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  • Epidémie de septicémie hémorragique virale dans une pisciculture du Jura, plusieurs réservoirs touchés

    Epidémie de septicémie hémorragique virale dans une pisciculture du Jura, plusieurs réservoirs touchés

    Peut-on jouer avec le feu sans se brûler ? Visiblement, non. Dans l’est de la France, les élevages de truites sont sous contrôle des services vétérinaires suite à une épidémie de septicémie hémorragique virale. Une maladie qui soulève de nombreuses questions de fond et qui remet en cause l’évolution même de la pêche à la mouche en France et de la protection de l’environnement.

    Par Philippe Boisson

    L’année 2013 commence mal dans l’est de la France. Courant janvier, la mairie de Socourt (Vosges) gérante d’un réservoir de pêche à la mouche, tire la sonnette d’alarme. Environ deux cent truites flottent le ventre en l’air. Cette mortalité exceptionnelle fera l’objet d’analyses par les services vétérinaires. La septicémie hémorragique virale (SHV), maladie que l’on croyait éradiquée du territoire national, reprend du service. La SHV est une maladie à déclaration obligatoire, comme le veut le Code de l’Environnement. Nous ne pouvons que féliciter Jean-Luc Martinet, Maire de Socourt, ainsi que Jean-Louis Thomas, responsable du plan d’eau, d’avoir au plus vite prévenu la Direction Départementale de la Cohésion Sociale et de la Protection des Populations des Vosges (DDCSPP) et d’avoir jouer la plus totale transparence. Cela a permis à d’autres plans d’eau présentant des poissons malades ou morts, d’engager une procédure de contrôle. Ainsi, à l’heure où nous écrivons ces lignes, nous savons que le réservoir de Wittenheim dans le Haut Rhin a été fermé au public et que des poissons sont en cours d’analyse. Le réservoir de Saint-Louis (Haut-Rhin) est également sous surveillance et fait l’objet d’un arrêté préfectoral. La maladie proviendrait d’une pisciculture située dans le Jura. Cet établissement compte parmi ces clients de nombreux réservoirs, d’où la contamination de plusieurs plans d’eau, ainsi que bon nombre d’AAPPMA. Afin de bien prendre conscience de la gravité de cette maladie, nous publions en annexe le courrier d’information que nous avons reçu du Maire de Socourt le 5 février 2013.


    Le statut “d’eaux closes” en question

    Cet épisode soulève une multitude de questions et rappel les risques que prennent les pêcheurs en déversant des truites d’élevage dans les cours d’eau ou les plans d’eau. La grande majorité des réservoirs de pêche à la mouche français sont sensés être des “eaux closes”, coupées des milieux naturels. En pratique, la plupart bénéficient de ce statut, alors que, sur le terrain, tout le monde peut constater qu’il n’en est rien. Il suffit de chercher un peu pour tomber sur un tuyau ou une petite rigole qui permet au lac d’évacuer son trop plein. Nous connaissons tous des réservoirs où ce trop plein fini quelques mètres plus loin, dans les rivières, y compris des rivières à salmonidés sauvages en tête de bassin (cherchez un peu et vous verrez…). Nous avons contacté des spécialistes en pathologie des poissons. Ils sont unanimes pour dire que dans une rivière qui ne pose pas de problèmes particuliers, des poissons sauvages n’ont aucune raison de contracter une SHV. En revanche, ils reconnaissent volontiers qu’avec des poissons immunodéficients comme le sont ceux de la Loue, du Doubs ou de la basse Bienne, les risques sont très importants. La truite fario, l’ombre, le brochet et le corégone peuvent être touchés par ce virus. Je voudrais rappeler que sur la Loue, les premiers poissons observés malades ou morts en 2009, l’ont été au niveau du ruisseau qui passe sous la route en rive droite à l’entrée du village de Lods. Ruisseau sur lequel est implanté la pisciculture Cote quelques mètres en amont. Aujourd’hui encore, plus de quatre années plus tard, il reste une population de truites et d’ombres en amont (amont du village de Lods, Mouthier-Haute Pierre et gorges de Nouailles), alors qu’en aval, la Loue prend des allures de déserts pisciaires. Certes, c’est bien l’état de pollution de la Loue qui rend les poissons fragiles et la pisciculture ne fait qu’aggraver les choses. La présence de réservoirs au bord des cours d’eau, en têtes de bassins fait courir un risque très important aux rivières. Les pêcheurs à la mouche doivent comprendre cela, sans se réfugier derrière un prétexte fallacieux.

    Le monde obscur de la pisciculture

    Le retour de la SHV a au moins permis de mettre en évidence certaines dérives, que les pêcheurs doivent également connaître. Les contrôles sanitaires sont le plus souvent annoncés quelques jours à l’avance, ce qui laisse le temps aux pisciculteurs d’éliminer les poissons malades. Pis, les services concernés poussent les exploitants à faire de l’auto contrôle, faute de temps et de moyens… Ces sites sont privés. Personne ne peut y rentrer sans autorisation. Dans l’affaire du réservoir de Socourt, c’est la bonne volonté des gestionnaires du plan d’eau qui a permis de réagir vite et d’enrayer l’épidémie. Ce qui se passe dans les piscicultures échappe aux fédérations de pêche comme à l’Onema ou à l’ONCFS. Comme les réservoirs, les élevages communiquent avec les milieux naturels, sur des zones protégées car près des sources des rivières. Actuellement, les services de l’Etat passe au crible tous les établissements en Franche-Comté et les langues se délient. On apprend par exemple que tous les poissons ne sont pas produits sur place et qu’il est courant que certains pisciculteurs achètent des poissons parfois très loin, hors de France. Certains propriétaires de plan d’eau se vantent d’acheter des truites arc-en-ciel adultes à trois euros le kilo. Comment ces poissons peuvent-ils être sains à ce prix et mangent t-ils ? D’où viennent-ils ? En huit ou dix heures de camion, je vous laisse imaginer la provenance. On est dans l’affaire des lasagnes Findus… Pendant que les DDCSPP cherchaient à en savoir plus, l’actualité de la mi-février annonçait la possibilité de nourrir les poissons d’élevage avec des farines animales. C’est mieux qu’avec du bar sauvage, mais on imagine bien ce que ce choix peut susciter comme dérives…

    Demande de prise d’arrêtés préfectoraux

    Le Collectif SOS Loue & Rivières Comtoises a demandé aux quatre préfectures franc-comtoises que soient pris des arrêtés préfectoraux pour interdire l’introduction de truites d’élevage dans les rivières avant l’ouverture de la pêche, le 9 mars. Cette demande rappelle en outre aux services de l’Etat la réglementation en vigueur sur la plupart des cours d’eau de première catégorie de la région :
    – Article 6C-05 du Sdage : “Les organismes chargés de la gestion de la pêche en eau douce favorisent une gestion patrimoniale du cheptel piscicole qui s’exprime selon les principes essentiels suivants : les souches génétiques autochtones et les réservoirs biologiques doivent être préservés,…”.
    – Sont classés en réservoirs biologiques la totalité du Dessoubre, le Doubs Franco-Suisse, la Loue dans sa partie amont et ses affluents, la haute rivière d’Ain et ses affluents, pour ne citer que ces exemples.
    – La Directive Cadre Européenne sur l’Eau fait obligation pour l’Etat de protection des réservoirs biologiques et de restauration du bon été écologique, évidemment incompatible avec les mortalités pisciares.

    A l’heure du bouclage de cet article, les préfectures n’ont toujours pas donné leur réponse. La fédération de
    pêche du Jura, a choisi dans un premier temps de soumettre les pisciculteurs à la transparence. Ils devront indiquer la provenance des poissons et la fédération sera en droit de réaliser un prélèvement pour analyses. Les dates de déversements ainsi que l’identité des pisciculteurs doivent être communiquées à l’avance à la fédération. Après ce qui s’est passé sur les cours d’eau franc-comtois, il est inconcevable et surtout illégal d’introduire des truites d’élevages dans ces rivières. Les poissons de la Loue sont toujours affaiblis et en dépit d’excellentes conditions lors de la fraie cet hiver, les truites continuent de mourir.

    Les pays de UE, hors la loi

    Adhérer à l’Union Européenne, cela donne des droits, mais aussi des devoirs. Rois de la bassine d’arc-en-ciel, de farios et d’ombres dans des milieux soumis à la DCE et à la notion de réservoirs biologiques, l’Autriche et la Slovénie oublient qu’ils ont des devoirs vis-à-vis de cette Europe qui leur a donné des milliards d’euros pour développer des activités commerciales. Cela saute aux yeux en Slovénie, où la plupart des gîtes de pêche, refaits à neuf avec nos impôts, accueillent des touristes pêcheurs venus pratiquer leur loisir en toute illégalité. Avec un tel développement de piscicultures et des taux d’empoissonnement surréalistes, comment ces pays peuvent-ils éviter les épidémies de SHV ou de NHI ? A court terme cela conduit à la disparition des populations de truites et d’ombres sauvages. C’est inéluctable, et c’est d’ailleurs ce qui s’est passé dans certaines rivières. Comment des pêcheurs à la mouche digne de ce nom peuvent-ils cautionner de telles pratiques ?
    Certes, la gestion de la pêche en France laisse fortement à désirer, mais ce n’est pas une raison pour se permettre de faire pire ailleurs. L’échéance de la DCE en 2015 se traduira par des amendes colossales, estimée à plusieurs milliards d’euros, payées à l’UE par la France. Et tous les pays de l’Union qui n’ont pas pu redresser la barre de la qualité de l’eau seront soumis aux mêmes amendes.

    L’exemple de la Suisse

    En Suisse, les introductions d’espèces exogènes sont interdites en eaux libres comme en eaux closes. Même si ce pays n’est pas toujours un exemple d’écologie (bien des rivières ont été canalisées dans le but de gagner de la place au fond des vallées), la Suisse ne joue pas avec le feu en ce qui concerne les élevages de truites.

    Nous publions de larges extraits du courrier, rédigé par Jean-Luc Martinet, maire de Socourt qui relate les faits qui se sont déroulés dans le plan d’eau de la commune. Ce courrier, daté du 5 février 2013, est très informatif à propos du virus, de sa propagation ainsi qu’au sujet des traitements éventuels pour s’en débarrasser. Ce courrier était destiné aux habitués du plan d’eau et aux propriétaires d’autres plans d’eau.
    “Vous n’êtes pas sans savoir j’imagine les difficultés que rencontre actuellement le réservoir de pêche à la mouche de Socourt. Celui-ci est en effet fermé provisoirement suite à une forte mortalité de truites arc-en-ciel. Si ce triste épisode est désormais derrière nous, il faut savoir que près de 200 poissons ont été retrouvés morts et évacués. Dans le but de faire la transparence sur ces événements, la Commune a fait procéder à une analyse d’eau et à une analyse de sept truites par le Laboratoire Départemental d’Analyses du Jura à Poligny (39), (qui dépend du Conseil Général), l’un des sept laboratoires agréés en France pour les analyses de poissons. Après deux semaines d’investigations, les scientifiques ont fini par identifier avec certitude l’origine de la mortalité : SHV, autrement dit « septicémie hémorragique virale ». Sans danger pour l’homme, y compris pour celui qui consomme le poisson, la SHV est l’équivalent de la grippe chez l’homme. Mais personne ne sait aujourd’hui traiter le virus chez le poisson. Les truites qui n’ont pas succombé, et elles sont nombreuses, sont désormais immunisées mais sont devenues des porteurs sains. Dès la publication des résultats, la Direction Départementale de la Cohésion Sociale et de la Protection des Populations des Vosges (ancienne DDASS) s’est emparée du dossier (jeudi 31 janvier). L’un de ses responsables est venu sur site dès le lendemain dans le but d’obtenir notamment une copie des factures de nos fournisseurs. En l’occurrence d’un seul pisciculteur, puisque depuis l’ouverture du réservoir en 2004, la commune de Socourt est restée fidèle à la même pisciculture. La visite de la DDCSPP du Doubs chez ce pisciculteur a permis d’établir la liste des plans d’eau et réservoirs alevinés depuis la fin de l’été. Conséquence, toutes les eaux closes concernées seront suivies par les services sanitaires de la même manière et avec la même nécessité de détruire le virus et les poissons qui en sont porteurs. Pour ce qui concerne Socourt, car c’est sur ce plan d’eau que porte toute notre attention vous l’imaginez bien, la pêche aurait pu rouvrir à condition de contraindre nos amis moucheurs à éviscérer sur place les truites conservées et à désinfecter l’ensemble de leur équipement avant et après la partie de pêche, car le virus se propage aussi par l’eau. Bien qu’envisageable, cette solution ne correspondait pas à notre vision des choses. (…) La mesure la plus spectaculaire porte sur la destruction des poissons encore présents dans le plan d’eau : salmonidés bien-sûr, mais aussi carnassiers, poissons blancs et crustacés car eux aussi sont peut-être devenus des porteurs sains du virus, même s’ils sont moins sujets à la SHV. Il n’était pas question pour nous en effet de laisser planer le moindre doute. S’agissant d’une eau close non vidangeable, plusieurs solutions opérationnelles ont été imaginées (pêche au filet maillant, utilisation d’un produit biodégradable) jusqu’au début de cette semaine. La DDCSPP, suivant en cela les recommandations de son référent national, nous orientait jusqu’à aujourd’hui encore vers l’utilisation d’eau de javel, purement et simplement, pour à la fois éradiquer les poissons et le virus (sur les poissons qui ne pourraient pas ensuite être récupérés). L’eau de javel ne présente aucun danger pour l’environnement, ses effets se seront dissipés au bout de quelques jours si elle est introduite en quantité raisonnable.
    Bien que brutale, cette solution nous paraissait conduire au meilleur résultat. Un résultat qui devait nous permettre d’envisager la réouverture du plan d’eau début avril avec toutes les garanties sur le plan sanitaire. Pour ce faire, la Commune a d’ores et déjà noué des liens avec un nouveau pisciculteur, détenteur d’un agrément sanitaire européen. Un professionnel basé dans le territoire de Belfort et qui travaille de longue date avec plusieurs pays européens : Suisse, Danemark … Problème, le référent national aquacole de la DDCSPP vient d’estimer à 10.000 litres concentrés à 48 % la quantité d’eau de javel nécessaire. Une solution qui, d’un commun accord, vient d’être abandonnée. Le risque était trop grand pour les plans d’eau voisins. Nous sommes dans l’attente de nouvelles propositions, mais devons désormais nous résoudre à n’envisager la réouverture pour le premier week-end d’octobre. Dans l’attente, la Commune indemnisera tous les pêcheurs qui ont subi, bien malgré nous, un préjudice au cours de l’automne. Avant l’épisode de mortalité, durant plusieurs semaines, les poissons malades ne mordaient plus. (…) Bientôt, cet épisode malheureux dont nous tirerons tous les enseignements ne sera plus qu’un mauvais souvenir. En cas de besoin, le responsable du réservoir, Jean-Louis Thomas (Email : [email protected]) se tient à votre disposition pour vous apporter tous les éléments dont vous pourriez avoir besoin, y compris si vous souhaitez avoir communication des documents dont nous disposerons d’ici quelques jours (analyses du laboratoire de Poligny, arrêté préfectoral …). La Commune n’a rien à cacher.”

    Jean-Luc Martinet, maire de la commune de Socourt.

  • Etude du relâché

    Etude du relâché

    Qu’est-ce qui fait la différence entre un très bon pêcheur et un pêcheur moyen ? A force de côtoyer les meilleurs pêcheurs dans un panel de techniques, de poissons et d’approches radicalement différentes, un point commun sort du lot. Le relâché après une animation. La plupart des poissons attendent ce moment pour s’emparer du leurre, de la mouche ou de l’appât. Etude d’une phase de l’action de pêche qui fait la différence.

    Par Philippe Boisson

    A priori, aucun lien ne relie un pêcheur de truite à la nymphe à vue à un champion de la pêche du sandre à la verticale. Rien non plus d’évident entre un pêcheur de black-bass opérant au milieu d’arbres noyés et un pêcheur de brochet habitué aux grands espaces des lacs alpins. Et pourtant, tous ont compris qu’il existe une clef principale de la réussite, qui les unit au final. Chaque poisson a sa propre façon de se nourrir, lançant son attaque sur un leurre ou se décidant à prendre une nymphe uniquement dans des conditions très particulières. A l’étude de cet ensemble  de constatations, on se rend compte, en définitive, que la plupart des poissons prennent le leurre, la nymphe ou l’appât, lors du relâché faisant suite à une traction qui dans bien des cas, a attiré simplement l’attention du poisson. Ce que l’on appelle “l’animation” et qui évoque la vie donnée à une chose inerte, méritait une petite analyse. Elle s’est révélée passionnante !


    L’école de la pêche à vue

    Quelle merveilleuse école que celle qui consiste à pêcher en voyant les poissons et parfois même ce qu’on leur propose. Chaque espèce a sa façon d’analyser la chose qu’on lui présente. Et si l’on va plus loin dans la réflexion, on constate qu’il existe, pour une même espèce, des différences entre certaines rivières, ou tout simplement au sein de mêmes cours d’eau, selon que la pression de pêche s’y révèle faible ou forte par exemple. Les pêcheurs de truites sauvages à la nymphe à vue savent bien à quel point l’animation de la nymphe peut, soit pousser la truite à prendre, soit la faire détaller à toutes nageoires. La pêche à vue reste un archétype de technique empirique, où l’on apprend, par la répétition de gestes heureux ou malheureux, ce que sont de bonnes et de mauvaises décisions. Il y a un côté très primaire dans tout cela et les premiers chasseurs comme les premiers pêcheurs de notre espèce ont dû certainement procéder de la même façon. Le fait qu’ils pêchaient et chassaient pour se nourrir les a sans doute poussés à développer une intelligence salutaire, sans quoi nous ne serions sans doute pas là pour aller à la pêche pour notre simple plaisir ! A force de tenter des milliers de truites, on finit par s’imprégner de ce qui leur plaît le plus. Souvent pas grand chose, un petit relevé de deux centimètres au bon moment quand plus serait trop… Le but étant d’attirer leur regard sur cette chose qui à leurs yeux à fait une erreur en se montrant un peu trop. Cependant, si la première étape de cette micro-animation a marché, la suite est infiniment plus délicate. C’est elle qui poussera la truite à prendre ou à refuser. Le piège fonctionne uniquement si le relâché est totalement libre. Or en animant, le fil se tend immanquablement, et la qualité du relâché se trouve donc conditionnée par la tension du fil. Cet exemple résume tout l’art de la pêche à la nymphe, qui demande des années de pratique pour tenter de maîtriser des posés parfaitement détendus. A cette pêche d’adresse, les meilleurs pêcheurs sont des as en la matière. La pêche à vue procure parfois l’occasion de faire des rencontres inattendues. La carpe est un poisson fascinant à pêcher à vue. Ne les cherchant pas spécifiquement, cela donne l’occasion pour moi d’improviser avec les moyens du bord. Le sandwich de midi, le pain, son contenu, des filtres à cigarettes, des petits leurres souples aromatisés, des nymphes, des streamers… La carpe est un poisson curieux mais méfiant et si l’on arrive à l’ approcher sans l’apeurer, alors sa curiosité l’emporte souvent sur sa méfiance. Ces expériences occasionnelles sont riches d’enseignements, car les carpes en questions, croisées lors de sorties de pêche à la mouche ou aux leurres, n’ont pas l’habitude d’être pêchées dans très peu d’eau en pleine journée, sans amorçage préalable, voire pour ce qui est de la pêche avec des filtres à cigarettes, des nymphes ou des streamers, sans odeur particulière. Quel que soit l’appât ou le leurre proposé, seul son comportement dans l’eau permet de gagner leur confiance. A la moindre erreur, une crainte perceptible s’installe en un quart de seconde et c’est la panique dans tout le banc. Après quelques tentatives, on comprend assez vite ce qu’elles ne supportent pas. Une carpe qui voit l’impact de quoi que ce soit tombé dans l’eau devant elle, même à deux ou trois mètres, est mise en éveil et se méfie. Généralement elle change sa route. A l’essai suivant, elle fuit avec ses copines. La seule façon de réussir consiste à poser sur le fond ce qui lui est destiné avant qu’elle n’arrive sur la zone. Ensuite, lorsqu’elle se trouve à quelques décimètres et quelle n’a pas été alertée, il suffit alors de décoller l’appât de dix centimètres et de le laisser se poser à nouveau librement sur le fond. Sa curiosité est alors éveillée et la carpe choisit souvent de venir goûter cette chose très étrange qui ne ressemble à rien de ce qu’elle connaît et qui un court instant semblait animé de vie. La carpe dès lors l’aspire, la goûte, puis la recrache immédiatement si celle-ci lui semble inodore, inhabituelle ou désagréable. A vous de ferrer avant qu’elle ne recrache.

    L’exemple du sandre

    Adolescent, je dévorais les écrits d’Henri Limousin et d’Albert Drachkovitch à propos de la pêche du sandre au poisson mort manié. Pas avares de détails, les deux compères ont sans doute écrit au final l’équivalent de deux bibles sur cette pêche et ce poisson sans jamais donner « LA » clef de la réussite, celle qui fait toute la différence. J’ai du mal à croire que cet errementt n’était pas volontaire tant la chose est importante. Le sandre prend sur les relâchés (remarquez la similitude avec la pêche de la truite à la nymphe !) et quasiment jamais sur les tractions. Rien ne lui plaît plus qu’une monture qui redescend en planant ou qu’un leurre bien décidé à rejoindre le fond. Le percidé suit le leurre descendant et se décide à le prendre seulement après une observation plus ou moins longue. Si une animation intervient lors de cette phase d’observation, cela suffit à le faire changer d’avis, voire à lui foutre la frousse. On pourrait penser qu’il s’agit d’un comportement de méfiance et que l’animation en question trahit la présence du pêcheur. C’est sans doute le cas sur les plans d’eaux sur-pêchés, mais il s’agit avant tout d’un comportement naturel de ce poisson. J’ai pêché au poisson mort manié durant des années sans apporter d’attention particulière à ces phases de relâchés. Même à cette époque où le sandre était considéré comme un envahisseur, mes résultats étaient bien maigres en regard des densités exceptionnelles de carnassiers qui se promenaient sous ma canne. C’est en observant un très bon pêcheur local, qui ne connaissait ni Drachkovitch ni Limousin et qui pêchait au cadre avec des montures casquées, que la chose m’apparut alors évidente. En lui faisant remarquer qu’il apportait une attention très particulière à la façon d’accompagner la descente suite à une traction, d’une façon très précise, dans une sorte de chute libre très contrôlée, il me répondit « ah oui, c’est vrai, il ne prennent que comme ça… »
    Filmé pour un DVD Pêches sportives, le belge Wim Van de Velde me fit découvrir les secrets de la pêche à la verticale. A la différence de la pêche au poisson mort manié, la verticale se veut minimaliste. Fini les grandes tirées de quatre-vingt centimètres et les longues descentes accompagnées.
    Rappelons qu’en verticale “hollandaise”, le bateau avance très lentement au moteur électrique, chose interdite en France où cela est assimilé à une pêche à la traîne. La technique du plat pays souffre d’une appellation trompeuse, à l’origine d’un amalgame entre la pêche à la “dandinette”, au jig, et à tout ce qui est animé verticalement. La technique hollandaise est en réalité une pêche à l’horizontale, puisque une fois le leurre décollé du fond de quelques centimètres, celui-ci avance, sous l’effet du bateau, parallèlement au fond. Les touches ont le plus souvent lieu lors de cette phase où aucune animation ne vient perturber la marche du leurre. C’est la raison pour laquelle nombre de touches surviennent lorsque l’esprit divague. Moins on en fait, plus on prend. Si le décollage du leurre ne demande aucune attention, la façon dont on le dépose régulièrement (ce qui permet de reprendre contact avec le fond) demande un coup main particulier. Wim est toujours très concentré durant cette phase, car il sait que c’est un moment propice aux touches, sinon à l’intérêt que va porter le carnassier à ce leurre bien tentant. Il serait intéressant qu’un jour quelqu’un prenne le temps d’essayer de filmer l’attaque d’un sandre sur un leurre de pêche en verticale. Suivent-ils le leurre sur plusieurs animations ? Ont-ils des réactions de panique face à certaines animations ? L’expérience serait riche d’enseignements. La méthode de Wim semble enfantine et pourtant ce pêcheur ressent énormément de choses, provoque des touches, sait ce qui leur plaît et ce qui les rebute. Et comme il le dit lui-même, ce feeling particulier ne s’apprend pas dans les livres… Mais les belges et les hollandais ont plus d’un tour dans leur besace. Lorsque le vent devient trop fort, impossible de guider le bateau convenablement. La limite de la pêche à la verticale est alors atteinte et une autre technique doit prendre le relai. Chez eux, il s’agit de la pêche en “diagonale”, encore un terme très imprécis, que les pêcheurs interprètent parfois de façons diverses. Cette technique est beaucoup plus proche de la pêche au poisson manié que ne l’est la verticale. Puisque le bateau vit sa vie, autant le laisser faire. La pêche se déroule derrière lui à vingt ou trente mètres avec un leurre souple fortement lesté. Le pêcheur décolle le leurre du fond d’au moins cinquante centimètres et apporte une attention toute particulière à la redescente sur le fond, car les touches ont bien évidemment lieu durant cette phase. Le mouvement est ainsi répété à l’infini tant que la dérive couvre des postes intéressants.


    Le regard du black-bass

    S’il est un poisson qui observe longuement avant de se décider à prendre c’est bien le black-bass. Notre centrarchidé remporte haut la main la palme du poisson le plus interactif avec le pêcheur. La pêche à vue permet de profiter pleinement de ce spectacle, car c’en est un. Un black-bass ayant été pris et remis à l’eau plusieurs fois devient extrêmement difficile à tromper. Le niveau de perfection à atteindre dans l’action de pêche devient alors aussi élevé que celui nécessaire à la pêche d’une grosse truite sauvage sur un parcours sur-fréquenté. A cette différence près, qu’un pêcheur de black-bass à plus de cartes entre les mains. Vous pouvez le tenter en surface, ou avec toutes sortes de créatures souples ou métalliques, des bizarreries qui font marche arrière, j’en passe et des meilleures. Face à tout cet arsenal, le plus intelligent des poissons d’eau douce aura généralement, à l’instar de la carpe citée plus haut, deux réflexes : l’envie irrésistible de venir voir, et ensuite la prudence d’attendre que la chose s’anime. Il a alors tout son temps. En général, c’est le pêcheur qui craque en premier, pensant qu’une animation le poussera à attaquer. Très souvent, l’inverse se produit. Il faut avoir vu des black-bass observer quelque chose qui vient de tomber sur l’eau, la mobilité des yeux, le mouvement des nageoires, le corps en tension. S’il lance son attaque, c’est que la chose lui paraît d’une part comestible et d’autre part “crédible”. Avec les leurres souples coulant lentement (de type Senko) le jeu est tout aussi passionnant. Lors de sa descente, le poisson le suit et l’observe, ne se décidant à s’en emparer que si la chute est parfaitement libre. Toute retenue est suspectée. Pour le black-bass comme pour le sandre, ce comportement naturel est influencé par l’expérience qu’acquièrent les poissons lorsqu’ils sont confrontés à des leurres. Beaucoup de scientifiques refusent d’accorder de l’intelligence aux poissons, préférant plutôt parler d’accoutumance. En théorie, notre intelligence d’humains modernes, devrait nous permettre de venir rapidement à bout de la dernière truite, du dernier black-bass ou du dernier sandre. Or, il nous faut au minimum quinze ans d’existence pour arriver à tromper la méfiance de poissons qui pour certains en ont à peine trois ! Même des poissons d’élevages introduits à l’âge adulte dans une pièce d’eau s’adaptent en deux ou trois journées à une nouvelle technique de pêche !
    Plus les années passent, plus j’accorde de l’attention à ce qui se passe lors des phases où mon leurre redescend à la suite d’une animation. Plus qu’un simple suivi, cet accompagnement peut se travailler, se modeler, s’anticiper, en fonction, lors du relâché du leurre choisi, de l’espèce recherchée et de son humeur du jour. Le type de poste sur lequel évolue le leurre conditionne l’action, en fonction de la nature de la pente, du changement de la vitesse du courant, afin de détendre au bon moment, au bon endroit, pour provoquer la touche. C’est toute la magie de la pêche, de la compréhension de ce qui est invisible. C’est aussi ce qu’on appelle “le sens de l’eau”.

  • La Loue passe aux assises

    La Loue passe aux assises

    Trois ans après les mortalités exceptionnelles de poissons sur la célèbre rivière franc-comtoise, les services de l’État se mobilisent pour trouver des solutions à travers des assises qui laissent entrevoir quelques pistes intéressantes, mais qui montrent par la même occasion leurs limites.

    A Ornans se sont tenues le 11 octobre les premières Assises de la Loue. Sous la houlette du préfet du Doubs, Christian Decharrière, et du président du Conseil Général Claude Jeannerot, 150 personnes (élus locaux, scientifiques, représentants d’associations) ont répondu présent pour mieux comprendre les pollutions chroniques dont souffre la Loue et tenter de trouver des solutions. On peut s’étonner que les autres rivières du département, ou même de la région, n’aient pas eu droit au chapitre. Environ un tiers des eaux de la source de la Loue proviennent du Doubs, une rivière qui a elle aussi connu des mortalités pisciaires entre 2009 et 2011. On se souvient du “paradoxe de la Loue”, ainsi nommé par les services de la préfecture du Doubs en 2010, qui s’étonnaient de voir mourir les poissons alors que les analyses de nitrates et de phosphates dans l’eau ne montraient rien d’alarmant. Pis, elles étaient même en dessous des normes édicttées par la Directive Cadre Européenne sur l’Eau, qui impose un retour à une bonne qualité des eaux aux pays membres de l’Union Européenne avant 2015. Seules les associations (Collectif SOS Loue, Fédération de pêche du Doubs, CPEPESC…) dénonçaient des normes insuffisamment strictes, ainsi que l’urgence de prendre le problème à bras le corps. Il y a eu la manif d’Ornans, puis celle de Goumois avec en tête de file Yann Arthus- Bertrand, les articles dans la presse locale et nationale, afin d’instaurer une pression permanente sur les services locaux de la préfecture. Le préfet du Doubs a ouvert ses Assises en soulignant les vives critiques dont ses services ont fait l’objet. Sans ce combat, car c’en est un, qui se soucierait de l’état de la Loue aujourd’hui ? Ses Assises auraient-elles seulement eu lieu ? Pas sûr ! On est passé d’un refus de voir la réalité en face, à une mobilisation très officielle. La pollution de la Loue n’est plus niée, elle est même analysée par des experts nationaux nommés par l’Etat. Derrière cette bonne volonté affichée, se cache sans doute l’obligation de rendre quelques comptes… Les deux recours déposés par le Collectif SOS Loue et Rivières Comtoises devant la commission européenne y sont sans doute pour beaucoup. Toujours est-il que le dialogue à radicalement changé, ce qui est une très bonne chose.  Le mal dont souffre la Loue (et les autres rivières comtoises) est connu depuis bien longtemps. Dès les années 1970, l’eutrophisation de la Loue (excès de nutriments dans la rivière responsable d’un développement algal anormalement important) a été mis en évidence par le professeur Jean Verneaux, relayé par le Conseil supérieur de la pêche (CSP), puis par l’Office national de l’eau et des milieux aquatiques (Onema). Les effets de l’eutrophisation, qui entraîne des réactions en chaîne, sont également parfaitement connus et compris. L’excès d’algues colmate les fonds et anéantit les populations d’invertébrés. L’eau chauffe beaucoup plus sur un fond couleur vert bouteille que sur une blonde gravière. L’oxygène dissout est inexistant en fin de nuit sur les zones les plus colmatées, etc . La Direction régionale de l’environnement (Diren), avait, il y a au moins quinze ans, mesuré la pousse des algues filamenteuses sur une journée sur certains points critiques. Sur le Doubs, à Montbenoît, elle atteignait alors 250 g/m² ! Chargé de présenter son étude comme une sorte de bilan de la situation actuelle, Jean-François Humbert, expert national d’une analyse commanditée par l’État concernant la Loue, rendue publique au printemps, a, lors de ces assises, rappelé le caractère eutrophisé de la rivière. Bien. Ce n’est plus un secret pour personne. Une fois le problème cerné, M. Humbert n’est plus vraiment revenu sur cette évidence, en mettant plutôt le doigt sur les micropolluants, suspectés d’avoir tué les poissons ou encore sur le réchauffement climatique, observé depuis 1987, avec force graphiques et courbes pour démontrer qu’en Franche-Comté, la température s’est apparemment élevée de quelques degrés. Inutile d’être un grand scientifique pour trouver dans l’eau de la Loue et ses fonds devenus sombres les raisons d’un réchauffement. Ces experts sont-ils totalement indépendants ? Ceux-là même qui ont mis en cause dans le rapport national Loue la pratique du no-kill comme éventuelle responsable de ces mortalités pisciaires… Il est permis d’en douter. Bien sûr qu’il est important de comprendre le rôle des micropolluants, mais dans le même temps, on ne peut nier l’évidence et l’urgence. Un début de réponse se trouve dans les recommandations de certains scientifiques présents à ces assises, notamment des géologues, qui demandent d’urgence une réglementation spécifique aux zones karstiques. Même la Chambre d’Agriculture du Doubs, qui n’est pourtant pas un modèle d’agronomie bio, à mis à l’étude une zone test (Plaisirfontaine), qui prend en compte la nature de chaque parcelle pour y pratiquer l’épandage qui lui correspond le mieux. L’urgence concerne aussi les produits de lave-vaisselle, qui, contrairement aux lessives, sont encore très riches en phosphate. Les deux sénateurs présents aux assises, Martial Bourquin et Claude Jeannerot, ont pris l’initiative de proposer au Sénat une interdiction de ces produits. Le préfet du Doubs s’est quant à lui engagé à faire avancer le dossier d’une réglementation spécifique aux zones karstiques.


    L’ Aop Comté dans la tourmente

    La suppression des quotas laitiers en 2015 s’inscrit dans une volonté de politique agricole européenne néolibérale, au nom de la mondialisation et d’une capacité autorégulatrice des marchés. Les quotas laitiers avaient été instaurés pour obtenir des prix réguliers et rémunérateurs pour les éleveurs. Les zones bénéficiant d’une AOC ou d’une AOP, comme le comté, se trouvaient ainsi à l’abri d’une surproduction qui, comme toujours, a pour inévitable effet l’effondrement du cours du lait. Dans le département du Doubs, l’arrêt des quotas laitiers laisse entrevoir une production de lait accrue d’environ 20 %, ce qui sera dramatique pour les cours d’eau. Le politiquement correct veut qu’on ne désigne jamais directement un responsable. Le préfet Decharrière avait d’ailleurs ouvert ces assises en rappelant que nous n’étions pas là pour stigmatiser une activité ou une corporation. Là au moins, c’est clair pour tout le monde ! Le comté n’est plus, pour une bonne part, le fromage artisanal dont se réclament les publicités parfois mensongères imaginées par la profession. Le système se mord la queue depuis longtemps : obligation de nourrir les bêtes avec le fourrage local, épandage massif de fumier et de lisier pour tenter de faire pousser de l’herbe à 800 m d’altitude sur des sols dont la plupart ne comptent que quelques centimètres de terre sur de la roche karstique. Obligation de faucher deux fois, voire trois au cours de la saison, ce qui est responsable de la disparition de plus des deux tiers des espèces florales qui faisaient autrefois toute la saveur de ce fromage. L’annonce de la suppression des quotas laitiers lève la sécurité qui protégeait cette filière. Interrogé lors des assises, Claude Vermot-Desroches, éleveur et président du comité interprofessionnel du gruyère de comté craint que certains agriculteurs ne cèdent à la tentation de produire davantage et souligne que le mot d’ordre sera d’essayer de garder le cap. Certes les problèmes des rivières comtoises sont multifactoriels, liés autant à un mauvais assainissement qu’à des pratiques agricoles devenues inadaptées à cette région où le plus important des gruyères se trouve sous terre. Par ses réseaux et son lien direct avec les rivières, le karst se trouve bien au centre du débat. Ce n’est pas une découverte, mais pour une fois, l’Etat reconnaît son lien entre l’état actuel de la rivière et les activités pratiquées sur le plancher des vaches.


    Un bon exemple  de cache-misère

    Le préfet du Doubs avait nommé en début d’année un comité des sages (experts nationaux et locaux), chargé de trouver des solutions aux problèmes de la Loue. Les solutions proposées à Ornans par ce comité ont été particulièrement décevantes, voire inexistantes. La Loue est une rivière plutôt lente, ça non plus c’est pas très nouveau. Les miroirs peints par Courbet en sont la preuve. Les seuils artificiels de la Loue ne datent pas d’hier, et pourtant à l’époque de Courbet, la Loue devait être en meilleur état qu’aujourd’hui ! Les “sages” proposent de faire supprimer quelques seuils pour redonner un peu de vitesse sur des zones qui ont tendance à favoriser le développement algal. Comme ce fut rappelé, la Loue compte 28 km de ralentissement dû à des seuils artificiels sur les 126 que compte la totalité de son cours. C’est beaucoup, et les deux ou trois seuils visés ne changeront pas la face du monde. L’autre mesure proposée résume bien l’impossibilité de trouver des solutions efficaces lorsqu’on refuse de prendre le problème à la base. Nos respectables experts pensent en toute logique que de replanter des arbres au bord de l’eau limiterait le réchauffement de la rivière. Des algues à l’ombre sont en effet moins problématiques que des algues exposées au soleil. Ça valait le coup d’attendre un an… Le bilan de ces assises de la Loue est donc mitigé. Il faut souligner l’engagement de l’Etat au niveau local, notamment celui du conseil général du Doubs, conscient des problèmes d’assainissement de beaucoup de communes. Des efforts ont été engagés ou réalisés en ce qui concerne les stations d’épuration de Mouthier-Hautepierre, Rurey, Montrond-le-Château, Longeville et Chassagne. Le conseil général estime que « des efforts restent à faire notamment sur les réseaux où il y a des fromageries et des réseaux unitaires ».  Dommage que la commune d’Ornans, qui accueillait sur ses terres ces Assises de la Loue, voie toujours les maisons du centre-ville rejeter leurs eaux usées directement dans la Loue…

    Philippe Boisson

  • L’exemple du Chéran

    L’exemple du Chéran

    Nous connaissons depuis longtemps l’équipe de l’AAPPMA de l’Albanais sur le Chéran, une magnifique rivière planquée dans sa vallée, entre Annecy et Aix-les-Bains. Sans tambour ni trompette, cette association dynamique est à l’origine d’un des plus ambitieux contrats de rivière du pays. Preuve que les pêcheurs peuvent obtenir de l’aide, à condition qu’ils ne manquent ni de courage, ni de projets.

    Par Philippe Boisson

    Le Chéran prend sa source dans le massif des Bauges en Savoie en amont du Châtelard, village martyr qui perdit la quasi-totalité de ses habitants lors d’un glissement de terrain survenu dans la nuit du 1er janvier 1931. De profil torrentueux, ce cours d’eau passe, dans sa partie aval au niveau de Rumilly (Haute-Savoie), d’environ 1 m3/s au plus sévère de l’étiage à près de 300 m3/s à la fonte des neiges pour peu que la pluie s’en mêle. D’un point de vue géologique, le Chéran coule sur un lit de gros galets dans sa partie amont, alors que sa section médiane serpente dans des gorges taillées dans du grès à ciment argileux appelé molasse. “Roche” tendre composée de limons solidifiés, ce grès se laisse facilement façonner par la rivière. Cela donne lieu à quelques bizarreries, comme la voie Bernard, un couloir qui ressemble à une piste de skateboard et dont le fond canalise l’eau dans une faille d’à peine deux mètres de largeur, visible uniquement par niveau très bas. La profondeur de cette faille doit sans doute dépasser les 8 à 10 mètres. Le grès donne une jolie couleur émeraude aux eaux du Chéran qui prend des allures d’oasis en été. A la sortie des gorges au niveau de Rumilly, le Chéran a beaucoup souffert des extractions de graviers et de l’urbanisation qui a donné lieu à un vaste programme de renaturation qui commence à porter ses fruits aujourd’hui. Cela n’aurait pas été possible sans le concours d’un personnel compétent et de moyens financiers et humains importants. Porté par les pêcheurs, ce projet nécessita quelques modifications fondamentales du statut de ce qui n’était pas encore, jusqu’aux années 2000, une AAPPMA.

    Une gestion à l’échelle du bassin versant

    En France, le département de la Haute-Savoie reste un cas particulier, avec un nombre de pêcheurs parmi les plus élevés du pays, partagés en seulement cinq AAPPMA. Un mode de fonctionnement très atypique, d’autant que certaines d’entre elles regroupent des “sociétés de pêche” non agréées. L’AAPPMA de l’Albanais (nom de la région d’Albens) est née en 1999 de la réunion de trois de ces sociétés de pêche faisant alors partie de l’AAPPMA Annecy Rivières. Il s’agissait de celles de Cusy, de La Gaule du Chéran, et de La Protectrice du Fier. Pour obtenir l’agrément, la future AAPPMA de l’Albanais devait, à la demande de la DDAF, faire signer les baux de pêche aux propriétaires riverains. Un travail de fourmi qui demanda à Stéphane Jan et à ses collègues plus de deux mois d’investigation au cadastre, à une époque où les relevés parcellaires n’étaient pas encore informatisés. Il s’en suit un porte-à-porte en règle face à des propriétaires qui, pour la grande majorité, ignoraient tout de l’existence des fameux baux de pêche. Signés pour trente ans, les droits de pêche ainsi obtenus ont permis de partir sur de bonnes bases. Plus en amont, l’AAPPMA du Châtelard, dans le massif des Bauges, existe depuis 1927. Ainsi, le Chéran s’est vu partagé en seulement deux AAPPMA, ce qui laissait augurer une gestion cohérente à l’échelle du bassin versant du cours d’eau. Les débuts furent empiriques reconnaît Pascal Grillet, l’un des membres du bureau de l’AAPPMA de l’Albanais : “On voulait bien faire et les chantiers étaient si nombreux que cela partait un peu dans tous les sens !”. L’une des premières actions entreprises fut la réintroduction de l’ombre, un poisson originaire du Chéran, mais qui avait totalement disparu. Après trois années de réintroduction, qui ne donnèrent guère de résultats encourageants dans les années qui suivirent, une population viable a finalement trouvé sa place. Le prélèvement de l’ombre est toujours interdit sur la rivière afin de le protéger, car il serait facile de le faire disparaître à nouveau. Les ombres du Chéran sont très discrets, vivants surtout dans les forts courants et ne se montrant que rarement. Pour les truites, les choses sont différentes. Comme partout ailleurs, l’alevinage avec des souches atlantiques domestiquées a commencé dès la fin du XIXe siècle. Par chance, la souche sauvage de truite locale a bien résisté à l’introgression de gènes étrangers. Le Chéran doit en partie son bon état actuel à son accessibilité limitée, due à son cours encaissé. Les points d’accès se limitent à trois ou quatre lieux sur toute la longueur des gorges. Pour les AAPPMA du Châtelard et de l’Albanais, la priorité consiste à préserver le milieu naturel dans le but de conserver la souche sauvage. Plus aucun empoissonnement n’a eu lieu depuis près de quinze ans. En étroite relation avec la fédération départementale de pêche de Haute-Savoie, qui dispose d’un personnel spécialisé compétent (sous la houlette d’Arnaud Caudron), les souches de truites du Chéran, du Fier, et de leurs affluents ont été clairement identifiées et tout le monde œuvre pour leur sauvegarde. La vallée du Chéran a été retenue comme rivière pilote par le Fonds pour la conservation des rivières sauvages, au même titre que quelques autres comme la Vis (Hérault) ou la Valserine (Jura/Ain).

    Un contrat de rivière exemplaire

    Un contrat de rivière a été alloué à la vallée du Chéran entre 1997 et 2008. S’il existe de mauvais exemples de contrats similaires un peu partout, qui n’ont pas apporté d’amélioration de la qualité de l’eau ou de l’habitat pisciaire, celui du Chéran est exemplaire. Preuve que si les pêcheurs ne font pas la démarche d’être représentés, il ne faut pas espérer de miracle… Au total, l’investissement pour 2012 de l’AAPPMA de l’Albanais se porte à 170 000 euros (300 000 euros sur trois ans). Car le Chéran fait également partie du programme européen Leader (Liaison entre actions de développement de l’économie rurale) du Parc naturel régional du massif des Bauges. Il s’agit d’un programme européen qui vise à faire des territoires ruraux des pôles équilibrés d’activité et de vie. Le plan de financement des travaux intégré dans le contrat de rivière concernant la diversification des habitats s’est réparti entre la Région à hauteur de 20 %, l’agence de l’Eau 50 %, le conseil général de Savoie 5 %, le conseil général de Haute-Savoie 5 %, le Syndicat mixte interdépartemental d’aménagement du Chéran (SMIAC) 20 %, et les collectivités piscicoles 22 % pour un total de 216 958 euros. Le contrat de rivière a permis la mise en place d’un programme ambitieux de diversification de l’habitat pisciaire sur la zone aval du Chéran au niveau de Rumilly. Les aménagements demandaient des moyens mécaniques et humains à la hauteur de la puissance d’un cours d’eau dont le débit peut être multiplié par 300 selon les saisons. “Avec un lit déstabilisé par une érosion régressive, due à des extractions de granulats directement dans le cours d’eau il y a plusieurs décennies, le chantier méritait réflexion et méthode pour réaliser des aménagements qui puissent encaisser des crues violentes sans pour autant créer d’autres problèmes autour d’eux. Nous avons opté pour des techniques mixtes végétales et minérales et nous avons eu la chance de travailler en concertation avec des professionnels qui ont fait l’effort de comprendre les problématiques du cours d’eau, ce qui n’est toujours évident avec des gens qui, pour la plupart, travaillaient dans une rivière pour la première fois” explique Pascal Grillet. La Fédération de pêche de Haute-Savoie suit l’évolution des peuplements chaque année pour vérifier si le résultat escompté est bien au rendez-vous. Les aménagements profitent à toutes les espèces, y compris aux plus petites comme le chabot ou la loche franche, car le Chéran a retrouvé une morphologie variée qui profite aux poissons à tous les stades de leur développement. Sur ce secteur au lit il y a peu encore uniforme, très peu diversifié, les populations de truites ont été multipliées par quatre. Ce n’est qu’un début, car ces aménagements profiteront d’autant plus aux générations suivantes. La présence des aménagements a en effet de multiples avantages : ils offrent bien plus qu’un abri aux poissons, les éléments minéraux trouvent leur place tout autour, ainsi qu’en aval sous l’effet du courant. De
    nouvelles zones de frayères sont apparues.

    L’école de pêche du Chéran

    Les deux AAPPMA du Chéran travaillent avec deux guides de pêche chargés de gérer les activités de l’école de pêche. Des stages enfants, ados, vacances, scolaires, personnes à mobilité réduite, pour la pêche de la carpe, la pêche au coup, celle des carnassiers ou la pêche à la mouche sont organisés durant toute la saison. Des ateliers pêche nature ont lieu tous les mercredis. Chaque saison, des centaines d’enfants et d’adolescents découvrent la pêche à Rumilly, sur le plan d’eau attenant au bâtiment de l’AAPPMA ou sur le Chéran, avec une évidente sensibilisation aux milieux naturels.

    La pêche sur le Chéran

    Les truites de la belle rivière d’émeraude ont la réputation d’être capricieuses. Elles sortent néanmoins de façon plus régulière sur la partie aval que dans les gorges. Loin d’être des poissons de foire, ces animaux sauvages réagissent à la température, à la lumière et a tout ce que ces facteurs peuvent générer comme événements dans la rivière (éclosions, périodes propices à l’alimentation, etc). Lors de ma visite sur trois jours cet été, les truites du Chéran ont joué le jeu, avec entre autres, un coup du soir formidable sur une belle retombée de fourmis. Un niveau stable, même bas, semble plus favorable qu’une baisse de niveau suite à une crue. Cette situation, classique sur d’autres rivières, à le don de caler les poissons confortablement sous les pierres durant plusieurs jours. Le Chéran est une rivière sauvage avec des poissons qui le sont tout autant. Ce qui était normal un peu partout il y a quelques décennies devient aujourd’hui une exception, qui ne plaira sans doute pas à tous ceux qui veulent une “prestation” correcte en échange de leur simple présence. Les truites du Chéran se fichent de la société de consommation qui les entoure. Espérons que cette dernière n’aura pas la peau des derniers poissons sauvages de cette belle rivière. En tout cas, les AAPPMA du Châtelard et de l’Albanais veillent au grain avec une détermination et une envie qui force le respect.

  • Conférence environnementale, un Grenelle sans pêcheurs

    Conférence environnementale, un Grenelle sans pêcheurs

    Il y a cinq ans, le gouvernement Sarkozy lançait le Grenelle de l’environnement, présenté alors aux Français comme une révolution verte. Depuis, sur le terrain bien peu de chose ont changé en ce qui concerne en tout cas la protection de l’eau. Pis, les services de l’état chargés d’assurer la police de l’eau n’ont jamais atteint un tel laxisme. L’Onema sera bientôt directement rattaché aux directions départementales des territoires (DDT). Les brigades voient leurs effectifs se réduire au strict minimum (un départ en retraite sur deux remplacé). Et voilà que, sous le gouvernement Hollande apparaît la Conférence environnementale. Cela s’est passé à Paris au palais d’Iena les 14 et 15 septembre. Une sorte de seconde chance au Grenelle, de la part d’un gouvernement qui compte dans ses rangs deux ministres “verts”, Cécile Duflot et Pascal Canfin. Étrange préoccupation dans un contexte où rappeler vous, les mots environnement ou écologie étaient totalement absents des discours des deux supposés président de la République alors en campagne électorale. Ce qui a mal commencé, c’est le refus de recevoir les pêcheurs et les chasseurs aux tables rondes. Un refus pourtant contraire aux promesses de François Hollande, lors de sa campagne. Pêcheurs et chasseurs représentent près de trois millions de personnes, que les politiques n’oublient jamais de démarcher… La suite nous démontrera que le gouvernement du “changement” ne prend pas pour habitude de tenir ses promesses. Pour preuve, durant la semaine qui a précédé la Conférence, les affirmations d’Arnaud Montebourg dans une interview accordée à Challenges au sujet de l’exploitation des gaz de schistes. Le ministre du redressement productif dément la position de Delphine Batho, en affirmant bien haut qu’un moratoire sur la question n’est pas à l’ordre du jour. Il ajoute au passage que les techniques de fracturation hydraulique (qui utilise énormément d’eau et de produits chimiques) peuvent être maîtrisées, sans bien entendu, expliquer comment. Nouvel avis contraire quelques jours plus tard avec, enfin, une position ferme du gouvernement qui ferme le dossier à double tour… Jusqu’à quand ? Le Grenelle s’était engagé à réduire de moitié l’utilisation de pesticides entre 2008 et 2018. Belle motivation à propos d’un sujet qui touche d’une part directement la santé publique et d’autre part la disparition des abeilles, un sujet très sensible. Pour l’heure, l’utilisation de pesticides depuis 2008 a augmenté de 2,5 %. Lors de la conférence environnementale, la décision d’interdire l’épandage aérien de produit phytosanitaire a été prise, en spécifiant qu’elle resterait autorisée dans les cas où il s’agit de la seule solution possible. Le ministre de l’Agriculture, Stéphane Le Foll a d’ailleurs, peu après sa nomination, reconnu que l’objectif ne sera pas atteint. Pas plus que le sera celui du “bon état écologique” des cours d’eau et lacs avant 2015 comme l’impose la Directive cadre européenne sur l’eau (DCE). Impuissant, voilà ce que sont les gouvernements face aux enjeux environnementaux. Impuissants face aux lobbies et incapable de proposer un nouveau modèle. L’agriculture bio, ou moins intensive si vous préférez, nécessiterait une aide du gouvernement. Or actuellement, et depuis longtemps, celle qui pollue le plus et aussi la plus subventionnée.

    Pêcheurs et chasseurs sur la touche

    A la veille de la conférence environnementale, la Fédération nationale pour la pêche en France (FNPF), a tenu à exprimer au président de la République sa surprise, sa déception et son souhait d’un… changement ! Contrairement à l’engagement pris pendant la campagne électorale, la FNPF est écartée (tout comme la Fédération nationale des chasseurs) des tables rondes consacrées à la gouvernance et au débat sur la transition énergétique. Selon nos sources, cette décision fait suite à une pression de certains organismes invités sur les organisateurs, afin “d’éviter certaines tensions”. Vive la démocratie ! La FNPF et son réseau associatif affilié (93 fédérations, 4000 associations), se dit fort d’une expertise reconnue, diverse et ancienne. Elle estime que sa légitimité à figurer parmi les acteurs environnementaux à part entière n’est plus à démontrer. Soit, mais si on y regarde de plus près, les fédérations les plus légitimes sont celles qui généralement sont en opposition totale ou partielle avec la politique de la FNPF. L’exemple de la Haute-Savoie (voir notre Echo du radier à propos du Chéran) est très parlant. Certaines fédérations départementales se professionnalisent en recrutant des ingénieurs et des techniciens très compétents. Elles mettent en place une gestion patrimoniale et dans la mesure où cela est possible, prennent en compte l’ensemble des bassins versants dans un souci de cohérence. Ce rôle est d’ailleurs une évolution naturelle des choses, puisque l’Onema, cède toujours plus de missions aux fédérations (pêche d’inventaires, études, etc.). Avoir plus d’un million d’adhérents ne suffit visiblement pas pour parler d’écologie… Consentie comme une mesure de faveur, la FNPF s’est vue accorder une place dans la table ronde consacrée à la biodiversité.

    Philippe Boisson

  • Nouveauté : Minn Kota i-Pilot Version 2

    Nouveauté : Minn Kota i-Pilot Version 2

    Fleuron du pilotage par télécommande d’un moteur de bateau électrique, le i-Pilot Minn Kota version 1 avait été très bien accueilli par les pêcheurs lors de sa sortie fin 2010. Depuis, une nouvelle version la remplace, dotée de quelques améliorations mineures, mais cependant très intéressantes.

    Par Philippe Boisson

    La plus complète des télécommandes pour moteur électrique intègre un GPS dans la tête des moteurs électriques de la marque, uniquement sur les modèles à fixer à l’avant des bateaux. C’est ce qui différencie le i-Pilot des autres systèmes. La présence du GPS permet alors de mémoriser des tracés entre deux points enregistrés. Ainsi il devient possible de laisser le moteur se déplacer par lui-même de points en points (jusqu’à six avec cette version contre trois sur la précédente). Plus étonnant encore, la fonction “ancre virtuelle” permet de maintenir le bateau sur un point et ce dans un rayon de 1,50 m. Cette ancre offre alors de grands services lorsqu’il s’agit d’insister un peu sur un poste, de stationner le temps de laisser passer un autre bateau, ou encore de refaire son montage suite à une casse. Nous l’avons installé sur un Minn Kota Power Drive V2 et l’avons essayé en Hollande, sous la brise soutenue du Noord zee kanaal au milieu des supertankers de 200 m de long. L’efficacité est surprenante même dans ces conditions particulières. Autre fonction utile, le désormais célèbre Autopilot, qui permet de garder un cap, est couplé à une vitesse constante programmée par la télécommande. De même, le mode « Advanced Autopilot » optimise le maintien du cap en cas de vent ou de courant. A noter que le i-Pilot peut s’installer sur les moteurs avant Power Drive V2, Terrova et Riptide ST et SP. L’installation est facile à réaliser à l’aide de la notice très claire et bien illustrée dont une version française est disponible. Il faut en revanche bien vérifier que les bornes de la batterie soient correctement en contact avec les cosses. Si ce n’est pas le cas, des microcoupures apparaissent. Le moteur fonctionne alors, mais pas l’Autopilot, ni l’ancre virtuelle. Bon à savoir car cela peut vous éviter un renvoi inutile en SAV…
    D’une ergonomie revue, la nouvelle télécommande dispose d’un écran agrandi de 20% et de touches plus tactiles. D’un emploi simple et rapidement intuitif, l’i-Pilot apporte un incontestable confort de pêche. Si toute cette technologie n’est pas nécessaire lors d’une sortie sans vent, c’est par temps venteux que l’on apprécie de pouvoir tenir le bateau en place sans passer l’essentiel de son temps à tenter de le replacer !  Seul défaut, son prix tout de même élevé et un système de changement de vitesse par incrémentations (1 à 10), moins progressif que le système de variateur qui existe sur les pédales au pied des mêmes moteurs.

    Prix conseillé : 599 e.

  • L’Illex I Shad de Seiji Kato

    L’Illex I Shad de Seiji Kato

    Dessiné par Seiji Kato, le célèbre créateur de leurres japonais, le I Shad a été conçu pour reproduire l’attitude d’un poisson en fuite et d’un poisson paniqué. M. Kato a prévu quatre tailles, de 71 à 147 mm, afin de pouvoir imiter tous les types de proies.

    Par Philippe Boisson

    Les pêcheurs de bars bretons ont adopté ce leurre qui produit une nage très intéressante, surtout lorsqu’il est associé à une tête lestée de forme allongée. C’est de ce fait l’un des meilleurs compléments du X-Layer, leurre de base en la matière. Pour autant, le I Shad se veut beaucoup plus polyvalent, en raison d’un appendice caudal fin et équilibré pour vibrer même à l’arrêt. On peut donc tout se permettre avec ce leurre, qui trouvera sa place sur des têtes lestées de toutes formes. Cette polyvalence est encore accentuée en eaux douces. Peu de leurres souples permettent autant d’applications différentes. Tous les montages texans sont possibles, surtout en 122 et 147 mm (excellent en wacky, drop shot, split shot, neko rig, etc.). Tous les carnassiers à l’exception du silure se font prendre au jeu du I Shad. Les pêcheurs de sandres l’utilisent pour les pêches hivernales à très faible vitesse de progression où il prend littéralement vie.

    Attention au montage

    Toutes les tailles sont compatibles avec une tête lestée de différents poids. Les modèles de 71 et
    96 mm sont parfaits pour le drop shot pour le sandre. Un conseil : quel que soit le montage utilisé, laissez beaucoup de mobilité à ce leurre, car c’est vraiment son meilleur registre. Nous pensons notamment aux têtes lestées et aux hameçons texans de grandes tailles, qu’il faut choisir un peu courts pour ne pas le rigidifier outre mesure. Son corps annelé le rend compatible avec les attractants Nitro Booster en gel de la marque.

    Quatre tailles : 71, 96, 122 et  147 mm.
    Prix conseillé : 12,20 € la pochette de 6 en taille 122 et 147 mm, 10 € pour les modèles 96 et 71 mm.

  • Les lunettes polarisantes à verres correcteurs jaune clair selon Optique Sainte Marie

    Les lunettes polarisantes à verres correcteurs jaune clair selon Optique Sainte Marie

    Il y a environ un an et demi, nous vous avions présenté des lunettes polarisantes à verres jaune clair adaptées aux porteurs de verres correcteurs. Il s’agissait d’un astucieux système de clips polarisants qui venaient prendre place sur une paire de lunettes corrigées. Fort de cette première expérience, Optique Sainte Marie ne souhaitait toutefois pas en rester là, même si ce produit – que j’ai personnellement adopté et qui me donne entière satisfaction – reste une excellente solution. Les verres polarisants correcteurs existent, mais ils sont généralement de teinte foncée (gris, ambre) ce qui enlève de la luminosité.  Et lorsqu’on pêche à vue, il y en a rarement assez !
    Après plus d’un an de recherches, Frédéric Leclerc peut désormais proposer des lunettes corrigées à votre vue, équipées de verres polarisants jaunes clairs. J’ai personnellement apporté ma pierre à l’édifice en choisissant la teinte des verres, que je voulais les plus lumineux possible. Selon la correction apportée, une légère différence de teinte peut apparaître, mais dans l’ensemble le cahier des charges est respecté. Optique Sainte Marie, tient à présenter ses excuses pour les problèmes de délais rencontrés cet été. Tous les clients seront rappelés dans les jours à venir.
    Situé à Courbevoie (Hauts-de-Seine), Optique Sainte Marie a développé un site Internet qui permet de passer commande sans se déplacer. La démarche est la  suivante : vous devez envoyer une ordonnance d’ophtalmologie récente. Vous recevrez quatre montures afin d’essayer celle qui vous convient. Vous devrez ensuite vous prendre en photo de face avec la monture choisie (afin que l’opticien puisse ajuster la paire). Dans un délai de trois semaines, vous recevrez vos lunettes. Le paiement se fait en ligne sur le site. Ces lunettes sont garanties un an. Elles sont traitées antireflet et sont hydrophobes.


    Renseignements :

    Prix conseillé :  verres, 550 € + environ 120 € pour la monture.
    Optique Sainte Marie,
    7, rue Sainte Marie, 92400 Courbevoie.
    Tél. : 01 47 89 47 85.
    www.lunettesdepeche.com

    Notre avis : des lunettes qui permettent de pêcher avec la même luminosité qu’avec des modèles polarisants non corrigés, sans gêne, ni surpoids. Opticien indépendant, Frédéric Leclerc est l’un des rares à avoir fait la démarche de proposer des produits réellement adaptés aux besoins des pêcheurs à vue.

  • Un moucheur dans la brume

    Un moucheur dans la brume

    Comment pêcher à la mouche lorsqu’on est malvoyant ? Cela peut paraître en effet impossible de manipuler de fins nylons, d’accrocher sa mouche, de percevoir les gobages et de réussir à tromper la méfiance des truites. Ludovic Delacour est un homme de défi, toujours motivé lorsqu’il s’agit de dépasser ses limites. Portrait d’un pêcheur dont le talent ne se mesure pas qu’à la longueur des truites qu’il prend.

    Par Philippe Boisson

    Ludovic Delacour est atteint d’une maladie congénitale qui a touché sa vue, réduite à 2/10ème sans vision binoculaire. Âgé de 37 ans aujourd’hui, Ludovic a construit sa vie autour de son handicap. Sa vie professionnelle bien sûr, mais aussi familiale et même celle de ses loisirs. Lorsqu’il était enfant, l’Éducation Nationale avait prévu des classes communes pour les malvoyants et les déficients mentaux et il lui fallut attendre d’être en CM1 pour suivre enfin le cycle normal. Bac avec mention en poche, il est aujourd’hui cadre B de l’Etat Major des Armées. Son rêve aurait été de devenir ingénieur motoriste, car il a toujours été passionné de sport automobile, mais sa déficience visuelle lui interdit de conduire ou même d’être co-pilote. Son goût pour la pêche remonte à l’enfance, dans les environs de Grenoble, sur les bords de la Romanche où il pratiquait la pêche au toc avec son père. Ludovic tient la ténacité qui l’anime dans tout ce qu’il fait, de l’attitude de son père qui l’a toujours poussé à s’adapter à son handicap et à trouver des solutions à chacun des problèmes qu’il rencontrait.
    Ludovic m’a donné rendez-vous au bord d’une de ses rivières favorites. Son « Paradis » comme il dit. Les truites montent volontiers en surface au printemps sur ce petit cours d’eau peu large qui favorise la pêche à courte distance, mais qui en revanche demande une bonne perception de l’environnement lors des lancers car les arbres sont partout. Il faut un peu de temps pour comprendre comment la pêche à la mouche peut être pratiquée par un malvoyant. Chaque lancer, chaque geste, demandent en effet beaucoup de concentration, d’effort et d’abnégation. “Dans 90 % des situations, je ne vois pas ma mouche sur l’eau. Je me sers de la soie comme repère et ensuite j’observe une zone assez large sur laquelle j’espère déceler un gobage dans le périmètre présumé où dérive ma mouche” explique Ludovic. Tout est complexe pour lui et surtout la manipulation des fins nylons lorsqu’il faut refaire son bas de ligne. “J’utilise surtout les contrastes pour m’aider à faire les noeuds et une soie claire qui, posée sur l’eau, se détache des autres couleurs. En théorie, ma vue ne compte que 2/10ème, mais depuis ma naissance, mon cerveau cherche en permanence à interpréter les choses sous forme de repère/mémoire,comme par exemple les associations forme/silhouette. C’est surtout durant les toutes premières années de son développement que le cerveau s’adapte petit à petit en compensant”.
    Tout comme les autres sens de perception des choses qui chez lui sont décuplées. “Tu as entendu le gobage en aval de nous ? ” me dit-t-il. “Non, mais je te crois sur parole ! ”. Nous marchons sur un sentier improbable jonché de rochers et de racines lisses. Je glisse à deux reprise, lève les yeux, Ludo à pris trente mètres d’avance sur moi en une ou deux minutes… Au début des années 2000, Ludovic pêchait exclusivement la basse rivière d’Ain dans les environs de Priay. Pour un pêcheur à la mouche sèche, cette rivière est assez aléatoire et présente globalement peu d’opportunités.
    Depuis quelques saisons, les cours d’eau de montagne ont sa faveur car les gobages sont infiniment plus nombreux, même si les truites y sont beaucoup plus petites. “Je me fiche de la taille des truites que je prends. Si l’endroit est sympathique et qu’il y a de l’activité en surface, cela suffit grandement à mon bonheur. J’ai du mal à comprendre les pêcheurs qui font la gueule parce qu’ils n’ont pas vu une truite de 60 cm de la journée. Ils ne sont pas conscients de la chance qu’ils ont d’être en pleine possession de leurs moyens, au point qu’ils n’apprécient plus le simple fait d’être dans un bel endroit avec des amis.” Au cours de cette journée passée ensemble, Ludovic prendra quatre truites, de tailles modestes, mais très honorables pour cette rivière. Je lui ai donné quelques “combines” qui lui simplifieront les choses, tout comme Marcel Formica (l’acteur du DVD de ce magazine) qui l’a incité à utiliser des mouches parachute au toupet blanc et au hackle roux. Ludovic distingue en effet bien mieux les choses contrastées que celles aux couleurs unies, et avec son aile en queue de veau blanche, cette mouche est par conséquent bien plus visible pour lui.
    La pêche à la mouche a changé sa vie. Après plusieurs dépressions, Ludo a trouvé l’activité qui lui convient. Comme à son habitude il n’a pas choisi quelque chose de facile et, depuis peu, il s’est mis au montage des mouches, aidé par ses amis pêcheurs. Autre défi, son blog, “Un moucheur dans la brume”, vise à donner l’espoir à d’autres personnes qui souffrent d’un handicap, de pouvoir se passionner pour une activité d’ordinaire réservée aux “valides”. Ludovic en profite aussi pour faire partager sa passion pour la pêche à son fils Thomas, âgé de 6 ans et qui a n’en pas douter est à très bonne école de la pêche et de la vie.


    Le blog de Ludovic Delacour :
    www.unmoucheurdanslabrume.com