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  • Bonnes feuilles : Contes et légendes du Moulin du Plain

    Bonnes feuilles : Contes et légendes du Moulin du Plain

    Depuis que ses maîtres Pierre et Thomas Choulet ont quitté les rives du Doubs pour un monde supposé meilleur, le Moulin du Plain est comme orphelin. L’hôtel mythique où se sont écrites quelques unes des plus belles pages de l’histoire de la pêche à la mouche attend, comme la “Belle au Doubs dormant” que vienne son nouveau prince charmant. Ces contes et légendes, évocation d’un demi siècle de bonheur halieutique, donneront peut-être des idées à un ou plusieurs candidat à la reprise de cette institution franccomtoise. Pour que l’Histoire reprenne son cours.

    Ces pêcheurs qui ont bâti la légende de Goumois

    « Bonjour, vous êtes le guide de pêche ? – Oui monsieur. Enfin, l’un des guides. Il y en a d’autres dans la région. – Oui je sais, mais vous, vous guidez à Goumois… -… – Voilà, parce que je voudrais absolument prendre une truite à Goumois. – Cela doit être possible… – Attention. Je ne veux en prendre qu’une. – Pourquoi une, et pas dix ? – Non non, je n’en veux qu’une. Parce qu’on m’a dit qu’ici c’était le parcours le plus difficile d’Europe. Et si j’y prends une truite, je pourrai aller en Nouvelle-Zélande sans souci. » Philippe Boisson se gratta la tête : c’était pas gagné. L’homme auquel Pierre Choulet venait de le recommander était un médecin de Mulhouse, pour qui la pêche était d’abord une question de performance. Le genre de client abonné à la bredouille comme d’autres le sont au gaz. Entre le père Choulet et le jeune diplômé de l’école des guides d’Ornans il y avait une manière de contrat tacite : Pierre envoyait des clients à Philippe qui guida au Moulin quatre saisons durant et Philippe s’arrangeait pour leur faire prendre du poisson. « Le problème, se souvient le rédacteur en chef de Pêches Sportives, c’est qu’il m’envoyait souvent des cas désespérés, des clients qui n’avaient pas vu la queue d’une truite depuis leur arrivée à Goumois. » Alors Philippe les emmenait dans les courants sous le barrage du Theusseret, le seul endroit du parcours où il était à peu près sur de son coup, car oublié des pêcheurs à la mouche et peuplé de truites bonnes filles. Pour Pierre l’enjeu était important. Il s’agissait de maintenir le moral de la clientèle au beau fixe dans des périodes où le Doubs rechignait à lâcher ses truites. Plusieurs grands pêcheurs furent chargés à un moment ou un autre de cette mission délicate. Tous ne guidaient pas mais leur seule présence remontait le moral des troupes. Pierre avait imaginé ce recours à l’époque d’Henri Bresson auquel il passait un coup de fil dans son magasin de Vesoul : « Dis donc Henri, ils ne font plus rien du tout. Tu ne voudrais pas venir voir ce qui se passe. » Et Bresson sautait dans sa 2 CV pour venir au secours du soldat Choulet. Et même s’il ne trouvait pas la solution tout de suite – ce qui fut rare – sa réputation suffisait à chasser la déprime : quand on passe la soirée à écouter l’homme qui voit les truites sous les pierres, on se fait plus facilement à l’idée d’être un homme qui ne voit que des pierres là où il y a des truites.

    Plus tard, Freddy Muller puis Piam furent également des jokers capables, quand ils étaient là, d’alimenter en zébrées respectables l’évier du Moulin du Plain. Mission que la généralisation des pratiques du no-kill finit par rendre inutile. Smartphones et appareils photos étant devenus d’excellents éviers virtuels. Goumois est une manière de juge de paix où se sont faites et défaites les réputations. Où les exploits des meilleurs spécialistes français de toutes les pêches alimentent une chanson de geste halieutique où prouesses et déconvenues sont la matière des veillées au bar de l’hôtel, un endroit où les truites ratées prenaient un cm par heure passée au-delà du coup du soir et quelques autres le lendemain matin au petit-déjeuner. On l’a vu plus haut ce sont les membres de TOS qui les premiers firent la réputation de l’endroit qui très vite attira tout ce que la France, la Suisse, et la Belgique et une partie de l’Europe comptait de stars de la mouche. Curiosité de l’histoire, l’un des premiers à y avoir pratiqué en nymphe dans les années soixante-dix s’appelait Mouchet. C’est lui qui montra à Freddy Muller, l’un des meilleurs pêcheurs qu’ait connu le Moulin du Plain comment confectionner une nymphe avec un minimum de cerques, un simple enroulement de soie jaune, verte, rouge, ou noire et une cendrée de pêche au coup pincée contre l’oeillet de l’hameçon. Freddy l’Alsacien avait une voix énorme qui traversait le Doubs mais ne dérangeait pas les truites. En sèche il était imbattable. Sa boîte à mouche aussi sommaire que celle d’un Mémé Devaux ne comptait que le strict minimum : des grises à corps jaunes ou rouges (pour les Baetis Rhodani), des sedges gris et marrons de plusieurs tailles, quelques fourmis en saison, des nemours et surtout ses fameux spents d’ecdyonuridae avec lesquels il pêchait les bordures tôt le matin ou juste avant le coup du soir.

    Comme tous les grands, Freddy observait longuement la rivière, ses courants, ses cailloux, ses retournes. Il repérait la plupart des truites avant quelles ne gobent et qu’il commence à pêcher. Puis il était très vite en action en faisant preuve d’une rare efficacité. Deux anecdotes plutôt rigolotes disent assez quel genre de pêcheur c’était. La première concerne Henri Bresson avec lequel j’étais en train d’écrire Le sorcier de Vesoul. Un matin de septembre, Henri avait proposé à Freddy un petit mano à mano dont j’étais censé être l’arbitre. Bresson adorait ce genre de confrontation qui lui permettait, en général de bien montrer aux autres pêcheurs qui était le patron. Il avait comme ça collé un 10 à 0 au pauvre Jean-Louis Poirot qui découvrait pour la première fois la haute Moselle. Et bien ce jour-là à Goumois, c’est lui qui prit un 0 à 6 de la part du Freddy. Une autre fois nous étions au bas de la grande ligne droite de tufs en aval de l’île de la Verrerie de la Caborde avec Philippe Boisson et nous nous escrimions sur de beaux ombres qui snobaient nos mouches. Arrive le Freddy qui déjà, à cette époque, préférait le brochet à la truite mais s’était laissé convaincre de décrocher la Daiwa 9 pieds pendue été comme hiver à la rambarde du balcon de son chalet. Il était resté en charentaises pour sauter dans la Fiat Panda rouge qui paraissait mieux connaître le parcours que bien des pêcheurs. Au bout de son bas de ligne il y avait une ecdyo de la saison précédente, une ecdyo sur hameçon de 14 dont il disait luimême que ce n’était vraiment pas une mouche à ombres. Nous entendîmes la Panda piler dans le chemin, puis le géant barbu débarqua avec ses charentaises, sa Daiwa et son ecdyo : « je vais vous faire cinq secondes sur Tokyo” », en référence aux 30 secondes sur Tokyo de Mervyn LeRoy. Aussitôt dit aussitôt fait : trois secondes pour fouetter et poser, deux secondes de dérive. Pendu. Le Muller éclata de rire, relâcha l’ombre et retourna devant sa télé : « vous déconnez les gars. Ce soir il y a les Tontons flingueurs ». Et puis un jour le Freddy décida de quitter définitivement la compagnie des truites pour celle des brochets de la Goule et de Biaufond. Et il devint un exceptionnel pêcheur au vif dont la petite barque en bois, qu’il avait lui même fabriquée, fut jusqu’à sa mort un élément incontournable du paysage de ces deux lacs. L’Alsacien repose aujourd’hui dans un coin du petit cimetière de Goumois au bord de la route qui va de la rivière aux truites à la retenue aux brochets comme s’il hésitait encore sur le choix de la partie de pêche qui ferait sa soirée.

    En fait, toutes les stars de la mouche ou presque sont passées au Moulin du Plain : les Français, Léonce de Boisset, Charles Gaidy, Mémé Devaux, Henri Bresson, mais aussi des Suisses, des Américains (comme Mel Krieger), des Anglais, des Belges et des Allemands. Tout ce que la planète mouche compte de vedettes a, un jour ou l’autre, fait le voyage de Goumois. Certains comme Piam y ont écrit quelques-unes des plus belles pages de leur légende. Pour les uns comme pour les autres Goumois présentait l’avantage d’être un parcours à la fois magique et médiatique, propice à toutes les démonstrations et à quelques déconvenues. Les bredouilles de quelques gloires, que la charité nous commande d’oublier, étant restées célèbres. Piam restera une figure de Goumois. Il y imposa ses techniques de pêche à la nymphe, révolutionnaires pour l’époque. Ce surdoué partageait son temps de loisir, alors qu’il était encore musicien professionnel en tournée sur les routes de Rhône-Alpes et de l’Est entre la Loue de Cademène, chez les Sansonnens, la basse rivière d’Ain et le Moulin du Plain. Piam avait très vite impressionné les clients de l’hôtel en leur montrant comment on peut séduire les plus belles truites en nymphe à vue. Son territoire de prédilection était le petit chemin boisé qui longe les tufs côté France en aval du débouché du canal du Moulin. Pierre lui-même fut très enthousiaste et Piam gagna sur ce terrain autant en réputation que ce que son titre de vice-champion du monde de pêche à la mouche devait lui rapporter.

    Une autre figure de Goumois dont on reparlera au chapitre sur la Franco-Suisse a été, est toujours Jean-Michel Radix qui y a mis au point quelques unes des plus célèbres mouches modernes. On lui doit en effet plusieurs petites merveilles comme le subsedge, la nymphe « roulette » et la technique du même nom, dont peu de pêcheurs savent que ce fut son invention, mais aussi la micro-nymphe à tête soudée, ou encore le fameux écouvillon dont on se dit en le voyant que seul un fumeur de pipes a pu imaginer de proposer ça aux poissons, tant ce gammare obèse paraît avoir été inventé pour ramoner les tuyaux de bouffarde. Radix a monté des milliers de mouches, toutes sortes de mouches, dont certaines avec lesquelles il n’a jamais pêché comme des mouches à saumon, des mouches à tarpons, des mouches à marlin, des mouches à bonefishes qu’il montait pour son père halieutique, Victor Borlandelli, photographe et rouletabille grâce à qui Radix est devenu le pêcheur que l’on connaît aujourd’hui. De nombreux autres champions, labellisés comme tels par la compétition ou par euxmêmes, mirent leur talent à l’épreuve du Moulin du Plain. Avec des fortunes diverses. J’ai même vu un membre de l’équipe de France y subir une bredouille retentissante. Mais les autres membres de l’équipe, à l’image de leur capitaine Jacques Boyko, y réussirent plutôt bien. Quelques grands pêcheurs étrangers, souvent anglais ou américains sont venus se frotter aux zébrées du Doubs. Philippe Boisson se souvient de Dick Lenox, ami de Mel Krieger, chroniqueur halieutique dans l’Oregon et pêcheur de steelhead qui avait demandé à Pierre qu’on lui fasse prendre une truite de Goumois le jour de ses 80 ans. « Cela n’a pas été facile. C’était le début de la saison et les eaux étaient très froides. Il a d’abord fallu que je lui explique que le type en face auquel il rendait ce qu’il croyait être un salut, était, le garde-pêche qui ne lui disait pas « hello » mais « pas dans l’eau », sous prétexte qu’il avait les pieds dans une flaque et que marcher dans la rivière est interdit jusqu’au mois de juin. Ensuite nous avons mis un certain temps à trouver la fameuse zébrée anniversaire. Je m’en suis tiré en l’emmenant dans le bas du pré Bourassin, juste avant le radier. Je lui avais bricolé un montage avec une Tabanas en sauteuse témoin et une nymphe en pointe qui a fini par séduire un joli poisson d’un peu moins de 40 cm. »

    Et puis il y avait et il y a toujours, les Suisses sociétaires et gestionnaires à parts égales de la société, qui étaient autant chez eux au Moulin que le sont les Français à l’hôtel du Doubs, côté suisse, chez Jean-Claude Cachot et son fils Claude-Alain. Les pêcheurs suisses jurassiens qui, à la différence des Français, ont toujours le droit de vendre le produit de leur pêche, ont souvent privilégié l’efficacité. Il y avait ainsi, dans la génération précédente quelques artistes de la cuiller vaironnée ou de la pêche à la grande canne et à « la petite amorce » (souvent des larves de mouche de mai) qui vendaient leurs prises aux hôtels et restaurants de la région. La joyeuse équipe composée du Frantz Halaüer (alias Papeli), d’Ulysse, d’Hector, d’Achille (il n’y avait pas d’Agamemnon), de Faton et de quelques autres comme Didi Racine, de Tramelan ou Carlo Hyemeli, a prélevé pendant plusieurs années des milliers de truites que le Doubs, à une époque où il était peu pêché, remplaçait facilement. Avec eux la partie de pêche commençait invariablement à l’heure légale, soit au lever du jour et se terminait deux heures après par d’homériques parties de stuck. En général, ils n’avaient pas besoin de ces deux heures pour que leur partie de pêche soit faite : leur parfaite maîtrise de la cuiller vaironnée associée à une connaissance non moins parfaite de la rivière faisait que la messe était dite en moins de temps qu’il n’en faut pour le dire. Le soir ils ne sortaient les cannes à mouche que si cela gobait franchement et n’utilisaient que des sedges ou des culs de canards grossièrement montés dont ils furent parmi les premiers utilisateurs. Les Suisses autant que les Français ont toujours eu la passion de Goumois. Joël Mourin, pêcheur, monteur de mouche et ami de Pierre, avait ainsi tout quitté pour venir s’installer au bord du Doubs. D’autres venaient de Genève (180 km) en taxi jusqu’au Moulin. Certains de ces visiteurs sont restés célèbres comme Georges Joset qui pêchait avec une Hardy Palakona de 10 pieds soie de 7 en bambou refendu, brins virolés, avec un train de trois mouches. À son époque, la pêche était autorisée toute la nuit et Goumois dépendait du canton de Berne puisque celui du Jura n’existait pas. Il y eut encore plein d’autres grands pêcheurs suisses comme Louis Veya, Testarini, Mathys, Houlmann ou André Jeanmaire, l’un des seuls survivants de cette époque. Aujourd’hui la nouvelle génération, représentée par des gens comme Thierry Christen président de la « Gaule » de la Chaux-de-Fonds se passionne plus pour la pêche à la mouche et l’écologie des rivières. Le Doubs est son héritage. Elle sait que c’est un héritage fragile.

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  • Mouche : vers une autre conception du bas de ligne progressif

    Mouche : vers une autre conception du bas de ligne progressif

    Les bas de lignes à nœuds ont depuis quelques années la préférence des pêcheurs français. Modulables, discrets, suffisamment rigides, leurs qualités sont nombreuses. Pourtant, leur schéma désormais classique, progressif ou dégressif, ne permet pas toujours de répondre aux attentes des pêcheurs recherchant des dérives naturelles, nécessaires sur de nombreux parcours aujourd’hui. On croyait avoir fait le tour des bas de lignes à nœuds, mais ce n’est pas le cas. Voici les spécificités d’un modèle atypique.

    Par Philippe Boisson

    Élément clef de l’équipement du pêcheur à la mouche, le bas de ligne est la partie du matériel la plus ésotérique avec ses formules personnelles, fruit de l’expérience de chacun. Nous savons à quel point cet élément constitué de brins de nylon perturbe les moucheurs de tous niveaux, car il faut bien le dire, la formule miracle, qui donne satisfaction dans toutes les conditions, n’existe pas. Les bas de ligne à nœuds, largement répandus aujourd’hui permettent une adaptation permanente de la longueur totale ou partielle du bas de ligne et de la pointe en toute liberté. C’est principalement pour cette raison qu’ils rencontrent un si large succès auprès des pêcheurs français. Le niveau technique général des pêcheurs à la mouche dans notre pays est élevé si on le compare à ceux de nos voisins anglo-saxons ou scandinaves et, à n’en pas douter, les bas de lignes à nœuds y sont pour beaucoup. En contrepartie, cette facilité de création et d’adaptation contribue à rendre le bas de ligne à nœuds complexe en raison de sa modularité. Le schéma classique de ce genre de bas de ligne, surtout pour les modèles progressifs, dont les brins s’allongent au fur et à mesure que les diamètres diminuent, veut que l’on respecte une diminution rigoureuse des diamètres de nylon. Soit de 5/100 en 5/100 depuis le brin le plus fort jusqu’au porte pointe. On obtient ainsi un bas de ligne dont la progressivité est totale sur toute la longueur.

    Une formule perfectible

    Comme beaucoup, j’ai utilisé ce type de bas de ligne durant plus de vingt ans avec bonheur tout en imaginant différentes formules afin de trouver ce qui me correspondait le mieux. De toutes ces expériences, je garde le souvenir de formules globalement satisfaisantes, mais surtout le sentiment permanent que ce système n’était pas parfait. En effet, la présence des trois derniers brins avant la pointe, généralement en 20, 16 et 14/100 constituait trois problèmes :
    – Le premier, d’ordre purement technique, oblige à un calcul précis de la longueur de ces brins pour les harmoniser avec ceux de la partie précédente. De plus, un porte pointe relativement court doit être remplacé après trois ou quatre changement de pointes, car chaque nouveau nœud le fait régresser de  5 à 8 centimètres.
    – Le deuxième problème, d’ordre fonctionnel, est lié précisément à cette section du bas de ligne très progressive qui précède la pointe et qui ne permet pas de “casser” l’énergie au niveau de la pointe pour obtenir des posers très détendus. En pratique, cela se traduit par un bas de ligne au comportement homogène, mais qui n’autorise pas facilement le poser d’une longue pointe (2,80 m ou plus) vraiment détendu. Entendons par là la possibilité de poser trois mètres de pointe sur une surface de 30 ou 40 cm2 comme cela est souvent nécessaire lorsque l’on pêche à la nymphe à vue ou lorsqu’il devient indispensable d’effectuer de longues dérives naturelles à la mouche sèche.
    – Le troisième problème concerne le brin de 14/100, qui n’a plus lieu d’être si l’on utilise une pointe de ce diamètre. Dans ce cas, à longueur égales de pointes, la longueur totale du bas de ligne se retrouve soudain réduite de 50 à 70 cm. Cet écart de longueur se traduit également par un comportement différent du bas de ligne qui compte un élément de moins. Certains pêcheurs dont je fais partie n’aiment pas pêcher avec des bas de ligne dont la longueur totale varie. Cela vient sans doute de mon vécu avec la pêche des grosses truites à la nymphe à vue, technique qui implique un nombre d’essais très limités où tout doit être parfait. C’est pour cette raison que j’ai toujours voulu pêcher avec un matériel identique : même canne, même soie et surtout avec un bas de ligne invariable.


    Une solution osée !

    Las de composer avec ces facteurs et après plusieurs essais, j’ai finalement opté, il y a deux ans, pour une solution assez radicale, qui simplifie considérablement les choses tout en permettant d’obtenir l’effet recherché. Mon bas de ligne est devenu très atypique, mais il me convient parfaitement. Il comprend uniquement six brins, pointe comprise, ne débute plus en 45/100 mais en 40/100 (le classique Maxima) et ne compte que des brins de longueurs égales (hormis la pointe). Notons que le 18/100 n’est pas en Maxima mais de même nature que la pointe (Water King Pole Fishing). Ce détail est très important pour préserver une solidité de l’ensemble suffisante. La progressivité du bas de ligne est obtenue uniquement par l’affinement des diamètres puisque les brins sont de mêmes longueurs. Ce principe permet de conserver une bonne énergie tout en obtenant des posers très doux. Cela est dû à la grande longueur des brins. La jonction entre le 18/100 et la pointe (voir l’encadré consacré au nœud de raccord), assure une cassure d’énergie franche sur toute la pointe. Ce bas de ligne convient particulièrement bien pour les posers de type “parachute” autant pour la pêche à la nymphe qu’à la mouche sèche, ainsi que pour les posers “plaqués détendus” où la pointe du bas de ligne doit se poser sur une très faible surface afin d’obtenir une descente parfaitement verticale de la nymphe.  D’autres formules, plus courtes  (il suffit de réduire la taille des cinq premiers brins) sont possibles. Elles présentent une plus grande facilité de manipulation et sont aussi plus adaptées aux cours d’eau de petites largeurs.


    D’excellents résultats

    La qualité des posers et des dérives obtenues avec ce bas de ligne m’a séduit dès les premiers essais. Après plusieurs saisons d’utilisation exclusive autant en lacs qu’en rivières, à la mouche sèche ou à la nymphe (à vue et au fil), les résultats obtenus sont très satisfaisants. La précision est au rendez-vous sans nuire à la réussite des posers…  A la mouche sèche, on obtient des posers très détendus qui offrent une excellente parade au dragage de la mouche. Effectuer de longues dérives vers l’aval devient ainsi un jeu d’enfant. Dans tous les cas, ce bas de ligne doit être utilisé avec une très longue pointe, d’une longueur minimum de deux mètres pour la mouche sèche et 2,80 m pour la nymphe pratiquée à vue. Pour les posers “parachute”, on peut dépasser les trois mètres.
    Bien entendu, l’efficacité de ce bas de ligne se trouve accrue par une bonne technique de lancer avec une boucle de soie en l’air rapide et étroite pour une meilleure pénétration dans le vent.


    Le choix du nylon

    La partie la plus forte du bas de ligne, du 40/100 au 25/100 est constituée de Maxima “classique”. Elle peut l’être également avec du JMC Camoufil ou du Maxima Caméléon. Le choix est beaucoup moins facile au niveau du brin de 18/100 et de la pointe, deux éléments qu’il est préférable de prévoir de même nature (même modèle). Une différence de dureté pouvant entraîner une dégradation anormale de l’un ou l’autre des deux brins. Parmi les meilleurs nylons pour réaliser ces deux éléments, citons le Devaux Tiger, le Teklon et le Teklon Gold, le Rio Power flex ou le Sensas Palmer. Ces monofilaments sont à la fois souples et résistants, ce qui représente des qualités qui font difficilement bon ménage. Il est à regretter une baisse sensible de qualité du Water King Pole Fishing (Water Queen), qui fut pendant plus de dix ans un nylon exceptionnel pour la pêche à la mouche, pourvu d’une grande souplesse et  d’une résistance remarquable. Actuellement, ce fil souffre d’un manque de régularité agaçant, puisque sur une même bobine, certaines sections peuvent être parfaitement convenables, alors que d’autres sont beaucoup plus faibles. Espérons que ce problème ne sera que passager !
    Peu de progrès sont réalisés en matière de fils fins par les fabricants, qui semblent avoir atteint les limites en matière de résistance et de finesse. Le fluorocarbone souffre d’une rigidité importante qui le rend difficilement compatible avec l’utilisation de petites nymphes, car il est générateur de dragage et par conséquent de présentations aléatoires. Le nylon reste donc le fil le plus utilisé pour pêcher à la mouche en rivière.


    Formule grande rivière

    Diamètres : 40/100 – 35/100 – 30/100 – 25/100 – 18/100. Pointe : 16 à 8/100.
    Longueurs : 85 cm – 85 cm – 85 cm – 85 cm – 85 cm – 2,80 m ou plus = 7,05 à 7,50 m.

  • Les sept familles de la pêche – Goujon, l’équipé

    Les sept familles de la pêche – Goujon, l’équipé

    Dernière figure de notre galerie de portraits de la grande famille des pêcheurs. “L’équipé” ferme le banc de cette série de cas particuliers. Vous en croisez régulièrement au bord de l’eau, certains avec trois cannes, au cas où, d’autres avec assez de mouches dans leurs boîtes pour faire monter toutes les truites de la rivière en surface. Mais comme le mieux est toujours l’ennemi du bien, tout cet attirail devient rapidement inopérant.

    par Vincent Lalu

    L’éclosion a commencé à 19h22. Jean-Paul Goujon venait de garer son RAV4 au bord du gave. Il hésitait encore entre le wader Patagonia en Goretex avec les Chota à semelles feutres et le wader néoprene intégral à bottes cloutées quand le premier gobage a commencé. Au dixième, il avait pris sa décision pour les waders mais ne savait pas maintenant laquelle de la Devaux, de la Loomis GLX ou de la JMC allait être sortie de son tube et de son étui, ni quel moulinet (aucun n’avait le même bas de ligne) allait lui être accolé. A 19h45, Jean-Paul Goujon en était encore à faire le tri entre ses boîtes à mouches, son gilet king size ne permettant pas d’emporter plus d’une douzaine de boîtes au bord de l’eau. Sur le gave, l’éclosion commençait à ralentir. A son arrivée, les autres pêcheurs le dévisagèrent d’un air incrédule et son copain Jean Vairon lui demanda :
    – « Mais qu’est-ce que tu foutais ?
    – Euh, rien, j’avais paumé un truc…
    – C’est ton temps que tu as perdu et, avec lui, ton coup du soir que tu as raté ! ».
    Goujon haussa les épaules en même temps qu’il entrait dans l’eau et se mit en devoir d’attaquer un beau gobage qui lui apportait le démenti inespéré du constat de faillite que venait de faire son compagnon de pêche. Son premier poser fut assez hasardeux mais ne cala pas le poisson. Il reprit sa mouche, la sécha et recommença les faux lancers indispensables à une approche enfin efficace. Mais quelque chose clochait : sa canne avait tendance à buter sur le manche de la grande épuisette (une épuisette spéciale 70 +) qu’il portait en travers du dos.
    – « quel c…, j’aurais dû prendre ma petite raquette passe partout ! » Et cette pensée acheva de le déconcentrer.
    Au point que son troisième poser manqua d’assommer la truite qui disparut sans demander son reste. Cette fois le coup du soir était bel et bien raté. Jean-Paul Goujon entreprit de replier et ranger tout le matériel qu’il avait déballé, ce qui le fit arriver largement après les autres au bar des amis. Tout cela lui valut de payer deux tournées, une pour la bredouille et l’autre pour le retard. Mais il ne se formalisa pas outre mesure : il était familier des bredouilles et habitué à ce que les autres pêcheurs le chambrent à propos de son matériel qui lui avait d’ailleurs valu l’étrange surnom de « Goujon l’équipé ». Il but ses deux tournées puis profita de ce que les autres se hâtaient lentement de passer à table pour aller jeter un coup d’oeil à son coffre et vérifier que tout était bien en ordre.
    C’est d’abord au véhicule que l’on reconnaît l’équipé. S’il arrive en Porsche, en Clio, ou pire en Fiat 500, le pêcheur n’a que peu de chance d’être un « équipé ». Car au vrai équipé, il faut du coffre, un coffre de break qui commence de préférence sous le hayon et finit du côté de la boîte à gants. L’équipé ne voyage jamais seul, il emporte avec lui le magasin de ses espoirs, l’impressionnant stock de tout ce sur quoi il compte pour s’attirer les faveurs de la gente aquatique. Tout cela plus ou moins rangé, plus ou moins disponible, mais bien présent dans les rayons. De plus en plus de pêcheurs utilisent ainsi des utilitaires, leur attirail y prenant autant de place que le matériel du plombier, ou celui du menuisier. Goujon, lui, était un équipé raisonnable, mais son Renault Kangoo dernier modèle aurait mérité le premier prix d’un concours de tuning halieutique : de la moquette, des tiroirs de toutes tailles, un logement spécial pour les cannes toutes montées, bref une merveille de grosse boîte à pêche que la Régie ferait bien de produire en série.
    Il y a toutes sortes d’équipés : des très pauvres que leur dénuement ne protège pas des pauvres excès de leur pauvre attirail, des très riches qui ratent tout autant leur partie de pêche pour avoir été incapable de décider entre leur bateau bleu et leur bateau gris. Car l’indécision est fille du suréquipement, et la bredouille leur héritière. J’en connais quelques-uns qui, dans les voyages de pêche mettent une énergie considérable à faire tourner le matériel qu’ils ont apporté. Ce pensum remplace bientôt dans leur esprit l’objectif qui a décidé de leur voyage. Oubliée la pêche, oubliés les poissons, l’heure est au grand déballage, à la revue de détail.
    – « Vous avez fait quoi cet été ?
    – J’ai emmené mes cannes promener sur la Gaula…
    – C’était bien ?
    – Oui, c’était pas mal, mes RPL+ commencent à fatiguer, mais les Loomis étaient en pleine forme.
    – Et les saumons ?
    – Les saumons, quels saumons ? »
     Il y a des équipés dans toutes les générations, des équipés époque bambou, soies naturelles et PPP, des collectionneurs de cuillers, de tambours tournants, des éleveurs de cous de coqs, des allumés du tinsel, l’équipé est à la pêche ce que le militaire est à la paix : inutile aujourd’hui mais pouvant servir demain. Combien de matériels, de fils, de cannes, de mouches et autres leurres sont, grace à lui, passés aux poubelles de l’histoire sans avoir jamais connu le délicieux contact de la moindre gouttelette d’eau. Avec l’équipé les poissons peuvent, la plupart du temps dormir tranquilles, l’homme est si occupé au commerce de son matériel qu’il en oublie le plus souvent la raison pour laquelle ledit matériel est arrivé jusqu’à lui.
    Dans l’histoire des gros vers que raconte si bien Pierre Choulet, un brave homme ne vient au bord du Doubs que pour faire prendre l’air et humer l’air de la rivière à ses lombrics. Il leur rend visite deux fois par jour pour vérifier que le terreau de leur caisse à l’arrière de son break a conservé une humidité suffisante et se contente de cette affectueuse fréquentation sans penser une seule fois à monter une ligne pour s’en aller tenter sa chance auprès des truites. Les équipés ne sont pas tous aussi affectueux que celui-là, mais ils ont tous cette étrange déviation qui les éloigne des finalités première de leur passion. Pourtant, l’équipé mérite le respect. Sans lui l’industrie halieutique ne serait pas ce qu’elle est. Sans lui, on vendrait beaucoup moins de cannes à pêche, beaucoup moins de moulinets, beaucoup moins de waders, beaucoup moins de leurres, beaucoup moins de soies, de fils et d’accessoires, et sans « l’équipé » les poissons seraient bien plus souvent dérangé.
    Axel commença par proposer ce qu’il avait de mieux dans sa boîte, ce qui marchait le plus souvent, avec quoi il avait pris ou fait prendre des centaines de saumons. Sans succès. Puis il revint aux classiques, celles de ses boîtes, celles des boîtes de Drouot, sans plus de résultat. On essaya ensuite les mouches fantaisies, les improbables, les affaires d’un jour. Les saumons continuaient de se manifester bruyamment. Drouot se dit qu’ils devaient même faire des écarts pour éviter sa mouche.
    Bref, la bredouille s’avançait tranquille comme une marée d’équinoxe qui recouvre les espoirs du pêcheur à pied d’un lourd manteau de désillusion.
    Could we try this one ?” Drouot tendait timidement le sapin de Noël qu’il avait monté la veille, une mouche en forme de bouquet de fleurs dont n’aurait même pas voulu une arc de chez Auchan. “Why not…” répondit Alex d’un air dégoûté. Le plumeau fut pris à son deuxième passage, arrachant un hurlement de joie à Jules Drouot. Le poisson était correct. Il tirait bien fort sur la ficelle et prit même un peu de backing, le temps de ramener le pêcheur et son attelage sur le bord pour continuer la bataille depuis la terre ferme. Mais, au moment où Drouot reprenait ses appuis sur la berge, il vit tout de suite que quelque chose clochait. Entre le saumon et lui il y avait une grosse pierre ronde, presque un rocher vers lequel le poisson fonçait maintenant. Drouot tenta bien de basculer sa grande Sage sur le côté. En vain : le saumon sembla percuter la pierre et la ligne devint molle. La bredouille était consommée. Quand il remonta dans l’hélicoptère, le lendemain matin, pour rentrer à Mourmansk, Jules Drouot dut passer entre une haie de guides dont il ne sut si elle était là pour le chambrer ou le consoler. Qu’importe, il avait déjà son fameux sourire, le sourire de ceux qui reviennent d’une longue maladie et recommencent à voir la vie du bon côté. Il était guéri, guéri de cette superstition ridicule qui lui avait fait rater tant de parties de pêche et stresser amis et proches, obligés de surveiller ces étranges écarts de langage. Dans l’avion du retour, il eut pourtant les mains qui sentaient le saumon. Le toast au saumon frais est, en effet, une spécialité de l’aéroport de Mourmansk. Un saumon par ailleurs excellent, sans doute en provenance d’un élevage norvégien, à moins qu’il ne soit de la Kola ou, pire encore, d’un des chalutiers responsables du manque de poissons dans la Varzina. Grâce à eux, il n’en avait pas pris mais venait d’en manger. Avant de s’endormir, il eut juste le temps de souhaiter par la pensée “bonne pêche” aux suivants.

  • 10 conseils pour réussir ses nymphes

    10 conseils pour réussir ses nymphes

    La réalisation de nymphes et de larves artificielles ne présente pas à première vue de difficultés notoires comparée à celle des mouches sèches et des émergentes. Cette apparence trompeuse se vérifie chez de nombreux monteurs qui butent sur des étapes pas aussi simples qu’il n’y paraît. Voici comment réussir de belles nymphes grâce à quelques principes de base très utiles devant l’étau.

    Par Philippe Boisson

    De plus en plus présentes dans les boîtes à mouches des pêcheurs, les imitations de nymphes, il y a peu encore sujettes à polémiques, ont fini par trouver leur place dans l’attirail du moucheur au milieu des mouches sèches et des émergentes. S’il existe de très bons modèles dans le commerce, peu d’entre-eux sont proposées dans différents lestages, indispensables pour pêcher juste. C’est pourquoi le montage des nymphes artificielles est un passage obligatoire pour le monteur de mouches débutant ou confirmé. On pourrait penser que leur réalisation ne pose pas de problèmes particuliers, tant on est plus proche de la simple silhouette que de l’imitation hyperréaliste. La réalité est toute autre. La plupart des monteurs de mouches débutants ne parviennent pas à respecter les proportions des différents éléments qui constituent une larve d’éphémère. Pourquoi ? Parce que l’exercice est très différent de celui qui concerne la réalisation d’une mouche sèche. L’hameçon est souvent lesté par du fil de cuivre ou de plomb, la quantité de matériau à travailler est importante, tant et si bien que la gracile nymphe se transforme en masse informe. Nous vous proposons dix conseils pour réaliser facilement de belles nymphes, qui plairont autant au pêcheur qu’aux poissons. A vos étaux et bon courage !

    1 – La longueur des cerques

     Les cerques des larves naturelles d’éphémères sont dans la majeure partie des cas très courts. Ils n’excèdent pas en général la longueur de l’abdomen de l’insecte, voire souvent un peu moins. La larve d’Ephemera danica, la mouche de mai en est un bon exemple. Il s’agit donc de respecter cette règle devant l’étau pour diverses raisons, la première concerne le souci de copier la réalité et la seconde tient à l’immersion des nymphes et larves artificielles qui doivent pouvoir couler sans que des cerques trop longs freinent la descente dans l’eau. Mettre des cerques trop longs sur ses imitations est un défaut classique que l’on observe chez la plupart des monteurs.

    2 – Ne pas aller trop loin…

    Ah, quelles sont belles les imitations où le corps épouse la courbure de l’hameçon, donnant ainsi un semblant de vie aux artificielles ! Mais attention, un corps qui descend trop bas sur l’hameçon engendre des décrochages fréquents de poissons, surtout avec les hameçons sans ardillons. Pour un hameçon à hampe droite, il faut impérativement arrêter le corps lors du montage juste avant la courbure.


    3 – Choisir un hameçon adapté

    Tous les modèles d’hameçons ne conviennent pas pour monter des nymphes. Certains modèles sont excellents pour réaliser des mouches sèches ou des émergentes, mais s’avèrent inadaptés pour les larves et les nymphes. Ces dernières sont souvent plus épaisses que les mouches sèches surtout au niveau du corps et de l’abdomen. Il convient donc de choisir des hameçons dont la courbure n’est pas trop fermée et dont la pointe ne se retrouve pas sous le thorax une fois la nymphe réalisée. D’une manière générale, les hameçons dits “standard” conviennent bien. Citons les références Tiemco 100, 9300 ou 3769 ainsi que les modèles Devaux B 405 ou B 401. Pour les modèles à hampe courbée (caddis hooks), tout va bien jusqu’à la taille 15, mais en 18 ou en 20, il faut des doigts de fée pour ne pas surcharger la mouche.


    4 – Attention à ne pas prendre la grosse tête

    Lorsqu’on débute dans le montage des mouches, il paraît inimaginable de faire tenir des matériaux sur un hameçon par seulement trois ou quatre tours de fils de montage. Avec les nymphes, les choses se compliquent au moment de réaliser la tête de l’imitation. Par mauvaise gestion des étapes précédentes, on se retrouve avec un excès de matériaux qui trouve sa place sous x tours de fils de montage et du noeud final. C’est donc dès la première étape, généralement la fixation des cerques qu’il faut être attentif pour ne pas “déraper”.


    5 – Le mariage des couleurs

    Qu’il s’agisse d’imitations destinées aux truites ou aux ombres, le choix des couleurs des matériaux ne se fait selon ses propres envies, mais selon celles des poissons. Si la meilleure école reste l’expérience, les années de pratiques qui vont opérer une sélection naturelle dans vos boîtes pour ne garder que l’essentiel, on peut rappeler quelques principes de base bien utiles. Tout d’abord, le thorax doit être légèrement plus foncé que l’abdomen, ensuite il est souvent intéressant d’appliquer ce principe en restant dans la même tonalité : par exemple jaune olive clair pour l’abdomen et jaune olive foncé pour le thorax. De même, évitez les couleurs primaires au profit de teintes particulières comme le jaune moutarde, l’ocre, le vert olive. Les teintes “rouille” sont également excellentes.


    6 – Le mariage des matériaux

    Comme pour les couleurs, les matériaux ne font pas tous bon ménage, ou en tous cas pas n’importe comment. Un corps en fibres de queue de faisan peut facilement être suivi par un thorax en dubbing de lièvre, alors que l’inverse est beaucoup plus difficile à faire. Inspirez-vous des modèles célèbres et très répandus. L’ordre de montage de ces modèles n’est pas dû au hasard, mais répondent à des règles bien établies en matière de montage de mouche. Il est souvent nécessaire de consacrer un peu temps à la recherche de certains matériaux spécifiques (fil de montage, soie flosse, plumes et dubing de qualité) car cette activité est semblable à la cuisine. À chacun son tour de main est ses astuces.


    7 – Comment placer une bille percée

    Les billes percées sont à la mode car elles cumulent plusieurs avantages : lestage, couleur, forme, etc. En revanche, elles sont difficiles à placer solidement et correctement en raison du perçage conique de la plupart des modèles. Avec le fil de montage, on peut réaliser un aller-retour sur la hampe pas trop serré, faire glisser le tout contre la bille et ajouter une goutte de cyanoacryate. par capillarité, la colle suivra le fil de montage jusque sous la bille. On peut aussi, avec les modèles très lestés faire la même opération avec du fil de plomb, mais la capillarité ne fonctionnant plus, il s’agit d’ajouter la colle sur tout le longueur de plomb puis de le pousser contre la bille.

    8 – Le bon cerclage

    Il est parfois des choses simples et évidentes qui ne viennent pas naturellement à l’esprit. Cerclé un corps de nymphe réalisée en fibre de queue de faisan avec un tinsel ou un fin fil de laiton peut sembler enfantin, mais ce n’est pas tout à fait le cas. En effet, enroulé dans le même sens que les fibres de faisan, le cerclage disparaît partiellement entre les fibres, obligeant le monteur à l’enrouler en spires plus larges, ce qui d’une part, n’est pas très beau et d’autre part pas offre un rendu bien différent de l’effet souhaité. La solution m’a été donnée par Michel Flénet. Le célèbre monteur m’a simplement indiqué qu’en enroulant le tinsel à l’envers, c’est-à-dire dans le sens inverse de l’enroulement des fibres, il n’y avait plus aucun problème !


    9 – Le bon lestage

    Le lestage des nymphes reste un problème pour de nombreux monteurs. Plus on leste par du fil de cuivre, de laiton ou de plomb, plus l’imitation peine à garder une silhouette fine. Dans le cas d’un fort lestage, par exemple, par une hampe et demie de fil de plomb, on aura intérêt à simplifier la formule de montage d’un modèle donné, afin d’obtenir une silhouette correcte. Le regretté Norbert Morillas, dont l’efficacité à la pêche à la nymphe était bien connue, avait finalement supprimé le thorax et le sac alaire de ses pheasant-tail, s’inspirant des modèles Étiage Devaux d’André Terrier. Il ne restait que les cerques, l’abdomen et la tête, et les résultats obtenus en terme de prises étaient identiques à ceux obtenus avec des modèles plus élaborés et imitatifs.

    10 – Observez les insectes naturels !

    C’est un euphémisme que d’écrire que rien ne remplacera l’observation de la nature, en l’occurrence en ce qui nous concerne ici, des larves et des nymphes naturelles, pour réaliser de belles imitations faites de plumes, de poils et de matériaux synthétiques. Certes, mais à voir certaines boîtes, ça n’a pas l’air si évident… Alors prenez le temps de bien regarder ces charmantes bestioles : formes, couleurs, contrastes, tailles, proportions, c’est dans tous les cas passionnant ! Les tentatives de copies conformes très poussées dans les détails n’ont en revanche rien apporté en terme d’efficacité. Souvent c’est même l’effet inverse… Il faut donc se limiter aux couleurs, proportions et formes.

  • Les sept familles de la pêche – Les Indiens

    Les sept familles de la pêche – Les Indiens

    Et si les millions de pêcheurs qui parcourent les océans et rivières du monde se répartissaient en quelques grandes familles de caractères ? Ces cousins de l’onde ne manquent pas de signes de ralliement. Il y a ainsi les « pressés », les « mythos », les « équipés », les « scientifiques », les « méfiants », les « viandards ». Vous les découvrirez bientôt en ligne sur ce site. En commençant aujourd’hui par les Indiens. Noble catégorie dont peut-être faîtes-vous partie…

    Par Vincent Lalu

    Savez-vous ce qui differencie un Indien d’un autre pêcheur ? Ce n’est pas la tenue (l’Indien ne porte pas de plume, ni sur la tête ni ailleurs, il n’a pas de tomawak accroché à la ceinture et ne fume que rarement de l’herbe de bison). Ce n’est pas non plus la façon de sauter sur un mustang – qu’il n’a pas – ni d’envoyer des ronds de fumée depuis son havane. Non, ce qui distingue l’Indien de l’autre pêcheur, c’est que l’Indien lance à peu près cent fois moins souvent, mais prend dix fois plus de poissons. Le “pressé”, par exemple, dont nous parlerons une autre fois, commence déjà à fouetter alors qu’il n’a pas encore claqué la portière de sa voiture. Les autres ne valent guère mieux. Ils pensent tous que pour prendre du poisson il suffit de balancer sa ligne comme un métronome en travers de la rivière, histoire d’attraper les truites au lasso ou de les assommer à coups de cuiller. Certains, dont quelques disciples de l’ami Eric Joly, s’entraînent plus qu’ils ne pêchent. Encouragés par quelques théories audacieuses, notamment élaborées par les saumoniers,selon lesquels un leurre qui est dans l’eau a plus de chance d’être pris qu’un leurre qui est dans l’air.
    L’Indien ne voit pas les choses de cette façon. Pour lui, avant de pêcher, il faut regarder, comprendre pour apprendre, trouver sa place, se faire oublier. L’acte lui-même ne viendra que plus tard, au bon moment, quand l’Indien jugera que le sifflement de sa soie ne risque pas d’envoyer tout le monde aux abris. Mémé Devaux, qui comme Henri Bresson appartient à la sous-catégorie des Indiens pressés (très vite en pêche, mais dans la discrétion), me donna un jour ce conseil de pêcheur au toc : “Quand tu arrives sur un poste, surtout si la rivière est étroite, ne commence pas à pêcher avant deux ou trois minutes.” Lui fumait une cigarette pour laisser l’écho de son pas sur la berge se diluer dans les tourbillons apaisants du courant, le temps que ce qui était la voûte de leur caverne cesse d’infliger aux truites le supplice de ses vibrations telluriques. Ainsi sont les Indiens. Toujours capables de se mettre à la place des poissons qu’ils traquent.
    Les Indiens n’arrivent jamais en terrain conquis, ils se font discrets, modestes, transparents, comme s’il leur fallait d’abord se faire accepter par l’écrin de leur passion, faire ami ami avec la végétation, la lumière, les roches et enfin la rivière, qui leur saura gré de d’abord s’intéresser à elle, à ses courants, ses gravières, ses cathédrales de tuf et au rythme de ses eaux. On trouve souvent des manouches dans les rangs des Indiens. On tombe dessus au dernier moment, au détour d’un saule, absorbés par le feuillage, attentifs au moindre détail, armés de cette infinie patience qui vaut mieux que la meilleure des mouches. Celui-là pêchait en nymphe derrière le tennis d’Is-sur-Tille, à deux pas d’un parking, un courant famélique, négligé par les autres pêcheurs. Il y posa trois fois sa ligne en “catgut”, au bout de laquelle se débattit bientôt une jolie fario de 35 cm, qui prit son galet et très vite la direction du panier.
    Les Indiens sont une confrérie à part. Ils n’ont pas grand-chose en commun avec les autres pêcheurs, si ce n’est qu’ils s’intéressent, eux aussi, aux poissons. Et encore, pas forcément aux mêmes poissons. L’Indien sera toujours plus tenté par la capture qui validera son statut de dénicheur unique que par celle qui remplira sa musette. En revanche, les Indiens se reconnaissent facilement entre eux, même lorsqu’ils n’ont pas conscience d’en être, et qu’ils laissent au regard des autres le soin de les nommer. Leur rencontre et la reconnaissance qui en découle se font forcément au bord de l’eau, avec ou sans canne. Deux Indiens peuvent trébucher l’un sur l’autre parce qu’ils ne se voyaient pas, trop occupés qu’ils étaient à se fondre dans le paysage, à se faire oublier du monde, et quelquefois des autres pêcheurs qui adorent leur casser le coup juste pour leur dire : “Tu l’as vue celle-là ?Oui je l’ai vue, juste avant que tu la fasses barrer.” J’ai deux amis. Appelons-les Philippe B. et Pierre A. Le premier a 12/10 aux deux yeux, le second est tellement miro que, s’il était peintre, il ferait dans l’abstrait. Vous me direz qu’il est normal que Philippe B. voie les poissons et Pierre A. ne les voie pas. Et vous auriez raison. Enfin, presque. Car est-ce l’oeil qui fait le faucon ou le faucon qui fait l’oeil ? Je ne suis pas loin d’opter pour la deuxième solution : on n’est pas miro – que par hasard – ou, autrement dit : même si cela est très injuste, c’est le plus mal équipé des deux qui renonce le premier à essayer de voir les poissons sur le fond de la rivière. Je conçois bien volontiers que ce genre de raisonnement n’est pas pour plaire aux vrais handicapés de la rétine. Mais, franchement, combien de titulaires d’une excellente vue ont cessé depuis belle lurette de tenter de voir les truites avant de songer à les pêcher ? Et marchent ainsi chaque jour sur le nez d’une bonne douzaine de poissons jusque-là bien disposés à leur égard ? Conclusion, c’est souvent plus le regard que la vue qui manque aux pêcheurs.
    Il n’y a pas d’âge pour être un Indien, mais il y a peut-être un âge pour en devenir un. Question d’éducation, d’initiation.
    Celui-là, assurément, était né comme ça. Le fils de son père, maçon de son état, qui l’emmenait à la pêche depuis son plus jeune âge et qui s’était vite aperçu que le petit était différent, qu’il voyait les poissons quand lui ne les voyait pas, qu’il avait une façon de se déplacer au bord de l’eau à la fois innée et unique, une économie de gestes et une précision stupéfiantes.
    Quand je les ai croisés tous les deux, le papoose avait dix ans et décrivait déjà le poisson qui allait succomber au maniement de son vairon.
    Tu vois le brochet sur la vase, là, devant l’herbier ?” Non, je ne voyais pas. “Mais si, regarde bien, il y a une herbe juste au-dessus des deux yeux… Oh ! il n’est pas gros. Peut-être 50. Tiens, le voilà.” Et la monture s’en alla planer du côté de l’herbier. Où était le brochet qui faisait bien 50 et atterrit sur l’herbe, devant mes pieds. L’enfant s’en saisit et, très vite, le rendit à son élément. “Tu sais que tu n’as pas le droit de faire ça. On est en première catégorie. Il est interdit de remettre un brochet à l’eau, quelle que soit sa taille.” Junior sourit. Manifestement, les brochets, il les préférait dans la rivière. Je n’ai revu ni le père ni le fils. Et je ne sais si en grandissant l’enfant est resté l’indien qu’il était dans son jeune âge. Ce que je sais, en revanche, c’est qu’une initiation intelligente peut faire d’un enfant passionné un indien tout à fait convenable. Un indien qui saura, par exemple, que pour que la rivière vous livre son poisson il faudra d’abord lui donner beaucoup de temps, de patience, d’attention humble. Etre un aspirant ému, éperdu de passion silencieuse, prêt pour l’aventure de la grande fusion. Que la rivière est une femme – eh oui, encore –, qu’il faut la conquérir, elle et tout ce qui l’entoure, et qu’une fois conquise, et une fois seulement, elle vous donnera son coeur où nagent les poissons que vous convoitez.

  • Pêche à la mouche : dix conseils pour éviter la bredouille

    Pêche à la mouche : dix conseils pour éviter la bredouille

    Parce que l’exemple vaut souvent mieux que la leçon, voici dix bonnes raisons de réussir à la pêche à la mouche et d’éviter l’échec. Car si toutes les cannes se valent et que globalement, nous n’avons jamais disposé d’un matériel aussi performant, les problèmes proviennent de petits détails techniques qui deviennent vite très désagréables, ainsi que d’une stratégie d’approche trop souvent simpliste…

    J’ai passé une partie de l’été (2006) à pêcher à Goumois, dont le parcours est l’un des mieux peuplé en truites et ombres sauvages d’Europe, mais qui est également l’un des plus difficiles à cette époque de l’année. Cet endroit que je fréquente depuis bientôt vingt ans a toujours été une référence en matière de difficulté, un must pour les pêcheurs à la mouche français, suisses, belges ou italiens, qui tous savent que la pêche sera d’une grande qualité, mais qu’elle ne sera pas facile. J’ai croisé des vieilles connaissances, habituées du Doubs qui ne se plaignaient pas et prenaient quelques poissons, observé des touristes en pleine galère, excédés par ces magnifiques poissons sauvages qui viennent chasser les vairons jusque dans leur bottes. L’un d’eux se lâcha : « heureusement que la chasse est fermée ! », un autre plus poétique : « il faut que je revoie mon jeu de séduction, car celui-ci ne marche plus… ».
    Tout en discutant, j’observais leur matériel. Rien à redire, c’est du haut de gamme, et du beau, rien que du beau, ce qui se fait de mieux à l’heure actuelle. Puis chacun est reparti pêcher, pas trop loin les uns des autres, car sur ce parcours, vous ne faites pas trois mètres sans tomber nez à nez avec plusieurs poissons qui font mine de ne pas vous avoir vu.
    En les regardant pêcher, j’ai compris, si besoin était, à quel point il ne suffit pas de posséder la meilleure soie, la plus belle canne, et deux valises de mouches pour réussir sur un parcours comme celui-là.
  • Moulin de la Chaise Dieu du Theil, un concours réussi !

    Moulin de la Chaise Dieu du Theil, un concours réussi !

    Le 8e concours “mouche imposé” s’est déroulé le samedi 10 septembre au célèbre parcours du Moulin de la Chaise Dieu du Theil. Cette rencontre amicale et unique en son genre implique la participation de quatre monteurs de mouches professionnels qui proposent chacun deux mouches avec lesquelles les concurrents doivent pêcher. Alain Barthélémy (AB Fly), Jacques Boyko (Mouches Devaux), Andrew Ayer et Emmanuel Vialle (Mouches de Charette), Florian Stéphan (artisan).Ce sont les modèles de mouches de la maison Devaux qui ont séduit le plus grand nombre de truites lors du concours. Ce concours original et unique qui comptait cette année 26 équipes de deux pêcheurs se déroule avec les mouches choisies et donc imposée par quatre monteurs professionnels (Mouches Devaux, AB Fly, Florian Stéfan, Mouches de Charette). La saison continue au Moulin de la Chaise Dieu du Theil, après la période estivale, toujours difficile car l’activité des truites est réduite, l’automne étant la meilleure saison pour ce parcours.

    Renseignements :
    www.moulin-de-chaise-dieu.fr