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  • Entretien avec Jean-Luc Cometti

    Entretien avec Jean-Luc Cometti

    Trois questions à Jean-Luc Cometti, Président délégué du Club de Pêche Sportives Forez-Velay, organisateur du Salon international de la mouche artificielle (SA.NA.MA.).

    Pêches sportives : le Sanama est actuellement le plus grand salon de pêche à la mouche se tenant en France. Comment voyez-vous son évolution dans les années à venir et principalement en ce qui concerne l’édition 2013 ?

    J-L. Cometti : Comme vous venez de le dire, le Sanama, créé en 1982, est devenu au fil des éditions le plus grand salon exclusivement consacré, en France, à la pêche à la mouche. En effet, tous les exposants qui s’y retrouvent en principe les années impaires sont unanimes et l’ont consacré référence européenne dans ce domaine, ce qui est pour nous une grande fierté.
    C’est sans doute lié à plusieurs éléments. D’une part le concept même de ce salon qui tente de réunir les plus grands noms de la pêche à la mouche et les faire coexister avec les plus modestes débutants dans l’unique but de pouvoir partager une passion commune. D’autre part le fait qu’il soit organisé, d’une manière tout à fait bénévole et non intéressée, par une grande partie des adhérents du club de Pêche Sportive Forez-Velay. Et enfin, je pense aussi, par l’ambiance très conviviale qui y règne pendant deux jours.
    Pour 2013, nous avons assisté à un très fort engouement de la part des exposants potentiels. Malheureusement le local n’est pas extensible et nous n’avons pas pu tous les accepter. Nous le regrettons.
    Nous le regrettons d’autant plus que pour cette édition, Saint-Etienne va devenir, l’espace d’un week-end, la capitale de la pêche à la mouche. Pour le plus grand plaisir des moucheurs, nous avons décidé avec les organisateurs du RISE Festival que le festival international du film de pêche à la mouche soit programmé pendant le même week-end que le Sanama Les passionnés ne devraient pas faire le voyage pour rien et pourront décupler leur plaisir compte tenu de cette synergie.
    Et puis le Sanama mettra à l’honneur, comme cela a été le cas en 2011, un pays réputé pour ses rivières : cette année ce sera la Pologne qui présentera ses richesses halieutiques. Comme vous le voyez, le Sanama se présente bien. Tous les organisateurs ont donc aujourd’hui l’esprit serein. Cet optimisme ne devrait cependant pas éliminer tous les problèmes, qui ne manquent jamais de se présenter. Mais soyez sûr que tout sera prêt pour cette grande fête de la mouche. L’avenir du Sanama ? Aujourd’hui la salle que nous utilisons peut paraître trop petite à certains. Ils pensent qu’il faudrait encore plus développer le Sanama, afin d’accueillir encore plus de monde. J’entends bien. Mais cela nécessiterait de changer de local, avec sans aucun doute des répercussions financières importantes pour le club. Par ricochet, les exposants et les visiteurs seraient également impactés. Car il ne faut pas perdre de vue que nous sommes un modeste club de pêcheurs à la mouche, que nous sommes tous des bénévoles, que nous ne cherchons pas à faire de l’argent avec le salon, mais que nous ne voulons pas non plus en perdre. Et puis, l’esprit convivial, tant apprécié actuellement, ne serait probablement plus là. La fête ne serait plus la même. Donc pour l’instant, il n’est pas question de développer encore plus le Sanama.
    Notre objectif ? Le maintenir à son niveau actuel, ce qui est déjà un bel exemple de réussite, tout en y apportant quelques aménagements mineurs. Cela peut être pris pour un manque d’ambition, mais nous ne voulons pas vendre l’âme du Sanama Rappelez-vous : la grenouille qui voulait devenir plus grosse que le bœuf a eu des problèmes. Nous n’avons pas envie de l’imiter.

    PS :
    Hormis l’organisation du salon, qui, nous nous en doutons, demande des mois de travail, quelles sont les autres activités du Club de Pêche Sportive Forez-Velay ?

    J-L. Cometti : Les activités de notre club sont sensiblement les mêmes que celle de tout club de pêche à la mouche. Dans nos quatre sections locales, réparties sur les deux départements de la Loire et de la Haute-Loire, une fois par semaine, il est possible de s’initier et de se perfectionner au montage des mouches artificielles.
    Nous avons également une école de pêche. Le stage se déroule sur huit semaines en mars et avril.
    D’abord en salle. Pour bien apprendre, surtout à cette époque dans notre région, il vaut mieux être à couvert. Là, le futur pêcheur à la mouche va apprendre les gestes de base du lancer mouche. Ensuite on va lui apprendre à pêcher. Savoir lancer c’est une chose, savoir pêcher en est une autre. Donc, accompagné par un moniteur attitré, sur la rivière cette fois-ci, chaque novice va apprendre à intégrer les difficultés inhérentes à la pêche à la mouche, le vent, les arbres, les clôtures, l’eau qui coule et fait draguer la mouche… et les poissons, où sont ils ? Forts de cet apprentissage, les néo-moucheurs en fin de stage auront acquis le B.A.BA. Il faudra maintenant aller à la pêche, encore et encore, car c’est la clé de la réussite.
    Bien sûr le club organise régulièrement des sorties de pêche sur les rivières de la région. Ces sorties où les novices côtoient les plus aguerris sont toujours de grands moments d’échanges et de convivialité. Une fois par an, une grande sortie, pendant tout un week-end, dans une autre région, nous permet de découvrir d’autres richesses halieutiques.
    Deux rencontres halieutiques célèbres sont également organisées par le Club, chaque année, sur deux rivières de la région riches en salmonidés : le Trophée du Lignon Forézien et le Trophée d’Argent de l’Ance. Ce ne sont pas des compétitions puisque nous sommes plutôt orientés sur la pêche de loisir, mais plutôt des concours amicaux où l’esprit de partage et d’échange prédomine.
    Pour finir j’évoquerai évidemment le volet protection de la nature. Notre club a reçu dès 1979 un agrément au titre de la protection de la nature pour le département de la Loire. Cela lui confère des droits et des devoirs
    Donc, dans les devoirs, surtout des actions de terrain. Chaque année, plusieurs opérations d’entretien de rivières sont programmées en collaboration avec les AAPPMA locales. Ce sont toujours des moments forts où nous aimons nous retrouver et où nous avons, en fin de chantier, le plaisir du travail accompli pour aider la rivière et ses hôtes à mieux se porter.
    Mais aussi des droits. Cet agrément nous donne le droit d’intervenir lorsque certains pensent passer outre la réglementation. En cas de pollution, ou de dégradation d’une rivière, il nous arrive de porter des actions en justice afin de faire cesser ces dérives. Ce n’est pas le plus plaisant, mais cela s’avère malheureusement trop souvent indispensable. Pour exemple, je citerai la lutte que nous avons engagée, avec les Fédérations de pêche de la Loire et de la Haute Loire, et d’autres ONG, pour sauvegarder la Semène, une superbe rivière, très riche en biodiversité, en passe de devenir réservoir biologique, et sur laquelle, au nom de l’argent que cela pourra rapporter en vendant l’eau, une poignée d’élus font construire un barrage, soit disant pour assurer l’alimentation en eau des populations, alors que des réserves phénoménales existent à proximité sur le barrage de la Valette et sont sous exploitées. Une action en justice est en cours. En complément, je citerai aussi notre participation à de nombreuses instances de travail et de concertation qui travaillent sur l’eau et les rivières, tels les contrats de rivières qui sont nombreux dans la région.

    PS :
    A travers le legs de Chamberet, votre club est l’héritier d’une époque qui a profondément marqué l’histoire de la pêche à la mouche en France. Quel regard portez-vous sur l’évolution des mentalités et des techniques de pêche à la mouche aujourd’hui ?

    J-L. Cometti :
    C’est une vaste question. Il est sûr que les mentalités ont évolué depuis l’époque où Gérard de Chamberet et ses amis partaient à la pêche et recherchaient des insectes, multipliaient les observations pour pouvoir mieux les imiter. Je pense en particulier à la collection Gallica qui est exposée au Sanama
    Fini le temps où le pêcheur allait à la pêche pour nourrir sa famille. Nous sommes maintenant dans une période où la pêche est devenue un loisir, loisir sportif s’il est pratiqué dans un bon état d’esprit, notamment de respect du poisson et des autres usagers de la rivière.
    De plus en plus de pêcheurs ont donc adopté la pêche sans tuer. C’est bien. Un grand nombre de poissons peuvent ainsi rester dans la rivière. Par contre, il faut faire attention à ne pas devenir intégriste, avoir des œillères et vouloir imposer la pratique sans tuer partout et toujours. Cela peut amener à des situations complètement anormales voire dangereuses pour notre sport. Je pourrais en parler plus tard si vous le souhaitez. Pour ce qui nous concerne, au club, la pratique sans tuer est grandement répandue, elle est même dans certaines circonstances vivement encouragée. Par contre nous nous réservons le droit de garder quelques poissons dignes d’intérêt dans la saison de pêche. Le prélèvement raisonné de 5 ou 6 poissons dans une saison ne fait pas du pêcheur un paria. Loin de là !
    Beaucoup de pêcheurs pratiquent aujourd’hui la pêche à la nymphe. Certains disent que l’on prend plus de poissons. C’est parfois vrai. Mais ce qui est sûr, c’est probablement que ce changement de technique est lié au changement de comportement des poissons. De plus en plus souvent, ils délaissent la surface pour se nourrir sous l’eau. Il y a sûrement des raisons à cela, mais là n’est pas le propos. C’est une pratique qui est difficile à mettre en œuvre dans nos rivières du Massif Central relativement sombres avec des poissons peu visibles. Je parle de la nymphe à vue bien évidemment. Par contre, personnellement, je ne considère pas comme de la pêche à la mouche, le fait de pêcher sous la canne, avec un leurre de plusieurs grammes, même si on l’a baptisé nymphe lourde. On pourrait également parler de la pêche en réservoir. Je reconnais pour l’avoir pratiqué, qu’il est agréable de prendre des poissons de taille XXL, ce qui se produit très rarement dans nos rivières du Massif Central. Mais c’est une pêche qui n’est pas à la portée de tout le monde, les coûts sont parfois relativement élevés. Par contre, la pêche en réservoir à l’avantage de permettre de continuer à s’adonner à sa passion alors que dans les rivières, la reproduction des truites sauvages a commencé. Et puis, il en faut pour tous les goûts, il y a de la demande de la part d’une certaine catégorie de pêcheurs. Alors pourquoi pas. L’important c’est que tout le monde trouve son plaisir dans la pêche. Pour ce qui me concerne, la plus belle de toutes les techniques, celle que je pratique en priorité, c’est la mouche sèche en rivière. C’est sans aucun doute celle qui procure le plus de sensations. Rien n’est plus beau que de voir un gobage dans une belle coulée, puis après un poser tout en douceur, la mouche qui dérive lentement, le poisson qui monte à nouveau prendre délicatement la mouche en surface. Pour revenir sur les mentalités, je dirai que bon nombre de pêcheurs sont devenus des consommateurs. On achète une journée de pêche en réservoir, un stage d’initiation, une formation au montage des mouches, et puis, on ne sait pas boucler le cercle et continuer la démarche. Le bénévolat se perd. Je redis souvent aux nouveaux adhérents du club : « toutes les connaissances que nous avons, ce sont les anciens qui nous les ont transmises, alors, à votre tour, n’oubliez pas de passer le relais et de transmettre aux nouvelles générations de pêcheurs ce que vous avez appris au lieu de le garder égoïstement pour vous. Partager son savoir, c’est ça l’esprit d’un club. »

  • Biosphère, un label pour les cours supérieurs de la Loire, de l’Allier et de l’Ardèche

    Biosphère, un label pour les cours supérieurs de la Loire, de l’Allier et de l’Ardèche

    Un projet est engagé par SOS Loire Vivante pour le classement de la haute vallée de la Loire, du haut Allier et de la haute Ardèche avec le label réserve de Man and Biosphère par l’Unesco. En effet, un colloque s’est réuni le 24 octobre au conseil général du Puy-en-Velay pour sensibiliser les élus, les acteurs touristiques, les agriculteurs ainsi que les associations concernées par ce projet. Ce label permet de protéger les milieux naturels en favorisant le développement des différentes activités humaines sur ces secteurs. Les moniteurs de pêche de L’association pour le développement du tourisme pêche en Haute-Loire étaient présents et devraient intégrer le comité de pilotage pour suivre cette action. Les réserves de biosphère ont été créées par l’Unesco pour aider l’homme à répondre aux besoins de développement d’une population mondiale croissante tout en conservant la diversité du vivant. Ainsi, une “ réserve de biosphère “ cherche à combiner trois impératifs complémentaires :
    – Assurer la conservation des espèces, des écosystèmes et des paysages,
    – Favoriser une forme de développement économique et social qui cherche à pérenniser la culture et les richesses naturelles locales (tourisme, agriculture …),
    – Donner une large part aux recherches et aux études, à l’éducation et à l’implication de la population, afin d’envisager, de façon la plus éclairée, l’avenir du territoire et de ses habitants.

    Le processus de création d’une réserve de biosphère débute par la réalisation d’une étude de faisabilité, base de travail pour la gestion future. Ensuite, une longue phase de concertation entre tous les acteurs locaux est organisée et débouche sur la signature d’une charte. La gestion est ouverte et évolutive ; elle est envisagée “ comme un pacte “ entre tous les partenaires de la société civile.


    Un label, des enjeux

    Au début des années 1990, afin de réaliser le barrage de Serre de la Fare au cœur de la haute vallée de la Loire, l’Etablissement public Loire (EPL) s’est porté acquéreur de plus de 540 hectares de terrains de haute valeur écologique. Puis en 1994, en réponse aux conflits des années 80 autour des projets de barrage destinés à lutter contre les crues, le gouvernement a créé le Plan Loire Grandeur Nature, plan d’aménagement global du bassin dans une perspective de développement durable. Depuis, le site “ gorges de la Loire et affluents partie sud “ a été classé Natura 2000, garantissant ainsi sa qualité environnementale, condition majeure pour postuler à la labellisation “ réserve de biosphère “, reconnue par l’Unesco.
    Récemment le conseil général de Haute-Loire a aussi mis en place un SAGE (Schéma d’Aménagement et de Gestion des Eaux) sur la Loire amont. Il fixe des objectifs généraux d’utilisation, de mise en valeur, de protection quantitative et qualitative de la ressource en eau. En 2009, l’EPL, toujours propriétaire d’environ 430 ha de terrains dans la haute Vallée de la Loire, a décidé d’abandonner le projet de rétrocéder les terrains et de rester propriétaire. Ce patrimoine foncier, préservé de tout aménagement, pourrait d’après l’EPL constituer le cœur d’une future réserve Biosphère Unesco.
    Pour finir, SOS Loire Vivante a acheté et rénové en 1994 le Mas de Bonnefont, une ferme au cœur des gorges de la Loire qui pourrait devenir l’un des lieux de présentation et d’information de la réserve de biosphère et du site Natura 2000.
    De par sa richesse écologique exceptionnelle, la haute vallée de la Loire, de sa source au Mont Gerbier des Joncs jusqu’au Puy-en-Velay voire plus en aval, peut prétendre à une reconnaissance internationale du programme “ Man and Biosphere “ de l’Unesco. Le prestigieux label permettrait au site de rejoindre le cercle des territoires d’exception au niveau mondial.
    En plus des gorges de la Loire, le projet pourrait englober dans une seconde phase les gorges de l’Allier, voire de l’Ardèche, dont les caractéristiques écologiques sont proches. Cet ensemble formerait la “ Biosphère des sources et têtes de bassins versants “, un site type qui serait unique au monde. Après une phase d’études sur les écosystèmes aquatiques et leurs milieux associés, une cartographie du territoire sera proposée. Elle permettra de définir et de délimiter les différentes zones de la future réserve de biosphère (aire centrale, zone tampon, aire de transition). Pour réussir, le projet doit s’appuyer sur une volonté locale, partagée par tous. Ce sont les acteurs locaux (élus, habitants, prestataires d’activités de tourisme et de loisirs, associations, partenaires institutionnels…) qui décideront de mettre en œuvre cette démarche.
    Pour cela, l’information et la sensibilisation des élus et des populations locales à la ressource en eau (zones humides, rivières…) et à l’utilité de préserver la richesse faunistique et floristique seront mises en œuvre.
    Le prestige qui découlera de ce label sera un moteur puissant pour le développement d’activités économiques responsables et écologiques.
    La labellisation du territoire de la haute vallée de la Loire sera également une marque de reconnaissance de la valeur de ses paysages et de l’importance de son capital naturel. Elle permettra d’affirmer son identité de “ berceau du plus grand fleuve français et d’engager les actions nécessaires de valorisation de son “ capital rivières “ exceptionnel.


    Les étapes


    Phase 1
    : organisation et mise en œuvre d’actions permettant une meilleure connaissance et protection du territoire et de ses richesses
    – Localisation et cartographie des milieux aquatiques majeurs à protéger sur le haut Bassin de la Loire
    – Etudes sur l’état et le degré de menace des milieux identifiés en vue de définir le périmètre des zones à protéger dans la future réserve de biosphère
    – Organisation de la gouvernance et définition des porteurs de projets
    Phase 2 : organisation et mise en œuvre d’actions permettant l’information et la sensibilisation de la population locale et de ses élus
    Phase 3 : Présentation du projet au niveau des ministères qui par la suite présenteront une demande formelle auprès du Comité national du programme MAB de l’Unesco.
    Phase 4 : Mise en place de la biosphère.

    Si les labels n’ont généralement pas de véritable pouvoir réglementaire, celui-ci a l’avantage d’impliquer l’Etat et les élus locaux. Si le projet arrive à bon port, il sera l’occasion de créer un garde fou supplémentaire, en ces temps où, au nom du “redressement productif”, aucune rivière n’est à l’abri d’un projet qui pourrait lui être fatal. Le serpent de mer de l’exploitation des gaz de schistes n’est toujours pas mort. Les trois hautes vallées visées par ce projet doivent en effet impérativement être mieux protégées. Ce sera l’une des rares fois où, en France, on n’attendra pas qu’un milieux soit au bord du chaos pour tenter de le préserver. De la sauvegarde des têtes de bassins dépend, en toute logique, la bonne santé des zones situées en aval.

    Pour plus d’informations : SOS Loire Vivante.
    www.rivernet.org

  • Onema, nomination d’une nouvelle directrice générale

    Onema, nomination d’une nouvelle directrice générale

    Le 23 octobre, Mme Elisabeth Dupont-Kerlan a été nommée Directrice générale de l’Office national de l’eau et des milieux aquatiques (Onema). Elle succède à Patrick Lavarde au sein de cette instance nationale chargée de la protection des milieux aquatiques. Ancienne élève de l’Ecole Polytechnique et de l’Ecole nationale des Ponts et Chaussées, elle a exercé diverses fonctions dans les champs de l’aménagement, des transports, de l’environnement, de la recherche à l’opérationnel. Elle a occupé en particulier, au Ministère chargé de la recherche, le poste de conseillère technique au cabinet du Ministre sur les questions d’énergie, des transports, de l’environnement, des ressources naturelles et de l’innovation, puis, de 1998 à 1999, Directrice adjointe de la Technologie. En 2000, elle a été nommée Directrice Générale de l’INRETS (établissement public français de recherche dans le domaine des transports et de leur sécurité).
    De 2003 à 2009, elle a successivement occupé les postes de Directrice Départementale de l’équipement de Seine-et-Marne (2003-2005), puis de déléguée aux transports, à l’environnement et à l’énergie à l’association des Régions de France (2005-2009). En parallèle, de 2005 à 2010, elle a été, à l’école des Ponts Paris Tech, Présidente du département Ville, Environnement, Transports. Enfin, en 2010, elle a rejoint le Conseil général de l’environnement et du développement durable au Ministère de l’écologie, du développement durable, des transports et du logement en tant que coordinatrice du collège recherche et technologie.
    Si l’Onema continue sur sa lancée, son rôle devient de plus en plus restreint, notamment au niveau régional, où cet organisme subit lui aussi la crise. Tous les départs en retraite ne font pas l’objet de remplacements et les missions de terrains se résument dans bien des cas à la mise en place et au suivi de la Directive Cadre Européenne. Une bonne partie de son travail est désormais assurée par les fédérations de pêche (pêches électriques d’inventaire et de sauvetage, police de la pêche, études scientifiques, etc.)

  • Le projet Rivières sauvages

    Le projet Rivières sauvages

    L’émergence du Fonds pour la conservation des rivières sauvages présente la perspective pour le Chéran d’être un des bassins versants pilotes, pour la construction du label et du réseau de rivières sauvages. Ce qui vient conforter les actions initiées et engagées par les pêcheurs au côté du SMIAC sur le bassin versant.
    D’ores et déjà, un comité technique réfléchit sur les actions innovantes à engager avec les décideurs pour redonner au Chéran son fonctionnement naturel et sauvage, avec en point d’orgue, l’effacement du seuil du pont de Banges, dernier obstacle artificiel majeur au transit sédimentaire et à la continuité écologique sur le bassin versant. L’objectif du Fonds pour la conservation des rivières sauvages étant de se dédouaner du minimum réglementaire de bon état écologique affiché par la Directive cadre européenne (DCE) et ses normes insuffisantes, dont on touche les limites aujourd’hui sur d’autres rivières emblématiques, comme le Doubs et la Loue. Le but étant de se rapprocher d’un fonctionnement naturel et biologique optimum, seul garant de la pérennité et de la préservation des milieux encore en état, comme l’est celui du Chéran, avec peut-être, à terme, la concrétisation des efforts engagés par la labellisation du Chéran comme « une » des rivières sauvages de France.

  • L’exemple du Chéran

    L’exemple du Chéran

    Nous connaissons depuis longtemps l’équipe de l’AAPPMA de l’Albanais sur le Chéran, une magnifique rivière planquée dans sa vallée, entre Annecy et Aix-les-Bains. Sans tambour ni trompette, cette association dynamique est à l’origine d’un des plus ambitieux contrats de rivière du pays. Preuve que les pêcheurs peuvent obtenir de l’aide, à condition qu’ils ne manquent ni de courage, ni de projets.

    Par Philippe Boisson

    Le Chéran prend sa source dans le massif des Bauges en Savoie en amont du Châtelard, village martyr qui perdit la quasi-totalité de ses habitants lors d’un glissement de terrain survenu dans la nuit du 1er janvier 1931. De profil torrentueux, ce cours d’eau passe, dans sa partie aval au niveau de Rumilly (Haute-Savoie), d’environ 1 m3/s au plus sévère de l’étiage à près de 300 m3/s à la fonte des neiges pour peu que la pluie s’en mêle. D’un point de vue géologique, le Chéran coule sur un lit de gros galets dans sa partie amont, alors que sa section médiane serpente dans des gorges taillées dans du grès à ciment argileux appelé molasse. “Roche” tendre composée de limons solidifiés, ce grès se laisse facilement façonner par la rivière. Cela donne lieu à quelques bizarreries, comme la voie Bernard, un couloir qui ressemble à une piste de skateboard et dont le fond canalise l’eau dans une faille d’à peine deux mètres de largeur, visible uniquement par niveau très bas. La profondeur de cette faille doit sans doute dépasser les 8 à 10 mètres. Le grès donne une jolie couleur émeraude aux eaux du Chéran qui prend des allures d’oasis en été. A la sortie des gorges au niveau de Rumilly, le Chéran a beaucoup souffert des extractions de graviers et de l’urbanisation qui a donné lieu à un vaste programme de renaturation qui commence à porter ses fruits aujourd’hui. Cela n’aurait pas été possible sans le concours d’un personnel compétent et de moyens financiers et humains importants. Porté par les pêcheurs, ce projet nécessita quelques modifications fondamentales du statut de ce qui n’était pas encore, jusqu’aux années 2000, une AAPPMA.

    Une gestion à l’échelle du bassin versant

    En France, le département de la Haute-Savoie reste un cas particulier, avec un nombre de pêcheurs parmi les plus élevés du pays, partagés en seulement cinq AAPPMA. Un mode de fonctionnement très atypique, d’autant que certaines d’entre elles regroupent des “sociétés de pêche” non agréées. L’AAPPMA de l’Albanais (nom de la région d’Albens) est née en 1999 de la réunion de trois de ces sociétés de pêche faisant alors partie de l’AAPPMA Annecy Rivières. Il s’agissait de celles de Cusy, de La Gaule du Chéran, et de La Protectrice du Fier. Pour obtenir l’agrément, la future AAPPMA de l’Albanais devait, à la demande de la DDAF, faire signer les baux de pêche aux propriétaires riverains. Un travail de fourmi qui demanda à Stéphane Jan et à ses collègues plus de deux mois d’investigation au cadastre, à une époque où les relevés parcellaires n’étaient pas encore informatisés. Il s’en suit un porte-à-porte en règle face à des propriétaires qui, pour la grande majorité, ignoraient tout de l’existence des fameux baux de pêche. Signés pour trente ans, les droits de pêche ainsi obtenus ont permis de partir sur de bonnes bases. Plus en amont, l’AAPPMA du Châtelard, dans le massif des Bauges, existe depuis 1927. Ainsi, le Chéran s’est vu partagé en seulement deux AAPPMA, ce qui laissait augurer une gestion cohérente à l’échelle du bassin versant du cours d’eau. Les débuts furent empiriques reconnaît Pascal Grillet, l’un des membres du bureau de l’AAPPMA de l’Albanais : “On voulait bien faire et les chantiers étaient si nombreux que cela partait un peu dans tous les sens !”. L’une des premières actions entreprises fut la réintroduction de l’ombre, un poisson originaire du Chéran, mais qui avait totalement disparu. Après trois années de réintroduction, qui ne donnèrent guère de résultats encourageants dans les années qui suivirent, une population viable a finalement trouvé sa place. Le prélèvement de l’ombre est toujours interdit sur la rivière afin de le protéger, car il serait facile de le faire disparaître à nouveau. Les ombres du Chéran sont très discrets, vivants surtout dans les forts courants et ne se montrant que rarement. Pour les truites, les choses sont différentes. Comme partout ailleurs, l’alevinage avec des souches atlantiques domestiquées a commencé dès la fin du XIXe siècle. Par chance, la souche sauvage de truite locale a bien résisté à l’introgression de gènes étrangers. Le Chéran doit en partie son bon état actuel à son accessibilité limitée, due à son cours encaissé. Les points d’accès se limitent à trois ou quatre lieux sur toute la longueur des gorges. Pour les AAPPMA du Châtelard et de l’Albanais, la priorité consiste à préserver le milieu naturel dans le but de conserver la souche sauvage. Plus aucun empoissonnement n’a eu lieu depuis près de quinze ans. En étroite relation avec la fédération départementale de pêche de Haute-Savoie, qui dispose d’un personnel spécialisé compétent (sous la houlette d’Arnaud Caudron), les souches de truites du Chéran, du Fier, et de leurs affluents ont été clairement identifiées et tout le monde œuvre pour leur sauvegarde. La vallée du Chéran a été retenue comme rivière pilote par le Fonds pour la conservation des rivières sauvages, au même titre que quelques autres comme la Vis (Hérault) ou la Valserine (Jura/Ain).

    Un contrat de rivière exemplaire

    Un contrat de rivière a été alloué à la vallée du Chéran entre 1997 et 2008. S’il existe de mauvais exemples de contrats similaires un peu partout, qui n’ont pas apporté d’amélioration de la qualité de l’eau ou de l’habitat pisciaire, celui du Chéran est exemplaire. Preuve que si les pêcheurs ne font pas la démarche d’être représentés, il ne faut pas espérer de miracle… Au total, l’investissement pour 2012 de l’AAPPMA de l’Albanais se porte à 170 000 euros (300 000 euros sur trois ans). Car le Chéran fait également partie du programme européen Leader (Liaison entre actions de développement de l’économie rurale) du Parc naturel régional du massif des Bauges. Il s’agit d’un programme européen qui vise à faire des territoires ruraux des pôles équilibrés d’activité et de vie. Le plan de financement des travaux intégré dans le contrat de rivière concernant la diversification des habitats s’est réparti entre la Région à hauteur de 20 %, l’agence de l’Eau 50 %, le conseil général de Savoie 5 %, le conseil général de Haute-Savoie 5 %, le Syndicat mixte interdépartemental d’aménagement du Chéran (SMIAC) 20 %, et les collectivités piscicoles 22 % pour un total de 216 958 euros. Le contrat de rivière a permis la mise en place d’un programme ambitieux de diversification de l’habitat pisciaire sur la zone aval du Chéran au niveau de Rumilly. Les aménagements demandaient des moyens mécaniques et humains à la hauteur de la puissance d’un cours d’eau dont le débit peut être multiplié par 300 selon les saisons. “Avec un lit déstabilisé par une érosion régressive, due à des extractions de granulats directement dans le cours d’eau il y a plusieurs décennies, le chantier méritait réflexion et méthode pour réaliser des aménagements qui puissent encaisser des crues violentes sans pour autant créer d’autres problèmes autour d’eux. Nous avons opté pour des techniques mixtes végétales et minérales et nous avons eu la chance de travailler en concertation avec des professionnels qui ont fait l’effort de comprendre les problématiques du cours d’eau, ce qui n’est toujours évident avec des gens qui, pour la plupart, travaillaient dans une rivière pour la première fois” explique Pascal Grillet. La Fédération de pêche de Haute-Savoie suit l’évolution des peuplements chaque année pour vérifier si le résultat escompté est bien au rendez-vous. Les aménagements profitent à toutes les espèces, y compris aux plus petites comme le chabot ou la loche franche, car le Chéran a retrouvé une morphologie variée qui profite aux poissons à tous les stades de leur développement. Sur ce secteur au lit il y a peu encore uniforme, très peu diversifié, les populations de truites ont été multipliées par quatre. Ce n’est qu’un début, car ces aménagements profiteront d’autant plus aux générations suivantes. La présence des aménagements a en effet de multiples avantages : ils offrent bien plus qu’un abri aux poissons, les éléments minéraux trouvent leur place tout autour, ainsi qu’en aval sous l’effet du courant. De
    nouvelles zones de frayères sont apparues.

    L’école de pêche du Chéran

    Les deux AAPPMA du Chéran travaillent avec deux guides de pêche chargés de gérer les activités de l’école de pêche. Des stages enfants, ados, vacances, scolaires, personnes à mobilité réduite, pour la pêche de la carpe, la pêche au coup, celle des carnassiers ou la pêche à la mouche sont organisés durant toute la saison. Des ateliers pêche nature ont lieu tous les mercredis. Chaque saison, des centaines d’enfants et d’adolescents découvrent la pêche à Rumilly, sur le plan d’eau attenant au bâtiment de l’AAPPMA ou sur le Chéran, avec une évidente sensibilisation aux milieux naturels.

    La pêche sur le Chéran

    Les truites de la belle rivière d’émeraude ont la réputation d’être capricieuses. Elles sortent néanmoins de façon plus régulière sur la partie aval que dans les gorges. Loin d’être des poissons de foire, ces animaux sauvages réagissent à la température, à la lumière et a tout ce que ces facteurs peuvent générer comme événements dans la rivière (éclosions, périodes propices à l’alimentation, etc). Lors de ma visite sur trois jours cet été, les truites du Chéran ont joué le jeu, avec entre autres, un coup du soir formidable sur une belle retombée de fourmis. Un niveau stable, même bas, semble plus favorable qu’une baisse de niveau suite à une crue. Cette situation, classique sur d’autres rivières, à le don de caler les poissons confortablement sous les pierres durant plusieurs jours. Le Chéran est une rivière sauvage avec des poissons qui le sont tout autant. Ce qui était normal un peu partout il y a quelques décennies devient aujourd’hui une exception, qui ne plaira sans doute pas à tous ceux qui veulent une “prestation” correcte en échange de leur simple présence. Les truites du Chéran se fichent de la société de consommation qui les entoure. Espérons que cette dernière n’aura pas la peau des derniers poissons sauvages de cette belle rivière. En tout cas, les AAPPMA du Châtelard et de l’Albanais veillent au grain avec une détermination et une envie qui force le respect.

  • Conférence environnementale, un Grenelle sans pêcheurs

    Conférence environnementale, un Grenelle sans pêcheurs

    Il y a cinq ans, le gouvernement Sarkozy lançait le Grenelle de l’environnement, présenté alors aux Français comme une révolution verte. Depuis, sur le terrain bien peu de chose ont changé en ce qui concerne en tout cas la protection de l’eau. Pis, les services de l’état chargés d’assurer la police de l’eau n’ont jamais atteint un tel laxisme. L’Onema sera bientôt directement rattaché aux directions départementales des territoires (DDT). Les brigades voient leurs effectifs se réduire au strict minimum (un départ en retraite sur deux remplacé). Et voilà que, sous le gouvernement Hollande apparaît la Conférence environnementale. Cela s’est passé à Paris au palais d’Iena les 14 et 15 septembre. Une sorte de seconde chance au Grenelle, de la part d’un gouvernement qui compte dans ses rangs deux ministres “verts”, Cécile Duflot et Pascal Canfin. Étrange préoccupation dans un contexte où rappeler vous, les mots environnement ou écologie étaient totalement absents des discours des deux supposés président de la République alors en campagne électorale. Ce qui a mal commencé, c’est le refus de recevoir les pêcheurs et les chasseurs aux tables rondes. Un refus pourtant contraire aux promesses de François Hollande, lors de sa campagne. Pêcheurs et chasseurs représentent près de trois millions de personnes, que les politiques n’oublient jamais de démarcher… La suite nous démontrera que le gouvernement du “changement” ne prend pas pour habitude de tenir ses promesses. Pour preuve, durant la semaine qui a précédé la Conférence, les affirmations d’Arnaud Montebourg dans une interview accordée à Challenges au sujet de l’exploitation des gaz de schistes. Le ministre du redressement productif dément la position de Delphine Batho, en affirmant bien haut qu’un moratoire sur la question n’est pas à l’ordre du jour. Il ajoute au passage que les techniques de fracturation hydraulique (qui utilise énormément d’eau et de produits chimiques) peuvent être maîtrisées, sans bien entendu, expliquer comment. Nouvel avis contraire quelques jours plus tard avec, enfin, une position ferme du gouvernement qui ferme le dossier à double tour… Jusqu’à quand ? Le Grenelle s’était engagé à réduire de moitié l’utilisation de pesticides entre 2008 et 2018. Belle motivation à propos d’un sujet qui touche d’une part directement la santé publique et d’autre part la disparition des abeilles, un sujet très sensible. Pour l’heure, l’utilisation de pesticides depuis 2008 a augmenté de 2,5 %. Lors de la conférence environnementale, la décision d’interdire l’épandage aérien de produit phytosanitaire a été prise, en spécifiant qu’elle resterait autorisée dans les cas où il s’agit de la seule solution possible. Le ministre de l’Agriculture, Stéphane Le Foll a d’ailleurs, peu après sa nomination, reconnu que l’objectif ne sera pas atteint. Pas plus que le sera celui du “bon état écologique” des cours d’eau et lacs avant 2015 comme l’impose la Directive cadre européenne sur l’eau (DCE). Impuissant, voilà ce que sont les gouvernements face aux enjeux environnementaux. Impuissants face aux lobbies et incapable de proposer un nouveau modèle. L’agriculture bio, ou moins intensive si vous préférez, nécessiterait une aide du gouvernement. Or actuellement, et depuis longtemps, celle qui pollue le plus et aussi la plus subventionnée.

    Pêcheurs et chasseurs sur la touche

    A la veille de la conférence environnementale, la Fédération nationale pour la pêche en France (FNPF), a tenu à exprimer au président de la République sa surprise, sa déception et son souhait d’un… changement ! Contrairement à l’engagement pris pendant la campagne électorale, la FNPF est écartée (tout comme la Fédération nationale des chasseurs) des tables rondes consacrées à la gouvernance et au débat sur la transition énergétique. Selon nos sources, cette décision fait suite à une pression de certains organismes invités sur les organisateurs, afin “d’éviter certaines tensions”. Vive la démocratie ! La FNPF et son réseau associatif affilié (93 fédérations, 4000 associations), se dit fort d’une expertise reconnue, diverse et ancienne. Elle estime que sa légitimité à figurer parmi les acteurs environnementaux à part entière n’est plus à démontrer. Soit, mais si on y regarde de plus près, les fédérations les plus légitimes sont celles qui généralement sont en opposition totale ou partielle avec la politique de la FNPF. L’exemple de la Haute-Savoie (voir notre Echo du radier à propos du Chéran) est très parlant. Certaines fédérations départementales se professionnalisent en recrutant des ingénieurs et des techniciens très compétents. Elles mettent en place une gestion patrimoniale et dans la mesure où cela est possible, prennent en compte l’ensemble des bassins versants dans un souci de cohérence. Ce rôle est d’ailleurs une évolution naturelle des choses, puisque l’Onema, cède toujours plus de missions aux fédérations (pêche d’inventaires, études, etc.). Avoir plus d’un million d’adhérents ne suffit visiblement pas pour parler d’écologie… Consentie comme une mesure de faveur, la FNPF s’est vue accorder une place dans la table ronde consacrée à la biodiversité.

    Philippe Boisson

  • Réservoir : la pêche en « washing line »

    Réservoir : la pêche en « washing line »

    Venue d’outre-Manche, la technique de pêche en réservoir en « washing line » (littéralement « corde à linge ») est encore peu utilisée en France, bien qu’elle soit d’une redoutable efficacité. Cette technique consiste à suspendre une ou deux nymphes ou un ou deux chironomes entre la soie et une mouche de pointe flottante. De cette façon, les petites mouches peuvent rester longtemps immobiles à proximité de la surface, comme du linge accroché à un fil et tenter facilement les poissons en maraude dans le premier mètre sous la surface.

    Par Philippe Collet

    La technique du “washing line” se pratique avec une soie flottante, une soie intermédiaire lente, ou mieux encore une soie flottante à pointe intermédiaire. Cette dernière est alors dotée d’une pointe intermédiaire rapide d’environ un mètre de long qui permet de faire couler rapidement le bas de ligne et de placer les mouches au bon niveau en quelques secondes. Il existe sur le marché des soies spécifiques dans les marques Airflo ou Rio comme la Midge tip par exemple. Pour ma part, j’utilise maintenant des soies maison réalisées à partir d’une soie flottante sur laquelle est greffé et ligaturé, à l’aide d’un morceau de chaussette en backing tissé, un morceau de vieille soie intermédiaire. Leur avantage est que la connexion est solide, sans surépaisseur et que la soie se tend bien en ligne. Je peux ainsi choisir des soies flottantes qui me conviennent bien. Il est aussi possible d’ajouter un polyleader intermédiaire rapide, boucle dans boucle au bout d’une soie flottante. Le montage est plus polyvalent, le posé est plus délicat du fait de la dégressivité du bas de ligne et l’immersion de la pointe de la soie est moins rapide. Le montage avec un polyleader ne se place toutefois pas aussi vite en position de pêche et est à réserver aux soies de petite taille.
    Certains jours, les soies flottantes à pointe intermédiaire sont d’une efficacité redoutable. Elles permettent de caler le montage au bon niveau très rapidement. D’autres fois, il vaut mieux utiliser une simple soie flottante pour des pêches discrètes sur un plan d’eau lisse ou à contrario une soie intermédiaire lente si par exemple le vent est trop fort ou en plein travers. En “washing line”, on utilise couramment une soie de taille 7, parfois de 8 si le vent se met de la partie. On peut aussi descendre en 6 voire 5, mais il est alors plus difficile d’envoyer trois mouches dont une dernière souvent assez volumineuse et non lestée assez loin.


    Le bas de ligne

    En “washing line”, le bas de ligne diffère un peu de ceux utilisés habituellement dans les autres techniques réservoir : la distance entre la dernière nymphe et la mouche flottante de pointe n’est pas obligatoirement très importante. Avec une soie à pointe intermédiaire, le bas de ligne type est constitué de deux mètres à 1,20 m de 22 à 18 centièmes entre la boucle de la soie et une première potence de 20 cm. La potence est réalisée avec ce premier brin de fil. On place ensuite un autre brin de fil, de diamètre équivalent ou légèrement inférieur, avec lequel on forme une deuxième potence. L’espacement entre les deux potences est compris entre 1,50 m et 90 cm. On place enfin un dernier brin de fil, d’un diamètre toujours équivalent ou inférieur pour terminer le montage. La longueur de ce dernier brin est souvent assez courte, entre 1,20 m et 80 cm, l’objectif étant de réussir à bien étaler un bas de ligne terminé par une mouche flottante moins propice à tendre l’ensemble qu’une mouche lestée. La longueur totale du bas de ligne sera conditionnée par l’humeur des poissons, la clarté de l’eau, les capacités de lanceur du pêcheur et son placement par rapport au vent. Lorsque l’on pêche en barque, le vent dans le dos, il ne faut pas hésiter à laisser le vent porter un long bas de ligne. Attention toutefois à la distance ménagée entre la première mouche de potence et la mouche de pointe. Car il faut être capable d’épuiser le poisson avec une canne de 10 pieds soit environ 3 mètres.
    Si l’on rencontre des difficultés pour étaler un train de trois mouches, soit du fait d’une technique encore hasardeuse, soit à cause d’un vent de face trop fort, il peut être utile de réduire radicalement la longueur de son bas de ligne en retirant une mouche et en ne réalisant donc qu’une potence. Avec des poissons éduqués il est souvent préférable de n’utiliser que deux mouches. Même si cette configuration limite les possibilités d’essais pour trouver un modèle de nymphe ou de chironome efficace, il vaut toujours mieux pêcher correctement avec un bas de ligne à deux mouches que de s’emmêler continuellement avec trois mouches.


    Le fil

    En “washing line”, il est préférable d’utiliser du fluorocarbone plutôt que du nylon car ce dernier coule naturellement et permet de placer rapidement les mouches au bon niveau. De plus, le fluorocarbone est moins visible sous l’eau, plus raide et moins sujet à s’emmêler. Il ne faut pas avoir peur de pêcher avec des diamètres relativement importants, car les touches sont souvent violentes et les casses peuvent devenir trop fréquentes si on pêche en deçà du 16 centièmes. Avec une soie intermédiaire ou à pointe intermédiaire, surtout si cette dernière possède peu d’élasticité, le bas de ligne devra être nettement plus fort qu’en soie flottante où il est possible de descendre en diamètre lorsque les conditions de pêche nous contraignent à affiner le montage.

    La technique

    La technique consiste à poser le bas de ligne le plus proprement possible, c’est-à-dire bien droit. Avec une soie flottante, il peut être nécessaires de réaliser une tirée sèche sur la soie après le posé, pour noyer le fil. Avec une soie intermédiaire ou à pointe intermédiaire le bas de ligne coule presque instantanément. Une fois les mouches posées, si ce dernier est bien tendu, il convient de ne rien faire d’autre qu’attendre. La touche d’un poisson attiré par l’impact des mouches sur l’eau, se produit souvent juste après le posé, une fois le bas de ligne coulé.
    Les jours où le plan d’eau est ridé par le vent, il faut laisser celui-ci tendre la soie sans autres animations. Il se forme alors une large boucle de soie qui tire doucement le train de mouches à proximité de la surface. Les poissons peuvent aussi bien s’emparer d’une des deux mouches coulées que de la mouche flottante, très efficace car accrochée à un brin de fluorocarbone noyé.
    Les jours de grand vent, on utilise une soie intermédiaire lente qui permet de propulser plus facilement le train de mouches et de se soustraire immédiatement à une dérive de surface trop rapide. La soie intermédiaire va progressivement couler, entraînant doucement les deux nymphes ou chironomes vers le bas. La technique est parfois redoutable. Il suffit de poser et d’attendre de se faire arracher la soie des doigts. Si cela n’est pas le cas, il faut la tricoter et attendre de nouveau. De cette façon, la mouche flottante de pointe coule et si elle est bien graissée ou montée avec de la mousse, remonte en surface comme un bouchon. Lorsqu’un poisson vient tourner autour de cette dernière sans la prendre, il peut être judicieux de réaliser un tricotage rapide pour la couler et l’animer juste sous la surface pour qu’elle lève une petite vague. Le poisson aura souvent du mal à résister à ce type d’animation et se piquera tout seul sur la mouche en mouvement.
    En “washing line”, la mouche de pointe flottante ne se contente pas de soutenir les nymphes, elle prend souvent du poisson du fait qu’elle est reliée à un bas de ligne coulé sous la surface qui ne laisse aucun trait disgracieux sur l’eau. Avec sa taille assez élevée, cette mouche attire de loin les poissons. S’ils la dédaignent, ils aperçoivent alors les nymphes idéalement placées. Il est courant d’enregistrer une touche violente sur les nymphes ou les chironomes après un marsouinage sans suite sous la mouche de pointe.
    L’intérêt de cette pêche réside dans la relative immobilité des mouches. Au cours de leur émergence qui se fait par paliers successifs, les chironomes, ont tendance à rester suspendus, immobiles, à un niveau donné. Ils ne se tortillent que ponctuellement et font de grandes poses. Les truites éduquées ne se font plus duper par des mouches trop mobiles qui font le yoyo sous la surface. Cette technique permet donc de les leurrer beaucoup plus facilement, même avec un fil de gros diamètre. La détection des touches se fait en observant le déplacement de la soie ou la coulée de la mouche flottante selon le sens dans lequel la truite a pris les mouches.
    A tout déplacement anormal de l’une ou de l’autre, il convient de répondre par un ferrage immédiat en relevant légèrement la canne tenue jusqu’alors horizontalement dans l’axe de la soie ou, lorsque la soie forme un ventre sur l’eau, en la déplaçant horizontalement dans le sens opposé à la dérive de la ligne.
    Très souvent la touche est violente et le poisson se prend tout seul en arrachant la soie des doigts du pêcheur. Le ferrage est alors superflu, car il induirait une casse quasi systématique.

    Les mouches

    La mouche de pointe doit être suffisamment flottante pour ne pas couler définitivement à la moindre tirée. Elle doit être capable de remonter comme un bouchon lorsqu’on l’a tirée sous l’eau. Outre Manche, le “washing line” est pratiqué le plus souvent avec un booby en pointe ou avec deux nymphes situées entre deux boobies, la pêche à quatre mouches étant courante en barque. Le booby, avec ses deux yeux en mousse, a la particularité de flotter particulièrement bien. Il peut être avantageusement remplacé par un alevin flottant plus discret mais néanmoins très visible. Pour des pêches plus discrètes et imitatives, si les poissons ne sont pas intéressés par un booby ou un alevin flottant, on peut utiliser une mouche en poils de cervidé que l’on graisse régulièrement. On choisira un modèle de mouche flottant bien, dont la taille sera adaptée à la taille du fil utilisé et des mouches suspendues sous la surface.
    Les mouches suspendues entre la soie et la mouche de pointe sont le plus souvent des chironomes ou des petites nymphes de types pheasant tail ou diawl bach.Si l’on souhaite que le montage se tende très vite, notamment quand on pêche en soie flottante, on utilise des chironomes lestés par une toute petite bille de laiton voire de tungstène ou un hameçon fort de fer. Je préfère opter pour un hameçon fin de fer lesté pour un meilleur piquant sur les touches discrètes.

  • 18e Salon international de la mouche artificielle de Saint-Etienne

    18e Salon international de la mouche artificielle de Saint-Etienne

    Se produisant toutes les années impaires, le prochain Salon international de la mouche artificielle (Sa.Na.Ma) se déroulera le samedi 23 et dimanche 24 février 2013. Organisé par le Club de pêche sportive Forez-Velay, ce salon est aujourd’hui le plus grand événement dédié à la pêche à la mouche en France. Le sérieux des bénévoles de ce club dynamique fait l’unanimité. Gageons que cette 18e édition sera un grand cru. La Pologne sera l’invité d’honneur de ce salon qui comptera plus de 80 exposants. Pêches sportives sera présent. Le salon se tiendra à la Salle omnisport, parc François Mitterrand (anciennement Plaine Achille) à Saint-Etienne, sera ouvert de 9 h 00 à 19 h 00 le samedi et de 10 h 00 à 18 h 00 le dimanche. Entrée : 7 euros.


    Renseignements :

    Club de Pêche Sportive Forez-Velay
    Maison de la nature
    4 rue Richelandière
    42100 Saint-Etienne.
    Site : www.sanama.fr
    Tél. : 04 77 34 02 91.

  • Swimbaits hooks : des hameçons texans qui ont du ressort !

    Swimbaits hooks : des hameçons texans qui ont du ressort !

    Généralisés depuis la mise sur le marché du leurre souple articulé Imakatsu Javalon, les gros hameçons texans n’ont cessé de s’améliorer pour finalement aboutir aux récents modèles dit swimbaits hooks (hameçons pour leurres nageurs).

    Par Jean-Marc Theusseret

    Les hameçons texans sont destinés aux leurres souples pour une utilisation dans les herbiers et les bois morts. Ils sont de ce fait l’une des composantes majeures de la pêche aux leurres modernes. Les modèles classiques, avec leur forme en S juste derrière l’oeillet, n’assurent pas dans bien des cas une bonne tenue du leurre et, de plus, contribuent à réduire la surface dégagée entre la pointe de l’hameçon et le S, ce qui entraîne de regrettables décrochés. Les hameçons swimbaits développés par les grandes marques d’hameçons japonaises ont réglé le problème en modifiant la forme et surtout en imaginant un astucieux système de fixation du leurre en forme de ressort. La pointe du leurre se visse sur le ressort. Il est ainsi fixé fortement, mais le ressort reste mobile. A la touche, il s’escamote et dégage ainsi toute la place disponible de l’ouverture.
    Loin d’être un simple gadget, ce système est très efficace. Vous avez d’ailleurs pu vous en rendre compte en regardant le DVD du n° 90 consacré au brochet. Il s’agissait du Owner 5132 Twist Lock et du Owner Beast lesté, associés à des shads. D’autres marques en proposent également comme Gamakatsu, Eagle Claw ou Mustad, tout comme certains fabricants de leurres comme Lake Fork. Certains sont lestés sur la courbure de sorte que le leurre puisse couler. Devant le succès du fameux petit ressort et face à la demande des pêcheurs, ce système est aujourd’hui appliqué à d’autres formes d’hameçons pour la pêche du black-bass dont profitent également les pêcheurs de brochet. Ce qui n’était au départ qu’un petit accessoire qui servait à mieux faire tenir les gros shads sur un hameçon texan est en traind’être décliné à tous les types d’hameçons de ce type. Et cela permet de pouvoir les utiliser avec des leurres aux formes diverses, car ces hameçons, aussi performants soient t-ils, doivent être rigoureusement choisis pour ne pas entraver la nage d’un leurre tout en permettant de bonnes chances de ferrer efficacement.
    Dans le cas d’un tandem réussi, les décrochages sont finalement peu nombreux, autant avec les black-bass qu’avec les brochets. De quoi réconcilier les pêcheurs avec les hameçons texans, car beaucoup craignent la perte de poissons au ferrage.

    Le rôle du lestage

    Les swimbaits hooks sont conçus pour faire nager un leurre souple à l’horizontale dans la couche superficielle. Les lests sont modérés, de 2 à 5 g environ et rarement d’avantage. En France ils servent surtout à faire évoluer un leurre souple dans les nénuphars et autres plantes aquatiques sur des zones peu profondes. La plupart des modèles lestés sont d’ailleurs très efficaces pour la pêche dans les herbiers et particulièrement dans les nénuphars, car le leurre nage autant en surface qu’un peu en dessous à la moindre trouée d’eau libre. Si la taille de l’hameçon est adaptée à celle du leurre, celui-ci doit nager parfaitement en ligne et doit même afficher une grande souplesse de nage, bien plus réaliste que derrière une classique tête lestée qui souvent le bride. Certains shads nagent mieux que d’autres avec les swimbaits hooks. Ceux qui ont une densité plus importante que l’eau ont clairement un avantage. C’est le cas notamment du Sawamura One Up Shad, des Gary Yamamoto Swimbait, et Swimming Senko. La plupart des autres shads sont en simple plastique, matériau qui manque de souplesse et qui ne s’immerge pas réellement sans l’aide d’un lest.
    Seule leur forme détermine leur équilibre dans l’eau et dans bien des cas ces shads sont assez mal équilibrés. Il est étonnant que l’élaboration de leurres souples plus denses que l’eau n’intéresse pas plus les fabricants. Les seuls modèles existants s’arrachent partout dans le monde tant ils donnent de bons résultats. Même les copies sont mauvaises, car seule la forme est généralement copiée.


    Le prix de l’innovation

    Seul défaut de ces modèles, leur prix élevé, d’environ 7,50 à 8,50 euros les trois hameçons en taille 6/0 ! En bateau ou en float-tube leur perte est toutefois rarissime.
    Le plus grand risque étant de se faire couper par les brochets dans le cas ou ils avalent le leurre. Un bas de ligne en titane très fin, qui ne boucle pas est alors préférable au fluorocarbonne, qui contrairement à ce que l’on croit, se coupe très facilement sous la dent d’esox, même en 70/100.

  • Normes de qualité de l’eau et zones de reproduction du saumon

    Normes de qualité de l’eau et zones de reproduction du saumon

    Dans la lutte permanente pour la sauvegarde des milieux aquatiques sensibles (et des autres), les normes fixées par l’Etat et par l’Europe sont souvent insuffisantes pour garantir le maintien d’un bon état écologique. Ce paramètre est pourtant capital, car ces normes sont officielles, font référence, et à partir du moment où elles sont respectées, difficile de reprocher à l’administration de ne pas faire son boulot correctement. Difficile également d’expliquer au monde agricole que les pratiques actuelles dans de nombreuses régions sont incompatibles avec le respect de l’eau. C’est pourquoi l’association Vive l’Alagnon (affluent de l’Allier) a adressé un courrier à l’administration le 20 février dernier demandant une révision des normes de nitrates et de phosphates concernant les zones de reproduction du saumon atlantique que nous publions ci-après. Cette démarche de révision des normes de qualité de l’eau devrait d’ailleurs être reprise également au niveau national. Parce qu’elles ne sont pas assez strictes et inappropriées, les normes vont permettre à l’Etat français d’atteindre le sacro-saint bon état écologique des cours d’eau pour 2015 comme l’exige la Directive Cadre Européenne sur l’eau. C’est aussi ce qui a fait dire à la Préfecture du Doubs suite à l’hécatombe de truites, d’ombres, de chavots et de lottes survenu sur la Loue fin 2010, “en l’état actuel, la Loue reste une rivière en bon, voire en très bon état écologique”. (sic)

    Monsieur le Président du comité de Bassin Loire-Bretagne
    Monsieur le Président, COMINA Loire-Bretagne
    Monsieur le Président, Commission Planification Loire-Bretagne
    Monsieur le Directeur, Agence de l’Eau Loire-Bretagne
    Monsieur le Directeur, DREAL de bassin

    COPIE : Monsieur le Président du SAGE ALAGNON
    Monsieur le Président du SIGAL
    Monsieur le Directeur du SIGAL

    Messieurs les Présidents, Messieurs les Directeurs,

    L’Association Vive l’Alagnon, membre de la CLE du SAGE Alagnon est conviée par la DREAL de bassin à une réunion sur le thème du saumon le 1er mars 2012. La qualité des eaux y tiendra une bonne part ; nous en déduisons que ce problème devient un des enjeux majeurs du plan de gestion du saumon de Loire 2009-2013.

    Depuis de nombreuses années notre association, tout comme d’autres acteurs locaux, dénonce des normes de qualité de l’eau inadaptées au bon état écologique des rivières situées en tête de bassin. Nous avons déjà interpellé Monsieur le Ministre de l’écologie à ce sujet dans un courrier daté du 15/09/08 (voir http://alagnon.fr/courrier-1-preserver-les-têtes-de-bassin.html ). Les résultats des suivis de la qualité de l’eau de l’Alagnon et ses affluents sont souvent source d’interrogations et parfois d’incompréhensions de la part des membres du contrat territorial et de la CLE du SAGE Alagnon. Nous pensons que le taux de 50 mg de nitrates et de 0,5 mg de phosphates (ortho phosphates) par litre est excessif vis-à-vis des exigences biologiques de la microfaune de ces cours d’eau et des salmonidés, et qu’il pourrait compromettre la bonne santé des sous-populations de saumon atlantique qui y sont inféodées et génétiquement adaptées depuis des millénaires (circulaire DCE 2005-12 relative à la définition du bon état écologique des masses d’eau).

    Comment est-il possible de définir des références de qualité de l’eau en France sans tenir compte des besoins biologiques des espèces présentes, sans faire de distinction entre rivières à salmonidés, qui plus est oligotrophes et servant de zone de reproduction du saumon, et les cours d’eau à cyprinidés dominants? L’influence de l’eutrophisation liée à un excès de nitrate et phosphate a été clairement démontrée sur le pourcentage de survie des alevins de salmonidés dans les frayères, par colmatage et diminution consécutive de l’oxygène dissous sous les graviers. Pendant les premières minutes de développement, les poissons sont particulièrement vulnérables; il faut moins de dix minutes pour qu’un agent polluant passe la membrane de l’œuf et se fixe sur l’embryon.

    L’Association Vive l’Alagnon propose la mise en place de normes de qualité de l’eau appropriée, donc plus strictes, pour les rivières accueillant les frayères du saumon de l’Allier. L’étude m­enée par LOGRAMI en 2009 a montré que l’Alagnon présentait des conditions de débit et de température de l’eau très favorables à la reproduction du saumon, puisqu’une majorité des 30 saumons adultes porteurs de marques se sont engagés dans ce cours d’eau, à la surprise des opérateurs techniques à l’époque, qui ciblaient avant tout le cours de l’Allier.

    Si les valeurs guides du bon état retenues en application de la directive européenne cadre sur l’eau ne peuvent être remises en cause, nous pouvons tout à fait décider de définir des objectifs de qualité de l’eau plus exigeants à atteindre sur les zones de reproduction du saumon de l’Allier. Il serait bon de ne pas oublier les travaux de Nisbet et Verneaux (1970), pour qui la présence de phosphate à des concentrations supérieures à 0,1 ou 0,2 mg par litre est l’indice d’une pollution, et qui nous rappellent encore que les eaux naturelles non polluées présentent une concentration de nitrate de seulement 2 ou 3 mg par litre. Si l’on se réfère à ces données, tout en tenant compte de l’évolution de l’activité humaine, l’Association Vive l’Alagnon propose des valeurs seuils admissibles suivantes :
    – Taux de nitrate inférieur ou égal à 10 mg/L pour l’Alagnon et 3 mg/L pour ses affluents.
    – Taux de phosphate (ortho phosphates) inférieur ou égal à 0,15 mg/L pour l’Alagnon et ses affluents.

    Un accompagnement financier et humain adapté est évidemment indispensable pour atteindre ces objectifs. Les aides doivent être principalement proposées pour la maîtrise des pollutions diffuses en réalisant des actions exemplaires et pédagogiques. A l’heure où vous définissez le contenu du 10ème programme de l’Agence de l’eau et en vue de la préparation future du SDAGE 2016-2020, il nous paraît indispensable de vous faire part de ces propositions.
    Nous demandons aux membres du plan de gestion du saumon de soutenir nos propositions avant que le saumon de l’Allier ne disparaisse à jamais.

    Nous vous prions, Messieurs les Présidents, Messieurs les directeurs, d’agréer nos sincères salutations.

    Dr Hervé Brun, Président de l’Association Vive L’Alagnon
    Association de protection de la rivière Alagnon et de ses affluents sur les trois départements Cantal, Haute-Loire, et Puy-de-Dôme.
    Site internet : http://alagnon.fr
    Courriel : [email protected]