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Truites lacustres en rivière : mode d’emploi…
Certains grands cours d’eau de l’Hexagone sont connus pour leurs remontées de truites lacustres. Celles-ci s’engagent dans la rivière à l’occasion des coups d’eau et sont reconnaissables entre mille. Les pêcheurs locaux les appellent des « blanches », en raison de leur robe. La pêche de ces grosses truites comporte pas mal d’incertitudes, mais une fois que l’on a accroché un de ces poissons surpuissants on ne peut plus s’en passer ! Voici quelques éléments de réflexion pour vous aider à croiser la trajectoire de ces fuseaux d’argent…
Par Jean-Christian Michel
Les « blanches »…Que la truite fario soit un poisson migrateur, c’est un fait au moment de la reproduction, mais c’est également vrai lorsqu’il s’agit de gagner des zones de croissance. Certains spécimens vont se sédentariser et s’alimenter uniquement dans la rivière alors que d’autres vont dévaler jusqu’au lac. Dans les barrages que la fée électricité a vilainement semés un peu partout, ces truites vont trouver un milieu de vie favorable et connaître une croissance rapide, car elles se nourrissent presque exclusivement d’ablettes. Ce comportement piscivore a pour effet de doper leur croissance et de transformer ces farios de rivière en boules de muscles argentées. Elles deviennent alors des truites « lacustres ». Ces poissons ont une robe très claire en raison de leur vie dans le lac. Voilà pourquoi les pêcheurs du cru les affublent du joli qualificatif de « blanches ». Cette coloration n’est pas due à leur origine génétique, car les truites lacustres sont aussi bien de souche méditerranéenne qu’atlantique. En revanche, leurs moeurs presque pélagiques dans les grands lacs confèrent à leurs écailles un éclat surprenant… un peu comme si la profondeur de l’eau se mélangeait à celle du ciel pour produire la curieuse intensité métallique de leurs reflets. Des farios stealhead en quelque sorte ! Même quand elles sont dans la rivière depuis plusieurs semaines, ces truites conservent la marque du lac étalée sur leur robe. Elles peuvent devenir cuivrées avec le temps, mais elles ne perdent pas cet aspect métallique.
Une truite fantasque ?Outre leur taille, la fascination que ces truites exercent sur les passionnés tient au côté difficilement prévisible de leur pêche. Car, pour pêcher les truites lacustres en rivière, encore faut-il qu’elles y soient remontées… C’est un axiome tout bête, mais qui pose pas mal de problèmes dans la pratique. La seule certitude que l’on puisse avoir est que ces truites s’engagent dans la rivière à l’occasion des coups d’eau. Les débits supérieurs à la normale produisent un appel d’eau dans le lac qui réveille le naturel migrateur des farios. Mais n’imaginez pas que ce soit un phénomène mécanique ! Cela peut se produire lors des pluies printanières ou au moment des orages, en été. C’est également le cas au début de l’automne, mais en France la pêche est fermée ! (Allez pêcher à l’étranger !) Il faut suivre l’état de la rivière de façon assez régulière, car les « blanches » apparaissent du jour au lendemain. Leur réputation de truites « faciles » tient beaucoup à cela. Car, quand des poissons « neufs » tout juste remontés du lac prennent possession des postes, ils sont bien évidemment beaucoup plus vulnérables que les poissons sédentaires. Mais cette naïveté d’un moment ne doit pas faire oublier qu’il s’agit de vraies truites sauvages et non pas de poissons de cirque. Leur faculté à s’éduquer est exemplaire, et ce phénomène est d’autant plus rapide que les eaux sont basses. Sur les spots les plus accessibles, ces truites sont matraquées quotidiennement et elles deviennent vite imprenables par les techniques les plus utilisées. La seule solution pour s’en tirer un peu moins mal que les confrères est de ne pas s’enfermer dans une seule pratique. Certaines rivières sont sur-pêchées à la Vibrax n° 4, ailleurs c’est le poisson mort manié qui est considéré comme l’arme fatale. D’autres ne jurent que par les poissons nageurs. Ces techniques « reines » ne valent que le temps de l’accoutumance. En tout cas, il faut pêcher différemment des confrères pour parvenir à intéresser ces truites très sollicitées.
Restez raisonnables…
Dans le choix de l’équipement, il faut prendre en compte la taille moyenne des captures espérées (généralement entre 40 et 60 cm), sans employer pour autant un matériel de saumonier. Les lacustres migratrices peuvent atteindre des mensurations hors du commun, mais on n’accroche pas une truite de 70 cm à chaque tour de manivelle. Aussi la puissance du matériel est plutôt à déterminer en fonction de la puissance de la rivière (et des obstacles) que de la taille fantasmée des captures potentielles. Une canne à poisson mort manié de 2,80 ou 3 mètres et d’une puissance de 15 à 30 grammes convient bien. Il s’agit plutôt d’un modèle pour les pêches légères du sandre que pour le brochet ou le saumon. Coté ligne, dans les cours d’eau puissants mais sans trop d’encombres, on peut utiliser un bon 22 centième nylon. En revanche, dans les rivières torrentielles, les frottements contre les blocs sont fréquents et une truite de quelques livres a vite fait de s’appuyer sur le courant pour dévaler. L’emploi d’une bonne grosse tresse en 12 centièmes peut alors être très utile. Surtout si vous employez des leurres qui aiment bien se coincer entre les blocs, comme ces merveilleux poissons nageurs « new age » dont le prix du gramme de plastique suscite bien des pensées quand le fil vole mollement au vent après une casse…
Quelques touches de finesse dans une pêche de brutes…Dans les grandes rivières, je suis un inconditionnel de la pêche vers l’aval, pourvu qu’il y ait suffisamment de courant. Que l’on procède aux leurres ou au poisson mort manié, cette approche a le mérite de ne jamais couvrir le poisson avec le fil, à condition que l’on prospecte de façon raisonnée en allongeant progressivement les dérives. Une truite qui est surprise par la vue du leurre, plutôt que prévenue de son arrivée par le sillage du fil, a beaucoup plus de chances de ne pas inhiber ses réflexes d’attaque. De plus, en procédant ainsi on peut se permettre d’utiliser un diamètre de corps de ligne confortable, car la truite ne voit le fil qu’une fois qu’elle est pendue à l’hameçon ! Pour accentuer cet effet de surprise, il est bon de présenter le poisson mort ou le leurre selon un angle le plus fermé possible. L’idéal serait de pêcher plein aval. Dans les grandes rivières homogènes, c’est rarement possible et on ne peut pas procéder autrement qu’en peignant le cours d’eau par de larges dérives en arc de cercle. En revanche dans les rivières plus étroites et dès que les postes sont suffisamment dessinés, il ne faut pas s’en priver. Il est alors payant de faire le pari que l’on sait précisément où se tient postée la truite et de présenter le leurre légèrement en amont de son poste. Le but de cette manoeuvre est d’inciter la fario à avancer pour prendre plutôt que de la contraindre à se retourner pour poursuivre l’appât. Lorsque nous pêchons en lancer-ramener de façon presque aveugle et linéaire et qu’une truite vient se prendre toute seule, on ne sait ja-mais combien on en a callé d’autres avant elle.
Tout ceci peut paraître bien théorique. Mais, souvent, la finesse réside plus dans la façon de procéder que dans le diamètre du fil. Avant de chercher à déclencher une attaque (par un leurre « irrésistible »), il vaut mieux faire en sorte de ne pas effrayer le poisson ! La prospection vers l’aval présente également la possibilité de maintenir le leurre ou le poisson mort de façon rectiligne, nez vers l’amont, comme c’est le cas des proies vivantes. Comme toutes les truites sauvages, les « blanches » s’éduquent rapidement et, quand elles ont été vaccinées pour avoir poursuivi un leurre qui coupe perpendiculairement les veines d’eau, elles ne commettent pas deux fois la même imprudence.
Poisson mort, poisson nageur, ondulante & CoCes repères étant posés, on peut se pencher de façon plus sereine sur le choix du mode de pêche. La taille des leurres (ou poissons morts) doit être comprise entre 7 et 10 cm. Les truites de lac sont habituées à ingurgiter des ablettes de taille bien plus importante, mais les leurres ou appâts trop volumineux sont source de décrochages.
La proie proposée doit être suffisamment intéressante pour que la truite décide de se déplacer, mais il faut également que celle-ci soit gobée franchement afin que les hameçons accrochent. En tout cas, prenez soin d’équiper vos leurres de triples solides, mais ultra-piquants (les ST 21 et ST 36 de chez Owner sont excellents pour cette pêche). Les traqueurs de « blanches » opèrent souvent au poisson mort manié, au poisson nageur ou à la cuillère ondulante. Les grosses cuillères tournantes (numéro 3, 4 ou 5) ont leurs adeptes, mais elles provoquent un vrillage désagréable en pêche aval dans les forts débits. Les facteurs qui vont guider le choix du leurre ne sont pas liés (à mon sens) à une « attractivité » intrinsèque du leurre mais à ses qualités pêchantes, à sa façon de « passer » dans les veines d’eau. Tout ceci est directement commandé par les faciès d’écoulement du cours d’eau. En rivière large et homogène, on peut utiliser une ablette montée sur une bonne vieille godille et effectuer des dérives en arc de cercle. Les poissons nageurs bruiteurs et peu plongeants de type Squad Minnow, avec leur nage très chaloupée, font bouger les truites de loin. C’est un détail qui n’est pas négligeable lorsqu’il s’agit de peigner des pools où les postes sont indistincts et où il est nécessaire d’attirer l’attention des salmonidés d’assez loin. Dans ce cas de figure, les bonnes vieilles ondulantes assez lourdes de type Toby (Abu) en 12 ou 20 grammes sont également tout indiquées. Ce type de leurre est rarement employé chez nous. Pourtant, même si nos cours d’eau sont plus modestes que les énormes rivières scandinaves pour lesquelles elles ont été conçues, ces ondulantes sont particulièrement efficaces sur les truites lacustres.
Dans les cours d’eau au régime plus torrentiel, les lacustres se cantonnent surtout dans les fosses et derrière les gros blocs. On peut les débusquer avec des poissons nageurs lipless très denses, ou même avec certains cranckbaits, sans exagérer leur taille. Les modèles les plus élancés comme les Smith DD Panish en 7 cm sont tout indiqués car leur silhouette n’offre que peu de résistance à la force du courant. Sur ces mêmes cours d’eau chaotiques, certains habitués ne jurent que par le poisson mort manié. Ils utilisent des montures très plombées et recherchent les truites d’autant plus près du bord (parfois juste sous la canne…) que la rivière est encaissée. Ces pêcheurs sont avares de lancers, mais ils savent précisément contre quels blocs il faut pêcher et ne perdent pas de temps à peigner l’eau. A les écouter, ils ne prennent jamais rien. Même quand une caudale large comme la main dépasse de leur sac à dos ! Comme tous les pêcheurs de grosses truites, les traqueurs de « blanches » ont médité la sagesse chinoise : ils savent que plus on est de fous, moins il y a de riz… Alors ils préfèrent rester discrets. Ne leur en voulez pas trop, car ces grandes truites sont un peu leurs saumons intérieurs…
Pêche aux leurres, les solutions anti-herbes
Pour beaucoup d’entre-nous, les herbiers qui envahissent les rivières et les lacs durant la belle saison constituent un véritable cauchemar. Il existe pourtant de nombreuses solutions efficaces pour continuer de pêcher sans souci sur et dans ces jardins aquatiques si riches en carnassiers où de bien belles surprises attendent les pêcheurs qui auront fait l’effort de s’y intéresser.
Par Philippe Boisson
Comme chacun le sait, le début de l’automne correspond à une période favorable pour la pêche des carnassiers.
On trouve à cette période des conditions qui restent beaucoup plus calquées sur celles que l’on rencontre durant l’été, plutôt que sur celles qui nous attendent plus tard en saison. Les herbiers sont encore très présents partout où la photosynthèse permet leur développement, autant en rivières que sur les bordures des lacs. L’avantage de la pêche aux leurres est de pouvoir pêcher dans ces zones qui servent d’abris aux carnassiers alors que la quasi-totalité des autres techniques (pêche au poisson manié, vif…) ne le permettent pas autant. De nombreux lecteurs ont apprécié la démonstration faite par Alban Choinier dans notre DVD. Elle était consacrée au lancer en skipping avec un leurre souple dont l’hameçon est dissimulé dans le leurre. On a pu voir lors de cette séquence que le leurre reste pêchant dans des herbiers très denses. Mais encore faut-il savoir quels types de leurres et quels armements employer pour chaque type de d’herbiers. Les solutions sont nombreuses et souvent encore mal connues des pêcheurs français. On trouve aujourd’hui chez les détaillants spécialisés, tout le matériel nécessaire pour réaliser des montages les plus efficaces pour pêcher dans les herbiers sans s’y accrocher. Dès que ces massifs se développent de façon généralisée, l’emploi des poissons nageurs se limite à la pleine eau où à la pêche en surface. Les leurres souples deviennent alors incontournables car ils permettent, soit de disposer d’un hameçon simple dissimulé dans le leurre, soit d’un système anti-herbe. Ces leurres qui font encore sourire certains pêcheurs français sont pourtant incontournables pour pêcher au beau milieu des herbiers les plus denses.
Passer là où personne ne passe !Vous l’aurez compris, le but de la manoeuvre est de passer son leurre là où personne ne penserait pouvoir le faire, dans ces zones qui font peur aux pêcheurs mais dans lesquelles les carnassiers tels que brochets, perches et black-bass ont élu domicile pour toute la saison estivale et pour une partie de l’automne.
Un ami qui a découvert récemment la pêche aux leurres “moderne” me confiait récemment “je redécouvre ma rivière, je la vois différemment maintenant ! ”. La rivière en question est à l’image de beaucoup d’autres, envahie par des herbiers de toutes sortes durant toute la saison chaude. Seul le chenal central, trop profond pour permettre la photosynthèse en est dépourvu. Tant qu’il s’agit d’herbiers “nobles” tels que les élodées, myriophylles, nénuphars ou potamots, tout est permis ou presque, mais en revanche les choses se gâtent lorsque les algues filamenteuses, signe d’une eutrophisation galopante sont de la partie. Ces algues très fines, longues et denses se logent dans tous les systèmes d’articulations des leurres : fixations des palettes de cuillers des spinnerbaits et des buzzbaits, noeuds de raccords de tresse et fluorocarbone, agrafes, etc. Après chaque lancer, il faut éliminer ces algues qui se logent partout. Les algues filamenteuses marquent donc une limite à l’utilisation des systèmes anti-herbes. Heureusement, il reste des zones qui en sont dépourvues, comme par exemple tous les secteurs où l’eau court. En effet, elles se développent principalement dans les eaux stagnantes et apparaissent à la suite d’une forte élévation de la température de l’eau.
Les spinnerbaitsCes drôles de leurres qui marient des palettes de cuillers une jupe en élastiques et un leurre souple sont redoutables pour le brochet et le black-bass. Grâce à leur tige métallique qui protège l’hameçon, ils permettent de pêcher dans des zones encombrées d’herbiers tant que ceux-ci ne sont pas trop denses. Les spinnerbaits sont en quelque sorte des leurres de base pour se jouer d’eux. Ils sont parfaitement utilisables sur des zones où les herbiers laissent encore des espaces d’eau libre. C’est surtout “pilotés” à vue, à l’aide de lunettes polarisantes, qu’ils deviennent très efficaces, car le pêcheur peut anticiper les trajectoires, frôler les herbiers, éviter les pièges, insister là où il faut. Sur le plan du fonctionnement, les spinnerbaits vibrent, papillonnent à souhait tout en avançant de façon continue mais lente. Cette lenteur de récupération est imposée par le volume global du leurre qui, même fortement lesté, remonte très vite vers la surface en cas d’accélération. Plus les palettes sont nombreuses plus les spinnerbaits ont du mal à couler et donc se récupèrent lentement. On trouve des spinnerbaits équipés généralement de deux palettes, ce qui constituent des modèles très polyvalents. Certains modèles en comptent quatre. C’est le cas d’un très bon modèle de la gamme Booyah (distribution Flashmer) qui est parfait pour pêcher les hauts fonds et à l’inverse, Lucky Craft propose un modèle à corps tungstène muni d’une seule palette pour pêcher jusqu’à environ trois mètres de profondeur. Les spinnerbaits rendent fous les brochets, y compris dans des eaux où ils sont très sollicités à toutes techniques, vif compris. Ces leurres qui ressemblent à des appareils dentaires ne font pas du tout partie de notre culture et nous sommes encore très nombreux à ne pas y croire. Pour une fois, il s’agit d’un leurre qui prend plus facilement les poissons que les pêcheurs !
Les buzzbaits
A ne pas confondre avec les spinnerbaits, les buzzbaits (de buzz, bourdonnement) sont conçus pour évoluer en surface sur des massifs d’herbiers. Leurs palettes triangulaires tournantes sont chargées à la fois de brasser l’eau, d’émettre un son métallique et d’écarter les herbes afin de laisser passer l’hameçon placé derrière. Les buzzbaits permettent de passer sur des herbiers très développés en surface tels que les nénuphars. En revanche, ils coulent si l’on arrête la récupération. Ce sont donc des leurres à récupération relativement rapide qui ne permettent pas de marquer des arrêts, hormis sur les feuilles de nénuphars lorsqu’elles sont suffisamment proches les unes des autres pour offrir un “matelas” suffisant. Conçus pour la pêche du black-bass il peuvent aussi surprendre des brochets actifs surpris par autant de vacarme.
Les softs jerkbaits
Ce sont des leurres souples en forme de poissons dont la nage très chaloupée est très inspirée des jerkbaits durs (poissons nageurs). La différence vient de l’armement, qui n’est plus composé de deux hameçons triples mais d’un hameçon simple de grande taille dissimulé dans le leurre (de 1/0 à 5/0 selon la taille du leurre). Il peut ainsi passer absolument partout et rester pêchant tout le temps. A la touche, le carnassier comprime facilement le corps du leurre d’où se dégage la pointe de l’hameçon qui se situe juste sous le dos du leurre dans une gorge prévue à cet effet. Ce système également peu répandu en France ouvre de nouveaux horizons aux pêcheurs en leur donnant accès à une multitude de postes qui leur étaient jusqu’alors interdits. Ces leurres sont équilibrés pour couler très lentement, par un ajout de sel au niveau du ventre ce qui leur permet de toujours rester dans la bonne position. On peut aussi ajouter des inserts en plomb ou en tungstène (sortes de “clous”) pour obtenir plus de densité et pêcher plus profond. Le choix de l’armement est très important. Il faut notamment faire attention à choisir une forme d’hameçon qui ne cintre pas le leurre. Les hameçons simples à hampe courbée (wide gape) sont les plus adaptés car ils épousent la forme des leurres sans les entraver s’ils sont correctement placés.
Les grenouilles flottantesBien qu’elles fassent sourire avec leur allure de jouet, les grenouilles flottantes en plastique n’en sont pas moins efficaces pour déclencher des attaques spectaculaires de brochets et de black-bass en surface sur un tapis d’herbiers. Ces leurres constituent une classe à part pour plusieurs raisons. Premièrement, on peut les promener sur les zones les plus encombrées en toute liberté. Deuxièmement, la vitesse de récupération n’est pas imposée comme avec les buzzbaits. On peut donc marquer des arrêts à volonté, car ils sont indispensables pour déclancher des attaques. On savait que les black-bass avaient toujours un oeil voire les deux orientés vers la surface, mais il ne faut pas oublier que les brochets aussi sont des consommateurs de batraciens. Avec ces derniers, si les attaques sont très spectaculaires, elles sont aussi très hasardeuses. Les grenouilles sont très souvent ratées par les brochets dont on peut voir le coup de gueule dans le vide à côté du leurre. Peu importe, c’est un spectacle rare dont il ne faut pas se priver et heureusement le piège fonctionne quelquefois !
Les systèmes anti-herbe sur les têtes lestées
Quelles soient en plomb, en alliage ou en tungstène, les têtes lestées sont proposées avec ou sans antiherbes.
On trouve principalement deux systèmes anti-herbes qui équipent les têtes lestées. Un dispositif en corde à piano en forme d’élytre qui fait office de ressort, mais qui est de plus en plus remplacé par un petit balai en fibres de nylon rigide. Les deux ont la même fonction : protéger la pointe de l’hameçon des herbiers rencontrés lors de la récupération tout en étant assez souples pour fléchir sous la pression d’un coup de gueule. Ce n’est pas la panacée, mais cela évite quelques accrochages sur des herbiers fins.
Les montages texans et leurs dérivésSouvent décrits en détail dans nos colonnes, les montages dits ”texan” autorisent eux aussi de longues ballades au milieu des herbiers. Il s’utilise avec une multitude de leurres souples. Le principe de montage de l’hameçon simple est similaire à celui requis pour le montage du soft jerkbait présenté dans cet article. Selon la forme du corps du leurre, on optera pour un hameçon à hampe droite (pour les leurres de section cylindrique) ou à hampe courbée pour ceux dont la forme est plus haute. La pointe de l’hameçon vient se positionner le long du corps du leurre souple. On peut pêcher en la laissant ainsi, mais si les herbiers occasionnent quelques accrochages, la pointe peut être logée juste sous la “peau” du leurre, ce qui suffit pour que la végétation aquatique y glisse librement.
Des solutions simples et efficaces
Avec quelques leurres bien adaptés, on s’aperçoit qu’il devient facile de pêcher les zones d’herbiers et surtout que ces drôles de leurres ne sont pas systématiquement perdus à chaque lancer comme on pourrait le penser, mais qu’au contraire ont est surpris de pouvoir pénétrer librement dans l’intimité de nos rivières et de nos lacs. Toutefois, pour ce qui concerne les leurres souples, vous devrez apporter une certaine attention au choix des tailles et des formes d’hameçons, afin qu’ils correspondent au mieux à celles de vos leurres. Les fabricants et importateurs de matériel de pêche aux leurres feraient bien de proposer des modèles prêts à l’emploi à destinations des novices en la matière. Cela permettrait à un large public de découvrir et de se familiariser avec des montages bien étudiés et d’éviter ainsi des erreurs, qui occasionnent une mauvaise nage des leurres, des pertes de poissons ou des accrochages inopinés. Le problème vient toujours des hameçons, pas toujours disponibles dans les bonnes tailles et les bonnes formes chez nos détaillants, même si de gros efforts ont été fait durant ces trois dernières années. Alors, pêcher au milieu des herbiers n’est plus un problème insurmontable, mais cela implique un minimum de rigueur dans le choix de son matériel. Ensuite tout est permis ! C’est une pêche très ludique, précise, qui réserve de très belles surprises.

Greenpeace met la pression sur le groupe Intermarché
L’association écologiste Greenpeace a entamé une campagne contre Intermarché. Le 28 octobre, des militants de l’ONG ont symboliquement barré la route d’un chalutier de Scapêche, la flotte du groupe de distribution. Sur terre, les écologistes ont visité 22 magasins Intermarché aux quatre coins de l’hexagone afin d’alerter les clients sur la surpêche. Le groupe de grande distribution possède la plus grande flotte de chalutage profond de France, cette technique de pêche faisant des ravages dans les écosystèmes. Pour l’association, cette pêche symbolise les errements de la pêche industrielle européenne. Nous ne la contredirons pas…
Renseignements :
http://oceans.greenpeace.fr/peche-profonde-laction-se-poursuit-a-terre

Bien choisir ses hameçons pour la pêche en réservoir
La conception d’une mouche artificielle ressemble un peu à une recette de cuisine. Avec les mêmes ingrédients, on pourra obtenir des résultats bien différents. Ainsi les hameçons, dont les formes varient considérablement, ne doivent pas être choisis au hasard pour monter des mouches pour la pêche en réservoir. Chaque forme doit être destinée à une utilisation précise.
Par Philippe Collet
Pour le montage de mouches ou streamers pour la pêche en réservoir, on cherche bien sûr un hameçon au piquant de qualité, possédant un ardillon facile à écraser ou sans ardillon, au rapport solidité/finesse du fer convenable. On cherche ensuite une taille et une forme particulière, voire une couleur d’hameçon correspondant au type de mouche que l’on souhaite monter. Il existe de nombreux fabricants d’hameçons et encore plus de revendeurs. Je ne peux pas détailler ici une liste exhaustive des différentes références disponibles sur le marché. Je me contenterai de citer les hameçons que je connais pour les utiliser régulièrement. Vous noterez qu’habituellement dans les fiches de montage de mes articles, je cite des références souvent précédées de « type » ou suivies de « ou équivalent », mon objectif étant de montrer que je ne suis pas focalisé sur telle ou telle référence particulière, mais plutôt sur une forme donnée. Si certaines formes spécifiques d’hameçons n’existent que chez un fabricant, les plus classiques sont déclinés par presque toutes les marques.
Le diamètre du fer de l’hameçon
Le rapport finesse du fer de l’hameçon/ diamètre du bas de ligne utilisé me paraît très important. Avec un 25/100, un streamer monté sur un hameçon fort de fer pénétrera facilement la gueule du poisson à condition que le ferrage soit réalisé avec la soie, canne dans l’axe de cette dernière et non avec la pointe de la canne trop souple.
De la même façon une imitation de chironome montée sur un hameçon épais et lourd, destiné à tendre le montage, générera des décrochés si le ferrage n’est pas appuyé à cause d’un bas de ligne suffisamment solide.
Retenez bien que les mouches montées sur des hameçons forts de fer nécessitent des ferrages marqués seulement possibles avec des fils de 20/100 et plus. En deçà, la casse devient quasi-systématique sur un ferrage dans l’axe et les décrochés fréquents si vous ferrez à la canne. Plus vous devez diminuer le diamètre du fil, plus vous devez affiner le fer de vos hameçons.
Par exemple, j’utilise de moins en moins les hameçons Kamasan B 160 taille 6 dont le fer est beaucoup plus épais qu’en taille 8 car je pêche plutôt en 19/100 au streamer (même si un 22 ou un 25/100 pourrait très bien passer) et je n’appuie que modérément mes ferrages pour éviter la casse. Je ne suis pas en confiance avec un hameçon épais qui occasionne à mon avis moins de piqués et plus de décrochés. A l’autre extrême lorsqu’on pêche sur fil fin en 10 ou 12/100, on utilise des hameçons très fins de fer pour qu’ils pénètrent sur un ferrage léger, quasi-insignifiant. Une canne douce et un long bas de ligne élastique permettent d’éviter la casse, mais ils ne favorisent pas l’ancrage efficace d’une mouche au fer épais. Même sur fil fin, les hameçons fin de fer sont mis à rude épreuve. Ils doivent résister au combat avec un poisson puissant et ne pas casser net.La couleur de l’hameçon
La couleur de l’hameçon me paraît accessoire. Certains disent que la couleur bronze, la plus classique, est moins visible pour le poisson que le noir, c’est fort possible. J’utilise indifféremment les deux, surtout sur les streamers. La couleur de l’hameçon a, par contre, un intérêt certain lorsque ce dernier sert de sous corps ou de teaser.
On peut monter des chironomes noirs en se servant d’un hameçon noir que l’on va cercler d’un tinsel ou d’un fil élastique coloré de type lure fil. On peut aussi les monter sur des hameçons rouges pour figurer un signal sang. Ou doré pour le côté teaser.
L’importance des proportionsLes pêcheurs qui montent leurs premières mouches ne respectent généralement pas les bonnes proportions pour leurs imitations. Si cela est important lorsqu’on imite un invertébré, une larve d’éphémère par exemple, ça l’est aussi lorsqu’on monte un streamer pour la pêche en réservoir. La réalisation de mouches bien proportionnées ne peut s’appuyer que sur des hameçons adaptés. Les hameçons doivent résister à la puissance des poissons de réservoir Les poissons de réservoir sont généralement bien plus gros que les poissons moyens de rivière. Il s’agit de truites arc-en-ciel dont les combats sont plus puissants que ceux des truites fario. Elles lancent des rushs rapides et opposent leur masse souvent imposante. La finesse que peut demander cette pêche, sur des poissons éduqués, surtout en fin de saison, oblige le pêcheur à utiliser des hameçons discrets mais solides, même s’ils doivent parfois être petits. Autant un pêcheur en rivière peut avoir du mal à valider la solidité de tel ou tel hameçon, s’il n’est confronté qu’à des truites fario de taille moyenne, autant un pêcheur en réservoir s’aperçoit très vite de la fragilité d’un hameçon. Dans les petites tailles, les bons hameçons pour le réservoir sont bien souvent les favoris des traqueurs de belles truites en rivière.
Les différents types d’hameçons
Les hameçons « standard »Ces hameçons dont les plus connus sont le TIEMCO 100, le Kamasan B 170, ou le VMC 7060 sont une base pour de nombreux montages. Des modèles proches, un peu plus longs comme le Kamasan B 401 ou plus courts comme le B 405 permettent des montages plus précis : nymphe au corps long, oreille de lièvre plus ramassée…
Les hameçons renforcésLe Tiemco 9300 ou le Kamasan B 175 représentent bien ce type d’hameçons. Ces derniers, aux formes identiques aux hameçons standard, mais au fer plus épais et parfois forgé sont très solides. La courbure du Tiemco est toutefois plus ronde. Elle offre plus de longueur pour le montage de nymphes. Cet hameçon forgé est utilisé pour la réalisation de petites nymphes et noyées, pour les pêches à proximité de la surface en soie intermédiaire car ils résistent à des touches plutôt violentes sur des fils de 16 à 18 centièmes.
Les hameçons forgés ont été frappés latéralement sur la hampe et la courbure. La section ronde de leur fer devient alors ovale avec deux faces planes. Cette action mécanique leur donne une résistance supplémentaire à l’ouverture. Ces hameçons sont facilement reconnaissables par leurs flancs aplatis. Le Kamasan B 175 au fer un peu plus gros et non forgé est plutôt utilisé pour le montage de streamers tels que l’Humungus, ou celui des petits streamers à aile utilisés en compétition sur les réservoirs du Royaume-Uni lorsqu’il faut leur donner un peu de poids.Les hameçons à hampe longue pour les streamers
Je suis de ceux qui pensent que les hameçons longs offrent plus de risques de décrochage en permettant au poisson de prendre appui sur leur longue hampe lors du combat. On trouve de nombreuses références pour ces hameçons dans les catalogues. Ils sont le plus souvent classés dans la rubrique des hameçons à streamers. Je les utilise peu pour le montage de mes streamers, hormis pour réaliser des pouics ou des sangsues. Pour ces deux mouches, la longueur de l’hameçon a une importance capitale car elle conditionne leur nage. Elle permet aussi la mise en place de matériaux sur une longueur accrue. Avec un hameçon long, la nage du leurre est plus planante et le leurre effectue de nombreux écarts latéraux. La longueur du corps permet aussi de réaliser des mouches volumineuses ou longues, tout en ne décalant pas trop la pointe de l’hameçon en tête, minimisant les risques de nombreuses tirées sans suite que cela occasionne.
Les hameçons à hampe courteLes hameçons courts et très ouverts sont des références intéressantes pour la réalisation de nombreux streamers. Lestés en tête avec une bille de laiton et parfois aussi quelques tours de plombs en plus, sur l’avant de la hampe, ils permettent une bascule verticale importante du leurre. Leur large ouverture permet, avec un corps court, de quand même bien dégager la pointe de l’hameçon. Pour cette même raison on peut aussi les utiliser pour monter de petits boobies à l’hameçon bien dégagé.
Les hameçons très fins de fer
Cette catégorie d’hameçons permet, la pratique des pêches très fines en réservoir, pêche en sèche, pêche en nymphe à vue, pêche en noyée en soie flottante sur fil fin. Leur pointe effilée, souvent sans ardillon, pénètre la gueule des poissons dès la première tension. Ces hameçons sont bien sûr plus fragiles, mais ils peuvent permettre de tirer son épingle du jeu sur fil fin face à des poissons difficiles. Nous pouvons citer comme hameçons type les TMC 103 BL ou les TOF D23 BL.
Les hameçons courbesUtilisés pour monter des chironomes dans les tailles 18 à 10 ou de petites casquées oreille de lièvre, ces hameçons sont déclinés en fin de fer et fort de fer. Ils existent aussi en différentes couleurs. Ils permettent une position et une nage de la mouche différente des hameçons droits. Les plus connus sont le Kamasan B 100 (fin de fer) et 110 (fort de fer) le Tiemco 2487 et le VMC 7075.
Les pointes pioche sans ardillonsCertains hameçons sont proposés avec des pointes en forme de pioche ou de lance, plus performantes que les pointes de section ronde. Ces pointes sont plates et fines, leurs bords, un peu tranchants, coupent, ce qui favorise la pénétration de l’hameçon avec peu d’effort. Ces hameçons peuvent plus facilement traverser des parties dures de la gueule d’un poisson. Ils sont intéressants pour les pêches fines ou le ferrage ne doit pas être trop appuyé.
On trouve ce type de pointes dans les références SP chez Tiemco.
Les apports et les contraintes de la compétitionLes divers règlements des compétitions, destinés à éviter certaines dérives, sont parfois contraignants. Ils ont conduit les pêcheurs à inventer des modèles spécifiques, adaptés aux règles définies. Dans ces règlements l’hameçon fait souvent l’objet de restrictions (taille, ardillon…). Le règlement des compétitions réservoir au Royaume-Uni interdit l’usage de mouches de plus de 15/16’’, soit 2,38 cm de longueur hors tout, montées sur des hameçons de maximum 5/8’’, soit 1,59 cm, ce qui correspond à un hameçon standard en taille 10. Cette partie du règlement a conditionné la mise au point d’une multitude de streamers et boobies respectant les tailles d’hameçon et de mouche définies par le règlement, soit de petits streamers de moins de 2,38 cm. Ce règlement interdit aussi l’apport de lest additionnel de type plomb enroulé, billes, etc., ce qui a conduit les compétiteurs à développer des montages sur des hameçons lourds, forts de fer, lorsqu’ils ont besoin de faire descendre leurs mouches.
Combinés à l’usage de soies plongeantes, ces hameçons permettent de pêcher en profondeur avec un train de mouches explorant différentes couches d’eau.
Les compétiteurs en sont arrivés à monter des chironomes sur des hameçons à carpe très forts de fer. Il va sans dire que dans les grands lacs profonds d’outre manche la pêche au chironome en 15 centièmes n’est pas de mise. Les poissons sont très puissants, leurs touches violentes peuvent casser net une potence en 25 centièmes sur une soie plongeante. Les pêcheurs utilisent des fils de 6 à 8 lbs soit 20 à 25 centièmes. Avec de tels diamètres, la pénétration du fer de gros hameçons dans la gueule des poissons ne pose pas de problème.
L’usage de ces mouches très prenantes au Royaume–Uni ne sera pas forcément couronné de succès chez nous sur des plans d’eau plus difficiles ou une bonne partie des poissons sont relâchés et chipotent plus, nous obligeant à pêcher avec des fils plus fin. Lorsqu’on s’inscrit à une compétition outre-manche, on a intérêt à s’y prendre suffisamment à l’avance pour monter des mouches spécifiques car on n’utilisera quasiment aucun de ses streamers utilisés habituellement en France. Pour les compétitions franco-françaises en réservoir la taille des hameçons est limitée à 32 mm, les hameçons à hampe longue TMC 5262 taille 4 mesurent environ 31 mm, ils sont à priori les plus gros hameçons utilisables et sont réservés à la fabrication des pouics.Le rapport forme taille
Certaines formes d’hameçons sont intéressantes dans quelques tailles et moins dans d’autres. Les hameçons renforcés comme le TMC 9300 par exemple sont plus utiles dans les petites tailles, du 20 au 14, pour résister à l’ouverture que dans les grandes où ils peuvent être remplacés par des hameçons plus classiques et fins de fer. Un hameçon comme le B 160 est surtout utilisé en tailles 12, 10, 8 et 6.


De la mouche au leurre, quelques trucs en poils
De la mouche au leurre, il n’y a qu’un pas, que Philippe Collet n’hésite pas à franchir ! Les poils de toutes sortes font merveille sur des têtes lestées. Pour le sandre, la perche et le black-bass, osez les trucs en poils !
Par Philippe Collet
En dehors de quelques bricoleurs talentueux qui sculptent leurs propres leurres durs ou moulent leurs leurres souples, les pêcheurs de carnassiers aux leurres sont en général des utilisateurs de produits finis. A contrario, les moucheurs qui ont appris à monter leurs propres mouches sont souvent plus créatifs. Au début, ils réalisent des montages le plus souvent extravagants et inutiles, qui viendront encombrer leurs boîtes, jusqu’à ce qu’ils se décident à faire un grand ménage pour ne garder que l’essentiel. Avec le temps, les moucheurs ne se mettent plus finalement à l’étau que pour monter des modèles éprouvés et compléter leurs stocks. Ces pêcheurs qui s’étaient équipés pour le montage de mouches pour le réservoir, le carnassier ou la mer disposent souvent d’une réserve inépuisable de matériaux. Comme ils sont de plus en plus nombreux à se mettre à la pêche des carnassiers, l’idée de créer ou d’améliorer ses propres leurres avec les matériaux disponibles a dû en effleurer plus d’un.
Voici quelques idées pour allier montage mouche et pêche aux leurres. J’espère qu’elles redonneront aux moucheurs un peu blasés l’envie de revenir à l’étau, et aussi aux pêcheurs de carnassiers l’envie de s’y mettre. Et puis ces leurres-là, vous serez les seuls à en posséder, même au Japon, ils ne les font pas ! Cela fait déjà pas mal de temps que Patrick, un de mes collègues de pêche, utilise des leurres en lapin de sa fabrication. Il a commencé à les monter à la fin de sa période réservoir avec les matériaux achetés pour leurrer les truites. Les premiers essais sur les sandres du canal ont été des plus concluants. Depuis, il en a toujours dans ses boîtes et prend régulièrement du poisson avec. Un autre collègue, Georget, que les clients du domaine de la Vallée (Aisne) connaissent bien, s’amuse depuis quelque temps déjà à fabriquer des mouches à carnassiers légèrement lestées pour les lancer avec un ensemble spinning. Il monte aussi des hameçons streamers qu’il accroche à l’arrière de petites cuillères tournantes, les rendant beaucoup plus attractives pour les perches ou les chevesnes qu’il convoite en rivière. J’avais moi-même monté des petits toupets de marabout de couleur chair sur les triples de certaines de mes montures à poisson mort manié, il y a déjà bien longtemps, pour leur ajouter de la vie. De nombreux autres moucheurs ont probablement déjà dérivé des montages mouche à destination du lancer.La technique du lapin blanc
Avec un autre ami, Christian, nous évoquons régulièrement avec le sourire la technique du lapin blanc. Il l’avait trouvée, à nos débuts en réservoir, sur le lac de Virton en Belgique. Ce jour-là, les truites très éduquées ne s’intéressaient pas à nos mouches. Nous avions tout essayé et n’arrivions à rien. Nos piètres compétences dans la discipline nous condamnaient à un échec cuisant. C’était sans compter avec le sens de l’observation de Christian. Après avoir abandonné quelque temps (par lassitude !) sa mouche sur le fond, ce dernier remarqua que les truites s’intéressaient d’un seul coup à son leurre réalisé avec une lanière de lapin blanc. Plus ça allait, plus ces poissons capables de refuser l’imitation la mieux présentée s’énervaient sur ce streamer. Leur curiosité les avait incités à venir voir ce leurre, immobile depuis déjà un moment. En s’en approchant, elles avaient créé des turbulences, faisant vibrer les poils extrêmement souples de lapin. Ce mouvement, des plus naturels, les avait incitées à s’enhardir. A force de passages et de coups de nageoires, elles réussirent à faire bouger puis décoller la mouche. Finalement plusieurs poissons se prirent au jeu et, la concurrence jouant, un poisson plus téméraire que les autres aspira la mouche. S’ensuivit une série de prises. Si nous bougions nos mouches, les poissons intéressés désertaient immédiatement le secteur. Avec cette méthode peu orthodoxe, nous avions pu sauver notre honneur de débutants en réservoir. Cette technique fonctionne régulièrement en réservoir, même si, plus souvent pratiquée maintenant, elle devient moins efficace. Au-delà de l’anecdote, cette expérience m’a permis de comprendre l’intérêt de matériaux ultra-souples, comme le lapin et le marabout, pour la vie qu’ils peuvent apporter à un leurre, même immobile.Des modèles éprouvés de mouches en lapin
Les pêcheurs à la mouche connaissent bien les vertus de certains modèles de streamer. Le pouic, cette mouche de grande taille (6 à 7 cm) constituée d’un corps en lapin, tourné sur un hameçon à tige longue, prolongé d’une queue en lapin, fonctionne très bien sur les truites en réservoir. Le même modèle en plus gros, tourné sur un hameçon de 6/0 avec des bandelettes plus larges, m’a permis la capture de nombreux brochets au fouet. Je délaisse maintenant un peu ces leurres, compte tenu de leur poids important, une fois gorgés d’eau, qui les rend difficiles à lancer. Je préfère les mouches en bucktail un peu plus légères. Pêcher des carnassiers au lancer avec des montages en poils ou en plumes ou avec des leurres associés à de tels matériaux n’est donc pas farfelu. Ces matériaux peuvent être un gage d’attractivité supplémentaire et un déclencheur d’attaques, surtout sur une phase d’arrêt ou d’animation lente. Un leurre en plastique dur ou souple ou en métal ne vit plus à l’arrêt. Lui ajouter une touche de poil ou de plume peut tout changer.Les fabricants s’y mettent doucement
Si l’on connaît les cuillères mouches dont le triple est garni d’un palmer, les cuillères à brochet dont le triple est orné d’un gros toupet de bucktail ou les poissons nageurs de surface et autres poppers dont l’hameçon de queue est agrémenté de 3 ou 4 pointes de hackle ou de brill, l’offre des fabricants est assez restreinte. Des fabricants de leurres souples ont intégré des bandelettes de lapin à leurs leurres pour leur ajouter de la vie. La collection “rabbits serie”, importée par AMS en France, propose des genres de worms, grubs et autres créatures dotés d’appendices en bandelettes de lapin. Ces bandelettes sont ancrées dans la masse du leurre souple au moment de son coulage, ce qui permet de les souder au leurre. D’après les tests du fabricant, l’adjonction de poils augmenterait de façon importante l’attractivité des leurres.De premiers essais très concluants
En observant dans l’eau claire, depuis un pont, des perches en train de s’énerver sur un plomb palette que j’animais sous leur nez et en les voyant taper furtivement sur la gaine rouge à l’arrêt du plomb, je me suis dit que dorénavant je garnirai mes hameçons triples de lapin ou de marabout pour que, même à l’arrêt, mon leurre ait encore de la vie. Mes essais ont aussi porté sur des montages de jigs en lapin avec ou sans lanières élastiques, d’hameçons de cuillères à jiguer.
J’ai encore opté pour des collerettes en lapin ou en renard arctique montées sur des têtes plombées devant mes leurres souples. Un jig en peau de lapin travaille de façon beaucoup plus efficace lors des pauses et réagit au moindre courant provoqué par le passage d’un poisson curieux. Avec un montage en lapin, le jig coule plus vite qu’avec une jupe en silicone volumineuse. Il faut donc réaliser des jigs légers si l’on veut pouvoir les utiliser en lancer ramené.
Pêche à la mouche : dix conseils pour éviter la bredouille
Parce que l’exemple vaut souvent mieux que la leçon, voici dix bonnes raisons de réussir à la pêche à la mouche et d’éviter l’échec. Car si toutes les cannes se valent et que globalement, nous n’avons jamais disposé d’un matériel aussi performant, les problèmes proviennent de petits détails techniques qui deviennent vite très désagréables, ainsi que d’une stratégie d’approche trop souvent simpliste…
J’ai passé une partie de l’été (2006) à pêcher à Goumois, dont le parcours est l’un des mieux peuplé en truites et ombres sauvages d’Europe, mais qui est également l’un des plus difficiles à cette époque de l’année. Cet endroit que je fréquente depuis bientôt vingt ans a toujours été une référence en matière de difficulté, un must pour les pêcheurs à la mouche français, suisses, belges ou italiens, qui tous savent que la pêche sera d’une grande qualité, mais qu’elle ne sera pas facile. J’ai croisé des vieilles connaissances, habituées du Doubs qui ne se plaignaient pas et prenaient quelques poissons, observé des touristes en pleine galère, excédés par ces magnifiques poissons sauvages qui viennent chasser les vairons jusque dans leur bottes. L’un d’eux se lâcha : « heureusement que la chasse est fermée ! », un autre plus poétique : « il faut que je revoie mon jeu de séduction, car celui-ci ne marche plus… ».Tout en discutant, j’observais leur matériel. Rien à redire, c’est du haut de gamme, et du beau, rien que du beau, ce qui se fait de mieux à l’heure actuelle. Puis chacun est reparti pêcher, pas trop loin les uns des autres, car sur ce parcours, vous ne faites pas trois mètres sans tomber nez à nez avec plusieurs poissons qui font mine de ne pas vous avoir vu.
En les regardant pêcher, j’ai compris, si besoin était, à quel point il ne suffit pas de posséder la meilleure soie, la plus belle canne, et deux valises de mouches pour réussir sur un parcours comme celui-là.
Spinner Bait Damiki Charade 28 g
Les spinners baits sont de redoutables leurres pour prendre des brochets. Ces leurres bénéficient en France d’une excellente réputation. Pour autant la plupart des modèles ne permettent pas de pêcher sous plus de trois ou quatre mètres d’eau. Pour combler ce manque, Damiki propose le Charade, un spinner de 28 g, de forme compacte et dense à la fois. L’idée était de garder une taille standard pour un poids plus important. La qualité de fabrication est au rendez-vous, avec des palettes qui tournent parfaitement à toutes les vitesses de progression du leurre et une jupe bien fournie. Son poids important n’est pas un handicap une fois en pêche. Le leurre ne “tire” en effet pas trop sur la canne. Une réussite pour un leurre indispensable partout où il faut pêcher en profondeur. Un “hameçon chance” est le bienvenu car celui en place est franchement sous dimensionné.
Poids : 28 g environ (existe aussi en version 14 g).
Prix conseillé : 14,90 euros.
En vente dans les magasins spécialisésConseils d’animation
Que dire de la récupération du Damiki Charade 28 g, sinon rappeler les principes de base d’utilisation de ce type de leurre ? Les spinners baits sont conçus pour être récupérés en moulinant lentement de façon régulière. Le seul moment qui demande un peu d’attention concerne la descente du leurre à la profondeur de pêche. Utilisé en lacs, la descente du Charade 28 g doit être accompagnée fil presque tendu pour déceler les touches à la descente, fréquentes le long des tombants. Car il ne faut pas oublier que le leurre pêche dès lors qu’il descend naturellement vers le fond.
Le Bull Dawg qui attrape des brochets
Un leurre hors normes qui séduit des pêcheurs de plus en plus nombreux. Il ne passe pas inaperçu et provoque les carnassiers, brochets ou silures.
Par Philippe Collet
Ce leurre à l’allure rustique et massive est un très bon leurre à brochets. Il est décliné en plusieurs tailles, la version Spring de 6 pouces 42 g présentée ici est la plus petite. Il existe deux autres modèles de 9 et 12 pouces pesant jusqu’à 168 g ! Ce leurre souple et coulé sur une tête plombée dotée d’un gros hameçon simple est armé, en plus, d’un hameçon triple sous le ventre (deux pour les deux plus gros modèles). A la descente, de par sa forme, le Bull Dawg plane à 45°, il nage ensuite horizontalement quand on le ramène. Il peut être ramené de façon linéaire, sa queue battra de façon régulière. Il peut être jigué ou dandiné. Cette animation dans un plan vertical permet d’explorer des trouées dans les bois noyés ou des bords de falaise. Il peut être jerké (ramené avec des tirées sèches de la canne), la forme de son corps lui fera décrire des embardées et sa nage erratique associée aux vibrations intenses de sa longue queue en forme de virgule fera craquer les brochets les plus retors.
Pour exprimer son plein potentiel, ce leurre doit être utilisé dans suffisamment d’eau. Il ne sera pas à l’aise dans les plans d’eau peu profonds, surtout si leur fond est garni d’herbiers. Dans ce cas, il sera toutefois possible de le passer rapidement en linéaire audessus des obstacles, canne tenue haute, en ramenant de façon soutenue. De par sa taille déjà imposante pour le petit modèle, ce leurre nécessite l’usage d’une canne puissante de type heavy ou extra heavy. Un modèle de casting convient bien, car il faut non seulement envoyer le leurre, mais aussi assurer des ferrages puissants pour réussir à le faire glisser dans la gueule pavée des brochets jusqu’à accrocher un des hameçons. Le Bull Dawg est conçu au départ pour leurrer de gros muskies. Son plastique résiste bien aux dents acérées des brochets. Compte tenu de son épaisseur, la grande virgule qui forme la queue du leurre peut être réparée à chaud ou recollée lorsqu’elle est entaillée trop profondément. Il existe de nombreux coloris dans la gamme. Il peut être utile d’en posséder deux ou trois différents pour faire face à toutes les situations et à l’humeur changeante des brochets : un clair, un sombre, un naturel, un incitatif, par exemple.Les leurres Bull Dawg sont produits par la marque américaine Musky Innovations : www.muskyinnovations.com

Open AFCPL de la Dordogne : Samir Kerdjou et Nasser Khanfour l’emportent
La septième édition de l’open
AFCPL de la Dordogne s’est déroulée le 8 et 9 octobre dernier sur la Dordogne,
sur les 14 kilomètres de la rivière « Espérance ». L’organisateur Bass Team
Périgord a de nouveau réussi une très belle compétition, où des pêcheurs venus
de toute la France ont tenté de séduire
sandres, perches, brochets et black bass.Les triples champions du
circuit national D1 AFCPL, Samir Kerdjou et Nasser Khanfour du team Rapala / Humminbird, après
plusieurs mois d’absence ont fait leur rentrée sur le circuit D2. Une rentrée
réussie puisqu’il s’adjuge cet open après une compétition serrée. Vainqueurs du
circuit D1 en 2007, 2008 et 2009, il semble que nous devions continuer à compter
sur le duo.Résultats:
1. Kerdjou / Khanfour – Team
Rapala / Humminbird2. Basset/Ripoche
3. Bergdoll/Grignon
Renseignements :
Photo : © AFCPL

Prises surprises à l’ultraléger
Ombres, spirlins, goujons, blageons, carpes, tels sont les surprises occasionnelles que réservent la pêche à l’ultraléger avec des leurres qui sont destinés à la truite, mais qui intéressent finalement différentes espèces, petites ou grosses, par curiosité ou instinct de territorialité.
Par Alain Foulon
Le caractère fantasque de l’ombre commun a toujours fasciné le pêcheur à la mouche artificielle qui prête à ce poisson toutes les vertus sportives d’un adversaire à sa mesure. Bon nombre de théories ont donc été échafaudées à son sujet pour comprendre, voire expliquer de manière rationnelle comment ce poisson pouvait être à ce point circonspect quand il s’agissait de le faire monter sur une minuscule imitation d’insecte aquatique. Ceci, alors qu’une petite bête ou un simple ver de terreau grossièrement présenté entre deux eaux suffisaient généralement à tromper sa méfiance légendaire. Pourtant, celui que Léonce de Boisset qualifiait de « plus aristocratique par l’élégance de ses formes, la distinction de ses manières…», est un poisson opportuniste qui n’hésite pas à diversifier sa nourriture, se montrant même ichtyophage à certains moments de l’année ou de la journée. Beaucoup de pêcheurs méconnaissent encore le comportement capricieux et imprévisible de l’ombre commun qui est pourtant tout à fait capable d’attaquer un leurre présenté de façon convenable, que ce soit une cuiller tournante ou un poisson nageur. Je vous convie à la découverte de cette technique étonnante et passionnante qui risque, une fois de plus, de froisser la susceptibilité de certains pêcheurs qui décrèteront de façon péremptoire que l’ombre ne peut être pêché autrement qu’au moyen d’une canne à mouche !
Mes expériences personnelles
Comme une majorité de pêcheurs, j’ai longtemps et essentiellement recherché l’ombre commun en seconde catégorie, après la fermeture de la truite, afin de prolonger la trop courte saison de pêche à la mouche, mais également pour jouir pleinement de l’arrière-saison et admirer les couleurs automnales de la toute proche vallée de la Dordogne. En revanche, il m’arrivait assez fréquemment de capturer ces poissons en recherchant la truite au lancer léger ou ultraléger sur des rivières de première catégorie comme la Combade, le Thaurion ou la Vienne aux alentours de Limoges dans la Haute- Vienne. Je pris accidentellement mes premiers poissons durant une crue qui s’était maintenue plusieurs jours à un niveau stabilisé. Recherchant les truites sur les bordures où le courant était beaucoup moins impétueux, j’avais noué une cuiller Aglia fluo numéro 1 dont les caractéristiques mécaniques et les signaux visuels me permettaient de prospecter efficacement les rares dérives naturelles exploitables. Plusieurs attaques violentes avaient avorté malgré l’attention que je portais à mes dérives et à la qualité de mes récupérations ; elles intervenaient systématiquement quand la force du courant en fin d’animation faisait décrire le fameux arc de cercle à mon leurre qui remontait légèrement en fin de coulée.
C’est ainsi que je pus entrapercevoir, l’espace de courts instants, des poissons monter rapidement vers ma cuiller avant de rejoindre prestement le fond après l’avoir attaqué avec une rare violence. Après plusieurs échecs répétés, un poisson aux reflets d’argent finit par se piquer à l’hameçon triple et je pus enfin admirer ma capture : il s’agissait bel et bien d’un ombre qui, une fois décroché, rejoignit rapidement son élément ; ce jour-là, je pris plusieurs poissons qui n’hésitèrent pas à attaquer très franchement mon leurre, gueule clouée sur l’armement triple. Ainsi, et de façon assez régulière mais jamais systématique, je pris des ombres sur ces rivières acides du Limousin alors que je recherchais essentiellement la truite autochtone.
Bien des années après, un voyage en Mongolie me permit de vivre une expérience étonnante et similaire qui allait me permettre d’exploiter cette nouvelle voie. Alors que je recherchais les Taïmens et les grosses Lennox de la rivière au moyen d’un poisson nageur, je pris plusieurs ombres communs sur des leurres très volumineux. Malgré la taille imposante de mes crankbaits, les ombres les attaquaient violemment et se piquaient sur les trois branches de l’hameçon triple de queue. De toute évidence, ces ombres communs étaient les mêmes poissons que nous trouvions en France ou en Europe. La différence fondamentale résidait dans l’importance des bancs qui se nourrissaient sur le fond de la rivière et sur l’amplification du phénomène de concurrence alimentaire qui semblait régir la vie du groupe. D’ailleurs, il était plus rapide de capturer plusieurs poissons à la cuiller tournante pour en prélever quelques-uns pour le déjeuner ou le dîner, que de présenter une mouche artificielle, fût-elle noyée !Sur les traces de nos aînés
Par la suite, je me mis à rechercher plus spécifiquement les ombres au moyen d’un lancer ultra léger afin de rendre cette quête moins aléatoire et plus passionnante encore à pratiquer. Au fur et à mesure que ma technique s’affinait et que je multipliais les expériences au bord de l’eau, j’acquis la certitude que ce poisson s’alimentait plus régulièrement que nous l’imaginions d’alevins et que l’opportunisme dont il faisait preuve dans le choix de son alimentation se rapprochait sensiblement de celui du barbeau, un autre poisson des eaux vives de notre pays et aux goûts également éclectiques. Mes recherches se portèrent également sur la littérature halieutique du début et de la moitié du vingtième siècle. Le premier ouvrage dans lequel je pus lire quelques pages sur la pêche de l’ombre au leurre fut écrit par Pierre Lacouche ; intitulé « Les pêches sportives », il aborde succinctement la technique à mettre en ?uvre et fait la part belle aux observations de l’auteur qui possédait une résidence secondaire à la confluence… de la Combade et de la Vienne ! Je ne peux m’empêcher d’avoir une petite pensée émue pour cet auteur prolifique quand je projette mon leurre dans les environs de ce secteur surnommé « Le pont du Rateau » ; de nombreuses années après, il est toujours possible de capturer quelques ombres sur la Vienne, même si la population des truites, quant à elle, a très nettement régressé. Enfin, dans son remarquable ouvrage « Poissons des rivières de France – Histoire naturelle pour les pêcheurs » édité aux éditions Librairie des Champs- Elysées, Léonce de Boisset écrivait au sujet de l’ombre commun : « J’ai lu, dans les auteurs anglais, que l’ombre d’un certain poids chasse et mange le Vairon. N’ayant jamais vérifié ce fait par mon expérience personnelle, j’avais écrit dans une petite étude sur l’ombre (L’ombre, poisson de sport. Librairie des Champs-Elysées. 1941) que je n’avais aucune connaissance d’ombres pris au devon ou à la cuiller et que j’estimais de telles prises douteuses, en France tout au moins. Cette réflexion m’a valu de la part d’aimables lecteurs des précisions du plus grand intérêt. L’un d’entre eux me dit avoir pris, au devon, des ombres de 450 à 700 grammes sur la haute Loire et sur l’Alagnon, un autre à la cuiller dorée sur le Guiers, et un troisième, toujours à la cuiller, sur la Loue.
Un correspondant belge m’informe, de son côté, de prises d’ombres, au Devon, sur un affluent de l’Amblève, en Belgique, et sur la Roer, dans l’Eiffel allemand. Le doute n’est plus possible et l’ombre est bien, comme d’ailleurs la plupart des poissons, ichtyophage… ». Le doute n’est plus possible en effet, l’ombre pouvant devenir un redoutable prédateur et, par voie de conséquence, être capturé au moyen d’un leurre. Je vous livre le fruit de mon expérience personnelle, considérant que la technique que je mets habituellement en oeuvre est perfectible et qu’elle n’est pas nécessairement transposable à tous les types de cours d’eau !Une technique fine et délicate !
Si l’ombre commun qui vit en Mongolie est capable d’attaquer un leurre volumineux, il paraît toutefois plus logique d’employer un matériel plus léger sous nos cieux afin de tenir compte des spécificités de nos rivières et de l’importance de leurs peuplements. C’est donc logiquement que j’ai sélectionné un ensemble ultraléger pour traquer le bel Etendard. J’utilise une canne dont la longueur est comprise entre 1,50 m et 2,10 m en fonction des caractéristiques du cours d’eau que je souhaite prospecter. Un lancer assez long favorise néanmoins les dérives aval qui sont généralement les plus utilisées pour la pêche de l’ombre commun. En effet, la prospection la plus efficace consiste à faire évoluer une cuiller tournante trois-quarts aval afin qu’elle puisse décrire un arc de cercle assez accentué ; l’attaque intervient souvent quand le leurre arrive dans l’alignement du pêcheur.
Il est également possible de parvenir au même résultat lors des prospections vers l’amont à condition de provoquer le même phénomène, c’est-à-dire en inclinant le scion perpendiculairement à la trajectoire initiale au cours de la dérive. Dès que le leurre amorce un changement de direction, l’ombre commun déclenche son attaque qui est d’une fulgurance étonnante et d’une rare agressivité. Beaucoup de poissons se décrochent peu de temps après l’attaque, mais le plaisir que provoquent les quelques captures compense largement la frustration engendrée par les nombreuses touches avortées. S’agissant des leurres à utiliser, je privilégie les cuillers tournantes de petite taille (tailles 0 et 00). Je travaille actuellement sur de nouveaux prototypes de cuillers tournantes qui me donnent de très bons résultats. Je les utilise depuis plus d’un an ; elles se sont révélées particulièrement efficaces au coup du soir. Ce poisson est assez peu farouche, mais il est toutefois recommandé de faire preuve de discrétion afin de ne pas éveiller trop tôt sa méfiance. En prenant toutes les garanties nécessaires, il est possible de faire monter des ombres sur un leurre à des distances relativement proches du pêcheur. La pêche à vue est également possible, mais nécessite une approche lente et mesurée. Le principal problème n’est pas de faire réagir un ombre aux différents stimuli visuels et vibratoires d’un leurre, mais bel et bien d’assurer un ferrage efficace.
Les pêcheurs les plus respectueux pourront remplacer l’armement traditionnel par des hameçons simples sans ardillon. Enfin, je privilégie les dérives entre deux eaux en maintenant mon scion sous un angle de 45 degrés environ afin de provoquer la montée des poissons et ainsi augmenter les probabilités de capture ou, au contraire, je le positionne au ras de la surface afin d’accompagner le leurre dans sa dérive quand le fond est plus important et qu’il est nécessaire de pêcher creux. Pour le reste, rien ne différencie la capture d’un ombre avec une canne à lancer d’une autre technique de pêche, surtout quand le pêcheur emploie un monofilament d’un diamètre de 10 centièmes. Et je dois bien avouer que la violence libérée par ce poisson au moment de l’attaque tranche radicalement avec « l’élégance de ses formes, la distinction de ses manières, le bon ton de sa robe… » du grand Léonce de Boisset.