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Étiquette : Dessoubre

Le 29 avril, SOS Loue & Rivières Comtoises fera barrage !
Las de l’inactivité des politiques, des promesses non tenues, des études sans lendemain, et devant de nouveaux épisodes de mortalités de poissons qui touchent actuellement quasiment toutes les rivières du Doubs et du Jura (Doubs, Loue, Bienne, Dessoubre, Cusancin), le Collectif SOS Loue & Rivières Comtoises a décidé de créer des barrages filtrants dans plusieurs villes de la région. Le but de cette journée du 29 avril ne sera pas de couper totalement la circulation routière mais de créer des ralentissements et d’informer le grand public à propos de la qualité de l’eau dans cette région verte mais très polluée.
Les villes concernées sont :
Saint-Hippolyte (Doubs, Dessoubre).
Morteau (Doubs).
Saint-Claude (Bienne).
Ornans (Loue. A confirmer).
Les lieux précis où auront lieu ces ralentissements seront communiqués le 28. A consulter sur :
Sos-Loue Rivières Comtoises – Accueil | Facebook
Dans toutes les villes, les départs auront lieu à 10h00.
Que cette journée soit le rendez-vous de tous les amoureux des rivières de Franche-Comté !
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Faites un don pour les rivières comtoises !
Il ne reste plus que deux jours pour que les déductions d’impôts concernent l’année 2016 ! 66 % d’un don au profit du collectif SOS Loue & Rivières Comtoises peut être déduit de votre impôt dans la limite de 20% de votre revenu imposable.
Ce collectif qui lutte contre les pollutions qui touchent les rivières de Franche Comté (Loue, Dessoubre, Doubs, Cusançin, Bienne, etc) a besoin de l’aide des pêcheurs.
Renseignements et démarches pour faire un don en ligne :

Doubs, les fonds des rivières plus noirs que jamais…
Certains pêcheurs font circuler des informations qui peuvent prêter à confusion en disant que la Loue va mieux. Il est vrai que sur le haut cours de la rivière, le très haut cours même, puisque cela concerne uniquement les premiers kilomètres jusqu’à Ornans, les populations de truites et d’ombres se portent plutôt bien. Mais la Loue fait 120 km et en aval d’Ornans, on trouvait avant le clash de 2009 les meilleurs parcours de la célèbre rivière. Ce printemps, l’état des fonds est plus noir que jamais, même dans les zones de courant et malgré les multiples crues de l’hiver. Vu que rien ou presque n’a évolué dans ce département (épandages hivernaux hors période végétative, assainissement des eaux usées), il n’est pas étonnant de constater un tel spectacle de désolation.
Le Collectif SOS Loue & Rivières Comtoises continue de mettre la pression sur l’administration et tente de trouver des solutions avec le monde agricole dans un intérêt commun. Ce Collectif qui est animé par des bénévoles lance un appel de fonds qui permettra de réaliser des analyses par des cabinets d’études indépendants et dont les résultats pourront légalement être opposés aux chiffres officiels. Ces dons donnent droit à une déduction fiscale de 66 %. Imprimé fiscal et donation en ligne :
Photo “pollution” prise sur le Dessoubre à Gigot le 30 mars. La prolifération d’algues brunes (qui se développe en eaux froides), est due à un excès de matière organique que la rivière ne peut assimiler (eutrophisation). Le fond est alors colmaté, perturbant fortement la vie des macro invertébrés et des poissons. La fraie de l’ombre commence tout juste… dans les pires conditions !
Seconde photo prise à Ornans le 2 avril.

Canicule et biodiversité
Peut-être plus encore que le manque d’eau, qui se fait sentir dans bien des régions, les fortes chaleurs accumulées depuis près d’un mois font de gros dégâts dans les cours d’eau de première catégorie. Les restrictions d’eau sont rarement respectées malgré des arrêtés préfectoraux qui ne sont rien d’autre que de simples recommandations. A l’heure où l’Etat réfléchit à la création d’une Agence française de la biodiversité, celle-ci se trouve complètement bouleversée et anéantie partout où les algues filamenteuses s’installent en masse. Le “zéro biodiversité” est atteint sur la plupart des petits cours d’eau calcaire cet été.
En photo (prise le 22 juillet) le Dessoubre au niveau de Varin. Au même titre que la Loue, cette rivière est devenue emblématique du non courage politique, en dépit d’effets d’annonces comme autant de promesses non tenues de la part des différents présidents du Conseil Général du Doubs depuis une trentaine d’années. Des solutions existent, le Collectif SOS Loue & Rivières Comtoises en a présenté 74 à la ministre de l’écologie et aux élus locaux. Au rythme où les rivières se dégradent, elles ne tiendront plus très longtemps. Nous appelons tous les pêcheurs à envoyer au Conseil général et aux services de la préfecture (Direction départementale des territoires notamment) du département concerné des photos de ce désastre pour manifester votre mécontentement.

Création d’un collectif Doubs Dessoubre
Suite aux problèmes de mortalités sur le Dessoubre survenus
depuis le début de l’année, le collectif SOS Doubs – Dessoubre vient d’être
créé le 22 février. On peut être surpris de la création d’un second collectif,
puisque depuis trois ans, le collectif SOS Loue & rivières comtoises, très
actif, manque de monde pour mener à bien tous ses combats. Les deux entités
devront travailler ensemble pour une seule et même cause, puisque, même s’il
existe des particularités sur chaque bassin versant, les problèmes rencontrés
sont globalement communs à la Loue, au Dessoubre, au Doubs franco-suisse et au
Cusançin (une rivière qui n’intéresse personne et qui est également touchée par
des mortalités cet hiver). En cause, les 450 000 m3 de lisier (essentiellement
de vache) épandus chaque année dans le département du Doubs, auxquels il faut
ajouter les épandages de fumier (une solution moins pire que le lisier), les
écoulements divers et l’assainissement souvent inefficace. L’administration se
dit préoccupée et pour faire bonne figure, a trouvé deux boucs émissaires pris
en flagrant délit d’épandage. Le Conseil Général a même porté plainte contre un
agriculteur ! Une première, mais un geste pour calmer un peu le jeu. Car l’épandage
de lisier en hiver, hors période végétative est certes réglementé mais
autorisé. 450 000 m3, c’est le contenu de 40 piscines olympiques qui descendent
chaque année directement dans les rivières via le karst.Le collectif SOS Loue & rivières comtoises devait
organiser un grand congrès à Besançon le 12 avril. Il ne se fera pas. Les
services de l’Etat lui ont coupé l’herbe sous le pied en annonçant les Assises
de la Loue (deuxième version) le… 11 avril.En
Franche-Comté, la guerre du lisier est déclarée !
Après le Dessoubre, le Cusançin !
En ce début d’année, les bonnes nouvelles sont rares dans
le département du Doubs. Après le Dessoubre, c’est au tour du Cusançin d’être
touché par des mortalités pisciaires importantes. Cette rivière, qui a perdu
son potentiel il y a bien longtemps, comportait encore une faible population de
truites sauvages et d’ombres. Le fait de trouver une truite morte ou malade
tous les 50 à 100 m de rive alors que les conditions de visibilité sont
particulièrement mauvaises (temps et turbidité de l’eau) en dit long. Certains
diront qu’il s’agit d’une mortalité normale suite à la fraye. Malheureusement,
ce spectacle devient de plus en plus fréquent, et en ce qui concerne la Loue,
on entendait la même remarque, avant que les pêches d’inventaires ne fassent
éclater le scandale.Mes observations datent d’hier
(30 janvier). Comme en ce qui concerne le Dessoubre, un niveau constamment
élevé depuis plusieurs semaines empêchait de voir le désastre. Certains
poissons sont en état très avancé de décomposition, ce qui prouve bien que le
début de l’épizootie date de plusieurs jours voire de plusieurs semaines.Les élevages de truites de la haute vallée, dont les rejets sont très proches de la rivière, sont également touchés, ce qui fait encourir un risque supplémentaire aux poissons sauvages.
Le Cusançin était la dernière
rivière à être épargnée par ce type de problème. Le Collectif SOS Loue &
Rivières Comtoises est plus que jamais mobilisé.Ph.
Boisson.
Mortalité des truites dans le Dessoubre :
Suite aux récentes mortalités pisciaires apparues il y a quelques jours sur le Dessoubre, le Collectif SOS Loue & Rivières Comtoises publie un communiqué, qui dresse un bilan éloquent de la situation dans laquelle on se trouve près de quatre années après les événements survenus sur la Loue.“Sans surprise les années se suivent et se ressemblent.
Le nombre des rivières comtoises où meurent les truites et les ombres ne cesse
de s’allonger. Après La Loue, le Doubs, la Bienne, l’Ain (pour ne
parler que des plus connues) c’est désormais au tour du Dessoubre d’être touché
depuis quelques jours. Comment pourrait-il en être autrement,
puisque depuis l’hiver 2009 -2010 où les premières mortalités massives de
poissons de plusieurs espèces sont apparues sur la Loue, rien ou presque n’a
été fait. Bien sûr on a nommé une commission scientifique qui a confirmé ce que
tous ceux qui sont au chevet de nos rivières clament dans le désert depuis
vingt ans. On a fait des réunions, nombreuses, nommé des comités théodules qui
ont accouché de souris. On a dépensé plus d’argent en papier et en rapports
divers qu’en actions concrètes contre la pollution. Pendant
ce temps-là, l’image de la Franche-Comté se ternit à longueur de forum
sur Internet, et beaucoup ne retiennent « d’originale » que l’ampleur
de la dégradation de ses rivières emblématiques. Il
semblerait que les représentants de l’état et les élus aient choisit de gagner
du temps, en espérant que la Nature réparerait seule les agressions humaines. Quatre
ans après la Loue, ce nouvel épisode concernant le Dessoubre montre que nos
plus belles rivières meurent les unes après les autres et que « nous
continuons à regarder ailleurs »…Sans une amélioration considérable de
l’assainissement des eaux usées, un encadrement de l‘industrie du bois de la
coupe à la scierie, l’interdiction de certaines pratiques dans les communes,
une remise en cause complète des pratiques agricoles pour les rendre
compatibles avec notre sous-sol karstique (et l’AOP Comté…), une vraie
protection des zones humides, une correction rapide des aménagements
aberrants de nos rivières, elles sont condamnées à court terme. L’abstention
et la fuite en avant peuvent être un choix politique, il faut alors
l’assumer, et accepter d’en être comptable devant les générations futures. Sinon, un
an après les Assises de la Loue et les Rivières Comtoises, il y a
urgence, c’est désormais incontestable, à se mettre vraiment debout si l’on
veut sauver nos rivières ! »Le Collectif SOS Loue & Rivières Comtoises (Photo © Philippe Boisson)
Le Dessoubre touché à son tour par des mortalités
A l’heure du web, les nouvelles vont vites. Parfois même
un peu trop. Le fond du Dessoubre, affluent du Doubs bien connu des pêcheurs à
la mouche, est redevenu partiellement visible depuis seulement trois ou quatre
jours, ce qui n’était pas le cas depuis plusieurs semaines. L’éclaircissement
de l’eau a laissé apparaître un bien triste spectacle, qui rappelle
immanquablement celui que l’on a connu sur la Loue, le Doubs, la basse Bienne
et un secteur de la haute rivière d’Ain ces dernières années. Des mortalités
pisciaires touchent en ce moment le Dessoubre sur tout son cours.Hier, accompagné d’un ami, nous
nous sommes rendu sur place pour constater l’ampleur des dégâts. Déjà, sur les
blogs on parlait la veille de “ plusieurs centaines de poissons morts ”, de “
70 % des populations touchées ”, etc. Hier, nous avons pu constater la
vingtaine de truites mortes sorties de l’eau au Moulin Girardot. Nous avons vu
une quinzaine de truites et quelques ombres sains, ainsi de six truites mortes
ou condamnées entre Consolation et Saint-Hippolyte. La saison, le temps gris
ainsi que le niveau encore relativement haut de la rivière ne favorisait, ni
une bonne vision, ni des conditions optimales pour trouver une truite devant
chaque cailloux.Il est donc actuellement
impossible d’estimer l’ampleur des mortalités, car elles apparaissent en fin
d’une longue crue et depuis très peu de temps. A partir de ce constat, de
nombreuses questions se soulèvent : s’agit-il simplement d’une mortalité
due à la fraie ? Combien de truites (et d’ombres) mortes ont été évacués
durant la crue ? Est-ce le début d’un long cauchemar qui ressemble à s’y
méprendre à celui connu sur les autres rivières citées plus haut ? Les
poissons touchés portent tous des mycoses (apparemment du genre saprolegnia) qui comme dans les autres cas similaires, se
développent de façon opportuniste lorsque les poissons sont affaiblis par
d’autres facteurs.Il est toutefois utopiste de
croire que le Dessoubre n’a aucune raison de connaître le même sort que les autres
rivières du département du Doubs. Depuis des décennies, son état
d’eutrophisation en été et son grand bassin versant qui collecte les épandages
de toutes sortes en hiver, laisse présager le pire. Difficile de ne pas penser
au gaspillage d’argent public dans de pseudos plans d’amélioration de la
qualité de l’eau et aux beaux discours en périodes électorales. L’observation
de la rivière continue et la colère monte, car quelque soit le scénario à
venir, le Dessoubre ne peut continuer à servir de poubelle. Différentes
plaintes vont être déposées et le Collectif SOS Loue & Rivières Comtoises demandera
prochainement des comptes aux services de l’Etat. Comme par exemple : où
en est la réglementation spécifique aux zones karstiques, ou l’interdiction des
produits de lave vaisselle contenant des phosphates, deux promesses du préfet
Decharrière lors des Assises de la Loue. Une Loue dont la situation est des plus préoccupante, car les
souches sauvages de truites et d’ombres sur cette rivière de légende sont
aujourd’hui au bord de l’extinction.Philippe Boisson
(Photos
© Philippe Boisson)
Les sept familles de la pêche – Les pressés
Notre série de portraits des caractères de pêcheurs continue. Après les “indiens”, voici le portrait du pêcheur “pressé”. En attendant les “mythos”, les “équipés”, les “scientifiques”, les “méfiants” et les “viandards, que vous découvrirez bientôt dans ces colonnes, prenez le temps de vous pencher sur la psychologie de “l’homme pressé”. Dépêchez-vous avant qu’il ne parte troubler d’autres cours d’eau.
par Vincent Lalu
C’est l’histoire d’un petit homme plutôt calme et posé qui prenait son temps dans la vie mais se mettait à courir dès qu’il arrivait à la pêche. Il était parisien mais avait ses habitudes sur les rivières de Franche-Comté où l’on pouvait le voir se hâter de mars à janvier. Le petit homme était un pêcheur pressé qui prétendait appliquer son empressement à toutes sortes de poissons, des plus petits au plus gros. Pour lui, tous, qu’ils soient truites, ombres, sandres, perches ou brochets, se devaient d’être capturés de la même façon, à la hussarde, sans trop réfléchir ni tergiverser. Sitôt vu, sitôt pris était la devise qu’il croyait pouvoir faire sienne. Sans admettre que sa méthode était à la fois expéditive et tout à fait infructueuse. Au point que la plupart des pensionnaires de la Loue, du Doubs, du Cusancin ou du Dessoubre, les plus gros comme les plus petits, n’appréciaient que rarement de découvrir le plancher des vaches en sa compagnie. Le petit homme avait des circonstances atténuantes. Toujours les mêmes : il avait trop rêvé ces retrouvailles avec la rivière, au bureau dans des réunions sans intérêt, à la maison en descendant les poubelles, ou en s’endormant devant la télé, qu’il était comme ces amants impatients qui trébuchent dans l’escalier : la précipitation l’empêchait d’être au rendez-vous de sa passion. Du coup, le petit film qu’il s’était repassé cent fois dans la tête, celui de la truite impossible, avec son minuscule gobage sous la branche, son lancer en roulé parfait et la French noire qui passe au millimètre et disparaît dans la gueule du monstre, toujours le même monstre, virait au cauchemar dès qu’il s’agissait de le tourner pour de vrai.
Presque toutes les versions relevaient sans contestation possible du registre comique, mais on riait toujours à ses dépens et il aurait même pu arriver quelquefois que cela se termine mal. Version 1 : pour ne pas perdre de temps, il a monté sa canne et sa ligne pendant qu’il courait vers la rivière. Et maintenant la soie refuse de fuser parce qu’il a oublié de passer dans deux ou trois anneaux. Version 2 : il a fait si vite que le scion était encore dans la porte de la voiture quand il a claqué la portière.
Version 3 : il était fin prêt mais a juste oublié de serrer le frein à main de la voiture, qui du coup tient absolument à l’accompagner au bord de l’eau et peut-être même plus loin. Des versions comme ces trois-là, il y en avait beaucoup d’autres. Il lui arrivait même de se les passer en boucle quand le découragement le gagnait. Et il étendait l’inventaire de sa déprime à la généralité de tout ce qu’il étaitcapable de rater : une sauce, une requête, une idylle, un créneau. Et le petit homme faisait ce constat amer qu’à défaut de vivre il gâchait. Passant à côté du meilleur par gloutonnerie de la vie. Tout ce qu’il entreprenait, la pêche comme le reste, il l’exécutait avec la sensualité d’une tondeuse à gazon, l’impatience du chronomètre, se rendant compte après coup et donc trop tard que se ruer vers la truitelle qui gobe à l’autre bout du radier vous condamne à marcher sur la mémère qui nymphe à vos pieds.
Il avait pourtant connu des pêcheurs à la fois pressés et efficaces. Deux plus particulièrement qui étaient de la génération des pêcheurs professionnels condamnés à pêcher le plus vite possible pour les besoins du commerce. Mémé Devaux était en train d’effectuer son premier faux lancer quand vous en étiez encore à vous demander quelle jambe du wader vous alliez enfiler en premier. Il l’avait ainsi vu prendre dix truites en dix minutes, histoire de leur montrer, à lui et à un journaliste de passage, à quel genre d’artiste ils avaient affaire. Puis considérant que cette dizaine suffisait à la démonstration, le magicien de Champagnole avait replié sa gaule jusqu’à l’heure de l’apéro. Dans le genre “je dégaine plus vite que mon ombre”, Henri Bresson et ses cuissardes de meneuse de revue n’était pas mal non plus. Il impressionnait son monde par cette aptitude à aller plus vite que son ombre sans mettre le poisson en fuite. Il se souvenait ainsi d’une partie de pêche sur le haut Ognon, une fin de mois d’août, où les dorsales des truites traçaient leurs sillages de stress à la surface d’une couche d’eau ridicule.
Bresson lui avait prouvé ce jour-là qu’il était même capable d’approcher du poisson dans une flaque. Mais ces deux-là étaient vraiment l’exception. Tous les autres grands pêcheurs qu’ils fréquentait étaient plutôt du genre à attendre les grosses pièces autant de temps qu’en requérait leur capture. Ils les entendaient se gausser de ces collectionneurs de truitelles qui comptaient les poissons comme on enfile les perles. Eux ne vivaient que pour la pièce unique, celle que l’on attend des mois et que l’on regrette des années. Et les surnoms qu’ils avaient gagnés à cette école de patience (“le tronc”, “le tuf ”, “le bâton”) témoignaient de leur capacité à se fondre dans le décor de la traque.
Hélas, leur pêche n’était pas pour lui. Vous imaginez faire six heures de route pour se transformer en lichen. Lui était pressé par nature et par obligation. Il ne pouvait perdre de temps à attendre un improbable poisson trophée qu’il se pressentait incapable de maîtriser. Et puis vint le miracle. Il arpentait sans conviction la rive suisse de Goumois à la recherche d’un gobage, quand, au lieu dit “la place à charbon”, il lui sembla voir un remous en bordure de retourne. Il était à la fin de sa semaine de pêche et les échecs successifs faisaient qu’il courait un peu moins et avait pu de ce fait apercevoir le mouvement de ce qui s’avéra être une très grosse truite. Il ne se souvenait pas d’avoir vu un poisson aussi gros, sauf peut-être dans la réserve du gave à Lourdes. Elle était à la fois très longue et très large, avec une tête bien proportionnée et une gueule dans laquelle aurait pu entrer une bouteille de Romanée. Une manière de petit miracle fit qu’il parvint à prendre place sur un rocher à peu près stable sans éveiller l’attention du poisson.
Que faire maintenant ? Il essaya de repenser aux conseils généreusement distribués lors des longues soirées d’après coup du soir, des conseils qu’il avait entendus mille fois mais dont il était incapable de se souvenir tant il ne pensait pas avoir à s’en servir. Dans un demi brouillard lui revint pourtant cette recommandation de Jérémie Dujonc alias “le tronc” : “Si tu bouges une oreille, la truite se barre et tu la revois dans douze mois. Ne respire pas, ne te mouche pas, pense que tu es la Victoire de Samothrace. Et, surtout, attends bien qu’elle ait le dos tourné pour poser ta mouche.” Les paroles du “tronc” tournaient dans sa tête beaucoup plus vite que la truite qui, elle, prenait son temps, ouvrant parfois la gueule pour y engloutir une nymphe, ou baillant seulement aux corneilles pour se remettre d’une sieste dont sa robe portait encore la trace. La truite ne paraissait pas dérangée. Et lui qui avait calé des centaines de truites en trente ans n’en revenait pas d’être là, prêt à affronter ce poisson de légende qui ne s’offusquait pas de le découvrir, jouant les statues un soir de tremblement de terre. Il lui sembla qu’une tête orange était vraiment too much pour une dame de cette extraction. Mais comme il voyait assez mal sous la surface de l’eau (à la différence du “tronc” et du “tuf” qui, paraît-il, voyaient les truites sous les pierres), il finit par se résoudre à monter sur une pointe en 16/100 une grosse pheasant tail affublée en tête d’un fort joli toupet du plus bel oranger. La truite prenait son temps. Elle faisait gentiment le tour de sa retourne, profitant comme un prisonnier que l’on vient d’extraire de son cachot des quelques rayons de soleil de cet après-midi finissant. Lui faisait de son mieux pour se hâter lentement. Tout à l’émotion de ce premier succès (avoir réussi à se placer devant un tel poisson sans le faire fuir), il mit le peu d’énergie qui lui restait à mettre ses idées et son matériel en ordre. A intervalles réguliers, une petite voix lui disait : « Pas pressé, pas pressé. » Et lui répétait docilement : « Pas pressé, pas pressé. » Une première fois il balança sa grande nymphe comme il put, en bricolant deux ou trois faux lancers qui produisirent un plouf assez lamentable. De quoi faire fuir le plus curieux des goujons.
Mais la truite, qui était décidément de bonne composition, fit comme si de rien n’était. Il récupéra sa mouche pendant qu’elle tournait la tête. Et se souvint que le lancer “arbalète” pouvait, dans sa situation, être un recours efficace. Sa première tentative fut catastrophique. La grosse mouche, saisie à l’envers, s’enfonça profondément dans son pouce. “Pas pressé, pas pressé”, répéta la petite voix pendant qu’il s’arrachait la moitié du doigt.
La troisième tentative fut la bonne. La grosse nymphe s’éleva gracieusement dans le ciel et se posa avec discrétion à deux mètres du poisson, qui amorçait justement son virage. Il vit distinctement l’énorme gueule s’ouvrir alors qu’elle venait vers lui et ferra juste à temps pour que la pheasant tail échappe aux puissantes mâchoires de la fario. Il venait de rater la truite de sa vie par excès de précipitation. “Trop pressé, trop pressé”, dit encore la petite voix. “Ta gueule”, répondit le petit homme en faisant mine de jeter canne et épuisette dans le Doubs. Mais il se ravisa en se disant qu’il n’avait pas vu le poisson s’enfuir.
La truite, qui lui voulait du bien, était maintenant attablée sur des spents de mouches de mai. Il se rua sur l’une de ses boîtes à mouches dont il déversa, par mégarde, l’essentiel du contenu dans le courant voisin, ne sauvant qu’une grande Danica qu’il se mit en devoir d’attacher en lieu et place de la pheasant tail. Il tremblait maintenant comme un saule et la petite voix ne le lâchait plus. Un faux lancer, deux faux lancers, la mouche de mai amerrit sous le nez de la grande zébrée, qui s’en saisit brutalement. La suite se raconte au ralenti. Le pêcheur ferre, la mouche se plante dans la lèvre supérieure du poisson, qui se retourne dans une gerbe d’écume et prend cette fois le large avec cette décoration que lui envieraient bien des amateurs de piercing. Quant au petit homme, il contemple hébété la torsade de nylon, vestige d’un noeud monté à l’envers. “Trop pressé, trop pressé…”


