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  • Jura : Bienne, pas de fermeture de la pêche

    Jura : Bienne, pas de fermeture de la pêche

    Les mortalités importantes de truites survenues sur la Bienne (Jura) depuis plus d’un mois, continuent toujours. Contrairement à ce que nous avions relaté sur notre site, l’AAPPMA la Biennoise n’envisage pas de fermer la pêche sur les 24 km gérés par cette association. Les résultats des analyses de poissons prélevés par l’Onema ne sont toujours pas connus et il convient donc de rester très prudent. Il est fort probable en revanche que la consommation du poisson soit interdite, comme cela s’est passé sur la Loue.

    Il est encore trop tôt pour affirmer que les causes des mortalités sur la Bienne sont similaires à celles de la Loue ou du Doubs. On peut toutefois observer plusieurs similitudes, comme le fait que les truites soient touchées au printemps, bien après la période de reproduction, ou encore que l’état général des poissons agonisants sont couverts de mycoses. Il faut en revanche bien comprendre que ces mycoses (saprolegnia) ne sont que des agents pathogènes opportunistes, qui au final tuent les poissons, mais ne sont pas responsables de leur affaiblissement au départ.

    Si la thèse d’une similitude avec ce qui s’est passé sur le Doubs se confirme, le risque de voir la situation se dégrader sur la basse rivière d’Ain, dont la Bienne est un affluent, dans les années à venir est à craindre. Souvenons-nous que sur le Doubs, le parcours de Grand’Combe des Bois (aval du barrage du Châtelot) avait été le premier touché en 2009. En 2010, le “mal” avait traversé la retenue de Biaufond (200 ha), puis celui de la Goule (70 ha), pour toucher l’ensemble du parcours de Goumois et en 2011, c’était au tour des 35 km du Doubs suisse puis du Doubs français en aval jusque dans la région de Montbéliard. Soit plus de 60 km ! Trois ans après les premières mortalités massives sur la Loue, personne ne peut affirmer catégoriquement de quoi sont morts les poissons. La responsabilité des cyanobactéries tant pointée du doigt, ne seraient pas la seule en cause. Le rôle des molécules chimiques issues de la pollution dues aux activités humaines, encore très mal connu des scientifiques aujourd’hui pourrait contribuer à une cause générale multifactorielle complexe. Pour autant, sur la Bienne comme ailleurs en Franche-Comté, les causes de pollutions sont bien identifiées. Assainissement insuffisant des eaux usées (sur la Bienne cela saute aux yeux), agriculture en système karstique, traitement du bois, sont autant d’éléments composant le Chao que l’on vit actuellement.

    Ceux qui attendent des réponses rapides à toutes les questions qui se posent risquent d’être déçus. C’est là toute la difficulté des dossiers de la Bienne, de la Loue, de l’Ain et du Doubs. Et cela permet aussi à l’administration de jouer la montre avant de s’attaquer aux causes, qui de toutes évidences se rattachent toutes à un mauvais état écologique de nos rivières.

    Philippe Boisson

  • Frayères sur le Doubs : une vidéo anti-dépression

    Frayères sur le Doubs : une vidéo anti-dépression

    Voici des images qui redonnent le
    moral. Patrice Malavaux a filmé les frayères sur le Doubs tout près de Goumois.
    Des images sous-marines magnifiques, mises en ligne le 8 décembre dernier, où l’on distingue même les œufs solidement
    ancrés sur le fond préalablement nettoyé par les poissons. Merci Patrice pour
    ce petit cadeau de Noël avant l’heure !

  • Les sept familles de la pêche – Les pressés

    Les sept familles de la pêche – Les pressés

    Notre série de portraits des caractères de pêcheurs continue. Après les “indiens”, voici le portrait du pêcheur “pressé”. En attendant les “mythos”, les “équipés”, les “scientifiques”, les “méfiants” et les “viandards, que vous découvrirez bientôt dans ces colonnes, prenez le temps de vous pencher sur la psychologie de “l’homme pressé”. Dépêchez-vous avant qu’il ne parte troubler d’autres cours d’eau.

    par Vincent Lalu

    C’est l’histoire d’un petit homme plutôt calme et posé qui prenait son temps dans la vie mais se mettait à courir dès qu’il arrivait à la pêche. Il était parisien mais avait ses habitudes sur les rivières de Franche-Comté où l’on pouvait le voir se hâter de mars à janvier. Le petit homme était un pêcheur pressé qui prétendait appliquer son empressement à toutes sortes de poissons, des plus petits au plus gros. Pour lui, tous, qu’ils soient truites, ombres, sandres, perches ou brochets, se devaient d’être capturés de la même façon, à la hussarde, sans trop réfléchir ni tergiverser. Sitôt vu, sitôt pris était la devise qu’il croyait pouvoir faire sienne. Sans admettre que sa méthode était à la fois expéditive et tout à fait infructueuse. Au point que la plupart des pensionnaires de la Loue, du Doubs, du Cusancin ou du Dessoubre, les plus gros comme les plus petits, n’appréciaient que rarement de découvrir le plancher des vaches en sa compagnie. Le petit homme avait des circonstances atténuantes. Toujours les mêmes : il avait trop rêvé ces retrouvailles avec la rivière, au bureau dans des réunions sans intérêt, à la maison en descendant les poubelles, ou en s’endormant devant la télé, qu’il était comme ces amants impatients qui trébuchent dans l’escalier : la précipitation l’empêchait d’être au rendez-vous de sa passion. Du coup, le petit film qu’il s’était repassé cent fois dans la tête, celui de la truite impossible, avec son minuscule gobage sous la branche, son lancer en roulé parfait et la French noire qui passe au millimètre et disparaît dans la gueule du monstre, toujours le même monstre, virait au cauchemar dès qu’il s’agissait de le tourner pour de vrai.
    Presque toutes les versions relevaient sans contestation possible du registre comique, mais on riait toujours à ses dépens et il aurait même pu arriver quelquefois que cela se termine mal. Version 1 : pour ne pas perdre de temps, il a monté sa canne et sa ligne pendant qu’il courait vers la rivière. Et maintenant la soie refuse de fuser parce qu’il a oublié de passer dans deux ou trois anneaux. Version 2 : il a fait si vite que le scion était encore dans la porte de la voiture quand il a claqué la portière.
    Version 3 : il était fin prêt mais a juste oublié de serrer le frein à main de la voiture, qui du coup tient absolument à l’accompagner au bord de l’eau et peut-être même plus loin. Des versions comme ces trois-là, il y en avait beaucoup d’autres. Il lui arrivait même de se les passer en boucle quand le découragement le gagnait. Et il étendait l’inventaire de sa déprime à la généralité de tout ce qu’il étaitcapable de rater : une sauce, une requête, une idylle, un créneau. Et le petit homme faisait ce constat amer qu’à défaut de vivre il gâchait. Passant à côté du meilleur par gloutonnerie de la vie. Tout ce qu’il entreprenait, la pêche comme le reste, il l’exécutait avec la sensualité d’une tondeuse à gazon, l’impatience du chronomètre, se rendant compte après coup et donc trop tard que se ruer vers la truitelle qui gobe à l’autre bout du radier vous condamne à marcher sur la mémère qui nymphe à vos pieds.
    Il avait pourtant connu des pêcheurs à la fois pressés et efficaces. Deux plus particulièrement qui étaient de la génération des pêcheurs professionnels condamnés à pêcher le plus vite possible pour les besoins du commerce. Mémé Devaux était en train d’effectuer son premier faux lancer quand vous en étiez encore à vous demander quelle jambe du wader vous alliez enfiler en premier. Il l’avait ainsi vu prendre dix truites en dix minutes, histoire de leur montrer, à lui et à un journaliste de passage, à quel genre d’artiste ils avaient affaire. Puis considérant que cette dizaine suffisait à la démonstration, le magicien de Champagnole avait replié sa gaule jusqu’à l’heure de l’apéro. Dans le genre “je dégaine plus vite que mon ombre”, Henri Bresson et ses cuissardes de meneuse de revue n’était pas mal non plus. Il impressionnait son monde par cette aptitude à aller plus vite que son ombre sans mettre le poisson en fuite. Il se souvenait ainsi d’une partie de pêche sur le haut Ognon, une fin de mois d’août, où les dorsales des truites traçaient leurs sillages de stress à la surface d’une couche d’eau ridicule.
    Bresson lui avait prouvé ce jour-là qu’il était même capable d’approcher du poisson dans une flaque. Mais ces deux-là étaient vraiment l’exception. Tous les autres grands pêcheurs qu’ils fréquentait étaient plutôt du genre à attendre les grosses pièces autant de temps qu’en requérait leur capture. Ils les entendaient se gausser de ces collectionneurs de truitelles qui comptaient les poissons comme on enfile les perles. Eux ne vivaient que pour la pièce unique, celle que l’on attend des mois et que l’on regrette des années. Et les surnoms qu’ils avaient gagnés à cette école de patience (“le tronc”, “le tuf ”, “le bâton”) témoignaient de leur capacité à se fondre dans le décor de la traque.
    Hélas, leur pêche n’était pas pour lui. Vous imaginez faire six heures de route pour se transformer en lichen. Lui était pressé par nature et par obligation. Il ne pouvait perdre de temps à attendre un improbable poisson trophée qu’il se pressentait incapable de maîtriser. Et puis vint le miracle. Il arpentait sans conviction la rive suisse de Goumois à la recherche d’un gobage, quand, au lieu dit “la place à charbon”, il lui sembla voir un remous en bordure de retourne. Il était à la fin de sa semaine de pêche et les échecs successifs faisaient qu’il courait un peu moins et avait pu de ce fait apercevoir le mouvement de ce qui s’avéra être une très grosse truite. Il ne se souvenait pas d’avoir vu un poisson aussi gros, sauf peut-être dans la réserve du gave à Lourdes. Elle était à la fois très longue et très large, avec une tête bien proportionnée et une gueule dans laquelle aurait pu entrer une bouteille de Romanée. Une manière de petit miracle fit qu’il parvint à prendre place sur un rocher à peu près stable sans éveiller l’attention du poisson.
    Que faire maintenant ? Il essaya de repenser aux conseils généreusement distribués lors des longues soirées d’après coup du soir, des conseils qu’il avait entendus mille fois mais dont il était incapable de se souvenir tant il ne pensait pas avoir à s’en servir. Dans un demi brouillard lui revint pourtant cette recommandation de Jérémie Dujonc alias “le tronc” : “Si tu bouges une oreille, la truite se barre et tu la revois dans douze mois. Ne respire pas, ne te mouche pas, pense que tu es la Victoire de Samothrace. Et, surtout, attends bien qu’elle ait le dos tourné pour poser ta mouche.” Les paroles du “tronc” tournaient dans sa tête beaucoup plus vite que la truite qui, elle, prenait son temps, ouvrant parfois la gueule pour y engloutir une nymphe, ou baillant seulement aux corneilles pour se remettre d’une sieste dont sa robe portait encore la trace. La truite ne paraissait pas dérangée. Et lui qui avait calé des centaines de truites en trente ans n’en revenait pas d’être là, prêt à affronter ce poisson de légende qui ne s’offusquait pas de le découvrir, jouant les statues un soir de tremblement de terre. Il lui sembla qu’une tête orange était vraiment too much pour une dame de cette extraction. Mais comme il voyait assez mal sous la surface de l’eau (à la différence du “tronc” et du “tuf” qui, paraît-il, voyaient les truites sous les pierres), il finit par se résoudre à monter sur une pointe en 16/100 une grosse pheasant tail affublée en tête d’un fort joli toupet du plus bel oranger. La truite prenait son temps. Elle faisait gentiment le tour de sa retourne, profitant comme un prisonnier que l’on vient d’extraire de son cachot des quelques rayons de soleil de cet après-midi finissant. Lui faisait de son mieux pour se hâter lentement. Tout à l’émotion de ce premier succès (avoir réussi à se placer devant un tel poisson sans le faire fuir), il mit le peu d’énergie qui lui restait à mettre ses idées et son matériel en ordre. A intervalles réguliers, une petite voix lui disait : « Pas pressé, pas pressé. » Et lui répétait docilement : « Pas pressé, pas pressé. » Une première fois il balança sa grande nymphe comme il put, en bricolant deux ou trois faux lancers qui produisirent un plouf assez lamentable. De quoi faire fuir le plus curieux des goujons.
    Mais la truite, qui était décidément de bonne composition, fit comme si de rien n’était. Il récupéra sa mouche pendant qu’elle tournait la tête. Et se souvint que le lancer “arbalète” pouvait, dans sa situation, être un recours efficace. Sa première tentative fut catastrophique. La grosse mouche, saisie à l’envers, s’enfonça profondément dans son pouce. “Pas pressé, pas pressé”, répéta la petite voix pendant qu’il s’arrachait la moitié du doigt.
    La troisième tentative fut la bonne. La grosse nymphe s’éleva gracieusement dans le ciel et se posa avec discrétion à deux mètres du poisson, qui amorçait justement son virage. Il vit distinctement l’énorme gueule s’ouvrir alors qu’elle venait vers lui et ferra juste à temps pour que la pheasant tail échappe aux puissantes mâchoires de la fario. Il venait de rater la truite de sa vie par excès de précipitation. “Trop pressé, trop pressé”, dit encore la petite voix. “Ta gueule”, répondit le petit homme en faisant mine de jeter canne et épuisette dans le Doubs. Mais il se ravisa en se disant qu’il n’avait pas vu le poisson s’enfuir.
    La truite, qui lui voulait du bien, était maintenant attablée sur des spents de mouches de mai. Il se rua sur l’une de ses boîtes à mouches dont il déversa, par mégarde, l’essentiel du contenu dans le courant voisin, ne sauvant qu’une grande Danica qu’il se mit en devoir d’attacher en lieu et place de la pheasant tail. Il tremblait maintenant comme un saule et la petite voix ne le lâchait plus. Un faux lancer, deux faux lancers, la mouche de mai amerrit sous le nez de la grande zébrée, qui s’en saisit brutalement. La suite se raconte au ralenti. Le pêcheur ferre, la mouche se plante dans la lèvre supérieure du poisson, qui se retourne dans une gerbe d’écume et prend cette fois le large avec cette décoration que lui envieraient bien des amateurs de piercing. Quant au petit homme, il contemple hébété la torsade de nylon, vestige d’un noeud monté à l’envers. “Trop pressé, trop pressé…

  • Pêche à la mouche : dix conseils pour éviter la bredouille

    Pêche à la mouche : dix conseils pour éviter la bredouille

    Parce que l’exemple vaut souvent mieux que la leçon, voici dix bonnes raisons de réussir à la pêche à la mouche et d’éviter l’échec. Car si toutes les cannes se valent et que globalement, nous n’avons jamais disposé d’un matériel aussi performant, les problèmes proviennent de petits détails techniques qui deviennent vite très désagréables, ainsi que d’une stratégie d’approche trop souvent simpliste…

    J’ai passé une partie de l’été (2006) à pêcher à Goumois, dont le parcours est l’un des mieux peuplé en truites et ombres sauvages d’Europe, mais qui est également l’un des plus difficiles à cette époque de l’année. Cet endroit que je fréquente depuis bientôt vingt ans a toujours été une référence en matière de difficulté, un must pour les pêcheurs à la mouche français, suisses, belges ou italiens, qui tous savent que la pêche sera d’une grande qualité, mais qu’elle ne sera pas facile. J’ai croisé des vieilles connaissances, habituées du Doubs qui ne se plaignaient pas et prenaient quelques poissons, observé des touristes en pleine galère, excédés par ces magnifiques poissons sauvages qui viennent chasser les vairons jusque dans leur bottes. L’un d’eux se lâcha : « heureusement que la chasse est fermée ! », un autre plus poétique : « il faut que je revoie mon jeu de séduction, car celui-ci ne marche plus… ».
    Tout en discutant, j’observais leur matériel. Rien à redire, c’est du haut de gamme, et du beau, rien que du beau, ce qui se fait de mieux à l’heure actuelle. Puis chacun est reparti pêcher, pas trop loin les uns des autres, car sur ce parcours, vous ne faites pas trois mètres sans tomber nez à nez avec plusieurs poissons qui font mine de ne pas vous avoir vu.
    En les regardant pêcher, j’ai compris, si besoin était, à quel point il ne suffit pas de posséder la meilleure soie, la plus belle canne, et deux valises de mouches pour réussir sur un parcours comme celui-là.
  • Les cinquante ans du Moulin du Plain

    Les cinquante ans du Moulin du Plain

    En un demi-siècle, il est passé pas mal d’eau devant l’hôtel culte de la famille Choulet, sur le Haut-Doubs à Goumois, au bord de la frontière avec le Jura suisse. Petite et grande histoires d’une saga franc-comtoise.

    C’est d’abord l’histoire d’une famille de paysans comme on les aime dans le Haut-Doubs, travailleurs, bons chrétiens, bons voisins. Les Choulet habitent Le Plain depuis plusieurs générations, ils élèvent des vaches et descendent parfois jusqu’à la rivière où ils ont une pâture et cette ruine d’un moulin à l’ancienne qui depuis toujours fascine Pierre, l’un des fils.

    Pierre n’est pas pêcheur et ne le sera jamais mais le Doubs sous les pierres duquel il a parfois mis les mains, est sa deuxième maison, celle où il veut faire sa vie. Un beau jour avec Odile, la bonne élève (première du département au certificat d’études), ils décident de redonner vie au vieux Moulin. Commence alors, en février 59, le chantier de tous les dangers, avec reconstruction des murs et pose hasardeuse d’une charpente.

    Le Moulin du Plain est né : « Nous avons emménagé le 26 juillet 61, raconte Pierre, avec quelques vaches descendues du Plain. Très vite, devant le succès on a viré les vaches et à la place on a construit des chambres pour les pêcheurs. »

    Dès ce moment-là, le Moulin devient une adresse incontournable de la pêche à la mouche française et européenne. La bonne idée de Pierre est de s’associer à TOS pour créer un parcours mouche et mettre fin à la razzia des semi-professionels qui vendaient du poisson aux restaurants du coin. « Cela n’a pas été toujours bien accueilli, notamment par un douanier qui, du jour où le parcours fût créé, refusa de me serrer la main. » Les locaux n’aimaient pas trop non plus, et ils n’avaient pas tort, que ces touristes pêcheurs barbotent en waders dans le Doubs. « Tiens v’là les canards à Choulet.» Il fallut aussi s’employer à convaincre les Suisses que le parcours était bon pour tout le monde. Pierre se transforma en diplomate pour que soit réaménagée l’historique convention qui régit les rapports des deux Etats à propos du Doubs frontière. Enfin, il obtint grâce à la complicité d’un sous-préfet et des douaniers suisses, que soit enlevée la chaîne qui empêchait le passage sur le pont de Clairbief, au grand dam de l’hotelier suisse, voisin du pont, qui pensait à tort que la fin de ce cul-de-sac lui serait néfaste . (« Un an plus tard, il venait me remercier. ») En fait le succès du Moulin du Plain fut assez fulgurant. Il eut droit à des reportages dans les journaux du monde entier. Et jusqu’au Japon où un magazine choisit de faire un gros plan sur les vaches (des Pie rouge de l’Est) pour présenter le Moulin et ses propriétaires.

  • Masters Pêches sportives : La Franco Suisse 2011

    Masters Pêches sportives : La Franco Suisse 2011

    C’est un challenge plutôt difficile qui attendait les participants au Masters Verrerie 2011 de pêche à la mouche, organisé comme chaque année par la revue Pêches Sportives et l’AAPPMA La Franco-Suisse. En effet, l’état des populations d’ombres, mises à mal depuis deux saisons inquiétait fortement les organisateurs puisque c’est ce poisson, moins méfiant que la truite, qui permettait d’ordinaire de départager les vainqueurs. Fidèles à leur engagement environnemental, les organisateurs ont décidé cette année de protéger les ombres restants, en particulier une jeune population dont on espère qu’elle redonnera prochainement au parcours de Goumois ses lettres de noblesse. C’est donc la truite, plus farouche et aguerrie que jamais en cette fin de saison, qu’ont dû pêcher la sélection des 8 passionnés, invités pour l’occasion.

    Devant cette difficulté supplémentaire, les pêcheurs ont dû déployer leurs trésors d’adresse, de stratégie et de discrétion afin de séduire les belles zébrées du Doubs Franco-Suisse, et tenter d’en prendre le plus grand nombre, ou de capturer le plus gros poisson du jour, ces deux catégories étant récompensées distinctement. Le point commun de ces deux trophée est leur nom « la Coupe André triboulet », en mémoire à l’historique Président de la Franco-Suisse. C’est avec une certaine aisance que Nicolas Germain, l’Homme de la rivière d’Ain, remporte les deux trophées remis en main propre par Hélène Triboulet, avec 4 truites de 35, 38, 39 et la plus belle du jour, 50 cm. 11 autres truites, toutes entre 35 et 44 cm seront venues faire le bonheur des autres pêcheurs, qui, même s’ils n’ont pas gagné, sont repartis ravis de cette belle journée, encouragés par ces poissons magnifiques et encore bien présents, et qui justifient à eux seuls le combat mené pour la sauvegarde du Doubs.

  • Goumois, la manif, pour ceux qui n’y étaient pas.

    Goumois, la manif, pour ceux qui n’y étaient pas.

    Voilà le souvenir de cette journée, hélas trop triste pour pouvoir en parler d’avantage…

  • Rassemblement franco-suisse du 14 mai à Goumois

    Rassemblement franco-suisse du 14 mai à Goumois

    Après l’hécatombe piscicole sur la moyenne Loue en 2010 et les atteintes subies par le Doubs franco-suisse et l’Ain, eux aussi victimes de pollutions diverses et variées… Après avoir trop longtemps constaté la dégradation de nos milieux naturels et de nos rivières en particulier… quel que soit le côté de la frontière, il est désormais temps de nous mobiliser car nos rivières peuvent encore être sauvées. Les pollutions et les agressions dont sont victimes nos rivières ne sont pas irrémédiables, bien au contraire. Et la nature a déjà montré qu’elle pouvait reprendre ses droits. Nos actions doivent permettre de retrouver une harmonie entre l’homme et la nature en imposant une nouvelle donne sur les rivières du plateau jurassien. De la sauvegarde des truites sauvages à la préservation de la ressource en eau pour les générations futures, les enjeux de cette mobilisation sont nombreux.

    A l’initiative d’associations suisses et françaises (collectif SOS Loue et Rivières comtoises, de Pro Natura, de la CPEPESC et de la société de pêche La Franco- Suisse), un rassemblement est donc organisé ce printemps à Goumois. D’autres associations sont intéressées pour rejoindre cet événement. Ce rassemblement se tiendra le samedi 14 mai 2011 à 14h30. Le rendez-vous est fixé sur le pont de Goumois. Cette journée se veut militante pour obliger nos dirigeants à prendre les décisions qui s’imposent en matière de lutte contre les pollutions. Mais elle sera aussi festive pour que chacun profite de cette belle vallée. Concernant la Loue, une manifestation sera également prévue au printemps dans l’esprit de “l’enterrement à Ornans” qui s’est déroulé l’an passé.

    Tous les détails de l’organisation de ces manifestations seront disponibles en ligne dans les semaines à venir sur les sites Internet des associations à l’initiative du rassemblement.

    www.arrete.net (collectif SOS Loue)
    www.pronatura.ch/ju/
    www.goumoispechesloisir.fr
    www.cpepesc.org

  • Eloge du kelt

    Eloge du kelt

    Le kelt et le Parkinson ont en commun d’aimer suffisamment la vie pour y croire toujours et encore. Itinéraires parallèles de deux héros qui confient leurs destins aux courants des rivières.

    Par Vincent Lalu

    Deux histoires parallèles, celle d’un homme, celle d’un poisson, deux histoires qui n’en font finalement qu’une tant elles parlent de la même chose qui est le combat pour la vie. J’ai rencontré les deux. Le poisson à la fin du printemps sur la Varzina, l’homme au début de l’automne à Goumois, lors des Farios de Pêches sportives. Le poisson était un kelt de plus d’un mètre en route vers son nouveau destin, l’homme un pêcheur atteint de la maladie de Parkinson qui faisait de son infortune une incitation puissante à profiter de l’existence.
    Le kelt (je préfère son nom anglais à l’horrible “ravalé” français) est un saumon, en général une femelle qui a survécu à la terrible épreuve de la fraie et qui, après un hiver passé dans une fosse, se laisse glisser vers la mer au retour des beaux jours. Lorsqu’ils arrivent dans l’Atlantique où commencera leur nouvelle vie, les kelt ne sont pas en grande forme : ils n’ont plus que la peau sur les arêtes et constituent une proie facile pour les phoques et les flétans.
    C’est d’ailleurs à cause de cette faiblesse que les pêcheurs leur manquent en général de respect.
    Quand ils en parlent, c’est comme s’ils évoquaient une maladie honteuse, un secret inavouable, une grosse tuile : “Ah, l’horreur, il a pris un kelt. Une semaine de pêche pour un kelt.” Je revois l’ami Pepete, son superbe kelt épais comme une corde à sauter négligemment jeté sur l’épaule, marchant vers nous depuis le pool 45 de l’Hafralonsa, en Islande, d’un pas de consul romain en route vers son triomphe.
    “Mais c’est un kelt… — Un quoi ? — Un kelt, Pepete, un kelt, tu nous as rapporté un kelt !” On lui disait ça sur le ton d’un type qui engueule son chien tout fier de rentrer à la maison avec un bout de charogne en travers de la gueule. Le kelt est pourtant un authentique héros, la vedette d’un remake du survivant. Un sursaumon comme on dirait d’un surhomme, tout ce dont on rêve qui fait les séries télé, les unes des magazines, alimente la saga du genre humain, l’histoire d’un type qui était en route pour le cimetière et que l’on retrouve dans une rave party l’année qui suit.
    Mon premier kelt m’a donc plus ému que déçu. Il venait après deux jours de bredouille sur une rivière, la Varzina, où la bredouille n’existe pas (voir Pêches sportives n° 85). J’avais donc plutôt de la reconnaissance pour le kelt qui m’avait permis de ne pas trop oublier à quoi ressemblait un poisson.

    D’ailleurs il n’était pas mal, pas trop maigre, bâti comme deux saumons bretons ou quatre de la pisciculture de Chanteuge (Allier). Un kelt assez bien armé pour y retourner, dont je me suis demandé par la suite s’il était parvenu à échapper aux flétans. Au départ, le kelt est un saumon comme les autres, souvent donc une femelle, qui a grandi dans sa rivière puis grossi en mer pour devenir cette fusée d’argent qui remonte le courant de ses origines, le ventre précieusement gonflé des oeufs qui perpétueront l’espèce. Ce retour au bercail est rapide, quelques semaines seulement pour passer de la force de l’âge aux naufrages de la vieillesse. Chaque kilomètre parcouru, chaque pool franchi le rapproche d’un destin cruel : il va connaître presque simultanément les feux de l’amour et les cendres de la mort sans qu’il soit possible de dire à quel moment sa robe nuptiale se pare des couleurs du deuil.
    La plupart des saumons vivent simultanément la fureur de la procréation et la tragédie du néant. Il n’y a pas chez eux de petite mort, l’amour et la mort ne font qu’un. Chez les mâles surtout, qui se bousculent plus que les femelles aux portes de l’enfer. Presque tous se décomposent de leur vivant dans une tragédie classique où les unités de temps, de lieu et d’action sont entrées en fusion.
    Sauf que le kelt échappe à tout cela. Il est le rescapé. Il quitte la frayère quand elle devient un mouroir et retourne à la vie. Le kelt, c’est un petit bout d’immortalité qui descend la rivière.
    Et c’est aussi en retournant vers une rivière (en l’occurrence le Doubs) que Georges-André Matile, né le 6 juin 1944, atteint de la maladie de Parkinson, a entrepris de se sauver.
    Douze ans que cet ancien directeur commercial d’une entreprise de vente par correspondance de La Chaux-defonds (Suisse) lutte contre son mal, douze ans qu’il continue de pêcher, avec l’aide d’une bande de plus jeunes de la société de pêche dont il est président (La Gaule neuchâteloise).
    “Ils sont là quand il y un noeud à faire, ou quand il faut passer le fil dans les anneaux, ou quand il manque 50 cm pour remonter sur la route.” Bob était un hyperactif, champion de planeur, spécialiste d’acrobatie aérienne, champion de Suisse de modèle réduit, motard confirmé sur sa Suzuki GSXR. Et puis, un jour, sa jambe s’est mise à trembler. Il a dû laisser le volant à sa collègue.
    “Le premier jour ça a été compliqué. Elle oubliait systématiquement le clignotant. Et, moi, je n’osais rien dire. Et puis, à la fin de la journée, je n’ai pas pu m’empêcher… — Le clignotant, Ruth, le clignotant ! » — C’est pas le clignotant, Bob, c’est ton pied.” Et puis il a fallu arrêter de travailler, et arrêter beaucoup de choses encore. Tout ce qui faisait le quotidien d’un homme hyperactif. Tout, sauf la pêche. “La pêche, je savais que je m’adapterais.” Et il s’est adapté. Au lieu de pêcher des heures debout à la mouche, il s’est mis au poser.

    Au lieu de courir des kilomètres, il a appris à mieux choisir ses emplacements. A se placer sur le bon rocher pour gagner le concours de sa société de pêche : une truite de 1,830 kg à la maisonnette (larve de trichoptère) et un ombre de 48 cm à la nymphe.
    “La passion, c’est plus fort que tout, que je pêche à la mouche ou au ver, peu importe. Ce qui compte, c’est de pêcher.” On pourrait dire de Bob que c’est une manière de kelt.
    Comme un kelt, il fait de la résistance, comme un kelt, il ignore avec superbe les outrages que le destin lui inflige. De sa maladie, il fait une force. Il n’a jamais pêché autant qu’aujourd’hui.
    Ses amis l’emmènent avec eux à l’autre bout du monde affronter les marlins de l’île Maurice. Et, le soir, quand ils font la fête à l’hôtel, on lui installe sa chaise sur le ponton et lui continue de pêcher le calamar à la turlutte.
    “C’était rigolo de voir ces dames en robe de soirée se prendre des giclées d’encre malgré mes avertissements. J’ai même pêché des carangues en pédalo… Moi, je pêchais pendant que mon pote Thierry Christen pédalait. Du travail d’équipe.” Et qui marche. Ses plus gros poissons, c’est aujourd’hui qu’il les prend : un brochet de 1,20 m et 12,5 kg à Biaufonds, une truite de lac de 7 kg à l’embouchure du Seyon, deux truites de 4,5 kg pièce, une au Rapala, une au vif à Maison-Monsieur dans le Doubs. Et quatre truites encore le 15 janvier dernier, au ver, de 4,5 kg, 4,1 kg, 4 kg, et 3 kg, des truites de lac en transit en deuxième catégorie.
    “Il m’arrive parfois de me dire : pourvu qu’il n’y en ait pas un trop gros qui morde…” Il ne fait aucun doute que les poissons ont été plus sympa avec Bob que les hommes le sont habituellement avec les kelts. Il semble qu’ils l’ont reconnu comme un des leurs. Il a la rage de vivre et l’énergie conquérante. Il en a aussi l’extrême faiblesse, les membres affaiblis et l’appréhension du futur. Mais la pêche, l’eau, ses courants, ses surprises, lui donnent cette incroyable force qui lui permet depuis douze ans de vivre avec sa maladie.
    “Le dernier cadeau que la rivière m’a fait pesait 5,5 kg. C’était au printemps dernier dans le grand trou de la douane, au pont de Goumois. J’avais pêché un peu au vairon mort sans grande conviction et donc sans résultat.
    — Tu dois être fatigué, me dit Jean-Claude Cachot, le patron de l’hôtel du même nom. Je vais te mettre une chaise à la terrasse, tu seras mieux pour pêcher.

    Aussitôt dit, aussitôt fait, je monte ma Shakespeare Mach 3XT avec du 18/100 sur mon Shimano et un bas de ligne de 14/100 en Teklon testé à 14,1 au micromètre. Le tout esché, cette fois, d’une nymphe à bille dorée suspendue sous un bouchon. Le Doubs était assez fort parce qu’ils turbinaient. Je lance ma ligne au milieu du trou pour une première coulée. Je rajuste mon fond. Et, au deuxième passage, ce fut “quine”, comme on dit au Loto. J’ai tout de suite compris qu’elle était grosse. Mais, au lieu de démarrer, elle se tortillait sur ellemême, se laissant même glisser vers le talus au fond du trou. Là, je me suis dit : profites-en bien, il n’y en a plus pour longtemps. Elle va prendre le courant et tout sera fini. Au lieu de quoi, elle se rapproche du bord et commence à remonter le long du mur au bout duquel j’étais installé. Un peu comme si elle voulait me saluer avant de s’en aller. Effectivement, arrivée à mon niveau, elle oblique à droite et replonge dans le trou. Je la suis, toujours aussi incrédule, mon 14/100 au contact, puis elle revient vers moi et se met à glisser gentiment le long du mur dans le sens du courant, exactement en direction de Canin, le fils Cachot, qui s’est posté avec une grande épuisette immergée. Et là, miracle, un rayon de soleil éclaire la rivière au moment où la truite passe au-dessus de la filoche. Je hurle : Go ! Canin relève l’épuisette. La truite est dedans. 11 livres pour 76 cm.” Dans un fauteuil. Salut l’artiste.

  • Fraie des ombres sur la Loue

    Fraie des ombres sur la Loue

    Loue, inquiétude et espoir La fraie de l’ombre a démarré sur la moyenne Loue (Lizine) où l’on peut trouver quelques ombres adultes en plein ballet sur les gravières. La taille moyenne de ces poissons adultes n’est pas très élevée et se situe autour d’un petit 35 cm. A l’examen des photos prises le 24 mars environ un poisson sur cinq montre une lésion rosée ou blanchâtre, preuve que ces ombres ne sont toujours pas tirés d’affaire suite aux épisodes de mortalités qui les touchent, (ainsi que les truites) depuis deux ans. Le temps très sec, sans pluie qui perdure sur la région de Franche-Comté depuis plusieurs semaines fait craindre une nouvelle hécatombe. Les premiers beaux jours ont toutefois permis de voir une quantité non négligeable de poissons juvéniles (1 à 2 ans). Sur leurs frêles nageoires repose l’avenir de la Loue.
    Rappelons qu’une manifestation se déroulera le 14 mai à 14h00 sur le pont de Goumois (rivière le Doubs) et qu’une autre aura lieu à Ornans (Loue) début juin. Ces deux événements auront pour but de montrer le mécontentement des amoureux de ces deux rivières face aux mesures insuffisantes de l’administration pour réduire les pollutions sur ces deux bassins versants.

    Philippe Boisson.

    Vous pouvez suivre l’évolution de la situation pour les cours d’eau franc-comtois sur les sites suivants :
    Commission de Protection des eaux, du patrimoine, du sous-sol et des chiroptères www.cpepesc.org 

    Collectif Loue et rivières comtoises www.arrete.net 
    Collectif Saône Doubs Vivants http://sdvsv.free.fr/collectif.htm