Étiquette : France

  • Finlande : Street fishing à Tampere

    Finlande : Street fishing à Tampere

    Me voilà maintenant arrivé à Tampere, une ville finlandaise dans une région taillée pour la pêche qui compte vingt et un immenses lacs. Celle-ci s’est d’ailleurs autoproclamée « zanderland », le pays du sandre. Tampere est située entre les grands lacs de Näsijärvi (256 km2) et de Pyhäjärvi (122 km2), tous deux reliés au centre de la ville de Tampere par les rapides de Tammerkoski. C’est là que je commencerai ma découverte de la ville. Ismo Kolari, qui dirige en quelque sorte la promotion de la pêche dans la région de Tampere, sera mon guide pour les trois jours que j’y passerai.

    Par Guillaume Le Garrec

    C’est l’automne, une saison plutôt propice pour la pêche des carnassiers. Nous commencerons par les rapides au centre de Tampere. L’endroit est magnifique. Par chance, le beau temps est de la partie, même si la température reste fraîche. De nombreux pêcheurs sont déjà affairés ; cela me donnera l’occasion de découvrir leur façon de pêcher. Je ferai la connaissance de Niko, un ingénieur grec venu en Finlande pour son travail. Nous n’étions qu’en 2011 et déjà la crise s’annonçait dans son pays. Niko pratique une sorte de pêche au drop shot, avec des streamers et un plomb poire d’environ 10 g. Il lance sa ligne dans le courant et contrôle la dérive lentement. Que souhaite-t-il attraper ? A ma grande surprise, la zone est peuplée de truites arc-en-ciel et farios, non sauvages, mais lâchées chaque année pour cet usage. En effet, ces rapides sont placés entre deux microcentrales hydroélectriques et la libre circulation des poissons y est impossible. Je commencerai de mon côté par pêcher au poisson nageur, un peu comme je pêcherais la truite de mer sur la Touques. Pour cela, j’utilise un Squad Minnow 90 colori “ayu” (Illex).
    Mes nouveaux amis me regardent bizarrement, dubitatifs, mais pour peu de temps. Ma canne se plie dès le premier passage sous le coup de tête rageur d’un premier poisson. Pourtant, le combat ne durera pas longtemps, c’est une jolie truite arc-en-ciel, qui n’a pas toujours habité dans les rapides et qui ne se serait jamais qualifiée pour les JO d’endurance… Rien de très intéressant, mais amusant tout de même. J’en attraperai deux autres de la même façon. L’après-midi s’est donc passé assez rapidement, mais j’ai hâte de découvrir ce que cache cette ville et d’affronter un peu les sandres qui en font la popularité. Cependant, Ismo me réserve une petite surprise. Il sait que je pratique également la pêche à la mouche et me convie le soir venu à une pêche « locale ». Je croise de nombreux étudiants. La fête bat son plein et je me retrouve entouré de pêcheurs à la mouche.
    Ismo m’explique que nous sommes sur un « parcours mouche », qui possède même son propre automate sur le mur du restaurant Koskipuisto délivrant des cartes de pêche horaires ! Ce parcours est situé juste en amont du lac Pyhäjärvi. Nous avons la possibilité d’y attraper des truites de lac, des farios, des arcs, des perches et des corégones, poisson qu’ils nomment ici, (comme aux États-Unis) le white fish. Et c’est à cela que nous passerons notre soirée, à traquer le corégone.
    La technique est relativement simple, pas besoin de sortir 10 m de soie, un lancer roulé étant suffisant pour pêcher. C’est une pêche en nymphe au fil avec un indicateur de touche, un peu comme nous pêchons la truite de mer avec mes amis depuis quelque temps. Je ne suis pas dépaysé et nous attraperons une petite trentaine de white fish dans la soirée.


    Aborder d’aussi grandes surfaces d’eau demande du temps et un bon guide

    Le lendemain, j’irai seul essayer de taquiner la perche et le sandre sur les bords du lac Pyhäjärvi, particulièrement bien adapté au street fishing. De nombreux bateaux sont à quai et mon montage drop shot fera fureur auprès des perches. Je perdrai toutefois un joli sandre d’environ 60 cm, au plomb palette, en pêchant dans six mètres d’eau depuis une grande « passerelle » d’appontement où se retrouvent de nombreux pêcheurs de perchettes à la gambe.
    Je terminerai ce voyage par une sortie en bateau avec Ismo qui souhaite me montrer sa façon de pêcher le lac. Nous partons de bonne heure, il fait très froid. Ismo a choisi le lac Pyhäjärvi et ses cent îles. Il pêche à la traîne et utilise comme appât un petit salmonidé dont je ne retrouverai pas le nom. Une fois les lignes à l’eau, c’est tout le talent et le flair du pilote qui fera réellement la pêche en cherchant les bonnes trajectoires, la bonne profondeur de pêche, la bonne vitesse. Mais parfois, la chance joue aussi beaucoup à la pêche et ce jour-là, elle nous fuit. Après une matinée de pêche infructueuse, nous nous arrêtons pique-niquer sur une île, cueillons quelques superbes chanterelles et repartons chercher la perche et le sandre en profondeur, aux leurres. Encore une fois, nous trouverons quelques bancs de perchettes, mais rien autour, ni brochet, ni sandre. Je désespère d’attraper un poisson « valable ». Il y aurait pourtant une pêche à faire, à l’aide d’un moteur électrique monté à l’avant du bateau et un montage vertical. Mais cela reste pour moi dans le domaine de l’hypothétique, puisque nous n’avions rien de cela.


    Autres lieux, autres mœurs…

    Cette façon de pêcher n’est pas encore rentrée dans les mœurs ici et la pêche du sandre se pratique surtout l’été, lorsque l’eau est la plus chaude et que les sandres se rassemblent sur les bordures… pour frayer ! La pêche se fait alors à la cuillère ou au poisson nageur, pratique qui pourrait choquer beaucoup de personnes en France, mais pas ici. C’est un peu comme aux Etats-Unis où l’on n’hésite pas à pêcher les black-bass sur les nids, la pression de pêche est certes assez importante à ce moment de l’année, mais apparemment la densité de poissons est telle que pour l’instant, les immenses écosystèmes de ces lacs et l’Homme ont l’air de faire bon ménage. Selon les pêcheurs locaux, la population de sandres ne cesse de grandir. Cela est certainement dû aussi aux étés de plus en plus chauds constatés depuis une dizaine d’années. Mais encore faut-il espérer que cela puisse être durable ainsi…
    Mon périple en Scandinavie s’achève ici. Il y a encore tant d’endroits que j’aimerais visiter, dont la Laponie ou les nombreuses rivières de la région de Tampere. Plus tard… Je reviendrai, c’est certain ! En tout cas, si l’envie vous prend d’aller « visi-pêcher » Tampere, privilégiez la traque des beaux poissons, pêchez la truite l’été, les carnassiers en automne et n’allez pas embêter les sandres en été. Emportez un ensemble mouche pour pêcher le corégone ou les rivières alentours et un ensemble léger pour la perche et le sandre. Cela vous permettra de pêcher en verticale si vous trouvez un guide équipé d’un échosondeur.

  • Lew’s BB1 : il fait le maximum !

    Lew’s BB1 : il fait le maximum !

     

    Rares sont les moulinets de « bait casting » destinés à lancer des gros leurres qui ne ressemblent pas à un mini moulinet de pêche au thon. La marque américaine Lew’s a réussi l’exploit de conserver un bâti à profil bas pour son moulinet “big bait”. Le BB1 surprend par son ergonomie très agréable et sa grande efficacité en action de pêche.

    Par Jean-Marc Theusseret

    On reproche souvent aux moulinets de « bait casting » construits pour pêcher avec des gros leurres (big baits) un embonpoint qui devient vite gênant. Cela va de pair aussi avec un poids généralement élevé. Depuis l’automne, j’ai beaucoup pêché avec le Lew’s BB1, dont la marque n’a pas (pas encore ?) la réputation de certaines grandes enseignes japonaises, mais qui, je dois le dire, m’a particulièrement satisfait. Importé par Florida Fields, la marque Lew’s est également le nom d’un très bon pêcheur américain qui n’en est pas à son coup d’essai en matière de fabrication de moulinets casting. Car ses premiers modèles remontent à… 1973 ; date à laquelle Lew Childre invente le premier moulinet casting à profil bas (low profil), copié depuis par tous les fabricants. Le moulinet Lew’s BB1 permet de lancer des leurres jusqu’à 80 g, ce qui le rend un peu juste pour les très gros leurres, mais permet de lancer sans problème la plupart des big baits utilisés en France (Buster Jerk, Divinator, Real Eel, Alien Eel, etc.). Dans un volume réduit et une ergonomie très naturelle, le BB1 dispose d’un excellent système de frein centrifuge, différent de la plupart de ceux que l’on trouve sur les autres moulinets de ce type. Quatre des six masselottes sont gérées chacune par des ressorts qui se rétractent au début du lancer, sous l’impulsion donnée au mouvement par le pêcheur, puis se remettent en place progressivement jusqu’à ce que le leurre touche l’eau. Ce principe simple, mais efficace, fonctionne parfaitement. Bien réglé, le BB1 génère très peu de perruques, y compris avec des leurres de 60 ou 70 g, qu’il est possible de lancer à une distance très honorable. Le fonctionnement s’avère particulièrement doux, aidé par une manivelle de grande taille et des poignées en matière souple, très agréables au touché. Côté frein, pas de souci, à condition de le serrer à fond si l’on pêche avec des gros leurres. A ce propos, et cela reste valable pour tous les moulinets, ne jamais oublier de le desserrer complètement lorsque la partie de pêche est terminée. Le modèle que j’ai choisi dispose d’un ratio de 7 : 1 (sept tours de bobine pour un tour de manivelle). Il existe aussi en version plus lente d’un rapport de 6:4. Il est vrai que les gros leurres s’animent en général lentement, mais il est bon en revanche de pouvoir récupérer rapidement le mou au ferrage. Car même avec un rapport de 7:1, un moulinet casting ne récupére pas aussi rapidement qu’un moulinet à tambour fixe.
    Le manque de réactivité fait souvent défaut lorsqu’en quelques secondes, le pêcheur doit récupérer plusieurs mètres de mou (cas de vent latéral ou de pêche en profondeur à grande distance) et faire en sorte que les gros hameçons qui équipent les big baits trouvent une place dans la gueule du carnassier.
    A environ 200 euros (199 pour être précis !), le BB1 est une affaire à plus d’un titre. C’est un moulinet dont le faible poids, l’encombrement réduit et la fluidité de fonctionnement, permettent tout autant l’utilisation de gros leurres que celle d’un spinnerbait de 25 ou 30 g. En dessous de ce poids, ce n’est plus son domaine, mais au sein de la gamme Lew’s, d’autres produits conviennent très bien pour cela.

     

  • Keitech Salty Core  : le tube qui n’en est pas un !

    Keitech Salty Core : le tube qui n’en est pas un !

    Présenté comme nouveauté dans notre dernier numéro, le tube Keitech Salty Core Tube est enfin disponible depuis quelques semaines. Nous avons pu nous procurer quelques pochettes et l’essayer en plein été, lors d’une période de forte chaleur peu propice à la pêche des carnassiers en général. Et pourtant, les résultats furent au rendez-vous !

    Tout d’abord, il faut bien le dire, ce leurre n’a de tube que le nom. En effet, pour le commun des mortels, un tube est creux, ce qui n’est pas le cas de ce nouveau Keitech dont le corps est plein d’une matière spongieuse imprégnée de sel, comme son nom l’indique. Peu importe, car le Salty Core Tube est une réussite. Sa densité le fait couler relativement vite et sa matière, relativement dure au premier contact, ne s’avère pas trop gênante au ferrage. Cette rigidité étant garante d’une bonne tenue dans l’eau. Car parfois, les corps des tubes traditionnels creux s’affaissent un peu et cela perturbe beaucoup leur nage.

    Deux montages possibles

    La pêche avec des tubes est encore peu répandue en France. Conçus pour la pêche du black-bass, ils n’intéressent que de rares spécialistes. C’est une belle erreur que de penser qu’un tube ne prend pas les brochets et les perches, voire les sandres. Ce sont des leurres uniques, qui permettent l’exploration de postes qu’aucun autre leurre ne peut visiter de cette manière. Les tubes peuvent être montés avec l’œillet de l’hameçon texan en avant. Dans ce cas, le leurre réagit comme une sorte de stickbait coulant, capable de se désaxer et d’explorer les massifs d’herbiers en profondeur. Mais c’est surtout monté à l’envers (œillet à la base des tentacules) que notre Salty Core devient réellement singulier. Contrairement à un tube creux, celui-ci peut se monter dans les deux sens tout en restant parfaitement centré. Il en résulte une nage proche de celle d’un jig lors des tractions, avec les tentacules qui se replient et s’ébrouent. C’est sur les relâchés que la fête commence : prenez un herbier de potamots ou de rubaniers, un massif de nénuphars et faites-le “buzzer” en surface. Arrivé au bout de la zone végétale, marquez un coup de scion bref, mais marqué. Votre leurre repart alors d’où il vient, mais sous la surface, dans la gueule du loup ! Il s’agit d’un des rares leurres capable de fonctionner en marche arrière. Cela marche à tous les coups, à condition de laisser du mou dans la bannière. Les touches se voient alors plus ou moins nettement sur le fil ou la tresse (jaune, de préférence). Cela va du petit “toc” aussi discret que celui d’une truite qui prend une teigne à la secousse violente dans la canne, immanquable. Ce leurre sert donc principalement à la prospection des herbiers et des bois morts. J’ai une préférence pour la pêche à vue, à l’aide de lunettes polarisantes. Cela permet de pêcher avec une grande précision pour viser la partie d’herbier la plus prometteuse. D’une façon générale, le Salty Core Tube permet d’assurer de bons ferrages. Tout dépend de la phase d’animation. Tant que le fil est détendu, le taux de réussite au ferrage reste très correct. J’ai en revanche connu des ratés avec les brochets qui prennent au moment où le fil se retrouve tendu lorsque, le leurre est arrivé en bout de course et qu’il faut bien le faire remonter. Dans ce cas, les touches sont souvent brutales, mais sans que le poisson ne se pique.
    J’ai également pu assister à vue à une vraie frénésie de la part des perches face à ce leurre, y compris en pleine eau. Les plus petites le prenant plusieurs fois jusqu’à ce qu’elles se piquent ! Les leurres Keitech sont très chargés en sel et en attractant (calamar). Est-ce pour cette raison ou simplement parce que l’allure de ce leurre monté à l’envers évoque avec réalisme une écrevisse ? Mystère.

    Jean-Marc Theusseret


    Caractéristiques :

    – Longueur : 10,5 cm
    – Poids : 14 g
    – Densité : nettement supérieure à celle de l’eau.
    – Hameçon recommandé :
    swimbait hooks 3/0 ou 4/0 de type Owner Beast (non lesté)
    – Existe en huit coloris :
    (plutôt naturels).
    – Prix conseillé : 11,40 euros
    la pochette de six leurres.

     

  • Nitrates : la France à nouveau condamner par l’UE

    Nitrates : la France à nouveau condamner par l’UE

    La Cour de justice de l’Union européenne (CJUE) a condamné
    le 13 juin la France pour non-respect de la directive sur l’eau signée en 1991
    l’accusant de n’avoir pas pris les mesures nécessaires contre la pollution de
    ses eaux par les nitrates. Et ce n’est pas vraiment une surprise. Cette
    directive exige que les Etats membres désignent des zones vulnérables, où la
    présence de nitrates dépasse les 50 mg/l et que des actions soient lancées. A
    plusieurs reprises, la Commission européenne a alerté le gouvernement français
    à de nombreuses reprises. Pour mémoire, la pollution aux nitrates est la
    conséquence d’une certaine forme d’agriculture et d’élevage. Sans une remise en
    question radicale de ses modes de productions, la France ne pourra pas
    respecter cette directive qu’elle a pourtant votée en 1991.

    Cette condamnation présage une lourde amende qui pourrait se
    chiffrer à plusieurs dizaines de millions d’euros. Affaire à suivre…

  • France : 550 sites pollués aux PCB

    France : 550 sites pollués aux PCB

    L’association Robin des bois vient de publier la 7e
    édition de son atlas des eaux polluées aux PCB en France. Résultat, l’ONG a
    répertorié 550 sites pollués, soit 113 de plus qu’en juillet 2011. Les PCB sont
    interdits en France depuis 1987 et pourtant, on retrouve régulièrement ces
    contaminants environnementaux dans de nombreux bassins en France et ailleurs.
    Il faut dire que certains de ces éléments peuvent laisser des traces pendant
    2700 ans ! Pour découvrir l’Atlas et une multitude d’informations sur
    les PCB, rendez-vous sur le site Internet de l’association.


    Renseignements :

    http://www.robindesbois.org/PCB/pollution-pcb.html

  • French Touch Fishing, un collectif à suivre…

    French Touch Fishing, un collectif à suivre…

    C’est l’histoire d’une équipe de passionnés de pêche aux leurres, organisateurs du plus grand rassemblement de streetfishers au monde, l’Open Street de Paris, dont la dernière édition a rassemblé près de 400 participants. FTF est très attaché au respect du poisson et à une pratique simple et saine de la pêche aux leurres. Chaque mercredi midi, la pose déjeuner se transforme en initiation au canal Saint-Martin. FTF, c’est aussi des marques et un catalogue 2013 très riche, avec Reins, Tiemco lures, Sworming Hornet, Tulala et Hookers, une marque créée par FTF. Hookers est née avec une génération qui a grandi simultanément avec le développement de la pêche aux leurres en France. L’objectif de la marque est de développer des produits en collaboration avec des designers et des ingénieurs japonais, adaptés à la pêche en France, notamment pour être utilisés avec des micro-leurres.

    A découvrir sur www.frenchtouchfishing.fr

  • Etude du relâché

    Etude du relâché

    Qu’est-ce qui fait la différence entre un très bon pêcheur et un pêcheur moyen ? A force de côtoyer les meilleurs pêcheurs dans un panel de techniques, de poissons et d’approches radicalement différentes, un point commun sort du lot. Le relâché après une animation. La plupart des poissons attendent ce moment pour s’emparer du leurre, de la mouche ou de l’appât. Etude d’une phase de l’action de pêche qui fait la différence.

    Par Philippe Boisson

    A priori, aucun lien ne relie un pêcheur de truite à la nymphe à vue à un champion de la pêche du sandre à la verticale. Rien non plus d’évident entre un pêcheur de black-bass opérant au milieu d’arbres noyés et un pêcheur de brochet habitué aux grands espaces des lacs alpins. Et pourtant, tous ont compris qu’il existe une clef principale de la réussite, qui les unit au final. Chaque poisson a sa propre façon de se nourrir, lançant son attaque sur un leurre ou se décidant à prendre une nymphe uniquement dans des conditions très particulières. A l’étude de cet ensemble  de constatations, on se rend compte, en définitive, que la plupart des poissons prennent le leurre, la nymphe ou l’appât, lors du relâché faisant suite à une traction qui dans bien des cas, a attiré simplement l’attention du poisson. Ce que l’on appelle “l’animation” et qui évoque la vie donnée à une chose inerte, méritait une petite analyse. Elle s’est révélée passionnante !


    L’école de la pêche à vue

    Quelle merveilleuse école que celle qui consiste à pêcher en voyant les poissons et parfois même ce qu’on leur propose. Chaque espèce a sa façon d’analyser la chose qu’on lui présente. Et si l’on va plus loin dans la réflexion, on constate qu’il existe, pour une même espèce, des différences entre certaines rivières, ou tout simplement au sein de mêmes cours d’eau, selon que la pression de pêche s’y révèle faible ou forte par exemple. Les pêcheurs de truites sauvages à la nymphe à vue savent bien à quel point l’animation de la nymphe peut, soit pousser la truite à prendre, soit la faire détaller à toutes nageoires. La pêche à vue reste un archétype de technique empirique, où l’on apprend, par la répétition de gestes heureux ou malheureux, ce que sont de bonnes et de mauvaises décisions. Il y a un côté très primaire dans tout cela et les premiers chasseurs comme les premiers pêcheurs de notre espèce ont dû certainement procéder de la même façon. Le fait qu’ils pêchaient et chassaient pour se nourrir les a sans doute poussés à développer une intelligence salutaire, sans quoi nous ne serions sans doute pas là pour aller à la pêche pour notre simple plaisir ! A force de tenter des milliers de truites, on finit par s’imprégner de ce qui leur plaît le plus. Souvent pas grand chose, un petit relevé de deux centimètres au bon moment quand plus serait trop… Le but étant d’attirer leur regard sur cette chose qui à leurs yeux à fait une erreur en se montrant un peu trop. Cependant, si la première étape de cette micro-animation a marché, la suite est infiniment plus délicate. C’est elle qui poussera la truite à prendre ou à refuser. Le piège fonctionne uniquement si le relâché est totalement libre. Or en animant, le fil se tend immanquablement, et la qualité du relâché se trouve donc conditionnée par la tension du fil. Cet exemple résume tout l’art de la pêche à la nymphe, qui demande des années de pratique pour tenter de maîtriser des posés parfaitement détendus. A cette pêche d’adresse, les meilleurs pêcheurs sont des as en la matière. La pêche à vue procure parfois l’occasion de faire des rencontres inattendues. La carpe est un poisson fascinant à pêcher à vue. Ne les cherchant pas spécifiquement, cela donne l’occasion pour moi d’improviser avec les moyens du bord. Le sandwich de midi, le pain, son contenu, des filtres à cigarettes, des petits leurres souples aromatisés, des nymphes, des streamers… La carpe est un poisson curieux mais méfiant et si l’on arrive à l’ approcher sans l’apeurer, alors sa curiosité l’emporte souvent sur sa méfiance. Ces expériences occasionnelles sont riches d’enseignements, car les carpes en questions, croisées lors de sorties de pêche à la mouche ou aux leurres, n’ont pas l’habitude d’être pêchées dans très peu d’eau en pleine journée, sans amorçage préalable, voire pour ce qui est de la pêche avec des filtres à cigarettes, des nymphes ou des streamers, sans odeur particulière. Quel que soit l’appât ou le leurre proposé, seul son comportement dans l’eau permet de gagner leur confiance. A la moindre erreur, une crainte perceptible s’installe en un quart de seconde et c’est la panique dans tout le banc. Après quelques tentatives, on comprend assez vite ce qu’elles ne supportent pas. Une carpe qui voit l’impact de quoi que ce soit tombé dans l’eau devant elle, même à deux ou trois mètres, est mise en éveil et se méfie. Généralement elle change sa route. A l’essai suivant, elle fuit avec ses copines. La seule façon de réussir consiste à poser sur le fond ce qui lui est destiné avant qu’elle n’arrive sur la zone. Ensuite, lorsqu’elle se trouve à quelques décimètres et quelle n’a pas été alertée, il suffit alors de décoller l’appât de dix centimètres et de le laisser se poser à nouveau librement sur le fond. Sa curiosité est alors éveillée et la carpe choisit souvent de venir goûter cette chose très étrange qui ne ressemble à rien de ce qu’elle connaît et qui un court instant semblait animé de vie. La carpe dès lors l’aspire, la goûte, puis la recrache immédiatement si celle-ci lui semble inodore, inhabituelle ou désagréable. A vous de ferrer avant qu’elle ne recrache.

    L’exemple du sandre

    Adolescent, je dévorais les écrits d’Henri Limousin et d’Albert Drachkovitch à propos de la pêche du sandre au poisson mort manié. Pas avares de détails, les deux compères ont sans doute écrit au final l’équivalent de deux bibles sur cette pêche et ce poisson sans jamais donner « LA » clef de la réussite, celle qui fait toute la différence. J’ai du mal à croire que cet errementt n’était pas volontaire tant la chose est importante. Le sandre prend sur les relâchés (remarquez la similitude avec la pêche de la truite à la nymphe !) et quasiment jamais sur les tractions. Rien ne lui plaît plus qu’une monture qui redescend en planant ou qu’un leurre bien décidé à rejoindre le fond. Le percidé suit le leurre descendant et se décide à le prendre seulement après une observation plus ou moins longue. Si une animation intervient lors de cette phase d’observation, cela suffit à le faire changer d’avis, voire à lui foutre la frousse. On pourrait penser qu’il s’agit d’un comportement de méfiance et que l’animation en question trahit la présence du pêcheur. C’est sans doute le cas sur les plans d’eaux sur-pêchés, mais il s’agit avant tout d’un comportement naturel de ce poisson. J’ai pêché au poisson mort manié durant des années sans apporter d’attention particulière à ces phases de relâchés. Même à cette époque où le sandre était considéré comme un envahisseur, mes résultats étaient bien maigres en regard des densités exceptionnelles de carnassiers qui se promenaient sous ma canne. C’est en observant un très bon pêcheur local, qui ne connaissait ni Drachkovitch ni Limousin et qui pêchait au cadre avec des montures casquées, que la chose m’apparut alors évidente. En lui faisant remarquer qu’il apportait une attention très particulière à la façon d’accompagner la descente suite à une traction, d’une façon très précise, dans une sorte de chute libre très contrôlée, il me répondit « ah oui, c’est vrai, il ne prennent que comme ça… »
    Filmé pour un DVD Pêches sportives, le belge Wim Van de Velde me fit découvrir les secrets de la pêche à la verticale. A la différence de la pêche au poisson mort manié, la verticale se veut minimaliste. Fini les grandes tirées de quatre-vingt centimètres et les longues descentes accompagnées.
    Rappelons qu’en verticale “hollandaise”, le bateau avance très lentement au moteur électrique, chose interdite en France où cela est assimilé à une pêche à la traîne. La technique du plat pays souffre d’une appellation trompeuse, à l’origine d’un amalgame entre la pêche à la “dandinette”, au jig, et à tout ce qui est animé verticalement. La technique hollandaise est en réalité une pêche à l’horizontale, puisque une fois le leurre décollé du fond de quelques centimètres, celui-ci avance, sous l’effet du bateau, parallèlement au fond. Les touches ont le plus souvent lieu lors de cette phase où aucune animation ne vient perturber la marche du leurre. C’est la raison pour laquelle nombre de touches surviennent lorsque l’esprit divague. Moins on en fait, plus on prend. Si le décollage du leurre ne demande aucune attention, la façon dont on le dépose régulièrement (ce qui permet de reprendre contact avec le fond) demande un coup main particulier. Wim est toujours très concentré durant cette phase, car il sait que c’est un moment propice aux touches, sinon à l’intérêt que va porter le carnassier à ce leurre bien tentant. Il serait intéressant qu’un jour quelqu’un prenne le temps d’essayer de filmer l’attaque d’un sandre sur un leurre de pêche en verticale. Suivent-ils le leurre sur plusieurs animations ? Ont-ils des réactions de panique face à certaines animations ? L’expérience serait riche d’enseignements. La méthode de Wim semble enfantine et pourtant ce pêcheur ressent énormément de choses, provoque des touches, sait ce qui leur plaît et ce qui les rebute. Et comme il le dit lui-même, ce feeling particulier ne s’apprend pas dans les livres… Mais les belges et les hollandais ont plus d’un tour dans leur besace. Lorsque le vent devient trop fort, impossible de guider le bateau convenablement. La limite de la pêche à la verticale est alors atteinte et une autre technique doit prendre le relai. Chez eux, il s’agit de la pêche en “diagonale”, encore un terme très imprécis, que les pêcheurs interprètent parfois de façons diverses. Cette technique est beaucoup plus proche de la pêche au poisson manié que ne l’est la verticale. Puisque le bateau vit sa vie, autant le laisser faire. La pêche se déroule derrière lui à vingt ou trente mètres avec un leurre souple fortement lesté. Le pêcheur décolle le leurre du fond d’au moins cinquante centimètres et apporte une attention toute particulière à la redescente sur le fond, car les touches ont bien évidemment lieu durant cette phase. Le mouvement est ainsi répété à l’infini tant que la dérive couvre des postes intéressants.


    Le regard du black-bass

    S’il est un poisson qui observe longuement avant de se décider à prendre c’est bien le black-bass. Notre centrarchidé remporte haut la main la palme du poisson le plus interactif avec le pêcheur. La pêche à vue permet de profiter pleinement de ce spectacle, car c’en est un. Un black-bass ayant été pris et remis à l’eau plusieurs fois devient extrêmement difficile à tromper. Le niveau de perfection à atteindre dans l’action de pêche devient alors aussi élevé que celui nécessaire à la pêche d’une grosse truite sauvage sur un parcours sur-fréquenté. A cette différence près, qu’un pêcheur de black-bass à plus de cartes entre les mains. Vous pouvez le tenter en surface, ou avec toutes sortes de créatures souples ou métalliques, des bizarreries qui font marche arrière, j’en passe et des meilleures. Face à tout cet arsenal, le plus intelligent des poissons d’eau douce aura généralement, à l’instar de la carpe citée plus haut, deux réflexes : l’envie irrésistible de venir voir, et ensuite la prudence d’attendre que la chose s’anime. Il a alors tout son temps. En général, c’est le pêcheur qui craque en premier, pensant qu’une animation le poussera à attaquer. Très souvent, l’inverse se produit. Il faut avoir vu des black-bass observer quelque chose qui vient de tomber sur l’eau, la mobilité des yeux, le mouvement des nageoires, le corps en tension. S’il lance son attaque, c’est que la chose lui paraît d’une part comestible et d’autre part “crédible”. Avec les leurres souples coulant lentement (de type Senko) le jeu est tout aussi passionnant. Lors de sa descente, le poisson le suit et l’observe, ne se décidant à s’en emparer que si la chute est parfaitement libre. Toute retenue est suspectée. Pour le black-bass comme pour le sandre, ce comportement naturel est influencé par l’expérience qu’acquièrent les poissons lorsqu’ils sont confrontés à des leurres. Beaucoup de scientifiques refusent d’accorder de l’intelligence aux poissons, préférant plutôt parler d’accoutumance. En théorie, notre intelligence d’humains modernes, devrait nous permettre de venir rapidement à bout de la dernière truite, du dernier black-bass ou du dernier sandre. Or, il nous faut au minimum quinze ans d’existence pour arriver à tromper la méfiance de poissons qui pour certains en ont à peine trois ! Même des poissons d’élevages introduits à l’âge adulte dans une pièce d’eau s’adaptent en deux ou trois journées à une nouvelle technique de pêche !
    Plus les années passent, plus j’accorde de l’attention à ce qui se passe lors des phases où mon leurre redescend à la suite d’une animation. Plus qu’un simple suivi, cet accompagnement peut se travailler, se modeler, s’anticiper, en fonction, lors du relâché du leurre choisi, de l’espèce recherchée et de son humeur du jour. Le type de poste sur lequel évolue le leurre conditionne l’action, en fonction de la nature de la pente, du changement de la vitesse du courant, afin de détendre au bon moment, au bon endroit, pour provoquer la touche. C’est toute la magie de la pêche, de la compréhension de ce qui est invisible. C’est aussi ce qu’on appelle “le sens de l’eau”.

  • Championnat de France féminin de pêche à la mouche 2013 en réservoir

    Championnat de France féminin de pêche à la mouche 2013 en réservoir

    Très bonne initiative que la création de cette première
    édition du Championnat de France féminin de pêche à la mouche 2013 en
    réservoir, une compétition qui se déroulera en deux manches. Ouvert à toutes,
    peu importe le niveau, plusieurs techniques seront autorisées dans ce
    championnat.

    La première manche se déroulera le 4 mai 2013 en Haute Loire
    aux Moulins du Bouchat à 1 000
    mètres d’altitude, sur la commune de Mazet Saint Voy. Ce plan d’eau d’un
    hectare est peuplé de belles truites arcs-en-ciel, quelques grosses farios et
    même de jolie Gold. La deuxième manche est prévue le 21 septembre 2013 dans le
    Cantal à 1 260 mètres d’altitude sur le lac des Estives à Montgreleix, un
    réservoir de 3,5 ha, dont les eaux
    fraîches et cristallines abritent également de très beaux spécimens. No
    kill obligatoire, avec hameçon sans ardillon ou écrasé. Les inscriptions sont
    ouvertes jusqu’au 25 mars 2013.

    Renseignements :

    [email protected]

  • 1er Championnat de France de pêche à la mouche sous glace les 2 et 3 février à Châtel

    1er Championnat de France de pêche à la mouche sous glace les 2 et 3 février à Châtel

    Châtel,
    station française des Portes du soleil, située dans la Vallée d’Abondance,
    accueillera, au lac de Vonnes, le 1er Championnat de France de pêche à la
    mouche sous glace les 2 et 3 février prochains. La manifestation débutera à
    partir de 13h samedi par 4 ou 5 manches et se prolongera dimanche, en matinée à
    partir de 8h45. A 14h, aura lieu la proclamation des résultats et la remise des
    prix aux compétiteurs.

    Situé à une altitude de 1 250 m et affichant une profondeur allant de 6 à 10
    mètres, le lac de Vonnes a une population piscicole de truites de 5 à 80 cm
    (truites arc-en-ciel, saumons de fontaine, truites fario). Chaque trou, pour
    pêcher, aura la taille d’une feuille A3, soit environ 20 cm par 30 cm. La température extérieure, à cette
    période de l’année, peut aller jusqu’à -13°C et l’épaisseur de glace sur le lac
    peut être de 65 cm ! Alors si vous comptez participer à cet événement original,
    n’oubliez pas votre bonnet !

    Renseignements :

    http://events.chatel.com/

    Photo : © Châtel Events

  • Snaelda, la mouche qui fait tache

    Snaelda, la mouche qui fait tache

    Depuis que la pêche du saumon à la mouche existe, de merveilleuses histoires naissent entre les mouches et les rivières. Si généralement, une mouche à “sa” rivière, il y a aussi des exceptions. La Snaelda, mouche moderne dénuée d’élégance comparée à beaucoup d’autres, fait des cartons dans toutes les rivières puissantes et froides, au point de compter chaque saison, un peu plus d’adeptes.

    Par Vincent Lalu

    D’accord cette mouche ne ressemble à rien. Mais vous en connaissez-vous des mouches à saumon qui ressemblent à quelque chose. A part celles qui se prennent pour une crevette mal dégelée de Picard surgelés. La Snaelda, elle, est comme les autres : du poil, de la fourrure, des tinsels et de la couleur, beaucoup de couleur en camaieu d’orange, de jaune et du noir pour faire passer tout ça (ou alors les mêmes camaieux en remplaçant le rouge par du vert). Sauf que pour docteur Saumon (alias Pierre Affre), le “tout ça” ne passe pas.
    Pour lui la Snaelda ressemble bien à quelque chose : il hésite entre un balai de chiottes, et un écouvillon pour bouteilles récalcitrantes. Mais surement pas une mouche à saumon. Pourtant cet ingrate tube-fly qui a fait des débuts fracassants sur les pools de la salmo planète dans les années 80 est l’une des préférées des grands poissons d’argent. Pour peu que les eaux soient froides ou simplement tendues, la Snaelda surtout si on l’a chargée au montage va chercher les poissons là où ils sont, c’est-à-dire dans les étages inférieurs de la couche d’eau.
    Et les saumons aiment, ils en raffolent même. Il suffit de parcourir les cahiers de prises de n’importe quel lodge de l’Atlantique nord, que ce soit en Ecosse, en Norvège, en Russie ou en Islande et de pointer les mouches avec lesquelles les captures ont été réalisées. La réponse est partout la même : snaelda, snaelda, snaelda. Pas de doute, les saumons en pincent pour la snaelda et tant pis pour les grands prêtres de l’orthodoxie salaresque comme docteur Saumon qui préféreraient que leur poisson sacré, qu’ils traquent depuis des décennies, respecte les usages en continuant de croquer les nobles mouches que contiennent leurs mythiques boites, les silver doctor, munro killer, stoat’s tail, jock scott, lemon grey et autres general practitioner.
    Et d’abord c’était qui cette Snaelda ? Hairy Mary on connaît son histoire, Black Maria aussi, pareil pour Jeannie, mais Snaelda… Elle vient d’où cette Snaelda ? Elle ne serait pas un peu allemande sur les bords avec son gros ventre de crustacé buveur de bière et sa façon de faire des ploufs incongrus en entrant dans l’eau ? C’est vrai qu’elle n’est pas très belle. Mais les saumons, la beauté, ils s’en foutent. Elle doit leur rappeler une grosse crevette transgénique et bancale rencontrée quelque part entre le Groënland et l’embouchure du grand retour. Un moment de leur voyage où ils avaient vraiment les crocs et qu’ils se disaient : “une petite dernière pour la route”.
    En fait le vrai problème de docteur Saumon et des autres grands maîtres qui ont banni l’étrangère de leurs œuvres complètes c’est que la Snaelda est si efficace qu’elle laisse croire au premier couillon venu qu’il est passé expert en trois faux lancers et deux saumons capturés. Car salmo salar n’est pas vraiment regardant sur qui lui présente sa snaelda chérie. Son empathie est immense et sa bonne volonté va jusqu’à privilégier les débutants, les innocents, les femmes enceintes et les cocus. Et l’effet snaelda augmente considérablement le nombre de ceux qui sont prêts à écrire Le livre définitif sur la question du saumon dès lors qu’ils ont réussi à en prendre un.
    Or des vrais pros du salmo il n’y en a pas beaucoup. Surtout en France où les saumons ne sont plus légion. Finie l’époque des Bonnenfant ou des Pourrut, Laffargue, Vicento qui régnaient sur les pools de l’Allier ou les grands courants du gave d’Oloron. Leurs héritiers, les Affre, Montupet, Thonnenx ou Bezin ont dû s’expatrier. Docteur Salmo (vous avez remarqué le passage à l’anglais) est plus connu sur les rives et dans les lodges de la presqu’île de Kola, en Islande, en Norvège et sur la Matapedia que sur les bords de l’Allier où les spécialistes attendent chaque année le retour de la paire de saumons à quelques millions d’euros qui aura survécu à l’inutile production piscicole de Chanteuges, merveilleuse lessiveuse à argent public .
    Malheureusement aujourd’hui le saumon c’est surtout une affaire de Vikings et de Ruscofs. Ce n’est pas parce qu’il fréquente tous les grands saumoniers, qu’il confît le petit nom de tous les plus de 20 livres de l’hémisphère nord, qu’il pense saumon, qu’il rêve saumon qu’il mange comme un saumon, que docteur Salmo n’est pas une exception. Les stars du saumon sont en majorité de là-haut. Leurs palmarès se comptent en milliers de sujets et en millions d’heures de pêche. Surtout, eux savent très bien pourquoi ils ont inventé la snaelda. Mouche miracle pour rivières body buildées. Avatars logiques du nouveau salmo business. Explication par l’Islande : cette terre viking possède quelques-unes des plus belles rivières à saumons de la planète. La Stora Laxa, l’Hafralonza, la Midjfierdara, la Sela et pas mal d’autres sont des petites merveilles d’eaux cristallines, de gorges enchanteresses et de pools à se damner. Ce ne sont pourtant plus elles qui “produisent” le plus de sujets au royaume de salmo salar. En 2007 et 2008 ce sont deux rivières “chasse d’eau”, les Ranga est et ouest qui sont arrivées en tête du hit-parade des captures avec plus de 15 000 poissons recensés dans l’année. Pourtant il y a 20 ans à peine ces deux rivières d’origine glaciaires ne produisaient pas plus de 100 poissons par an. Tout l’alevinage naturel étant emporté par la débacle du printemps.
    C’est alors qu’entrent en jeu quelques petits malins , parmi lesquels Arni Baldurson, le docteur Salmon islandais, qui proposent aux fermiers riverains de ces deux rivières à moins de deux heures de Reyjkavik, de mettre des saumons là où il y en a peu. Arni, outre qu’il est surement l’un des plus grands pêcheurs de saumons actuels, est aussi une star du marketing hallieutique, discipline inconnue sur le plateau de Millevaches, qui lui a permis de devenir le roi du salmo business islandais, tout en continuant de faire pêcher les grands de ce monde d’Eric
    Clapton à Bush père (Poutine s’est décommandé au dernier moment mais ce n’est que partie remise). Et surtout Arni Baldurson est une sorte d’apprenti sourcier qui dès son jeune age s’est passionné pour l’élevage (à 12 ans il avait détourné une canalisation du lotissement où vivait sa famille pour alimenter sa première salmo nurserie.)
    Avec un ou deux complices ils ne mettent pas longtemps à convaincre les fermiers que leurs rivières qui ne valent pas un tacon sur le juteux marché de l’amodiation touristique peuvent voir leur valeur mulipliée par cent s’ils acceptent de participer à l’opération Ranga ranching.
    L’idée est de prendre en charge les premiers temps de la vie de saumons sauvages (prélevés sur la souche famélique des Ranga) puis de laisser le cycle normal s’accomplir dans des conditions telles qu’il ne soit pas possible d’établir une différence entre ces poissons et les autres. Concrètement l’opération se déroule en cinq phases :
    – on organise la fraie de saumons des Ranga dans une pisciculture située à moins de deux heures de camions citernes.
    – Chaque rivière est découpée en beats de plusieurs pools que se partagent les pêcheurs. Ce sont ces sections de quelques centaines de mètres que l’on va équiper. Chaque beat, se voit doté d’une “piscine” d’une centaine de mètres cubes et d’1,50 mètre de profondeur creusée à la pelleteuse et reliée à la rivière par un canal que l’on peut ouvrir ou fermer par le moyen d’un bouchon fabriqué à partir d’une grosse bobine de cable électrique vide.
    – Peu de temps avant le grand départ, à la nouvelle lune du mois de mai, le camion citerne vient déverser de 50 à 100 000 tacons dans chaque piscine (Il y en a une quarantaine pour les deux rivières) et l’on couvre chaque bassin d’un filet pour éviter que les oiseaux ne viennent casser la croute.
    – Les jours suivants les fermiers nourrissent les poissons en granulés. Cela dure à peu près une semaine. Et un matin on s’aperçoit que les poissons n’ont pas touché aux granulés et que leur robe a changé dans la nuit. Elle est passée de la couleur “truite” à l’argent du saumon : les tacons sont devenus des smolts.
    – Il suffit alors d’enlever les bouchons et de laisser partir ces un ou deux millions d’aspirants au grand voyage vers la mer. Les fermiers se postant dans les embouchures pour effrayer le plus d’oiseaux possibles à grands coups de fusil. Il n’y a plus qu’à attendre. Un an pour que remontent les grisles (de 1 à 3 kg), deux ans pour les saumons adultes (4 à 5 kg) et trois ans pour les sujets sérieux (6 à 10 kg).
    Et cela marche : dès les premiers retours de 4 à 8 000 grisles reviennent dans les Ranga. Et les statistiques montent très vite au point de classer nos deux chasses d’eau glaciaires en tête du hit-parade des rivières islandaises deux années de suite . Ce qui a pour conséquence de transformer des parcours qui n’étaient même pas commercialisables en eldorados à 1 800 euros la journée, en prime time.
    Le coup est magistral et les Cresus de la planète se bousculent pour pêcher les Ranga. Sauf qu’une chasse d’eau reste une chasse d’eau ce qui a pour conséquence d’imposer souvent des mouches qui pêchent “creux”, comme la… snaelda et de tuer tous les poissons ou presque puisque les ruisseaux d’alevinage naturel des Ranga sont en nombre insuffisant pour accueillir tous les saumons qui reviennent.
    Ainsi nous étions quelques uns que Arni avait “upgradé” sur les Ranga pour deux jours (un milliardaire autrichien spécialisé dans les robinets en or pour salles de bain d’émir nous ayant piqué- vive le sanitaire- notre sublime Stora laxa, nous avions réussi l’exploit de rentrer bredouille à deux cannes d’une matinée sur la east Ranga quand une voiture ordinaire, même pas un 4X4, est venue se garer devant nous.
    En sont sortis quatre gros mimiles dont je ne préciserai pas la nationalité (l’internationale des mimiles est au-dessus des nations). Deux d’entre eux ont ouvert le coffre d’où ils ont extirpé avec difficulté un sac poubelle de 150 litres très lourd. Ils ont déversé le contenu du sac, une vingtaine de poissons de toutes tailles, eux-mêmes déjà emballés dans des sacs en plastique sur le plan de bois où l’on compte, pèse et recense les saumons. C’est alors que j’ai vu les grandes cannes, leurs gros bouchons rouges et noirs et les grands hameçons sur lesquels subsistaient des bouts de vers, sur le toit de la bagnole. Et je me suis dit que n’en déplaise à docteur Salmon, la snaelda c’était quand même mieux pour la pêche au saumon, con !