Étiquette : Philippe Collet

  • Le brochet  au drop shot

    Le brochet au drop shot

    Soyons clairs, la pêche en drop shot n’est généralement pas la plus efficace pour traquer le brochet. Elle ne permet pas une prospection rapide en effet et se révèle souvent moins productive que les techniques de power fishing. Toutefois, dans certaines conditions – postes précis à côté ou au cœur d’obstacles, cassures marquées, tapis dense d’herbiers irréguliers, poissons apathiques ou éduqués- elle peut permettre de mieux tirer son épingle du jeu. Inutile alors de tenter de pêcher ce cher prédateur sur un bas de ligne nylon. Le montage est le plus souvent aspiré profondément et les coupes sont trop fréquentes. Pour ne pas perdre de nombreux poissons et risquer de les abimer, il est préférable d’utiliser l’un des montages décrits dans cet article, parfaitement adapté et tout à fait résistant à la dentition acérée du brochet.

    Par Philippe Collet

    Les montages que nous vous présentons ici sont discrets et permettent de laisser nager le leurre en toute liberté. Ils utilisent un fin bas de ligne en titane. Outre sa résistance aux dents du brochet, ce matériau a l’immense avantage de ne pas coquer malgré les innombrables tractions qu’il subit, garantissant une présentation et une discrétion optimale. Plus visible que le fluorocarbone, il est par contre beaucoup plus fin et n’entrave pas la nage du leurre. En drop shot, le montage souvent détendu et non lesté est très facilement engamé par le poisson. Les risques de coupe d’un fluorocarbone de gros diamètre sont réels, d’autant plus que vous pêcherez en montage texan et devrez ferrer vigoureusement pour assurer la sortie de l’hameçon du leurre. Pour avoir eu à subir pas mal de coupes nettes sur de gros fluorocarbones, reliés à des leurres légers ramenés lentement, je préfère recourir au titane, quitte à l’utiliser dans de faibles diamètres.


    Les montages

    Un premier montage consiste à enfiler un hameçon texan ou non sur un bas de ligne titane, orienté pointe vers le haut. Cet hameçon est encadré par deux perles. Il est ainsi toujours placé perpendiculairement au bas de ligne, pointe vers le haut et peut tourner en totale liberté autour, sans jamais s’emmêler. Cette liberté de l’hameçon entraîne une nage du leurre beaucoup plus dynamique que s’il était noué sur du nylon. Le montage le plus fiable est réalisé en prenant un morceau de titane d’environ 30 cm et en «sleevant» une petite boucle à une de ses extrémités. Il faut ensuite passer un sleeve puis une perle puis l’hameçon dans le bon sens (de façon à l’orienter, au final, pointe vers le haut) puis une autre perle, puis un sleeve sur la partie libre du bas de ligne. On boucle alors ce dernier de façon à repasser dans le sleeve, la perle, l’hameçon, l’autre perle et le dernier sleeve. On sertit les deux sleeves en ménageant quelques millimètres d’espace libre entre l’hameçon et les perles. En choisissant des perles de verre, ce petit jeu dans le montage va générer un cliquetis attractif pour les poissons. On peut aussi mettre deux perles sous l’hameçon, qui en s’entrechoquant vont amplifier le phénomène. Le titane utilisé dans mes montages est du Titanium 5 kg ou 20 centièmes de millimètre de chez Cannelle, vendu en rouleaux de 2,5 mètres. Pour assurer, si les poissons son peu regardants on peut passer au 8 kg pour 30 centièmes. Une attention particulière doit être portée à la qualité du « sleevage». Si l’on souhaite obtenir un résultat fiable (le titane est très glissant) il convient d’utiliser des sleeves fins et une pince à sleeves de bonne qualité et mieux vaut toujours tester ses montages avant usage pour éviter des déconvenues. Les sertissages peuvent aussi être consolidés par un petit point de colle cyanoacrylate appliqué à chaque extrémité des sleeves.
    Une autre alternative un peu plus discrète consiste à remplacer la perle et le sleeve situés au dessus de l’hameçon par un stop flotteur enfilé sur le titane, lequel doit être collé par un point de colle cyanoacrylate sur ce dernier afin d’éviter qu’il puisse remonter. Quels que soient les montages, l’hameçon ne doit pas coulisser sur le titane sinon à chaque relâcher du plomb, le leurre remonte jusqu’à la boucle supérieure du bas de ligne entraînant un risque certain de coupe si le brochet s’en saisit à ce moment là, prenant en gueule une partie du corps de ligne.
    Une autre solution encore plus simple nous est proposée par la société VMC avec un hameçon drop shot articulé autour d’une tige métallique terminée par deux boucles, le Spinshot. Ce montage innovant, réalisé sur la base d’un hameçon drop shot de référence VMC 7119 à pointe pioche Spark Point, permet lui aussi une rotation totale du leurre de 360°. Il suffit de connecter, à l’aide d’un sleeve, le titane relié au corps de ligne à la boucle du haut et le fil relié au plomb à la boucle du bas. Cet hameçon spécial a été vainqueur du « Terminal Tackle of the Year Award » à l’Icast 2011. Il est décliné du 8 au 1/0 en blisters de 4 ou 5 hameçons selon la taille. On préfèrera le 1/0 et le 1 pour le brochet. Ce montage n’est pour le moment pas proposé avec des hameçons texans.

    Des animations spécifiques

    Avec un montage drop shot, il est possible de «titiller» de longues minutes un brochet embusqué dans un poste encombré sans s’y accrocher. Il est aussi possible de pêcher très lentement dans les herbiers les plus denses en laissant le plomb se bloquer dans l’herbe et en faisant sautiller le leurre au dessus. Ainsi, contrairement à un montage texan qui tombera dans la végétation obligeant le pêcheur à le ramener et à sortir le leurre du champ de vision du poisson, un montage drop shot, permettra de faire virevolter le leurre sur place. Le nuage de petites bulles décollées des herbiers par le plomb, à proximité du leurre, ne fera qu’ajouter à l’attractivité de l’ensemble.

    Animation en glissades latérales

    En choisissant un leurre à la queue pointue, il est possible de déclencher de longues glissades latérales de part et d’autre du plomb. Une forme de walking the dog sur place. Après chaque tirée, venant buter sur le plomb sans le déplacer, le leurre redescend vers le fond en planant ou même pour certains modèles en dodelinant, provoquant ainsi l’intérêt du carnassier. Pour donner un maximum d’amplitude à l’animation du leurre, il convient que les tirées se fassent canne haute. Il faut en outre qu’elles soient sèches et suivies d’un relâché immédiat du fil, un peu comme lorsqu’on anime un gros jerkbait sans bavette, à la différence que l’on ne mouline pas entre chaque tirée. Avec cette technique, le pêcheur n’est pas toujours en contact avec son leurre et la touche n’est pas toujours ressentie dans la canne. L’observation constante du fil ou de la tresse est nécessaire pour ne pas rater les tirées les plus subtiles. On doit équiper son moulinet d’une ligne visible et se placer de façon à bien voir cette dernière. Pour ce type d’animation, le vent n’est pas un allié s’il vient de travers car il forme un ventre dans le fil et entrave le mouvement du leurre. On essaie alors de se placer de façon à l’avoir dans le dos ou en pleine face. Avec un peu d’habitude, et surtout après s’être exercé à vue, à ses pieds dans peu d’eau, on peu faire virevolter son leurre de façon irrésistible comme un, ou plutôt des petits poissons fuyant l’attaque d’un carnassier. Chaque leurre a sa propre vitesse de descente et sa cadence d’animation. Il convient de la trouver en le regardant évoluer préalablement. Si l’on sépare le plomb et le leurre de 1 mètre par exemple, on obtient des glissades de grande amplitude même à distance du pêcheur. Si le vent n’est pas trop fort on voit aussi le fil détendu continuer à filer après chaque animation.
    Selon le poids du plomb utilisé et la nature du fond, il est possible de ramener plus ou moins vite le montage. Un plomb léger ramené sur un fond propre a tendance à riper sur des tirées sèches sur le leurre et à se déplacer sur l’inertie de ce dernier, même si vous ne tendez pas directement la ligne en butée sur le plomb. Le même plomb posé sur un tapis d’herbiers s’ancre superficiellement et permet une animation tout aussi saccadée mais plus lente à revenir vers le pêcheur car le plomb bouge beaucoup moins. A vous de doser le poids du plomb en fonction de la taille du leurre et aussi de la nature du fond. Plus votre plomb est lourd par rapport au leurre, plus le montage est facile à lancer et directionnel, le plomb n’étant pas dévié dans sa trajectoire par les mouvements erratiques du leurre. Vous pouvez aussi alterner des phases d’animation sur place de quelques secondes avec un long relevé de la canne destiné à décoller le montage et à le reposer plus loin. Avec cette technique vous resterez plus longtemps sur les secteurs favorables comme les cassures, les trouées d’herbiers… où un leurre ramené de façon linéaire ne peut pas insister. Vous pourrez par contre passer rapidement dans les secteurs qui ne vous plaisent pas.

    Animation minimaliste

    Le drop shot peu aussi permettre de réaliser de micro animations, des sautillements sur place, avec des leurres souvent plus petits que ceux utilisés pour de longues glissades. Ces leurres peuvent être alors plus souples et dotés d’une caudale en fourche par exemple. Pour leur laisser une totale mobilité, ils doivent être, de préférence, attachés par le nez à un hameçon plus court. Les leurres terminés par une palette caudale, par contre, ne sont pas vraiment recommandés pour ce type de pêche.

    En bateau

    Cette forme de traque du brochet peut aussi être utilisée avec succès en bateau ou en float tube et en s’aidant d’un échosondeur. On pourra alors placer précisément son montage sur une concentration de vifs, ou un écho prometteur, en le laissant descendre et le maintenant actif pendant de longues minutes soit en s’ancrant, soit en se stabilisant à proximité. L’usage d’un plomb plus lourd sera dès lors nécessaire pour rendre ou reprendre du fil sans décaler le montage au gré des mouvements de l’embarcation.

    Les leurres

    Comme nous l’avons vu, les leurres ne doivent le plus souvent pas posséder de palette caudale. Des leurres à queue pointue ou bifide sont les plus intéressants. Leur densité est un facteur important car elle conditionne leur descente plus ou moins rapide vers le fond. Les leurres chargés en sel sont ainsi intéressants à utiliser car ils redescendent plus vite sans ajout de lest. La souplesse de la matière est aussi un gage de réussite en permettant une meilleure extraction de l’hameçon au ferrage en montage texan.

    Le reste du matériel

    Pour ce type de pêche, du bord, on choisira une canne plutôt longue entre 2 m et 2 m50 douce de pointe, pour envoyer en souplesse le montage et animer le leurre sans trop décaler le plomb. Cette canne devra tout de même posséder suffisamment de puissance dans le reste du blank pour assurer un ferrage si possible légèrement décalé, ample et efficace, surtout si l’on utilise un hameçon texan. Pour un montage normal destiné au brochet, je vous recommande d’utiliser une tresse, de couleur jaune ou blanche en 13 ou 15 centièmes de millimètre connectée à une pointe en 30 centièmes en fluorocarbone de 1m50 à 2 m. Le bas de ligne situé entre le plomb et le leurre est réalisé dans un fluorocarbone de résistance inférieur au corps de ligne, mais pas trop pour ne pas risquer de perdre inutilement le plomb. Un morceau de 25 centièmes fait ici l’affaire. Sa longueur peut varier entre 60 cm et un bon mètre. Le brochet n’a pas peur d’aller chercher un leurre décollé du fond qu’il voit d’ailleurs plus facilement. Plus le fond est encombré, plus on allonge le bas de ligne et plus on pêche canne relevée, à 45 degrés, à condition que le vent ne se mette pas de la partie. Le poids du plomb oscille entre 10 et 40 grammes, voire plus selon la nature du fond et la taille du leurre.

    Une technique lente  pour des pêcheurs patients

    Quelle que soit l’animation retenue, ample ou minimaliste par exemple, la technique du drop shot demeure un mode de prospection lent. Il faut être patient. Evitez impérativement de pratiquer le drop shot à côté d’un collègue pressé, adepte de la prospection rapide, qui vous précédera fatalement sur les postes. Vous risqueriez alors de craquer et d’abandonner très vite. La prospection rapide permet surtout de prendre les poissons décidés, actifs. La technique du drop shot permet aussi de prendre ces mêmes poissons. Elle va simplement beaucoup moins vite, mais elle permet souvent de décider d’autres poissons plus apathiques en insistant lourdement sur des postes précis.

  • Nouveauté 2012 : Canne Ashura Delivrance Monster Jerk Special

    Nouveauté 2012 : Canne Ashura Delivrance Monster Jerk Special

    Nouveauté Illex 2012 de la gamme Ashura Delivrance, la canne Monster Jerk Special B-1903 H est une vraie réussite. Elle est avant tout destinée à la pêche des brochets aux gros jerkbaits, mais demeure très confortable pour d’autres utilisations.

    Cette canne casting qui mesure 1m90 pour seulement 169 grammes, affiche une puissance de 20 à 100 grammes. Elle est effectivement capable d’envoyer sans broncher des leurres de 100 grammes, voire plus en lançant souplement, mais pourra aussi lancer un spinnerbait beaucoup plus léger d’une once (28 g) par exemple. Elle combine légèreté, équilibre et puissance et permet d’imprimer des tirées suffisamment sèches aux gros jerkbaits, ces leurres souvent plats, sans bavette, dans lesquels on tape pour les faire fuser de droite à gauche. Malgré son blank heavy, la Monster Jerk Special n’est pas fatigante et permet de pêcher pendant de longues heures avec de gros leurres. Elle est adaptée à nos gabarits européens et est loin d’être la trique « casse-bras » souvent proposée pour ce type de pêche dans les pays scandinaves ou outre-atlantique. Cette canne possède aussi un autre atout très important : son encombrement réduit à 80 cm. Elle est en effet démontable en trois parties : le talon et deux parties égales du reste du blank. Elle est livrée dans un fourreau compartimenté en toile parfaitement adapté.

    Comme toutes les cannes de la série Ashura, le blank est fabriqué à partir d’un carbone d’origine japonaise haut module de qualité irréprochable. Il est équipé des meilleurs composants Fuji. Limiter l’usage de cette canne à la pêche au gros jerkbait serait réducteur, car elle s’avère très polyvalente et permet de multiples pêches : pêche au gros spinner bait, pêche linéaire avec de gros leurres souples, pêche au swim bait dur ou au swim bait souple armé d’un hameçon texan notamment, pêche avec de grosses cuillères ondulantes, pêche avec de gros leurres de surface, etc. Cette canne permet aussi de pratiquer des pêches plus tactiles comme le pitching, en posant délicatement un rubber jigs ou un leurre souple monté sur un hameçon texan au cœur des obstacles. Sa bonne résonance vous transmettra les touches les plus subtiles tandis que sa grande réserve de puissance vous permettra d’extraire en force les poissons des obstacles. Dans nos eaux, elle devrait aussi permettre de pêcher les silures de taille moyenne avec des leurres conséquents sans se « casser » le bras.

    Grâce à son faible encombrement, la Monster Jerk Special s’adresse également aux pêcheurs voyageurs qui traquent le brochet mais aussi les divers carnassiers d’eau douce en pêches tropicales : aïmara, peacock bass, snakehead, barramundi… Elle devrait rapidement devenir un de leurs outils favoris.

    P.C

    Renseignements :
    www.illex.fr

  • Cruncher une mouche à croquer !

    Cruncher une mouche à croquer !

    Dans cet article, nous allons décrire quatre montages de mouches pour des pêches en réservoir. Celui de la Cruncher, et celui de deux chironomes et un booby pouvant lui être associés. Nous verrons également comment combiner ces imitations au bout de soies flottantes ou plongeantes, pour différents types de pêches. Si vous éprouvez des difficultés à lancer un train de plusieurs mouches, ne vous alarmez pas, toutes les mouches décrites ici peuvent aussi être efficaces seules ou au bout d’une soie flottante ou plongeante, et les différentes options proposées ne pourront que vous aider à améliorer votre technique de pêche en plan d’eau.

    Par Philippe Collet

    La pêche avec des trains de deux ou trois mouches ne s’improvise pas. L’expérience montre que telle ou telle combinaison est plus efficace que telle ou telle autre. Les modèles de mouches que vous allez découvrir au cours de cet article fonctionnent bien ensemble et voici plus précisément comment.


    Avec une soie flottante

    La première technique, la plus classique, consiste à pêcher à l’aide d’une soie flottante, en plaçant la mouche la plus lourde en pointe et la Cruncher sur la potence, vers la soie. A deux mouches, une combinaison Cruncher, chironome lesté ou non, en pointe est possible. A trois mouches il faut combiner Cruncher, chironome non lesté puis chironome lesté. De cette façon votre bas de ligne descend progressivement de la soie vers la mouche de pointe en prospectant différentes profondeurs. La mouche lourde en pointe ancre le montage et permet de mieux tendre le bas de ligne lorsqu’on pêche dans le vent.
    Avec une soie flottant en surface, vous devez le plus souvent animer doucement, voire pas du tout. Vous tricotez très doucement pour résorber les plis de la soie en évitant de lui tirer réellement dessus. Essayez de pêcher avec un vent de travers qui va prendre sur votre soie et la tendre en formant un ventre. Cette dérive arrondie, accompagnée, selon la force du vent, de la reprise de la soie détendue en tricotant doucement, permet une animation suffisante des mouches. Prenez votre temps, n’animez pas, laissez faire la dérive, mais restez bien en contact avec vos imitations. Gardez si possible votre canne dans l’axe de la soie pour éviter de former un angle avec cette dernière. Surveillez la pointe de votre soie et ferrez à la moindre tirée, à la moindre sensation anormale. Ne ferrez pas verticalement, en tirant la canne vers le haut, car, plus le ventre de la soie est prononcé, moins votre ferrage est efficace. Pour être opérant, le ferrage doit se faire, soit avec la main qui tricote la soie, du bout des doigts par une tirée sèche mais non appuyée, soit en mettant un coup de scion, avec la canne tenue horizontalement, à l’opposé de la boucle formée par la soie sur l’eau. Plus la boucle formée sur l’eau est large, plus le ferrage par une tirée sur la soie, canne basse, dans l’axe est efficace. La soie s’appuie sur l’eau et transmet la traction jusqu’aux mouches Le risque de casse est alors minimisé, car en cas de ferrage un peu trop appuyé la soie ripe sur l’eau. Ne relevez pas la canne tout de suite après le ferrage, car avec un ventre de soie important vous perdez le contact avec le poisson en la décollant de l’eau et vous risquez de le décrocher. Gardez le scion au ras de l’eau, voire sous l’eau, le temps de tendre correctement la soie.


    Avec une soie intermédiaire

    La technique décrite ci-dessus n’est plus praticable avec un vent trop soutenu. La dérive devient trop rapide et l’allure des mouches moins naturelle. Vous pouvez alors accrocher votre train de mouches sur une soie plongeante, plutôt une soie intermédiaire lente, qui reste à proximité de la surface et ne descend pas aussi vite que la mouche de pointe. De la même façon qu’en soie flottante, vous pêchez plusieurs niveaux. L’animation est par contre différente mais doit rester lente avec des pauses plus ou moins marquées. La surveillance des touches se fait sur le morceau de soie tendu entre le bout du scion et la surface de l’eau (de 30 à 50 cm). Le ferrage, en prise directe, puisque la soie est bien droite sous l’eau, doit être beaucoup plus prudent, en relevant la canne pour s’opposer à la traction du poisson et faire pénétrer l’hameçon dans sa gueule.


    Avec un booby en pointe en soie flottante ou intermédiaire lente

    Cette technique appelée washing line outre-Manche, soit littéralement “corde à linge”, consiste à attacher un booby en pointe et à suspendre une ou deux nymphes entre lui et la soie. Ces mouches pendent alors sous la surface de façon très naturelle. Certains jours, cette façon de pêcher est redoutable et permet de déjouer la vigilance des poissons difficiles. Dans notre sélection de quatre mouches, nous choisissons le booby oreille de lièvre, assez imitatif, que nous plaçons en pointe et nous le combinons avec la Cruncher, seule ou complétée d’un chironome léger. La soie flottante ou intermédiaire lente permet de présenter les mouches dans un plan plutôt horizontal, à proximité de la surface. Dans cette technique, il convient d’étaler son bas de ligne le plus droit possible. On essaye de ne pas avoir à retendre ce dernier. Si nécessaire, on réalise quelques tractions rapides, dès le poser, pour mettre ses mouches bien en ligne. En soie flottante, les nymphes par leur propre poids font rapidement couler le fil, entre le booby et la soie, qui se soustrait à la vue des poissons. La truite en maraude, qui avait été attirée par l’impact des artificielles, arrive alors sur une ou deux mouches, stabilisées juste sous la surface, qui deviennent pour elle relativement irrésistibles. Elle peut aussi gober le booby, d’autant qu’elle ne détecte pas le fil passé sous la surface. En l’absence de touche, effectuer une longue tirée qui décalera le train de mouches d’environ 1 mètre et fera couler le booby, provoquant des turbulences attractives en surface. Attendez de nouveau. Le booby va remonter et le montage se stabiliser. Soyez vigilant, car les touches sont souvent violentes et peuvent vous arracher la soie des doigts.
    Cette technique peut aussi se pratiquer avec beaucoup de succès avec une mouche sèche et une petite nymphe. Elle présente le double avantage de soutenir la nymphe et de couler le fil de la mouche sèche. La mouche sèche devra simplement être choisie avec une bonne flottabilité, car elle devra rester en surface après de nombreuses immersions et résister à la traction de la nymphe vers le fond.


    Avec un booby en soie intermédiaire rapide à très plongeante

    La technique peut aussi être très efficace avec une soie plus plongeante, en utilisant le même train de mouches. A trois mouches, un chironome léger peut être intercalé entre la Cruncher et la soie. La Cruncher sera placée à proximité du booby pour rester proche de la surface. Des soies plus denses permettent, à l’inverse de la première technique présentée, de continuer à prospecter différentes couches d’eau, du bas vers le haut cette fois. Les mouches ne remontent plus vers la surface sous la traction du pêcheur mais sur celle, beaucoup plus douce, du booby. A l’arrêt, les nymphes restent suspendues entre deux eaux, à la manière des chironomes en phase lente d’émergence. L’animation est lente.


    Les bas de ligne

    Ils sont classiques. En soie flottante et intermédiaire lente, on peut placer un polyleader intermédiaire en bout de soie ou un bas de ligne à nœuds dégressif constitué, par exemple, de trois brins de 40 cm de 45, 35, 25 centièmes ou cinq brins de 30 cm de 45, 40, 35, 30, 25 centièmes. Ce porte-pointe est terminé d’une boucle. La longueur de la pointe varie selon le nombre de mouches. Avec une seule mouche, prévoir environ 1,50 m de fil ou un peu plus si vous pouvez le lancer, car les poissons peuvent se tenir assez profondément. Avec deux mouches, placer une première mouche sur une potence d’environ 20 cm entre 90 cm et 1,20 m de la boucle du porte-pointe, et une seconde entre 1,20 m et 2 m. A trois mouches, la distance entre les deux mouches de potence s’élève à environ 90 cm à 1,20 m. La mouche de pointe est placée entre 1,20 et 1,50 m de la seconde mouche de potence. Ces longueurs sont une base de départ. En pêche en soie flottante, avec une mouche lourde en pointe, vous pouvez être amené à allonger le brin entre la boucle du porte-pointe et la première mouche pour prospecter en profondeur. En washing line, vous pouvez, par exemple, avoir intérêt à réduire l’ensemble pour mieux étaler votre train de mouches avec un léger vent de face. En soie plongeante ou intermédiaire rapide, vous pouvez raccorder votre pointe directement à la boucle de la soie, et l’allonger ou la raccourcir selon que l’eau est sale ou claire, ou selon les difficultés du lancer. En tout cas, retenez que, si vous avez des difficultés pour lancer, vous devez réduire le nombre de mouches, puis réduire la longueur entre la première mouche et la soie ou la longueur entre les deux mouches. Quelques dizaines de centimètres en trop compliquent parfois énormément le lancer. Par eau claire, préférez supprimer une mouche que trop rapprocher deux mouches, dont la proximité alerterait les poissons. Même en maîtrisant bien le lancer, on ne pêche à trois mouches correctement qu’avec le vent dans le dos ou de travers (si possible de gauche à droite si l’on est droitier), avec un recul arrière assez dégagé. Si le vent est fort, l’exercice se complique. Il vaut bien mieux réduire le nombre de mouches et pêcher que de démêler continuellement son bas de ligne ou, pire, pêcher avec un bas de ligne emmêlé. N’essayez pas non plus de pêcher trop loin. Souvent, vous pourrez étaler très correctement votre bas de ligne à 15 ou 20 m et vous le poserez en paquet et l’emmêlerez en essayant d’atteindre une plus grande distance. Pensez aussi à ouvrir la boucle de votre soie lorsque vous pêchez à plusieurs mouches. Ce type de lancer est nettement plus efficace en bateau avec le vent dans le dos.
    Pour la pêche sous la surface en washing line ou plus profondément avec le booby, vous pouvez monter votre bas de ligne en nylon. Pour le washing line, il tirera moins les mouches vers le fond qu’un fil en fluorocarbone. Pour les pêches où les mouches doivent couler, le fluorocarbone est préférable. En pêche avec des soies plongeantes, le bas de ligne doit être plus solide qu’avec une soie flottante. Vous pêcherez en 18 à 20 centièmes, alors qu’avec une soie flottante vous pourrez descendre en 16 centièmes, voire moins, à condition de ne pas avoir la main lourde au ferrage.

  • Une partie de pêche en nymphes  et chironomes  avec Albert Bigaré

    Une partie de pêche en nymphes et chironomes avec Albert Bigaré

    La Belgique compte de nombreux pratiquants de la pêche à la mouche en lacs et réservoirs et un circuit de compétition très étoffé. Cette rubrique était l’occasion d’aller y faire un tour et d’y rencontrer un des moucheurs incontournables du pays : Albert Bigaré, compétiteur de talent mais aussi détaillant spécialisé. Nous l’avons retrouvé sur un plan d’eau non moins connu en Belgique et dans le nord de la France, le lac de Rabais.

    Par Philippe Collet

    La journée choisie pour se retrouver au bord de l’eau n’était pas des plus faciles : froid, averses et absence de soleil ont été à l’ordre du jour, un temps de saison me direz-vous. Malgré tout nous avons pu nous mesurer à de nombreux poissons. La technique que s’est proposé de nous expliquer Albert est une de ses favorites. Il s’agit de la pêche en nymphe sous la surface à l’aide d’une soie flottante à pointe intermédiaire courte, ou d’une soie hover. S’il utilise des soies du commerce, comportant une pointe d’environ un mètre en densité intermédiaire, comme par exemple la Teeny Invisi Tip et la Rio Midge Tip, Albert préfère se fabriquer une soie maison. Il apprécie les soies Vision Extreme Distance pour leurs capacités de lanceuses et leur ajoute en pointe un polyleader intermédiaire rapide Airflo destiné à la pêche du bonefish. Ce polyleader peut être raccordé, boucle dans boucle, au bout de la soie mais Albert préfère le raccorder en direct. Pour ce faire il dénude une partie du Polyleader en trempant ses premiers centimètres dans de l’acétone. L’âme monofilament ainsi mise à nu est ensuite enfilée dans l’âme tissée de la soie à l’aide d’un fil tungstène (cette technique a été expliquée dans le DVD « La leçon de pêche volume 5 » du numéro 70 de Pêches sportives). Le raccord entre les deux soies est ensuite lissé avec du Stormsure ou Aquasure et laissé sécher au moins 24 heures. Cette dernière opération garantit un passage fluide dans les anneaux. Le Polyleader et prolongé par une micro boucle pour accrocher le bas de ligne. Albert choisit un Polyleader bonefish pour la solidité de son âme, qui ne s’use pas trop rapidement à l’usage au niveau de la boucle.

    Une petite astuce d’Albert

    Le Stormsure ou l’Aquasure est un produit initialement conçu pour réparer les waders. Lorsque Albert m’en a parlé pour le bricolage de la soie, je lui ai dit que cela faisait un peu cher du raccord, sachant que le tube une fois entamé ne dure jamais bien longtemps, même soigneusement refermé. Il m’a alors fait part de cette petite astuce pour garder un tube au moins un an dans l’état d’origine après ouverture. Il le stocke dans un sachet plastique au congélateur. Il ne lui reste plus qu’à la ressortir et le laisser revenir à la température ambiante avant usage. Les qualités du produit n’en seraient pas du tout  altérées.
    Dans des conditions normales, cette soie permet de pêcher précisément des poissons actifs, juste sous la surface. Elle place directement les mouches à la bonne profondeur et surtout les maintient à ce niveau. Une soie entièrement intermédiaire ne peut pas réellement le faire car, même ramenée, elle coule inexorablement.
    La soie flottante permet de visualiser les touches et de déclencher un ferrage rapide. Elle permet aussi de pêcher avec des fils fins, plus fins qu’avec une soie intermédiaire dont l’inertie est bien plus forte sous l’eau. Ce type de soie trouve ses limites les jours de vent. Elle offre alors trop de prise aux risées et dérive trop vite, entraînant les mouches de façon peu naturelle à sa suite. Dans ces conditions, Albert préfère utiliser des soies Hover, c’est-à-dire des intermédiaires très lentes se maintenant sous la surface et les vagues. Ces soies se soustraient non seulement à la dérive dans un plan horizontal, mais aussi aux tractions occasionnées dans un plan vertical par les vagues. Ces soies sont peu nombreuses sur le marché. Il existait une soie SP Hover chez Airflo chère à Albert et très intéressante pour sa capacité à rester à 10 cm sous la surface. Elle a été remplacée par une soie Anti Wake moins performante. Lors de la sortie, Albert essayait pour la seconde fois une nouvelle soie Rio de ce type, très lente. Cette soie lui a donné entière satisfaction. Il s’agit de la soie Rio Outbound Hover WF 7 S1. Cette dernière, au fuseau de couleur « glacial » (bleu translucide), se lance très bien et descend à peine plus vite que la Hover Airflo de référence.


    Le bas de ligne

    Pour pêcher du bord, dans un souci d’efficacité et afin de minimiser les risques d’emmêlage, Albert place le plus souvent deux mouches sur son bas de ligne. Il ne pêche en nymphe, de cette façon, à trois mouches, quasiment qu’en barque dérivante dans les grands plans d’eau.
    Au bout d’une soie flottante à pointe intermédiaire, la première mouche est placée à 1,6 mètre de la soie puis, la deuxième, entre 1,3 mètre à 2 mètres en fonction des conditions de vent. Pour une pêche à une seule mouche, cette dernière est placée au bout d’un bas de ligne d’environ 4 mètres. Au bout des soies Hover, Albert noue un bas de ligne dégressif en queue de rat de 9 pieds ou 2,7 mètres en nylon. Ce bas de ligne se termine en 18 centièmes (4 X). La partie épaisse du bas de ligne est recuite trois minutes, dans l’eau bouillante, en maintenant le dernier mètre, le plus fin, hors de l’eau pour ne pas altérer ses qualités. Cette opération donne plus de souplesse au fil et surtout le rend plus coulant. Albert préfère utiliser un bas de ligne dégressif sans nœuds pour limiter les turbulences, qui lui paraissent dissuasives pour les poissons lors de l’animation. L’absence de nœud contribue aussi à limiter les risques d’emmêlage. Au bout de ce bas de ligne, il réa-lise une micro boucle à laquelle il connecte sa pointe. Pour deux mouches celle-ci est composée de 60 cm de fil avant la première potence puis 1,80 m avant la mouche de pointe. Pour une mouche, une pointe de 2 mètres prolonge le bas de ligne dégressif.
    Albert réalise des potences de  30 cm, qu’il réduit à 15 cm en cas de vent pour une pêche du bord. Celles-ci sont réalisées avec un nœud de chirurgien à trois tours. Une fois le nœud réalisé, le fil revenant vers la soie est coupé. Seul le fil orienté vers la mouche de pointe est utilisé. En cas d’utilisation de deux diamètres différents, le plus fin étant bien sur placé en pointe, la potence est formée par le fil le plus gros. Les fils utilisés sont le fluorocarbone Sightfree G3 de chez Airflo, le fluorocarbone Fulling-Mill, et le Rio Fluoroflex Plus, mais aussi des nylons. Albert juge en effet important de signaler que parfois le fluorocarbone coule trop vite, entraînant les mouches hors de la vue des poissons collés sous la surface. Un nylon est alors indispensable pour les maintenir au bon niveau.


    Cannes et moulinets

    Pour cette technique et de nombreuses autres, Albert utilise des cannes qu’il monte lui-même en  10 pieds soie de 7 chargées de soies en taille 7. Il utilise des moulinets Compo 69 modifiés par l’ajout d’un arceau de corde à piano inox. Cette amélioration permet d’éviter que la soie ne sorte sur le côté de la bobine lorsqu’on tire dessus (défaut de ce moulinet). Il apprécie ce moulinet pour son gros diamètre, son prix et celui de ses bobines, qui permettent une interchangeabilité rapide des nombreuses soies nécessaires en compétition.

    L’animation

    L’animation se fait canne basse, dans l’axe de la soie, scion au ras de l’eau. Si la pêche est difficile et les poissons tatillons, le scion est maintenu à 40 cm de l’eau et la boucle de soie qui se forme surveillée de très près. La moindre remontée ou non-descente, suite à une traction, est sanctionnée par un ferrage en relevant la canne. Il s’agit ici de ne pas tirer sur la soie avec la main libre, car on risque de casser, compte tenu du diamètre des fils utilisés. L’animation peut aller de l’immobilité à un pulling (tirées successives) rapide. Elle est tout de même le plus souvent lente, alternant des phases de tricotage, de tirées et d’arrêts plus ou moins prolongés. Plus l’animation est rapide, plus le fil doit être solide. En pulling, il est difficile de descendre en dessous de 18 à 20 centièmes. En pêche plus statique, Albert descend jusqu’au 12 centièmes. Il pêche le plus souvent en 15 ou 16 centièmes. Pour la même technique sur les réservoirs anglais, ses diamètres de fil s’échelonnent entre le 20 et le  23 centièmes. Retenez que le diamètre du fil doit être adapté à votre  maîtrise du ferrage. Si vous avez la main un peu lourde ne vous acharnez pas à pêcher trop fin.

    Les mouches

    Les mouches utilisées par Albert, pour cette technique, sont très variées. Elles ont par contre la particularité de ne pas être lestées, pour ne pas couler et pêcher dans un plan horizontal. Les hameçons ne sont pas trop forts de fer toujours pour éviter aux mouches de couler trop vite et aussi pour permettre une bonne pénétration sur des ferrages peu appuyés sur fil fin. Dans nos petits plans d’eau (en comparaison aux lacs anglais), des mouches en taille 12 ou 14 sont une bonne moyenne. Les mouches destinées à être pullées sont montées sur des hameçons droits et peuvent être montés sur des hameçons plus forts de fer dans les petites tailles, pour éviter leur ouverture. Des mini streamers, de la taille d’une grosse nymphe peuvent aussi être utilisés avec succès avec cette technique certains jours.

  • Végétaux aquatiques, poissons, avifaune, etc.

    Végétaux aquatiques, poissons, avifaune, etc.

    Ce volet consacré à la chaîne trophique des étangs vient clore une série d’articles riche en enseignement sur la vie de ces pièces d’eau dont on ne soupçonne pas la complexité de fonctionnement, mais aussi la fragilité. Désormais vous verrez les étangs, théâtre de vos exploits halieutiques, d’un œil averti !

    Par Jean-Philippe Delavaud et Philippe Collet

    Ce troisième article d’une série destinée à permettre une meilleure compréhension du fonctionnement biologique des étangs, lacs et gravières, clôt la description des éléments essentiels de la chaîne trophique. Dans les deux précédents, nous avions évoqué les compartiments eau, sédiment, phytoplancton, zooplancton, les insectes aquatiques et les crustacés. Nous terminerons ici avec les macrophytes, les poissons, l’avifaune et les autres espèces animales.


    La végétation aquatique

    On recense dans les plans d’eau environ 100 espèces de bryophytes ou mousses, 15 000 espèces d’algues (y compris les micro-algues déjà évoquées dans le précédent article) et 200 espèces d’angiospermes ou plantes à fleurs. Il serait illusoire d’en passer ici en revue l’ensemble des familles. Nous aborderons simplement le cas des végétaux supérieurs, à la fois indispensables au bon fonctionnement de l’écosystème et source de problèmes lorsqu’ils prolifèrent.

    On classifie généralement ces végétaux selon la nomenclature suivante :
    – Végétaux dressés ou hélophytes (joncs, roseaux, iris…)
    – Végétaux flottants ou à feuilles surnageantes (potamots, nénuphars, lentilles d’eau…) ou hydrophytes flottants
    – Végétaux immergés (élodées, cératophylles, myriophylles…) ou hydrophytes immergés.

    Les végétaux dressés

    Les végétaux dressés ou hélophytes, dont les plus typiques sont les phragmites, les typhas, les iris et autres joncs et carex, ont, en conditions d’eau normales, la plus grande partie de leurs feuilles et leurs fleurs émergées et les pieds dans l’eau. Ils extraient les éléments nutritifs minéraux contenus dans le sol au moyen de leurs racines, mais utilisent le gaz carbonique et l’oxygène contenus dans l’air pour se développer. Ils constituent une protection efficace des digues et des berges contre l’érosion et le batillage en jouant le rôle de “brise- vagues” et sont nécessaires à leur stabilité. Ces végétaux captent une grande part des nutriments et polluants pouvant ruisseler dans les plans d’eau qu’ils ceinturent et jouent souvent un rôle très important dans l’épuration du milieu. Ils sont d’ailleurs à la base des stations d’épuration sur rhizosphères (où les effluents circulent au travers d’un réseau dense de leurs rhizomes ou racines). Leur mise en place est souvent possible en replantant des portions de rhizomes. La répartition de ce type de végétation est fonction de la profondeur de la bordure du plan d’eau. L’espèce la plus invasive, Scirpus lacustris, peut se développer jusqu’à une profondeur de 110 cm. Généralement, la profondeur favorable aux hélophytes s’étale de 20 à 70 cm.

    Les végétaux flottants

    Certains sont enracinés dans le sol, où ils puisent les éléments nutritifs, alors que leurs feuilles, pourvues d’un revêtement cireux (cas typique des nymphéas ou nénuphars), flottent à la surface de l’eau. D’autres ont des racines pendantes leur permettent de prélever, dans l’eau, des éléments minéraux. Les lentilles d’eau (genre Lemna), qui font partie de cette famille, se développent en général dans des eaux très riches (apports importants d’eaux résiduaires). Les stomates situés à la surface des feuilles absorbent le gaz carbonique de l’air et restituent de l’oxygène directement dans l’atmosphère.
    Ces végétaux d’étangs calmes et bien abrités du vent forment un écran qui gène la pénétration des rayons du soleil sous l’eau et donc la photosynthèse, limitant la production de phytoplancton ou le développement d’une végétation aquatique diversifiée. Ils contribuent ainsi indirectement à désoxygéner l’eau. Leur présence exclusive sur des surfaces importantes d’un plan d’eau est néfaste. D’autres végétaux flottants comme certains potamots ou les renouées aquatiques, aux feuilles plus petites et moins couvrantes, ont un impact bien moins négatif.

    Les végétaux submergés

    La végétation aquatique submergée se développe en pleine eau. Chez certaines espèces, de petites feuilles et/ou des inflorescences peuvent apparaître à la surface (cas des myriophylles, par exemple). La photosynthèse a lieu dans l’eau. Elle entraîne des variations d’oxygène et de pH importantes pendant le cycle jour/nuit. Ces plantes se multiplient facilement par voie végétative. En se bouturant, elles peuvent devenir rapidement envahissantes. Cet élément primordial doit être pris en considération dans le cadre de la régulation de la végétation aquatique. Un grand nombre de variétés hibernent sous forme de bourgeons à la surface du sédiment.
    Les familles les plus fréquemment rencontrées dans les étangs sont : Myriophyllum, Ceratophyllum, Potamogeton, Renonculus, Elodea. Ces plantes ont la réputation d’être oxygénantes, et donc bénéfiques pour le milieu. Leur prolifération peut toutefois être néfaste. En effet, si ces végétaux produisent de l’oxygène dans la journée, par le biais de la photosynthèse, ils en consomment la nuit en respirant (phénomène inverse où le végétal produit du gaz carbonique) et peuvent dans certains cas générer des anoxies (déficits en oxygène) nocturnes. La quantité de végétaux admissible dans un étang peut être guidée par sa vocation et son utilisation. Il peut être tentant de les éliminer pour favoriser la pêche. Il convient alors de rappeler qu’ils constituent un support, un garde-manger, une cache… pour de nombreuses espèces allant des diatomées aux poissons, en passant par les invertébrés aquatiques Il sont indispensables à la reproduction de nombreuses espèces piscicoles.


    Les algues filamenteuses

    Il existe des sous-groupes que l’on ne classe pas dans les végétaux supérieurs : celui des algues filamenteuses, parmi lesquelles on trouve les fréquentes spirogyres, mais également les Cladophora, Enteromorpha, etc., celui des algues de croissance secondaire, siliceuses, vertes, bleues, qui adhérent, par le biais de supports constitués d’agrégats gélatineux, à la surface des végétaux aquatiques ou à des matériaux inertes (pierres, ouvrages…), où elles forment des dépôts glissants. L’invasion régulière d’un plan d’eau par les algues filamenteuses traduit souvent de graves déséquilibres. Les apparitions ponctuelles de ces algues sont moins alarmantes.

    Les poissons

    Il s’agit des derniers maillons de la chaîne alimentaire aquatique, hors prédateurs extérieurs. Dans un plan d’eau non rempoissonné régulièrement, leur présence en nombre et leur répartition sont fonction des nombreux paramètres : richesse en nourriture, supports de reproduction, potentiel d’abris et de nourrissage pour les juvéniles, diversité des milieux… En cas d’empoissonnement, la proportion relative des diverses espèces introduites, et leur quantité dépendront tout autant de la vocation de l’étang (pêche de loisirs, production piscicole…) que de l’aptitude du milieu à favoriser le développement de telle ou telle espèce. Il doit aussi être tenu compte des contraintes légales, qui interdisent l’introduction d’espèces non autochtones ou susceptibles de provoquer des déséquilibres biologiques dans les eaux libres. L’introduction d’espèces considérées comme autochtones : brochets, sandres, perches, black-bass, est proscrite dans le cas d’étangs en communication avec un cours d’eau de première catégorie (à prédominance salmonicole). On distingue grossièrement trois grands groupes de poissons dans la plupart de nos plans d’eau :

    Les cyprinidés

    Brème, gardon, rotengle, carpe, tanche, goujon, carpes « chinoises » (amour blanc, argenté, marbré), carassin… appartiennent au groupe des cyprinidés. Le régime alimentaire de ces espèces est souvent mixte. Elles peuvent consommer des animaux benthiques, du zooplancton, du phytoplancton, des nutriments organiques inertes, voire des végétaux. Notons le cas particulier des carpes chinoises, qui sont strictement herbivores ou consommatrices de phytoplancton ou de zooplancton, selon les espèces. Les cyprinidés constituent le poisson fourrage consommé par les espèces carnassières.

    Les carnassiers

    Brochet (ésocidé), sandre et perche (percidés), silure (siluridé) et black-bass (centrarchidé) constituent l’essentiel du groupe des carnassiers. On peut y ajouter dans certains cas (avec les limites des paramètres physico-chimiques de l’eau) les salmonidés : truites fario et arc-en-ciel, saumon de fontaine… La cohabitation de plusieurs espèces carnassières est généralement difficile au sein d’un étang, dans la mesure où il existe une compétition interspécifique. Plus la surface en eau est importante et les milieux diversifiés, plus cette dernière est harmonieuse.


    Les espèces indésirables

    Le caractère indésirable de certaines espèces est lié à leur potentiel proliférant, à la prédation ou à la concurrence qu’elles exercent sur les autres espèces. Leur introduction peut conduire à la disparition de peuplements autochtones. Rentrent dans ce classement les poissons-chats, les perches soleil, les grémilles ainsi que, depuis une époque plus récente, les Pseudorasbora. Ce petit poisson, originaire du Japon (sa forme n’est pas sans rappeler celle de certains poissons nageurs japonais), a tout d’abord été introduit dans les pays de l’Est. Il a ensuite colonisé nos eaux via des importations de poissons. Le transport de ces espèces vivantes est interdit. L’équilibre piscicole optimal d’un étang repose sur une répartition harmonieuse d’espèces qui valorisent l’ensemble des compartiments trophiques. En cas d’apparent déséquilibre des populations, une approche précise du milieu est indispensable en préalable à tout empoissonnement.

    L’avifaune

    Les oiseaux fréquentant les étangs peuvent être sédentaires ou migrateurs. Les populations les plus importantes et impactantes sont constituées par les palmipèdes (canards de diverses espèces, oies, cygnes…). La quantité de canards sédentaires admissible sur un étang est fonction de la qualité initiale du milieu ainsi que des conséquences biologiques liées à leur présence. Ils participent à l’équilibre écologique global, en valorisant des niveaux trophiques non exploités par les espèces piscicoles, mais leur présence en excès sera néfaste, surtout s’ils sont nourris. Leur présence en surnombre peut avoir des répercussions sérieuses sur le milieu aquatique par un excès de fertilisation et une dégradation de la qualité bactérienne de l’eau liés à leurs déjections.
    Les foulques, infatigables consommatrices de végétation aquatique, peuvent aussi être présentes en grand nombre sur les plans d’eau. Elles jouent probablement un rôle important dans le bouturage des macrophytes immergées qu’elles consomment.
    Les oiseaux ichtyophages (ou piscivores) sont aussi des hôtes des étangs. Cette partie de l’avifaune, qui regroupe les hérons, grèbes, martins-pêcheurs, butors, mouettes ou autres cormorans, joue également un rôle écologique de premier plan, en consommant les poissons malades ou affaiblis et en évitant ainsi certaines épizooties (épidémies chez les animaux). Depuis quelques années, on assiste cependant à l’explosion démo- graphique de certaines espèces, dont le grand cormoran. La présence massive de cet oiseau sur un étang compromet sérieusement l’équilibre piscicole, par consommation directe, blessure ou stress des poissons. Il est de plus un vecteur potentiel de pathologies, par ses déplacements d’un étang à l’autre. Les mesures de régulation prises à son encontre semblent être d’une portée limitée. A l’heure actuelle, et en dépit des campagnes de régulation qui sont menées (comptage des oiseaux avec définition de quotas de tir), la présence excessive de cette espèce dans certains secteurs pose toujours problème. L’avifaune apprécie les bordures d’hélophytes denses, où elle peut s’abriter, se reproduire et trouver de la nourriture.
    Le milieu étang est fréquenté par une multitude d’autres espèces, pour lesquelles il représente une source de nourriture, d’abreuvement, un abri, un milieu de vie strict… Les plans d’eau et leurs berges sont des lieux très riches en insectes, batraciens, reptiles et même mammifères. Concernant ces derniers, on insistera plus particulièrement sur les espèces susceptibles de porter atteinte à la qualité du milieu et/ou des ouvrages. Citons notamment : les rats (surmulot), les rats musqués (ondatra), les ragondins (myocastor). Ces trois espèces creusent des galeries préjudiciables à l’intégrité des digues et des berges en générant des effondrements ou des fuites. Elles peuvent transmettre certaines pathologies dangereuses pour l’homme, telle la leptospirose. Cette dernière, dont l’agent infectieux est disséminé par l’urine de rat, véhiculée par l’eau, peut être mortelle. Ces rongeurs doivent donc faire l’objet d’une régulation (piégeage ou tir) selon des modalités définies par la loi.
    Vous avez pu commencer à percevoir, à la lecture de ces trois articles, à quel point l’ensemble des compartiments de la chaîne trophique décrits sont interdépendants. Nous nous attacherons, dans de prochaines parutions, à décortiquer les mécanismes de l’apparition des déséquilibres les plus classiques. Cette approche vous permettra de mieux en comprendre les causes. Elle vous donnera des bases diagnostiques utiles pour mieux gérer un plan d’eau et aussi pour mieux pêcher !

  • Les éléments essentiels de la chaîne trophique

    Les éléments essentiels de la chaîne trophique

    Ce deuxième article d’une série destinée à permettre une meilleure compréhension du fonctionnement biologique des étangs, lacs et autres gravières, traite des éléments essentiels de la chaîne trophique des étangs. Dans le précédent numéro, nous avions décrit les compartiments eau et sédiments. Nous allons ici nous focaliser sur le phytoplancton, le zooplancton et les insectes aquatiques.

    Par Jean-Philippe Delavaud et Philippe Collet

    Le phytoplancton

    Le phytoplancton est la composante végétale du plancton. Il s’agit d’algues de très petite taille, pouvant être mono ou pluri-cellulaires. Le phytoplancton contribue largement à la coloration de l’eau. On en distingue cinq grands groupes :

    – Les diatomées, à coque siliceuse, largement représentées dans les milieux pauvres en éléments nutritifs.
    – Les dinophycées et les Chrysophycées, présentes dans des milieux plus riches.
    – Les chlorophycées et les volvocales, témoins de milieux normalement riches et équilibrés. Ces types phytoplanctoniques sont volontiers consommés par les organismes filtreurs du zooplancton.
    – Les euglenophycées, qui peuvent consommer de micro particules organiques en suspension (capacité hétérotrophe)
    – Les cyanobactéries, témoins de déséquilibres sur lesquels nous reviendrons dans le détail dans de futurs articles. Ces végétaux présentent la particularité de pouvoir capter l’azote atmosphérique. Certaines espèces sont toxiques et représentent souvent une impasse trophique (elles n’enrichissent pas la chaîne alimentaire).

    Il existe généralement une gradation au sein d’un même étang, correspondant à l’évolution de la température et de la photopériode. On voit se succéder du printemps à l’été des populations majoritaires de diatomées, puis des dinophycées et/ou des chlorophycées, pour finir, si les choses évoluent mal, des cyanophycées. Toutes ces algues sont dotées de capacités photosynthétiques, qui auront une importance déterminante sur le pH et les variations des taux d’oxygène.
    La coloration de l’eau est typique de certaines familles phytoplanctoniques : brune pour les diatomées, verte pour les chlorophycées, bleu-vert, vert fluo ou rouge pour les cyanobactéries… Il est possible d’évaluer l’état du plan d’eau grâce à se couleur et à sa transparence. Certains paramètres perturbants, comme les matières en suspension, sont toutefois susceptibles d’interférer avec les colorations liées aux développements phytoplanctoniques. Il ne s’agit donc que d’un repère indicatif. Des analyses plus poussées en laboratoire, tant qualitatives que quantitatives, sont très utiles à la bonne compréhension du fonctionnement d’un milieu.
    Le phytoplancton est la production primaire du plan d’eau. Il représente souvent la plus grande biomasse des étangs (hors cas des plans d’eau clairs et fortement enherbés). Il constitue la base de la chaîne alimentaire en étant consommé par une partie du zooplancton, par de nombreux insectes aquatiques et même par certains poissons.

    Différentes espèces de phytoplancton :

    Mycrocystis, une cyanobactérie particulièrement toxique que l’on trouve de plus en plus dans nos plans d’eau.
    Pediastrum, chlorophyte stable présentant un grand intérêt trophique.
    Navicula, une diatomée avec sa coque siliceuse.
    Aphanizomenon flos-aquae, cyanobactérie captatrice d’azote atmosphérique.


    Le zooplancton

    Partie animale du plancton, le zooplancton est une autre composante essentielle de la biocénose. Il constitue une ressource alimentaire pour de nombreuses espèces. Il est composé de plusieurs familles :

    – Les rotifères, caractérisés par leur petite taille (quelques dizaines de microns), dont le régime alimentaire est varié : algues, bactéries, particules organiques.
    – Les copépodes, comportant eux-mêmes deux sous-groupes : les cyclopides, carnivores et susceptibles à ce titre d’exercer leur prédation sur d’autres formes zooplanctoniques et  les calanides, herbivores essentiellement représentés dans les étangs peu productifs.
    – Les cladocères, en particulier les daphnies, organismes filtreurs dont la taille évolue de 0,25 à 3 mm selon les espèces.

    Outre leurs qualités nutritives, ces animaux représentent, à l’instar des populations phytoplanctoniques, des indicateurs précieux de la productivité du milieu. Leur abondance relative, corrélée à l’ensemble des paramètres évoqués précédemment (qualité physico-chimique de l’eau et du sédiment, qualité du phytoplancton), orientera la stratégie de gestion du plan d’eau.

    Différentes espèces de zooplancton :

    Bosmina, daphnie faisant partie de la famille des cladocères.
    Rotifère, plus petite forme zooplanctonique.
    Eudiaptomus, copépode adulte caractéristique des milieux pauvres.
    Nauplius, forme larvaire de zooplancton.


    Les insectes aquatiques

    Les insectes aquatiques font partie intégrante du milieu. Certains sont aquatiques stricts (dytiques par exemple), d’autres ont seulement leur phase larvaire dans l’eau (diptères, éphémères, trichoptères…). Leur présence en nombre est, elle aussi, très importante pour la productivité piscicole du milieu. Elle conditionne de plus la qualité de la pêche, notamment celle des salmonidés à la mouche.
    La plupart des insectes sont herbivores ou détritivores, d’autres sont carnivores. La dynamique du peuplement phytoplanctonique va conditionner leur bonne représentation. A titre d’exemple, de nombreux éphémères se nourrissent des diatomées se développant sur le substrat ou la végétation. C’est après la reprise de la production de diatomées au printemps que l’on retrouve des larves de baetidés de taille facilement observable dans les prélèvements. Avant, elles sont trop petites.


    Les crustacés

    Diverses espèces d’écrevisses peuvent coloniser les étangs. La plupart sont invasives et ont remplacé l’écrevisse à patte rouge qu’elles ont anéantie. Elles sont omnivores mais volontiers carnassières. Elles adaptent leur régime aux opportunités du moment et sont pour certaines essentiellement herbivores. Certaines espèces comme l’écrevisse rouge de Louisiane peuvent miner les berges des plans d’eau et mettre en péril l’étanchéité des ouvrages.
    L’écrevisse rouge de Louisiane, procambarus clarkii, très agressive, nuit à la stabilité des berges et des digues.
    L’écrevisse signal ou écrevisse du Pacifique, pacifastacus lenisculus, est présente dans de nombreux plans d’eau où elle consomme volontiers la végétation aquatique. Elle est facile à identifier avec ses grosses pinces ornées de taches claires bleutées. Vous pouvez commencer à percevoir, à la lecture de ces deux premiers articles, à quel point l’ensemble des compartiments de la chaîne trophique sont interdépendants. Tout déséquilibre dans l’un d’entre eux s’accompagne de perturbations pour l’ensemble. Nous poursuivrons dans le prochain numéro la description de ces différentes composantes de la chaîne trophique en nous intéressant notamment à la végétation aquatique et aux poissons.

  • La chaîne trophique des étangs

    La chaîne trophique des étangs

    Cet article est le premier d’une série qui devrait nous permettre de mieux comprendre le fonctionnement biologique des étangs et autres lacs et gravières et ainsi de mieux les gérer ou, au minimum, de mieux les pêcher. Il a été écrit par deux hommes de terrain habitués à travailler en partenariat sur des diagnostics de plans d’eau. Cette première partie, ainsi que la seconde à venir, aborde la chaîne trophique des étangs. Même si elle présente un caractère un peu austère, elle est un préalable indispensable à quiconque a l’ambition de comprendre le fonctionnement d’une pièce d’eau. La dernière partie s’attachera à décrire des aspects plus pratiques, à savoir la description des principaux dysfonctionnements et de leurs causes, la description des remédiations envisageables pour rétablir une situation d’équilibre.

    Par Jean-Philippe Delavaud et Philippe Collet

    L’étang est, pour certains une étendue d’eau mystérieuse et muette inspirant une forme de mélancolie, pour d’autres un « réservoir à moustiques » trouble et stagnant entouré de roseaux de piètre utilité, ou encore, un milieu envasé et fréquenté par des espèces peu attractives. L’étang, c’est aussi le souvenir des baignades estivales, des parties de pêche au bouchon avec le grand-père, des pique-niques au bord de l’eau. C’est encore des idées de valorisation diverses et variées parfois un peu contre nature. L’étang ne laisse personne indifférent, mais peu d’entre nous comprennent réellement ce qui se passe sous son miroir et sur ses berges. Il peut receler des richesses insoupçonnées ou être complètement stérile, seuls les observateurs les plus avertis feront la différence.
    Les étangs ont un mécanisme de fonctionnement complexe. Il est d’ailleurs difficile de parler d’ »étang » au singulier, tant leurs types sont variés : en effet, le milieu aquatique ne peut être envisagé indépendamment de son contexte environnemental naturel, et le cas échéant des perturbations anthropiques (perturbations liées à l’activité humaine) qui y sont associées.
    Dans un souci de schématisation, on peut toutefois définir trois grands types d’étangs à partir de leur fonctionnement hydrologique :
    – ceux qui disposent d’une arrivée d’eau permanente (source ou cours d’eau), avec un taux de renouvellement variable selon les situations,
    – ceux dont l’alimentation est assurée par le seul ruissellement pluvial sur le bassin versant,
    – ceux en relation avec une nappe alluviale (gravières) ou phréatique.
    Il apparaît d’emblée des profils très différents. Cette première approche est ensuite nuancée par des paramètres de deux ordres :
    – facteurs exogènes (extérieurs), tels que l’altitude, l’ensoleillement, le type de couverture végétale périphérique, la qualité des intrants, la nature géologique des sols, les activités humaines,
    – facteurs endogènes (intérieurs), comme la profondeur, la surface, le peuplement végétal ou piscicole, le cycle hydrologique, le mode de gestion.
    Il ressort de cette vision très synthétique une multitude de situations différentes. Chaque étang est particulier et l’approche de sa gestion nécessite une démarche unique, a fortiori si l’on intègre la dimension essentielle qu’est la vocation qui lui sera dévolue.
    Au sein de l’étang lui-même et en excluant dans un premier temps toute notion d’environnement périphérique, il est possible de séparer un certain nombre de compartiments : l’eau, le sédiment, le phytoplancton, le zooplancton, les macrophytes, le poissons, l’avifaune et les autres espèces animales. Cette fragmentation est volontairement simplifiée, car nous verrons que les niveaux décrits sont étroitement interdépendants dans le cadre de la chaîne trophique (chaîne alimentaire). Nous traiterons de l’eau et du sédiment dans cette première partie.


    L’eau

    Il est inutile de préciser à quel point la qualité de cet élément est essentielle au bon fonctionnement de l’écosystème dans son ensemble. C’est au travers de ses paramètres physico-chimiques que l’on va l’apprécier.
    S’il est évident qu’une eau « pure » est souhaitée dans le contexte particulier de certaines utilisations comme la baignade ou la pêche des salmonidés, les fourchettes de valeur données ci-après sont davantage typiques d’un milieu équilibré au sens biologique du terme, et favorable à ce titre au développement harmonieux de la biocénose (ensemble des organismes vivants).

    La température

    Hormis les plans d’eau alimentés par des intrants (sources) à température constante, généralement froide et avec un fort taux de renouvellement, la température de l’eau d’un étang évolue selon les saisons et les localisations géographiques de 2 à 30 °C. La plupart des espèces autochtones (salmonidés exclus) tolèrent de telles amplitudes thermiques. L’activité des poissons est très réduite en-dessous de 5 °C et les développements trophiques les plus harmonieux sont rencontrés dans une fourchette de 15 à 25 °C. La température est un élément primordial, à la base de la notion de gestion. Toute intervention sur l’étang intègrera ce paramètre.

    L’oxygène

    C’est un autre élément essentiel, dont la teneur dans l’eau est le fruit d’un subtil équilibre intégrant les apports (échanges air-eau, photosynthèse) et les pertes (respiration végétale nocturne, dégradation organique et consommation par les autres composants de la biocénose). Si l’on exclut arbitrairement toute intervention des organismes vivants, l’état d’équilibre optimal est rencontré pour une saturation de l’eau à 100 %. Ce niveau de saturation étant lui-même lié à la température de l’eau et à la pression atmosphérique. A titre d’exemple, à pression atmosphérique constante (760 mm de mercure), la saturation en oxygène est de 14.5 mg/l à 0 °C. Elle descend à 9.1 mg/l à 20 °C, et 7.5 mg/l à 30 °C… L’agitation moléculaire, source de dégazage, augmente avec la température et entraîne donc une baisse du niveau de saturation de l’eau. On rencontre également de façon habituelle des sursaturations en oxygène (150 % et plus), corrélées à une activité photosynthétique intense dans des eaux généralement chaudes. Pour ces raisons, toute mesure brute du taux d’oxygène (en mg/l) doit être rapportée au pourcentage de saturation, donnée beaucoup plus éloquente et donc utilisable. On considère de façon générale qu’un taux d’oxygène de 6 mg/l et plus est optimal pour la vie piscicole. Bien que nombre d’espèces soient capables d’accepter ponctuellement des taux très faibles (2mg/l ou moins sur de courtes périodes). Les salmonidés introduits dans les réservoirs ont des exigences nettement supérieures aux poissons d’étangs.


    Le pH

    Ce paramètre mesure le niveau d’acidité de l’eau. La fourchette considérée comme idéale se positionne dans une gamme de 6,5 à 9, la neutralité se situe à 7. Le pH est étroitement lié à la nature de l’environnement : un sol tourbeux ou une forêt de résineux sur le bassin versant généreront par exemple de l’acidité. Il est aussi lié à la photosynthèse qui au contraire le fait augmenter, à la qualité de l’eau (pouvoir-tampon), etc. De manière générale, toute consommation d’oxygène par les organismes vivants entraîne une diminution du pH (rejet de dioxyde de carbone qui est un acide faible) et à l’inverse toute production d’oxygène (photosynthèse avec consommation du CO2) génère une augmentation de ce dernier. Ceci explique les variations diurnes et nocturnes du pH dans un même étang. Le pH peut être corrigé (notamment lorsqu’il est acide) par des apports extérieurs. Les eaux alcalines (pH basique supérieur à 7) présentent globalement un potentiel productif supérieur. La tolérance des poissons admet des fourchettes s’étendant pratiquement de 4,5 à 10 (à nuancer selon les espèces).

    L’azote

    Cet élément peut être présent dans l’eau sous quatre formes essentielles : ammoniac, ion ammonium, nitrites, nitrates. Résultant de la dégradation des déchets organiques ou du métabolisme des êtres vivants, l’ammoniac est un composé toxique pour les poissons, contrairement à sa forme ionisée (ammonium). Son ionisation est facilitée par des pH acides. Les bactéries naturellement présentes dans le milieu (nitrosomonas et nitrobacter) oxydent ensuite l’azote pour le transformer en nitrites (toxiques, mais cet état est normalement fugace), puis en nitrates valorisables par les végétaux. Cet élément est l’une des bases de la chaîne trophique. La présence d’ammoniac ou de nitrites témoigne soit d’une pollution extérieure, soit d’un déséquilibre du milieu, consécutif classiquement à une surpopulation piscicole et/ou à un défaut d’oxygène.


    Le phosphore

    Le phosphore mérite une attention toute particulière, dans la mesure où il peut être à l’origine de perturbations débouchant sur des déséquilibres importants : en effet, le développement harmonieux des populations phytoplanctoniques (plancton végétal) est conditionné par le rapport phosphore/azote qui se situe idéalement dans une fourchette de 1/4 à 1/10. À défaut, on peut voir apparaître des espèces indésirables de phytoplancton : les cyanophycées, impasses dans la chaîne trophique car peu consommées et potentiellement toxiques (nous aurons l’occasion d’en parler longuement dans les prochains articles).

    Le calcium

    C’est un élément également essentiel pour la productivité primaire (production de phytoplancton). Il est souvent stocké au niveau du sédiment. On retiendra comme base un taux de Calcium (Ca) de l’ordre de 10 mg/l. Son taux permet d’apprécier la dureté de l’eau. Il joue un rôle essentiel dans le piégeage sédimentaire du phosphore.
    Ces divers paramètres ou éléments sont étroitement imbriqués et conditionnent l’équilibre ou le déséquilibre d’un milieu suite à leur utilisation par la biocénose.
    On citera, pour mémoire, un certain nombre d’autres paramètres comme : la conductivité qui lorsqu’elle est élevée constitue un marqueur de pollution, hors cas des eaux fortement minéralisées à l’état naturel ; les Demandes Biologique et Chimique en Oxygène (DBO et DCO témoins de l’altération de la qualité biologique ou chimique du milieu) qui doivent rester dans des gammes basses, ou encore les Matières En Suspension (MES) dont l’augmentation du taux entraîne un phénomène de turbidité (perte de transparence) peu propice au développement harmonieux du phyto- plancton.

    Le sédiment

    Ce second compartiment est essentiel à plus d’un titre. C’est au niveau du sédiment que l’on rencontre les micro-organismes responsables de la dégradation de la matière organique, ainsi que les bactéries impliquées dans le cycle de l’azote. Ces organismes trouvent là un support pour se fixer, se développer. La fine couche productive située à la surface du sédiment, à l’interface avec l’eau, est une véritable « usine à recycler ». Elle est très mince et ne mesure que quelques millimètres mais conditionne le fonctionnement de l’écosystème dans son ensemble.
    Le sédiment est composé d’une fraction minérale : sables, graviers, limons… d’une fraction organique et d’eau contenue surtout dans l’ »éponge » constituée par la matière organique. La matière organique du sédiment est pour partie inerte (issue de la dégradation des feuilles, des herbiers, du phytoplancton et des êtres vivants… tombés au fond de l’eau une fois morts) et pour partie vivante (macro-invertébrés benthiques colonisant le substrat, phytoplancton se développant à la surface du sédiment, bactéries…).
    Nombre d’éléments minéraux cités auparavant transitent par le sédiment où ils peuvent être piégés, c’est le cas en particulier du phosphore et du calcium, puis relargués consécutivement à des variations de paramètres physico-chimiques (augmentation de la température, baisse du taux d’oxy-gène…). Le sédiment est donc loin d’être inerte et il convient de prendre en considération l’importance des transferts qu’il réalise avec l’eau.
    A l’interface du sédiment, les micro-organismes responsables de la dégradation de la matière organique ont besoin, pour la plupart d’entre eux, d’oxygène pour se développer et « travailler », ce qui est le cas en particulier pour les bactéries du cycle de l’azote (qui ont un métabolisme qualifié d’aérobie). À défaut, ce sont des processus fermentaires qui vont apparaître (anaérobiose ou absence d’air), avec leur cortège caractéristique de déséquilibres et de désagréments olfactifs (odeur d’œuf pourri de la vase par exemple).
    Pour être imagé, un processus de dégradation aérobie d’une masse de matière organique est « rapide » et produit, à l’image d’un feu de bois, son petit tas de cendres résiduel, alors qu’un processus anaérobie est très long, ne dégrade rien et transforme la matière organique en une masse imposante de vase ou de tourbe ou, à l’échelle géologique, de charbon ou de pétrole qui ne sera apte à se dégrader qu’une fois de nouveau en contact avec de l’oxygène.
    Au fond des plans d’eau anciens, l’accumulation de matière organique morte génère souvent une anoxie (absence d’oxygène) quasi-permanente. Ce simple constat nous permet par exemple de tordre immédiatement le cou à des pratiques abusives consistant à proposer à des gestionnaires de plans d’eau de recourir, sans autres formes de remédiations, à des cocktails de bactéries aérobies pour réduire l’envasement et dynamiser le milieu en digérant la matière organique. Tout apport de nouvelles bactéries ne représente, dans un tel contexte, qu’un cataplasme sur une jambe de bois, elles ne survivront pas plus que les autres. Si l’on ajoute à cela que certaines préconisations sont faites en l’absence d’analyse permettant de connaître la fraction organique du sédiment, on assiste parfois à des traitements bactériens réalisés sur un comblement d’origine minérale. Dans ce cas, les bactéries sont totalement inopérantes pour dévaser car, même si elles sont boostées, elles ne peuvent toujours pas dévorer les limons, le sable et les graviers ! On trouve enfin dans le sédiment un ensemble d’organismes de petite taille regroupés sous l’appellation de « benthos ». Il s’agit de vers, de crustacés, de larves, de mollusques, dont certains sont détritivores et participent activement à ce titre à la dégradation de la matière organique. Tous ces organismes ont besoin d’oxygène (à des degrés divers) pour se développer.

  • La pêche  au plomb palette

    La pêche au plomb palette

    En ces temps où tout pêcheur au leurre qui se respecte se doit d’avoir une panoplie complète des derniers leurres souples ou durs du marché, le plomb palette aussi simple et dépouillé que bon marché a un petit côté insolent. D’autant qu’assez souvent il prend plus de poissons que des leurres bien plus sophistiqués. Encore faut-il y croire et bien l’animer.

    Par Philippe Collet

    J’aime bien le côté rétro et simple du plomb palette, digne de l’époque où je rêvais à des pêches extraordinaires en feuilletant les pages pêche du catalogue Manufrance ou de l’unique revue La Pêche et les poissons qui nous décrivait la pêche des perches au guignol. Le plomb palette appelé parfois plomb à dandiner n’a pas vieilli. Il revient en force au goût du jour. Encore utilisé couramment dans certaines régions pour pêcher la perche et le sandre, il semble avoir été remis sur le devant de la scène par Christian Cochard, guide de pêche de Corrèze qui a développé une gamme de modèles avec la Société Delalande. Ce leurre très simple est en même temps très moderne. Il est notamment utilisé régulièrement par les compétiteurs carnassiers, à qui il permet de sauver des manches, voire de gagner certains concours. J’avais beau avoir entendu parler de ces leurres, en avoir même acheté quelques-uns, je n’y croyais pas vraiment et les avais laissés au fond de mes boîtes, pensant qu’ils pouvaient certainement fonctionner dans les rassemblements de perches, en lacs de barrage par exemple.
    A l’occasion d’un salon, alors que j’expliquais à Guillaume Legarrec (guide de pêche salarié de l’office de tourisme d’Evreux) mes difficultés à leurrer les sandres, le long des palplanches, dans les canaux proches de chez moi, il m’avait répondu sans hésiter : « Plomb palette ! Essaye au plomb palette, tu les prendras ! » Sur le salon suivant, il m’en avait rapporté quelques-uns tous montés et m’avait expliqué brièvement, mais de façon assez démonstrative, l’animation.
    De retour chez moi, je réalisai rapidement une petite sortie en canal, en fin de journée et eus l’agréable surprise de leurrer deux jolis sandres au ras du bord. Depuis j’ai repris des sandres, mais aussi des perches, quelques brochets dont plusieurs m’ont coupé net, et même une brème (par la gueule bien sûr). Je peux vous dire que maintenant j’y crois !


    Le plomb

    Le plomb palette est une petite pyramide allongée, percée dans son sommet. Sa face est large et plate, en forme de triangle. Ses côtés sont fins et arrondis ou biseautés. Sa base est biseautée. Avec une telle forme, la base, plus large donc plus lourde, va redescendre la première sur les relâchers. Puisqu’elle est biseautée, elle va avoir tendance à décrocher si elle prend assez de vitesse. Un plomb palette animé lentement ou plutôt mollement ne sera que rarement pêchant. Il se contentera de monter et descendre dans un plan strictement vertical. Si l’animation est plus rapide et surtout plus saccadée, il décrochera de façon complètement imprévisible et deviendra beaucoup plus attractif. Les plombs les plus classiques pèsent de 10 à 20 grammes. Face à l’engouement de plus en plus important pour cette technique, on trouve maintenant sur le marché des plombs de 7,5, 9,5, 12, 15,5, 22 et, grande nouveauté, 31 et 41 grammes chez Delalande (a priori le seul fabricant). Les petits grammages 7,5 à  12 seront préférés pour les pêches du bord dans peu d’eau et, en lancer ramener, les grammages plus importants pour les pêches en bateau ou des pêches plus lourdes du bord. Les plombs de 31 et 41 grammes trouveront certainement leurs inconditionnels pour les pêches en bateau dans les grandes rivières à courant soutenu, et pourquoi pas en mer. La première réaction lorsqu’on a ce plomb en main, c’est de vouloir le gratter, lui coller des plaques imitant des écailles pour le rendre brillant ou le peindre. Il semble que la couleur terne naturelle soit encore celle qui marche le mieux.
    Ce petit leurre est capable de prendre de beaux sandres ou brochets, probablement parce qu’il colle bien à la taille des petits alevins que consomment parfois ces derniers. Un plomb palette bien animé peut ressembler à un alevin en perdition.


    Le montage

    Les montages diffèrent quelque peu d’un utilisateur à l’autre mais le principe de base est très simple. En partant de la canne, on enfile le plomb, une perle, un morceau de gaine plastique de couleur, puis on noue un hameçon triple. On rabat ensuite la gaine sur l’hameçon, dont on recouvre la hampe. Cette gaine sert à éloigner le triple du plomb, elle est coupée de telle façon qu’une fois le montage terminé l’hameçon triple dépasse du bas du plomb. Certains, dont Christian Cochard, pincent un plomb fendu entre la perle et le plomb palette éloignant alors un peu plus le morceau de gaine et le triple. Il m’est arrivé, un soir où je n’avais ni gaine ni plombs fendus dans ma boîte, de réaliser un montage complètement dépouillé comportant le plomb, une perle butant sur une ligature et un triple sur un fluorocarbone solide de 35 centièmes. J’ai pris deux sandres ce soir-là, ce qui m’a convaincu de l’efficacité du plomb palette à lui tout seul.
    Pour le montage, vous veillerez à utiliser un fil suffisamment gros et rigide pour permettre, lorsque vous tiendrez le montage par le fil, que la gaine soit presque perpendiculaire au plomb et ne retombe pas à plat le long de celui-ci. C’est un aspect important. Avec un fil suffisamment rigide, le triple est bien mieux placé, et les poissons chipoteurs, qui attirés par le plomb tapent seulement dans la gaine, se prennent bien mieux. N’hésitez pas à réaliser vos montages avec un morceau de fluorocarbone de 30 à 35 centièmes, dont la dureté (permettant une bonne résistance à l’usure liée au passage répété du plomb et aux frottements sur le fond), la rigidité et la discrétion vous permettront de meilleurs résultats. Certains, comme Guillaume (qui pêche souvent en Seine avec des plombs assez lourds de 20 à 25 grammes), doublent un fluorocarbone de 30 centièmes sur 15 cm au-dessus du triple. Ils le torsadent puis le nouent. Ils augmentent ainsi encore sa rigidité, sa résistance à l’usure et se font un peu moins couper par les brochets. Veillez à bien déboucher le trou du plomb palette, voire à l’agrandir pour que ce dernier coulisse bien sur le fil et ne voie pas sa nage entravée.


    L’émerillon

    Vous pouvez préparer d’avance des montages sur un morceau de fil d’environ 70 à 80 cm terminé par un émerillon et les stocker, soit sur un petit dévidoir de pêche au coup, soit dans un petit sachet plastique. Ainsi, vous pourrez en changer facilement en cours de pêche en les raccordant directement au bout de votre ligne.
    Personnellement, je ne m’encombre pas toujours de l’émerillon, notamment lorsque je pêche en canal du bord à courte distance, voire à l’aplomb de mon scion, car les risques de voir le plomb tourner et vriller la ligne sont minimisés. J’évite ainsi de taper l’anneau de tête de ma canne avec l’émerillon en voulant ramener le leurre en bout de scion. S’il est bien animé, un plomb palette ne tourne pas beaucoup, mais part plutôt de droite à gauche en une série de zigzags. Dans les grands courants, en profondeur et en lancer ramener, il est recommandé d’utiliser un émerillon pour éviter de vriller son fil ou sa tresse.

    Ajouter un leurre

    En plus de la gaine, il est possible de placer un leurre sur l’hameçon triple, mais vous veillerez à ce que celui-ci ne soit pas trop gros. N’oubliez pas que c’est avant tout le plomb qui « pêche ». Un plomb palette fonctionnera bien s’il n’est pas bridé ou ralenti dans sa chute. Aussi, lorsqu’on lui adjoint un leurre un peu gros, de type virgule de 10 cm par exemple, on casse son action. Certes, on peut encore prendre du poisson, mais on aurait été probablement plus efficace en armant le leurre avec une simple tête plombée. Guillaume aime particulièrement ajouter un petit poulpe blanc par-dessus le tube. Celui-ci n’entrave pas la nage du leurre et ses tentacules viennent recouvrir l’hameçon triple et ajouter un signal supplémentaire. Ce petit teaser peut être pris même à l’arrêt, lorsque le plomb touche le fond. Dans ce cas, le bon coulissement du fil à travers le trou du plomb est un atout pour une bonne prise en gueule par le poisson. N’hésitez pas à varier les montages en changeant de grammage et de couleur de tube ou de poulpe. Les tubes ont un diamètre d’environ 3 mm. Ils peuvent être en silicone, en latex ou en caoutchouc de différentes couleurs. La plus courante est le rouge, mais vous pourrez la changer pour du blanc, du jaune, du chartreuse transparent, du rose… D’après Guillaume, qui a un bon retour d’expérience avec ses collègues de pêche, la couleur a son importance, surtout sur les perches. Un poste qui a donné quelques poissons et s’est tari peut redonner de suite des poissons sur un simple changement de couleur de gaine. Comme pour la pêche de la truite au streamer en réservoir ou la pêche des bars à l’anguillon, il faut trouver la bonne couleur. Souvent, cela permet un meilleur score, parfois c’est indispensable pour prendre un poisson. Essayez de pêcher à deux sur un même poste et n’utilisez pas la même couleur, vous trouverez ainsi plus vite celle qui marche le mieux. Utilisez des hameçons triples suffisamment gros, de taille 4 ou 6 pour le sandre, 6 pour la perche et les plombs de petits grammages. Pour la perle, choisissez-la si possible en verre, car elle va cliqueter contre le plomb en rendant le montage plus attractif.

    L’animation

    Le plomb palette n’est pas un leurre qui pêche « seul ». S’il est d’une sobriété déconcertante, il n’est efficace que correctement animé. Il est très attractif à la descente à condition d’avoir cette nage erratique que seul peut lui permettre un fil détendu. Toute la subtilité de son animation réside dans la capacité du pêcheur à accompagner au plus près sa descente, sans la brider, tout en étant très proche du contact, pour sentir les touches et pouvoir ferrer. Il faut trouver le juste milieu. A la montée, il faut taper un peu dans le leurre une ou plusieurs fois en le tirant vers le haut pour le faire virevolter, avant de le relâcher à nouveau en contrôlant sa descente. Une animation molle ne réussira pas à ce leurre, elle doit être sèche. Son amplitude peut par contre être minimaliste, en alternant des pauses sur le fond et des sauts de 10 cm, ou plus ample en s’échelonnant sur 50 cm. Le plomb palette peut être animé verticalement sous un bateau ou à l’aplomb d’un quai ou d’une structure. Il peut aussi être lancé et ramené. L’animation du plomb palette peut encore se faire en pleine eau, lorsque les poissons ne sont pas collés au fond. C’est toutefois essentiellement une pêche de fond qui donne de bons résultats en période froide, quand les carnassiers sont en bas de la couche d’eau. Lorsqu’on sait les poissons présents sur un poste ou que le poste est très marqué et prometteur, il convient d’insister et d’alterner les rythmes et amplitudes d’animation et les couleurs.

    La canne

    Pour pêcher efficacement et aussi confortablement, vous rechercherez une canne courte, d’action de pointe très marquée, avec une bonne réserve de puissance dans les deux tiers arrière. Sur les animations, seul le bout du scion doit travailler, permettant un contact subtil avec le plomb. Au ferrage, la puissance du reste du blank permet d’ancrer l’hameçon. La canne travaille ensuite sur toute sa longueur pour contrer les rushs des plus beaux poissons. Lorsqu’il pêche au « plomb pal », Guillaume utilise exclusivement la Spécialist Sinker Jig de Pezon et Michel. Cette petite canne de  1,95 m a été conçue par Jérôme Riffaud, un de ses collègues occasionnels de pêche, pour cette technique spécifique. Cette canne est particulièrement réussie. Il existe de multiples autres cannes pouvant convenir à cette technique sur le marché, notamment des cannes verticales en action médium heavy. Merci à Guillaume pour le partage de son expérience.

  • La pêche aux gros jerkbaits

    La pêche aux gros jerkbaits

    Nous allons décrire ici la pêche avec de gros jerkbaits sans bavettes (lipless). Ces leurres d’aspect très basique sont lourds et volumineux. S’ils permettent de sortir les brochets de leur torpeur, ils nécessitent, pour être efficaces, l’usage d’un matériel spécifique et une bonne technique d’animation.

    Par Philippe Collet

    J’ai découvert cette technique en 1996, à l’occasion de deux parties de pêche sur un plan d’eau de l’Aisne avec Wim Van de Velde, pêcheur flamand, spécialiste du carnassier qui, entre autres, a contribué pour une bonne part à la découverte de la pêche verticale en France. Celui-ci m’avait fait une démonstration mémorable de l’efficacité de ces “bouts de bois” grossièrement taillés et peints. J’avais eu beau m’appliquer au mort manié, avec des vifs bien frais, je n’avais pas pu lutter face aux jerkbaits animés par Wim. Ces leurres originaux, déroutants de rusticité et de simplicité (en apparence seulement), sont utilisés depuis longtemps dans le nord de l’Europe par les pêcheurs suédois, mais aussi hollandais, belges, polonais, allemands… Ils offrent de bonnes bouchées aux plus gros carnassiers de nos eaux européennes et ne laissent que rarement les brochets insensibles. Peu utilisés chez nous, ils font partie depuis longtemps de l’attirail de base des pêcheurs du nord de l’Europe. En France, nous sommes passés de la domination de la cuillère tournante à de nombreux leurres sophistiqués venant du Japon ou des Etats-Unis souvent destinés au black-bass et plutôt polyvalents, sans trop nous intéresser à ces leurres plus spécifiques.
    Les gros jerkbaits ont longtemps été difficiles à trouver et seuls quelques magasins spécialisés commencent à les vendre avec les cannes et les moulinets adaptés. Pourtant, cette pêche est très intéressante et productive.


    Pourquoi un si faible engouement des Français pour ces leurres

    Il peut être dû aux raisons suivantes :
    – Ces leurres ne sont pas si faciles à utiliser. Il faut les animer. Ramenés linéairement, ils ne nagent le plus souvent pas bien.
    – Ces leurres ne sont pas vraiment utilisables avec le matériel traditionnel. Ils fatiguent rapidement le matériel trop léger et ne peuvent pas être animés correctement avec celui-ci.
    – Ces leurres sont relativement sélectifs. Ils permettent surtout la prise de brochets, dont les gros spécimens (même s’ils ne rebutent absolument pas un brochet de moins de 50 cm) et ne permettent que plus occasionnellement de leurrer des perches, des sandres et des black-bass.
    – Ces leurres sont bruyants. Utilisés dans de petites surfaces d’eau et mal lancés, ils peuvent caler les poissons trop éduqués par le bruit de leur impact.
    – Enfin, utilisés dans des eaux ou les brochets ont de plus en plus de mal à se reproduire et où la ressource est souvent pillée dès qu’elle dépasse la très modeste taille légale, ces leurres ont du mal à croiser des ésocidés de belle taille et donc à en prendre. Notons qu’en Hollande par exemple, où ces leurres sont très utilisés, le no-kill est pratiqué de longue date.

    Les leurres

    Les jerkbaits réalisés de façon artisanale sont découpés dans de simples planches de bois dur. Une fois les contours égalisés, les arêtes sont adoucies, mais les leurres gardent deux grandes faces planes. Ils sont équilibrés par une masselotte de plomb située le plus souvent dans leur premier tiers avant, côté ventre. C’est autour d’elle qu’ils vont tourner à la moindre sollicitation. Selon le poids de l’insert et sa disposition, la nage des leurres sera plus ou moins dodelinante. Ils piqueront ou non du nez après chaque tirée. La position du plomb et de l’attache de tête influence beaucoup leur nage. Il n’est pas facile de réaliser soi-même un jerkbait bien équilibré du premier coup, même avec un plan. Sur ce principe, quelques fabricants ou marques de matériel de pêche plutôt localisés dans le nord de l’Europe (Hollande, Pologne, Royaume-Uni, Suède, etc.), ont industrialisé cette production artisanale et mis sur le marché des jerkbaits fabriqués en bois ou en matière plastique qui fonctionnent à coup sûr. Pour un certain nombre d’entre eux (Strike Pro, Fox…) la forme plate a été maintenue, d’autres ont arrondi les formes (Prologic, Salmo…). Quelques modèles sont dotés de billes bruiteuses (Buster Jerk de Strike Pro par exemple) ce qui peut être un plus dans certaines circonstances. De nombreux autres n’en possèdent pas, demeurant plus discrets lorsque c’est nécessaire. Sur certains leurres, les triples de piètre qualité gagnent à être affûtés ou changés pour des hameçons plus performants.


    L’animation d’un gros jerkbait

    J’apprécie ce leurre car on peut réellement le faire danser. En eau peu profonde, avec un modèle flottant ou mieux, suspending, c’est un vrai plaisir de lui faire faire des embardées à droite et à gauche de plus de 60 cm (un peu à la façon d’un skieur de fond en pas de patineur) ; puis de le laisser s’immobiliser dans le zig ou dans le zag, avant de le faire pivoter presque sur place, de droite à gauche dans un mouvement de « non, non, non… » comme s’il ne voulait pas se faire happer par le premier brochet venu. Ce leurre peut pêcher vite, mais il permet aussi de très lentes prospections. Une grosse bouchée qui pousse beaucoup d’eau et reste à se déhancher près d’un poste prometteur a tout pour attirer un gros brochet posté à proximité. C’est là l’intérêt d’un gros jerkbait. Sa nage est moins prévisible, souvent moins frénétique que celle des leurres traditionnels et cela fait la différence. Il permet aussi bien d’imiter une proie malade ou blessée incapable de se sauver qu’un intrus insolent irritant le maître des lieux.
    Ce leurre est un glider (glisseur), il nage en zig-zag dans un plan horizontal en envoyant de larges éclats. C’est une forme de walking the dog sous l’eau. Son mouvement est déclenché par les coups de canne secs donnés par le pêcheur. L’animation se fait le plus souvent canne basse, le scion au ras de l’eau, la canne dans l’axe du fil ou de côté. Vous devez taper dans le fil sur environ 20 à 30 cm pour déclencher la rotation du leurre et son départ vers la droite ou vers la gauche. À ce moment-là, vous moulinez suffisamment pour rester en contact avec le leurre, mais sans le brider. Vous tapez alors une nouvelle fois dans le fil à moitié détendu, ce qui va renvoyer le leurre de l’autre côté. Vous n’avez plus qu’à répéter la manœuvre en réglant le rythme de rembobinage du fil, comme lorsque vous animez un leurre de surface en walking the dog. Les tapes dans le fil doivent être sèches au point qu’il fende l’eau bruyamment avec les plus gros leurres (en faisant des grands chlac !). Elles doivent être rythmées et réglées sur le fonctionnement du leurre utilisé.
    Vous disposez d’un leurre capable de faire des embardées considérables sur son inertie, risquant d’emmêler le fil dans les hameçons si vous ne reprenez pas automatiquement au moulinet la bannière détendue excédentaire. A la différence de l’animation walking the dog d’un leurre de surface classique, le leurre peut se soustraire à votre vue puisqu’il est sous l’eau. Son animation en aveugle est un peu plus difficile car vous pouvez vite lui taper dedans à contre-temps et le stopper dans son élan. Je vous recommande de commencer en eau claire avec des modèles flottants ou mieux suspending pour les pêches lentes dans peu d’eau, vous vous familiariserez ainsi facilement avec les rythmes convenant à vos divers jerkbaits. Pour mieux voir vos leurres, s’ils sont coulants, ou pour éviter de les accrocher sur un fond qui remonte par exemple, vous pouvez les animer canne haute à condition de vous situer à une distance suffisante pour que le fil pose encore sur l’eau. Toute la réussite de cette pêche réside dans la qualité de l’animation qui, comme vous l’aurez compris, est loin d’être mécanique. Les changements de rythme bien dosés permettent au leurre de passer de petites à de grandes embardées et inversement en alternant avec des arrêts. Pendant ces moments, il convient de bien garder le contact en tendant légèrement le fil pour détecter la moindre touche.
    Le ferrage doit être énergique pour faire glisser le leurre, bloqué fermement dans la gueule pavée d’un gros brochet et y claver correctement les gros hameçons triples. A défaut, le poisson ne serait pas piqué et se décrocherait rapidement, ce qui est souvent le cas avec des cannes trop souples.

    Le matériel

    Cette technique ne convient pas au matériel traditionnel de spinning ou de casting. Elle nécessite plutôt un ensemble de casting robuste. Le risque, avec du matériel trop léger, c’est la casse de la canne au moment du lancer de leurres trop lourds. Ensuite, une canne trop souple ne permet pas de réaliser une animation assez sèche, elle encaisse l’impulsion qui n’arrive pas au leurre. Plus le leurre est gros et lourd, plus la canne doit être puissante et raide, autant pour l’animation que pour le ferrage. Les fabricants indiquent souvent les puissances sur leurs cannes, il convient de s’y référer.
    La canne doit être courte, entre 1m80 et 2m10, et légère pour ne pas être trop fatigante. Le jerking du leurre nécessite de placer le scion au ras de la surface de l’eau, la canne faisant un angle le plus important possible avec la surface. Une canne longue handicape cette manœuvre. Un matériel bien équilibré permet de pratiquer cette pêche confortablement.
    Le moulinet est garni d’une tresse solide d’un diamètre d’environ 25/100 pour permettre d’assurer une parfaite transmission des impulsions vers le leurre. Cette tresse autorise aussi des ferrages puissants. Il n’y a rien de plus rageant que de casser net au ferrage avec une tresse sous-dimensionnée, fragilisée, sur un raccord par exemple, après plusieurs heures d’animation. Le frein est réglé dur pour un ancrage optimal des pointes du triple dans la gueule d’un beau spécimen. Il devra être rapidement desserré après la prise pour éviter de risquer le décrochage d’un poisson par manque d’élasticité de l’ensemble canne / tresse sur un rush puissant. La tresse sera prolongée d’un avançon métallique ou en nylon hard mono ou fluorocarbone d’environ 70/100. Nous avons déjà eu l’occasion d’expliquer l’efficacité de ce type d’avançons à plusieurs reprises dans la revue. Les avançons métalliques sont la garantie absolue contre les dents des brochets, ils peuvent être multibrins ou monobrin en acier inoxydable ou titane. Le titane a l’avantage de résister à la déformation.
    Lorsqu’on s’emmêle un peu lors de l’animation ou au poser de son leurre, ou aussi lorsqu’on souhaite faire couler légèrement un leurre suspending, l’utilisation d’un avançon métallique monobrin se justifie. Je préfère pour ma part la discrétion du nylon ou du fluorocarbone. Si l’eau est claire, il peut être utile de faire précéder les avançons de 1 à 1,5 mètre de fluorocarbone. Attention toutefois à ne pas créer un point faible supplémentaire qui pourrait lâcher sur un ferrage appuyé. Dans le même ordre d’idée, le leurre doit être attaché à une agrafe solide et fiable lui laissant toute liberté de mouvement.

    Le matériel spinning est inadapté

    Même s’il est bien sûr possible de pratiquer la technique occasionnellement avec un moulinet à tambour fixe, il vaut mieux l’éviter si le moulinet n’est pas vraiment robuste. Le tambour fixe ne permet pas un bon contrôle de la ligne et donc de la chute du leurre, ce qui engendre un impact bruyant et un risque d’emmêlage de la ligne dans les hameçons. Avec ce type de moulinet et un leurre de près de 100 grammes, on risque à tout moment de se blesser les doigts avec la tresse, autant au moment du lancer en risquant de se cisailler l’index, qu’en voulant contrôler le déroulement du fil et l’impact du leurre. Il est beaucoup plus facile de freiner ce type de leurre avec le pouce sur une bobine tournante d’un moulinet de casting qu’avec la main opposée ou l’index sur un tambour fixe. Le moulinet de casting permet un bien meilleur contrôle. Il est aussi beaucoup plus robuste qu’un tambour fixe et encaissera les chocs à répétition infligés par le contact rythmé avec le leurre.

    Minimiser l’impact du leurre sur l’eau

    Avec un moulinet de casting, on peut, avec un peu d’habitude, minimiser l’impact du leurre à la surface de l’eau. Il faut pour cela effectuer un lancer puissant, balancé sous la canne de telle façon que le leurre parte horizontalement en rasant l’eau. Au fur et à mesure de son avancée vers le point d’impact, on remonte la canne vers la verticale tout en appliquant une pression de plus en plus forte avec le pouce pour freiner le déroulement de la bobine. On peut réellement finir avec le bras tendu vers le ciel si le leurre est assez loin. Avec un peu de maîtrise (je reconnais que c’est plus facile à dire qu’à faire), on peut poser de très gros leurres discrètement. C’est une forme de pitching lourd.


    Côté couleurs

    Osez les couleurs tape-à-l’œil style Fire Tiger pour les eaux teintées ou les poissons très actifs ou au contraire endormis. Revenez à des couleurs plus imitatives comme perche naturelle ou gardon pour les eaux claires et les poissons plus méfiants. Posséder un coloris agressif et un coloris neutre de ses modèles favoris est un bon choix. Si vous souhaitez essayer à peu de frais, je vous suggère de commencer en achetant quelques leurres de taille moyenne entre 30 et 50 grammes et en utilisant une de vos cannes les plus rigides. Vous pourrez goûter à cette technique avant de franchir le pas vers un matériel lourd spécifique. Il ne me reste plus qu’à vous souhaiter, bon “jerk”…

  • Une partie de pêche au jig léger avec Eric Despalin

    Une partie de pêche au jig léger avec Eric Despalin

    Cette pêche tout en finesse, Eric l’a utilisée avec succès au cours de sa saison de compétition de street fishing 2008 et aussi en pêche de loisir. Elle lui a permis de réussir de belles pêches de perches et d’accéder ainsi aux podiums. C’est une pêche délicate, terriblement efficace sur de nombreux poissons. Les brochets pris lors de notre sortie hivernale avec Eric, dont les photographies illustrent cet article, attestent de son efficacité. Nous allons essayer de vous en faire découvrir toutes les subtilités.

    Par Philippe Collet

    Un jig léger et un trailer

    On entend ici par jig une tête plombée entourée de fines fibres vibratiles de caoutchouc ou de silicone ligaturées pour former une collerette. Ce jig est léger car monté sur une tête en plomb ou en tungstène de 0,45 à 3,5 g (1/64 à 1/8 d’once). Les tailles d’hameçon de ces leurres s’échelonnent du 4 au 1 pour les plus gros. On est loin des rubber jigs traditionnels de 10, 15 grammes ou plus, armés d’hameçons de 2/0 ou 3/0 utilisés avec de gros trailers. Peu de fabricants et d’importateurs proposent pour le moment ce type de produit dans leur gamme. Ces têtes, bien qu’elles puissent pêcher seules, sont prolongées par un trailer (traduction littérale de l’anglais : « remorque »). Le trailer est un leurre souple de petite taille plutôt filiforme qui va ajouter un signal supplémentaire et constituer une bouchée plus conséquente pour le carnassier. Il va aussi contribuer, comme la jupe, à ralentir la chute du leurre et le rendre encore plus planant. Le trailer doit être adapté à la taille de l’hameçon et à celle des poissons recherchés. Les différents exemples photographiés ici doivent vous permettre de vous faire une idée des bonnes proportions. Il existe plus de trailers que de jigs sur le marché, de nombreux petits leurres souples peuvent faire l’affaire. Leur taille s’échelonne entre 2 et 4 pouces, la plus couramment utilisée est 3 pouces ou 8 cm (un pouce = 2,54 cm).


    Une technique discrète

    L’avantage principal de la technique est sa discrétion. Le leurre ne fait qu’un petit « ploc » lorsqu’il entre en contact avec l’eau. A l’inverse du fracas d’un leurre lourd claquant à la surface, qui alerte voire effraie les poissons convoités, l’impact de ce dernier sur l’eau a plutôt tendance à les attirer. Sur les plans d’eau très pêchés où les poissons sont éduqués, la discrétion de cette technique joue pour une bonne part dans son efficacité.

    Des cannes adaptées

    Même si les trailers pèsent parfois plus lourd que les têtes jigs, l’ensemble jig plus trailer reste léger. Pour le lancer correctement, il va falloir s’équiper d’un matériel adapté. Les cannes sont des modèles spinning, choisies Medium Light, Light ou Ultra Light selon le type de leurre utilisé et le poisson recherché. Elles doivent posséder une réserve de puissance suffisante pour pouvoir ferrer des poissons à la gueule pavée de dents comme le brochet et surtout combattre des poissons de taille parfois conséquente. Elles doivent aussi être sonores pour transmettre à la main du pêcheur le maximum d’informations lors de l’animation, parfois très lente, du leurre. Une canne à lancer ultra-léger ou léger à truite ne convient généralement pas, car trop souple d’action. Ces dernières sont suffisamment douces de pointe pour lancer et animer correctement les leurres et pour ferrer sans encombre sur une tresse ou un fil fin. Elles ont une grosse réserve de puissance dans le talon pour assurer les ferrages et les combats avec les poissons. Ces cannes sont souvent monobrin, ce qui leur confère une meilleure sonorité et augmente leur solidité. Les adeptes de l’encombrement réduit pourront toutefois en trouver de bonnes en deux brins égaux.


    Des moulinets légers et fiables

    Pour cette pêche, on privilégie les moulinets spinning (les moulinets à tambour tournant ne permettant pas de propulser efficacement des leurres si légers). Ces moulinets doivent avoir un frein irréprochable pour que les fils fins dont ils sont garnis puissent encaisser des ferrages appuyés et des rushs violents sans casser. Ils doivent être dotés de bobines larges, surtout lorsqu’on les remplit de fluorocarbone, et être légers pour ne pas déséquilibrer les fleurets sur lesquels on les fixe.


    Des tresses ou fluorocarbones fins

    Pour lancer suffisamment loin et précisément des leurres légers à très légers, il va falloir revoir à la baisse le diamètre de sa ligne. Pour une bonne transmission des informations, des touches notamment, il faut s’équiper soit de tresse fine, soit de fluorocarbone. La tresse sera choisie dans des diamètres allant du 5 au 10 centièmes de millimètres. Le fil, du fluorocarbone, beaucoup moins élastique que le nylon, sera choisi entre 18 et 21 centièmes. Comme pour la pêche à la mouche, le diamètre de la ligne sera adapté à la taille et au poids du leurre. Le fluorocarbone a les faveurs d’Eric pour les pêches à faible distance, notamment en rivière. Celui-ci utilise la tresse pour les pêches en lac ou lorsqu’il doit lancer un peu plus loin, et plus précisément en rivière. Le fluorocarbone est très tactile, notamment lors des phases de relâcher du leurre, lorsque la bannière est moins tendue. Il a, par contre, l’inconvénient de ne pas permettre de longs lancers. Eric n’hésite pas à emporter avec lui une bobine de moulinet supplémentaire, lui permettant d’alterner rapidement tresse ou fluorocarbone, selon le type de poste prospecté et de pêcher ainsi au plus juste. Tous les fluorocarbones ne conviennent pas au remplissage des bobines des moulinets. Ce fil est raide et peut facilement foisonner. Seuls les fils prévus pour cet usage (plus souples et conditionnés dans des longueurs suffisantes) sont intéressants. S’il pêche en tresse, Eric ajoute une pointe d’environ 1,5 mètre de fluorocarbone, de 18 à 21 centièmes, avant son leurre.

    Un éventuel shock leader pour les brochets

    Dans les eaux abritant une bonne population de brochets et si ces derniers sont actifs, Eric peut ajouter une pointe anti-dents, un shock leader, d’un diamètre s’échelonnant alors entre 38 et 45 centièmes selon la taille du leurre utilisé. S’il utilise de la tresse, Eric passe de cette dernière à un 21 à 25 centièmes fluorocarbone, sur un peu plus d’un mètre, avant la connexion avec le shock leader. La longueur de ce dernier s’élève à 30 ou 40 centimètres. Elle diminue au fur et à mesure des changements de leurre qui sont connectés par un noeud plutôt que par une agrafe trop peu discrète.
    Eric peut toutefois faire l’impasse du shock leader en privilégiant une pêche plus productive de perches et chevesnes et en misant sur la chance de ne pas être coupé par les brochets. En effet, les petits leurres et hameçons présentés ici ont tendance à glisser au ferrage dans la gueule pavée de dents du brochet et à venir se ficher dans son bord plus tendre. De plus, le combat, mené sans forcer, sur des cannes certes puissantes mais tout de même douces, permet de minimiser les risques de se faire couper si le fluorocarbone, assez résistant à l’abrasion, passe entre les dents du carnassier. Lors de notre reportage hivernal sur un petit plan d’eau du département de l’Aisne, les brochets étaient très actifs et ont constitué nos seules prises, nous avons donc progressivement placé un shock leader de 38 ou 40 centièmes sur toutes les cannes. Sur six poissons tenus dont deux décrochés nous n’avons pas enregistré une seule coupe. Deux poissons de plus de 75 cm ont étés pris durant notre partie de pêche sur un 21 centièmes fluorocarbone monté en direct.


    La technique

    La pêche au jig léger est une pêche de prospection lente, que ce soit sur des postes précis ou en pleine eau. On est loin du power fishing avec des leurres à billes, lancés et ramenés rapidement canne basse. Après le lancer, la descente du leurre est accompagnée, canne haute, fil à peine tendu, à la façon des pêcheurs au mort manié, pour ne pas brider la descente mais tout de même permettre la détection fine des touches. On recherche le plus souvent le contact avec le fond avant de commencer l’animation. Cette dernière doit être lente et coulée pour que le leurre ne remonte pas vers la surface. Si l’on n’a pas l’habitude, il convient de reprendre contact de temps en temps avec le fond pour vérifier que l’on pêche bien. Progressivement on acquiert instinctivement les bonnes sensations et on pêche de plus en plus juste. Cette technique nécessite une bonne concentration et une grande dose de patience, car la prospection est lente. Le leurre doit paraître suspendu dans la couche d’eau, sa nage plutôt linéaire est de temps en temps entrecoupée d’animations tremblotantes pour faire gonfler la jupe et se tordre le trailer. La tête plombée ne doit pas être trop lourde pour éviter qu’elle ne se plante directement au fond à chaque relâcher. Pour cela, Eric utilise le plus souvent des têtes de 0,5 à 1,75 g. Il monte à 2 ou 2,5 g lorsqu’il pêche les bords de courants profonds de la Seine. Dans cette version légère et avec des leurres de 3 pouces, Eric trompe de nombreux chevesnes amenés à se méfier des petits leurres durs qui leurs sont présentés régulièrement. Animation canne haute. La canne et la ligne forment un angle de 90°.


    Proche de la nymphe au fil

    Cette technique s’apparente à la pêche en nymphe au fil du moucheur. Le choix du poids du leurre est primordial. Il est fonction du volume de ce dernier, de la profondeur du poste prospecté, du courant, du vent, etc. En rivière, le courant est un allié précieux pour proposer aux poissons un leurre dérivant naturellement. En plan d’eau, Eric s’appuie sur le vent, à condition qu’il ne soit pas trop fort. Dans ce cas, la ligne forme un ventre qui réduit les sensations. Si Eric ne pêche pas trop loin, il privilégiera une ligne en fluorocarbone pour sa bonne transmission des touches sur un fil à moitié détendu. Eric affectionne particulièrement les leurres aux coloris verdâtres, neutres, de type watermelon ou green pumpkin.

    Les poissons touchés

    Cette technique est destinée en tout premier lieu aux perches. Elle fonctionne très bien sur les chevesnes à condition d’utiliser des montages légers, car ces poissons sont très méfiants. Elle prend régulière-ment des sandres et des brochets et peut aussi réserver quelques surprises comme la prise d’un barbeau, d’une grosse brème ou d’une carpe. L’aromatisation de la plupart des leurres est probablement un atout pour leurrer ces poissons plus sensibles au goût qu’à l’animation.