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  • Montana dream

    Montana dream

    Anonyme. Traduit de l’américain par Jessie Michel

    Chez nous, dans le Montana, on aime les filles et la bagarre. On aime aussi les alcools forts, mais moi ce que je préfère, c’est la pêche à la truite. Tenez, l’autre matin, je sais plus pourquoi, je me suis retrouvé à roupiller à l’arrière de la Ford pick-up de mon pote Jimmy. Je dormais profondément quand mon vieux farceur de compagnon a mis un coup de première et que j’ai roulé au torrent avec mon couchage :
    – « C’est malin, Jim, me v’là trempé…»
    – « Pour sûr cow-boy. Avec ton fourreau, tu m’fais penser à ces traîne-bûches qu’aiment à boulotter les truites ! Pendant qu’t’es dans l’eau, regarde donc voir s’il y’a des exuvies accrochées aux pierres… Cela ressemble un peu aux bas qu’une bonne femme aurait laissés sur une chaise, mais sans la bonne femme dedans, tu comprends ? »
    – « J’en ai déjà vu, Jim, je ne suis pas sot… Oh ! en v’là !… Et des belles ! Le coup du soir a dû être terrible ! »
    – « C’est possible… cela nous laisse une douzaine d’heures pour monter quelques mouches et boire de l’alcool fort avant le prochain coup du soir. »
    – « Ow ! Ow !» Que je lui fais.
    – « Ow ! Ow ! Ow ! » Qu’il me répond.
    Quand j’ai eu fini de ramper le raidillon avec mon couchage, je me suis senti un peu patraque. Jimmy baillait aux mouches depuis longtemps. Il reposait surla banquette, la nuque renversée et les pieds coincés sous le tableau de bord poussiéreux.
    – « Fichu coyote à foie jaune, veux-tu bien te réveiller ! Où se trouve donc l’étau ? J’en ai b’soin, Jim, ne fais pas semblant de dormir… Ce ne serait pas chic de ta part de me laisser dans l’embarras. Je n’ai que mes mouches à permit et les truites n’en voudront pas. »
    – « Il est dans la boite à gants, » répondit-il sans ouvrir les yeux… « Mais avant, prends nous donc une bouteille d’alcool fort, il est grand temps de déj’ner. » Nous avons partagé en bons camarades jusqu’à ce que l’esprit des indiens Sans-Sous envahisse nos têtes. Leur hululement inventait de curieuses vallées entre nos oreilles frémissantes et des milliers de porte-bois nous regardaient entre les galets avec les yeux fraternels de la nature. Nous étions bien fusionnés. Même l’aube violette me semblait à l’envers. En fait, je n’y voyais plus grand chose.
    – « Peux-tu me rappeler le protocole de montage de cette fameuse mouche que tout les bad boys du Montana affectionnent ? » – « Tu veux parler de la Banion numéro six ? »
    – « J’ai déjà entendu ce nom quelque part…»
    – « C’est Red Brown qui m’en a confié le secret alors qu’il était papoose. Il te faut un numéro six… Puis… rrrrrrrrrrr. » J’ai pris un hameçon dont la taille était comprise entre zéro et vingt et j’ai tenté de le glisser dans le mors de l’étau, mais l’appareil refusait obstinément le fer.
    – « Nom de dieu, Jimmy, il ne serre rien du tout ton fichu machin ! »
    – « Actionne donc le levier… cela permet quelque fois d’écarter le mors… Sur un coup de bol, l’hameçon peut entrer…
    – « Ma foi, tu dis des choses vraies… Je crois que ça a marché ! » La Banion numéro six, c’est une grosse sèche qui ressemble à une blatte croisée avec le tu-tu d’un danseur étoile. Ça flotte du tonnerre dans les rapides et ça se voit bien. Ne me demandez pas pourquoi, mais moi, ce jour-là, j’ai voulu y ajouter une bille en laiton.
    Ce n’était pas facile car l’hameçon était bien en place et que je ne me sentais pas d’actionner le levier à nouveau, de peur de ne pas arriver à le remettre. Alors j’ai pris la plus grosse bille que j’ai trouvée dans mon nécessaire de montage et je l’ai enfilée par l’oeillet en la poussant bien au fond de la courbure. Ensuite, j’ai vidé la moitié de mon tube de Cyanolit dessus et j’ai fait ce que j’ai pu pour ligaturer généreusement l’ensemble. Après, je ne me rappelle pas. Je me suis réveillé quelques heures plus tard avec le portebobine dessiné sur la joue et un toupet de poils de renard collé à l’index. Jimmy dormait sur le capot, les bras en croix. J’ai craint un instant qu’il ne s’enflamme tant il était imbibé.
    – « Réveille-toi vieux frère », lui dis-je, « Tu as accumulé beaucoup trop de Farenheit sur ta peau. L’alcool qui coule dans tes veines peut te transformer en torche et ce serait bien triste. Asseyons-nous à l’ombre d’une bouteille et méditons sur la précarité des choses humaines…» Nous sommes restés ainsi adossés à la bagnole en picolant et sans décocher un mot. Le jour est passé par-dessus nous sans qu’on le voie.
    Enfin, le soleil commença lentement à décliner et les truites de la green big black foot sortirent de leurs cachettes à mesure que l’ombre spirituelle s’appropriait la rivière et les êtres. Jimmy avait piqué quelques artificielles sur son stetson et il s’était frayé un chemin jusqu’au milieu de la rivière en jouant des coudes entre les insectes. Un essaim de mouches Banion numéro six labourait la rivière. Jimmy, larve parmi les nymphes, avait trouvé sa place.
    Je me suis alors rendu compte que j’étais resté dans la voiture et qu’il était temps pour moi de participer à la féerie. Mais quelque chose me retenait. Ah seigneur Dieu ! Je m’étais inconsciemment ligaturé le pousse sur l’étau et avec toute la fichue colle par laquelle j’avais arrosé mon montage, plus moyen de s’en défaire. Il n’était pas concevable de fouetter correctement avec cet étau ligaturé à mon poignet. J’ai bien essayé de lancer en faisant la biellette comme me l’avait appris un grand sachem, mais il n’y avait pas moyen.
    – « Regarde ce qui m’arrive, vieux frère, j’ai b’soin de ton aide ! »
    – « Fichu maladroit, en voilà une de jolie gourmette… Pas le temps de t’aider, ça gobe ! »
    – « Tu n’es pas un bon camarade, Jimmy. Les truites mangent comme des folles et toi tu laisses un ami en plein désarroi ! … Coupe-moi ce fichu doigt ! Nom de Dieu, coupe-moi ce fichu doigt que je vienne avec vous ! »
    – « Dis donc, cow-boy, t’es un dur où une chiffe molle ? Ton père ne t’a donc rien appris ? Débrouille-toi et arrête de faire peur aux insectes ! Le couteau est sous le siège. » Une fois la plaie cautérisée à l’allume- cigare, je n’ai plus pensé qu’à la rivière et à ses veines contre mon corps. Dessaisi de moi-même mieux que par l’alcool, les eaux de la rivière oubliée faisaient de moi une partie vivante de la nature.
    Jimmy se tenait sur l’autre rive de ce nirvana halieutique. Je n’aurais pas dû lui tourner le dos, car il choisit le point paroxystique de la contemplation pour me balancer une bouteille d’alcool beaucoup trop fort. Je la reçus en pleine tête.
    – « Ow ! Ow ! Ow ! – Désolé, vieux frère, je ne voulais pas te blesser ! »
    – « Tu m’as fait un mal de cheval ! » – « Bois donc une rasade pour te remonter. » Je parvins à neutraliser cet objet contondant sans trop de peine, mais après, sensibles à la beauté du soir, nous n’avons plus beaucoup pêché. J’ai bien senti une belle tirée alors que ma mouche draguait plein aval en traversant un rapide. Après une brève bagarre, Jimmy se posta derrière un rocher avec l’épuisette et il parvint à pocher ma capture, mais nous fûmes déçus tous les deux car il s’avera que ce n’était que ma Banion qui avait bouclé sur le bas de ligne.
    Ensuite, nous nous sommes assis sur un rocher à contempler les reflets de la lune qui dansaient sur les courants et j’ai commencé à murmurer quelques vers (de poète) : « Sur l’onde noire et calme où dorment les étoiles, la belle Ophélia flotte comme… »
    – « Ta gueule.» – « N’aimes-tu donc point les belles lettres, Jimmy ? Un pêcheur ne peut pas être insensible à ce genre de choses…»
    – « Tais-toi, j’ai entendu un bruit… Là, derrière les buissons… C’est p’t-être bien une bande de cougars qui tente de nous prendre à revers. On m’a raconté des histoires terrifiantes à propos de ces bêtes. Le vieux Dicky s’est fait attaquer du côté de Soornet Valley. Depuis le pauvre homme est infirme. »
    – « Je suis armé, Jim, j’ai le vieux colt que m’a offert P’pa pour mes six ans…» Jimmy avait raison. Une silhouette sombre et légère apparut à quelques mètres de nous avant de se dévêtir et de rentrer doucement dans le torrent mutin. Il me sembla que son corps effleurait les reflets de la lune avec la douceur des baisers des truites.
    – « Oh la belle bête, ce n’est assurément pas un cougar… Je la r’connais, c’est Miss Harper ! Vois ces cheveux de lune… Elle fut ma maîtresse lorsque j’avais cinq ans. »
    – « Crois-tu ? J’ai un doute. Elle me semble bien charpentée la Miss…»
    – « Non, c’est-elle. On dit qu’elle aime la nature et qu’elle ne se lave qu’à l’eau des rivières…»
    – « Du moment qu’elle se lave…»
    – « N’ayez pas peur, Miss Harper, nous ne sommes que deux cow-boys qui aiment à musarder la nuit au bord des rivières. Ne prenez pas ombrage de notre présence, nous ne sommes pas de ces mal-pensants qui regardent les dames se dévêtir sous la pleine lune… Si l’obscurité ne vous effraie pas et que vous acceptez d’être notre camarade, nous pouvons partager un verre d’alcool fort… « Va donc chercher un verre pour Miss Harper, une dame qui se respecte ne doit pas boire à la bouteille…» Ensuite Miss Harper prit place à nos côtés et ce fut la plus charmante nuit étoilée qu’on ait connue dans le Montana. Un torrent de vie et de douceur courrait et s’enroulait entre les étoiles comme entre les rochers de la green big black foot. Je crois bien que, cette nuit, la rivière se confondait avec la voie lactée… mais dans ma tête tout resta très confus, rapport à ce maudit alcool fort. Un rêve indien habitait ma cervelle : j’étais un hibou perché sur une branche et bercé de ses propres hululements.
    Au matin, Miss Harper avait disparu avec la légèreté d’un songe. Nous fumes tout raides d’effroi lorsque nous tombâmes sur Jo qui campait un peu plus bas(1).
    La morale de cette histoire, car il en faut toujours une, c’est que quand on est un cow-boy du Montana, on a raison d’aimer les filles et la bagarre et qu’on a encore plus raison d’aimer la pêche à la truite. Mais je vous en conjure, jeunes gens, l’ivresse de la pêche se suffit à elle-même… En tout cas, depuis cette histoire, je peux vous dire que je n’ai jamais plus touché une bouteille d’alcool fort. Ouais.

    (1) : cf Mark Twain : Jo Harper, plus connu sous le nom de Jo l’indien.

  • Amérique : le mauvais feuilleton de l’oléoduc Keystone XL

    Amérique : le mauvais feuilleton de l’oléoduc Keystone XL

    TransCanada a annoncé le 27 février dans un communiqué qu’il allait démarrer la construction d’une partie de l’oléoduc controversé Keystone XL. Cette portion reliera le Texas à l’Oklahoma et ne nécessite pas l’approbation de Barak Obama (en janvier le président américain a refusé d’autoriser le lancement du projet dans son ensemble ndlr). Le groupe canadien estime son coût à 2,3 milliards de dollars (1,7 milliard d’euros). L’oléoduc doit transporter les hydrocarbures tirés des sables bitumeux de l’Alberta au Canada jusqu’au Golfe du Mexique aux Etats-Unis.

    Le sable bitumeux a mis le Canada sur la carte des grands pays producteurs de pétrole.Ses réserves dans l’Alberta seraient le deuxième plus grand gisement du monde après l’Arabie Saoudite. Mais à quel prix ? Cette technique d’extraction est si décriée qu’on qualifie l’hydrocarbure qui en est issu de « sale », notamment car son mode d’extraction est nettement plus ernégivore que les autres. Le sable bitumeux est un mélange de bitume brut, de sable, d’argile minérale et d’eau. Le bitume brut étant une autre forme du pétrole brut. Le Canada possède en Alberta le plus grand gisement du monde connu de ce pétrole non conventionnel. Le problème ? Pour obtenir un seul baril, l’exploitant doit traiter deux tonnes de sables bitumeux.

    En Europe, végète un projet de directive européenne qui devait officialiser les sables bitumeux comme le pétrole le plus polluant et qui n’a jamais été appliqué devant l’hostilité de certains pays de l’Union.

    Après la décision du gouvernement conservateur de Harper de désengager le Canada des accords issus du protocole de Kyoto, l’effarement a touché de nombreux défenseurs de la nature au Canada ou ailleurs. Le Canada semble déterminer à sacrifier sa nature sur l’autel du pétrole. Au Etats-Unis c’est le projet d’oléoduc qui inquiète. Le 6 novembre 2011, 12 000 personnes ont manifesté devant la Maison blanche pour protester contre le pipeline, ce qui constitue un record pour les écologistes américains. Ils sont particulièrement inquiets pour la zone sensible de Sand Hills dans le Nebraska, une zone humide fragile et unique. Leur combat semble donc loin d’être achevé. Cette portion devrait entrer en service dans la deuxième moitié de 2013 selon Transcanada.