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Étiquette : Loomis

Canne G.Loomis NRX 802 S
Peu après la sortie sur le marché français de la gamme NRX Loomis nous vous avions décrit la NRX Drop Shot dans nos colonnes. Nous allons vous parler aujourd’hui d’une autre canne spinning de la gamme, tout aussi remarquable, la Loomis NRX 802 S JWR. Après de nombreux essais, nous ne pouvons que vous vanter ses qualités. Je me suis habitué aux ligatures bleues et au blank gris foncé de la NRX et je dois dire que maintenant j’apprécie beaucoup ce look, synonyme pour moi d’équilibre, de légèreté et de précision. Cette canne monobrin de 6’8’’ (202 cm), d’action Extra Fast et de puissance Médium est donnée pour le lancement des leurres de 1/8 à 1/4 oz, soit 3,5 à 7 grammes. Si elle permet de lancer très confortablement les leurres légers, elle est capable de lancer aussi des leurres beaucoup plus lourds et de soutenir de gros leurres souples montés sur des têtes plombées de 21 à 28 grammes en pêche verticale. Elle est montée avec quatre anneaux Fuji SIC, trois de départ et un de tête, et cinq anneaux Recoil très légers collés au blank. Ces petits anneaux doivent largement contribuer à alléger sa partie supérieure et à lui donner cette action si particulière, très rapide et très réactive.
Cette canne possède une grande réserve de puissance. Elle permet de pêcher tout en finesse en sachant que l’on pourra quand même ferrer correctement les brochets les plus récalcitrants. C’est une très bonne lanceuse et elle convient parfaitement pour la pêche linéaire des carnassiers avec des leurres souples équipés de têtes plombées de 5 à 14 grammes, des lames vibrantes, des shads à palette, etc. Très résonnante, elle retransmet en effet les moindres informations du leurre vers le pêcheur. Elle est très agréable en pêche verticale. J’ai pu passer quelques heures de pêche avec Wim Van de Velde du Team Loomis Benelux, grand spécialiste de la verticale, qui l’apprécie beaucoup pour cet exercice. Elle est enfin bien équilibrée si on lui associe un moulinet de taille 2500 garni d’une tresse en 10 ou 12 centièmes.

Les sept familles de la pêche – Goujon, l’équipé
Dernière figure de notre galerie de portraits de la grande famille des pêcheurs. “L’équipé” ferme le banc de cette série de cas particuliers. Vous en croisez régulièrement au bord de l’eau, certains avec trois cannes, au cas où, d’autres avec assez de mouches dans leurs boîtes pour faire monter toutes les truites de la rivière en surface. Mais comme le mieux est toujours l’ennemi du bien, tout cet attirail devient rapidement inopérant.
par Vincent Lalu
L’éclosion a commencé à 19h22. Jean-Paul Goujon venait de garer son RAV4 au bord du gave. Il hésitait encore entre le wader Patagonia en Goretex avec les Chota à semelles feutres et le wader néoprene intégral à bottes cloutées quand le premier gobage a commencé. Au dixième, il avait pris sa décision pour les waders mais ne savait pas maintenant laquelle de la Devaux, de la Loomis GLX ou de la JMC allait être sortie de son tube et de son étui, ni quel moulinet (aucun n’avait le même bas de ligne) allait lui être accolé. A 19h45, Jean-Paul Goujon en était encore à faire le tri entre ses boîtes à mouches, son gilet king size ne permettant pas d’emporter plus d’une douzaine de boîtes au bord de l’eau. Sur le gave, l’éclosion commençait à ralentir. A son arrivée, les autres pêcheurs le dévisagèrent d’un air incrédule et son copain Jean Vairon lui demanda :
– « Mais qu’est-ce que tu foutais ?
– Euh, rien, j’avais paumé un truc…
– C’est ton temps que tu as perdu et, avec lui, ton coup du soir que tu as raté ! ».
Goujon haussa les épaules en même temps qu’il entrait dans l’eau et se mit en devoir d’attaquer un beau gobage qui lui apportait le démenti inespéré du constat de faillite que venait de faire son compagnon de pêche. Son premier poser fut assez hasardeux mais ne cala pas le poisson. Il reprit sa mouche, la sécha et recommença les faux lancers indispensables à une approche enfin efficace. Mais quelque chose clochait : sa canne avait tendance à buter sur le manche de la grande épuisette (une épuisette spéciale 70 +) qu’il portait en travers du dos.
– « quel c…, j’aurais dû prendre ma petite raquette passe partout ! » Et cette pensée acheva de le déconcentrer.
Au point que son troisième poser manqua d’assommer la truite qui disparut sans demander son reste. Cette fois le coup du soir était bel et bien raté. Jean-Paul Goujon entreprit de replier et ranger tout le matériel qu’il avait déballé, ce qui le fit arriver largement après les autres au bar des amis. Tout cela lui valut de payer deux tournées, une pour la bredouille et l’autre pour le retard. Mais il ne se formalisa pas outre mesure : il était familier des bredouilles et habitué à ce que les autres pêcheurs le chambrent à propos de son matériel qui lui avait d’ailleurs valu l’étrange surnom de « Goujon l’équipé ». Il but ses deux tournées puis profita de ce que les autres se hâtaient lentement de passer à table pour aller jeter un coup d’oeil à son coffre et vérifier que tout était bien en ordre.
C’est d’abord au véhicule que l’on reconnaît l’équipé. S’il arrive en Porsche, en Clio, ou pire en Fiat 500, le pêcheur n’a que peu de chance d’être un « équipé ». Car au vrai équipé, il faut du coffre, un coffre de break qui commence de préférence sous le hayon et finit du côté de la boîte à gants. L’équipé ne voyage jamais seul, il emporte avec lui le magasin de ses espoirs, l’impressionnant stock de tout ce sur quoi il compte pour s’attirer les faveurs de la gente aquatique. Tout cela plus ou moins rangé, plus ou moins disponible, mais bien présent dans les rayons. De plus en plus de pêcheurs utilisent ainsi des utilitaires, leur attirail y prenant autant de place que le matériel du plombier, ou celui du menuisier. Goujon, lui, était un équipé raisonnable, mais son Renault Kangoo dernier modèle aurait mérité le premier prix d’un concours de tuning halieutique : de la moquette, des tiroirs de toutes tailles, un logement spécial pour les cannes toutes montées, bref une merveille de grosse boîte à pêche que la Régie ferait bien de produire en série.
Il y a toutes sortes d’équipés : des très pauvres que leur dénuement ne protège pas des pauvres excès de leur pauvre attirail, des très riches qui ratent tout autant leur partie de pêche pour avoir été incapable de décider entre leur bateau bleu et leur bateau gris. Car l’indécision est fille du suréquipement, et la bredouille leur héritière. J’en connais quelques-uns qui, dans les voyages de pêche mettent une énergie considérable à faire tourner le matériel qu’ils ont apporté. Ce pensum remplace bientôt dans leur esprit l’objectif qui a décidé de leur voyage. Oubliée la pêche, oubliés les poissons, l’heure est au grand déballage, à la revue de détail.
– « Vous avez fait quoi cet été ?
– J’ai emmené mes cannes promener sur la Gaula…
– C’était bien ?
– Oui, c’était pas mal, mes RPL+ commencent à fatiguer, mais les Loomis étaient en pleine forme.
– Et les saumons ?
– Les saumons, quels saumons ? »
Il y a des équipés dans toutes les générations, des équipés époque bambou, soies naturelles et PPP, des collectionneurs de cuillers, de tambours tournants, des éleveurs de cous de coqs, des allumés du tinsel, l’équipé est à la pêche ce que le militaire est à la paix : inutile aujourd’hui mais pouvant servir demain. Combien de matériels, de fils, de cannes, de mouches et autres leurres sont, grace à lui, passés aux poubelles de l’histoire sans avoir jamais connu le délicieux contact de la moindre gouttelette d’eau. Avec l’équipé les poissons peuvent, la plupart du temps dormir tranquilles, l’homme est si occupé au commerce de son matériel qu’il en oublie le plus souvent la raison pour laquelle ledit matériel est arrivé jusqu’à lui.
Dans l’histoire des gros vers que raconte si bien Pierre Choulet, un brave homme ne vient au bord du Doubs que pour faire prendre l’air et humer l’air de la rivière à ses lombrics. Il leur rend visite deux fois par jour pour vérifier que le terreau de leur caisse à l’arrière de son break a conservé une humidité suffisante et se contente de cette affectueuse fréquentation sans penser une seule fois à monter une ligne pour s’en aller tenter sa chance auprès des truites. Les équipés ne sont pas tous aussi affectueux que celui-là, mais ils ont tous cette étrange déviation qui les éloigne des finalités première de leur passion. Pourtant, l’équipé mérite le respect. Sans lui l’industrie halieutique ne serait pas ce qu’elle est. Sans lui, on vendrait beaucoup moins de cannes à pêche, beaucoup moins de moulinets, beaucoup moins de waders, beaucoup moins de leurres, beaucoup moins de soies, de fils et d’accessoires, et sans « l’équipé » les poissons seraient bien plus souvent dérangé.
Axel commença par proposer ce qu’il avait de mieux dans sa boîte, ce qui marchait le plus souvent, avec quoi il avait pris ou fait prendre des centaines de saumons. Sans succès. Puis il revint aux classiques, celles de ses boîtes, celles des boîtes de Drouot, sans plus de résultat. On essaya ensuite les mouches fantaisies, les improbables, les affaires d’un jour. Les saumons continuaient de se manifester bruyamment. Drouot se dit qu’ils devaient même faire des écarts pour éviter sa mouche.
Bref, la bredouille s’avançait tranquille comme une marée d’équinoxe qui recouvre les espoirs du pêcheur à pied d’un lourd manteau de désillusion.
“Could we try this one ?” Drouot tendait timidement le sapin de Noël qu’il avait monté la veille, une mouche en forme de bouquet de fleurs dont n’aurait même pas voulu une arc de chez Auchan. “Why not…” répondit Alex d’un air dégoûté. Le plumeau fut pris à son deuxième passage, arrachant un hurlement de joie à Jules Drouot. Le poisson était correct. Il tirait bien fort sur la ficelle et prit même un peu de backing, le temps de ramener le pêcheur et son attelage sur le bord pour continuer la bataille depuis la terre ferme. Mais, au moment où Drouot reprenait ses appuis sur la berge, il vit tout de suite que quelque chose clochait. Entre le saumon et lui il y avait une grosse pierre ronde, presque un rocher vers lequel le poisson fonçait maintenant. Drouot tenta bien de basculer sa grande Sage sur le côté. En vain : le saumon sembla percuter la pierre et la ligne devint molle. La bredouille était consommée. Quand il remonta dans l’hélicoptère, le lendemain matin, pour rentrer à Mourmansk, Jules Drouot dut passer entre une haie de guides dont il ne sut si elle était là pour le chambrer ou le consoler. Qu’importe, il avait déjà son fameux sourire, le sourire de ceux qui reviennent d’une longue maladie et recommencent à voir la vie du bon côté. Il était guéri, guéri de cette superstition ridicule qui lui avait fait rater tant de parties de pêche et stresser amis et proches, obligés de surveiller ces étranges écarts de langage. Dans l’avion du retour, il eut pourtant les mains qui sentaient le saumon. Le toast au saumon frais est, en effet, une spécialité de l’aéroport de Mourmansk. Un saumon par ailleurs excellent, sans doute en provenance d’un élevage norvégien, à moins qu’il ne soit de la Kola ou, pire encore, d’un des chalutiers responsables du manque de poissons dans la Varzina. Grâce à eux, il n’en avait pas pris mais venait d’en manger. Avant de s’endormir, il eut juste le temps de souhaiter par la pensée “bonne pêche” aux suivants.
Une partie de pêche avec Greg Hoarau
Gregory Hoarau est un ancien compétiteur mouche. Il pêche de façon assidue de nombreux réservoirs de l’Hexagone ou du Royaume-Uni, au gré notamment de ses déplacements professionnels. Il se promène toujours avec de quoi pêcher à la mouche, et s’intéresse à tout ce qui porte des écailles. Il a toujours aimé pêcher les réservoirs en “petites mouches” et n’y pratique plus que cette pêche. Je souhaitais depuis longtemps qu’il puisse nous faire partager cette technique qu’il maîtrise particulièrement bien. Nous nous sommes retrouvés sur réservoir, à Recques-sur-Course, dans le Pas-de-Calais, pour une partie de pêche.
Par Philippe Collet
Au bord d’un réservoir, ne demandez pas à Greg de vous sortir un streamer, il n’en aura probablement pas avec lui. Il utilise pourtant cette technique pour pêcher les carnassiers ou les poissons marins. Il a d’ailleurs souvent dans sa voiture une boîte de streamers à brochet et le matériel dédié à cette technique qu’il pratique volontiers quand l’occasion se présente. Leurrer les truites de réservoir au streamer ne l’intéresse pas. Il cible les plans d’eau où les poissons sont habitués à consommer régulièrement des insectes aquatiques et apprécie d’autant plus la pêche que les poissons actifs sont difficiles et sélectifs. Dans ces conditions, il est un des rares à bien tirer son épingle du jeu et ce, sans pêcher avec des fil arachnéens. Son équipement réservoir tient dans une petite besace ceinture et est limité au minimum. Ses nombreuses années d’expérience l’ont amené à éliminer tout matériel superflu et à ne garder que le matériel parfaitement adapté. Quatre boîtes à mouches, garnies de modèles de chironomes, hoppers, nymphes, émergentes… largement validés lui suffisent pour faire face à de nombreuses situations. Quelques bobines de fluorocarbone, une pince écrase-ardillon, un coupe-fil avec aiguille, un ketchum release (genre de dégorgeoir adapté à la pêche à la mouche) pour extraire, sans dommage pour les poissons, les mouches engamées trop profondément, une épuisette à long manche complètent son équipement. Sa canne est une Loomis GLX classique en deux brins de 10 pieds pour soie de 6 équilibrée d’un moulinet Danielsson garni d’une soie Triangle Taper Lee Wulff flottante de 6.
Il emporte avec lui une bobine de rechange garnie d’une soie intermédiaire lente, là encore une Triangle Taper de taille 6, pour pratiquer sa technique, de la même façon, quand les poissons se tiennent plus profond (les jours ensoleillés notamment). Ajoutons à tout cela quelques polyleaders intermédiaires rapides (bas de lignes dégressifs réalisés dans un matériau identique à celui d’une soie) de 1,5 mètre. La base de sa technique, qui vise à leurrer des poissons résidents qui se nourrissent, est de tout mettre en oeuvre pour rendre pêchant, le plus vite possible, un train de deux ou trois mouches. Pour cela il faut le poser correctement et veiller à noyer le fil rapidement. La frontière entre la réussite et l’échec est mince et tient à de petits détails que nous avons essayé de bien lister avec Greg pour vous les retranscrire ici. Au passage, la discussion passionnante que nous avons eue, jusque tard dans la soirée, dans une brasserie proche du réservoir à Montreuil-sur-Mer, la moitié de la table encombrée de boîtes à mouches et de notes, a dû paraître totalement surréaliste aux autres clients de l’établissement.Les mouches
Greg a quelques mouches de base, très efficaces, qu’il a longuement validées et auxquelles il croit, quoi qu’il arrive. Ces artificielles sont déclinées en séries de cinq ou six imitations identiques pour ne pas être démuni, après quelques casses, s’il a trouvé la mouche qui marche.
Comme nous le verrons plus loin, il monte différents types d’imitations :
– des mouches noyées destinées tout d’abord à flotter, puis patouiller dans le film de la surface avant de couler sous la traction du fil (bécasse oreille de lièvre, purple pennel royale, bécasse royale).
– des nymphes légèrement lestées comme la pearly pheasant tail ou la saint-philbert
– des chironomes.
Il monte ses mouches sur des hameçons à pointe pioche Tiemco 100 SP BL pour les nymphes, les noyées et parfois les chironomes, et Tiemco 2499 SP BL pour les chironomes. Ces hameçons, de par la forme de leur pointe, pénètrent très facilement à la touche, même à travers le cartilage de la mâchoire des truites, et ne nécessitent pour ainsi dire pas de ferrage. Ce dernier doit en effet être proscrit car il est générateur de casses. Il est remplacé par un relevé de la canne permettant de simplement prendre contact avec le poisson.Le bas de ligne
La soie est prolongée d’un polyleader de 1,50 m suivi de 20 cm de 20 centièmes, 60 à 70 cm de 18 centièmes, une première potence de 10 à 15 cm en 16 centièmes, 1,20 à 1,50 m de 16 centièmes, une deuxième potence de la même longueur que la précédente en 14 centièmes, 1,80 m à 2,30 m de 14 centièmes. Le bas de ligne mesure donc, après le polyleader, de 3,80 m à 4,70 m. La version la plus courte permet de cibler les poissons aperçus sous la surface ou ayant gobé, en anticipant leur trajectoire. La version la plus longue permet de pêcher l’eau en barque dérivante ou ancrée, le vent dans le dos. La combinaison des diamètres 20, 18, 16 et 14 est la plus fine. Elle peut être plus solide si la pêche est moins difficile ou les poissons trop violents : 20, 18 et 16 ou 20, 18.
Lorsqu’il pêche en Angleterre, Greg est rapidement contraint de réaliser le montage le plus solide, car les casses sont quasiment systématiques avec des fils plus fins. A deux mouches, le bas de ligne est constitué de 20 cm de 20 centièmes, 1 m de 18 centièmes, une potence de 10 à 15 cm en 18, 16 ou 14 centièmes suivie de 2,50 m de fil du même diamètre. Greg apprécie la soie Triangle taper pour sa capacité à pousser et déployer ces longs bas de ligne. Bien qu’assez courte (27 mètres), cette soie lui permet de placer régulièrement sa mouche de pointe à 30 mètres. Pour ne pas emmêler les plus longs de ses bas de ligne, Greg pêche souvent en barque, le vent dans le dos ou de côté. Il shoote alors une boucle assez large vers le ciel pour que le train de mouches soit porté par le vent et se déploie bien en ligne. Du bord, avec un vent de face, il passe à deux mouches et serre plus sa boucle.
Ancrer le montageLes mouches sont réparties sur le bas de ligne de différentes façons. Le premier montage est constitué d’une nymphe légèrement lestée en pointe, d’un chironome en deuxième potence, d’une mouche noyée en première potence (potence vers la soie). Il permet de couler rapidement le fil et d’ancrer l’ensemble, tiré d’un côté par le polyleader intermédiaire, qui prolonge la soie et coule instantanément, et de l’autre par la mouche de pointe et le chironome.
Le deuxième montage se compose d’une noyée assez volumineuse en pointe et d’un chironome sur chaque potence. Dans les deux cas, le fil, du fluorocarbone choisi pour sa raideur et sa forte densité, disparaît rapidement sous la surface, se soustrayant à la vue des poissons, tiré par le polyleader et les nymphes ou les chironomes. Posé bien en ligne, le montage coule rapidement sans mou ni cassure.
La mouche noyée flotte un certain temps, pêchant comme une mouche sèche, puis se noie progressivement en faisant un sillage des plus attractifs. Le premier montage permet l’exploration d’une profondeur supérieure. La mouche noyée flottant pouvant faire office de bouchon ou d’indicateur de touche quelques instants. Le second montage pêche dans les 10 à 50 premiers centimètres sous la surface. La mouche noyée contribue, surtout si elle est volumineuse, à maintenir les chironomes à faible profondeur. A deux mouches le principe est le même, il suffit simplement de retirer un chironome sur chacun des montages décrits précédemment. En coulant rapidement, le train de mouches reste bien en ligne sur près de 5 à 6 mètres. Il n’y a pas de perte de distance. Seule la soie est prise par la dérive de surface. Au moindre contact du poisson avec une mouche, ce dernier, qui est le plus souvent en mouvement, ne peut que se piquer, un peu à la façon d’une truite sur un train de mouches noyées en rivière. L’ancrage rapide du montage est la clef de la réussite. La rapidité avec laquelle le fil se noie permet aussi de leurrer des poissons attirés par l’impact des mouches qui n’auront pas le temps de voir le trait du fil sur l’eau.
Avec cette méthode, Greg n’a pas besoin de dégraisser son fluorocarbone.
Il ne graisse pas sa mouche noyée qui après chaque lancer flotte ainsi seulement quelques secondes avant de s’engluer puis de couler. Ces différentes phases semblent avoir un impact particulier sur les poissons, auxquels elles font parfois perdre toute méfiance. Le poser doit être le plus propre possible, quitte à raccourcir le lancer, pour permettre au train de mouches de pêcher tendu. Après chaque posé correctement effectué, il convient de maintenir le train de mouches statique quelques secondes. Ce moment où la mouche noyée flotte encore et les chironomes et les nymphes coulent dans un plan vertical est particulièrement prenant, surtout sil’on a posé à proximité d’un poisson sans l’affoler. En début de pêche le polyleader peut flotter, surtout s’il est neuf. Une fois mouillé quelque temps, il coule instantanément. Une petite astuce de compétiteur consiste à mouiller ses soies intermédiaires préalablement pour qu’elles coulent ensuite directement dès le premier lancer.Jouer de la guitare
L’animation du train de mouches peut être réalisée de façon classique en tricotant la soie plus ou moins lentement, ou à la façon de Greg en jouant de la guitare. Il s’agit de tricoter ou puller (tirées amples) avec une main et de faire vibrer, en même temps, le doigt (index ou majeur) de l’autre main sur lequel repose la soie. Pour les pêches en barque dérivante, lorsque les dérives sont rapides, le contact avec les mouches ne peut être maintenu qu’en pullant rapidement la soie.
Le tricotage n’est alors plus possible, l’animation des mouches peut toutefois être réalisée en quasisur- place grâce à cette astuce. De la même façon si l’on pêche du bord, un tricotage lent ne permet que de maintenir le contact avec les mouches en résorbant les plis de la soie, qui revient systématiquement vers le pêcheur. Quelles que soient les conditions, cette pratique, qui a priori demande un peu d’entraînement et un travail de coordination, permet d’ajouter une animation continue ou ponctuelle pour donner plus de vie aux mouches, sans réellement les accélérer. Je n’avais encore jamais vu cette animation, Greg a l’air d’avoir trouvé là quelque chose d’intéressant.Le lift
La longue canne de 10 pieds permet d’animer un long train de mouches en phase finale de ramener, sur le lift. Cette remontée du bas de ligne, soustrayant les mouches une par une de l’élément liquide, est une phase importante de l’animation. Bien exécutée, en accélérant la montée des mouches vers la surface et en les faisant sautiller l’une après l’autre lorsqu’elles ont atteint cette dernière, elle permet de prendre de nombreux poissons, que ce soit du bord ou en barque.
Une grande canne permet aussi, avec de longs bas de ligne, de mettre plus facilement à l’épuisette les poissons pris sur la mouche de pointe sans emmêler la première mouche de potence dans l’anneau de tête de la canne. Il conviendra toutefois de prévoir une épuisette dotée d’un grand manche. Cette technique est totalement transposable sur les plans d’eau d’Irlande ou d’Ecosse, peuplés de poissons sauvages. Sa maîtrise permet de ne pas être ridicule lorsqu’on aborde ces étendues d’eau vastes et inconnues.
La pêche au streamer selon Sébastien Allatissière
La pêche au streamer n’est pas forcément une technique aussi mécanique et rébarbative que l’on veut bien le croire ou le dire. Elle peut paraître simpliste lorsqu’elle est pratiquée au petit bonheur la chance sur des poissons frais, mais devient intéressante et gratifiante lorsqu’elle est pratiquée, avec méthode et intuition, sur des poissons relativement éduqués. Sébastien Allatissière, le maître incontesté de la pêche au streamer en réservoir, va nous révéler l’essentiel de sa technique au fil de cet article. Vous y trouverez nombre des trucs qui lui ont permis et lui permettent encore de si souvent réussir en compétition.
Par Philippe Collet
La distance de lancerTous ceux qui se sont frottés à Sébastien en compétition savent qu’il ne pêche pas dans le même plan d’eau que les autres. Il pose ses mouches régulièrement à très grande distance (au-delà de 35 mètres, parfois tout près de 40 mètres) et réalise quasi systématiquement des posés de qualité, bien en ligne. Il sollicite ainsi des poissons moins vigilants car se sentant en sécurité, hors d’atteinte. Il ne s’embarrasse alors pas à essayer de leurrer des poissons visibles en bordure. Il les intéressera à un moment ou un autre en ramenant ses mouches vers la berge.
Le lancer à distance permet un gain d’efficacité considérable dans l’action de pêche. Les mouches non seulement pêchent plus loin, mais aussi beaucoup plus longtemps une fois en place, c’est-à-dire une fois arrivées à la bonne profondeur, bien en ligne avec la soie. Alors qu’un pêcheur moyen va pêcher efficacement sur environ 20-25 mètres, Sébastien le fera sur au moins 30-35 mètres, soit environ un tiers de plus, ce qui va lui permettre la mise en oeuvre efficace d’animations spécifiques. En posant ses mouches bien en ligne, Sébastien peut détecter la touche instinctive d’un poisson surpris par l’arrivée du leurre sur son territoire. Les posés en paquet, à grande distance, qui sont souvent l’apanage des soies de type shooting mal utilisées, ne permettent pas ces prises. Le poisson est le plus souvent affolé par la soie proche de la mouche. Si toutefois il s’empare de cette dernière, il peut la gober et la recracher plusieurs fois avant que le pêcheur n’ait résorbé les 3 ou 4 mètres de soie nécessaires à la prise de contact.Une couverture en éventail
Sébastien veille à pêcher chaque poste en éventail. Si la configuration de l’arrière du poste le permet, il modifie son angle d’attaque à chaque lancer. Il se déplace aussi latéralement. Cela permet d’aborder les poissons différemment et d’éviter de matraquer systématiquement la même zone. La distance de lancer évoquée précédemment contribue aussi à augmenter l’intervalle entre les posés et à moins effaroucher les poissons.Ne pas hésiter à changer d’animation, de mouches, de soie
Un autre secret de la réussite de Sébastien réside dans le changement régulier de mouches, de densité de soie et d’animation. Au moins, tant qu’il n’a pas trouvé une technique dont l’efficacité est flagrante. J’ai eu l’occasion de pêcher à côté de lui en compétition. Alors qu’il venait de prendre des poissons avec une technique, il rembobinait tranquillement sa soie, raccrochait sa mouche et changeait de canne, donc de densité de soie et de style de streamers. Il anticipait en fait l’accoutumance des poissons situés devant lui, en leur proposant autre chose, avant même d’enregistrer un ralentissement dans leur réaction. Pour ma part, je cherchais désespérément ce qui pouvait fonctionner et me serais volontiers cantonné à reproduire une technique efficace ! Tentant de copier ce qu’il faisait : mêmes soies, mêmes couleurs, je me suis vite retrouvé totalement déboussolé. N’essayez pas de “prendre” Sébastien au streamer, il est quasiment impossible de le suivre à cette technique. Il a déstabilisé plus d’un de ses voisins en compétition. Si vous pêchez pour le plaisir, pensez à changer régulièrement de poste pour solliciter des poissons “neufs”, alternez les animations, vous pourrez ensuite vous tourner vers un changement de mouches, puis de soie, jusqu’à trouver une technique qui vous permet d’enchaîner les prises de façon régulière. La journée passant, avec ses conditions météorologiques parfois changeantes, vous aurez intérêt à remettre votre technique en cause régulièrement pour continuer à toucher des poissons.Le matériel
Pour cette pêche, Sébastien utilise des cannes de 10 pieds pour soie de 7 ou de 8, des Loomis GLX 2 brins traditionnelles. Il ne s’embête pas avec les moulinets et se sert toujours de ses vieux Dragonfly Cartridge 395. Ses soies préférées sont les intermédiaires Partridge Réservoir en taille 7, les soies Airflo intermédiaires rapides et S3 (coulante de 3) traditionnelles Delta Polyfuse en 7, une S 6 Cortland s’apparentant plus à une S 4 ou une S 5 qu’il affectionne pour son placement rectiligne sous l’eau (pas de ventre). Sébastien pêche aussi au streamer en soie flottante avec une soie Cortland 444 SL en WF 7. Il utilise du fil fluorocarbone Falcon en 21,5, 19,8, 17,7 ou 15,9 centièmes. Les petits diamètres sont réservés à la pêche en soie flottante. Pour la pêche en soies plongeante ou intermédiaire,Sébastien noue ses mouches le plus souvent sur un 21,5. Il peut être amené à réduire à un 19,8 si l’eau est claire ou pour améliorer la nage de ses streamers si les poissons sont un peu trop regardants. Quand les poissons sont difficiles, la pêche en soie flottante permet à Sébastien de placer ses mouches au même niveau qu’avec une soie intermédiaire, mais de ralentir considérablement son animation. A ce moment-là, il doit réduire le diamètre du fil utilisé car l’animation lente laisse plus de temps au poisson pour observer le montage. Il peut pêcher plus fin car la soie flottante oppose moins d’inertie à la touche et l’animation plus douce occasionne moins de risques de casse.
Les bas de ligneLe bas de ligne est raccordé directement à la boucle de la soie réalisée en nylon de 40 centièmes (montage détaillé dans le n° 64 de Pêches sportives). Sébastien réalise ses potences avec des noeuds de pendu à 4 et 4 tours ou, si le fil est fin, 4 et 5 tours pour le brin le plus fin. La potence est toujours réalisée avec le brin qui remonte vers la soie. Pour la pêche avec des soies plongeantes ou intermédiaires, il utilise le plus souvent du fluorocarbone de 21,5 centièmes et en noue de 1,80 m à 2 mètres, de la soie à la première mouche. Il espace ensuite les deux mouches de 2,20 m. Les potences mesurent de 15 à 25 cm. Elles font en fait 25 cm au départ de la partie de pêche et réduisent progressivement en taille au fur et à mesure des changements de streamers. Pour la pêche en soie flottante, les longueurs sont identiques, mais les diamètres de fil sont plus faibles : 19,8 entre la soie et la première mouche, 17,7 ou 15,9 entre les deux mouches. Sébastien peut aussi n’utiliser qu’un seul streamer, notamment lorsque l’eau est très claire. Il allonge alors son bas de ligne pour placer la mouche à environ 4 mètres de la soie.