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Étiquette : habitats

Poissons des villes, poissons des champs
Aussi surprenant que cela puisse paraître, les poissons préfèrent souvent la ville à la campagne. Comme cela n’est pas dû au hasard, essayons de comprendre les raisons de cet exode, qui comme tous les exodes résulte, toujours d’un choix entre une ou deux situations qui ne sont pas idéales…
Le constat est général. Les poissons préfèrent souvent la ville à la campagne. La nouvelle a de quoi surprendre, non ? Une ville est aux antipodes du bon état écologique. Les rives sont en pierres, voire en béton, l’état morphologique des cours d’eau est déplorable, avec de l’incision, de l’érosion et tout ce qu’il faut pour faire (en théorie) une rivière sans poissons. Alors pourquoi les villes plaisent tant aux hôtes à nageoires ? Il convient tout d’abord de différencier les salmonidés des carnassiers. Dans le premier cas, le paradoxe est encore plus marqué. La truite sauvage se plaît en ville (souvent des bourgs en fait). De Saint-Jean-Pied-de- Port à Champagnole, de Lisieux à L’Isle-sur-la-Sorgue en passant par Mende ou Saint-Gaudens, la truite aime les fondations de l’habitat humain. Les raisons de ce paradoxe sont multiples et parfois L’écho du radier Aussi surprenant que cela puisse paraître, les poissons préfèrent souvent la ville à la campagne. Comme cela n’est pas dû au hasard, essayons de comprendre les raisons de cet exode, qui comme tous les exodes résulte, toujours d’un choix entre une ou deux situations qui ne sont pas idéales… Par Philippe Boisson Poissons des villes, poissons des champs 15 trompeuses. Il existe en ville plusieurs paramètres qui plaisent beaucoup aux truites sauvages au premier rang desquels se trouve l’habitat, qui en ville est omniprésent. On sait que, pour vivre, une truite a besoin d’un habitat, d’une “cache”, d’oxygène, d’eau froide et de nourriture (résumé très schématique). Si la température de l’eau est convenable et l’oxygène dissout suffisant (deux facteurs sur lesquels la ville n’a pas d’impact) le reste se trouve facilement en milieu urbain. L’habitat, qui parfois fait défaut hors des agglomérations est partout, sous les fondations des maisons, sous les quais, les piles de ponts, etc. La nourriture donnée aux canards par les passants crée toujours une réaction en chaine qui attire les vairons et certains insectes. Les truites sauvages modifient souvent leur régime alimentaire lorsqu’elles sont confrontées à un environnement artificiel et peuvent très bien manger du pain ! J’ai même connu des truites de la Loue à Ornans qui s’étaient focalisées sur les pâtes jetées à l’eau régulièrement par le cuistot d’une pizzeria ! Il faut savoir qu’à Ornans, les maisons qui bordent la Loue (sur cinq rangées de maisons et sur les deux rives, ne sont toujours pas reliées à la STEP !). Il était très difficile de leur faire prendre une nymphe car cela ne les intéressait pas du tout ! Dans cette même ville, il était fréquent d’observer les ombres se nourrir de papier toilette blanc, vert ou rose… On pourra toujours dire que ce n’est pas ça qui a décimé les poissons de la Loue, mais ça n’a pas aidé. L’éclairage public joue également un rôle. Il concentre les insectes durant la nuit, qui s’accumulent autour des ampoules, se brûlent les ailes et finissent souvent à l’eau, parfois par grappes de plusieurs centaines d’individus. Dans toutes les rivières incisées, dont l’habitat à disparu, dont le fond n’offre plus aucune variété, les villages et les bourgs sont devenus l’ultime refuge, mais les poissons doivent en quelque sorte choisir entre la peste et le cholera. A ces facteurs artificiels s’ajoute certaines apparences trompeuses. En ville, les truites se sont habituées à la présence humaine et ne s’enfuient plus (sauf devant des gens habillés en kaki !). Le nombre de truites hors de leurs caches est souvent supérieur à celui observé sur une même rivière hors agglomération, mais cela ne veut pas dire que la quantité de truites est supérieure en ville. De même, les pêcheurs réussissent souvent mieux en ville. Plus de poissons actifs, souvent focalisés sur une nourriture bien définie et pas toujours “normale” font qu’on a l’impression que “ça mord” mieux et plus en ville qu’en dehors. Le cas de la Saône En ce qui concerne les carnassiers, la ville (cette fois, de vraies grandes villes) est surtout favorable aux espèces qui peuvent se reproduire sans herbiers et avec des exigences biologiques faibles. C’est le cas des percidés. Le sandre et la perche trouvent en ville des postes de choix, des pierres, des tombants, des structures artificielles qui leur conviennent. Et cela est d’autant plus vrai lorsque que le cours d’eau en question n’est pas spécialement minéral hors agglo. C’est le cas de la Saône où l’on trouve beaucoup plus de diversité morphologique en ville. La Saône présente un lit composé d’alluvions de petites tailles, avec très peu d’éléments minéraux de grande taille. Le fond de la rivière a été très perturbé par l’extraction de granulats directement dans le cours d’eau ou dans des ballastières en communication. Quelques décennies plus tard, les éléments minéraux font tous la même taille (du gravier de un à quatre centimètres de diamètre). L’habitat des poissons se concentre alors sur les bordures, dans la végétation (herbiers, racines, bois morts, différences de niveaux comme le tombant d’une berge), mais VNF traque la moindre branche tombée dans l’eau, sous prétexte qu’elle présente un danger pour la navigation. C’est pourquoi la pêche est si difficile sur la Saône et cela explique le succès de postes comme les piles de ponts où un pauvre tas de cailloux issus d’un ancien mur effondré dans des villes comme Châlon-sur-Saône ou Macon. Mais là aussi, il faut faire la part des choses et comparer ce qui peut l’être. Il est évident qu’un pêcheur réussira plus facilement à prendre un sandre en ville, sur un poste évident et connu de tous, plutôt que sur cinq kilomètres d’un profil qui semble identique.