qui pourraient expliquer notre bredouille, cette année nous avons pu croiser du regard de nombreux permits, mais ils se sont rapidement fondus dans le bleu des Caraïbes. Nous en avons surpris en bateau, les avons poursuivis à grandes enjambées, à pas de loup, et parfois presque à la nage, mais à chaque fois sans succès.

    Hier, jour de mon anniversaire et jour de Pâques, dans une mer très agitée, nous avons péniblement passé deux caps et parcouru une soixantaine de kilomètres pour pêcher la zone très peu fréquentée de Sancti Spiritus.
    Autant de coïncidences durant la semaine sainte ne pouvaient être qu’un signe de destin, mais c’était sans compter sur Eole qui a voulu être de la fête et, tandis qu’on essayait de lancer, nous a appris pourquoi la vitesse du vent se mesure en noeuds ! Dans l’immense baie inchangée depuis sa découverte par Christophe Colomb, où l’air du large et les nuages s’engouffrent, tant bien que mal, pendant plusieurs heures nous avons couru derrière quelques palometa qui ont continué à nous snober ! A présent, sans trop d’entrain, recroquevillé et emmitouflé dans ma capuche, je pense à ce que me disait Carlos, un de mes guides de l’an dernier : “Le vent n’est pas gênant ! Même s’il y a de belles vagues sur le flat, on peut quand même repérer quelques tailings. En revanche, sans soleil c’est une tout autre histoire…” Sans hésitation, telle une flèche, notre bateau se dirige vers un cayo, qui abrite du vent, un magnifique miroir où comme par enchantement de timides rayons du soleil semblent faire un pied de nez aux météorologues.

    A peine le temps de nous ébrouer et de prendre nos cannes, prêtes de la veille, que déjà Jonathan murmure “agua nerviosa”, en montrant du doigt une cinquantaine de permits en train de déjeuner bruyamment dans quelques centimètres d’eau. Tandis que je sors le matériel vidéo tout en m’interrogeant si je ne rêve pas, j’entends comme une explosion et le doux chant d’un moulinet.
    Un permit vient d’être ferré et, prenant peur, tout le banc s’éloigne à vive allure vers des eaux plus profondes.

    Après avoir d’abord joué au bolide pour rejoindre ses compères et se sentant à la traîne, de toutes ses forces le poisson réussit… à tirer des sourires à Kathleen. Ce n’est qu’à une centaine de mètres qu’il semble contrarié par le frein bien serré du moulinet, mais il poursuit son bonhomme de chemin encore une quarantaine de mètres, vidant dangereusement le backing. En basculant la canne d’un côté puis de l’autre, Kathleen commence à le déséquilibrer et, comme elle sait si bien le faire, lui fait tourner la tête. Après avoir subi un tel manège durant une vingtaine de minutes, le permit se met à battre de l’aile mais ne paraît jamais tout à fait épuisé. Enfin, entre nos mains, lors de l’explosion de joie, incrédule, il semble écarquiller d’étonnement son oeil déjà énorme ! Il y avait si longtemps que nous avions projeté de pêcher ce poisson mythique et si longtemps attendu cet instant ! Combien de fois ils étaient venus voir nos imitations de crabes, parfois en les suivant presque jusqu’à nos pieds, et combien de fois ils les avaient refusées au dernier moment, en leur faisant parfois de petites bises du bout de leurs lèvres pulpeuses. Après quelques photos de cet élégant médaillon d’argent miroitant au soleil, nous le remettons dans son écrin turquoise et le laissons filer vers le large et vers nos meilleurs souvenirs.

    Tout en rejoignant le bateau afin d’essayer de retrouver le banc, Charly nous indique du doigt un bel aileron noir et pointu qui brise les vaguelettes. Aussitôt, je prends mon matériel et le suis dans la direction indiquée, d’abord rapidement puis avec discrétion au fur et à mesure que nous nous rapprochons du poisson.
    Il est à présent à une trentaine de mètres, grignotant tranquillement son petit déjeuner. On se rapproche de 5 ou 6 mètres. Il change de table pour déguster, plus loin, une autre friandise. Nous avançons encore, tandis qu’il refait la même chose… Cela fait une centaine de mètres qu’il nous promène sans que nous puissions lui prendre un centimètre. Son itinéraire étant parallèle au rivage, Jonathan a l’excellente idée de me proposer de rejoindre la plage et de courir pour le dépasser et couper sa trajectoire. Aussitôt dit, aussitôt fait, et la stratégie marche à merveille.
    Nous le voyons arriver dans 50 centimètres d’eau, tranquille. Je lance plusieurs mètres devant lui mon crabe qui, sur le fond sablonneux blanc, ne peut passer inaperçu. Il approche puis fait un crochet en s’éloignant du leurre. Je dois relancer. Je ramène doucement ma ligne et accroche un corail. Si près du but, vais-je encore gâcher cette opportunité ? J’incline la canne sur le côté, tire délicatement et, par chance, décroche ma mouche.

    Je dois me presser car dans quelques secondes le permit sera hors de portée. Sans difficulté, le vent m’étant pour une fois favorable, j’envoie mon crabe au-delà des 20 mètres, juste devant mon poisson, puis l’anime lentement. Léger toc, ferrage, gros bouillon à la surface de l’eau, démarrage foudroyant, tout se précipite à une telle vitesse que je me contente de lever la canne. Après de longues minutes à la limite de la rupture, envolés les départs à tire-d’aile, enfin je parviens à retrouver mes repères, à le fatiguer et le ramener près de Jonathan, qui s’en saisit. Tandis que nous crions de joie, levé vers le ciel tel un trophée, sa queue semble faire le “V” de la victoire en l’honneur de toute l’équipe. Enfin !

    Guide pratique

    Où dormir

    En arrivant à Cancun il est possible de dormir sur place, mais si on désire être plus tranquille et prendre un peu de repos avant la pêche nous conseillons d’aller jusqu’à Tulum et de louer, à des prix très raisonnables, une cabane sur la plage.

    www.ecotulum.com

    Séjour pêche

    Pour le séjour pêche à Punta Allen, il est possible une fois sur place de louer un appartement et de faire appel à un des nombreux guides de pêche. Dans ce cas, il est indispensable de parler un peu l’espagnol et d’avoir assez de temps.
    Pour ceux qui souhaitent un séjour organisé de grande qualité, le Palometa Club conviendra parfaitement. Situé au bord de la plage, au coeur du village Punta Allen, il est le seul qui permette d’apprécier, le soir, l’ambiance mexicaine.

    www.palometaclub.com