Votre panier est actuellement vide !
Étiquette : PALM

Ouverture des salmonidés : quelques heures à tenir…
Vous attendez cette date depuis trop longtemps… Cette nuit, nombre d’entre vous ne parviendront pas à trouver le sommeil en pensant à ce moment tant attendu, au son de l’eau, au premier lancer, à la première truite… Et oui demain c’est l’ouverture de la pêche aux salmonidés ! Après ces longs mois d’hiver, nous allons enfin pouvoir ressortir les cannes et tout le matériel et à défaut de faire une bonne pêche, au moins, retrouver nos sensations et ce milieu que nous aimons temps : les rivières ! N’oubliez pas de vous munir de votre carte de pêche. Pour obtenir le précieux sésame, il vous suffit de vous rendre ici.

Une partie de pêche en nymphes et chironomes avec Albert Bigaré
La Belgique compte de nombreux pratiquants de la pêche à la mouche en lacs et réservoirs et un circuit de compétition très étoffé. Cette rubrique était l’occasion d’aller y faire un tour et d’y rencontrer un des moucheurs incontournables du pays : Albert Bigaré, compétiteur de talent mais aussi détaillant spécialisé. Nous l’avons retrouvé sur un plan d’eau non moins connu en Belgique et dans le nord de la France, le lac de Rabais.
Par Philippe Collet
La journée choisie pour se retrouver au bord de l’eau n’était pas des plus faciles : froid, averses et absence de soleil ont été à l’ordre du jour, un temps de saison me direz-vous. Malgré tout nous avons pu nous mesurer à de nombreux poissons. La technique que s’est proposé de nous expliquer Albert est une de ses favorites. Il s’agit de la pêche en nymphe sous la surface à l’aide d’une soie flottante à pointe intermédiaire courte, ou d’une soie hover. S’il utilise des soies du commerce, comportant une pointe d’environ un mètre en densité intermédiaire, comme par exemple la Teeny Invisi Tip et la Rio Midge Tip, Albert préfère se fabriquer une soie maison. Il apprécie les soies Vision Extreme Distance pour leurs capacités de lanceuses et leur ajoute en pointe un polyleader intermédiaire rapide Airflo destiné à la pêche du bonefish. Ce polyleader peut être raccordé, boucle dans boucle, au bout de la soie mais Albert préfère le raccorder en direct. Pour ce faire il dénude une partie du Polyleader en trempant ses premiers centimètres dans de l’acétone. L’âme monofilament ainsi mise à nu est ensuite enfilée dans l’âme tissée de la soie à l’aide d’un fil tungstène (cette technique a été expliquée dans le DVD « La leçon de pêche volume 5 » du numéro 70 de Pêches sportives). Le raccord entre les deux soies est ensuite lissé avec du Stormsure ou Aquasure et laissé sécher au moins 24 heures. Cette dernière opération garantit un passage fluide dans les anneaux. Le Polyleader et prolongé par une micro boucle pour accrocher le bas de ligne. Albert choisit un Polyleader bonefish pour la solidité de son âme, qui ne s’use pas trop rapidement à l’usage au niveau de la boucle.
Une petite astuce d’AlbertLe Stormsure ou l’Aquasure est un produit initialement conçu pour réparer les waders. Lorsque Albert m’en a parlé pour le bricolage de la soie, je lui ai dit que cela faisait un peu cher du raccord, sachant que le tube une fois entamé ne dure jamais bien longtemps, même soigneusement refermé. Il m’a alors fait part de cette petite astuce pour garder un tube au moins un an dans l’état d’origine après ouverture. Il le stocke dans un sachet plastique au congélateur. Il ne lui reste plus qu’à la ressortir et le laisser revenir à la température ambiante avant usage. Les qualités du produit n’en seraient pas du tout altérées.
Dans des conditions normales, cette soie permet de pêcher précisément des poissons actifs, juste sous la surface. Elle place directement les mouches à la bonne profondeur et surtout les maintient à ce niveau. Une soie entièrement intermédiaire ne peut pas réellement le faire car, même ramenée, elle coule inexorablement.
La soie flottante permet de visualiser les touches et de déclencher un ferrage rapide. Elle permet aussi de pêcher avec des fils fins, plus fins qu’avec une soie intermédiaire dont l’inertie est bien plus forte sous l’eau. Ce type de soie trouve ses limites les jours de vent. Elle offre alors trop de prise aux risées et dérive trop vite, entraînant les mouches de façon peu naturelle à sa suite. Dans ces conditions, Albert préfère utiliser des soies Hover, c’est-à-dire des intermédiaires très lentes se maintenant sous la surface et les vagues. Ces soies se soustraient non seulement à la dérive dans un plan horizontal, mais aussi aux tractions occasionnées dans un plan vertical par les vagues. Ces soies sont peu nombreuses sur le marché. Il existait une soie SP Hover chez Airflo chère à Albert et très intéressante pour sa capacité à rester à 10 cm sous la surface. Elle a été remplacée par une soie Anti Wake moins performante. Lors de la sortie, Albert essayait pour la seconde fois une nouvelle soie Rio de ce type, très lente. Cette soie lui a donné entière satisfaction. Il s’agit de la soie Rio Outbound Hover WF 7 S1. Cette dernière, au fuseau de couleur « glacial » (bleu translucide), se lance très bien et descend à peine plus vite que la Hover Airflo de référence.
Le bas de lignePour pêcher du bord, dans un souci d’efficacité et afin de minimiser les risques d’emmêlage, Albert place le plus souvent deux mouches sur son bas de ligne. Il ne pêche en nymphe, de cette façon, à trois mouches, quasiment qu’en barque dérivante dans les grands plans d’eau.
Au bout d’une soie flottante à pointe intermédiaire, la première mouche est placée à 1,6 mètre de la soie puis, la deuxième, entre 1,3 mètre à 2 mètres en fonction des conditions de vent. Pour une pêche à une seule mouche, cette dernière est placée au bout d’un bas de ligne d’environ 4 mètres. Au bout des soies Hover, Albert noue un bas de ligne dégressif en queue de rat de 9 pieds ou 2,7 mètres en nylon. Ce bas de ligne se termine en 18 centièmes (4 X). La partie épaisse du bas de ligne est recuite trois minutes, dans l’eau bouillante, en maintenant le dernier mètre, le plus fin, hors de l’eau pour ne pas altérer ses qualités. Cette opération donne plus de souplesse au fil et surtout le rend plus coulant. Albert préfère utiliser un bas de ligne dégressif sans nœuds pour limiter les turbulences, qui lui paraissent dissuasives pour les poissons lors de l’animation. L’absence de nœud contribue aussi à limiter les risques d’emmêlage. Au bout de ce bas de ligne, il réa-lise une micro boucle à laquelle il connecte sa pointe. Pour deux mouches celle-ci est composée de 60 cm de fil avant la première potence puis 1,80 m avant la mouche de pointe. Pour une mouche, une pointe de 2 mètres prolonge le bas de ligne dégressif.
Albert réalise des potences de 30 cm, qu’il réduit à 15 cm en cas de vent pour une pêche du bord. Celles-ci sont réalisées avec un nœud de chirurgien à trois tours. Une fois le nœud réalisé, le fil revenant vers la soie est coupé. Seul le fil orienté vers la mouche de pointe est utilisé. En cas d’utilisation de deux diamètres différents, le plus fin étant bien sur placé en pointe, la potence est formée par le fil le plus gros. Les fils utilisés sont le fluorocarbone Sightfree G3 de chez Airflo, le fluorocarbone Fulling-Mill, et le Rio Fluoroflex Plus, mais aussi des nylons. Albert juge en effet important de signaler que parfois le fluorocarbone coule trop vite, entraînant les mouches hors de la vue des poissons collés sous la surface. Un nylon est alors indispensable pour les maintenir au bon niveau.
Cannes et moulinetsPour cette technique et de nombreuses autres, Albert utilise des cannes qu’il monte lui-même en 10 pieds soie de 7 chargées de soies en taille 7. Il utilise des moulinets Compo 69 modifiés par l’ajout d’un arceau de corde à piano inox. Cette amélioration permet d’éviter que la soie ne sorte sur le côté de la bobine lorsqu’on tire dessus (défaut de ce moulinet). Il apprécie ce moulinet pour son gros diamètre, son prix et celui de ses bobines, qui permettent une interchangeabilité rapide des nombreuses soies nécessaires en compétition.
L’animation
L’animation se fait canne basse, dans l’axe de la soie, scion au ras de l’eau. Si la pêche est difficile et les poissons tatillons, le scion est maintenu à 40 cm de l’eau et la boucle de soie qui se forme surveillée de très près. La moindre remontée ou non-descente, suite à une traction, est sanctionnée par un ferrage en relevant la canne. Il s’agit ici de ne pas tirer sur la soie avec la main libre, car on risque de casser, compte tenu du diamètre des fils utilisés. L’animation peut aller de l’immobilité à un pulling (tirées successives) rapide. Elle est tout de même le plus souvent lente, alternant des phases de tricotage, de tirées et d’arrêts plus ou moins prolongés. Plus l’animation est rapide, plus le fil doit être solide. En pulling, il est difficile de descendre en dessous de 18 à 20 centièmes. En pêche plus statique, Albert descend jusqu’au 12 centièmes. Il pêche le plus souvent en 15 ou 16 centièmes. Pour la même technique sur les réservoirs anglais, ses diamètres de fil s’échelonnent entre le 20 et le 23 centièmes. Retenez que le diamètre du fil doit être adapté à votre maîtrise du ferrage. Si vous avez la main un peu lourde ne vous acharnez pas à pêcher trop fin.
Les mouches
Les mouches utilisées par Albert, pour cette technique, sont très variées. Elles ont par contre la particularité de ne pas être lestées, pour ne pas couler et pêcher dans un plan horizontal. Les hameçons ne sont pas trop forts de fer toujours pour éviter aux mouches de couler trop vite et aussi pour permettre une bonne pénétration sur des ferrages peu appuyés sur fil fin. Dans nos petits plans d’eau (en comparaison aux lacs anglais), des mouches en taille 12 ou 14 sont une bonne moyenne. Les mouches destinées à être pullées sont montées sur des hameçons droits et peuvent être montés sur des hameçons plus forts de fer dans les petites tailles, pour éviter leur ouverture. Des mini streamers, de la taille d’une grosse nymphe peuvent aussi être utilisés avec succès avec cette technique certains jours.

Mouche : vers une autre conception du bas de ligne progressif
Les bas de lignes à nœuds ont depuis quelques années la préférence des pêcheurs français. Modulables, discrets, suffisamment rigides, leurs qualités sont nombreuses. Pourtant, leur schéma désormais classique, progressif ou dégressif, ne permet pas toujours de répondre aux attentes des pêcheurs recherchant des dérives naturelles, nécessaires sur de nombreux parcours aujourd’hui. On croyait avoir fait le tour des bas de lignes à nœuds, mais ce n’est pas le cas. Voici les spécificités d’un modèle atypique.
Par Philippe Boisson
Élément clef de l’équipement du pêcheur à la mouche, le bas de ligne est la partie du matériel la plus ésotérique avec ses formules personnelles, fruit de l’expérience de chacun. Nous savons à quel point cet élément constitué de brins de nylon perturbe les moucheurs de tous niveaux, car il faut bien le dire, la formule miracle, qui donne satisfaction dans toutes les conditions, n’existe pas. Les bas de ligne à nœuds, largement répandus aujourd’hui permettent une adaptation permanente de la longueur totale ou partielle du bas de ligne et de la pointe en toute liberté. C’est principalement pour cette raison qu’ils rencontrent un si large succès auprès des pêcheurs français. Le niveau technique général des pêcheurs à la mouche dans notre pays est élevé si on le compare à ceux de nos voisins anglo-saxons ou scandinaves et, à n’en pas douter, les bas de lignes à nœuds y sont pour beaucoup. En contrepartie, cette facilité de création et d’adaptation contribue à rendre le bas de ligne à nœuds complexe en raison de sa modularité. Le schéma classique de ce genre de bas de ligne, surtout pour les modèles progressifs, dont les brins s’allongent au fur et à mesure que les diamètres diminuent, veut que l’on respecte une diminution rigoureuse des diamètres de nylon. Soit de 5/100 en 5/100 depuis le brin le plus fort jusqu’au porte pointe. On obtient ainsi un bas de ligne dont la progressivité est totale sur toute la longueur.
Une formule perfectible
Comme beaucoup, j’ai utilisé ce type de bas de ligne durant plus de vingt ans avec bonheur tout en imaginant différentes formules afin de trouver ce qui me correspondait le mieux. De toutes ces expériences, je garde le souvenir de formules globalement satisfaisantes, mais surtout le sentiment permanent que ce système n’était pas parfait. En effet, la présence des trois derniers brins avant la pointe, généralement en 20, 16 et 14/100 constituait trois problèmes :
– Le premier, d’ordre purement technique, oblige à un calcul précis de la longueur de ces brins pour les harmoniser avec ceux de la partie précédente. De plus, un porte pointe relativement court doit être remplacé après trois ou quatre changement de pointes, car chaque nouveau nœud le fait régresser de 5 à 8 centimètres.
– Le deuxième problème, d’ordre fonctionnel, est lié précisément à cette section du bas de ligne très progressive qui précède la pointe et qui ne permet pas de “casser” l’énergie au niveau de la pointe pour obtenir des posers très détendus. En pratique, cela se traduit par un bas de ligne au comportement homogène, mais qui n’autorise pas facilement le poser d’une longue pointe (2,80 m ou plus) vraiment détendu. Entendons par là la possibilité de poser trois mètres de pointe sur une surface de 30 ou 40 cm2 comme cela est souvent nécessaire lorsque l’on pêche à la nymphe à vue ou lorsqu’il devient indispensable d’effectuer de longues dérives naturelles à la mouche sèche.
– Le troisième problème concerne le brin de 14/100, qui n’a plus lieu d’être si l’on utilise une pointe de ce diamètre. Dans ce cas, à longueur égales de pointes, la longueur totale du bas de ligne se retrouve soudain réduite de 50 à 70 cm. Cet écart de longueur se traduit également par un comportement différent du bas de ligne qui compte un élément de moins. Certains pêcheurs dont je fais partie n’aiment pas pêcher avec des bas de ligne dont la longueur totale varie. Cela vient sans doute de mon vécu avec la pêche des grosses truites à la nymphe à vue, technique qui implique un nombre d’essais très limités où tout doit être parfait. C’est pour cette raison que j’ai toujours voulu pêcher avec un matériel identique : même canne, même soie et surtout avec un bas de ligne invariable.
Une solution osée !Las de composer avec ces facteurs et après plusieurs essais, j’ai finalement opté, il y a deux ans, pour une solution assez radicale, qui simplifie considérablement les choses tout en permettant d’obtenir l’effet recherché. Mon bas de ligne est devenu très atypique, mais il me convient parfaitement. Il comprend uniquement six brins, pointe comprise, ne débute plus en 45/100 mais en 40/100 (le classique Maxima) et ne compte que des brins de longueurs égales (hormis la pointe). Notons que le 18/100 n’est pas en Maxima mais de même nature que la pointe (Water King Pole Fishing). Ce détail est très important pour préserver une solidité de l’ensemble suffisante. La progressivité du bas de ligne est obtenue uniquement par l’affinement des diamètres puisque les brins sont de mêmes longueurs. Ce principe permet de conserver une bonne énergie tout en obtenant des posers très doux. Cela est dû à la grande longueur des brins. La jonction entre le 18/100 et la pointe (voir l’encadré consacré au nœud de raccord), assure une cassure d’énergie franche sur toute la pointe. Ce bas de ligne convient particulièrement bien pour les posers de type “parachute” autant pour la pêche à la nymphe qu’à la mouche sèche, ainsi que pour les posers “plaqués détendus” où la pointe du bas de ligne doit se poser sur une très faible surface afin d’obtenir une descente parfaitement verticale de la nymphe. D’autres formules, plus courtes (il suffit de réduire la taille des cinq premiers brins) sont possibles. Elles présentent une plus grande facilité de manipulation et sont aussi plus adaptées aux cours d’eau de petites largeurs.
D’excellents résultatsLa qualité des posers et des dérives obtenues avec ce bas de ligne m’a séduit dès les premiers essais. Après plusieurs saisons d’utilisation exclusive autant en lacs qu’en rivières, à la mouche sèche ou à la nymphe (à vue et au fil), les résultats obtenus sont très satisfaisants. La précision est au rendez-vous sans nuire à la réussite des posers… A la mouche sèche, on obtient des posers très détendus qui offrent une excellente parade au dragage de la mouche. Effectuer de longues dérives vers l’aval devient ainsi un jeu d’enfant. Dans tous les cas, ce bas de ligne doit être utilisé avec une très longue pointe, d’une longueur minimum de deux mètres pour la mouche sèche et 2,80 m pour la nymphe pratiquée à vue. Pour les posers “parachute”, on peut dépasser les trois mètres.
Bien entendu, l’efficacité de ce bas de ligne se trouve accrue par une bonne technique de lancer avec une boucle de soie en l’air rapide et étroite pour une meilleure pénétration dans le vent.
Le choix du nylonLa partie la plus forte du bas de ligne, du 40/100 au 25/100 est constituée de Maxima “classique”. Elle peut l’être également avec du JMC Camoufil ou du Maxima Caméléon. Le choix est beaucoup moins facile au niveau du brin de 18/100 et de la pointe, deux éléments qu’il est préférable de prévoir de même nature (même modèle). Une différence de dureté pouvant entraîner une dégradation anormale de l’un ou l’autre des deux brins. Parmi les meilleurs nylons pour réaliser ces deux éléments, citons le Devaux Tiger, le Teklon et le Teklon Gold, le Rio Power flex ou le Sensas Palmer. Ces monofilaments sont à la fois souples et résistants, ce qui représente des qualités qui font difficilement bon ménage. Il est à regretter une baisse sensible de qualité du Water King Pole Fishing (Water Queen), qui fut pendant plus de dix ans un nylon exceptionnel pour la pêche à la mouche, pourvu d’une grande souplesse et d’une résistance remarquable. Actuellement, ce fil souffre d’un manque de régularité agaçant, puisque sur une même bobine, certaines sections peuvent être parfaitement convenables, alors que d’autres sont beaucoup plus faibles. Espérons que ce problème ne sera que passager !
Peu de progrès sont réalisés en matière de fils fins par les fabricants, qui semblent avoir atteint les limites en matière de résistance et de finesse. Le fluorocarbone souffre d’une rigidité importante qui le rend difficilement compatible avec l’utilisation de petites nymphes, car il est générateur de dragage et par conséquent de présentations aléatoires. Le nylon reste donc le fil le plus utilisé pour pêcher à la mouche en rivière.
Formule grande rivière
Diamètres : 40/100 – 35/100 – 30/100 – 25/100 – 18/100. Pointe : 16 à 8/100.
Longueurs : 85 cm – 85 cm – 85 cm – 85 cm – 85 cm – 2,80 m ou plus = 7,05 à 7,50 m.
Bourgogne : un club mouche dynamique en Côte d’Or
Le Club Mouche Saint-Apollinaire (CMSA), affilié à la FFPML, est un club mouche proche de Dijon. Il œuvre au sein du comité Bourgogne à la promotion de la pêche à la mouche. Les juniors du CMSA ont rejoint dernièrement les rangs d’une école de pêche nouvellement crée : l’Ecole de pêche du Grand Dijon, émanation du Comité Bourgogne, du GPS Dijon et de l’APPMA de la Truite Bourguignonne. Le CMSA soutient cette structure qui favorise l’accès des jeunes à la pêche à la mouche.
Du côté des seniors, le CMSA se réunit tous les quinze jours pour parler technique et montage de nouvelles mouches. Le club organise également des sorties de pêche (coups du soir dans la proche banlieue de Dijon, sorties dans le Doubs, le Jura, voire les Vosges ou l’Alsace). Le club, dont la devise est « Pêcher ensemble pour progresser », se fixe comme objectif de recruter des moucheurs de l’agglomération dijonnaise expérimentés, afin de partager avec les moucheurs néophytes leur amour et leur connaissance de la pêche.
Renseignements :
Le Blog du Club : http://clubmouchestapo.canalblog.com
Mail : [email protected]

Mouche noyée, vive les cannes à deux mains légères !
D’un point de vue historique, les longues cannes à mouche font partie de notre patrimoine halieutique pour pêcher à la mouche noyée. Les “pelaudes” limousines et bretonnes n’avaient pas que des défauts et avec les matériaux actuels une canne de 13 pieds reste très maniable. Saumonier mais avant tout pêcheur de truites et d’ombres, spécialiste de la pêche à la mouche noyée, Claude Ridoire nous vente les mérites des longues cannes dites “à deux mains”, dont la qualité des dérives est incomparable.
Par Claude Ridoire
La technique de la mouche noyée requiert un équilibre de l’ensemble : canne, soie, bas de ligne, particulièrement soigné. L’approche matériel de cette technique de pêche est très spécifique. Dans nos grandes rivières du Sud-Ouest (Garonne, gaves, Dordogne…), et durant la période printanière des deux à trois mois qui suivent l’ouverture mais aussi pendant celle de pêche de l’ombre à l’automne, les niveaux d’eau conséquents font appel à la pêche en dérive aval sous toutes ses formes. Pêcher de larges et puissantes rivières au niveau d’eau soutenu n’est pas une mince affaire. Aussi, l’utilisation d’une longue canne est indispensable à bien des égards. Les matériaux dont on dispose actuellement donnent naissance à des engins parfaitement utilisables toute la journée. Cette démarche, bien que très ancienne, devient de plus en plus rare, au profit de techniques qui ressemblent de moins en moins à de la pêche à la mouche. Et pourquoi ne pas tenter de se ressourcer dans cette technique de la mouche noyée avec une canne de grande longueur ?
HistoriqueIl reste encore quelques cannes vestiges des écoles limousines ou bretonnes au fond des greniers ou au-dessus des cheminées en guise d’ornement. Le bambou noir et le roseau étaient largement utilisés en début du siècle dernier. Certains scions étaient élaborés avec des baleines de parapluie ! L’ensemble mesurait au total quatre bons mètres en deux pièces. Raccordées d’abord par “splice” ou sifflet, les viroles sont ensuite apparues. Dès les années 1950, la fibre de verre et le Conolon ont permis des montages plus légers. Leur action lente n’était pas d’un maniement aisé, mais s’adaptait aussi à des pêches plus naturelles, telle la volante, ou aux esches naturelles. Dans le Limousin, la pelaude, utilisée d’abord par les moucheurs d’Eymoutiers, appelés pelauds, était accusée de vider la Vézère, la Luzège, et on la redoutait jusqu’en Corrèze !
Dès le début des années 80 et en dépit de l’avènement du carbone, quasiment aucun monteur ou fabricant artisanal ne s’intéressait à ces grandes barres. Cependant, Jacky Montagnac, fin moucheur et grand preneur de truites corrézien, avait réussi, à force de conviction et de savoir-faire, avec le précieux concours toutefois de Guy Plas, l’élaboration d’une canne mesurant 13,1 pieds. Outre sa décoration artistique (les fameux émaux), elle était et reste encore une canne d’une extraordinaire efficacité pour la pêche à la mouche noyée en grande rivière. Equipée d’une soie n° 5 ou 6, elle autorise des lancers de grande longueur. Sa diffusion restreinte et son utilisation consi-dérée comme anachronique à l’époque en ont fait une canne plus que rare et donc très chère sur le marché de l’occasion. Depuis, le carbone a largement évolué. Toutefois les carbones hauts modules n’ont jamais eu mes faveurs, mais certaines des fibres récentes mises au point par les pêcheurs à l’anglaise ou au toc sont vraiment dignes d’être habillées pour un moucheur recherchant l’efficacité dans de longues dérives vers l’aval. Hormis pour les pêcheurs de poissons migrateurs utilisant de lourdes soies n° 8 à 12, la canne à deux mains en carbone n’a jamais attiré les foules pour pratiquer avec des soies légères n° 5 ou 6. Quel dommage !Les avantages de la canne à deux mains
Ainsi, avant les années 80, c’est la polyvalence qui prévalait pour ces longues barres. Aussi efficaces à la mouche sèche qu’à la mouche noyée ou qu’avec des esches naturelles, elle constituait l’unique canne des coureurs de rivières. Petit à petit, la multiplication des cannes “à une main” de courte longueur a relégué les longues barres traditionnelles à l’état de relique. Mais c’est avant tout l’évolution des techniques de pêche qui leur a été fatale. Les pêches à la nymphe “au fil” et la pénétration – fort dommageable – des pêcheurs à la mouche dans le lit des cours d’eau par l’usage exagéré du wading ont privé la mouche noyée de ses lettres de noblesse. Sa réelle efficacité pour les longues dérives, même avec des puissance de 5 à 6, est surprenante. Pour être né dans un véritable moulin, j’ai toujours évité autant que possible de pénétrer dans l’eau, car il y a aussi des poissons sur les bordures…
La gestuelle qui entoure ces grandes cannes, outre le fait qu’elle vous replonge immédiatement dans le rêve d’un pèlerinage pour migrateurs lointains, est des plus agréables. Dans la longueur de base de 13 pieds (3,90 m), c’est en fait une canne à une main et demie… La courte poignée basse sous le moulinet n’est en réalité qu’un simple pivot pour la deuxième main. Ce type de canne relativement légère de 110 à 160 g reste maniable à une seule main pour les petits coups jusqu’à une dizaine de mètres.
Les deux types de pêche à la mouche noyéeMême si le sujet du jour tourne particulièrement autour d’un type de matériel spécifique pour pêche légère, il me paraît néanmoins opportun, au passage, de bien distinguer les deux types de pêche en noyée. La base de cette technique, dite pêche imitative, consiste à faire dériver sous peu d’eau l’imitation du moment. Dans ce cas, alourdir le bas de ligne ou, pire, lester les mouches ne peut que nuire à la présentation. Et c’est bien là que notre longue canne fait la différence, en présentant l’artificielle d’une façon inégalable à longue distance. L’autre pêche à la mouche noyée, dite incitative, se différencie dès que la mouche devient leurre. Dans ce cas, même si une classique canne à une main convient, je reste souvent fidèle dans cette pêche à une canne à deux mains, mais plus puissante (canne à saumons légère de puissance 8). Cette canne convient pour les grosses truites migratrices (farios, truites de mer, steelhead…), que l’on peut rechercher à l’étranger (Argentine, Canada…). En fait, le premier type de pêche, dit imitatif, est tout en finesse, avec des mouches le plus diaphanes possible, et le second, dit incitatif, s’apparente plus à de la pêche avec des streamers.
L’action de pêchePour un pêcheur rodé aux grandes cannes, la prospection des grands cours d’eau à la recherche des truites ou des ombres en mouche noyée vers l’aval est un réel plaisir. Les sensations de distance, de finesse et de suivis tactiles du train de mouches sont amplifiées par le long bras de levier. Le train de trois mouches est ici plus facile à manipuler. Un des rares spécialistes de la Dordogne, l’ami Patrice, n’hésitait pas, il y a une vingtaine d’années, avec sa Corrézienne (la fameuse canne Guy Plas), à faire dériver quatre à six mouches (avant la limitation réglementaire à trois mouches au maximum) ! De toute évidence, la polyvalence d’utilisation d’un tel bras de levier sera optimale en l’actionnant d’une façon régulière en lancer roulé. Les bons “spey caster” trouveront largement leur compte dans toutes les configurations de berge. Néanmoins, dans les endroits dégagés, les lancers au-dessus de la tête confirmeront également l’intérêt d’un tel outil.
La soieA force d’essais sur la densité des soies, j’ai depuis longtemps opté pour des soies flottantes, au pire intermédiaires, terminées par un bas de ligne plongeant. La liaison boucle dans boucle me permet d’en changer rapidement, mais c’est dans la plupart des cas un bas de ligne plongeant léger (tissé plongeant type Ragot) ou, à défaut, une longueur variable de soie naturelle plongeante type Thébault pour 1,20 à 2,50 m que je retiens. A
l’issue du lancer, il est nécessaire d’avoir une immersion rapide du train de mouches tout en noyant l’ensemble simplement sous le film de la pellicule de l’eau. Outre une soie à profil décentré WF, un fuseau de lancer “shooting-head” reste le propulseur idéal. Il y a plusieurs années, dans cette même revue, j’avais présenté la méthode maison pour fabriquer soi-même ce type de fuseau. Pour les cannes à deux mains avec un numéro de soie AFTMA 5 ou 6, un corps de soie de 10 à 12 m convient parfaitement pour un poids de 10 à 12 g. La notion du gramme par mètre est garante de précision. La partie courante sera fine et souple avec une connexion à la soie la plus discrète possible (soie parallèle n° 2 à 3 ou mono-filament spécial running line d’environ 60/100). Ce profil de soie procure une meilleure glisse, moins d’efforts contre le vent et un shoot final relativement droit eu égard à la légè-reté du bas de ligne plongeant qui arme la tête de lancer. La configuration optimale longueur/poids du corps de soie avec l’ensemble bas de ligne et train de mouches se situe aux environs de 15 m pour 15 g. Ce fuseau doit permettre au shoot final à partir de la tête de scion une sortie de partie courante de 8 à 10 m. Cet ensemble permet alors de réaliser des lancers hors tout d’environ 25 m, ce qui reste fort honorable compte tenu de sa légèreté.
Le moulinetL’important bras de levier des cannes à deux mains impose le recours à un moulinet au frein très sensible, fiable, et au réglage très précis. Le plus important reste de pouvoir le régler selon la tension qu’exerce l’ensemble soie, bas de ligne et train de mouches, qui dérivent dans le courant vers l’aval. Le réglage complémentaire sera relatif à la touche et au diamètre de fil utilisé. De nos jours, de nombreux moulinets conviennent, il faudra cependant retenir un modèle léger (120 à 150 g). A la base, un moulinet Vivarelli possède ces qualités tout comme les modèles de gros diamètres légers (“large-arbor” de 80 à 110 mm). A mon avis, le nec plus ultra reste un moulinet multiplieur, compte tenu de la grande longueur de soie à gérer. Il peut être équipé d’un système anti-reverse. L’ami Jean Goudard, génial artisan, en a fabriqué voici plus de quinze ans et ils constituent aujourd’hui encore de véritables bijoux.
La canne type et son montageConcrètement, aujourd’hui, ce type de cannes de grande longueur pour faibles numéros de soie ne couvre pas les étalages de nos halieutistes… Les essais avec des cannes à saumons, beaucoup plus puissantes, vous feront passer inévitablement à côté du sujet. Il faut en effet passer en dessous de la puissance 6 pour conserver une véritable dérive tactile et une certaine légèreté dans la présentation : rappelez-vous la règle de 1 g au mètre de l’ensemble propulseur. La longueur conventionnelle est de 13 pieds (3,90 m). Au-delà, mes différents montages n’ont rien prouvé de mieux. A partir de 12 pieds (3,60 m), vous pouvez considérez détenir une “une main et demie”, utilisable à deux mains ! Le poids se situera entre 110 à 160 g selon le montage, mais cela dépend de la longueur et du type de poignée retenus. L’ensemble canne/moulinet/soie ne doit pas dépasser 300 g.
L’action correcte est à définir de la sorte : en prenant la canne à son extrémité en tête de scion et en faisant glisser son doigt sous la canne, la courbure principale engendrée par le poids propre du talon sur le scion (et sur le ou les brins intermédiaires) doit agir au minimum sur le tiers et au maximum sur la moitié de la longueur totale.
La sensibilité pour la puissance recherchée doit permettre à une charge de 75 g située en tête de scion une déflexion par rapport à l’horizontale au repos de 65 cm pour la plus rigide à 80 cm pour la plus souple.
Mr Mouches, un site 100 % sans ardillon
Saluons cette bonne idée du site Mr Mouches qui ne vend que des mouches sans ardillon assurant ainsi au passage la promotion du No kill. Développé par un passionné de pêche qui monte lui-même toutes les mouches proposées, ce site marchand propose des mouches à l’unité ainsi que des kits thématiques. A noter qu’un blog est également accessible sur le site.
Renseignements :

Chevesne for ever…
Garbeau, Cabot, cabède, cheu-cheu, lèche-à-tout…les pêcheurs ne sont pas avares lorsqu’il s’agit de trouver des noms d’oiseaux pour désigner ce bon Leuciscus céphalus, j’ai nommé notre « Chevesne National ». Éternel poisson de deuxième classe, il n’en demeure pas moins un vrai animal sauvage dont la pêche est tout sauf artificielle et peut se pratiquer en première comme en deuxième catégorie. La truite est fermée ? Cet hiver, pêchez sauvage, pêchez chevesne !
OK, passés les trois premiers coups de tête, il se défend souvent comme une pantoufle, et lorsqu’on lui rend la liberté, le dit chevesne vous laisse dans la main gauche une grosse envie de savonnette, mais à la guerre comme à la guerre, un pêcheur ne s’arrête pas à ça ! En se frottant énergiquement avec du sable et des algues, cela pue tout de suite un peu moins. Bien sûr, personne ne se vante de sa capture…lors des pêches en aveugle, une exclamation désobligeante accompagne toujours le moment où il paraît au regard :
– zut (euphémisme), un chevesne !Son abondance explique que sa capture ne fasse jamais la une des magazines. Mais c’est un tort. Dans certaines conditions, le chevesne peut être bien plus méfiant qu’une truite. Et sa vilaine bobine ne doit pas nous faire oublier que ce sont les vrais poissons qui font les vrais pêcheurs. A l’ère du simulacre généralisé, et de l’invention de la pêche hors sol, il n’est pas inutile de le rappeler. Son comportement alimentaire et ses moeurs sont proches de ceux de la truite. Il lui manque seulement les points noirs, le goût pour les courants plus frais et plus vifs, aussi, et surtout, un instinct moins grégaire. Car le chevesne est un être presque sociable. De ses souvenirs d’alevin, il garde les joies saines de la vie en groupe. Suspicion, opportunisme… par certains aspects, le chevesne a quelque chose d’humain. Une partie de la difficulté de sa pêche en eau claire vient de cet instinct grégaire.

10 conseils pour ne pas rater son ouverture à la mouche
L’ouverture reste un moment privilégié pour le pêcheur de truite. Dans bien des régions, pourtant, la nature est encore endormie. L’activité des poissons est souvent réduite, dans des eaux glacées. Alors, dans ces conditions très particulières, il est impératif de connaître quelques principes pour ne pas se rater le jour J.
Par Luc Schmitt
1 – Le meilleur créneau : 11 h-15 h
C’est une mauvaise nouvelle pour les restaurateurs mais les truites se mettent à table au même moment que les humains. C’est comme ça. L’ensoleillement est déterminant pour déclencher une éclosion en milieu de journée. Tout va très vite. Il faut être prêt, car souvent les gobages se produisent durant une heure ou deux. En règle générale, ce qu’on appelle le coup de midi peut se produire entre la fin de matinée et 15 h environ. Mais, attention, les éclosions d’après-midi peuvent être bonnes dans certains cas, si la température de l’air ne chute pas brutalement.
2 – Bien identifier l’éclosion
Début de saison = grosse mouche ? Faux. La plupart des espèces d’éphémères ou de trichoptères que l’on rencontre au stade aérien sont de taille moyenne, voire petite. Dans tous les cas, prenez le temps de ramasser quelques insectes dérivant, ce n’est jamais du temps perdu. Cela est d’autant plus utile que l’on ne rencontre souvent qu’une seule espèce sur l’eau à cette époque.
3 – Un bon poste : le radier ensoleilléLa partie aval des fosses, que l’on appelle le radier, est un poste de choix en début de saison lors des éclosions d’insectes aquatiques. Les truites y viennent naturellement s’y nourrir. Si ces postes sont fréquents dans de nombreuses rivières, choisissez de préférence ceux qui bénéficient d’un bon ensoleillement. C’est sur ceux-ci que l’activité des insectes sera la plus forte, et celle des truites en découle.
4 – Au streamer pêchez “carré”
Dans une eau qui ne compte que quelques degrés, souvent moins de 7 ou 8, votre streamer aura plus de chance de se faire happer par une truite s’il évolue au ras du fond. Pour cela, outre le recours à un matériel spécifique : soie plongeante, bas de ligne ultra-court, un posé perpendiculaire à la rive laissera plus de temps à la soie pour couler que si vous la posez dans un angle fermé vers l’aval. C’est logique, mais il faut souvent se forcer à pêcher “carré”, comme disent les saumoniers.
5 – Ne pas trop entrer dans l’eau
Si le problème ne se pose pas dans les rivières où l’ombre est présent (le wading y est logiquement interdit avant la mi-mai pour cause de fraye), la pêche en marchant dans l’eau n’est pas toujours la solution pour prendre des truites à la mouche ! Ne perdez pas de vue que les poissons sortent de six mois de tranquillité. Les premiers humains pataugeant à l’ouverture ont tôt fait de caler les truites qui filent à toutes nageoires sous leurs pierres comme si elles avaient vu le diable… Une bonne observation depuis la rive permet le plus souvent de faire sa pêche en restant discret.
6 – Choisir entre truites sauvages et truites d’élevage
Que de différences de comportement entre une truite sauvage et un poisson élevé en bassin déversé la veille de l’ouverture de la pêche ! Si l’on est parfois tenté de prendre ce qui se présente, la recherche des deux poissons ne fait appel ni aux mêmes mouches ni à la même stratégie. Il vous faudra donc choisir de pêcher l’une ou l’autre. Les truites d’alevinage se prennent essentiellement au streamer (de couleur vive).
7 – Nymphe : le tungstène en renfort…Le lestage des nymphes à l’aide de tungstène (chose nouvelle depuis quelques années) permet d’adapter l’évolution de ses imitations de nymphe au ras du fond. En début de saison, une présentation à quelques centimètres du fond fait souvent la différence. Cela est important lorsque l’on pêche en aveugle, “au fil”. Les truites ne font souvent pas l’effort de monter chercher une nymphe qui passe 15 cm au-dessus d’elles, alors qu’elles prennent celles qui passent à leur niveau.
8 – La mouche noyée pour certains cours d’eau
La pêche à la mouche noyée ne permet pas de pêcher en profondeur. Elle s’adresse donc en priorité aux poissons actifs. Lors d’une éclosion et sur des postes peu profonds, cette technique peut s’avérer productive en début de saison. Mais, avant tout, ce sont les postes et les conditions qui valident ce choix.
9 – Au streamer, rien ne sert de finasser
On sait que les pêcheurs à la mouche aiment la finesse. Toutefois, l’emploi d’un bas de ligne fin est une erreur. Avec un bas de ligne dont la longueur totale dépasse à peine 1,50 m, l’intérêt d’un fil fin est limité. De plus, cette faible longueur réduit l’élasticité. Les casses sont alors à craindre. Une pointe en 18 ou 20/100 convient très bien. Le fluorocarbone est également indiqué pour son immersion rapide.
10 – Revenez fin mai…
Montage : le chant du coq
Le monde des éleveurs de coqs de pêche ne fait pas le partage entre un vrai rapport au monde rural, à une certaine forme d’écologie et à une nostalgie emprunte de poésie. Pour autant, les plumes exceptionnelles des coqs de pêche du Limousin n’ont jamais quitté le devant de la scène tant elles sont incomparables. De véritables trésors que nous vous invitons à découvrir.
Par Philippe Boisson.
Il existe une grande tradition de l’élevage des coqs de pêche en France. Peu d’entre-nous connaissent le quotidien de ces éleveurs très particuliers, tous pêcheurs à la mouche passionnés. La sélection, les conditions d’élevages, le terroir, l’altitude, telles sont les conditions requises pour obtenir un plumage d’une grande qualité.
Durant des décennies, les mouches de pêche réalisées avec des plumes sélectionnées pour leur brillance et leur souplesse ont connu leur heure de gloire, car peu de matériaux étaient en mesure de rivaliser. Les collections Guy Plas, Jean-Louis Poirot ou Gérard de Chamberet étaient alors réputées et recherchées dans le monde entier. La mouche française se vendait bien. Montages araignée, en palmer, en spent, en mouches noyées étaient incomtournables jusqu’au début des années 1980, date à laquelle une plume très différente fit beaucoup parler d’elle. L’utilisation de la plume de croupion de canard (CDC) créa un véritable choc dans l’ordre établi de la mouche de pêche. On lui prête alors la vertu magique de faire monter les poissons les plus récalcitrants. On connaît la suite, avec un succès grandissant qui aujourd’hui n’est pas contestable. Ceci étant, la plume de croupion de canard ne fait pas l’unanimité sur tous les terrains et dans toutes les conditions rencontrées par le pêcheur. Autant elle fait merveille sur les zones calmes des rivières, autant son utilisation n’est pas obligatoire en eaux rapides où une flottaison haute de la mouche n’est pas un problème mais un avantage. Idem sous la pluie, la plume de CDC montre vite ses limites en devenant impossible à faire sécher, alors qu’un hackle de coq continue de rester“pêchant”. De plus, on assiste avec la généralisation du CDC à une sorte d’overdose sur certains parcours très fréquentés. La plume magique ne fait plus forcément recette. Certains très bons pêcheurs ont vite analysé cette situation et pris le contre-pied en adaptant certains montages peu utilisés en France, comme le montage parachute avec sa collerette en coq, et obtiennent d’excellents résultats avec une mouche à flottaison basse montée avec seulement deux ou trois tours de hackle de coq. La fameuse Mix’aile de Florian Stéphan, avec son hackle monté en palmer et son aile en CDC est une parfaite illustration de ce qu’il est possible de réaliser. Autre tendance qui mérite d’être approfondie, le mariage du CDC ou du dubbing de lièvre (un autre incontournable) avec des plumes de coqs de qualité. Le résultat à la pêche est très intéressant, puisque l’on peut profiter des avantages de tous les matériaux. Des associations sont également possibles avec des matériaux synthétiques, même si cela doit faire bondir quelques puristes de la mouche traditionnelle française.
Les plumes de nos éleveurs ont donc de très beaux jours devant elles.
Un élevage pour la plumeLa variété originelle des coqs de pêche français est dénommée “coqs de pêche du Limousin” sans qu’au-cune race ne soit plus précisément définie. Avant la seconde guerre mondiale, époque où l’agriculture n’était pas encore modernisée, les animaux des fermes d’une région comme le Limousin voyageaient très peu. Les élevages de volailles, pour la viande étaient très hétéroclites, et déjà, les coqs de pêche naissaient au hasard des couvées naturelles. Ils étaient issus de croisements hasardeux entre plusieurs races. Dans cette région, réputée froide, les volailles ont toujours produit beaucoup de plumes, les protégeant ainsi des frimas. Dans les années 1960, le bouleversement qu’a connu l’agriculture a bien failli faire perdre à tout jamais ces lignées d’animaux sélectionnés au fil des décennies. Heureusement, la pêche à la mouche se démocratisant, la demande en plumes s’est faite plus grande. Les premiers écrits sur le sujet, en langue espagnole, dateraient de 1539, mais c’est un traité de 1624, intitulé “le manuscrit de Astorga”, également en espagnol qui donne le plus de détails sur le montage de mouches artificielles à l’aide de ces plumes.
Guy Plas, fut l’un des premiers en France à être à la fois éleveur et monteur de mouches professionnel. Son affaire, reprise par Olivier Dez, compte aujourd’hui encore de splendides animaux qui produisent des plumes appréciées des spécialistes du monde entier. Les coqs de pêche du Limousin ne sont pas tués pour en prélever les plumes. Tuer les coqs pour vendre les cous comme cela se fait en Chine, en Inde ou aux Étas-Unis (cous Metz ou Hofmann) serait impossible pour les éleveurs français, car sur cent poussins, un éleveur obtiendra cinq ou six coqs de pêche seulement et il faudra attendre trois ans pour commencer à leur prélever des plumes. Il est en effet impossible de connaître le devenir des poussins. Les coqs de pêche au plumage parfait sont des exceptions. Les éleveurs professionnels doivent disposer de cent à deux animaux (coqs, poules, poussins) demandant un travail quotidien. C’est le seul moyen pour un professionnel d’obtenir un nombre suffisant de coqs variés (tonalités des plumages) avec des classes d’âges qui assurent le renouvellement de l’élevage.Le terroir
Ces chers gallinacés produisent des plumes qui affichent de grandes différences de tonalité selon les individus, les élevages, avec leurs situations géographiques et les saisons. De tous temps, certains emplacements ont toujours produit de très beaux coqs de pêche. L’altitude, l’orientation, liée à l’ensoleillement, l’humidité, le terroir comme l’on dit, tout rentre en compte dans ce type d’élevage si particulier. Les conditions idéales pour obtenir des coqs de qualité sont maintenant bien connus : altitude moyenne (400 à 1000 m), terrain granitique, pH acide, climat montagnard. De même, ce qui convient aux coqs du Limousin semble également convenir aux célèbres coqs espagnols pardos de la province de Léon. Certains éleveurs du Limousin en possèdent et on a longtemps dit que le pardo français n’était pas comparable au “vrai” pardo espagnol. Cela n’est, de l’avis de nombreux spécialistes, plus le cas aujourd’hui. Olivier Dez, Bruno Boulard, Robert Brunetaud ou Florian Stephan ont superbement réussi l’implantation de coqs ibériques pardos dans le centre de la France. Différentes des plumes de coqs pardos (pelles), les plumes des coqs du Limousin sont également pigmentées mais de façonbeaucoup plus fine, comme de la poussière d’or. La brillance, les reflets, la souplesse, la faible présence de duvet à la base des plumes, tels sont les critères retenus qui font toute la valeur de ces coqs de pêche.
Gérard Poyet, éleveur depuis plus de trois décennies sait de quoi il parle : “ces plumes présentent des fibres raides et souples à la fois, d’une brillance presque transparente. Elles sont un plaisir pour les yeux et rendent les artificielles montées d’une incroyable efficacité”. Les observations de Gérard Poyet sur la capacité de ces plumes à “jouer” avec la lumière sont également très étonnantes : “la caractéristique principale qui détermine la plume de coq de pêche, que ce soit la plume de camail, de cape, d’aile ou de flanc, est son degré de mimétisme et sa grande sensibilité à recevoir et à renvoyer la lumière. L’expérience du papier de couleur le démontre bien : présentons une plume sur un papier rose, elle se colore de rosâtre, sur du vert, elle verdit, sur du brun, elle brunit…il en est ainsi à l’infini”. Le secret des qualités “pêchantes” des plumes des coqs de pêche est certainement lié à cette adaptation particulière à l’environnement lumineux. Pour les éleveurs, se sera toujours la qualité de la plume qui comptera et non la morphologie de l’animal. Or, pour les éleveurs qui souhaitent participer à des concours, les coqs du Limousin doivent de plus en plus répondre à des standards avicoles qui imposent des critères morphologiques précis. Parmi ces standards, on trouve la crête qui doit être droite et non frisée, ou encore les pattes qui doivent afficher une teinte rougeâtre et non jaune. Ces critères sont contestés par certains éleveurs, car d’une part, ils n’ont aucune influence directe sur la qualité des plumes et d’autre part l’origine très rustique et incertaine des coqs de pêche du Limousin risque d’y laisser des plumes…
Différentes tonalités de plumesLes plumes, hackles, lancettes, pelles de dos et pelles d’ailes, peuvent couvrir l’essentiel des tonalités intéressantes pour le pêcheur à la mouche. Les tons ocre ou rouille dignes de la palette d’un peintre sont pigmentés d’une finesse éloquente. Les gris, dont on compte d’infinies variantes ont toujours été très recherchés par les pêcheurs, mais difficiles à obtenir, notamment le gris bleuté (le blue dun des anglais) et le gris fumé.
Deux tonalités qui nous rappellent la fantastique collection de mouches de Jean-Louis Poirot, décédé il y a quelques années, et qui était lui aussi un des rares éleveur et monteur de mouches professionnel. De plus, la tonalité des plumes varie selon la saison puisque les animaux vivent en plein air, ne rentrant au poulailler qu’en fin d’après-midi. L’influence du soleil a une incidence sur la teinte du plumage ce qui oblige les éleveurs professionnels à anticiper leur stock de plumes pour éviter les manques dans certaines teintes.
Le plumage, tout un artPour Bruno Boulard, éleveur et monteur de mouches professionnel, le prélèvement des plumes s’effectue à la nouvelle lune. “C’est important pour la repousse des plumes qui sera plus rapide si l’on respecte cette règle qui, il faut bien l’admettre, fait parfois sourire. A chacun ses petits secrets !”, explique t-il. On peut effectuer trois ou quatre plumages au cours de l’année sur un même coq. Les jeunes coqs n’aiment pas particulièrement cet exercice qui les stress inévitablement. Les sujets plus âgés ont dû se faire une raison. C’est un peu la rançon de leur liberté et d’une longue vie aux petits soins. Les plumes doivent s’arracher facilement. Si ce n’est pas le cas, l’éleveur choisi alors de repousser le plumage à plus tard.

Islande, l’île en mouvement
Malgré des conditions climatiques difficiles, les Piccin sont tout de même parvenus à mettre à profit leur séjour en Islande. Ils ont pu exercer leur talent auprès des populations d’ombres arctiques, de saumons et de truites qui habitent les rivières de cette île volcanique voisine du cercle polaire. Petite balade halieutique entre bourrasques de vent et émotions du ferrage. Suivez les guides…
Par Kathleen & Jean-Pierre Piccin
Hello Eole ! Le vent qui nous avait quittés durant quelques heures vient en cette fin de matinée de se réveiller juste au moment où j’attaque un banc d’ombres arctiques. La pheasant tail que je leur propose pour le petit-déjeuner a juste le temps d’en convaincre trois d’entre eux que le vent redouble de violence et me souffle à l’oreille qu’il est temps d’abandonner mes partenaires de jeu. Nous traînons en Islande depuis six jours et, comme le roseau, j’ai appris à plier devant les caprices du temps. Ce matin le thermomètre affichait 5°, c’est frisquet pour une journée d’été… surtout lorsqu’on vient de fuir les températures caniculaires de l’été français. Une dizaine de minutes d’onglées, quelques frissons, et nos organismes s’adaptent à ces bouleversements brutaux. Pêcher les migrateurs n’était pas cette année au programme. C’est contraints et forcés que nous avons changé notre fusil d’épaule pour aller pêcher les saumons de la Vididalsa. En fait, notre objectif était de découvrir de nouvelles rivières où pêcher la truite à la mouche sèche comme nous l’avions fait il y a quelques années sur la merveilleuse Litlàa, petite rivière au nord de l’Islande. Mais il est souvent indispensable de savoir s’adapter… Comme lors de nos précédents séjours en Islande, à notre arrivée le soleil était au rendez-vous. Rien d’étonnant ici. Depuis quelques années le changement climatique sous ces latitudes provoque des étés beaucoup plus secs qu’autrefois. Du hublot de l’avion, dès qu’on aperçoit Reykjavik, on constate que la description qu’en fait Jules Verne dans son Voyage au centre de la terre n’a pas changé : “La ville s’allonge sur un sol assez bas et marécageux entre deux collines. Une immense coulée de lave la couvre d’un côté et descend en rampes assez douces vers la mer. De l’autre s’étend la vaste baie de Faxa.” Un petit tour dans la ville, et nous sommes déjà en route cap vers l’ouest en direction du fameux volcan Snaeffelsjökull d’où débuta l’aventure souterraine des héros de ce roman, le professeur Lidenbrock, son neveu et leur guide islandais. Le temps de s’installer dans une guesthouse face à la mer, de se détendre en marchant le long de la baie de Faxa si redoutée pour ses tempêtes, cause de tragiques naufrages, notamment celui du Pourquoi pas du célèbre explorateur, le commandant Charcot, et nous voilà déjà sur les berges de la Lysa, ou du moins de ce qu’il en reste.
Conséquences du réchauffement de la planète ou phénomène exceptionnel, le fait est qu’il n’est pas tombé une seule goutte d’eau dans cette région depuis deux mois ! Une chose est certaine : nous n’aurons pas de difficulté pour traverser la rivière. Très vite, en la remontant, de grands “V” nous devancent, signalant la présence de jolis poissons. Profitant de la pénombre qui s’installe lentement, accroupis dans l’herbe nous repérons quelques discrets gobages. Patience, patience…, il suffit d’attendre, et de laisser les poissons se réapproprier les lieux. A présent en confiance, en voilà un qui passe enfin à notre portée. Je le tente avec un “black gnat”, mais aussitôt la mouche posée tout un banc s’enfuit en coupant l’appétit de mon partenaire de jeux. Ce comportement est particulier aux ombles arctiques, qui se déplacent en bans et qui prennent peur à la moindre alerte. Il va falloir jouer fin, être économe en mouvements et peut-être essayer au niveau des méandres, où la rive qui reçoit la veine d’eau est plus profonde. J’essaie avec une mouche plus volumineuse, un cousin en l’occurrence, et au premier passage en pêchant l’eau une truite vient y goutter. Un peu plus en amont, une autre se prête au jeu et ainsi de suite jusqu’au lac, dont la nuit gomme lentement les couleurs. Les poissons ne sont pas d’une taille impressionnante, mais pour une première approche avec le Lysà il est permis d’espérer. Esperar en espagnol veut dire “attendre”. Durant la nuit, une tempête s’est levée, et c’est bien ce que nous allons devoir faire. Nous passons deux jours ainsi, blottis dans notre salon douillet à regarder par la fenêtre aux vitres ruisselantes de pluie si une accalmie s’annonce.Au troisième jour, toujours pas d’amélioration. Anticipant sur notre programme, nous décidons de partir vers le nord, direction la Big Lax. C’est une rivière que je connaissais et où j’avais fait un coup de soir mémorable, il y a quelques années. Je désirais à tout prix mieux faire sa connaissance. Elle est réputée pour être généreuse en grosses farios. Le soleil qui nous accueille semble de bon augure et le vent léger ne paraît pas trop gênant, d’autant que les collines qui épaulent la rivière peuvent nous abriter. De la magnifique maison de bois qui domine la plaine où elle coule paresseusement en dessinant de grands méandres, nous repérons aussitôt les zones les plus poissonneuses mentionnées sur une carte. Après ces jours d’inaction et de frustration, c’est avec impatience que nous nous jetons dans son lit ! “Rien ne sert de courir” est sûrement l’adage du moment, car les truites ne daignant pas monter en surface il va falloir encore patienter. Sagement, nous décidons d’aller grignoter en attendant l’éventuel coup de soir, habituellement favorable après une journée ensoleillée.
Mais c’est sans compter avec le vent qui en soirée a retrouvé notre traceet nous contraint à ranger définitivement – du moins pour cette année – nos mouches à truite. Sans perdre plus de temps, nous optons pour le plan B option saumon. C’est ainsi que, penauds, nous débarquons dans un lodge tout proche de la Vididalsa. En attendant l’arrivée des pêcheurs qui à coup sûr vont nous renseigner sur les résultats de leur pêche, impatients, nous nous précipitons sur le carnet des prises. Nous constatons que de la pluie, du vent, du front froid, les saumons n’en ont rien à faire et qu’ils remontent la rivière en grand nombre. Les résultats sont extraordinaires, car depuis plusieurs semaines cinq à dix saumons sont pris par pêcheur et par jour ! Vu le bas niveau de l’eau, ce sont les petites mouches qui ont le plus de succès.Le lendemain matin n’est pas très glorieux : aussi bien l’ally’s shrimp n° 14 que les autres amuse-gueules que je leur propose pour le petit-déjeuner ne rencontrent de réel succès. La partie intermédiaire de la rivière où je débute n’est pas la meilleure, les saumons s’y arrêtant rarement. C’est au moment où je viens de repérer un banc de “chars” et que je change de canne pour les attaquer que le vent – encore lui – vient me saluer. Je n’ai plus qu’à replier ma canne, prendre une canne à deux mains, plus adaptée aux conditions météo, et partir à la recherche d’une zone protégée. Je la trouve facilement au pied d’une falaise qui abrite un magnifique pool. Tout en amont, bien au-delà de l’endroit où j’ai décidé de tremper ma mouche, j’aperçois une tache bleue entre les rochers. Curieux, j’y vais et je découvre un minuscule anorak sur lequel est brodé Magnus, le prénom du gamin que j’avais aperçu la veille au soir et qui revenait de la pêche avec son père. Compte tenu de la très bonne réputation de ce papa guide, je pense que, s’ils sont montés jusque là, ce n’est pas un hasard, et j’entame donc ma pêche à cet endroit, au milieu des gros blocs de rocher qui ont glissé de la falaise. Trois coups de canne et déjà un adversaire me provoque. Enfin la première véritable émotion du séjour ! Pas très lourd, il combat en poids coq mais utilise à la perfection les courants et les embûches qui jalonnent le parcours. Puissamment armé, j’en viens à bout rapidement, puis reconnaissant d’avoir passé un bon moment en sa compagnie je le salue et lui souhaite un bon frai. Juste avant midi, j’en attrape deux autres plus costauds, mais pas plus pugnaces. La règle étant de faire une rotation sur les différents secteurs de la rivière, on m’attribue pour l’aprèsmidi une zone de plaine parfaitement à découvert avec, en bonus, un fort vent de face. Pour m’encourager, je pense aux extraordinaires pools que je vais pêcher demain. Dans ce secteur proche de l’estuaire, des poissons frais et mordeurs arrivent en permanence, et on peut espérer pêcher huit à dix saumons dans la journée. En attendant il va falloir trouver une solution, et je la découvre après une petite promenade. En traversant sur l’autre rive, je trouve une berge de deux mètres où m’abriter. Le courant qui passe à mes pieds et me tend le bras n’est pas favorable à une bonne dérive, aussi j’opte pour un énorme Sun ray shadow que je lance face àmoi dans la partie calme opposée et que j’accélère en strippant. Après cinq minutes à faire glisser la mouche à la surface de l’eau, première attaque : un magnifique saumon qui violemment se jette sur mon tube et se ferre seul comme un grand en culbutant vers le fond. Y croyant enfin, j’arpente cette très courte portion miraculeusement abritée, et deux autres saumons me jouent le même scénario. Bilan de la journée : cinq saumons et trois ombles. Il semblerait qu’aujourd’hui j’aie eu le vent en poupe ! Je remets l’anorak perdu à Magnus qui doit éprouver la même joie que moi en dégustant tranquillement l’énorme glace offerte pour célébrer la prise de son premier saumon ! La tempête, qui a sévi toute la nuit, a redoublé de puissance dès la pointe du jour.
Les pools que nous pêchons à présent, remplis assurément de saumons, sont balayés par d’impressionnantes bourrasques de vent. Il me semble pêcher dans une mer démontée ! En faisant levier de toutes mes forces avec ma main gauche pour donner de la puissance à ma canne à deux mains, je parviens à peine à envoyer ma mouche à une douzaine de mètres. Suffisant pour pêcher le saumon, me direz-vous. Si ce n’est qu’à peine la soie immergée elle est poussée par les rafales de vent et revient à mes pieds. Peu de chance que cette dérive peu commune décide un poisson ! Tandis que la température chute autour de 3° et que mon moral suit la même pente, je finis par m’avouer vaincu et décide de retourner me réchauffer au lodge, comme la plupart l’ont déjà fait depuis longtemps. Mais Kathleen en a décidé autrement, et en bonne Ecossaise elle prend le relais pour essayer de motiver la troupe et affronter une dernière fois les éléments déchaînés. Certes, cette matinée dans un des meilleurs coins de pêche à saumons d’Islande se termine lamentablement par une belle bredouille, mais nous n’avons pas dit notre dernier mot : très prochainement nous aurons notre revanche ! Après avoir soufflé et repris des forces, nous nous dirigeons vers le sud-ouest de l’île, direction le volcan Hekla, qui apparaît à l’horizon après trois heures de route. Sur ses bords couverts de cendre coule la West Ranga, alimentée par un glacier et plusieurs rivières. Il semblerait qu’enfin le vent ait perdu nos traces et, comble du bonheur, le soleil vient de faire son apparition ! Après les conditions hivernales que nous avons affrontées, c’est un véritable enchantement. Le changement de température est tellement perceptible que nous ne serions pas surpris d’entendre chanter des cigales. Enfin nous allons pouvoir faire prendre l’air à nos mouches à truite ! En suivant la rivière Galtalaekur, nous traversons d’abord un plateau désert où quelques brins d’herbe asséchés s’agrippent miraculeusement au sol noirâtre et poussiéreux, puis nous arrivons très vite dans d’étroites et magnifiques gorges. En nous penchant discrètement au-dessus des rochers qui surplombent la rivière, nous repérons immédiatement quelques belles truites. Comme pour la West Ranga que l’on aperçoit plus bas dans la vallée, et qui est réputée pour ses énormes remontées de saumons, la Galtalaekur est très poissonneuse, mais au prix d’un alevinage intensif. Le volcan Hekla a des problèmes d’insomnie, et à chaque réveil il ajoute une couche et a ainsi recouvert toute la région de cendre et de pierre ponce. Les lits des rivières alentour sont de ce fait constitués d’un granulat trop léger pour abriter les oeufs lors des frais. Mais, grâce à une bonne gestion, ces rivières ont repris vie et elles nous offrent durant cette dernière journée leurs plus belles farios. A notre retour, et comme toujours, bourrasques, ondées, froid, mais tout est vite oublié pour ne garder en mémoire que quelques moments inoubliables. Après cet énorme grain, durant plusieurs semaines et une partie de l’été d’ailleurs, la moisson de saumon a battu son plein. A présent, ils sont en train de frayer, de semer du concentré de bonheur pour les pêcheurs qui auront la chance d’aller en Islande !