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Étiquette : Jean-Christian Michel

Le dragage est un “bruit” …
La phrase vous a peut-être échappé. Précédemment, Jean-Christian Michel expliquait dans un article intitulé “Ne draguez plus !” tous les méfaits du dragage de la mouche sur et sous l’eau et surtout du bas de ligne. En écrivant que le dragage est un “bruit”, il trouvait là un moyen adapté à notre compréhension d’être humain de nous faire comprendre à quel point les vibrations sont perçues par les poissons sauvages. Nous lui avons donc demandé de poursuivre sa vision du dragage par cette seconde partie.
Les poissons sont des êtres bizarres. Ils ont des yeux pour voir, des narines pour sentir et des ouïes, non pas pour ouïr, mais pour respirer… De plus, un poisson, selon nos perceptions humaines, c’est muet comme une carpe, on le sait depuis toujours.
Mais même s’ils ne possèdent pas d’oreilles, en sont-ils sourds pour autant ? Certainement pas ! Que les poissons soient sensibles aux vibrations n’est pas une nouveauté. En disant que les vibrations qui atteignent les poissons sont perçues comme un bruit, je ne veux pas dire que ces animaux ont des oreilles (en nos temps de « dangereux » anthropomorphisme, je tenais à le préciser !), mais qu’il existe une dimension d’apprentissage dans la perception de certaines vibrations et dans le sens que les poissons leur donnent : à savoir soit de la confiance, soit de la méfiance. Pour toutes les espèces, les vibrations qui parcourent l’environnement dans lequel elles vivent remontent jusqu’à leur cerveau par l’intermédiaire de la ligne latérale qui court de la nageoire caudale jusqu’au crâne et qui, par analogie, peut être qualifiée d’ « oreille ». Certaines espèces possèdent en plus des pores ou des glandes spécifiques qui sont autant de terminaisons nerveuses supplémentaires pour les informer sur les vibrations produites par leurs proies potentielles.

Truites lacustres en rivière : mode d’emploi…
Certains grands cours d’eau de l’Hexagone sont connus pour leurs remontées de truites lacustres. Celles-ci s’engagent dans la rivière à l’occasion des coups d’eau et sont reconnaissables entre mille. Les pêcheurs locaux les appellent des « blanches », en raison de leur robe. La pêche de ces grosses truites comporte pas mal d’incertitudes, mais une fois que l’on a accroché un de ces poissons surpuissants on ne peut plus s’en passer ! Voici quelques éléments de réflexion pour vous aider à croiser la trajectoire de ces fuseaux d’argent…
Par Jean-Christian Michel
Les « blanches »…Que la truite fario soit un poisson migrateur, c’est un fait au moment de la reproduction, mais c’est également vrai lorsqu’il s’agit de gagner des zones de croissance. Certains spécimens vont se sédentariser et s’alimenter uniquement dans la rivière alors que d’autres vont dévaler jusqu’au lac. Dans les barrages que la fée électricité a vilainement semés un peu partout, ces truites vont trouver un milieu de vie favorable et connaître une croissance rapide, car elles se nourrissent presque exclusivement d’ablettes. Ce comportement piscivore a pour effet de doper leur croissance et de transformer ces farios de rivière en boules de muscles argentées. Elles deviennent alors des truites « lacustres ». Ces poissons ont une robe très claire en raison de leur vie dans le lac. Voilà pourquoi les pêcheurs du cru les affublent du joli qualificatif de « blanches ». Cette coloration n’est pas due à leur origine génétique, car les truites lacustres sont aussi bien de souche méditerranéenne qu’atlantique. En revanche, leurs moeurs presque pélagiques dans les grands lacs confèrent à leurs écailles un éclat surprenant… un peu comme si la profondeur de l’eau se mélangeait à celle du ciel pour produire la curieuse intensité métallique de leurs reflets. Des farios stealhead en quelque sorte ! Même quand elles sont dans la rivière depuis plusieurs semaines, ces truites conservent la marque du lac étalée sur leur robe. Elles peuvent devenir cuivrées avec le temps, mais elles ne perdent pas cet aspect métallique.
Une truite fantasque ?Outre leur taille, la fascination que ces truites exercent sur les passionnés tient au côté difficilement prévisible de leur pêche. Car, pour pêcher les truites lacustres en rivière, encore faut-il qu’elles y soient remontées… C’est un axiome tout bête, mais qui pose pas mal de problèmes dans la pratique. La seule certitude que l’on puisse avoir est que ces truites s’engagent dans la rivière à l’occasion des coups d’eau. Les débits supérieurs à la normale produisent un appel d’eau dans le lac qui réveille le naturel migrateur des farios. Mais n’imaginez pas que ce soit un phénomène mécanique ! Cela peut se produire lors des pluies printanières ou au moment des orages, en été. C’est également le cas au début de l’automne, mais en France la pêche est fermée ! (Allez pêcher à l’étranger !) Il faut suivre l’état de la rivière de façon assez régulière, car les « blanches » apparaissent du jour au lendemain. Leur réputation de truites « faciles » tient beaucoup à cela. Car, quand des poissons « neufs » tout juste remontés du lac prennent possession des postes, ils sont bien évidemment beaucoup plus vulnérables que les poissons sédentaires. Mais cette naïveté d’un moment ne doit pas faire oublier qu’il s’agit de vraies truites sauvages et non pas de poissons de cirque. Leur faculté à s’éduquer est exemplaire, et ce phénomène est d’autant plus rapide que les eaux sont basses. Sur les spots les plus accessibles, ces truites sont matraquées quotidiennement et elles deviennent vite imprenables par les techniques les plus utilisées. La seule solution pour s’en tirer un peu moins mal que les confrères est de ne pas s’enfermer dans une seule pratique. Certaines rivières sont sur-pêchées à la Vibrax n° 4, ailleurs c’est le poisson mort manié qui est considéré comme l’arme fatale. D’autres ne jurent que par les poissons nageurs. Ces techniques « reines » ne valent que le temps de l’accoutumance. En tout cas, il faut pêcher différemment des confrères pour parvenir à intéresser ces truites très sollicitées.
Restez raisonnables…
Dans le choix de l’équipement, il faut prendre en compte la taille moyenne des captures espérées (généralement entre 40 et 60 cm), sans employer pour autant un matériel de saumonier. Les lacustres migratrices peuvent atteindre des mensurations hors du commun, mais on n’accroche pas une truite de 70 cm à chaque tour de manivelle. Aussi la puissance du matériel est plutôt à déterminer en fonction de la puissance de la rivière (et des obstacles) que de la taille fantasmée des captures potentielles. Une canne à poisson mort manié de 2,80 ou 3 mètres et d’une puissance de 15 à 30 grammes convient bien. Il s’agit plutôt d’un modèle pour les pêches légères du sandre que pour le brochet ou le saumon. Coté ligne, dans les cours d’eau puissants mais sans trop d’encombres, on peut utiliser un bon 22 centième nylon. En revanche, dans les rivières torrentielles, les frottements contre les blocs sont fréquents et une truite de quelques livres a vite fait de s’appuyer sur le courant pour dévaler. L’emploi d’une bonne grosse tresse en 12 centièmes peut alors être très utile. Surtout si vous employez des leurres qui aiment bien se coincer entre les blocs, comme ces merveilleux poissons nageurs « new age » dont le prix du gramme de plastique suscite bien des pensées quand le fil vole mollement au vent après une casse…
Quelques touches de finesse dans une pêche de brutes…Dans les grandes rivières, je suis un inconditionnel de la pêche vers l’aval, pourvu qu’il y ait suffisamment de courant. Que l’on procède aux leurres ou au poisson mort manié, cette approche a le mérite de ne jamais couvrir le poisson avec le fil, à condition que l’on prospecte de façon raisonnée en allongeant progressivement les dérives. Une truite qui est surprise par la vue du leurre, plutôt que prévenue de son arrivée par le sillage du fil, a beaucoup plus de chances de ne pas inhiber ses réflexes d’attaque. De plus, en procédant ainsi on peut se permettre d’utiliser un diamètre de corps de ligne confortable, car la truite ne voit le fil qu’une fois qu’elle est pendue à l’hameçon ! Pour accentuer cet effet de surprise, il est bon de présenter le poisson mort ou le leurre selon un angle le plus fermé possible. L’idéal serait de pêcher plein aval. Dans les grandes rivières homogènes, c’est rarement possible et on ne peut pas procéder autrement qu’en peignant le cours d’eau par de larges dérives en arc de cercle. En revanche dans les rivières plus étroites et dès que les postes sont suffisamment dessinés, il ne faut pas s’en priver. Il est alors payant de faire le pari que l’on sait précisément où se tient postée la truite et de présenter le leurre légèrement en amont de son poste. Le but de cette manoeuvre est d’inciter la fario à avancer pour prendre plutôt que de la contraindre à se retourner pour poursuivre l’appât. Lorsque nous pêchons en lancer-ramener de façon presque aveugle et linéaire et qu’une truite vient se prendre toute seule, on ne sait ja-mais combien on en a callé d’autres avant elle.
Tout ceci peut paraître bien théorique. Mais, souvent, la finesse réside plus dans la façon de procéder que dans le diamètre du fil. Avant de chercher à déclencher une attaque (par un leurre « irrésistible »), il vaut mieux faire en sorte de ne pas effrayer le poisson ! La prospection vers l’aval présente également la possibilité de maintenir le leurre ou le poisson mort de façon rectiligne, nez vers l’amont, comme c’est le cas des proies vivantes. Comme toutes les truites sauvages, les « blanches » s’éduquent rapidement et, quand elles ont été vaccinées pour avoir poursuivi un leurre qui coupe perpendiculairement les veines d’eau, elles ne commettent pas deux fois la même imprudence.
Poisson mort, poisson nageur, ondulante & CoCes repères étant posés, on peut se pencher de façon plus sereine sur le choix du mode de pêche. La taille des leurres (ou poissons morts) doit être comprise entre 7 et 10 cm. Les truites de lac sont habituées à ingurgiter des ablettes de taille bien plus importante, mais les leurres ou appâts trop volumineux sont source de décrochages.
La proie proposée doit être suffisamment intéressante pour que la truite décide de se déplacer, mais il faut également que celle-ci soit gobée franchement afin que les hameçons accrochent. En tout cas, prenez soin d’équiper vos leurres de triples solides, mais ultra-piquants (les ST 21 et ST 36 de chez Owner sont excellents pour cette pêche). Les traqueurs de « blanches » opèrent souvent au poisson mort manié, au poisson nageur ou à la cuillère ondulante. Les grosses cuillères tournantes (numéro 3, 4 ou 5) ont leurs adeptes, mais elles provoquent un vrillage désagréable en pêche aval dans les forts débits. Les facteurs qui vont guider le choix du leurre ne sont pas liés (à mon sens) à une « attractivité » intrinsèque du leurre mais à ses qualités pêchantes, à sa façon de « passer » dans les veines d’eau. Tout ceci est directement commandé par les faciès d’écoulement du cours d’eau. En rivière large et homogène, on peut utiliser une ablette montée sur une bonne vieille godille et effectuer des dérives en arc de cercle. Les poissons nageurs bruiteurs et peu plongeants de type Squad Minnow, avec leur nage très chaloupée, font bouger les truites de loin. C’est un détail qui n’est pas négligeable lorsqu’il s’agit de peigner des pools où les postes sont indistincts et où il est nécessaire d’attirer l’attention des salmonidés d’assez loin. Dans ce cas de figure, les bonnes vieilles ondulantes assez lourdes de type Toby (Abu) en 12 ou 20 grammes sont également tout indiquées. Ce type de leurre est rarement employé chez nous. Pourtant, même si nos cours d’eau sont plus modestes que les énormes rivières scandinaves pour lesquelles elles ont été conçues, ces ondulantes sont particulièrement efficaces sur les truites lacustres.
Dans les cours d’eau au régime plus torrentiel, les lacustres se cantonnent surtout dans les fosses et derrière les gros blocs. On peut les débusquer avec des poissons nageurs lipless très denses, ou même avec certains cranckbaits, sans exagérer leur taille. Les modèles les plus élancés comme les Smith DD Panish en 7 cm sont tout indiqués car leur silhouette n’offre que peu de résistance à la force du courant. Sur ces mêmes cours d’eau chaotiques, certains habitués ne jurent que par le poisson mort manié. Ils utilisent des montures très plombées et recherchent les truites d’autant plus près du bord (parfois juste sous la canne…) que la rivière est encaissée. Ces pêcheurs sont avares de lancers, mais ils savent précisément contre quels blocs il faut pêcher et ne perdent pas de temps à peigner l’eau. A les écouter, ils ne prennent jamais rien. Même quand une caudale large comme la main dépasse de leur sac à dos ! Comme tous les pêcheurs de grosses truites, les traqueurs de « blanches » ont médité la sagesse chinoise : ils savent que plus on est de fous, moins il y a de riz… Alors ils préfèrent rester discrets. Ne leur en voulez pas trop, car ces grandes truites sont un peu leurs saumons intérieurs…
Nymphe à vue : à quel niveau solliciter les poissons ?
La question peut faire sourire : a-t-on vraiment le choix ! Et que l’on ait le choix ou non, le bon sens n’est-il pas de solliciter les truites au niveau où elles se trouvent et se nourrissent ? Vrai, mais pas toujours…
Par Jean-Christian Michel
Dans la pratique les choses peuvent être suffisamment compliquées pour s’estimer assez heureux lorsque la truite parvient à voir notre nymphe…Vitesse du courant, profondeur, couvert végétal, visibilité réduite sont autant de facteurs qui limitent notre marge de manoeuvre dans le choix d’une stratégie permettant d’intriguer un salmonidé et de l’inciter à prendre. Quand la truite a l’humeur légère (ça existe encore ?), la nymphe peut se trouver à son niveau, à ras du fond ou presque en surface, et si elle a envie de s’en saisir, elle se déplacera pour ramasser votre tortillon de plumes là où il se trouve. Dans une saison, ces journées fastes se comptent sur les doigts d’une main et l’éducation des farios peut nécessiter la mise en oeuvre de stratégies différentes afin de tromper leur méfiance. On peut miser sur une nymphe miracle (celle qui bouge les pattes comme une danseuse de french cancan et fait saliver les vieux bécards), on peut également utiliser le dernier fluorocarbone à 30 euros les 10 mètres… mais on s’apercevra vite que certains pêcheurs réussissent aussi bien avec un bon vieux pole fishing et une phaesant tail famélique… Indice que l’essentiel n’est peutêtre pas autant dans le matériel que dans l’oeil et la main du pêcheur. La plus grande satisfaction de la pêche à vue est d’arriver à identifier le comportement des truites pour, en fin de compte, parvenir à les provoquer. Il existe certainement des Konrad Lorenz de la truite fario, mais ceux que je connais n’ayant pas laissé de somme scientifique je me bornerai seulement à quelques observations empiriques.
La truite “facile”
Imaginons un cas idyllique : une fario se tenant dans un courant régulier et faisant des écarts à droite et à gauche pour intercepter ses proies. Si la nymphe attire son attention sans que le pêcheur ait fait de faute auparavant, cette truite peut prendre à tous les étages, avec en priorité tout ce qui monte devant son nez, comme c’est le cas lors de l’ascension des nymphes. On aura tout intérêt à présenter court afin de régler progressivement nos dérives sans l’effrayer. Attaquée ainsi, il y a de grandes chances que la truite s’avance nettement pour prendre, indication précieuse pour déclencher le ferrage peu après son arrêt. Or, tout le monde pêche ainsi, en allant au plus simple. Et dès que la zébrée se sera fait piquer le bout du nez, elle deviendra vite moins curieuse. Il faudra alors que votre nymphe arrive sur elle de façon très précise, sans dragage et avec la légèreté d’une proie naturelle pour parvenir à la tromper…
La truite “occupée”
Souvent les truites se nourrissent uniquement sur le fond. C’est le cas quand elles picorent entre les galets les gammares d’avril. Elles peuvent se déplacer nettement, se retourner, même, pour saisir les bestioles qui partent dans leurs dos, mais il faut impérativement pêcher à ras du fond et il y a peu de chance qu’une nymphe présentée à l’étage supérieur les intéresse tant la cueillette est facile sur le fond. Autre cas, celui de ces farios qui se nourrissent uniquement tête en bas, et non plus légèrement audessus. Quand une truite est sur les escargots d’eau ou sur les nymphes nageuses qui se faufilent entre les galets, la pêche peut devenir très énervante, car si votre leurre ne sort pas des galets à moins de 20 centimètres de sa tête il y a peu de chance qu’elle le voie. La précision est une fois de plus indispensable. Une petite nymphe assez plombée peut se révéler prenante si on parvient à pêcher “au coup de fusil”, c’est-à-dire en posant la nymphe au fond et en effectuant un aguichage marqué mais de faible amplitude. Ce saut de puce doit être réalisé juste devant le nez de la fario pour être efficace… plus facile à dire qu’à faire !
La truite “indifférente”
Hauteur d’eau importante, courant nul et truite apathique, pendue entre deux eaux ou bien posée sur le fond… la guerre des nerfs peut commencer ! La tentation est grande de lancer presque sur le poisson et de faire descendre le leurre à son niveau… Or, en procédant ainsi, l’impact de la nymphe et son immersion se font dans le champ visuel de la truite… le pire que l’on puisse faire ! Il n’existe pas de solution miracle, mais on a tout intérêt à essayer de pêcher ce poisson en surface et assez loin de sa tête. Le but est que la dérive de votre nymphe soit très lente et s’arrête au moment où elle entre dans le champ visuel du poisson afin de ne pas lui laisser le loisir d’inspecter le leurre sous toutes ses coutures. Il arrive parfois que la truite se réveille et démarre franchement comme lorsqu’elle monte du fond pour cueillir un insecte esseulé avant de replonger aussitôt pour continuer sa sieste. Dans tous les cas, le plombage des nymphes est à effectuer au plus léger, sauf cas particulier (micro-nymphes, pêche dans des profondeurs inhabituelles…).
Pour que l’artificielle coule facilement, on privilégiera des modèles de type phaesant tail ou quill de paon ébarbé avec des cerques très clairsemés réalisés en pardo. En revanche, si on souhaite que la nymphe reste pendue dans la veine d’eau et plane sans draguer, on privilégiera les modèles duveteux ou de type oreille de lièvre. Enfin, lors d’une dérive, une fois que la nymphe a atteint la profondeur désirée grâce à un posé détendu, il est possible d’arrêter son enfoncement en tendant légèrement la soie… à utiliser avec parcimonie, sous peine de dragage !
Nymphe à vue hors des sentiers battus…
L’esprit et les techniques de la pêche en nymphe à vue sont les mêmes en petite qu’en grande rivière. En revanche, tout le monde n’a pas la possibilité de pêcher régulièrement la basse rivière d’Ain, la Loue ou le Doubs franco-suisse… Des cours d’eau plus modestes (et pas toujours des “chalk streams”) peuvent également être prospectés par cette technique à condition de faire preuve d’un peu d’imagination et de s’adapter aux contraintes spécifiques à ses rivières. Certains petits cours d’eau voient dériver des phaesant tails depuis vingt-cinq ans et les truites n’y sont pas plus faciles qu’ailleurs… Ils concentrent en outre les difficultés que l’on rencontre en grande rivière en termes de discrétion et de présentation et nous forcent à nous recentrer sur l’essentiel… faute de place ! Voyage au pays de Gulliver nympheur.
Par Jean-Christian Michel
Présentation aval, longue pointe et nymphe légère, voici les fondements communs à la pêche de tous les cours d’eau. Il n’y a rien à retrancher à cela. Mais des adaptations techniques et stratégiques peuvent se révéler nécessaires… car les petites rivières ne se pêchent pas uniquement à l’arbalète !
Petites rivières de plaineLes truites de ces cours d’eau n’ont pas la possibilité de se réfugier au milieu de la rivière, hors de distance de tir, pour échapper aux pêcheurs. Elles peuvent seulement se cacher sous les berges creuses (là où EDF n’est pas parvenu à détruire la totalité de la capacité d’accueil du cours d’eau…).
Mais ces pauvres farios reçoivent un coup d’arbalète sur le bout du nez dès qu’elles en sortent.
Il en résulte que ces poissons sont très éduqués à ce procédé et deviennent vite imprenables ainsi, même si on les approche en rampant, avec une tenue de camouflage ou à l’aide de quelque autre ruse indigne d’un père de famille respectable. Pour tromper la vigilance de ces truites de bordures hyperstressées, il est nécessaire de les attaquer de plus loin.Prenez de la distance
Pêcher de loin des truites qui se tiennent près du bord n’est paradoxal qu’en apparence. Un bon garde-fou est d’imaginer un cercle de deux ou trois mètres de rayon dont le poisson serait le centre et de se dire qu’il est interdit d’y faire percuter une nymphe à la surface, aussi légère soit elle. C’est une évidence en grande rivière, mais dans les petits cours d’eau la végétation et le faciès de la rivière nous incitent souvent à “taper court” et à surplomber nos nymphes, choses que ces truites ne pardonnent pas. Nous avons tous, un jour ou l’autre, échoué devant cette truite positionnée juste sous notre scion et qui ignorait nos nymphes en restant raide comme un garde de Buckingham… jusqu’à ce qu’un sillage du fil à la surface ou une branche qui craque ne la fasse fuir. Or, le même poisson était capable de faire des écarts d’un mètre pour s’alimenter quand nous l’observions de plus loin… Il faut respecter ce cercle virtuel dans lequel la truite est en confiance et, surtout, ne pas essayer de lui amener la nymphe dans la gueule, mais au contraire l’inciter à se déplacer pour prendre. On se placera donc bien en amont du poisson et on l’attaquera au moyen d’un lancer conventionnel et d’une nymphe non plombée afin que celle-ci s’approche du poisson sans avoir percuté la surface. Les truites de bordure retrouvent alors plus volontiers leur curiosité naturelle.
Attention au dragage
Lorsque la truite est postée plus au large, il est important de déterminer sur quelle rive le courant “porte” le plus afin de prévoir son posé et sa dérive sans jamais dépasser la veine la plus puissante, sous peine d’accentuer le dragage. Dans les zones calmes, cela n’est pas évident au premier coup d’oeil.
La veine à ne pas dépasser se trouve souvent du côté de la berge la plus abrupte ou au milieu de la rivière, quand son cours est homogène. Ici comme ailleurs, le syndrome poussant à vouloir attaquer le poisson sur la rive d’en face fait des ravages ! Cet élément est important à prendre en compte afin de déterminer la meilleure rive pour attaquer la truite, alors qu’en grande rivière ce point est d’autant moins crucial que le lit de la rivière est large, et son cours homogène.
Un bas de ligne très maniablePour ces pêches de bordure, je troque souvent mon bas de ligne progressif de 10 cm en 10 cm pour un modèle plus ramassé au niveau du talon, mais avec une pointe toujours aussi longue. Le but est de parvenir à fouetter facilement avec seulement un ou deux mètres de soie sortie. On me dira, avec raison, qu’il est possible avec un modèle traditionnel et une nymphe légère de fouetter le bas de ligne, sans sortir de soie… mais, quand on est dans les ronces jusqu’au cou et que le moindre battement de canne met le poisson en alerte, il est rassurant de poser son bas de ligne sans gesticuler comme un Xerxès fouettant les eaux… Le bas de ligne en question n’a rien d’extraordinaire, mais il convient assez bien à cette pêche à courte distance.
Sa formule est la suivante :
25 cm de 40 %
30 cm de 35 %
45 cm de 30 %
60 cm de 25 %
75 cm de 17 %
270 cm de 12 %soit, au total, à peine deux longueurs de canne.
L’ensemble ne monte pas volontiers dans les anneaux et possède une dynamique aléatoire à grande distance, mais il permet de poser en paquet à courte distance d’un simple coup de poignet, chose que je juge plusutile dans les circonstances qui nous intéressent. A vous de juger ! Cette façon de procéder peut se transposer en grande rivière pour pêcher les berges abruptes et encombrées par la végétation, car, contrairement à ce que croient les accros du wading, les truites ne sont pas toujours au beau milieu de la rivière…Alerte maximale
Bien évidemment, sur ces petits chalk streams, il est interdit de tremper un seul crampon de cuissarde dans l’eau, sous peine de ne jamais voir une truite digne de ce nom. Le pêcheur doit également se tenir très en retrait de la rive, poser le minimum de soie sur l’eau (il est également bon de sous-charger la canne avec une soie plus légère que prévu par le fabricant afin de gagner en discrétion, ce n’est pas un handicap dans cette pêche à courte distance). Enfin, lors des déplacements, on s’approchera toujours de la rivière de façon perpendiculaire, sans jamais longer le cours d’eau, ni pour monter ni pour descendre. Précautions cruciales par eaux basses…
Pêche à vue… mais pas seulement dans les chalk streams !
D’abord, une remarque particulièrement puissante : pour pêcher à vue, il faut y voir. Ce n’est pas le faciès d’écoulement de la rivière mais la clarté de l’eau qui est la condition sine qua non. Aïe, un égaré, se dit alors l’homme d’entendement, il va nous faire le coup de la nymphe à vue en torrent ! Non, pas vraiment…enfin, si ! Connaissez-vous quelqu’un qui est capable de transformer en quelques minutes un superbe torrent vert en vilaine flaque marron… ? Mais EDF, bien sûr ! Il n’y a qu’à fermer les vannes du barrage quand monsieur le Préfet décide qu’il n’y a plus besoin d’eau pour les rafteurs et, si vous avez la chance d’être là avant que le troupeau des randonneurs aquatiques ne vienne piétiner les aprons, alors vous avez la possibilité de pêcher à vue des truites qui voient rarement passer des nymphes légères. (Toute ressemblance avec un torrent vert de Provence serait vraiment fortuite, ndlr.) Vous comprendrez qu’en passant de 20 m2/s à 0,5 m2/s, les cours d’eau changent drastiquement de faciès ! La pêche à vue devient alors possible sur des rivières inatten-dues, même s’il est vrai que le nombre de postes intéressants à pêcher par notre technique est souvent limité. Ces parcours sont en revanche très chaotiques (rochers, falaises, failles, vasques…) et il est rare de pouvoir effectuer de longues dérives dans un courant homogène. La pêche n’y est pas très académique mais elle mérite parfois qu’on s’y attarde.
Les truites ne sont jamais très loin de leur refuge et il convient de les pêcher sur des dérives assez courtes et de préférence en surplomb, afin que le bas de ligne ne soit pas capté par des petits courants qui empêchent la nymphe de couler. On comprend vite que la transparence est en fait tissée d’une multitude de veines d’eau et qu’il faut être une truite pour s’y faufiler ! Afin d’aider la nymphe à couler, on misera plus sur un coup de patte vif et sur la longueur de la pointe et de la cloche formée par celle-ci que sur un posé détendu sur toute la longueur du bas de ligne. Sans employer pour autant des nymphes casquées, il peut-être en revanche nécessaire d’utiliser des modèles plombés à 10 tours de fil de plomb 0,20 mm.
Côté bas de ligne, un modèle progressif habituel (premier brin du talon réalisé avec 45 cm de 40 %) convient bien, mais selon le faciès de la rivière il peut être intéressant de raccourcir le porte-pointe afin d’accentuer l’effet de cassure entre le talon et la pointe lorsqu’il devient nécessaire de faire taper les nymphes, lors de dérives assez courtes. Peu académiques, ces pêches hors des sentiers battus réservent parfois des surprises de taille…
Ne draguez plus !
Le dragage ne passionne ni les entomologues, ni les as du fly-tying, et pourtant c’est bien lui qui devrait occuper les pensées du pêcheur à la mouche en été… Dragage de la soie, du bas de ligne et de la nymphe sont autant d’épouvantails pour un poisson sauvage.
En trahissant ce qui sépare le naturel de l’artificiel, le dragage nous rappelle à notre condition de pauvres pêcheurs, nous qui voulons imiter la nature et faire dériver une nymphe comme si elle était seulement mue par ses contorsions et par la petite bulle de gaz qui l’entraîne vers la surface, portée par le courant, ballottée par les remous.
Nous aimerions que la truite s’intéresse à notre proie comme un ami s’intéresse à nos attentions, et voilà ce maudit bout de fil qui se raidit pour nous ramener au sens des réalités : nous ne sommes que des hommes et notre mouche n’est qu’un leurre. La nymphe drague, puis c’est au tour du fil, à moins que ce ne soit l’inverse, et c’est le refus. Vous voilà seul sur le radier avec votre canne, vos illusions, et votre bas de ligne qui traîne dans le courant en esquissant comme un au revoir.Qu’est-ce que le dragage ?
Tout ce qui empêche notre nymphe artificielle de dériver comme une proie naturelle, pour la bonne raison qu’elle est entravée par un fil. Les causes peuvent être multiples, la sanction est toujours la même : le poisson refuse de coopérer. Une soie ou un bas de ligne trop tendu, un modèle de nymphe trop lourd ou trop léger, une animation exagérée ou prématurée, un angle d’attaque mal choisi, voici autant de causes directes qui vont écarter notre leurre de la façon dont évoluerait une proie vraisemblable.
Lorsqu’on pratique la pêche en nymphe à vue, on ne sait pas toujours ce qu’il faut faire pour décider une truite à mordre, en revanche il y a deux vérités absolues : la première est de ne pas trop se faire voir et la seconde est d’essayer de trouver ce qui va l’intéresser sans jamais draguer ! Ensuite, si ces conditions sine qua non sont pas remplies, tout peut arriver ! Le dragage peut se traduire de façon visuelle. Nymphe qui coupe les veines d’eau sous la contrainte du fil, ou qui coule perpendiculairement au relâcher.