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Étiquette : pêche sportive

L’équation du gobage
Les truites ratent rarement leurs proies flottantes qui dérivent parfois à vive allure dans un courant tourmenté. Pour se faire, elle doivent prendre en compte plusieurs facteurs comme la distance, la vitesse, la trajectoire pour finalement se lancer pour arriver pile au bon moment. Cette conjonction de paramètres, Laurent Chaunier nous l’explique en la comparant à un joueur de baseball qui tente d’intercepter une balle ou à un faucon qui croise le vol d’un oiseau proie.
Un éphémère happé en surface par une truite est toujours un spectacle exaltant pour le pêcheur. Il est le résultat d’une succession d’évènements qui a déclenché, puis maintenu, la coordination des capacités sensorielles du poisson, principalement sa vue, avec la maitrise de sa trajectoire nage. En contrôlant sa position relative par rapport à l’insecte en dérive libre, la truite est arrivée à s’en saisir. La méthode de résolution d’un problème aussi complexe, sans accès à sa modélisation formelle, est une heuristique*. Mise en oeuvre par la truite pour l’interception de sa proie en surface, elle est basée sur le même principe de l’adaptation intuitive de la course d’un joueur de base-ball cherchant à attraper une balle au vol, ou de l’algorithme de guidage d’un missile à tête chercheuse. Elle lui a permis une action efficace et rapide, sans moyen de calcul important. Nous proposons d’en examiner la séquence étape par étape.

Législatives – Un billet d’humeur de Philippe Koeberlé
Auteur franc-comtois dont nous vous proposons régulièrement les ouvrages, membre actif du collectif SOS Loue et Rivières Comtoises, Philippe Koeberlé s’adresse ici aux candidats aux législatives de sa région : « Depuis 12 ans, les truites et les ombres de la Loue, et des autres rivières du Doubs, sont décimés par la pollution.
Depuis 12 ans, études, colloques, réunions, projets se succèdent, mais l’inaction des différents responsables sur le terrain fait qu’aucune amélioration n’est constatée. Depuis 12 ans, les causes et les solutions sont connues, en particulier grâce à l’étude de la faculté des sciences de Franche-Comté (qui a couté 1.2 millions d’euros). La Loue, dont une partie est sur votre circonscription, est à l’agonie, n’abritant au mieux que 20 % de son potentiel piscicole. C’est sans doute la dernière législature où son sauvetage est possible. A l’heure où nous vous posons cette question, des poissons meurent dans l’eau qu’une partie de la population boit, où nos enfants se baignent.

Concours : SOS coin de pêche
Une soupente, un coin, un bout de garage, une penderie, même un cagibi ferait l’affaire : les malheureux pêcheurs que nous sommes doivent composer avec un environnement domestique rarement acquis à leur cause.
C’est l’objet de cette nouvelle rubrique et du concours qui l’accompagne, de vous permettre de confronter idées et solutions d’aménagement. Pour que votre matériel de pêche, bien aussi sacré que leurs rayons cosmétiques à rallonge, trouve enfin sa place dans la maison.Envoyez-nous vos photos et commentaires sur [email protected]. Les photos les plus appréciées seront publiées dans le magazine et seront classées pour gagner un séjour de pêche à Goumois dans le Doubs.

Parallelium / Fluorohybrid Pro
Si vous cherchez un fil autre qu’une tresse à mettre sur votre moulinet casting, le Fluorohybrid Pro se place en produit idéal. Moins élastique que le Polyvilon de la même marque, le Fluorohybrid Pro bénéficie lui aussi d’une absence de mémoire qui le rend facile d’emploi. Le Fluorohybrid Pro convient autant aux experts, qu’aux débutants. Perruques beaucoup plus faciles à “gérer” qu’avec une tresse, discrétion lors des animations, contact avec le pouce plus doux, tels sont les atouts de ce fil qui pardonne aussi beaucoup plus les erreurs de timing au lancer qu’avec une tresse, dépourvue totalement d’élasticité. Ce fil possède les avantages d’un fluorocarbone, sans en avoir les inconvénients. Il s’agit d’un procédé de fabrication mixte entre un fluorocarbone PVDF premium et un copolymère (2 CXP).
Prix conseillé : 19,95 euros les 150 m (diamètre 33,5/100).
Notre avis : pour tous ceux qui reprochent au Polyvilon une élasticité excessive, qui occasionne des retards au ferrage ainsi que des poissons perdus faute de réactivité. Sans conteste la meilleure alternative aux tresses. Ne pas hésiter à choisir un diamètre élevé (33,5/100) qui n’a rien d’anormal sur un moulinet casting. Le fil idéal pour bien débuter le bait casting.

Le renouveau du Marais Poitevin
Dans l’esprit de beaucoup d’entre-nous, le Marais Poitevin se résume à des canaux criblés de lentilles d’eaux. Le Parc interrégional du Marais Poitevin a engagé un grand programme de restauration des milieux aquatiques en parallèle d’une démarche de développement de produits touristiques pêche. Le Marais Poitevin cache en réalité bien des trésors. D’une part, son emplacement en littoral inclus des possibilités étonnantes de pêche en lagune ou en mer (estuaire du Lay, Pointe d’Arcay, Plage de Chef de Baie, etc.) ou le bar, le bar moucheté et le maigre sont rois. Dans les terres, tous les carnassiers se pêchent dans les canaux et dans la Sèvre Niortaise. Brochet, sandre, perche, black-bass et silure, peuvent se pêcher aux méthodes traditionnelles ou aux leurres. Cette démarche passe par la création de frayères et par un programme poissons migrateurs. Ce dernier concerne l’anguille, la truite de mer, le saumon, l’alose feinte, la grande alose, la lamproie marine, la lamproie fluviatile, ainsi que le mulet.
Le chantier est néanmoins de taille : améliorer la qualité des milieux, suivi des peuplements par pêches électriques, création de passes à poissons, restauration de continuités écologiques, reconstitution de substrats, sensibilisation à une gestion concertée et cohérente de la ressource et des niveaux d’eau…Des parcours “passion”, “famille”, “découverte” vont être créés par les fédérations de pêche, à partir des attentes identifiées des pêcheurs :
• les fans de parcours carnassiers, en bateau ou float-tube, qui pourront profiter du côté sauvage et dépaysant de l’environnement de pêche,
• les aficionados de la mouche, une pêche à vue en eau claire, pour sortir un brochet ou un black-bass en jouant d’une palette de leurres artificiels de plus en plus élaborés,
• les familles ou groupes d’amis, désireux de partager de vrais moments de convivialité dans un environnement superbe et facilement accessible !,
• les carpistes, adeptes de longs séjours pour le plaisir de la traque de nuit, dans l’espoir d’un trophée de 15 à 20 kg.Philippe Gauthier, chargé de mission du projet, est un homme d’expérience, habitué à développer des projets touristiques liés à la pêche. Le développement du tourisme pêche dans cette région, à une vaste échelle et dans des milieux naturels variés lui tient particulièrement à cœur. D’ores et déjà, des guides de pêche proposent leurs services. Certains d’entres eux travaillent dans cette région depuis plus de vingt ans. Ils sont à même de vous faire gagner un temps précieux et de vous aider à mieux comprendre les habitudes des poissons dans les canaux, plans d’eaux et lagunes.
Renseignements :
Parc interrégional du Marais poitevin
2, rue de l’église, 79510 Coulon.
Tél. : 05 49 35 15 20.
E-mail : [email protected]
Naissance de Handicap Passion Pêche
Les lecteurs de Pêches sportives connaissent Ludovic Delacour (“Un moucheur dans la brume”). Déficient visuel, Ludovic a relevé le défit de pêcher à la mouche malgré son handicap. Soucieux de faire partager cette expérience à d’autres personnes handicapées, il est à l’origine d’une association qui a vu le jour en février, Handicap Pêche Passion.
Le but est de promouvoir la pratique et l’accès de la pêche aux personnes en situation de handicap ou atteintes de maladies handicapantes. Actuellement, seule la pêche au coup bénéficie d’une reconnaissance par le label Handisport. Faire reconnaître la pêche dans sa globalité comme une activité Handisport est un gros et long chantier qu’il faut envisager sur le long terme. En attendant, l’association compte développer son activité en partenariat avec l’association Handi Cap Evasion. L’objectif étant de pouvoir emmener sur certains parcours, qui auront été sélectionnés auparavant par l’association, des personnes qui souhaitent pêcher dans de bonnes conditions de pêche et de sécurité. Ce projet sera mené en étroite collaboration avec l’école de pêche du Chéran et les APPMA de l’Albanais et du Chatelard (Savoie et Haute-Savoie). Handi Cap Evasion mettra à disposition de l’association une “joëlette” pour l’année 2013, ce qui permettra de tester ce matériel dans le cadre de la pêche. Cette invention de Joël Claudel permet d’emmener une personne ne pouvant marcher sur des sentiers de randonnée, même si ceux-ci sont un peu accidentés. A plus long terme, Handicap Passion Pêche souhaiterait proposer des activités pêche pour les personnes en centre de rééducation, pour les enfants en séjour hospitalier pour des maladies lourdes, et aussi les institutions accueillant des personnes en situation de handicap.
Enfin, l’association souhaiterait créer un réseau de compétences, le plus étendu possible géographiquement, qualifié par un label Handicap Passion Pêche, synonyme de qualité et de sérieux des encadrants, qui seraient à même de proposer l’activité pêche sous toutes ses formes. L’association œuvre en partenariat avec les fédérations de pêches nationales françaises ou étrangères, les fédérations de pêche départementales, les AAPPMA, les associations œuvrant dans le domaine du handicap, les centres de rééducation, les hôpitaux, les établissements scolaires et toute autre entité ou établissement qui en ferait la demande. Mais tous les partenariats qui seront mis en place devront être basés sur une volonté commune d’œuvrer dans l’esprit qui anime les membres fondateurs de l’association. A travers la pêche, beaucoup de personnes handicapées pourraient trouver un équilibre et un exutoire qui leur permettraient de s’évader quelques temps d’un quotidien pas toujours évident à gérer.Renseignements :
Un site Internet est en cours de création à cette adresse : www.handicap-passion-peche.orgAdieu Jacky
Pêcheur et monteur de cannes bien connu, collaborateur de Pêches sportives, Jacky Boileau nous a quittés subitement à l’âge de 59 ans, quelques jours après le salon de Paris, où il nous avait présenté Christophe Causse, repreneur de sa boutique et de son atelier de montage de cannes. Jacky devait en effet prendre sa retraite en juillet. Pêches sportives tient à s’associer à la douleur de son épouse et de ses deux filles. Elève de Jacky, Christophe Causse tient à faire perdurer le nom et les produits en hommage à celui qui lui a tant appris.

Etude du relâché
Qu’est-ce qui fait la différence entre un très bon pêcheur et un pêcheur moyen ? A force de côtoyer les meilleurs pêcheurs dans un panel de techniques, de poissons et d’approches radicalement différentes, un point commun sort du lot. Le relâché après une animation. La plupart des poissons attendent ce moment pour s’emparer du leurre, de la mouche ou de l’appât. Etude d’une phase de l’action de pêche qui fait la différence.
Par Philippe Boisson
A priori, aucun lien ne relie un pêcheur de truite à la nymphe à vue à un champion de la pêche du sandre à la verticale. Rien non plus d’évident entre un pêcheur de black-bass opérant au milieu d’arbres noyés et un pêcheur de brochet habitué aux grands espaces des lacs alpins. Et pourtant, tous ont compris qu’il existe une clef principale de la réussite, qui les unit au final. Chaque poisson a sa propre façon de se nourrir, lançant son attaque sur un leurre ou se décidant à prendre une nymphe uniquement dans des conditions très particulières. A l’étude de cet ensemble de constatations, on se rend compte, en définitive, que la plupart des poissons prennent le leurre, la nymphe ou l’appât, lors du relâché faisant suite à une traction qui dans bien des cas, a attiré simplement l’attention du poisson. Ce que l’on appelle “l’animation” et qui évoque la vie donnée à une chose inerte, méritait une petite analyse. Elle s’est révélée passionnante !
L’école de la pêche à vueQuelle merveilleuse école que celle qui consiste à pêcher en voyant les poissons et parfois même ce qu’on leur propose. Chaque espèce a sa façon d’analyser la chose qu’on lui présente. Et si l’on va plus loin dans la réflexion, on constate qu’il existe, pour une même espèce, des différences entre certaines rivières, ou tout simplement au sein de mêmes cours d’eau, selon que la pression de pêche s’y révèle faible ou forte par exemple. Les pêcheurs de truites sauvages à la nymphe à vue savent bien à quel point l’animation de la nymphe peut, soit pousser la truite à prendre, soit la faire détaller à toutes nageoires. La pêche à vue reste un archétype de technique empirique, où l’on apprend, par la répétition de gestes heureux ou malheureux, ce que sont de bonnes et de mauvaises décisions. Il y a un côté très primaire dans tout cela et les premiers chasseurs comme les premiers pêcheurs de notre espèce ont dû certainement procéder de la même façon. Le fait qu’ils pêchaient et chassaient pour se nourrir les a sans doute poussés à développer une intelligence salutaire, sans quoi nous ne serions sans doute pas là pour aller à la pêche pour notre simple plaisir ! A force de tenter des milliers de truites, on finit par s’imprégner de ce qui leur plaît le plus. Souvent pas grand chose, un petit relevé de deux centimètres au bon moment quand plus serait trop… Le but étant d’attirer leur regard sur cette chose qui à leurs yeux à fait une erreur en se montrant un peu trop. Cependant, si la première étape de cette micro-animation a marché, la suite est infiniment plus délicate. C’est elle qui poussera la truite à prendre ou à refuser. Le piège fonctionne uniquement si le relâché est totalement libre. Or en animant, le fil se tend immanquablement, et la qualité du relâché se trouve donc conditionnée par la tension du fil. Cet exemple résume tout l’art de la pêche à la nymphe, qui demande des années de pratique pour tenter de maîtriser des posés parfaitement détendus. A cette pêche d’adresse, les meilleurs pêcheurs sont des as en la matière. La pêche à vue procure parfois l’occasion de faire des rencontres inattendues. La carpe est un poisson fascinant à pêcher à vue. Ne les cherchant pas spécifiquement, cela donne l’occasion pour moi d’improviser avec les moyens du bord. Le sandwich de midi, le pain, son contenu, des filtres à cigarettes, des petits leurres souples aromatisés, des nymphes, des streamers… La carpe est un poisson curieux mais méfiant et si l’on arrive à l’ approcher sans l’apeurer, alors sa curiosité l’emporte souvent sur sa méfiance. Ces expériences occasionnelles sont riches d’enseignements, car les carpes en questions, croisées lors de sorties de pêche à la mouche ou aux leurres, n’ont pas l’habitude d’être pêchées dans très peu d’eau en pleine journée, sans amorçage préalable, voire pour ce qui est de la pêche avec des filtres à cigarettes, des nymphes ou des streamers, sans odeur particulière. Quel que soit l’appât ou le leurre proposé, seul son comportement dans l’eau permet de gagner leur confiance. A la moindre erreur, une crainte perceptible s’installe en un quart de seconde et c’est la panique dans tout le banc. Après quelques tentatives, on comprend assez vite ce qu’elles ne supportent pas. Une carpe qui voit l’impact de quoi que ce soit tombé dans l’eau devant elle, même à deux ou trois mètres, est mise en éveil et se méfie. Généralement elle change sa route. A l’essai suivant, elle fuit avec ses copines. La seule façon de réussir consiste à poser sur le fond ce qui lui est destiné avant qu’elle n’arrive sur la zone. Ensuite, lorsqu’elle se trouve à quelques décimètres et quelle n’a pas été alertée, il suffit alors de décoller l’appât de dix centimètres et de le laisser se poser à nouveau librement sur le fond. Sa curiosité est alors éveillée et la carpe choisit souvent de venir goûter cette chose très étrange qui ne ressemble à rien de ce qu’elle connaît et qui un court instant semblait animé de vie. La carpe dès lors l’aspire, la goûte, puis la recrache immédiatement si celle-ci lui semble inodore, inhabituelle ou désagréable. A vous de ferrer avant qu’elle ne recrache.
L’exemple du sandre
Adolescent, je dévorais les écrits d’Henri Limousin et d’Albert Drachkovitch à propos de la pêche du sandre au poisson mort manié. Pas avares de détails, les deux compères ont sans doute écrit au final l’équivalent de deux bibles sur cette pêche et ce poisson sans jamais donner « LA » clef de la réussite, celle qui fait toute la différence. J’ai du mal à croire que cet errementt n’était pas volontaire tant la chose est importante. Le sandre prend sur les relâchés (remarquez la similitude avec la pêche de la truite à la nymphe !) et quasiment jamais sur les tractions. Rien ne lui plaît plus qu’une monture qui redescend en planant ou qu’un leurre bien décidé à rejoindre le fond. Le percidé suit le leurre descendant et se décide à le prendre seulement après une observation plus ou moins longue. Si une animation intervient lors de cette phase d’observation, cela suffit à le faire changer d’avis, voire à lui foutre la frousse. On pourrait penser qu’il s’agit d’un comportement de méfiance et que l’animation en question trahit la présence du pêcheur. C’est sans doute le cas sur les plans d’eaux sur-pêchés, mais il s’agit avant tout d’un comportement naturel de ce poisson. J’ai pêché au poisson mort manié durant des années sans apporter d’attention particulière à ces phases de relâchés. Même à cette époque où le sandre était considéré comme un envahisseur, mes résultats étaient bien maigres en regard des densités exceptionnelles de carnassiers qui se promenaient sous ma canne. C’est en observant un très bon pêcheur local, qui ne connaissait ni Drachkovitch ni Limousin et qui pêchait au cadre avec des montures casquées, que la chose m’apparut alors évidente. En lui faisant remarquer qu’il apportait une attention très particulière à la façon d’accompagner la descente suite à une traction, d’une façon très précise, dans une sorte de chute libre très contrôlée, il me répondit « ah oui, c’est vrai, il ne prennent que comme ça… »
Filmé pour un DVD Pêches sportives, le belge Wim Van de Velde me fit découvrir les secrets de la pêche à la verticale. A la différence de la pêche au poisson mort manié, la verticale se veut minimaliste. Fini les grandes tirées de quatre-vingt centimètres et les longues descentes accompagnées.
Rappelons qu’en verticale “hollandaise”, le bateau avance très lentement au moteur électrique, chose interdite en France où cela est assimilé à une pêche à la traîne. La technique du plat pays souffre d’une appellation trompeuse, à l’origine d’un amalgame entre la pêche à la “dandinette”, au jig, et à tout ce qui est animé verticalement. La technique hollandaise est en réalité une pêche à l’horizontale, puisque une fois le leurre décollé du fond de quelques centimètres, celui-ci avance, sous l’effet du bateau, parallèlement au fond. Les touches ont le plus souvent lieu lors de cette phase où aucune animation ne vient perturber la marche du leurre. C’est la raison pour laquelle nombre de touches surviennent lorsque l’esprit divague. Moins on en fait, plus on prend. Si le décollage du leurre ne demande aucune attention, la façon dont on le dépose régulièrement (ce qui permet de reprendre contact avec le fond) demande un coup main particulier. Wim est toujours très concentré durant cette phase, car il sait que c’est un moment propice aux touches, sinon à l’intérêt que va porter le carnassier à ce leurre bien tentant. Il serait intéressant qu’un jour quelqu’un prenne le temps d’essayer de filmer l’attaque d’un sandre sur un leurre de pêche en verticale. Suivent-ils le leurre sur plusieurs animations ? Ont-ils des réactions de panique face à certaines animations ? L’expérience serait riche d’enseignements. La méthode de Wim semble enfantine et pourtant ce pêcheur ressent énormément de choses, provoque des touches, sait ce qui leur plaît et ce qui les rebute. Et comme il le dit lui-même, ce feeling particulier ne s’apprend pas dans les livres… Mais les belges et les hollandais ont plus d’un tour dans leur besace. Lorsque le vent devient trop fort, impossible de guider le bateau convenablement. La limite de la pêche à la verticale est alors atteinte et une autre technique doit prendre le relai. Chez eux, il s’agit de la pêche en “diagonale”, encore un terme très imprécis, que les pêcheurs interprètent parfois de façons diverses. Cette technique est beaucoup plus proche de la pêche au poisson manié que ne l’est la verticale. Puisque le bateau vit sa vie, autant le laisser faire. La pêche se déroule derrière lui à vingt ou trente mètres avec un leurre souple fortement lesté. Le pêcheur décolle le leurre du fond d’au moins cinquante centimètres et apporte une attention toute particulière à la redescente sur le fond, car les touches ont bien évidemment lieu durant cette phase. Le mouvement est ainsi répété à l’infini tant que la dérive couvre des postes intéressants.
Le regard du black-bassS’il est un poisson qui observe longuement avant de se décider à prendre c’est bien le black-bass. Notre centrarchidé remporte haut la main la palme du poisson le plus interactif avec le pêcheur. La pêche à vue permet de profiter pleinement de ce spectacle, car c’en est un. Un black-bass ayant été pris et remis à l’eau plusieurs fois devient extrêmement difficile à tromper. Le niveau de perfection à atteindre dans l’action de pêche devient alors aussi élevé que celui nécessaire à la pêche d’une grosse truite sauvage sur un parcours sur-fréquenté. A cette différence près, qu’un pêcheur de black-bass à plus de cartes entre les mains. Vous pouvez le tenter en surface, ou avec toutes sortes de créatures souples ou métalliques, des bizarreries qui font marche arrière, j’en passe et des meilleures. Face à tout cet arsenal, le plus intelligent des poissons d’eau douce aura généralement, à l’instar de la carpe citée plus haut, deux réflexes : l’envie irrésistible de venir voir, et ensuite la prudence d’attendre que la chose s’anime. Il a alors tout son temps. En général, c’est le pêcheur qui craque en premier, pensant qu’une animation le poussera à attaquer. Très souvent, l’inverse se produit. Il faut avoir vu des black-bass observer quelque chose qui vient de tomber sur l’eau, la mobilité des yeux, le mouvement des nageoires, le corps en tension. S’il lance son attaque, c’est que la chose lui paraît d’une part comestible et d’autre part “crédible”. Avec les leurres souples coulant lentement (de type Senko) le jeu est tout aussi passionnant. Lors de sa descente, le poisson le suit et l’observe, ne se décidant à s’en emparer que si la chute est parfaitement libre. Toute retenue est suspectée. Pour le black-bass comme pour le sandre, ce comportement naturel est influencé par l’expérience qu’acquièrent les poissons lorsqu’ils sont confrontés à des leurres. Beaucoup de scientifiques refusent d’accorder de l’intelligence aux poissons, préférant plutôt parler d’accoutumance. En théorie, notre intelligence d’humains modernes, devrait nous permettre de venir rapidement à bout de la dernière truite, du dernier black-bass ou du dernier sandre. Or, il nous faut au minimum quinze ans d’existence pour arriver à tromper la méfiance de poissons qui pour certains en ont à peine trois ! Même des poissons d’élevages introduits à l’âge adulte dans une pièce d’eau s’adaptent en deux ou trois journées à une nouvelle technique de pêche !
Plus les années passent, plus j’accorde de l’attention à ce qui se passe lors des phases où mon leurre redescend à la suite d’une animation. Plus qu’un simple suivi, cet accompagnement peut se travailler, se modeler, s’anticiper, en fonction, lors du relâché du leurre choisi, de l’espèce recherchée et de son humeur du jour. Le type de poste sur lequel évolue le leurre conditionne l’action, en fonction de la nature de la pente, du changement de la vitesse du courant, afin de détendre au bon moment, au bon endroit, pour provoquer la touche. C’est toute la magie de la pêche, de la compréhension de ce qui est invisible. C’est aussi ce qu’on appelle “le sens de l’eau”.

