Étiquette : Grenelle

  • Conférence environnementale, un Grenelle sans pêcheurs

    Conférence environnementale, un Grenelle sans pêcheurs

    Il y a cinq ans, le gouvernement Sarkozy lançait le Grenelle de l’environnement, présenté alors aux Français comme une révolution verte. Depuis, sur le terrain bien peu de chose ont changé en ce qui concerne en tout cas la protection de l’eau. Pis, les services de l’état chargés d’assurer la police de l’eau n’ont jamais atteint un tel laxisme. L’Onema sera bientôt directement rattaché aux directions départementales des territoires (DDT). Les brigades voient leurs effectifs se réduire au strict minimum (un départ en retraite sur deux remplacé). Et voilà que, sous le gouvernement Hollande apparaît la Conférence environnementale. Cela s’est passé à Paris au palais d’Iena les 14 et 15 septembre. Une sorte de seconde chance au Grenelle, de la part d’un gouvernement qui compte dans ses rangs deux ministres “verts”, Cécile Duflot et Pascal Canfin. Étrange préoccupation dans un contexte où rappeler vous, les mots environnement ou écologie étaient totalement absents des discours des deux supposés président de la République alors en campagne électorale. Ce qui a mal commencé, c’est le refus de recevoir les pêcheurs et les chasseurs aux tables rondes. Un refus pourtant contraire aux promesses de François Hollande, lors de sa campagne. Pêcheurs et chasseurs représentent près de trois millions de personnes, que les politiques n’oublient jamais de démarcher… La suite nous démontrera que le gouvernement du “changement” ne prend pas pour habitude de tenir ses promesses. Pour preuve, durant la semaine qui a précédé la Conférence, les affirmations d’Arnaud Montebourg dans une interview accordée à Challenges au sujet de l’exploitation des gaz de schistes. Le ministre du redressement productif dément la position de Delphine Batho, en affirmant bien haut qu’un moratoire sur la question n’est pas à l’ordre du jour. Il ajoute au passage que les techniques de fracturation hydraulique (qui utilise énormément d’eau et de produits chimiques) peuvent être maîtrisées, sans bien entendu, expliquer comment. Nouvel avis contraire quelques jours plus tard avec, enfin, une position ferme du gouvernement qui ferme le dossier à double tour… Jusqu’à quand ? Le Grenelle s’était engagé à réduire de moitié l’utilisation de pesticides entre 2008 et 2018. Belle motivation à propos d’un sujet qui touche d’une part directement la santé publique et d’autre part la disparition des abeilles, un sujet très sensible. Pour l’heure, l’utilisation de pesticides depuis 2008 a augmenté de 2,5 %. Lors de la conférence environnementale, la décision d’interdire l’épandage aérien de produit phytosanitaire a été prise, en spécifiant qu’elle resterait autorisée dans les cas où il s’agit de la seule solution possible. Le ministre de l’Agriculture, Stéphane Le Foll a d’ailleurs, peu après sa nomination, reconnu que l’objectif ne sera pas atteint. Pas plus que le sera celui du “bon état écologique” des cours d’eau et lacs avant 2015 comme l’impose la Directive cadre européenne sur l’eau (DCE). Impuissant, voilà ce que sont les gouvernements face aux enjeux environnementaux. Impuissants face aux lobbies et incapable de proposer un nouveau modèle. L’agriculture bio, ou moins intensive si vous préférez, nécessiterait une aide du gouvernement. Or actuellement, et depuis longtemps, celle qui pollue le plus et aussi la plus subventionnée.

    Pêcheurs et chasseurs sur la touche

    A la veille de la conférence environnementale, la Fédération nationale pour la pêche en France (FNPF), a tenu à exprimer au président de la République sa surprise, sa déception et son souhait d’un… changement ! Contrairement à l’engagement pris pendant la campagne électorale, la FNPF est écartée (tout comme la Fédération nationale des chasseurs) des tables rondes consacrées à la gouvernance et au débat sur la transition énergétique. Selon nos sources, cette décision fait suite à une pression de certains organismes invités sur les organisateurs, afin “d’éviter certaines tensions”. Vive la démocratie ! La FNPF et son réseau associatif affilié (93 fédérations, 4000 associations), se dit fort d’une expertise reconnue, diverse et ancienne. Elle estime que sa légitimité à figurer parmi les acteurs environnementaux à part entière n’est plus à démontrer. Soit, mais si on y regarde de plus près, les fédérations les plus légitimes sont celles qui généralement sont en opposition totale ou partielle avec la politique de la FNPF. L’exemple de la Haute-Savoie (voir notre Echo du radier à propos du Chéran) est très parlant. Certaines fédérations départementales se professionnalisent en recrutant des ingénieurs et des techniciens très compétents. Elles mettent en place une gestion patrimoniale et dans la mesure où cela est possible, prennent en compte l’ensemble des bassins versants dans un souci de cohérence. Ce rôle est d’ailleurs une évolution naturelle des choses, puisque l’Onema, cède toujours plus de missions aux fédérations (pêche d’inventaires, études, etc.). Avoir plus d’un million d’adhérents ne suffit visiblement pas pour parler d’écologie… Consentie comme une mesure de faveur, la FNPF s’est vue accorder une place dans la table ronde consacrée à la biodiversité.

    Philippe Boisson

  • Sarkozy en Ariège : populisme et irresponsabilité

    Sarkozy en Ariège : populisme et irresponsabilité

    Période préélectorale oblige, le discours des politiques s’affranchit de tout sens de la responsabilité et prend facilement des accents populistes. Le président de la République, M. Sarkozy, a délivré hier, mardi 16 janvier, un discours ahurissant à Pamiers, en Ariège, à l’occasion de ses vœux au monde rural. Il a ainsi fustigé les règles environnementales, les jugeant « trop tatillonnes ». Sur le même ton, il a affirmé que la « préservation de l’environnement, ce n’est pas empêcher quiconque de faire quoi que ce soit ! » avec un sens de la formule très « Café du commerce ». Et pourtant si, Monsieur le président, bien souvent la protection de l’environnement, c’est justement empêcher un certain nombre de pollueurs, qu’ils soient agriculteurs, industriels ou citoyen lambda, d’agir. Bref, le Grenelle de l’environnement semble définitivement être enterré par son principal promoteur…

  • Les bassins Rhône-Méditerranée et Corse en mauvais état écologique

    Les bassins Rhône-Méditerranée et Corse en mauvais état écologique

    La moitié des eaux des bassins Rhône-Méditerranée et Corse est actuellement en mauvais état écologique. L’Agence régionale de l’eau Rhône-Méditerranée et Corse a publié le 6 décembre son rapport annuel 2010 qui explique que seul 51 % des rivières des bassins qu’elle surveille sont dans un bon état écologique. L’agence souligne que l’objectif de 66% d’ici à 2015 inscrit dans le Grenelle de l’environnement est encore loin. Au banc des accusés : les pesticides et les trop nombreux aménagements et altérations du lit des rivières. L’étude s’appuie sur 3 millions de mesures effectuées dans 1 500 stations. A noter que c’est la première fois qu’un telle étude est rendue publique.

  • Quelle politique européenne de la pêche en 2013 ?

    Quelle politique européenne de la pêche en 2013 ?

    Alors que la Communauté européenne prépare activement la
    prochaine réforme de la Politique commune de la pêche (PCP) qui adviendra d’ici
    à 2013, les associations écologistes et les scientifiques s’inquiètent. Le
    constat d’échec de la précédente réforme en 2002 est reconnu par la Commission
    européenne elle-même qui a publié un « Livre Vert » en 2009, où elle
    détaille cet échec. La PCP existe depuis 1982 et est réformée tous les dix ans.
    L’enjeu est d’autant plus important. Aujourd’hui, en Europe, 7 espèces sur 10
    sont surexploitées. A l’image de celle de la planète, les ressources que nous
    fournissent les mers européennes subissent une pression qui nous mène tout
    droit à la catastrophe.

    Les raisons sont connues : surcapacité de pêche,
    surpêche, rejets de prises accessoires (poissons morts ou mourants rejetés en
    mer), quotas trop élevés, pêche
    illégale. Malgré les aides européennes massives, le secteur reste peu rentable.
    Pourtant, certains désirent continuer dans cette direction. Dans les négociations qui se
    déroulent en ce moment, la France a pris la tête d’une coalition comptant
    également l’Espagne, l’Italie et le Portugal, pays qui défendent les intérêts
    d’une pêche industrielle. En complète contradiction avec les bonnes intentions
    du Grenelle de l’environnement. Pour l’instant, la Commissaire européenne à la
    Pêche Maria Damanaki semble être décidée à ternir bon, mais il est certain que
    les lobbys qui s’opposent à ses réformes sont puissants et tout aussi décidés.

    La Commission européenne a publié le 13 juillet dernier une
    proposition de texte. Elle propose notamment d’interdire à terme tous les
    rejets en mer, d’adopter des plans pluriannuels de gestion et d’introduire un
    système de « Concessions de pêche transférables » qui permettraient
    aux navires de plus de 12 mètres de vendre ou d’échanger des droits de pêche.
    L’ambition affichée étant de parvenir d’ici à 2015 à la restauration des stocks
    à un niveau durable. Les associations écologistes comme le WWF, Greenpeace ou
    Ocean 2012 rappelant que ce texte ne propose aucune mesure pour la pêche
    côtière ou la pêche artisanale qui représente 80 % des emplois et seulement 20
    % des captures. Elles soulignent également l’absence de remise en question de
    la gestion de la PCP et surtout l’exclusion de la mer Méditerranée de cette
    réforme !

    Samuel Delziani



    La pêche européenne en chiffres


    – La
    flotte européenne a la capacité de pêcher deux à trois fois plus de poissons
    que la capacité de renouvellement des stocks.

    – Dans
    certaines pêcheries, jusqu’à 60 % des captures sont des prises accessoires.

    – La
    pêche industrielle a détruit les populations de thon rouge de l’Atlantique. In
    ne resterait que 15 % du stock initial.

    – 93
    % de la morue provenant de la mer du Nord est pêchée avant d’avoir pu se reproduire.

    – Dans
    la plupart des pays membre, le coût des subventions et de l’administration des
    pêcheries dépasse la valeur des captures.

    – Tous
    les ans, la pêche illégale représente un manque à gagner estimé à 35 milliards
    d’euros.

    – Tous
    les ans, les contribuables européens dépensent 158 millions d’euros pour
    permettre l’accès des navires européens aux zones de pêche d’autres pays.

    Sources : Commission
    européenne, ICCAT et Banque mondiale.

  • L’Ifremer persiste et signe : les pêcheurs récréatifs français auraient capturé 5 600 tonnes de bars en 2009

    L’Ifremer persiste et signe : les pêcheurs récréatifs français auraient capturé 5 600 tonnes de bars en 2009

    Et comme en 2008, après la première “étude” de cet institut visant à
    établir un premier état des lieux en ce qui concerne l’activité des
    pêches récréatives au plan des captures, nous reposons la question : de
    qui se moque l’Ifremer ?

    Par Pierre Affre

    Cette nouvelle enquête publiée en 2010, montrerait que les pêcheurs récréatifs et sportifs, prendraient non pas autant, mais plus de bars (5 600 tonnes contre 5 000 t) que les professionnels. Oui, vous avez bien lu, les “pélagiques”, bolincheurs, fileyeurs, chalutiers et ligneurs ne feraient pas le poids, question prélèvements, face à l’armada des pêcheurs à la ligne.
    Ici, un petit retour en arrière s’impose, car la première enquête diligentée par un institut aussi prétendument sérieux, savantissime, célèbre et célébré qu’Ifremer fit l’effet, lors de sa publication il y a trois ans, d’un véritable pavé dans la mer, éclaboussant nos certitudes de pêcheurs amateurs à la ligne. Alors que nous pensions capturer, quand il y en avait encore un peu, disons jusqu’à il y a une dizaine d’années, peut-être entre 2 et 5 % en tonnage de ce que prélevaient les professionnels, voila qu’Ifremer nous apprenait que nous en prenions au moins autant que ces derniers…
    Et cette enquête arriva à point. Rappelonsnous, le Grenelle de la mer était dans les tuyaux de monsieur Borloo, on parlait beaucoup de gestion durable de la ressource, des stocks de poissons qui déclinent et les marins pêcheurs étaient drôlement dans le collimateur des WWF, Greenpeace et d’autres ONG qui les tenaient pour responsables de cet appauvrissement. Mais, attention, même s’ils pillent la mer tant qu’ils le peuvent, les marins pêcheurs ne s’enrichissent pas pour autant et même, pour la grande majorité d’entre eux, s’appauvrissent, de plus ils font un métier harassant, dangereux, et se lèvent tôt… Cette enquête Ifremer tomba donc au bon moment et arrangea bien les politiques : “S’il n’y a plus de bars, de maquereaux, de dorades, ce ne sont pas vous, les honnêtes travailleurs de la mer, qui en sont responsables, mais les gentils pêcheurs amateurs, récréatifs, sportifs qui en sont coupables…” Les résultats de cette enquête Ifremer 2006- 2007 provenaient d’un sondage de l’Institut BVA qui avait fait interroger 20 000 ménages par téléphone à travers toute la France.

    Ménages ou familles, dont les neuf dixièmes des membres n’avaient jamais vu un bar et n’en avaient sûrement jamais mangé non plus (vu son prix, même quand il est d’élevage). Néanmoins, ce sondage Ifremer/BVA concluait que “la part des ménages comprenant au moins un pêcheur de loisir en mer en 2005 (c’est-à-dire ayant réalisé au moins une sortie de pêche en 2005) s’établit à 6,7 %, avec en moyenne 1,57 pêcheur de 15 ans et plus par foyer. Au total, 5,1 % de la population française âgée de 15 ans et plus pratiquent la pêche de loisir en mer.” Admirons la précision des chiffres. Et de poursuivre : “L’enquête a permis d’établir le profil des pêcheurs de loisir en mer.

    En métropole, ce profil se caractérise par :
    • Une très large surreprésentation des hommes (82 %)…” Sans passer 20 000 coups de téléphone, on sait qu’en France, tant pour la chasse que pour la pêche, les effectifs pratiquants féminins se situent dans une fourchette de 5 à 15 % maximum… “• Un âge plus souvent situé dans les tranches intermédiaires (84 % de 25 à 64 ans).” Encore un résultat surprenant et, remarquons-le ici, d’une précision “tupéfactionnante” : 84 % de 25 à 64 ans… Là encore, pas besoin d’analyser 20 000 coups de fil pour savoir qu’autour de 80 % des pêcheurs récréatifs sont des hommes qui ont entre 25 et 65 ans… Au pifomètre, nous devrions obtenir à peu près les mêmes chiffres, pour la chasse, la pétanque ou le vélo… “• Une surreprésentation des cadres, professions i n t e r m é d i a i r e s e t employés (34 %).” Là encore, admirons la fabuleuse perspicacité des enquêteurs. Il serait très étonnant, vu leur représentation dans la société française actuelle, qu’on ait trouvé surtout des agriculteurs, des mineurs de fond et des grands invalides de guerre.
    “• Une représentation deux fois plus importante en zone littorale (essentiellement en Bretagne, Basse-Normandie et dans les Pays de la Loire) que sur le reste du territoire.” Alors là, bravo et triple hourra pour Ifremer et BVA : arriver à la conclusion qu’il y a au moins deux fois plus de pêcheurs récréatifs en mer, sur nos côtes, plutôt qu’au coeur de l’Auvergne ou du Limousin…, il fallait le trouver et surtout oser le dire et le publier… 15 000 foyers interrogés par téléphone. Par rapport à l’étude de 2006-2007, l’enquête Ifremer 2010 n’apporte rien de bien nouveau, sinon…. 600 tonnes de plus ! Le but de cette étude “affinée” étant toujours de mieux cerner l’impact, essentiellement via les captures, que la pêche récréative peut avoir sur les ressources marines, et notamment les stocks de bars, de maquereaux, de lieus et de quelques autres espèces.

    Cette fois, ce sont 15 000 foyers qui ont été interrogés par téléphone, en deux vagues, juin et novembre 2009. Les interviews duraient une dizaine de minutes et étaient exclusivement centrées sur la pêche récréative, et notamment celle du bar. L’échantillon, bien évidemment représentatif, comme disent les sondeurs, concernait les foyers des départements des façades Atlantique, Manche et mer du Nord. Au total, 460 pêcheurs de bar ont ainsi été “interviewés”.
    Par extrapolation, Ifremer a ensuite estimé à 229 000 Ie nombre de pêcheurs de bars parmi les habitants des départements littoraux, soit 1,8 % de cette population.
    Toujours par extrapolation et en réutilisant les réponses obtenues au plan national en 2006-2008, Ifremer conclut à un chiffre global de 2,5 millions de pêcheurs récréatifs en bord de mer (en y incluant… la pêche à pied). Au passage, nous aimerions un peu plus de précision : a-t-on inclus dans les pêcheurs récréatifs les parents qui en été accompagnent leurs bambins à la plage pour pêcher une poignée de crevettes grises et ramasser trois bigorneaux ? Où cela devient plus intéressant, c’est quand on apprend que, toutes pratiques confondues, les pêcheurs récréatifs français capturent annuellement sur notre littoral 24 500 tonnes de poissons (y compris les crevettes grises et les bigorneaux…).

    L’étude “affinée” des carnets de pêche remplis par les volontaires (combien ? on ne nous le dit pas) pêcheurs de bars aboutit pour cette espèce à une estimation, “extrapolée sans doute”, de 5 600 tonnes. Pour les autres espèces, maquereaux (3 600 t), lieus (3 500 t), crustacés (1 600 t) et céphalopodes (1 000 t), les enquêteurs ont dû, là encore, drôlement « extrapolationner », comme auraient dit les Pieds Nickelés… Quand on connaît un peu la mentalité des pêcheurs, surtout de bars, comment, même en épluchant 100, 200 ou 300 carnets de pêche de volontaires, peuton croire aboutir à un résultat autre que fantaisiste. Il est évident que les très bons pêcheurs amateurs (il en existe et même, pour certains, qui vendent leurs poissons) ne vont rien divulguer de leurs captures.
    Jusque vers le milieu des années 70, du bar, il y en avait partout sur nos côtes. Pour s’en persuader, il suffit de lire les articles ou de regarder les « unes » des magazines halieutiques de l’époque.

    Pourquoi Ifremer n’a pas interrogé les guides ? Les statisticiens du département d’économie maritime du Centre de Brest auraient appris beaucoup plus en interrogeant directement une trentaine de guides professionnels de pêche sportive qu’en faisant passer, par BVA, 15 000 coups de téléphone à des ménages. Tous les ans, en fin d’année, les guides “correspondants” du magazine Pêche en mer établissent un bilan de leur saison. Et comme la plupart sont de très bons professionnels qui passent en moyenne plus de 200 jours sur l’eau à traquer en priorité le bar, ils sont les mieux placés pour connaître, chacun dans leur zone, l’état de la ressource. Le bilan de la saison 2010 est édifiant, pour ne pas dire terrifiant. Partout, de Boulogne à Bayonne, en passant par Dieppe, le Cotentin, la Bretagne, la Vendée et les Landes, les captures se sont effondrées.
    Et les ligneurs, pourquoi Ifremer ne les a-t-elle pas interrogés ? La centaine d’adhérents regroupés dans le syndicat des “ligneurs de la pointe Bretagne” publient eux aussi tous les ans, en fin d’année, sous forme d’un communiqué de presse, un bilan de leur saison. En 2009 ce bilan faisait état d’une baisse de 40 % par rapport à 2008. En 2010 par rapport à 2009, la baisse enregistrée est encore plus importante : 50 %… Et il ne s’agit pas là de statistiques fantaisistes, mais de chiffres de vente relevés en criées.

    Les échos sont analogues du côté des ligneurs de la Manche comme de ceux du golfe de Gascogne. C’est bien tout le stock de bars qui est touché. Le constat est amer, et les inquiétudes d’autant plus grandes qu’après la disparition constatée depuis plusieurs années des gros géniteurs, ce sont maintenant les tranches d’âge des jeunes poissons qui sont également touchées par cette raréfaction. Les ligneurs professionnels comme les pêcheurs récréatifs dénoncent depuis plusieurs années les pillages, razzias, massacres de bars effectués tous les ans entre janvier et mars sur les frayères. Ils ont exprimé leurs craintes auprès d’Ifremer, au regard de cette pression de pêche sans cesse croissante opérée par les chalutiers pélagiques pendant la période de reproduction de l’espèce.
    Limités à cinq tonnes de bars par semaine et par bateau (non pas pour protéger la ressource, mais pour éviter que les prix ne s’effondrent), les pélagiques prennent en fait beaucoup plus.
    A Cherbourg comme à Roscoff, ports les plus proches des zones de frayère Manche Est et Manche Ouest, tout le monde sait, sauf peut-être Ifremer, qu’existe sur les quais de ces villes un vaste système de débarquement occulte de bars. D’après un observateur, à Roscoff, 80 à 90 % des bars pillés sur les frayères ne passent pas par la criée et sont débarqués directement dans des semiremorques garés sur un quai destiné normalement aux cargos.
    Alors, quand Ifremer affirme que les pêcheurs récréatifs prennent plus de bar que les professionnels, nous pouvons légitimement nous poser des questions sur la compétence de cet institut scientifique, à moins que ce ne soit sur sa collusion avec le monde de la pêche professionnelle, ou les deux à la fois.

  • Descente de Bar.

    Descente de Bar.

    Cette année encore du début février à la fin mars, bénéficiant souvent de surcroît d’une météo clémente, les pélagiques ont pu “taper” dans les frayères de Manche Est et Ouest et capturer des centaines de tonnes de bars, transformés pour la plupart en farines et granulés destinés à nourrir les saumons, les poulets et les cochons des élevages industriels européens… Yann Drenek 

     Dans un article paru dans le quotidien local La Presse de la Manche daté du samedi 28 février 2009, nous apprenons que deux chalutiers pélagiques de La Turballe, contrôlés par la gendarmerie maritime, au large de Cherbourg, avaient à leur bord 22 tonnes de bars… Soit 12 tonnes excédentaires, puisque seulement 5 tonnes sont autorisées par semaine et par bateau.
    La frayère Manche Est, située dans le “rail” des Casquets, au large du nez de Jobourg (pointe ouest du Cotentin), a donc cette année encore été pillée sans vergogne par des pélagiques venus de Bayonne, des Sables-d’Olonne ou de La Turballe. Il en fut de même, d’ailleurs, de la principale autre zone de frai en Manche, dite Manche Ouest, située derrière l’île de Batz, au large de Roscoff. Là encore, pendant plusieurs semaines en février et mars, une douzaine de pélagiques se sont relayés pour “taper” à tour de rôle dans les frayères. Rappelons que les pélagiques sont des chalutiers hypermotorisés, qui travaillent “en boeufs”, par paire, et traînent à la profondeur où les bars ont été repérés au sondeur un filet dont l’ouverture est grande comme un terrain de football.

    Des traits de chalut de plusieurs dizaines de tonnes sont ainsi possibles, avec un seul bon passage dans la gigantesque masse des bars rassemblés pour frayer. A moins de 200 mètres du débarcadère de la criée de Roscoff, sur le quai qui fait face aux ferry-boats, il fallait voir les norias de semiremorques qui faisaient la queue pour embarquer hors criée des dizaines et des dizaines de tonnes de bars. Un remarquable reportage de TF1 au 20-Heures de Claire Chazal, le dimanche 19 avril, montre les pélagiques qui débarquent directement des centaines de caisses de bars dans les semi-remorques qui attendent sur le quai. A la fin de ce court reportage, et pour la première fois à notre connaissance dans un grand média généraliste, l’aspect économique de la pêche de loisir a été évoqué.

    Comme le fait remarquer Charles- Henri Canto, guide de pêche professionnel, sur le forum de l’excellent site pecheaubar.com, “90 % des pélagiques observés ne passent pas par la criée pour débarquer leurs prises, les débarques se font sur un quai destiné normalement aux cargos et situé à moins de 300 mètres de la criée, les prises sont débarquées par l’équipage sans aucun contrôle, ni de la criée ni d’un quelconque personnel fonctionnaire (Affaires maritimes ou gendarmerie), puis chargées dans des camions dont les indications figurant sur les remorques laissent peu de doute sur leur non-appartenance à la filière pêche (voir la photo édifiante du semi-remorque de volailles, ndlr).On peut dès lors se poser quelques questions. Quelle est la destination de ces camions ? Quels sont les volumes débarqués ? Peut-on parler de respect des quotas quand aucune pesée n’est réalisée au débarquement ? Est-il normal qu’aucun agent de l’Etat ne soit présent lors de ces débarques ? Vu l’ampleur du phénomène, estil possible que les agents de l’Etat n’en aient pas connaissance ? Je vous laisse vous faire votre propre opinion et vous livre mon sentiment personnel : la filière pêche productiviste profite d’une situation de crise économique pour se livrer aux pires exactions sur la ressource halieutique. Les prix s’effondrent… aucune importance puisqu’avec le système du prix de retrait français la prime est donnée à la quantité et non à la qualité.” 

    Car ce non-sens écologique de pillage des frayères se double d’une gabegie économique. En effet, comme c’est le cas pratiquement de tous les poissons pendant leur période de reproduction, la chair des bars à ce moment- là de leur cycle est de piètre qualité. La plupart des protéines nobles et des lipides ont été mobilisés pour la fabrication des oeufs et de la laitance. Les poissons, quand ils ont frayé (ils sont de toute façon forcés d’expulser leurs oeufs quand ils sont écrasés dans la poche du chalut lors de sa relève), sont très maigres et leur chair sèche et filandreuse. La plupart du temps, quand ils passent en criée (d’après de nombreux témoignages, une infime partie), ils sont refusés ou achetés à vil prix par des mareyeurs peu regardants, qui revendent ces bars autour de 3 à 4 euros le kilo, que l’on retrouve ensuite sur quelques étals de supermarché à moins de 8 euros le kilo. En fait, l’énorme majorité de ces bars capturés sur les frayères finit dans les congélateurs quand ils ne sont pas directement transformés en farine à poissons, destinés à nourrir saumons, poulets et cochons de nos élevages industriels.

    Car, compte tenu des tonnages gigantesques qui sont pêchés en quelques semaines, les prix s’effondrent et la seule rentabilité de cette pêche tient au fait des tonnages très importants réalisés, du dépassement généralisé des tonnages autorisés et des fameux prix de retrait fixés par Bruxelles.
    Quand on prend dans un coup de pélagique des tonnes de bars, même à moins de 4 euros du kilo, cela reste très rentable pour les armateurs et l’équipage, surtout que cette pêche se pratique à quelques encablures de nos côtes et ne nécessite pas de grandes quantités de fuel pour accéder à la ressource.
    Ce pillage de la ressource bar par une vingtaine de paires de pélagiques seulement, qui ne représentent que moins de 200 emplois, est en outre très préjudiciable aux “petits métiers” artisanaux de la pêche professionnelle, et notamment les ligneurs et petits fileyeurs (des milliers qui tentent de survivre), qui eux pourraient capturer de façon durable des poissons de qualité à très forte valeur ajoutée.
    Pour la première fois cette année, ces petits métiers se sont désolidarisés de leurs confrères pélagiques et bolincheurs (pratiquant non pas au chalut, mais à la senne tournante sur les frayères).
    Ainsi peut-on lire dans Le Télégramme de Brestdu 13 mars :
    “Après les bolincheurs, il y a quelques jours, c’est au tour des chalutiers pélagiques d’être montrés du doigt. Les ligneurs du Nord-Finistère les accusent d’aller taper dans les bancs qui se forment durant la période de frai. Cette pêche n’est pas illégale.
    Chaque chalutier pélagique (ils travaillent en paires pour tirer le chalut) est autorisé à débarquer 5 tonnes par bateau et par semaine.
    Le problème, c’est qu’une paire a débarqué 10 tonnes samedi dernier, et 10 tonnes le lundi, donnant ainsi l’impression que la règle des 5 tonnes par bateau et par semaine était respectée.
    Nous sommes persuadés que ce poisson a été pêché pendant la même marée. Ce qui serait illégal. La preuve, le lundi, le poisson n’était plus très beau. Il est parti à un prix très bas.” Selon les ligneurs, plusieurs chalutiers (de Lorient et de La Turballe) travailleraient en ce moment au large du Nord-Finistère. “En ce qui nous concerne (les ligneurs, ndlr),nous respectons scrupuleusement le repos biologique du bar. Ces dernières semaines, nous l’avons laissé frayer. Nous ne reprendrons la pêche que début avril. Dans le même temps, de gros bateaux en profitent pour faire du chiffre. Que va-t-il nous rester après leur passage ?” Un signalement a été effectué auprès de la direction régionale des pêches maritimes, qui a assuré les ligneurs que des contrôles seraient effectués. “Récemment, à Cherbourg, des pélagiques ont été contrôlés avec 22 tonnes de bar à bord. Des abus sont commis, il faut les sanctionner”, ajoutent les ligneurs.

    Stripped bass

    Aux Etats-Unis le “stripped bass” (bar rayé) est classé “game fish” et, à ce titre, interdit à la pêche industrielle. Seules la pêche artisanale (très réglementée) et la pêche récréative sont autorisées


    La France est aujourd’hui montrée du doigt dans toute l’Europe, même les pélagiques espagnols restent à quai deux mois pendant la période de frai. Des subventions européennes leur sont versées mais, au moins, la ressource n’est pas détruite. Cette solution a été proposée au Comité national des bolincheurs et pélagiques français. Leur réponse : “Nous ne sommes pas des mendiants, nous voulons vivre de notre travail et ne pas rester à quai.” En dehors de cet excès de fierté nationale, les observateurs qui ont assisté aux déchargements “sauvages” hors criée (apparemment la majorité, durant cette période) sont persuadés, compte tenu des tonnages réalisés, et surtout de leur dépassement généralisé, que cette pêche est très rentable.

    Vingt-deux tonnes (pour les deux chalutiers de La Turballe arraisonnés), même au prix de retrait ou en dessous, pour les excédents de quotas, cela fait encore beaucoup d’argent pour l’armateur et l’équipage. Remarquons ici que c’est d’ailleurs, à notre connaissance, bien la première fois depuis plus de quinze années que dure ce pillage systématique des frayères de bars qu’un arraisonnement par la gendarmerie maritime a été effectué. Il semblerait que ce soit sous la pression de la Commission de pêche européenne que ce contrôle de Cherbourg a eu lieu. Car, il faut bien le dire ici, le ministère français de l’Agriculture et de la Pêche ne veut surtout pas “provoquer” de quelque façon que ce soit une profession dont on connaît les réactions de violence exacerbées (incendie du Parlement de Bretagne, saccage du Pavillon de la marée à Rungis, opérations musclées dans les grandes surfaces, invectives et injures à l’encontre du chef de l’Etat, blocage des ports ou du trafic transmanche, etc.). La politique “officieuse” de la France semblerait être de laisser la filière pêche en Manche et en Atlantique disparaître progressivement dans les cinq à six années à venir (peut-être même, avant, disent certains biologistes des pêches), quand il n’y aura plus rien à pêcher. L’Etat versera des primes de reconversion, des aides, des subsides et autres mannes dont il sait saupoudrer, quand nécessaire, les professions “à risque”. Il faut savoir qu’actuellement l’Etat français préfère, avec l’argent du contribuable, payer des amendes record à Bruxelles (76 millions d’euros dans l’affaire des merluchons, on ne sait pas encore combien pour la morue..) plutôt que de faire appliquer les directives et règlements communautaires en matière de pêche. Et que dire des 100 millions d’aide allouée aux marins-pêcheurs à l’automne dernier pour réduire leur facture gas-oil, aide d’ailleurs déclarée illégale par Bruxelles, mais qui fut tout de même touchée (alors que le prix du pétrole a connu depuis la chute que l’on sait), sans parler des exemptions de charges sociales accordées aux patrons pêcheurs… Pour terminer, nous laisserons la parole au sénateur Marcel Cléach qui, dans un rapport très bien documenté, publié en décembre 2008 (regrettons simplement que n’y soit absolument pas évoqué le potentiel touristico-économique et social de la pêche récréative), constate que “dans le cadre européen, les pêcheries hexagonales paraissent en particulière difficulté.

    La pêche française ne fournit plus que 15 % de la consommation nationale. Cette situation entraîne un haut niveau d’aides publiques qui conduit à s’interroger sur la pertinence de les maintenir : plus de 800 millions en intégrant les soutiens sociaux, plus si l’on intègre les aides conjoncturelles liées à la hausse du gas-oil à comparer au 1,1 milliard de chiffre d’affaires à la première vente en 2004. D’autres pays européens ont fait le choix de l’abandon du secteur, d’autant que l’importation est compétitive et pourvoit aux besoins du marché.” Si c’est un rapport parlementaire qui le dit…

  • Quand les « Attila » montent au filet !

    Ainsi donc aujourd’hui, M. Kahoul s’élève de façon véhémente contre le droit qu’on accorderait en 2009 aux “nantis” que nous sommes de pêcher le thon sportivement. Rappelons simplement ici que, d’après une enquête récente de l’EAA (European Angling Alliance), seulement 1 à 3 % des captures de poissons en Méditerranée seraient le fait des pêcheurs récréatifs.
    Quand les senneurs capturent sur les frayères plusieurs centaines de tonnes de thons d’un seul encerclement de filet, pour arriver à des “quotas” alloués de 4 800 tonnes (pour les pêcheurs français), ce ne sont pas les quelques quintaux de thons capturés au broumé ou à la traîne qui vont plomber la balance.
    D’autant que, d’après les enquêtes des ONG, les quotas sont systématiquement dépassés frauduleusement par les professionnels et atteindraient le double de ce qui est alloué. Rappelons que l’année dernière, ces “quotas” étant atteints au début de juillet, toute pêche au thon rouge, y compris sportive, a été fermée à partir de cette date.

    Seulement 1 à 3 % des captures de poissons en Méditerranée seraient le fait des pêcheurs récréatifs.

    Soyons un peu sérieux, et puisque que M. Kahoul connaît les chiffres et sait s’en servir quand il faut défendre auprès du gouvernement, de Bruxelles ou de l’ICCAT, les intérêts des quelque 40 senneurs français, d’après le très récent rapport parlementaire sur la gestion des pêches du sénateur Cléach (décembre 2008) les senneurs français de Sète et de Port-Vendres se tailleraient la part du lion en Méditerranée avec 20 % des prises totales estimées à “vraisemblablement” plus de 50 000 tonnes de thons. Toujours d’après le rapport sénatorial : “la France a récemment fait exception en avouant avoir très largement dépassé son quota” et il serait de notoriété publique que des navires (senneurs) français désarmés et remplacés par des plus modernes subventionnés auraient été immatriculés en Lybie, mais seraient restés la propriété des mêmes intérêts financiers.

    Et ce n’est pas une ONG qui le dit mais un sénateur de la République… Rappelons également, comme le fait remarquer le rapport Cléach, que les thonniers-senneurs (qui coûtent plusieurs millions d’euros l’unité) sont, comme d’ailleurs la plupart des bateaux de pêche modernes, largement subventionnés par l’argent du contribuable (aides diverses, européennes et nationales), de même que le gas-oil dont ils sont grands consommateurs, et encore ne connaissonsnous pas tout des fonds locaux et régionaux, des remboursements sur les pertes de matériel, des prêts avantageux et aides financières diverses, des réductions voire suppressions de charges sociales, dont les pêcheurs professionnels bénéficient.
    Quand les “nantis” que nous sommes achetons un “sportfisherman” pour pêcher le thon au broumé ou à la traîne, de quelle subvention bénéficie-t-on ? Et si la construction nautique de plaisance française, avec des centaines de milliers d’emplois à la clef, est une des toutes premières du monde, c’est en partie à la pêche de plaisance qu’elle le doit. Quand un “nanti” ou un riche retraité dépense dans une journée de pêche à la traîne (il faut parfois aller trouver les thons en été à plusieurs dizaines de miles de la côte et traîner pendant des heures) plusieurs centaines d’euros en gas-oil, celui-ci n’est pas détaxé et rapporte énormément en taxes à l’Etat, ce qui permet sans doute de subventionner celui des professionnels.
    Sans parler des nuits d’hôtel, des restaurants, du matériel de pêche sportive acheté localement et des mille et une petites retombées sur les commerces locaux.
    Mais paradoxalement, dans notre pays, aucun responsable socio-économique ou politique ne semble avoir fait la moindre relation entre les retombées touristico-économiques d’une pêche récréative éco-responsable et durable et le pillage subventionné de la pêche industrielle. 

    Ça ne tourne pas très rond sous la surface des mers. Le patron pêcheur breton Franck Leverrier (Saint-Quay Portrieux) et ses marins devant leurs prises pour le moins inhabituelles ! Des thons rouges de 450 kg… (Ouest-France 05-11-2006).

    Savez-vous, monsieur Kahoul, et messieurs les politiques, que les retombées économiques de la pêche récréative pour les seuls Etats-Unis se chiffrent à environ 75 milliards de dollars annuellement (source ministère de l’Intérieur des Etats- Unis), dont environ 55 milliards pour la pêche sportive en mer. Si l’on y ajoute les quelques rares autres pays anglo-saxons qui ont fait le choix de limiter drastiquement la pêche industrielle dans leurs eaux territoriales pour y privilégier la pêche récréative, comme l’Australie et la Nouvelle-Zélande, on arrive à plus de 70 milliards de dollars. Si l’on y ajoute les retombées économiques liées à la pêche sportive de pays d’Amérique latine comme le Costa Rica, le Panama, le Honduras, le Guatemala, le Mexique (clientèle touristique américaine et européenne), nous approchons des 90 milliards de dollars. Rapprochons ce chiffre, maintenant, de celui publié en 2004 par la Banque mondiale, qui évalue à 85 milliards de dollars la valeur des captures sauvages de la pêche commerciale (subventionnée à plus de 50 %) dans le monde.

    Quand, sous la présidence de Bill Clinton, l’Etat de Floride, tout d’abord, suivi dans les années 90 par la plupart des Etats côtiers du golfe du Mexique et des côtes est et ouest ont décidé de réserver la majorité de leurs ressources marines, et surtout les poissons, à la pêche récréative, les pêcheurs professionnels ont fait grise mine, mais ils n’ont pas pour autant bloqué les ports américains, ni brûlé un Parlement, ni saccagé des supermarchés.
    Plus de 90 % d’entre eux se sont reconvertis comme guides de pêche et aujourd’hui gagnent beaucoup mieux leur vie qu’auparavant. Au lieu de se lever en pleine nuit pour faire un métier épuisant et dangereux qui leur rapportait (comme chez nous, exception faite des 40 thonnierssenneurs) de moins en moins, ils se lèvent aujourd’hui comme des employés de bureau. Ils sont très bien payés, sans parler des pourboires d’autant plus généreux que la pêche a été bonne.
    Chez nous aussi, peut-être pas les 40 capitaines de senneurs, mais les milliers de petits artisanspêcheurs (ligneurs ou fileyeurs) ou patrons de petits chalutiers devraient penser à se reconvertir en guide de pêche pour touristes. Il n’y aurait là rien de péjoratif, bien au contraire, ils gagneraient bien mieux leur vie, feraient partager l’amour de la mer et leur connaissance des poissons à des millions de personnes.

    Reproduit avec l’aimable autorisation du Big Game Fishing Club de France.

  • Grenelle ?

    Grenelle ?

    Quand les « Attila » du chalut montent au filet.
    Les jours du thon en Méditerranée sont comptés. Selon le président du comité des pêches de Marseille, c’est la faute des pêcheurs sportifs. Ça sonne comme une blague, et pourtant ce monsieur semble sérieux… 

     Dans le quotidien La Provence daté du 8 février dernier M. Mourad Kahoul, président du comité local des pêches de Marseille, s’indigne de la décision autorisant les pêcheurs sportifs à pêcher le thon.
    “On accorde à des nantis, à des personnes qui exercent déjà une profession bien rémunérée ou qui vivent aisément de rentes ou de bonnes pensions de retraite et qui sont, ou ont été, les décisionnaires ou à l’initiative des contraintes qui frappent notre profession, le droit de pouvoir s’amuser avec une espèce en grand danger d’extinction.“ C’est bien la première fois à notre connaissance que M. Mourad Kahoul considère le thon rouge (Thunnus thynnus) comme une espèce en “grand danger d’extinction”.
    Le BGFCF, l’IGFA, mais également le WWF, Greenpeace et quelques scientifiques de l’Ifremer, qui depuis des années tirent la sonnette d’alarme quant au risque de disparition prochaine de cette espèce emblématique, sont ravis de l’apprendre. Jusqu’au 8 février dernier, M. Kahoul tenait plutôt un discours inverse.