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  • Végétaux aquatiques, poissons, avifaune, etc.

    Végétaux aquatiques, poissons, avifaune, etc.

    Ce volet consacré à la chaîne trophique des étangs vient clore une série d’articles riche en enseignement sur la vie de ces pièces d’eau dont on ne soupçonne pas la complexité de fonctionnement, mais aussi la fragilité. Désormais vous verrez les étangs, théâtre de vos exploits halieutiques, d’un œil averti !

    Par Jean-Philippe Delavaud et Philippe Collet

    Ce troisième article d’une série destinée à permettre une meilleure compréhension du fonctionnement biologique des étangs, lacs et gravières, clôt la description des éléments essentiels de la chaîne trophique. Dans les deux précédents, nous avions évoqué les compartiments eau, sédiment, phytoplancton, zooplancton, les insectes aquatiques et les crustacés. Nous terminerons ici avec les macrophytes, les poissons, l’avifaune et les autres espèces animales.


    La végétation aquatique

    On recense dans les plans d’eau environ 100 espèces de bryophytes ou mousses, 15 000 espèces d’algues (y compris les micro-algues déjà évoquées dans le précédent article) et 200 espèces d’angiospermes ou plantes à fleurs. Il serait illusoire d’en passer ici en revue l’ensemble des familles. Nous aborderons simplement le cas des végétaux supérieurs, à la fois indispensables au bon fonctionnement de l’écosystème et source de problèmes lorsqu’ils prolifèrent.

    On classifie généralement ces végétaux selon la nomenclature suivante :
    – Végétaux dressés ou hélophytes (joncs, roseaux, iris…)
    – Végétaux flottants ou à feuilles surnageantes (potamots, nénuphars, lentilles d’eau…) ou hydrophytes flottants
    – Végétaux immergés (élodées, cératophylles, myriophylles…) ou hydrophytes immergés.

    Les végétaux dressés

    Les végétaux dressés ou hélophytes, dont les plus typiques sont les phragmites, les typhas, les iris et autres joncs et carex, ont, en conditions d’eau normales, la plus grande partie de leurs feuilles et leurs fleurs émergées et les pieds dans l’eau. Ils extraient les éléments nutritifs minéraux contenus dans le sol au moyen de leurs racines, mais utilisent le gaz carbonique et l’oxygène contenus dans l’air pour se développer. Ils constituent une protection efficace des digues et des berges contre l’érosion et le batillage en jouant le rôle de “brise- vagues” et sont nécessaires à leur stabilité. Ces végétaux captent une grande part des nutriments et polluants pouvant ruisseler dans les plans d’eau qu’ils ceinturent et jouent souvent un rôle très important dans l’épuration du milieu. Ils sont d’ailleurs à la base des stations d’épuration sur rhizosphères (où les effluents circulent au travers d’un réseau dense de leurs rhizomes ou racines). Leur mise en place est souvent possible en replantant des portions de rhizomes. La répartition de ce type de végétation est fonction de la profondeur de la bordure du plan d’eau. L’espèce la plus invasive, Scirpus lacustris, peut se développer jusqu’à une profondeur de 110 cm. Généralement, la profondeur favorable aux hélophytes s’étale de 20 à 70 cm.

    Les végétaux flottants

    Certains sont enracinés dans le sol, où ils puisent les éléments nutritifs, alors que leurs feuilles, pourvues d’un revêtement cireux (cas typique des nymphéas ou nénuphars), flottent à la surface de l’eau. D’autres ont des racines pendantes leur permettent de prélever, dans l’eau, des éléments minéraux. Les lentilles d’eau (genre Lemna), qui font partie de cette famille, se développent en général dans des eaux très riches (apports importants d’eaux résiduaires). Les stomates situés à la surface des feuilles absorbent le gaz carbonique de l’air et restituent de l’oxygène directement dans l’atmosphère.
    Ces végétaux d’étangs calmes et bien abrités du vent forment un écran qui gène la pénétration des rayons du soleil sous l’eau et donc la photosynthèse, limitant la production de phytoplancton ou le développement d’une végétation aquatique diversifiée. Ils contribuent ainsi indirectement à désoxygéner l’eau. Leur présence exclusive sur des surfaces importantes d’un plan d’eau est néfaste. D’autres végétaux flottants comme certains potamots ou les renouées aquatiques, aux feuilles plus petites et moins couvrantes, ont un impact bien moins négatif.

    Les végétaux submergés

    La végétation aquatique submergée se développe en pleine eau. Chez certaines espèces, de petites feuilles et/ou des inflorescences peuvent apparaître à la surface (cas des myriophylles, par exemple). La photosynthèse a lieu dans l’eau. Elle entraîne des variations d’oxygène et de pH importantes pendant le cycle jour/nuit. Ces plantes se multiplient facilement par voie végétative. En se bouturant, elles peuvent devenir rapidement envahissantes. Cet élément primordial doit être pris en considération dans le cadre de la régulation de la végétation aquatique. Un grand nombre de variétés hibernent sous forme de bourgeons à la surface du sédiment.
    Les familles les plus fréquemment rencontrées dans les étangs sont : Myriophyllum, Ceratophyllum, Potamogeton, Renonculus, Elodea. Ces plantes ont la réputation d’être oxygénantes, et donc bénéfiques pour le milieu. Leur prolifération peut toutefois être néfaste. En effet, si ces végétaux produisent de l’oxygène dans la journée, par le biais de la photosynthèse, ils en consomment la nuit en respirant (phénomène inverse où le végétal produit du gaz carbonique) et peuvent dans certains cas générer des anoxies (déficits en oxygène) nocturnes. La quantité de végétaux admissible dans un étang peut être guidée par sa vocation et son utilisation. Il peut être tentant de les éliminer pour favoriser la pêche. Il convient alors de rappeler qu’ils constituent un support, un garde-manger, une cache… pour de nombreuses espèces allant des diatomées aux poissons, en passant par les invertébrés aquatiques Il sont indispensables à la reproduction de nombreuses espèces piscicoles.


    Les algues filamenteuses

    Il existe des sous-groupes que l’on ne classe pas dans les végétaux supérieurs : celui des algues filamenteuses, parmi lesquelles on trouve les fréquentes spirogyres, mais également les Cladophora, Enteromorpha, etc., celui des algues de croissance secondaire, siliceuses, vertes, bleues, qui adhérent, par le biais de supports constitués d’agrégats gélatineux, à la surface des végétaux aquatiques ou à des matériaux inertes (pierres, ouvrages…), où elles forment des dépôts glissants. L’invasion régulière d’un plan d’eau par les algues filamenteuses traduit souvent de graves déséquilibres. Les apparitions ponctuelles de ces algues sont moins alarmantes.

    Les poissons

    Il s’agit des derniers maillons de la chaîne alimentaire aquatique, hors prédateurs extérieurs. Dans un plan d’eau non rempoissonné régulièrement, leur présence en nombre et leur répartition sont fonction des nombreux paramètres : richesse en nourriture, supports de reproduction, potentiel d’abris et de nourrissage pour les juvéniles, diversité des milieux… En cas d’empoissonnement, la proportion relative des diverses espèces introduites, et leur quantité dépendront tout autant de la vocation de l’étang (pêche de loisirs, production piscicole…) que de l’aptitude du milieu à favoriser le développement de telle ou telle espèce. Il doit aussi être tenu compte des contraintes légales, qui interdisent l’introduction d’espèces non autochtones ou susceptibles de provoquer des déséquilibres biologiques dans les eaux libres. L’introduction d’espèces considérées comme autochtones : brochets, sandres, perches, black-bass, est proscrite dans le cas d’étangs en communication avec un cours d’eau de première catégorie (à prédominance salmonicole). On distingue grossièrement trois grands groupes de poissons dans la plupart de nos plans d’eau :

    Les cyprinidés

    Brème, gardon, rotengle, carpe, tanche, goujon, carpes « chinoises » (amour blanc, argenté, marbré), carassin… appartiennent au groupe des cyprinidés. Le régime alimentaire de ces espèces est souvent mixte. Elles peuvent consommer des animaux benthiques, du zooplancton, du phytoplancton, des nutriments organiques inertes, voire des végétaux. Notons le cas particulier des carpes chinoises, qui sont strictement herbivores ou consommatrices de phytoplancton ou de zooplancton, selon les espèces. Les cyprinidés constituent le poisson fourrage consommé par les espèces carnassières.

    Les carnassiers

    Brochet (ésocidé), sandre et perche (percidés), silure (siluridé) et black-bass (centrarchidé) constituent l’essentiel du groupe des carnassiers. On peut y ajouter dans certains cas (avec les limites des paramètres physico-chimiques de l’eau) les salmonidés : truites fario et arc-en-ciel, saumon de fontaine… La cohabitation de plusieurs espèces carnassières est généralement difficile au sein d’un étang, dans la mesure où il existe une compétition interspécifique. Plus la surface en eau est importante et les milieux diversifiés, plus cette dernière est harmonieuse.


    Les espèces indésirables

    Le caractère indésirable de certaines espèces est lié à leur potentiel proliférant, à la prédation ou à la concurrence qu’elles exercent sur les autres espèces. Leur introduction peut conduire à la disparition de peuplements autochtones. Rentrent dans ce classement les poissons-chats, les perches soleil, les grémilles ainsi que, depuis une époque plus récente, les Pseudorasbora. Ce petit poisson, originaire du Japon (sa forme n’est pas sans rappeler celle de certains poissons nageurs japonais), a tout d’abord été introduit dans les pays de l’Est. Il a ensuite colonisé nos eaux via des importations de poissons. Le transport de ces espèces vivantes est interdit. L’équilibre piscicole optimal d’un étang repose sur une répartition harmonieuse d’espèces qui valorisent l’ensemble des compartiments trophiques. En cas d’apparent déséquilibre des populations, une approche précise du milieu est indispensable en préalable à tout empoissonnement.

    L’avifaune

    Les oiseaux fréquentant les étangs peuvent être sédentaires ou migrateurs. Les populations les plus importantes et impactantes sont constituées par les palmipèdes (canards de diverses espèces, oies, cygnes…). La quantité de canards sédentaires admissible sur un étang est fonction de la qualité initiale du milieu ainsi que des conséquences biologiques liées à leur présence. Ils participent à l’équilibre écologique global, en valorisant des niveaux trophiques non exploités par les espèces piscicoles, mais leur présence en excès sera néfaste, surtout s’ils sont nourris. Leur présence en surnombre peut avoir des répercussions sérieuses sur le milieu aquatique par un excès de fertilisation et une dégradation de la qualité bactérienne de l’eau liés à leurs déjections.
    Les foulques, infatigables consommatrices de végétation aquatique, peuvent aussi être présentes en grand nombre sur les plans d’eau. Elles jouent probablement un rôle important dans le bouturage des macrophytes immergées qu’elles consomment.
    Les oiseaux ichtyophages (ou piscivores) sont aussi des hôtes des étangs. Cette partie de l’avifaune, qui regroupe les hérons, grèbes, martins-pêcheurs, butors, mouettes ou autres cormorans, joue également un rôle écologique de premier plan, en consommant les poissons malades ou affaiblis et en évitant ainsi certaines épizooties (épidémies chez les animaux). Depuis quelques années, on assiste cependant à l’explosion démo- graphique de certaines espèces, dont le grand cormoran. La présence massive de cet oiseau sur un étang compromet sérieusement l’équilibre piscicole, par consommation directe, blessure ou stress des poissons. Il est de plus un vecteur potentiel de pathologies, par ses déplacements d’un étang à l’autre. Les mesures de régulation prises à son encontre semblent être d’une portée limitée. A l’heure actuelle, et en dépit des campagnes de régulation qui sont menées (comptage des oiseaux avec définition de quotas de tir), la présence excessive de cette espèce dans certains secteurs pose toujours problème. L’avifaune apprécie les bordures d’hélophytes denses, où elle peut s’abriter, se reproduire et trouver de la nourriture.
    Le milieu étang est fréquenté par une multitude d’autres espèces, pour lesquelles il représente une source de nourriture, d’abreuvement, un abri, un milieu de vie strict… Les plans d’eau et leurs berges sont des lieux très riches en insectes, batraciens, reptiles et même mammifères. Concernant ces derniers, on insistera plus particulièrement sur les espèces susceptibles de porter atteinte à la qualité du milieu et/ou des ouvrages. Citons notamment : les rats (surmulot), les rats musqués (ondatra), les ragondins (myocastor). Ces trois espèces creusent des galeries préjudiciables à l’intégrité des digues et des berges en générant des effondrements ou des fuites. Elles peuvent transmettre certaines pathologies dangereuses pour l’homme, telle la leptospirose. Cette dernière, dont l’agent infectieux est disséminé par l’urine de rat, véhiculée par l’eau, peut être mortelle. Ces rongeurs doivent donc faire l’objet d’une régulation (piégeage ou tir) selon des modalités définies par la loi.
    Vous avez pu commencer à percevoir, à la lecture de ces trois articles, à quel point l’ensemble des compartiments de la chaîne trophique décrits sont interdépendants. Nous nous attacherons, dans de prochaines parutions, à décortiquer les mécanismes de l’apparition des déséquilibres les plus classiques. Cette approche vous permettra de mieux en comprendre les causes. Elle vous donnera des bases diagnostiques utiles pour mieux gérer un plan d’eau et aussi pour mieux pêcher !

  • Les éléments essentiels de la chaîne trophique

    Les éléments essentiels de la chaîne trophique

    Ce deuxième article d’une série destinée à permettre une meilleure compréhension du fonctionnement biologique des étangs, lacs et autres gravières, traite des éléments essentiels de la chaîne trophique des étangs. Dans le précédent numéro, nous avions décrit les compartiments eau et sédiments. Nous allons ici nous focaliser sur le phytoplancton, le zooplancton et les insectes aquatiques.

    Par Jean-Philippe Delavaud et Philippe Collet

    Le phytoplancton

    Le phytoplancton est la composante végétale du plancton. Il s’agit d’algues de très petite taille, pouvant être mono ou pluri-cellulaires. Le phytoplancton contribue largement à la coloration de l’eau. On en distingue cinq grands groupes :

    – Les diatomées, à coque siliceuse, largement représentées dans les milieux pauvres en éléments nutritifs.
    – Les dinophycées et les Chrysophycées, présentes dans des milieux plus riches.
    – Les chlorophycées et les volvocales, témoins de milieux normalement riches et équilibrés. Ces types phytoplanctoniques sont volontiers consommés par les organismes filtreurs du zooplancton.
    – Les euglenophycées, qui peuvent consommer de micro particules organiques en suspension (capacité hétérotrophe)
    – Les cyanobactéries, témoins de déséquilibres sur lesquels nous reviendrons dans le détail dans de futurs articles. Ces végétaux présentent la particularité de pouvoir capter l’azote atmosphérique. Certaines espèces sont toxiques et représentent souvent une impasse trophique (elles n’enrichissent pas la chaîne alimentaire).

    Il existe généralement une gradation au sein d’un même étang, correspondant à l’évolution de la température et de la photopériode. On voit se succéder du printemps à l’été des populations majoritaires de diatomées, puis des dinophycées et/ou des chlorophycées, pour finir, si les choses évoluent mal, des cyanophycées. Toutes ces algues sont dotées de capacités photosynthétiques, qui auront une importance déterminante sur le pH et les variations des taux d’oxygène.
    La coloration de l’eau est typique de certaines familles phytoplanctoniques : brune pour les diatomées, verte pour les chlorophycées, bleu-vert, vert fluo ou rouge pour les cyanobactéries… Il est possible d’évaluer l’état du plan d’eau grâce à se couleur et à sa transparence. Certains paramètres perturbants, comme les matières en suspension, sont toutefois susceptibles d’interférer avec les colorations liées aux développements phytoplanctoniques. Il ne s’agit donc que d’un repère indicatif. Des analyses plus poussées en laboratoire, tant qualitatives que quantitatives, sont très utiles à la bonne compréhension du fonctionnement d’un milieu.
    Le phytoplancton est la production primaire du plan d’eau. Il représente souvent la plus grande biomasse des étangs (hors cas des plans d’eau clairs et fortement enherbés). Il constitue la base de la chaîne alimentaire en étant consommé par une partie du zooplancton, par de nombreux insectes aquatiques et même par certains poissons.

    Différentes espèces de phytoplancton :

    Mycrocystis, une cyanobactérie particulièrement toxique que l’on trouve de plus en plus dans nos plans d’eau.
    Pediastrum, chlorophyte stable présentant un grand intérêt trophique.
    Navicula, une diatomée avec sa coque siliceuse.
    Aphanizomenon flos-aquae, cyanobactérie captatrice d’azote atmosphérique.


    Le zooplancton

    Partie animale du plancton, le zooplancton est une autre composante essentielle de la biocénose. Il constitue une ressource alimentaire pour de nombreuses espèces. Il est composé de plusieurs familles :

    – Les rotifères, caractérisés par leur petite taille (quelques dizaines de microns), dont le régime alimentaire est varié : algues, bactéries, particules organiques.
    – Les copépodes, comportant eux-mêmes deux sous-groupes : les cyclopides, carnivores et susceptibles à ce titre d’exercer leur prédation sur d’autres formes zooplanctoniques et  les calanides, herbivores essentiellement représentés dans les étangs peu productifs.
    – Les cladocères, en particulier les daphnies, organismes filtreurs dont la taille évolue de 0,25 à 3 mm selon les espèces.

    Outre leurs qualités nutritives, ces animaux représentent, à l’instar des populations phytoplanctoniques, des indicateurs précieux de la productivité du milieu. Leur abondance relative, corrélée à l’ensemble des paramètres évoqués précédemment (qualité physico-chimique de l’eau et du sédiment, qualité du phytoplancton), orientera la stratégie de gestion du plan d’eau.

    Différentes espèces de zooplancton :

    Bosmina, daphnie faisant partie de la famille des cladocères.
    Rotifère, plus petite forme zooplanctonique.
    Eudiaptomus, copépode adulte caractéristique des milieux pauvres.
    Nauplius, forme larvaire de zooplancton.


    Les insectes aquatiques

    Les insectes aquatiques font partie intégrante du milieu. Certains sont aquatiques stricts (dytiques par exemple), d’autres ont seulement leur phase larvaire dans l’eau (diptères, éphémères, trichoptères…). Leur présence en nombre est, elle aussi, très importante pour la productivité piscicole du milieu. Elle conditionne de plus la qualité de la pêche, notamment celle des salmonidés à la mouche.
    La plupart des insectes sont herbivores ou détritivores, d’autres sont carnivores. La dynamique du peuplement phytoplanctonique va conditionner leur bonne représentation. A titre d’exemple, de nombreux éphémères se nourrissent des diatomées se développant sur le substrat ou la végétation. C’est après la reprise de la production de diatomées au printemps que l’on retrouve des larves de baetidés de taille facilement observable dans les prélèvements. Avant, elles sont trop petites.


    Les crustacés

    Diverses espèces d’écrevisses peuvent coloniser les étangs. La plupart sont invasives et ont remplacé l’écrevisse à patte rouge qu’elles ont anéantie. Elles sont omnivores mais volontiers carnassières. Elles adaptent leur régime aux opportunités du moment et sont pour certaines essentiellement herbivores. Certaines espèces comme l’écrevisse rouge de Louisiane peuvent miner les berges des plans d’eau et mettre en péril l’étanchéité des ouvrages.
    L’écrevisse rouge de Louisiane, procambarus clarkii, très agressive, nuit à la stabilité des berges et des digues.
    L’écrevisse signal ou écrevisse du Pacifique, pacifastacus lenisculus, est présente dans de nombreux plans d’eau où elle consomme volontiers la végétation aquatique. Elle est facile à identifier avec ses grosses pinces ornées de taches claires bleutées. Vous pouvez commencer à percevoir, à la lecture de ces deux premiers articles, à quel point l’ensemble des compartiments de la chaîne trophique sont interdépendants. Tout déséquilibre dans l’un d’entre eux s’accompagne de perturbations pour l’ensemble. Nous poursuivrons dans le prochain numéro la description de ces différentes composantes de la chaîne trophique en nous intéressant notamment à la végétation aquatique et aux poissons.

  • La chaîne trophique des étangs

    La chaîne trophique des étangs

    Cet article est le premier d’une série qui devrait nous permettre de mieux comprendre le fonctionnement biologique des étangs et autres lacs et gravières et ainsi de mieux les gérer ou, au minimum, de mieux les pêcher. Il a été écrit par deux hommes de terrain habitués à travailler en partenariat sur des diagnostics de plans d’eau. Cette première partie, ainsi que la seconde à venir, aborde la chaîne trophique des étangs. Même si elle présente un caractère un peu austère, elle est un préalable indispensable à quiconque a l’ambition de comprendre le fonctionnement d’une pièce d’eau. La dernière partie s’attachera à décrire des aspects plus pratiques, à savoir la description des principaux dysfonctionnements et de leurs causes, la description des remédiations envisageables pour rétablir une situation d’équilibre.

    Par Jean-Philippe Delavaud et Philippe Collet

    L’étang est, pour certains une étendue d’eau mystérieuse et muette inspirant une forme de mélancolie, pour d’autres un « réservoir à moustiques » trouble et stagnant entouré de roseaux de piètre utilité, ou encore, un milieu envasé et fréquenté par des espèces peu attractives. L’étang, c’est aussi le souvenir des baignades estivales, des parties de pêche au bouchon avec le grand-père, des pique-niques au bord de l’eau. C’est encore des idées de valorisation diverses et variées parfois un peu contre nature. L’étang ne laisse personne indifférent, mais peu d’entre nous comprennent réellement ce qui se passe sous son miroir et sur ses berges. Il peut receler des richesses insoupçonnées ou être complètement stérile, seuls les observateurs les plus avertis feront la différence.
    Les étangs ont un mécanisme de fonctionnement complexe. Il est d’ailleurs difficile de parler d’ »étang » au singulier, tant leurs types sont variés : en effet, le milieu aquatique ne peut être envisagé indépendamment de son contexte environnemental naturel, et le cas échéant des perturbations anthropiques (perturbations liées à l’activité humaine) qui y sont associées.
    Dans un souci de schématisation, on peut toutefois définir trois grands types d’étangs à partir de leur fonctionnement hydrologique :
    – ceux qui disposent d’une arrivée d’eau permanente (source ou cours d’eau), avec un taux de renouvellement variable selon les situations,
    – ceux dont l’alimentation est assurée par le seul ruissellement pluvial sur le bassin versant,
    – ceux en relation avec une nappe alluviale (gravières) ou phréatique.
    Il apparaît d’emblée des profils très différents. Cette première approche est ensuite nuancée par des paramètres de deux ordres :
    – facteurs exogènes (extérieurs), tels que l’altitude, l’ensoleillement, le type de couverture végétale périphérique, la qualité des intrants, la nature géologique des sols, les activités humaines,
    – facteurs endogènes (intérieurs), comme la profondeur, la surface, le peuplement végétal ou piscicole, le cycle hydrologique, le mode de gestion.
    Il ressort de cette vision très synthétique une multitude de situations différentes. Chaque étang est particulier et l’approche de sa gestion nécessite une démarche unique, a fortiori si l’on intègre la dimension essentielle qu’est la vocation qui lui sera dévolue.
    Au sein de l’étang lui-même et en excluant dans un premier temps toute notion d’environnement périphérique, il est possible de séparer un certain nombre de compartiments : l’eau, le sédiment, le phytoplancton, le zooplancton, les macrophytes, le poissons, l’avifaune et les autres espèces animales. Cette fragmentation est volontairement simplifiée, car nous verrons que les niveaux décrits sont étroitement interdépendants dans le cadre de la chaîne trophique (chaîne alimentaire). Nous traiterons de l’eau et du sédiment dans cette première partie.


    L’eau

    Il est inutile de préciser à quel point la qualité de cet élément est essentielle au bon fonctionnement de l’écosystème dans son ensemble. C’est au travers de ses paramètres physico-chimiques que l’on va l’apprécier.
    S’il est évident qu’une eau « pure » est souhaitée dans le contexte particulier de certaines utilisations comme la baignade ou la pêche des salmonidés, les fourchettes de valeur données ci-après sont davantage typiques d’un milieu équilibré au sens biologique du terme, et favorable à ce titre au développement harmonieux de la biocénose (ensemble des organismes vivants).

    La température

    Hormis les plans d’eau alimentés par des intrants (sources) à température constante, généralement froide et avec un fort taux de renouvellement, la température de l’eau d’un étang évolue selon les saisons et les localisations géographiques de 2 à 30 °C. La plupart des espèces autochtones (salmonidés exclus) tolèrent de telles amplitudes thermiques. L’activité des poissons est très réduite en-dessous de 5 °C et les développements trophiques les plus harmonieux sont rencontrés dans une fourchette de 15 à 25 °C. La température est un élément primordial, à la base de la notion de gestion. Toute intervention sur l’étang intègrera ce paramètre.

    L’oxygène

    C’est un autre élément essentiel, dont la teneur dans l’eau est le fruit d’un subtil équilibre intégrant les apports (échanges air-eau, photosynthèse) et les pertes (respiration végétale nocturne, dégradation organique et consommation par les autres composants de la biocénose). Si l’on exclut arbitrairement toute intervention des organismes vivants, l’état d’équilibre optimal est rencontré pour une saturation de l’eau à 100 %. Ce niveau de saturation étant lui-même lié à la température de l’eau et à la pression atmosphérique. A titre d’exemple, à pression atmosphérique constante (760 mm de mercure), la saturation en oxygène est de 14.5 mg/l à 0 °C. Elle descend à 9.1 mg/l à 20 °C, et 7.5 mg/l à 30 °C… L’agitation moléculaire, source de dégazage, augmente avec la température et entraîne donc une baisse du niveau de saturation de l’eau. On rencontre également de façon habituelle des sursaturations en oxygène (150 % et plus), corrélées à une activité photosynthétique intense dans des eaux généralement chaudes. Pour ces raisons, toute mesure brute du taux d’oxygène (en mg/l) doit être rapportée au pourcentage de saturation, donnée beaucoup plus éloquente et donc utilisable. On considère de façon générale qu’un taux d’oxygène de 6 mg/l et plus est optimal pour la vie piscicole. Bien que nombre d’espèces soient capables d’accepter ponctuellement des taux très faibles (2mg/l ou moins sur de courtes périodes). Les salmonidés introduits dans les réservoirs ont des exigences nettement supérieures aux poissons d’étangs.


    Le pH

    Ce paramètre mesure le niveau d’acidité de l’eau. La fourchette considérée comme idéale se positionne dans une gamme de 6,5 à 9, la neutralité se situe à 7. Le pH est étroitement lié à la nature de l’environnement : un sol tourbeux ou une forêt de résineux sur le bassin versant généreront par exemple de l’acidité. Il est aussi lié à la photosynthèse qui au contraire le fait augmenter, à la qualité de l’eau (pouvoir-tampon), etc. De manière générale, toute consommation d’oxygène par les organismes vivants entraîne une diminution du pH (rejet de dioxyde de carbone qui est un acide faible) et à l’inverse toute production d’oxygène (photosynthèse avec consommation du CO2) génère une augmentation de ce dernier. Ceci explique les variations diurnes et nocturnes du pH dans un même étang. Le pH peut être corrigé (notamment lorsqu’il est acide) par des apports extérieurs. Les eaux alcalines (pH basique supérieur à 7) présentent globalement un potentiel productif supérieur. La tolérance des poissons admet des fourchettes s’étendant pratiquement de 4,5 à 10 (à nuancer selon les espèces).

    L’azote

    Cet élément peut être présent dans l’eau sous quatre formes essentielles : ammoniac, ion ammonium, nitrites, nitrates. Résultant de la dégradation des déchets organiques ou du métabolisme des êtres vivants, l’ammoniac est un composé toxique pour les poissons, contrairement à sa forme ionisée (ammonium). Son ionisation est facilitée par des pH acides. Les bactéries naturellement présentes dans le milieu (nitrosomonas et nitrobacter) oxydent ensuite l’azote pour le transformer en nitrites (toxiques, mais cet état est normalement fugace), puis en nitrates valorisables par les végétaux. Cet élément est l’une des bases de la chaîne trophique. La présence d’ammoniac ou de nitrites témoigne soit d’une pollution extérieure, soit d’un déséquilibre du milieu, consécutif classiquement à une surpopulation piscicole et/ou à un défaut d’oxygène.


    Le phosphore

    Le phosphore mérite une attention toute particulière, dans la mesure où il peut être à l’origine de perturbations débouchant sur des déséquilibres importants : en effet, le développement harmonieux des populations phytoplanctoniques (plancton végétal) est conditionné par le rapport phosphore/azote qui se situe idéalement dans une fourchette de 1/4 à 1/10. À défaut, on peut voir apparaître des espèces indésirables de phytoplancton : les cyanophycées, impasses dans la chaîne trophique car peu consommées et potentiellement toxiques (nous aurons l’occasion d’en parler longuement dans les prochains articles).

    Le calcium

    C’est un élément également essentiel pour la productivité primaire (production de phytoplancton). Il est souvent stocké au niveau du sédiment. On retiendra comme base un taux de Calcium (Ca) de l’ordre de 10 mg/l. Son taux permet d’apprécier la dureté de l’eau. Il joue un rôle essentiel dans le piégeage sédimentaire du phosphore.
    Ces divers paramètres ou éléments sont étroitement imbriqués et conditionnent l’équilibre ou le déséquilibre d’un milieu suite à leur utilisation par la biocénose.
    On citera, pour mémoire, un certain nombre d’autres paramètres comme : la conductivité qui lorsqu’elle est élevée constitue un marqueur de pollution, hors cas des eaux fortement minéralisées à l’état naturel ; les Demandes Biologique et Chimique en Oxygène (DBO et DCO témoins de l’altération de la qualité biologique ou chimique du milieu) qui doivent rester dans des gammes basses, ou encore les Matières En Suspension (MES) dont l’augmentation du taux entraîne un phénomène de turbidité (perte de transparence) peu propice au développement harmonieux du phyto- plancton.

    Le sédiment

    Ce second compartiment est essentiel à plus d’un titre. C’est au niveau du sédiment que l’on rencontre les micro-organismes responsables de la dégradation de la matière organique, ainsi que les bactéries impliquées dans le cycle de l’azote. Ces organismes trouvent là un support pour se fixer, se développer. La fine couche productive située à la surface du sédiment, à l’interface avec l’eau, est une véritable « usine à recycler ». Elle est très mince et ne mesure que quelques millimètres mais conditionne le fonctionnement de l’écosystème dans son ensemble.
    Le sédiment est composé d’une fraction minérale : sables, graviers, limons… d’une fraction organique et d’eau contenue surtout dans l’ »éponge » constituée par la matière organique. La matière organique du sédiment est pour partie inerte (issue de la dégradation des feuilles, des herbiers, du phytoplancton et des êtres vivants… tombés au fond de l’eau une fois morts) et pour partie vivante (macro-invertébrés benthiques colonisant le substrat, phytoplancton se développant à la surface du sédiment, bactéries…).
    Nombre d’éléments minéraux cités auparavant transitent par le sédiment où ils peuvent être piégés, c’est le cas en particulier du phosphore et du calcium, puis relargués consécutivement à des variations de paramètres physico-chimiques (augmentation de la température, baisse du taux d’oxy-gène…). Le sédiment est donc loin d’être inerte et il convient de prendre en considération l’importance des transferts qu’il réalise avec l’eau.
    A l’interface du sédiment, les micro-organismes responsables de la dégradation de la matière organique ont besoin, pour la plupart d’entre eux, d’oxygène pour se développer et « travailler », ce qui est le cas en particulier pour les bactéries du cycle de l’azote (qui ont un métabolisme qualifié d’aérobie). À défaut, ce sont des processus fermentaires qui vont apparaître (anaérobiose ou absence d’air), avec leur cortège caractéristique de déséquilibres et de désagréments olfactifs (odeur d’œuf pourri de la vase par exemple).
    Pour être imagé, un processus de dégradation aérobie d’une masse de matière organique est « rapide » et produit, à l’image d’un feu de bois, son petit tas de cendres résiduel, alors qu’un processus anaérobie est très long, ne dégrade rien et transforme la matière organique en une masse imposante de vase ou de tourbe ou, à l’échelle géologique, de charbon ou de pétrole qui ne sera apte à se dégrader qu’une fois de nouveau en contact avec de l’oxygène.
    Au fond des plans d’eau anciens, l’accumulation de matière organique morte génère souvent une anoxie (absence d’oxygène) quasi-permanente. Ce simple constat nous permet par exemple de tordre immédiatement le cou à des pratiques abusives consistant à proposer à des gestionnaires de plans d’eau de recourir, sans autres formes de remédiations, à des cocktails de bactéries aérobies pour réduire l’envasement et dynamiser le milieu en digérant la matière organique. Tout apport de nouvelles bactéries ne représente, dans un tel contexte, qu’un cataplasme sur une jambe de bois, elles ne survivront pas plus que les autres. Si l’on ajoute à cela que certaines préconisations sont faites en l’absence d’analyse permettant de connaître la fraction organique du sédiment, on assiste parfois à des traitements bactériens réalisés sur un comblement d’origine minérale. Dans ce cas, les bactéries sont totalement inopérantes pour dévaser car, même si elles sont boostées, elles ne peuvent toujours pas dévorer les limons, le sable et les graviers ! On trouve enfin dans le sédiment un ensemble d’organismes de petite taille regroupés sous l’appellation de « benthos ». Il s’agit de vers, de crustacés, de larves, de mollusques, dont certains sont détritivores et participent activement à ce titre à la dégradation de la matière organique. Tous ces organismes ont besoin d’oxygène (à des degrés divers) pour se développer.