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Étiquette : France

Un point sur les aménagements piscicoles
Nous faisons ici le point sur un des principaux types d’intervention utilisés pour améliorer les conditions d’habitat aquatique, à savoir la diversification. Celui-ci consiste essentiellement à mettre en place dans le lit du cours d’eau ce qu’on appelle des aménagements piscicoles. Sous ce terme générique sont regroupés les seuils, les déflecteurs ou épis, les caches ou abris (blocs, sous berge) et les frayères artificielles.
Par Arnaud et Denis Caudron
Les raisons de leur développement
Le changement de statut des anciennes AAPP en AAPPMA, associé à la prise de conscience de l’intérêt de protéger les milieux (rôle de vigilance) mais également, dans certains cas, de les restaurer, a été un des facteurs du développement croissant des aménagements piscicoles ces dix dernières années. Ces travaux destinés à améliorer la qualité des milieux devenaient également une alternative intéressante suite à la remise en cause de l’efficacité des repeuplements massifs (sujet dont nous débattrons prochainement). Effectivement, les gestionnaires des ressources piscicoles existent par les actions de gestion qu’ils mettent en place chaque année. Or, si une de leurs principales pratiques, à savoir le repeuplement, ne devient dans certains cas plus utile, quoi de plus logique de se tourner vers la remise en état des milieux et donc vers les aménagements piscicoles qui peuvent bien souvent être réalisés par les bénévoles eux-mêmes. Bien sûr, ces travaux ont un coût et la principale raison de leur succès grandissant est évidemment financière. Les incitations à réaliser de tels aménagements par le biais des aides du CSP et des agences de l’Eau bien souvent relayées par les collectivités territoriales (Conseil général et régional) ont permis d’atteindre des taux d’aide de l’ordre de 80 %. Dans ce cas, il n’était pas difficile de trouver des maîtres d’ouvrage volontaires pour rajouter les 20 % restant et ainsi monter des projets et réaliser des travaux.
Une efficacité finalement limitée
De nombreux travaux d’aménagements piscicoles ont été réalisés en France sur des cours d’eau présentant un habitat dégradé. Les principales réalisations ont consisté à la mise en place de seuils en pierres ou en bois pour oxygéner les eaux, créer des chutes, d’épis-déflecteurs permettant localement de diversifier les écoulements en augmentant les vitesses de courants, de sous-berges en bois pour créer des caches, de blocs en berge ou dans le lit servant également d’abris, de caisses frayères pour la truite ou de végétaux synthétiques pour le brochet. Etant donné le caractère novateur de ces travaux et également l’absence de réel manuel technique de référence permettant d’épauler les acteurs de terrain, les réalisations ont été plutôt intuitives et peuvent être chacune considérées comme une expérience à part entière. Dans ce domaine, la connaissance s’acquiert uniquement par l’expérience. Malgré le manque de suivi et d’évaluation – dans les programme de travaux en France – et l’absence de recul pour tirer les leçons de ces expériences, leurs limites se font déjà sentir. Tout d’abord, ces aménagements sont valables uniquement sur les cours d’eau de taille relativement limitée (inférieur à 10 mètres de large) sauf pour le cas de la pose de blocs en berge qui peut être réalisée sur certaines grandes rivières.
Ensuite, pour être réellement efficaces pour la faune piscicole, les aménagements doivent être actifs, c’est-à-dire induire une dynamique sur le plan hydraulique. C’est cette dynamique active qui va permettre par exemple le creusement du fond à l’aval d’un seuil pour créer une fosse, lerelèvement ou l’abaissement du niveau d’eau pour engendrer des ruptures de pentes, la création d’une cavité en berge (sous berge) par la pose de déflecteurs, ou la possibilité pour les poissons de trouver un abri hydraulique en cas de montée brutale des eaux derrière des blocs judicieusement placés. Malheureusement, dans la majorité des cas, ces désordres hydrauliques locaux nécessaires à l’efficacité de ce type d’intervention ne sont pas permis lors des demandes d’autorisations administratives et les aménagements doivent le plus souvent être dimensionnés pour agir principalement à l’étiage. Ceci limite fortement leurs effets bénéfiques sur les poissons. De nombreuses études essentiellement nord-américaines (Etats-Unis et Canada) ont été publiées sur l’efficacité des aménagements piscicoles, il faut dire qu’ils ont désormais trente années de recul et que de nombreux suivis scientifiques post-travaux ont été réalisés. Les résultats sont quasi-unanimes et pas très encourageants. D’une part, plusieurs réalisations sont entièrement ou partiellement détruites lors des premières crues. Dans tous les cas, c’est une sous-estimation de la force érosive du cours d’eau ou un sous-dimensionnement des ouvrages qui est en cause. Hors destruction par les crues, la durée de vie de ces aménagements est de toute façon limitée, de l’ordre de cinq à dix ans au mieux, après quoi ils sont détériorés ou perdent de leur efficacité (principalement les seuils qui disparaissent et les abris qui se comblent). Enfin, si les ouvrages induisent une incontestable amélioration de l’habitat, ceci ne se traduit pas toujours favorablement sur le poisson. L’effet positif favorise souvent une seule phase du développement de l’espèce cible qui peut se traduire par l’augmentation d’une certaine classe de taille mais pas de l’ensemble de la population. Parfois même, un effet néfaste peut être observé sur les autres espèces présentes. Les travaux ayant lieu principalement sur des tronçons de longueurs limitées, l’effet attractif d’un secteur nouvellement diversifié se traduit par un déplacement du peuplement depuis les zones plus en aval ou en amont. Les suivis de populations montrent effectivementdes augmentations de la quantité de poissons sur les secteurs aménagés, qui s’accompagnent de diminution sur les secteurs amont ou aval moins attractifs, donc il n’y a pas de réel gain global. Une synthèse récente de ces études montre que les efforts doivent davantage porter sur la restauration des processus naturels qui vont permettre de créer et maintenir eux-mêmes des habitats favorables plutôt que sur la mise en place localement de petits aménagements qui n’auront qu’une efficacité limitée dans le temps et l’espace. Vous l’aurez donc compris, « jardiner » une rivière localement en plaçant quelques aménagements piscicoles, malgré l’énergie et l’effort financier que cela demande, n’est pas une solution pérenne pour améliorer la qualité des habitats aquatiques et avoir un impact positif sur les poissons et donc au final sur la pratique de la pêche.Préférez des projets plus ambitieux
L’installation de simples aménagements piscicoles dans le lit ne doit donc pas être la première solution à envisager quand un cours d’eau présente un habitat dégradé. Il est beaucoup plus efficace d’entreprendre, quand cela est possible, des travaux de renaturation ou recréation. Les conséquences seront moins immédiates sur la qualité du milieu, car les effets positifs se feront sentir progressivement sur l’ensemble des compartiments de l’écosystème, mais les résultats seront plus conséquents et surtout durables dans le temps. Ces travaux sont assez lourds et difficiles à mettre en oeuvre et sont, bien sûr, souvent très coûteux (environ 200 à 500 € par mètre linéaire). Mais ils n’intéressent pas seulement le monde piscicole car leurs effets bénéfiques ne sont pas seulement perceptibles sur le poisson. La flore aquatique et rivulaire, les insectes, l’avifaune, les petits mammifères et les batraciens associés aux cours d’eau et zones humides sont bien souvent également concernés. Sans compter l’intérêt paysager. L’apport d’une valeur ajoutée écologique plus élargie à un projet initial uniquement piscicole permet d’intéresser d’autres acteurs de l’eau, d’augmenter l’intérêt du projet et par conséquent d’accroître les moyens techniques et financiers impliqués. N’oublions pas pour autant nos aménagements piscicoles qui peuvent tout à fait être complémentaires et s’insérer dans un projet plus ambitieux. Ils permettront alors d’avoir des effets bénéfiques plus rapides sur le poisson en instaurant par exemple une dynamique locale (érosion de berge ou creusement d’un pool) ou en rendant la berge plus attractive.
Ils serviront donc simplement à accompagner un processus naturel dynamique qui aboutira à la mise en place progressive d’un habitat aquatique diversifié et productif.
Avoir un bon diagnostic et se fixer des objectifsLes aménagements piscicoles ne doivent pas être mis en place par effet de mode ou parce qu’ils sont aidés financièrement par des subventions. Ils doivent être réalisés en réponse à un problème de qualité d’habitat clairement identifié. D’où l’intérêt d’effectuer un diagnostic précis du cours d’eau concerné et d’identifier l’ensemble des causes de perturbation de la qualité du milieu. Ce diagnostic qui s’intéresse à l’ensemble des compartiments de l’écosystème (piscicole, hydrobiologique, géomorphologique, thermique, qualité d’eau, etc.) et utilise des techniques spécifiques doit être confié à des spécialistes. Les propositions résultant de cet état des lieux doivent traiter les perturbations principales afin d’aboutir à une amélioration significative de la qualité du milieu qui aura à son tour un effet positif sur la faune aquatique. Si la phase diagnostic n’est pas suffisante, le risque de passer à côté des principales causes de perturbation est grand et il peut s’ensuivre des réalisations inutiles. Par exemple, la création de caches par la pose de blocs rocheux (très à la mode actuellement) sur un secteur dépourvu d’abri mais dont le facteur limitant dominant, l’élévation de la température estivale, ne permettra pas d’améliorer la situation piscicole. En effet, les blocs créeront des caches idéales mais ne changeront rien au paramètre thermique. Par contre, une reprise du lit mineur en aménageant un lit d’étiage rétréci augmentant les hauteurs d’eau et les vitesses de courant associée à la reconstitution d’une végétation en berge assurera un ombrage maximal et pourra permettre d’apporter des conditions de vie compatibles avec les exigences écologiques de l’espèce cible. Il est important de garder à l’esprit que les aménagements piscicoles n’améliorent que la qualité de l’habitat. Et ils sont donc à mettre en oeuvre uniquement lorsque celle-ci est en cause. Malheureusement, une dégradation importante de l’habitat est souvent le résultat d’un ou plusieurs autres facteurs et s’accompagne de nombreux autres désordres. Dans ce cas, les aménagements piscicoles seuls constituent rarement une solution appropriée. Une fois le diagnostic réalisé et les actions choisies, reste à se fixer des objectifs à atteindre et à prévoir un suivi. Les objectifs sont importants car ils permettront de contrôler le niveau de réussite des travaux réalisés. Ils peuvent, bien sûr, être quantitatifs (atteindre une certaine densité ou biomasse de truite par exemple) mais doivent également s’accompagner d’indicateurs plus qualitatifs (retrouver une classe de taille absente, voir apparaître une nouvelle espèce d’accompagnement, permettre une reproduction naturelle) qui seront d’ailleurs plus facile à estimer.

Le CNFMP valide sept nouveaux moniteurs fédéraux
Le partenariat entre la Fédération française de pêche à la
mouche et au lancer (FFPML) et le Centre national de formation aux métiers de
la pêche (CNFMP) situé à Ahun (Creuse), a permis cette année de valider sept
moniteurs fédéraux venus de toute la France. Leurs principales missions
sont de développer le loisir pêche, d’assister les clubs, comités
départementaux et régionaux dans leurs missions et d’être un relais entre les
adhérents et le comité directeur. D’autre part, la promotion BP JEPS pêche de
loisirs arrive à son terme avec une douzaine de stagiaires qui devraient être
brevetés. La prochaine formation devrait être mise en place en mars 2012. Elle est
ouverte à tout détenteur du BPJEPS « pêche de loisirs » licencié à la
FFPML. Autre information importante : la FFPML, le CNFMP, des
représentants du lycée agricole d’Ahun et du ministère des Sports se sont
rencontrés courant novembre pour finaliser la création d’une section sportive
scolaire de pêche à la mouche.Renseignements : www.devenezguidepeche.fr

La FNPF dit stop à la surenchère hydroélectrique
A l’occasion du Salon des maires et des collectivités locales qui se tient actuellement à la Porte de Versailles à Paris, la Fédération nationale de la pêche en France (FNPF) affiche son mécontentement à la suite de la publication par l’Union française de l’électricité (UFE) d’une étude controversée. Rendue publique le 22 novembre, l’étude affirme que le potentiel hydroélectrique serait encore sous exploité à ce jour en France et conclut à une possible augmentation de 16% de la production hydroélectrique annuelle. La FNPF a, dans un communiqué publié également le 22 novembre, remis en cause les conclusions de l’UFE. Ainsi la fédération considère que : « cette étude évince le caractère partenarial de l’estimation du potentiel hydroélectrique français qui s’est fait dans les instances nationales et locales dédiées, en particulier au sein des Comités de bassin, lors de l’élaboration des Schémas Directeurs Aménagement et de Gestion des Eaux (Plans de Gestion Directive Cadre sur l’Eau). Elle oublie les considérations technico-économiques et environnementales de mobilisation de ce potentiel et les coûts externes notamment à moyen et long terme. Elle revient sur les consensus trouvés très récemment dans le cadre de la convention de relance de l’hydroélectricité dont l’UFE est un des principaux signataires. Elle n’intègre pas les conséquences des modifications climatiques qui sont en train de s’opérer, notamment en matière d’amplification des phénomènes de sécheresse et de crise hydrologique. Elle ignore les projets de classements des cours d’eaux, les obligations de résultat et les objectifs de bon état écologique issus de la Directive Cadre sur l’Eau, amplifiés par le Grenelle de l’environnement, le plan national de restauration de la continuité écologique, le Plan Gestion national Anguilles, la Stratégie Nationale en faveur des poissons migrateurs, la restauration de la trame verte et bleue…» On ne peut qu’appuyer cette démarche de la FNPF en espérant qu’elle sera entendue des pouvoirs publics.

La maladie rénale proliférative : un nouveau fléau pour les cours d’eau ?
Identifiée depuis plusieurs décennies, la maladie rénale proliférative cause régulièrement des ravages dans les élevages de salmonidés. Le risque pour les cours d’eau ne doit pas être sous-estimé, surtout si des lâchers de poissons provenant des élevages sont fréquemment effectués. Des milieux dégradés sont propices au développement de parasitoses, ce qui, en période estivale, doit pousser les gestionnaires à la prudence.
Réalisé en collaboration avec Guy Périat, hydroécologue suisse de la Fédération cantonale des pêcheurs jurassiens.
La maladie rénale proliférative est une pathologie qui affecte les salmonidés ainsi que le brochet. Cette parasitose, qui peut décimer jusqu’à 90 % des effectifs d’un élevage salmonicole, se rencontre également dans les cours d’eau et est susceptible d’infecter des populations de poissons sauvages. Sa contribution au déclin de nos peuplements pisciaires est suspectée par certains hydrobiologistes et des éclaircissements sur sa nature, son origine et les conditions de son développement paraissent donc indispensables…
Des précédents…
Les agents pathogènes, sources de parasitoses, sont nombreux dans nos cours d’eau et peuvent être à l’origine de multiples maladies pour les poissons. Leurs effets néfastes sur les populations piscicoles restent bien souvent limités et sont un des facteurs de leur régulation naturelle, en provoquant la mort des seuls individus les plus faibles. Toutefois, il arrive que certaines maladies prennent de l’importance et mettent en péril certaines espèces cibles, lorsque le milieu se dégrade ou encore si l’agent pathogène est importé dans un environnement qui lui est particulièrement propice. L’exemple le plus frappant est le champignon Aphanomices, qui provient du continent américain et qui est à l’origine de la peste des écrevisses, qui a décimé les plus belles populations d’écrevisses autochtones… Si les risques liés à la maladie rénale proliférative, récemment renommée tétracapsuloïdose, sont sans commune mesure avec la peste des écrevisses, il convient cependant d’être vigilant quant à son développement actuel et son impact éventuel sur les espèces hôtes de l’agent pathogène.
Les salmonidés en première ligne
Les premières observations de la maladie rénale proliférative ont été effectuées au nord du continent américain (Terre-Neuve et Colombie- Britannique). En Europe, une des premières descriptions de la maladie a été réalisée en Allemagne dans les années 1920 sur des truites fario et arc-en-ciel. En France, c’est Besse qui décrivit la maladie en 1956, qu’il nommait à l’époque “anémie pernicieuse des truites arc-en-ciel”. Dès la fin des années 1970, la maladie est citée dans toute l’Europe et l’Amérique du Nord, sur la plupart des espèces de salmonidés (truite commune et arc-en-ciel, ombres, saumons, ombles) ainsi que sur le brochet.
Un développement encore méconnu
Bien que la maladie ait été décrite dès le début du XXe siècle, son agent infectieux, un parasite microscopique, Tetracapsula bryosalmonae, n’a été identifié qu’en 1977 et a été définitivement classé dans la systématique en 1999 par des zoologues anglais grâce aux techniques d’analyses génétiques. Avant cette découverte, d’ailleurs, les manuels spécialisés répertoriaient cette maladie sous le terme de PKX, X signifiant inconnu. Le cycle de vie complexe de Tetracapsula bryosalmonae n’est encore pas totalement élucidé : les connaissances actuelles tendent à montrer que le parasite se développe dans les Bryozoaires, petits animaux à l’aspect moussu se développant en colonies fixées sur le fond des cours d’eau et des lacs, comparables à de minuscules éponges. A la fin de ce premier cycle, les spores pathogènes de Tetracapsula sont libérées dans les eaux libres, avec une durée de vie d’une journée environ. Si ces spores rencontrent un poisson capable de devenir hôte secondaire, elles pénètrent alors l’organisme par les branchies et les muqueuses et, après environ six semaines, vont se loger dans des organes cibles, notamment le foie, les reins et la rate. Sitôt après la contamination, aucune réaction du poisson parasité n’est observée et l’apparition de symptômes est dépendante des facteurs environnementaux. En particulier, la température joue un rôle clé : si des affections peuvent déjà être observées à des températures oscillant entre 12 et 15 °C, une exposition durant deux à quatre semaines à des températures supérieures à 15 °C déclenche une réaction inflammatoire aiguë qui provoque généralement la mort des individus malades. Toutefois, certains individus présentent une résilience non expliquée et d’autres peuvent développer une résistance immunitaire. La fin du cycle parasitaire est encore mal connue et certains scientifiques pensent que les poissons contaminés excrètent les spores pathogènes avec l’urine. A l’issue de ce second cycle, les spores infestent probablement de nouveau des Bryozoaires, mais l’existence d’un autre hôte intermédiaire, encore inconnu, n’est pas exclue. En effet, on ignore où se trouvent les Tetracapsula en hiver, car elles ne survivent pas dans l’eau, on ne les retrouve pas dans la forme hivernante des Bryozoaires et aucun poisson infesté n’a été recensé à cette saison.
Des mortalités uniquement en période estivaleEn raison de l’influence thermique, l’apparition de symptômes est saisonnière sous nos latitudes et les mortalités les plus importantes s’observent, en fin de période estivale, sur les cours d’eau dont le régime thermique dépasse 15 °C. Toutes les classes d’âge des poissons peuvent succomber à la maladie, mais les individus pour la première fois en contact avec le parasite sont les plus vulnérables. Les juvéniles de l’année apparaissent donc comme les plus sensibles. Dans le milieu naturel, le taux de mortalité d’une population contaminée se situe aux alentours de 10 à 15 %, mais peut augmenter à près de 90 % pour les milieux perturbés ou artificiels (cas des piscicultures). Par ailleurs, beaucoup de parasites connus à ce jour appartenant au groupe de Tetracapsula bryosalmonae affectent les poissons et ont souvent des invertébrés comme hôtes intermédiaires. En revanche, aucun cas de contamination de mammifères n’a pour l’heure été observé. L’homme ne semble donc pas pouvoir être affecté par cette parasitose et la consommation de poissons malades ne paraît donc pas à première vue poser de problèmes particuliers.
Des précautions à prendre par les gestionnairesLa tétracapsuloïdose semble avoir été introduite en Europe par les activités liées à la pisciculture. Les campagnes massives de rempoissonnement effectuées dès le milieu du siècle dernier ont par la suite contribué et contribuent assurément toujours à propager cette épizootie. Des recherches plus approfondies sur la vie particulière de ce parasite sont encore nécessaires afin de mieux connaître les mécanismes précis de sa survie et de son expansion dans les milieux aquatiques. A défaut, il est préférable de considérer cette affection comme pérenne, après son apparition. Aucun traitement efficace n’est connu à ce jour et même en pisciculture aucune solution satisfaisante n’a pu être édictée malgré l’utilisation de produits de traitements variés (eau salée, vert de malachite, antibiotique…). Néanmoins, des mesures de précautions peuvent être recommandées aux gestionnaires, afin de limiter l’expansion de la maladie :
– Acquérir et déverser des lots de poissons disposant d’une attestation de conformité sanitaire émanant d’un service vétérinaire spécialisé.
– Déterminer la présence de la maladie dans les cours d’eau, en particulier dans ceux voués à l’élevage (ruisseau pépinière) ou utilisés comme stock de géniteurs pour la reproduction artificielle.
– Prendre les précautions nécessaires en pisciculture et durant les transports, afin que les parasites n’infectent pas les poissons, les embryons ou les oeufs par l’intermédiaire d’un transfert dû à l’eau.
– Désinfecter les bottes et les accessoires utilisés d’un secteur de cours d’eau ou d’une pisciculture à l’autre.
– Dans la mesure du possible, éviter toute utilisation de géniteurs provenant de cours d’eau dans lesquels la présence de la parasitose été confirmée.
– Ne pas élever d’oeufs ou des juvéniles contaminés et/ou provenant de géniteurs potentiellement malades dans des installations ayant un exutoire dans un milieu encore sain.
– Ne pas introduire de poissons atteints par la maladie, ou issus de géniteurs potentiellement malades, dans des eaux non contaminées ou dans lesquelles elle n’a pas été recherchée.
Un niveau de contamination peu connuEn France, la situation de la contamination des rivières n’est pas connue car la maladie elle-même est très peu étudiée et n’intéresse encore que quelques spécialistes. En Suisse, par contre, un état des lieux de la propagation de cette maladie a été mené par le Laboratoire national pour les maladies des poissons et montre qu’elle est très répandue dans les cours d’eau.
En attendant une telle initiative en France, l’expansion de cette épizootie peut être limitée en contrôlant de manière drastique les rempoissonnements, avec notamment des normes sanitaires strictes. En parallèle, des recherches plus approfondies sur les mécanismes de reproduction et de survie du parasite permettraient de mieux cerner les causes de déclenchement de la maladie, d’expliquer la variabilité de mortalité observée et au final de proposer des solutions d’assainissement. Il faut également noter que les connaissances actuelles tendent à montrer que la qualité générale de l’environnement dans lequel se développe le poisson, qui définit notamment son taux de stress, a une influence sur la morbidité de la maladie. Les conditions extrêmes d’élevage en pisciculture, où des taux de mortalité très élevés jusqu’à 90 % sont observés, en seraient d’ailleurs un cas particulier. Ainsi, dans un environnement de qualité, l’occurrence de la maladie pourrait être négligeable et le développement de résistance immunitaire se trouverait favorisé. A terme, une restauration des habitats et de la qualité de l’eau pourrait donc s’avérer être la seule solution durable d’assainissement de la maladie… Et si la présence de la tétracapsuloïdose n’était qu’un signal d’alarme de l’état moribond de nos hydrosystèmes ?Zoom
Comment déceler la tétracapsuloïdose ?D’un point de vue macroscopique :
– Fort gonflement des reins (jusqu’à dix fois la normale), qui deviennent noduleux et parsemés de tâches grisâtres.
– Anémie qui provoque l’éclaircissement des branchies.
– Renflement du ventre et yeux exorbités.
– Mélanisme et apathie.
Toutefois, ces symptômes peuvent également être provoqués par d’autres agents pathogènes (bactéries, champignons). C’est pourquoi tout diagnostic macroscopique doit être confirmé par des tests spécifiques exécutés par des professionnels :
– en saison chaude, par un simple examen de coupes histologiques,
– en saison froide, par des techniques récentes et coûteuses de colorations histologiques particulières et de biologie
moléculaire.
Il est à noter que l’ensemble de ces tests est proposé par le Centre suisse pour la médecine des poissons et des animaux sauvages (FIWI), à Berne (www.vetmed.unibe.ch/itpa/fiwi). En France, le laboratoire départemental des services vétérinaires du Jura réalise également ce type d’analyses.
Pêcher avec des soft swimbaits
Durant la saison froide, les prédateurs économisent leur énergie et se focalisent souvent sur des proies conséquentes, capables de les rassasier rapidement. Sans aucun doute, les swimbaits souples se présentent comme les leurres du moment.
Par Achille Gan
Poursuivant notre étude sur les leurres souples et leurs différents montages, je vais délaisser volontairement les modèles durs ou hybrides et vous parler des « swims » souples dont les versions actuelles sont particulièrement dignes d’interêt. Popularisés, en France, grâce aux nombreux leurres souples portant l’appellation « shad » dans leur nom de baptême, les swimbaits, que l’on monte sur tête plombée ou ceux dont le lestage est intégré lors du moulage, sont plutôt réservés à une prospection profonde et verticale. Leur efficacité n’est plus à démontrer et j’ai voulu vous présenter le sujet selon un autre angle, en me penchant sur des modèles moins communs, plus adaptés à la traque des big bass, des grosses perches ou des brochets réputés imprenables. Le terme « swimbait » englobe plusieurs types de leurres dont l’aspect général est assez proche de celui d’un vrai poisson et dont la matière première peut être du bois, de l’ABS ou de la matière plastique souple (élastomère, PVC, silicone…). Qu’ils soient classés comme poissons nageurs parce qu’ils possèdent une bavette ou comme leurres souples, ils possèdent un point commun, c’est celui d’être particulièrement attractifs auprès des plus gros carnassiers.
Des vibrations bien spécifiques
Vous le savez, les poissons carnassiers repèrent leurs proies essentiellement grâce aux vibrations et aux déplacements d’eau perçus par leur oreille interne et par les cellules nerveuses situées sur leur corps ou le long de leur ligne latérale. La vue ne leur servant qu’à ajuster l’estocade ou à vérifier, en « close-up », la nature de leur futur repas. D’autre part, il est connu que les bass, qui peuplent certains lacs californiens, peuvent atteindre des tailles exceptionnelles frôlant les 22 livres, 4 ounces du record mondial, se nourrissant des truites arc-en-ciel maillées qui y sont régulièrement déversées pour amuser les pêcheurs.
A partir de ces observations, les concepteurs de swimbaits souples ont fait évoluer les modèles utilisés en mer en travaillant sur la souplesse des matériaux et la capacité du leurre à émettre de fortes vibrations, sous récupération ultra-lente, pour parvenir à imiter celles de ces pauvres truites perdues dans l’immensité des lacs, errant à la recherche des bords du bassin bétonné natal et du pisciculteur nourricier !Des tailles adaptées et une densité particulière
Au début, la masse importante de ces softbaits les destina longtemps à la pêche à la traîne, faute de matériel adapté. Aujourd’hui, ils font partie de l’équipement basique de tout bassman qui se respecte tant leur gamme a évolué pour coller aux besoins des lanceurs « légers ». Disponibles dans des tailles de 10 à 35 cm pour des poids pouvant atteindre les 250 g, ils ont une densité relativement commune dite « slow sinking ». Celle-ci permet un travail en surface, juste au-dessus des herbiers, si on maintient une récupération régulière ou entre deux eaux dès que l’on ralentit le rythme ou que l’on prend soin de laisser couler un peu le leurre. Vous le voyez, leur zone d’action les rend tout à fait repérables par les gros prédateurs postés en profondeur ou suspendus en pleine eau. Leur déplacement naturel renforce leur pouvoir attractif sur ces gros poissons peu enclins à se déplacer s’ils n’ont pas de grandes chances de réussir leur attaque.
Deux familles bien distinctes
Parmi ces swimbaits souples, nous pouvons en distinguer deux sortes qui se distinguent par leur conception et leur utilisation. La première, relativement répandue outre- Atlantique, se présente déjà armée d’un ou deux triples reliés à l’oeillet d’attache par du fil inox, du câble acier ou de la tresse textile noyés dans la masse. Leur degré de finition peut être assez élevé et des nageoires stabilisatrices sont présentes pour éviter que le leurre ne fasse n’importe quoi sous les puissantes secousses de l’appendice caudal. La nage de ces leurres et leur action aguichante se cantonnent d’ailleurs à ces battements latéraux de la queue et à un léger rolling du corps. Mais croyez-moi, la quantité d’eau déplacée par ces leurres volumineux suffit largement pour réveiller les brochets les plus apathiques ! Ils trouvent leur plein emploi pour une prospection large de postes peu encombrés, où leurs capacités vibratoires pourront s’exprimer.
Comme je le disais plus haut et malgré l’armement conséquent de ces big baits, vous pourrez aussi vous amuser, au printemps, à peigner les bancs de potamots ou de myriophylles avant qu’ils n’atteignent la surface. Entre deux massifs, n’hésitez pas à faire du « dead sticking » ou du « donothing », c’est-à-dire à stopper toute récupération et à laisser le leurre immobile le plus longtemps possible ! Cela marche encore mieux avec des swimbaits relativement flottants. Plus à même d’intéresser les blackbass et les perches, la seconde catégorie possède des lignes plus fluides, plus abstraites aussi. Culminant à une quinzaine de centimètres, certains de ces swimbaits ont une conception beaucoup plus complexe que les « mammouths » vus précédemment et se rapprochent plus des leurres souples classiques, vendus en paquets de plusieurs unités. Non armés, ils s’installent sur des jig heads ou mieux, sur des hameçons à oeillet décentré. Ils vous permettent alors de prospecter n’importe quel poste, aussi encombré soit-il ! Leur densité habituellement « slow sinking » est modifiée, à la fabrication, par adjonction dans le plastique de micro-bulles d’air ou de paillettes de tungstène pour les rendre flottants ou coulants. Les versions modernes de ces swimbaits sont très travaillées au niveau de leur comportement sous l’eau.
Des études hydrodynamiques ont conduit les concepteurs à créer des articulations, des points de resserrement de la matière, etc. pour obtenir beaucoup plus de vivacité et de souplesse que leurs homologues salmoniformes. Cette catégorie, plus polyvalente, supporte ainsi une multitude d’animations et de montages. Il est tout à fait possible de les employer sans plomb (weightless rig) pour les faire buzzer ou onduler sous la pellicule. On peut aussi y planter des inserts, en plomb ou en tungstène, pour parvenir à trouver la densité voulue ou carrément leur adjoindre une balle et préparer un vrai montage texan capable de pêcher plus profondément ! Attention toutefois à ne pas les surplomber, ce qui anéantirait leur si belle nage. Pour des modèles de 10 à 15 cm, utilisez des balles de 1,8 g à 3,5 g et jusqu’à 18 g pour les swimbaits plus gros, selon vos besoins.
Les modèles plutôt fusiformes, comme les Spindle worm flottants, donnent d’excellents résultats en Carolina rig ou en drop shot, tout en restant très confortables à manoeuvrer. Oui, vous avez bien lu ! En drop shot. Les montages plombés seront, bien sûr, plus indiqués au moment où les carnassiers suivent les poissons blancs dans leur retraite hivernale alors qu’il faudra être patient et obstiné pour peigner ces postes souvent profonds.
Vous l’aurez compris, ces swimbaits souples vont vous permettre d’être très réactifs lorsque les conditions de pêche où les types de postes vont changer. Le montage sur hameçon « offset » démontre une fois encore toute sa polyvalence et sa facilité d’utilisation sur des leurres qui mêlent l’apparence naturelle au côté ludique que nous fait vivre chaque fois la pêche aux leurres. Grâce à leur silhouette souvent imposante et à leur nage très étudiée, les swimbaits ont séduit ou énervé de nombreux carnassiers d’eau douce et d’eau salée, pourtant, ceux-ci n’avaient jamais croisé de truite arc-en-ciel !
Les baetis de midi
Moins connu que le coup du soir, le coup de midi est pourtant la vraie ouverture de la saison de pêche à la mouche. Durant le début de la saison (mars et avril), c’est souvent le meilleur moment pour pêcher à la mouche sèche. Voici une piste…
Par Jean-Christian Michel
Vers 11 heures, le jour J, les héros sont fatigués, ils regagnent leur voiture pour casser la croûte. C’est tant mieux, car ainsi ils laissent la rivière en paix. Les poissons actifs (quand la température le permet) prennent alors possession de leur domaine et peuvent nous livrer les premières vraies émotions halieutiques de l’année. Si la vallée est ouverte, les rayons du soleil de mars aideront peut-être à gagner les degrés fatidiques qui permettront l’émergence de baetis rhodani… C’est sur lui que les truites sauvages se dérouillent les mâchoires. Souvent timide mais quelquefois plus importante, cette éclosion de début de saison peut durer jusqu’en milieu d’aprèsmidi, avant que ce ne soit au tour du froid de refermer ses mâchoires sur les ailes des éphémères et les doigts du pêcheur ! Les plus belles éclosions se produisent lorsque la rivière est caressée par une pluie fine et douce pendant plusieurs jours. Les truites peuvent alors mettre le couvert, comme lors des meilleurs des coups du soir… mais ce n’est pas toutes les années.
Des baétidés, les rhodani sont vraisemblablement les plus robustes du genre car ils survivent là où d’autres espèces ont disparu. S’il est toujours possible de capturer le premier poisson de l’année en pêchant au fil ou au streamer, un poisson de raccroc n’a pas la même valeur émotive qu’un poisson capturé en ayant compris quelque chose à son comportement alimentaire et à ce qui fait que son monde et le nôtre peuvent se rencontrer. A ce moment, le geste du moucheur mime ces retrouvailles et il ne se réduit plus seulement à la froide mise en oeuvre d’une technique. La pêche n’est pleinement ouverte que quand on a la satisfaction d’observer et de pêcher des poissons en activité… Et pour beaucoup d’entre nous, c’est baetis rhodani qui aide à ouvrir le bal !Matos et mouches
En grande rivière, cette première pêche à la mouche de la saison a le mérite de nous faire reprendre nos marques. Le nympheur reprendra contact avec son long bas de ligne mais, avec une pointe presque réduite de moitié, les lancers seront bien facilités… la limite de cette simplification étant toujours… le dragage ! Pour les premiers jours de la saison, les farios peuvent se montrer gentilles, et à plus forte raison si les insectes sont bien présents. Dans les secteurs calmes, les imitations qui pêchent bas sur l’eau sont toujours les plus prenantes.
Les petits voiliers en cul de canard font merveille, à condition de ne pas être trop fournis. Si les truites sont actives dans les courants, comme c’est assez souvent le cas dans les rivières du sud de la France lorsque le soleil est au plus haut, on peut utiliser des imitations en hackle de coq réalisées en montage parachute. Ces modèles ont le mérite de pêcher bas et de sécher rapidement lors des faux lancers.
Mitchell Pulse Shad
Ce shad est une création française. En effet, la société Mitchell a accordé sa confiance à Sylvain Legendre, compétiteur de renom, qui a développé ce leurre assez particulier. Le souhait de Sylvain était de proposer un leurre souple très polyvalent, conçu dans une matière qui le mette facilement en mouvement et qui soit utilisable autant en verticale qu’en lancer-ramener. Pour couronner le tout, le Pulse Shad est disponible en quatre tailles permettant de faire face à toutes les situations. Le Pulse Shad porte bien son nom. Il est massif sur sa partie avant. Son appendice caudal bénéficie d’un large diamètre. Il est facilement mis en mouvement à la moindre traction grâce à des décrochements dans la matière au niveau du rétrécissement entre le corps et la queue. Par ses caractéristiques, le Pulse Shad est atypique, fait pour bouger et pour faire réagir les poissons. Le succès de ce leurre fut presque immédiat en France comme à l’étranger où il a permis de gagner des compétitions importantes. Ce Pulse Shad n’est pas particulièrement odorant. Il bénéficie en revanche d’un rapport qualité/prix très favorable.
Conseils d’animation
Avec ce type de leurre, l’animation a lieu à partir du moment où il y a déplacement, même à faible vitesse. Si rien ne s’oppose à lui imprimer de grandes tirées suivies de relâchés, n’oubliez jamais que le leurre reste toujours pêchant. C’est pourquoi il intéresse d’ores et déjà les amateurs de pêche du sandre à la verticale. Rares sont en effet les shads massifs capables de nager de façon constante sans “syncoper” à très faible vitesse (fourchette de 0,3 à 0,8 km/h). Pour cela, le Pulse Shad est une réussite !
Fiche technique
Longueur : 6, 8, 11 et 14 cm. Six coloris.
Prix conseillé : 9,60 euros les 25 en tailles 6 et 8 cm.
14,50 euros les 25 en tailles 11 et 14 cm.
En vente en magasins spécialisés.
Libye : la guerre n’a pas arrêté les pêcheurs de thons rouges
Alors qu’un conflit armé faisait rage en Libye entre les rebelles du CNT et les hommes de Mouammar Kadhafi, les pêcheurs de thons rouges ont continué à arpenter les eaux territoriales libyennes à la recherche du précieux thonidé, notamment pendant la période de reproduction. De multiples informations prouvent l’implication d’équipages européens. Selon les ONG, des bateaux venus d’Italie, d’Espagne, de France et de Malte sont concernés. La Commission européenne a déclaré que ces prises pourraient prochainement être déclarées illégales. Décidément rien ne coupe l’appétit de la pêche industrielle, pas même la guerre…

Street Fishing de Lyon : Jean-Michel Marcon domine chez les gones
Le dernier des quatorze opens de street fishing de l’AFCPL
2011 s’est disputé sur le Rhône avec 50 concurrents dans le cœur de la cité des
Gones. Cette étape restera mémorable avec un record de 397 poissons maillés
capturés. Le public lyonnais était au rendez-vous et a pu découvrir cette
discipline urbaine en échangeant avec les street fishers. Jean-Michel Marcon,
du Team Rapala-Shimano-G.Loomis et vainqueur de cet open, explique : « ils
viennent là à côté de vous et regardent la technique de pêche de chacun. Les
gens prennent le temps de discuter sur l’intérêt de remettre le poisson à l’eau,
sur les différentes espèces présentes et les compétiteurs sont accessibles.
C’est ça tout l’art du street, c’est qu’il se pratique au contact du public. » Au terme de sept heures de compétition,
Jean-Michel Marcon a donc remporté l’épreuve en signant un autre record :
le meilleur score jamais établi en compétition street avec 5358 points (22
perches maillées et 1 sandre de 441). Une saison 2011 qui s’achève donc en
fanfare !Résultats :
1. Jean-Michel Marcon, Team Rapala-Shimano-G.Loomis
2. Morgan Calu, team Cabela’s France
3. Jean-François Desgranges
Renseignements : www.afpcl.eu
Photo : © AFCPL

Température d’eau et poissons, un équilibre fragile et complexe
La grande majorité des pêcheurs n’accordent pas assez d’importance à l’impact de la température de l’eau sur l’activité des poissons. Animaux à sang froid, ils subissent directement les différences de température. Cet article permet de bien comprendre quelles sont les conséquences chez les poissons lors des variations de température de l’eau, car c’est souvent un facteur déterminant pour leur alimentation.
Par Arnaud Caudron
Certains êtres vivants comme les mammifères ou les oiseaux ont une température corporelle constante. Ces espèces sont dites homéothermes. Les poissons, par contre, sont incapables de garder leur température interne constante et celle-ci varie en fonction de la température de l’eau. Dans le jargon technique, on les appelle des poïkilothermes. Ensuite, on peut distinguer les espèces eurythermes, susceptibles de supporter de grandes amplitudes de température, qui vivent préférentiellement en zone de plaine (cyprinidés), et les espèces sténothermes qui, elles, au contraire ne tolèrent que des variations faibles autour d’une valeur moyenne et qui généralement préfèrent les eaux froides, par exemple la truite. Ces espèces sont donc doublement dépendantes et sensibles aux valeurs de la température de l’eau. On comprend mieux pourquoi la température de l’eau est un facteurécologique primordial et les raisons pour lesquelles ses variations au cours de l’année jouent un rôle direct sur la vie des poissons. Ainsi, la température de l’eau intervient directement sur certaines fonctions vitales comme le métabolisme, donc la croissance, l’activité hormonale, la reproduction, mais peut aussi intervenir indirectement, par exemple, pour certaines pathologies qui sont favorisées par l’élévation de la température de l’eau.
Température, exigences et qualité du milieu
La température intervient directement dans la qualité chimique des eaux puisqu’elle agit sur les concentrations des différents composés essentiels présents dans l’eau, par exemple l’azote, qui peut prendre différentes formes au cours de son cycle (nitrite, nitrate, ammonium, ammoniac), le calcium et également la concentration en dioxygène et le taux d’oxygène dissous. D’une manière générale, une élévation de température accélère le métabolisme du poisson et donc stimule sa croissance alors qu’une baisse de la température provoque l’effet inverse. Lorsque la température de l’eau augmente, la demande en oxygène aussi augmente car le poisson est plus actif et s’alimente plus pour répondre à la demande métabolique. Cependant, en même temps que le poisson augmente sa consommation d’oxygène, la disponibilité de cet oxygène dans l’eau diminue car l’augmentation de la température limite la solubilité des gaz. De plus, l’élévation de la température provoque un changement des concentrations relatives des composés de l’azote en augmentant le taux d’ammoniac, forme toxique del’azote. Il existe donc un équilibre instable dans l’interaction entre les différents éléments, qui varie continuellement en fonction de la valeur de la température d’eau. D’autres éléments, comme la charge en matières organiques, peuvent influencer cet équilibre précaire. Ainsi, dans des eaux polluées par surcharge organique, par exemple l’aval des rejets de stations d’épuration peu performantes, la prolifération des bactéries aérobies, qui augmente avec la température, entraîne une diminution de la teneur en oxygène.
Des variations de température ont lieu, bien sûr, au cours de l’année, par exemple entre l’été et l’hiver, où l’amplitude tourne en général autour de 15 à 20 °C, mais, chose moins connue, les conditions de température d’un cours d’eau peuvent également varier de 4 à 10 °C au cours d’une même journée. Ces informations peuvent expliquer les différences d’activité des poissons, que l’on observe au cours d’une journée de pêche. Outre l’effet des variations thermiques, certaines valeurs extrêmes de température (élevée ou basse) peuvent rendre les conditions de vie plus difficiles en provoquant un déséquilibre entre les différents éléments, qui fait qu’au moins un de ces éléments atteint unevaleur qui n’est plus compatible avec les exigences écologiques d’une espèce. Alors le poisson rentre en état de stress, arrête de s’alimenter, bloque son métabolisme et, cas extrême, cherche à migrer ou peut mourir si certaines valeurs dépassent ses limites vitales. Par exemple, pour la truite commune, qui est une espèce très étudiée et pour laquelle des données précises existent, on estime son preferendum thermique entre 4 et 19 °C. C’est-àdire que, lorsque la température d’eau est en dessous de 4 °C ou au-dessus de 19 °C, la truite rentre en état de stress et réduit fortement son métabolisme et cesse de s’alimenter. Au-delà de 25 °C, les conditions du milieu deviennent létales ou sublétales pour ce poisson. En plus, en fonction du stade de vie (embryon, larve, juvéniles, adultes) et de l’état physiologique (maturité sexuelle), les exigences écologiques vis-à-vis de la température ne sont pas les mêmes.
Température et reproductionLa quasi-totalité des poissons sont dépendants de la température d’eau pour l’ensemble de leur cycle de reproduction.
Chaque espèce a ses propres preferenda thermiques, en rapport avec la période de l’année durant laquelle se déroule la reproduction. L’étape de maturation sexuelle et de formation des gamètes est souvent déclenchée par un changement brusque de la température (élévation ou baisse) ou l’atteinte d’une valeur seuil à partir de laquelle les géniteurs commencent à maturer. Par exemple, pour la truite, la reproduction est systématiquement précédée par une chute de la température de l’eau. Les comportements migratoires, particulièrement chez les salmonidés, permettant aux géniteurs d’accéder aux zones de frayères, sont également souvent déclenchés par une chute de la température de l’eau.
Enfin, la durée du développement embryo-larvaire, en particulier chez les salmonidés, est déterminée par la température de l’eau. Cette durée est alors exprimée en degrés-jours. Par exemple, pour la truite commune, l’éclosion des oeufs intervient environ 400 degrés-jours après la fécondation. Aussi, pour connaître la durée d’incubation, on additionne chaque jour la valeur moyenne de la température de l’eau jusqu’à atteindre un total de 400 °C. Ainsi, théoriquement, si la température est constante et reste tous les jours à 10 °C, il faudra 40 jours d’incubation pour atteindre le seuil de 400 °C. Dans le cas de la truite, il faut encore presque 400 degrés-jours pour que la larve se développe et émerge des graviers. Dans la nature, la valeur de la température n’est bien sûr pas constante au cours du développement embryonnaire, puisque l’eau se réchauffe progressivement au fur et à mesure que le développement a lieu. Mais, globalement, lorsque les températures d’un cours d’eau sont plus élevées, la durée de vie sous graviers sera plus courte. Les premières études réalisées en milieu naturel montrent que la durée totale de vie sous graviers pour la truite commune peut varier de 115 à 180 jours selon les sites, soit de quatre à six mois. Il semble qu’au-delà de 180 jours le développement ne soit pas viable et que la mortalité des alevins soit totale.Température et pathologie
La température de l’eau est aussi un facteur important pour l’état sanitaire des poissons, en particulier concernant le développement des pathologies. Pour la totalité des poissons, les différents types de pathologies possibles, bactériennes, virales, parasitaires, sont conditionnés ou influencés par les valeurs de températures de l’eau. Les pathologies sont le plus souvent liées à un réchauffement des eaux ou à l’atteinte d’une valeur seuil importante. L’exemple le plus parlant, et qui est d’actualité, est le développement de la tetracapsulose ou maladie rénale proliférative chez les truites et les ombres, appelée plus communément PKD (proliferative kidney disease). La PKD est une maladie infectieuse qui provoque une hypertrophie des reins et, éventuellement, du foie et de la rate, qui peut entraîner dans les populations des taux de mortalité relativement importants, notamment chez les juvéniles. L’agent infectieux est un parasite nommé Tetracapsula bryosalmonae, qui infecte en premier lieu des petits invertébrés de nos cours d’eau, les bryozoaires, mais qui peut également parasiter les salmonidés lorsque les conditions du milieu deviennent favorables.
La température de l’eau joue un rôle primordial dans le cycle de développement de ce parasite, qui se propage dans le milieu naturel lorsque celle-ci atteint 9 °C. L’apparition des conséquences cliniques sur les truites semble nécessiter une température d’au moins 15 °C pendant environ deux semaines. Si, à première vue, ces conditions de température peuvent paraître rares, en réalité les relevés thermiques qui commencent à se mettre en place sur différents réseaux hydrographiques montrent que de nombreux sites sont concernés, et pas seulement dans les rivières de plaine. D’ailleurs, plusieurs sites montrant des truites atteintes de PKD ont été découverts en France, en Suisse et en Grande-Bretagne. On perçoit mieux le rôle déterminant que joue la température de l’eau sur les poissons et l’influence qu’elle peut donc avoir sur la structure d’un peuplement ou d’une population. Ce facteur doit donc être pris en compte de manière prioritaire dans les études piscicoles ou de qualité du milieu et il doit être étudié sur un cycle annuel, car chaque stade de développement a ses propres exigences. Il est vrai que c’est bien souvent l’augmentation de la température qui pose des problèmes, en particulier pour les espèces sténothermes, etce constat n’est pas rassurant maintenant que l’on sait que le réchauffement climatique dont on nous parle tant est inévitable. En effet, on ne cherche plus à éviter ce réchauffement, car il est trop tard, mais on cherche désormais à prévoir ce qu’il provoquera comme bouleversements biologiques, écologiques et humains. Concernant les milieux aquatiques, de premières études par modélisation prévoient à long terme une réduction importante de l’aire de répartition des espèces sténothermes comme la truite et une banalisation des peuplements sur la majorité des milieux, car le réchauffement va profiter aux espèces les moins exigeantes. Et ce qui est vrai pour le poisson l’est également pour les invertébrés et les plantes aquatiques. Par contre, ce que ne prennent pas en compte ces études prospectives est la capacité d’adaptation des espèces face à ce changement. Nous pouvons donc raisonnablement espérer que ce changement sera suffisamment progressif pour permettre aux espèces ayant une plasticité écologique importante de s’acclimater.