Votre panier est actuellement vide !
Étiquette : ifremer

Le Centre Ifremer Méditerranée s’ouvre au public
L’Ifremer organise des journées portes
ouvertes au Centre Ifremer Méditerranée les samedi 21 et dimanche 22 mai à La
Seyne-sur-mer, dans la zone portuaire de Brégaillon. Expos, conférences et
ateliers animés par des scientifiques attendent tous les amoureux de la mer,
curieux de percer les mystères de la grande bleue. Lors de sa première édition
en 2007, cet événement a attiré plus de 5000 visiteurs.Renseignements :
wwz.ifremer.fr/mediterranee/jpo_2011
L’Ifremer persiste et signe : les pêcheurs récréatifs français auraient capturé 5 600 tonnes de bars en 2009
Et comme en 2008, après la première “étude” de cet institut visant à
établir un premier état des lieux en ce qui concerne l’activité des
pêches récréatives au plan des captures, nous reposons la question : de
qui se moque l’Ifremer ?Par Pierre Affre
Cette nouvelle enquête publiée en 2010, montrerait que les pêcheurs récréatifs et sportifs, prendraient non pas autant, mais plus de bars (5 600 tonnes contre 5 000 t) que les professionnels. Oui, vous avez bien lu, les “pélagiques”, bolincheurs, fileyeurs, chalutiers et ligneurs ne feraient pas le poids, question prélèvements, face à l’armada des pêcheurs à la ligne.
Ici, un petit retour en arrière s’impose, car la première enquête diligentée par un institut aussi prétendument sérieux, savantissime, célèbre et célébré qu’Ifremer fit l’effet, lors de sa publication il y a trois ans, d’un véritable pavé dans la mer, éclaboussant nos certitudes de pêcheurs amateurs à la ligne. Alors que nous pensions capturer, quand il y en avait encore un peu, disons jusqu’à il y a une dizaine d’années, peut-être entre 2 et 5 % en tonnage de ce que prélevaient les professionnels, voila qu’Ifremer nous apprenait que nous en prenions au moins autant que ces derniers…
Et cette enquête arriva à point. Rappelonsnous, le Grenelle de la mer était dans les tuyaux de monsieur Borloo, on parlait beaucoup de gestion durable de la ressource, des stocks de poissons qui déclinent et les marins pêcheurs étaient drôlement dans le collimateur des WWF, Greenpeace et d’autres ONG qui les tenaient pour responsables de cet appauvrissement. Mais, attention, même s’ils pillent la mer tant qu’ils le peuvent, les marins pêcheurs ne s’enrichissent pas pour autant et même, pour la grande majorité d’entre eux, s’appauvrissent, de plus ils font un métier harassant, dangereux, et se lèvent tôt… Cette enquête Ifremer tomba donc au bon moment et arrangea bien les politiques : “S’il n’y a plus de bars, de maquereaux, de dorades, ce ne sont pas vous, les honnêtes travailleurs de la mer, qui en sont responsables, mais les gentils pêcheurs amateurs, récréatifs, sportifs qui en sont coupables…” Les résultats de cette enquête Ifremer 2006- 2007 provenaient d’un sondage de l’Institut BVA qui avait fait interroger 20 000 ménages par téléphone à travers toute la France.Ménages ou familles, dont les neuf dixièmes des membres n’avaient jamais vu un bar et n’en avaient sûrement jamais mangé non plus (vu son prix, même quand il est d’élevage). Néanmoins, ce sondage Ifremer/BVA concluait que “la part des ménages comprenant au moins un pêcheur de loisir en mer en 2005 (c’est-à-dire ayant réalisé au moins une sortie de pêche en 2005) s’établit à 6,7 %, avec en moyenne 1,57 pêcheur de 15 ans et plus par foyer. Au total, 5,1 % de la population française âgée de 15 ans et plus pratiquent la pêche de loisir en mer.” Admirons la précision des chiffres. Et de poursuivre : “L’enquête a permis d’établir le profil des pêcheurs de loisir en mer.
En métropole, ce profil se caractérise par :
• Une très large surreprésentation des hommes (82 %)…” Sans passer 20 000 coups de téléphone, on sait qu’en France, tant pour la chasse que pour la pêche, les effectifs pratiquants féminins se situent dans une fourchette de 5 à 15 % maximum… “• Un âge plus souvent situé dans les tranches intermédiaires (84 % de 25 à 64 ans).” Encore un résultat surprenant et, remarquons-le ici, d’une précision “tupéfactionnante” : 84 % de 25 à 64 ans… Là encore, pas besoin d’analyser 20 000 coups de fil pour savoir qu’autour de 80 % des pêcheurs récréatifs sont des hommes qui ont entre 25 et 65 ans… Au pifomètre, nous devrions obtenir à peu près les mêmes chiffres, pour la chasse, la pétanque ou le vélo… “• Une surreprésentation des cadres, professions i n t e r m é d i a i r e s e t employés (34 %).” Là encore, admirons la fabuleuse perspicacité des enquêteurs. Il serait très étonnant, vu leur représentation dans la société française actuelle, qu’on ait trouvé surtout des agriculteurs, des mineurs de fond et des grands invalides de guerre.
“• Une représentation deux fois plus importante en zone littorale (essentiellement en Bretagne, Basse-Normandie et dans les Pays de la Loire) que sur le reste du territoire.” Alors là, bravo et triple hourra pour Ifremer et BVA : arriver à la conclusion qu’il y a au moins deux fois plus de pêcheurs récréatifs en mer, sur nos côtes, plutôt qu’au coeur de l’Auvergne ou du Limousin…, il fallait le trouver et surtout oser le dire et le publier… 15 000 foyers interrogés par téléphone. Par rapport à l’étude de 2006-2007, l’enquête Ifremer 2010 n’apporte rien de bien nouveau, sinon…. 600 tonnes de plus ! Le but de cette étude “affinée” étant toujours de mieux cerner l’impact, essentiellement via les captures, que la pêche récréative peut avoir sur les ressources marines, et notamment les stocks de bars, de maquereaux, de lieus et de quelques autres espèces.Cette fois, ce sont 15 000 foyers qui ont été interrogés par téléphone, en deux vagues, juin et novembre 2009. Les interviews duraient une dizaine de minutes et étaient exclusivement centrées sur la pêche récréative, et notamment celle du bar. L’échantillon, bien évidemment représentatif, comme disent les sondeurs, concernait les foyers des départements des façades Atlantique, Manche et mer du Nord. Au total, 460 pêcheurs de bar ont ainsi été “interviewés”.
Par extrapolation, Ifremer a ensuite estimé à 229 000 Ie nombre de pêcheurs de bars parmi les habitants des départements littoraux, soit 1,8 % de cette population.
Toujours par extrapolation et en réutilisant les réponses obtenues au plan national en 2006-2008, Ifremer conclut à un chiffre global de 2,5 millions de pêcheurs récréatifs en bord de mer (en y incluant… la pêche à pied). Au passage, nous aimerions un peu plus de précision : a-t-on inclus dans les pêcheurs récréatifs les parents qui en été accompagnent leurs bambins à la plage pour pêcher une poignée de crevettes grises et ramasser trois bigorneaux ? Où cela devient plus intéressant, c’est quand on apprend que, toutes pratiques confondues, les pêcheurs récréatifs français capturent annuellement sur notre littoral 24 500 tonnes de poissons (y compris les crevettes grises et les bigorneaux…).L’étude “affinée” des carnets de pêche remplis par les volontaires (combien ? on ne nous le dit pas) pêcheurs de bars aboutit pour cette espèce à une estimation, “extrapolée sans doute”, de 5 600 tonnes. Pour les autres espèces, maquereaux (3 600 t), lieus (3 500 t), crustacés (1 600 t) et céphalopodes (1 000 t), les enquêteurs ont dû, là encore, drôlement « extrapolationner », comme auraient dit les Pieds Nickelés… Quand on connaît un peu la mentalité des pêcheurs, surtout de bars, comment, même en épluchant 100, 200 ou 300 carnets de pêche de volontaires, peuton croire aboutir à un résultat autre que fantaisiste. Il est évident que les très bons pêcheurs amateurs (il en existe et même, pour certains, qui vendent leurs poissons) ne vont rien divulguer de leurs captures.
Jusque vers le milieu des années 70, du bar, il y en avait partout sur nos côtes. Pour s’en persuader, il suffit de lire les articles ou de regarder les « unes » des magazines halieutiques de l’époque.Pourquoi Ifremer n’a pas interrogé les guides ? Les statisticiens du département d’économie maritime du Centre de Brest auraient appris beaucoup plus en interrogeant directement une trentaine de guides professionnels de pêche sportive qu’en faisant passer, par BVA, 15 000 coups de téléphone à des ménages. Tous les ans, en fin d’année, les guides “correspondants” du magazine Pêche en mer établissent un bilan de leur saison. Et comme la plupart sont de très bons professionnels qui passent en moyenne plus de 200 jours sur l’eau à traquer en priorité le bar, ils sont les mieux placés pour connaître, chacun dans leur zone, l’état de la ressource. Le bilan de la saison 2010 est édifiant, pour ne pas dire terrifiant. Partout, de Boulogne à Bayonne, en passant par Dieppe, le Cotentin, la Bretagne, la Vendée et les Landes, les captures se sont effondrées.
Et les ligneurs, pourquoi Ifremer ne les a-t-elle pas interrogés ? La centaine d’adhérents regroupés dans le syndicat des “ligneurs de la pointe Bretagne” publient eux aussi tous les ans, en fin d’année, sous forme d’un communiqué de presse, un bilan de leur saison. En 2009 ce bilan faisait état d’une baisse de 40 % par rapport à 2008. En 2010 par rapport à 2009, la baisse enregistrée est encore plus importante : 50 %… Et il ne s’agit pas là de statistiques fantaisistes, mais de chiffres de vente relevés en criées.Les échos sont analogues du côté des ligneurs de la Manche comme de ceux du golfe de Gascogne. C’est bien tout le stock de bars qui est touché. Le constat est amer, et les inquiétudes d’autant plus grandes qu’après la disparition constatée depuis plusieurs années des gros géniteurs, ce sont maintenant les tranches d’âge des jeunes poissons qui sont également touchées par cette raréfaction. Les ligneurs professionnels comme les pêcheurs récréatifs dénoncent depuis plusieurs années les pillages, razzias, massacres de bars effectués tous les ans entre janvier et mars sur les frayères. Ils ont exprimé leurs craintes auprès d’Ifremer, au regard de cette pression de pêche sans cesse croissante opérée par les chalutiers pélagiques pendant la période de reproduction de l’espèce.
Limités à cinq tonnes de bars par semaine et par bateau (non pas pour protéger la ressource, mais pour éviter que les prix ne s’effondrent), les pélagiques prennent en fait beaucoup plus.
A Cherbourg comme à Roscoff, ports les plus proches des zones de frayère Manche Est et Manche Ouest, tout le monde sait, sauf peut-être Ifremer, qu’existe sur les quais de ces villes un vaste système de débarquement occulte de bars. D’après un observateur, à Roscoff, 80 à 90 % des bars pillés sur les frayères ne passent pas par la criée et sont débarqués directement dans des semiremorques garés sur un quai destiné normalement aux cargos.
Alors, quand Ifremer affirme que les pêcheurs récréatifs prennent plus de bar que les professionnels, nous pouvons légitimement nous poser des questions sur la compétence de cet institut scientifique, à moins que ce ne soit sur sa collusion avec le monde de la pêche professionnelle, ou les deux à la fois.
HARO SUR LE BAR
Haro sur le bar Vous avez aimé “L’Extermination des thons”, vous adorerez “Le Massacre des bars”. La dernière superproduction des studios de l’Apocalypse est en cours de tournage sur les frayères hivernales, où la bêtise humaine conspire à la décimation du poisson préféré des Français. C’est en quelque sorte le making of de ce carnage que FR3 Bretagne a proposé fin novembre à ses téléspectateurs dans l’une des meilleures enquêtes jamais réalisées sur le sujet du bar. Il y a du “Mondovino” dans le film de Erwan Le Guillermic et David Morvan, réalisé par Aligal Production.
par Vincent Lalu
Haro sur le barest l’un de ces réquisitoires dont la force vient de la rigueur de la construction et du sérieux de l’enquête.Pas de grandes phrases ni de grandes envolées, juste une série de témoignages dont l’agencement contribue à l’efficacité de la chronique de cette tragédie contemporaine.Tout le monde a la parole. Les bourreaux, leurs complices, ceux qui parlent au nom des victimes et, pour la première fois, tous paraissent d’accord : si cela continue, le bar est foutu. Le constat d’abord avec un ligneur de Sein, un endroit où voici peu on ignorait le sens du mot bredouille : ce qu’il a pris dans la saison tient sur les doigts d’une main.Ailleurs c’est pareil : soit les poissons ont disparu, soit ils sont plus petits qu’avant, bien plus petits. On passe aux coupables, bolincheurs (qui se sont rabattus sur le bar parce qu’ils étaient interdits d’anchois) ou chalutiers spécialistes des razzias sur les concentrations de poissons, et donc sur les frayères des bars en hiver. Ceux-là ont, paraîtil, droit à dix tonnes par semaine. Ils les respectent, mais ne savent pas si les autres sont aussi respectueux qu’eux.Dix tonnes de poissons grainés, dont un poissonnier navré nous dit qu’ils nevalent pas grand-chose et que surtout ils annoncent la fin prochaine de l’espèce.Et puis, il y a d’autres coupables. Nous, d’abord, qui aimons le bar dans notre assiette. Direction les restaurants de vacances et ce témoignage nécessaire d’un tenancier : « Si je ne mets pas de bar à la carte, je perds du chiffre d’affaires. » Ou la mine confite de cet autre prise la main dans le congélateur par l’inspecteur de la traçabilité, avec des filets d’origine inconnue. Tous les bars n’ont pas la même valeur. Celui d’élevage ne vaut, paraît-il, pas le sauvage (même s’il a subi les outrages du chalut), qui lui-même ne vaut pas, bien sûr, le bar de ligne, dont les fournisseurs ne sont pas toujours des professionnels patentés. On dit que la pêche sauvage du bar sauvage représenterait 50 % de la totalité des captures. Même si la statistique est invérifiable, et peut être excessive, il est incontestable que de nombreux soi disant plaisanciers participent à la razzia. La pêche du bar est devenue une composante essentielle de l’économie parallèle le long des côtes atlantiques, au vu et au su de tout le monde – on oublie, par exemple, de se demander comment certains titulaires du RMA font pour changer tous les trois-quatre ans des bateaux qui valent entre 50 et 100 000 euros. Et puis il y a les Ponce Pilate, scientifiques et politiques, qui regardent ailleurs pendant que se poursuit le massacre. Les premiers sont, dans le film et en général, regroupés sous la bannière de l’Ifremer, étrange institut dont notre confrère Philippe Dolivet rappelle opportunément qu’il a en charge, à la fois, d’évaluer la ressource et d’inventer les meilleurs engins pour la décimer. On apprend dans le film que l’Ifremer s’est enfin résolu à une enquête un peu plus sérieuse que la pantalonnade statistique proposée il y a quelques années au public pour le rassurer. On voit ses techniciens mesurer, taguer, puis relâcher des poissons pendant que leur chef, un rien agacée pour ne pas dire arrogante, explique au téléspectateur que tout cela est bien compliqué et qu’il est plus facile de compter les vaches dans les prés. A ce moment-là, on a envie de demander à la dame si cela ne dérange pas les gens de l’Ifremer que la France soit si souvent mise au banc des nations (comme, par exemple, dans le cas du thon rouge) pour sa politique systématique d’obstruction aux mesures de sauvetage des espèces en voie de disparition. Elle répondrait, et elle aurait – presque – raison, qu’il faut s’adresser à l’étage supérieur, au niveau des politiques, auxquels incomberait le courage de mettre fin au carnage. Car, dans l’absolu, les mesures ne sont pas très compliquées.La plus importante, la plus urgente, est sans nul doute d’interdire la pêche sur les zones de frayères pendant la période hivernale où les poissons se reproduisent. Cette seule mesure permettrait d’éviter que la prédation humaine ne conduise à franchir le seuil fatidique au-delà duquel la seule prédation naturelle interdit à la souche de se reconstituer de manière pérenne. C’est arrivé une fois pour les morues de Terre-Neuve, dont le stock n’est toujours pas reconstitué malgré une interdiction totale de pêche de plus de quarante années. Il est tout à fait envisageable qu’une telle tragédie concerne demain les populations de bars sur les côtes françaises. Ce serait un drame écologique, et une stupidité économique : l’interdiction de la pêche professionnelle du cousin américain du bar, le striped bass, a généré un très rentable marché de la pêche de loisirs de ce poisson.Mais, pour cela, il faudra un peu de courage à nos dirigeants et de raison aux pêcheurs amateurs, qui devront enfin comprendre que remplir le fond de son bateau de grands poissons d’argent est aujourd’hui devenu une performance dont il n’y a pas lieu d’être fier.