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Étiquette : Goumois

Le Moulin du Plain de nouveau ouvert !
Christophe Choulet nous informe que la célèbre auberge située à Goumois sur les rives du Doubs franco-suisse ouvre de nouveau ses portes pour l’ouverture, qui comme chaque année a lieu le 1 er mars sur ce tronçon du Doubs. C’est donc une excellente nouvelle pour tous les amoureux de ce lieu unique en son genre où toutes les fines gaules de France ou de Navarre ont défilé dès la fin des années 1960. Si le Doubs n’est plus celui de cette époque où on marchait sur les truites et les ombres, la beauté du site n’a d’égal que sa grandeur. La pêche reste intéressante pour qui sait s’adapter et la longueur du parcours (27 km) n’a pas d’équivalent dans le département et même au delà. En nous espérant nombreux à faire revivre cette véritable légende qu’est le Moulin du Plain !
Les tarifs et les renseignements pratiques sont consultables sur le site de l’auberge :

L’indien
A force de ramper dans les fourrés, d’attendre les truites là où elles ne s’attendent pas à trouver un colis piégé, notre ami Jean-Christian Michel a fini par se transformer en animal. Il a fini par comprendre le comportement des poissons avec un instinct animal. A un tel point qu’il en est devenu capable de tromper trois fois la même truite sur le Doubs Franco-Suisse ! Une fois en 2014 lorsqu’elle mesurait 51 cm et, tenez-vous bien, deux fois dans la même semaine, à trois jours d’intervalle peu avant la fermeture du 30 septembre sur ce parcours. La bête, qui a craqué pour des nymphes artificielles, fait désormais 57 cm. Sans la pratique du no-kill (le poisson a été relâché à chaque fois) et la petite photo souvenir qui permet de comparer la pigmentation, cette belle aventure n’aurait jamais eu lieu. Cette histoire singulière sera racontée avec passion par l’auteur lui-même dans le prochain numéro de Pêches sportives, à paraître fin novembre.

Un peu d’espoir pour le Doubs Franco-Suisse !
Le magazine Pêches sportives et l’AAPPMA la Franco-Suisse ont réalisé le 19 septembre leur traditionnel challenge amical de pêche à la mouche sur le Doubs en aval de Goumois. Ce concours symbolique et sympathique permet non seulement de passer une bonne journée au bord de l’eau, mais surtout de ne pas oublier le Doubs, car souvenons-nous qu’en 2010, les populations de truites, d’ombres, de chabots ou de loches avaient beaucoup soufferts des effets conjugués de différentes pollutions. Si le Doubs n’est pas totalement remis de ce mal qui concerne autant les pollutions agricoles que domestiques, autant sur le versant suisse que français, les équipes de la Franco-Suisse et de La Gaule de La-Chaux-de-Fonds ont mis les bouchées doubles pour redresser la barre. Le nouveau règlement d’eau imposé aux barragistes et désormais en place et ses effets sont bénéfiques pour la rivière, même si tout n’est pas encore parfait. Il vise à limiter l’effet des éclusées qui sont plus étendues dans le temps, donc moins en mode “chasse d’eau”. Il reste encore à négocier un mieux concernant le palier qui couvre la tranche 2 à 9 m3/s (barrage du Châtelot). Un budget de 26 millions de francs suisses aurait été débloqué pour (enfin !) revoir complètement la station d’épuration du Locle qui est obsolète depuis des décennies. Côté français, le Collectif Doubs-Dessoubre a effectué un remarquable travail de terrain en identifiant tous les points noirs de pollutions (assainissement) et en rencontrant les maires des communes pour trouver des solutions. De son côté, le Collectif SOS Loue & Rivières Comtoises fait pression sur les autorités françaises pour faire interdire purement et simplement l’épandage de lisier en période non végétative, car dans ce cas, la nature est clairement prise pour une poubelle. La région du haut Doubs étant karstique, ce lisier finit inévitablement dans les cours d’eau. Lors de cette journée, tous les concurrents ont pris des truites et c’est le collaborateur de Pêches sportives Jean-Christian Michel qui l’emporte pour la seconde année consécutive devant Jean-Michel Radix et Vincent Roy.
(Photo : Patrice Malavaux. Philippe Boisson avec une belle du Doubs. En arrière plan, le fond du Doubs hélas colmaté par les algues, montre qu’il y a encore beaucoup à faire pour la rivière…).

Bonnes feuilles : Saint-Pierre était belge, pêche amour et jalousie.
C’est un petit village franco suisse à forte population belge. Au milieu coule le Doubs, ses truites, ses mouches et ses « pêchoux ». Dans le roman de Georges Quinot il est surtout question d’amour, de pêche et de jalousie. Où quand francophonie et francofolie font bon ménage… Morceaux choisis.
Le soleil avait quitté la rivière. J’avais abandonné le restaurant avant le dessert. Jacky, aurait bien fait de même, mais son regard de chien battu ne rencontrait pas, dans celui de son épouse, l’acceptation qu’il espérait. Le repas se faisait en famille et ce, jusqu’au bout. Et cette fameuse glace vanille qui n’arrivait pas. 20 h 45. Jacky ouvre le coffre de sa voiture et se précipite sur son matériel de pêche. « À ton avis, Jojo, je monte ma neuf pieds carbone ou ma huit et demi en bambou refendu ? À moins que… La neuf pieds et demi… Ou alors ? Une vraie femme devant sa garde-robe un soir de sortie ! – À titre documentaire, je te signale que la pêche ferme à 22 h 30. – Oui, je sais, mais… J’hésite. Peut-être la dix pieds avec laquelle j’ai piqué une truite de neuf cents grammes, l’été dernier. – Tu ne dois pas souvent le prendre, de cette façon-là. – Quoi ? – Ben ton pied ! – Imbécile ! Allons, je me décide, va pour l’action de pointe. Où va-t-on ? – Au pré À Émile. » Cet endroit de pêche se trouvait, pour qui désirait faire un coup du soir sans histoire, à dix encablures de canne à mouche de l’hôtel. Tous s’y rendaient en flânant, la ceinture défaite pour la digestion et une larme de vin dans l’oeil. Certains devisaient sur la dureté de l’existence, d’autres sur la valeur de leur matériel, la plupart sur leurs exploits… passés. La canne à mouche sur l’épaule, nous longeons la rivière. Vu la chaleur torride de la journée, les choses sérieuses ne commenceraient pas avant une heure. Au début du pré, nous croisons un couple de pêcheurs absorbé par la comparaison de leur mouche. Pourquoi pas, les gamins comparent bien leur zizi ! « Et cette année, Jacky, où as-tu fait l’ouverture ? – Sur la haute Lesse, près de Daverdisse. C’est mon fief et on y trouve encore quelques truites sauvages. – Tu as pris quelque chose ? – Oh tu sais, à la mouche, à l’ouverture ! Parfois quand même, sur le coup de midi… – Pourquoi ne pêches-tu pas au vairon ? – Ça ne m’amuse pas. – C’est net et précis et puis, il est vrai que si tu devais t’équiper au vairon comme tu l’es pour la mouche… – Jaloux ! » Au loin j’aperçois un retardataire. Il marche lourdement en louvoyant. Une fois à gauche, une fois à droite de la route, sans doute pour équilibrer les deux litres de vin ingurgités durant le repas du soir. Il n’arrivera pas à la rivière. Le couple français divorce et prend possession de l’eau. Ils y entrent jusqu’aux mamelons, allument leur lampe de poche pour ne pas s’étaler dans un herbier, qui n’a rien à faire dans leur rivière, et fouettent sur un gobage produit par la cueillette d’une hirondelle.
« T’as vu Jacky, les canards du Relais du pêcheur ! – C’est bien, c’est bien. – Tu trouves ? – Ben oui, c’est ça qu’on appelle protéger une rivière. Partis comme ils sont là, ils ne risquent pas de prendre du poisson. C’est pour ça que le pré À Émile est renommé pour ses grosses truites imprenables. Et encore, tu n’as rien vu, attends qu’une truitelle gobe sur la rive d’en face, ils vont courir, peut-être prendre le bouillon, dévaler et être recueillis en héros dans la chute de l’hôtel.
– Tu exagères. – Oui, un peu… Mais si peu ! » La valse des truitelles commence. « Les sedges sortiront trop tard, dit Jacky. Je vais mettre un spent. Tiens. Regarde cette petite merveille à corps rouge. Non, plutôt ce corps violet. – Pour moi, c’est chou vert et vert chou. – Pour toi, peut-être, mais pour le poisson… – À cette heure, je n’y crois pas. Rouge foncé, rouge violet, violet presque rouge ou rouge quasiment violet, elles doivent s’en foutre. Enfin, si tu y crois, c’est le principal. – Jojo, tu me fais hésiter. – On peut retourner à l’hôtel. Tu changeras de canne, de veste de pêche, de cuissardes. Tu feras ton petit pipi en te demandant s’il est préférable de le faire droit, vers la gauche, la droite, plongeant, minuscule ou énorme, goutte à goutte ou continu et pourquoi pas, pour changer, en éventail… – Ce que tu peux être con, Jojo ! Je ne sais vraiment pas pourquoi je t’accompagne. – Peut-être pour te dire que quelque chose de sérieux vient de gober à gauche de l’herbier. – Lequel ? – Le quatrième après le rocher. » La truite se manifeste à nouveaux. Jacky se lisse la moustache en plissant les paupières. « Jojo, tu deviens vieux, c’est une crevure. – Essaye tout de même, elle fait peut-être la maille. – Une crevure je te dis. » Il déploie sa soie, pose et laisse dériver. J’admire sa façon de poser, tout en légèreté et précision. Au premier passage, le poisson monte, il ferre. « Waouh ! C’est une belle ! Si elle va dans l’herbier, c’est foutu… Avec mon quatorze centièmes… Elle y va ! CASSÉ ! – Bah, ne t’en fais pas, ce n’était jamais qu’une crevure que mes yeux de vieillard avaient prise pour un beau poisson !Au moins tu sais où elle se trouve. »
Soudain, un énorme juron crève le calme de la rivière. Cent mètres plus bas, l’un des scaphandriers essaye difficilement de nager sans perdre son chapeau et sa canne. « Et un canard, UN ! » Je me précipite, Jacky m’arrête. « Calme-toi. Son copain est là et puis, il peut nager. Tu penses, ce ne doit pas être la première fois ! Tu irais, toi, au milieu du Doubs, de l’eau jusqu’aux bretelles, sans pouvoir nager ? – Moi ? Non ! Mais je suis Belge, intelligent et réfléchi. – Tiens, je n’avais pas pensé à ça, dit Jacky remplaçant sa mine déconfite par un regard vengeur, sa mouche perdue par une nouvelle semblable à la première. – Comment peux-tu faire, si vite, dans le noir ? – Moi, Monsieur, j’ai un oeil de lynx, des réflexes de panthère et la patience d’un héron aux aguets. – Tu oublies la quête d’ours. – Pourquoi d’ours ? – Une quête d’ours ne travaille que deux fois par an et, comme ta femme nous l’a laissé entendre… – Arrête ! Mais c’est pas vrai, tu veux me déconcentrer. Pêche plutôt. Va prendre la place des canards, imite les, prend le bouillon. Au moins je pourrai pêcher à l’aise. – Tiens, encore là, près du caillou. Pas le gros, le tout plat en bordure de courant. Montre-moi comment on jure… Et comment tu casses. » Jacky hésite pour me laisser tenter le poisson. Voyant mon apathie, il remet ça. La truite refuse. Deuxième passage, nouveau refus. « Elle n’en veut pas, chuchote-t-il. – Inutile de parler si bas, elle ne t’entend pas. Et puis, je pense, qu’elle n’a pas envie de se balader avec une mouche dans la gueule, pendant huit jours. Je crois, sans vouloir te vexer, qu’elle s’est aperçue que la canne était tenue par une brute jurant et inamicale. » Jacky appuie son troisième lancer : « Elle ne peut pas me faire ça. Cette mouche est parfaite et mon lancer… » La truite gobe, nous gratifie d’une superbe chandelle, se tord plusieurs fois, dévale quelques mètres et se rend, la gueule ouverte, étouffée par l’air qui s’y engouffre. « Si tu ne te décides pas à l’épuiser, elle va te passer la langue et ficher le camp. » Il saisit le poisson derrière les ouïes et la dépose sur le pré : »Elle fait ses quatre cent. » Il est 22 h 27. Le coup du soir est terminé, pour nous du moins. De gros sedges bruns courent, de plus en plus nombreux sur la surface de l’eau. À ras des roseaux, une toute belle se met à table. chassant goulûment les sedges qui essayent de rejoindre le bord.
Saint-Pierre était belge est disponible dans la partie boutique de ce site.

Bonnes feuilles : Contes et légendes du Moulin du Plain
Depuis que ses maîtres Pierre et Thomas Choulet ont quitté les rives du Doubs pour un monde supposé meilleur, le Moulin du Plain est comme orphelin. L’hôtel mythique où se sont écrites quelques unes des plus belles pages de l’histoire de la pêche à la mouche attend, comme la “Belle au Doubs dormant” que vienne son nouveau prince charmant. Ces contes et légendes, évocation d’un demi siècle de bonheur halieutique, donneront peut-être des idées à un ou plusieurs candidat à la reprise de cette institution franccomtoise. Pour que l’Histoire reprenne son cours.
Ces pêcheurs qui ont bâti la légende de Goumois
« Bonjour, vous êtes le guide de pêche ? – Oui monsieur. Enfin, l’un des guides. Il y en a d’autres dans la région. – Oui je sais, mais vous, vous guidez à Goumois… -… – Voilà, parce que je voudrais absolument prendre une truite à Goumois. – Cela doit être possible… – Attention. Je ne veux en prendre qu’une. – Pourquoi une, et pas dix ? – Non non, je n’en veux qu’une. Parce qu’on m’a dit qu’ici c’était le parcours le plus difficile d’Europe. Et si j’y prends une truite, je pourrai aller en Nouvelle-Zélande sans souci. » Philippe Boisson se gratta la tête : c’était pas gagné. L’homme auquel Pierre Choulet venait de le recommander était un médecin de Mulhouse, pour qui la pêche était d’abord une question de performance. Le genre de client abonné à la bredouille comme d’autres le sont au gaz. Entre le père Choulet et le jeune diplômé de l’école des guides d’Ornans il y avait une manière de contrat tacite : Pierre envoyait des clients à Philippe qui guida au Moulin quatre saisons durant et Philippe s’arrangeait pour leur faire prendre du poisson. « Le problème, se souvient le rédacteur en chef de Pêches Sportives, c’est qu’il m’envoyait souvent des cas désespérés, des clients qui n’avaient pas vu la queue d’une truite depuis leur arrivée à Goumois. » Alors Philippe les emmenait dans les courants sous le barrage du Theusseret, le seul endroit du parcours où il était à peu près sur de son coup, car oublié des pêcheurs à la mouche et peuplé de truites bonnes filles. Pour Pierre l’enjeu était important. Il s’agissait de maintenir le moral de la clientèle au beau fixe dans des périodes où le Doubs rechignait à lâcher ses truites. Plusieurs grands pêcheurs furent chargés à un moment ou un autre de cette mission délicate. Tous ne guidaient pas mais leur seule présence remontait le moral des troupes. Pierre avait imaginé ce recours à l’époque d’Henri Bresson auquel il passait un coup de fil dans son magasin de Vesoul : « Dis donc Henri, ils ne font plus rien du tout. Tu ne voudrais pas venir voir ce qui se passe. » Et Bresson sautait dans sa 2 CV pour venir au secours du soldat Choulet. Et même s’il ne trouvait pas la solution tout de suite – ce qui fut rare – sa réputation suffisait à chasser la déprime : quand on passe la soirée à écouter l’homme qui voit les truites sous les pierres, on se fait plus facilement à l’idée d’être un homme qui ne voit que des pierres là où il y a des truites.
Plus tard, Freddy Muller puis Piam furent également des jokers capables, quand ils étaient là, d’alimenter en zébrées respectables l’évier du Moulin du Plain. Mission que la généralisation des pratiques du no-kill finit par rendre inutile. Smartphones et appareils photos étant devenus d’excellents éviers virtuels. Goumois est une manière de juge de paix où se sont faites et défaites les réputations. Où les exploits des meilleurs spécialistes français de toutes les pêches alimentent une chanson de geste halieutique où prouesses et déconvenues sont la matière des veillées au bar de l’hôtel, un endroit où les truites ratées prenaient un cm par heure passée au-delà du coup du soir et quelques autres le lendemain matin au petit-déjeuner. On l’a vu plus haut ce sont les membres de TOS qui les premiers firent la réputation de l’endroit qui très vite attira tout ce que la France, la Suisse, et la Belgique et une partie de l’Europe comptait de stars de la mouche. Curiosité de l’histoire, l’un des premiers à y avoir pratiqué en nymphe dans les années soixante-dix s’appelait Mouchet. C’est lui qui montra à Freddy Muller, l’un des meilleurs pêcheurs qu’ait connu le Moulin du Plain comment confectionner une nymphe avec un minimum de cerques, un simple enroulement de soie jaune, verte, rouge, ou noire et une cendrée de pêche au coup pincée contre l’oeillet de l’hameçon. Freddy l’Alsacien avait une voix énorme qui traversait le Doubs mais ne dérangeait pas les truites. En sèche il était imbattable. Sa boîte à mouche aussi sommaire que celle d’un Mémé Devaux ne comptait que le strict minimum : des grises à corps jaunes ou rouges (pour les Baetis Rhodani), des sedges gris et marrons de plusieurs tailles, quelques fourmis en saison, des nemours et surtout ses fameux spents d’ecdyonuridae avec lesquels il pêchait les bordures tôt le matin ou juste avant le coup du soir.
Comme tous les grands, Freddy observait longuement la rivière, ses courants, ses cailloux, ses retournes. Il repérait la plupart des truites avant quelles ne gobent et qu’il commence à pêcher. Puis il était très vite en action en faisant preuve d’une rare efficacité. Deux anecdotes plutôt rigolotes disent assez quel genre de pêcheur c’était. La première concerne Henri Bresson avec lequel j’étais en train d’écrire Le sorcier de Vesoul. Un matin de septembre, Henri avait proposé à Freddy un petit mano à mano dont j’étais censé être l’arbitre. Bresson adorait ce genre de confrontation qui lui permettait, en général de bien montrer aux autres pêcheurs qui était le patron. Il avait comme ça collé un 10 à 0 au pauvre Jean-Louis Poirot qui découvrait pour la première fois la haute Moselle. Et bien ce jour-là à Goumois, c’est lui qui prit un 0 à 6 de la part du Freddy. Une autre fois nous étions au bas de la grande ligne droite de tufs en aval de l’île de la Verrerie de la Caborde avec Philippe Boisson et nous nous escrimions sur de beaux ombres qui snobaient nos mouches. Arrive le Freddy qui déjà, à cette époque, préférait le brochet à la truite mais s’était laissé convaincre de décrocher la Daiwa 9 pieds pendue été comme hiver à la rambarde du balcon de son chalet. Il était resté en charentaises pour sauter dans la Fiat Panda rouge qui paraissait mieux connaître le parcours que bien des pêcheurs. Au bout de son bas de ligne il y avait une ecdyo de la saison précédente, une ecdyo sur hameçon de 14 dont il disait luimême que ce n’était vraiment pas une mouche à ombres. Nous entendîmes la Panda piler dans le chemin, puis le géant barbu débarqua avec ses charentaises, sa Daiwa et son ecdyo : « je vais vous faire “cinq secondes sur Tokyo” », en référence aux 30 secondes sur Tokyo de Mervyn LeRoy. Aussitôt dit aussitôt fait : trois secondes pour fouetter et poser, deux secondes de dérive. Pendu. Le Muller éclata de rire, relâcha l’ombre et retourna devant sa télé : « vous déconnez les gars. Ce soir il y a les Tontons flingueurs ». Et puis un jour le Freddy décida de quitter définitivement la compagnie des truites pour celle des brochets de la Goule et de Biaufond. Et il devint un exceptionnel pêcheur au vif dont la petite barque en bois, qu’il avait lui même fabriquée, fut jusqu’à sa mort un élément incontournable du paysage de ces deux lacs. L’Alsacien repose aujourd’hui dans un coin du petit cimetière de Goumois au bord de la route qui va de la rivière aux truites à la retenue aux brochets comme s’il hésitait encore sur le choix de la partie de pêche qui ferait sa soirée.
En fait, toutes les stars de la mouche ou presque sont passées au Moulin du Plain : les Français, Léonce de Boisset, Charles Gaidy, Mémé Devaux, Henri Bresson, mais aussi des Suisses, des Américains (comme Mel Krieger), des Anglais, des Belges et des Allemands. Tout ce que la planète mouche compte de vedettes a, un jour ou l’autre, fait le voyage de Goumois. Certains comme Piam y ont écrit quelques-unes des plus belles pages de leur légende. Pour les uns comme pour les autres Goumois présentait l’avantage d’être un parcours à la fois magique et médiatique, propice à toutes les démonstrations et à quelques déconvenues. Les bredouilles de quelques gloires, que la charité nous commande d’oublier, étant restées célèbres. Piam restera une figure de Goumois. Il y imposa ses techniques de pêche à la nymphe, révolutionnaires pour l’époque. Ce surdoué partageait son temps de loisir, alors qu’il était encore musicien professionnel en tournée sur les routes de Rhône-Alpes et de l’Est entre la Loue de Cademène, chez les Sansonnens, la basse rivière d’Ain et le Moulin du Plain. Piam avait très vite impressionné les clients de l’hôtel en leur montrant comment on peut séduire les plus belles truites en nymphe à vue. Son territoire de prédilection était le petit chemin boisé qui longe les tufs côté France en aval du débouché du canal du Moulin. Pierre lui-même fut très enthousiaste et Piam gagna sur ce terrain autant en réputation que ce que son titre de vice-champion du monde de pêche à la mouche devait lui rapporter.
Une autre figure de Goumois dont on reparlera au chapitre sur la Franco-Suisse a été, est toujours Jean-Michel Radix qui y a mis au point quelques unes des plus célèbres mouches modernes. On lui doit en effet plusieurs petites merveilles comme le subsedge, la nymphe « roulette » et la technique du même nom, dont peu de pêcheurs savent que ce fut son invention, mais aussi la micro-nymphe à tête soudée, ou encore le fameux écouvillon dont on se dit en le voyant que seul un fumeur de pipes a pu imaginer de proposer ça aux poissons, tant ce gammare obèse paraît avoir été inventé pour ramoner les tuyaux de bouffarde. Radix a monté des milliers de mouches, toutes sortes de mouches, dont certaines avec lesquelles il n’a jamais pêché comme des mouches à saumon, des mouches à tarpons, des mouches à marlin, des mouches à bonefishes qu’il montait pour son père halieutique, Victor Borlandelli, photographe et rouletabille grâce à qui Radix est devenu le pêcheur que l’on connaît aujourd’hui. De nombreux autres champions, labellisés comme tels par la compétition ou par euxmêmes, mirent leur talent à l’épreuve du Moulin du Plain. Avec des fortunes diverses. J’ai même vu un membre de l’équipe de France y subir une bredouille retentissante. Mais les autres membres de l’équipe, à l’image de leur capitaine Jacques Boyko, y réussirent plutôt bien. Quelques grands pêcheurs étrangers, souvent anglais ou américains sont venus se frotter aux zébrées du Doubs. Philippe Boisson se souvient de Dick Lenox, ami de Mel Krieger, chroniqueur halieutique dans l’Oregon et pêcheur de steelhead qui avait demandé à Pierre qu’on lui fasse prendre une truite de Goumois le jour de ses 80 ans. « Cela n’a pas été facile. C’était le début de la saison et les eaux étaient très froides. Il a d’abord fallu que je lui explique que le type en face auquel il rendait ce qu’il croyait être un salut, était, le garde-pêche qui ne lui disait pas « hello » mais « pas dans l’eau », sous prétexte qu’il avait les pieds dans une flaque et que marcher dans la rivière est interdit jusqu’au mois de juin. Ensuite nous avons mis un certain temps à trouver la fameuse zébrée anniversaire. Je m’en suis tiré en l’emmenant dans le bas du pré Bourassin, juste avant le radier. Je lui avais bricolé un montage avec une Tabanas en sauteuse témoin et une nymphe en pointe qui a fini par séduire un joli poisson d’un peu moins de 40 cm. »
Et puis il y avait et il y a toujours, les Suisses sociétaires et gestionnaires à parts égales de la société, qui étaient autant chez eux au Moulin que le sont les Français à l’hôtel du Doubs, côté suisse, chez Jean-Claude Cachot et son fils Claude-Alain. Les pêcheurs suisses jurassiens qui, à la différence des Français, ont toujours le droit de vendre le produit de leur pêche, ont souvent privilégié l’efficacité. Il y avait ainsi, dans la génération précédente quelques artistes de la cuiller vaironnée ou de la pêche à la grande canne et à « la petite amorce » (souvent des larves de mouche de mai) qui vendaient leurs prises aux hôtels et restaurants de la région. La joyeuse équipe composée du Frantz Halaüer (alias Papeli), d’Ulysse, d’Hector, d’Achille (il n’y avait pas d’Agamemnon), de Faton et de quelques autres comme Didi Racine, de Tramelan ou Carlo Hyemeli, a prélevé pendant plusieurs années des milliers de truites que le Doubs, à une époque où il était peu pêché, remplaçait facilement. Avec eux la partie de pêche commençait invariablement à l’heure légale, soit au lever du jour et se terminait deux heures après par d’homériques parties de stuck. En général, ils n’avaient pas besoin de ces deux heures pour que leur partie de pêche soit faite : leur parfaite maîtrise de la cuiller vaironnée associée à une connaissance non moins parfaite de la rivière faisait que la messe était dite en moins de temps qu’il n’en faut pour le dire. Le soir ils ne sortaient les cannes à mouche que si cela gobait franchement et n’utilisaient que des sedges ou des culs de canards grossièrement montés dont ils furent parmi les premiers utilisateurs. Les Suisses autant que les Français ont toujours eu la passion de Goumois. Joël Mourin, pêcheur, monteur de mouche et ami de Pierre, avait ainsi tout quitté pour venir s’installer au bord du Doubs. D’autres venaient de Genève (180 km) en taxi jusqu’au Moulin. Certains de ces visiteurs sont restés célèbres comme Georges Joset qui pêchait avec une Hardy Palakona de 10 pieds soie de 7 en bambou refendu, brins virolés, avec un train de trois mouches. À son époque, la pêche était autorisée toute la nuit et Goumois dépendait du canton de Berne puisque celui du Jura n’existait pas. Il y eut encore plein d’autres grands pêcheurs suisses comme Louis Veya, Testarini, Mathys, Houlmann ou André Jeanmaire, l’un des seuls survivants de cette époque. Aujourd’hui la nouvelle génération, représentée par des gens comme Thierry Christen président de la « Gaule » de la Chaux-de-Fonds se passionne plus pour la pêche à la mouche et l’écologie des rivières. Le Doubs est son héritage. Elle sait que c’est un héritage fragile.
A commander dans la partie boutique de ce site.

Masters Goumois 2014, une note d’espoir
Cet amical concours de pêche à la
mouche qui se déroule en fin de saison sur le parcours de l’AAPPMA la
Franco-Suisse (Goumois) devient au fil des ans un classique, qui permet avant
tout de ne pas oublier le Doubs et les acteurs locaux qui se démènent à longueur
d’année pour que ce parcours de renom soit mieux protégé contre diverses
pollutions. Car sans les pêcheurs, le Doubs ne serait sans aucun doute plus
qu’une chasse d’eau commandée à distance par les barragistes. Les Masters,
organisés par Pêches sportives et la
Franco-Suisse sont l’occasion de rappeler que la pêche est toujours une
activité encrée dans la vallée. Cette édition 2014 du concours, le 20
septembre, était l’occasion de vérifier l’état des peuplements de truites et
d’ombres, suite aux mortalités de 2010 et 2013 (qui avaient touché
principalement les ombres). Il est assez fascinant de voir à quelle vitesse les
ombres ont repris possession de l’espace avec beaucoup de petits sujets, mais
aussi des moyens et des gros qu’on croyait disparus. Idem pour les truites avec des sujets de toutes tailles.
Notre collaborateur Jean-Christian Michel gagne la coupe avec sept
poissons dont la taille était
comprise entre 35 et 44 cm (en cinq heures de pêche). Tous les concurrents ont
au minimum pris trois poissons.Ce constat montre à quel point le
Doubs peut se refaire très vite si des efforts sont faits. Le nouveau règlement
d’eau qui concerne les barrages va dans ce sens avec des éclusées plus douces qui
devront mieux préserver la vie sur les bordures. Reste le problème agricole et
l’assainissement qui se trouvent sous la pression permanente des collectifs SOS
Loue & Rivières Comtoises et du Collectif Doubs-Dessoubre. Rien n’est
gagné, mais les pêcheurs ne baisseront pas les bras !
Concours : SOS coin de pêche
Une soupente, un coin, un bout de garage, une penderie, même un cagibi ferait l’affaire : les malheureux pêcheurs que nous sommes doivent composer avec un environnement domestique rarement acquis à leur cause.
C’est l’objet de cette nouvelle rubrique et du concours qui l’accompagne, de vous permettre de confronter idées et solutions d’aménagement. Pour que votre matériel de pêche, bien aussi sacré que leurs rayons cosmétiques à rallonge, trouve enfin sa place dans la maison.Envoyez-nous vos photos et commentaires sur [email protected]. Les photos les plus appréciées seront publiées dans le magazine et seront classées pour gagner un séjour de pêche à Goumois dans le Doubs.

La Loue passe aux assises
Trois ans après les mortalités exceptionnelles de poissons sur la célèbre rivière franc-comtoise, les services de l’État se mobilisent pour trouver des solutions à travers des assises qui laissent entrevoir quelques pistes intéressantes, mais qui montrent par la même occasion leurs limites.
A Ornans se sont tenues le 11 octobre les premières Assises de la Loue. Sous la houlette du préfet du Doubs, Christian Decharrière, et du président du Conseil Général Claude Jeannerot, 150 personnes (élus locaux, scientifiques, représentants d’associations) ont répondu présent pour mieux comprendre les pollutions chroniques dont souffre la Loue et tenter de trouver des solutions. On peut s’étonner que les autres rivières du département, ou même de la région, n’aient pas eu droit au chapitre. Environ un tiers des eaux de la source de la Loue proviennent du Doubs, une rivière qui a elle aussi connu des mortalités pisciaires entre 2009 et 2011. On se souvient du “paradoxe de la Loue”, ainsi nommé par les services de la préfecture du Doubs en 2010, qui s’étonnaient de voir mourir les poissons alors que les analyses de nitrates et de phosphates dans l’eau ne montraient rien d’alarmant. Pis, elles étaient même en dessous des normes édicttées par la Directive Cadre Européenne sur l’Eau, qui impose un retour à une bonne qualité des eaux aux pays membres de l’Union Européenne avant 2015. Seules les associations (Collectif SOS Loue, Fédération de pêche du Doubs, CPEPESC…) dénonçaient des normes insuffisamment strictes, ainsi que l’urgence de prendre le problème à bras le corps. Il y a eu la manif d’Ornans, puis celle de Goumois avec en tête de file Yann Arthus- Bertrand, les articles dans la presse locale et nationale, afin d’instaurer une pression permanente sur les services locaux de la préfecture. Le préfet du Doubs a ouvert ses Assises en soulignant les vives critiques dont ses services ont fait l’objet. Sans ce combat, car c’en est un, qui se soucierait de l’état de la Loue aujourd’hui ? Ses Assises auraient-elles seulement eu lieu ? Pas sûr ! On est passé d’un refus de voir la réalité en face, à une mobilisation très officielle. La pollution de la Loue n’est plus niée, elle est même analysée par des experts nationaux nommés par l’Etat. Derrière cette bonne volonté affichée, se cache sans doute l’obligation de rendre quelques comptes… Les deux recours déposés par le Collectif SOS Loue et Rivières Comtoises devant la commission européenne y sont sans doute pour beaucoup. Toujours est-il que le dialogue à radicalement changé, ce qui est une très bonne chose. Le mal dont souffre la Loue (et les autres rivières comtoises) est connu depuis bien longtemps. Dès les années 1970, l’eutrophisation de la Loue (excès de nutriments dans la rivière responsable d’un développement algal anormalement important) a été mis en évidence par le professeur Jean Verneaux, relayé par le Conseil supérieur de la pêche (CSP), puis par l’Office national de l’eau et des milieux aquatiques (Onema). Les effets de l’eutrophisation, qui entraîne des réactions en chaîne, sont également parfaitement connus et compris. L’excès d’algues colmate les fonds et anéantit les populations d’invertébrés. L’eau chauffe beaucoup plus sur un fond couleur vert bouteille que sur une blonde gravière. L’oxygène dissout est inexistant en fin de nuit sur les zones les plus colmatées, etc . La Direction régionale de l’environnement (Diren), avait, il y a au moins quinze ans, mesuré la pousse des algues filamenteuses sur une journée sur certains points critiques. Sur le Doubs, à Montbenoît, elle atteignait alors 250 g/m² ! Chargé de présenter son étude comme une sorte de bilan de la situation actuelle, Jean-François Humbert, expert national d’une analyse commanditée par l’État concernant la Loue, rendue publique au printemps, a, lors de ces assises, rappelé le caractère eutrophisé de la rivière. Bien. Ce n’est plus un secret pour personne. Une fois le problème cerné, M. Humbert n’est plus vraiment revenu sur cette évidence, en mettant plutôt le doigt sur les micropolluants, suspectés d’avoir tué les poissons ou encore sur le réchauffement climatique, observé depuis 1987, avec force graphiques et courbes pour démontrer qu’en Franche-Comté, la température s’est apparemment élevée de quelques degrés. Inutile d’être un grand scientifique pour trouver dans l’eau de la Loue et ses fonds devenus sombres les raisons d’un réchauffement. Ces experts sont-ils totalement indépendants ? Ceux-là même qui ont mis en cause dans le rapport national Loue la pratique du no-kill comme éventuelle responsable de ces mortalités pisciaires… Il est permis d’en douter. Bien sûr qu’il est important de comprendre le rôle des micropolluants, mais dans le même temps, on ne peut nier l’évidence et l’urgence. Un début de réponse se trouve dans les recommandations de certains scientifiques présents à ces assises, notamment des géologues, qui demandent d’urgence une réglementation spécifique aux zones karstiques. Même la Chambre d’Agriculture du Doubs, qui n’est pourtant pas un modèle d’agronomie bio, à mis à l’étude une zone test (Plaisirfontaine), qui prend en compte la nature de chaque parcelle pour y pratiquer l’épandage qui lui correspond le mieux. L’urgence concerne aussi les produits de lave-vaisselle, qui, contrairement aux lessives, sont encore très riches en phosphate. Les deux sénateurs présents aux assises, Martial Bourquin et Claude Jeannerot, ont pris l’initiative de proposer au Sénat une interdiction de ces produits. Le préfet du Doubs s’est quant à lui engagé à faire avancer le dossier d’une réglementation spécifique aux zones karstiques.
L’ Aop Comté dans la tourmenteLa suppression des quotas laitiers en 2015 s’inscrit dans une volonté de politique agricole européenne néolibérale, au nom de la mondialisation et d’une capacité autorégulatrice des marchés. Les quotas laitiers avaient été instaurés pour obtenir des prix réguliers et rémunérateurs pour les éleveurs. Les zones bénéficiant d’une AOC ou d’une AOP, comme le comté, se trouvaient ainsi à l’abri d’une surproduction qui, comme toujours, a pour inévitable effet l’effondrement du cours du lait. Dans le département du Doubs, l’arrêt des quotas laitiers laisse entrevoir une production de lait accrue d’environ 20 %, ce qui sera dramatique pour les cours d’eau. Le politiquement correct veut qu’on ne désigne jamais directement un responsable. Le préfet Decharrière avait d’ailleurs ouvert ces assises en rappelant que nous n’étions pas là pour stigmatiser une activité ou une corporation. Là au moins, c’est clair pour tout le monde ! Le comté n’est plus, pour une bonne part, le fromage artisanal dont se réclament les publicités parfois mensongères imaginées par la profession. Le système se mord la queue depuis longtemps : obligation de nourrir les bêtes avec le fourrage local, épandage massif de fumier et de lisier pour tenter de faire pousser de l’herbe à 800 m d’altitude sur des sols dont la plupart ne comptent que quelques centimètres de terre sur de la roche karstique. Obligation de faucher deux fois, voire trois au cours de la saison, ce qui est responsable de la disparition de plus des deux tiers des espèces florales qui faisaient autrefois toute la saveur de ce fromage. L’annonce de la suppression des quotas laitiers lève la sécurité qui protégeait cette filière. Interrogé lors des assises, Claude Vermot-Desroches, éleveur et président du comité interprofessionnel du gruyère de comté craint que certains agriculteurs ne cèdent à la tentation de produire davantage et souligne que le mot d’ordre sera d’essayer de garder le cap. Certes les problèmes des rivières comtoises sont multifactoriels, liés autant à un mauvais assainissement qu’à des pratiques agricoles devenues inadaptées à cette région où le plus important des gruyères se trouve sous terre. Par ses réseaux et son lien direct avec les rivières, le karst se trouve bien au centre du débat. Ce n’est pas une découverte, mais pour une fois, l’Etat reconnaît son lien entre l’état actuel de la rivière et les activités pratiquées sur le plancher des vaches.
Un bon exemple de cache-misèreLe préfet du Doubs avait nommé en début d’année un comité des sages (experts nationaux et locaux), chargé de trouver des solutions aux problèmes de la Loue. Les solutions proposées à Ornans par ce comité ont été particulièrement décevantes, voire inexistantes. La Loue est une rivière plutôt lente, ça non plus c’est pas très nouveau. Les miroirs peints par Courbet en sont la preuve. Les seuils artificiels de la Loue ne datent pas d’hier, et pourtant à l’époque de Courbet, la Loue devait être en meilleur état qu’aujourd’hui ! Les “sages” proposent de faire supprimer quelques seuils pour redonner un peu de vitesse sur des zones qui ont tendance à favoriser le développement algal. Comme ce fut rappelé, la Loue compte 28 km de ralentissement dû à des seuils artificiels sur les 126 que compte la totalité de son cours. C’est beaucoup, et les deux ou trois seuils visés ne changeront pas la face du monde. L’autre mesure proposée résume bien l’impossibilité de trouver des solutions efficaces lorsqu’on refuse de prendre le problème à la base. Nos respectables experts pensent en toute logique que de replanter des arbres au bord de l’eau limiterait le réchauffement de la rivière. Des algues à l’ombre sont en effet moins problématiques que des algues exposées au soleil. Ça valait le coup d’attendre un an… Le bilan de ces assises de la Loue est donc mitigé. Il faut souligner l’engagement de l’Etat au niveau local, notamment celui du conseil général du Doubs, conscient des problèmes d’assainissement de beaucoup de communes. Des efforts ont été engagés ou réalisés en ce qui concerne les stations d’épuration de Mouthier-Hautepierre, Rurey, Montrond-le-Château, Longeville et Chassagne. Le conseil général estime que « des efforts restent à faire notamment sur les réseaux où il y a des fromageries et des réseaux unitaires ». Dommage que la commune d’Ornans, qui accueillait sur ses terres ces Assises de la Loue, voie toujours les maisons du centre-ville rejeter leurs eaux usées directement dans la Loue…
Philippe Boisson

Anper TOS, l’énergie du renouveau
L’association Anper TOS (Association nationale pour la protection de l’Eau et des Rivières) anciennement TOS (Truite ombre saumon) à tenu son assemblée générale ordinaire le 31 mars à Dijon. Cela n’était plus arrivé depuis 2007… Pour le nouveau bureau, les choses sont claires : “Le renom de TOS, tel qu’il était au temps de Ch Ritz, Cl. Bergman, J-L. Pelletier, Jean Rapilly (toujours actif et dévoué), de P. Rollet, de M. Brulin, J. Deregnaucourt, P. Caillau et autres membres prestigieux, faute notamment d’informations données aux membres, était désormais terni à leurs yeux par la « légèreté » et la « négligence » de certains laissant aller les choses à vau-l’eau sans s’opposer aux décisions illégitimes de celui qui les conduisait à les approuver. Il faut remercier ceux qui, du Béarn à l’Alsace, en passant par la Bourgogne et la Franche-Comté, de la Bretagne à l’Auvergne en passant par le Val de Loire, ont refusé une mort programmée.”
Voici la constitution des délégations régionales. Certaines sont en sous-effectifs, d’autres sont à l’abandon et partout le besoin de forces vives se fait sentir. N’hésitez donc pas à apporter votre aide localement .
Ardèche : Il n’y a plus d’activités locales de TOS en Ardèche et il convient de retrouver une dynamique sur le terrain. Toutes personnes motivées peuvent contacter Christel Bulthé.Bourgogne : Jean-paul Ragonneau salue avec émotion le renouveau de TOS et l’accompagne en reprenant contact avec les anciens adhérents, les AAPPMA et les fédérations.
Contact TOS Bourgogne :
[email protected]
Bretagne : Lucien Drouot rappelle l’action de Jean Rapilly. Grâce à ce dernier, l’action judiciaire de TOS est encore bien présente en Bretagne : 3 affaires ont été récemment jugées (Navire Valencia, Pisciculture Lambel et pollution de l’estuaire de La Loire par Total-Donges) et deux relatives à des navires sont en cours (Tian Du Feng et Latvian Shipping Cie).
Dordogne : Le groupe régional, dont l’activité a été un temps réduite compte tenu des incertitudes sur la vie de l’association au niveau national, a toutefois continué à fonctionner et à poursuivre ses objectifs dans le bassin de la Dordogne.Contact TOS Dordogne :
[email protected]
(Frédéric Serre).
Franche-Comté : l’action de TOS Franche Comté se confond avec celle du collectif « SOS Loue rivières Comtoises » et particulièrement lors de l’organisation de la manifestation de Goumois en mai 2011, le recours au tribunal Européen, les réunions avec les services préfectoraux etc. L’action 2012 sera renforcée, avec notamment des actions sur la Bienne, conjointement avec l’AAPPMA La Biennoise.Contact TOS Franche-Comté :
[email protected]
[email protected]
[email protected]
Basse Normandie : La délégation régionale de Basse-Normandie qui a été créée en 1988 ne compte actuellement que quelques membres. Avec les problèmes de TOS au niveau national, beaucoup ont quitté l’association. Une relance auprès des anciens membres en se servant des fichiers d’anciennes adresses est prévue.Contact TOS Val de Loire : [email protected]
Pyrénées :
Contact TOS Pyrénées :
[email protected]
Composition du bureau national :Président : Lucien Drouot – [email protected]
Vice-Président : François Grebot – [email protected]
Secrétaire générale :
Christel Bulthé – [email protected]Secrétaire administratif :
Thierry Valet – [email protected]Commission pollution et nuisances :
F. Grebot
[email protected]

