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Étiquette : crues

Le sombre avenir du gave de Pau
Plus d’un an après les deux crues dévastatrices qu’a subi le gave de Pau, l’heure est aux pansements. Sur un modèle qui a fait deux morts, qui a coûté une fortune aux contribuables et jeté des centaines de riverains dans le désarroi.
En octobre 2012 et en juin 2013, le gave de Pau dépassait les quatre mètres à Lourdes, inondant les rues, les maisons, emportant les voitures et faisait deux morts. L’entrée de la Grotte de Massabielle, où la Vierge serait apparue à Bernadette Soubirous, baigne dans 1,5m d’eau noire (soit environ 760 m3/s) et le mobilier de la basilique souterraine Saint- Pie-X (construite en 1958) flotte comme des coquilles de noix au milieu de l’océan. En aval, les eaux gonflent encore, des routes sont emportées, des ponts, c’est le chaos. Depuis 1937, le torrent (gave en béarnais) n’avait jamais plus connu un désastre semblable. Les fortes pluies tombées sur un enneigement également hors du commun en montagne sont à l’origine de cette crue que l’on annonce comme étant historique. Au passage, plusieurs piscicultures ont implosé
sous l’effet du maëlstrom rendant au fleuve plusieurs centaines de milliers de truites d’élevage. De quoi vendre des permis dans le 65… Pour les mêmes raisons et à la même date, la Garonne a subi elle aussi une crue d’une grande violence, ainsi que ses principaux affluents. Plus d’un an après ce drame, les dégâts sont considérables pour la rivière elle même qui, en plaine, essaie de se frayer un nouveau lit.La Direction départementale des territoires (DDT) se charge de refaire les routes, de recréer des berges (en béton) pour tenter à nouveau de dompter la rivière. Car quoi qu’on en dise, le problème est là. Au cours de sa très longue vie, le gave, comme toutes les rivières de montagne a connu d’autres crues importantes, mais entre temps l’Homme a toujours tenté de domestiquer la vallée, de corseter le fleuve “en mode chasse d’eau”, pour qu’il reste sagement à sa place (dès l’aval de Gavarnie !). C’est le cas dans les villes, le long des routes, dans les gorges et bien évidemment, quand l’eau ne peut plus partir sur les côtés, elle monte. C’est imparable. L’atteinte physique Moins une rivière a la possibilité de s’étendre (dans ce
qu’on appelle son lit majeur), plus l’énergie est forte sur le fond (le lit mineur). Dans le cas de crues comme celle du gave, le substrat (sable, granulats divers, galets, rochers) qui abrite les insectes, les oeufs des poissons et qui sert d’habitat à une multitude d’espèces, se trouve chamboulé à grande échelle. Certaines zones laissent apparaître la roche mère alors que d’autres voient les sédiments s’accumuler,
y compris ceux qui avant la crue, n’étaient pas dans le cours d’eau.Les atteintes physiques sont extrêmement graves car elles ne permettent plus aux organismes vivants de continuer à vivre faute d’habitat, de lieu de reproduction, voire de nourriture. Pourtant, une rivière de montagne comme le gave a été façonné au fil du temps par d’énormes volumes d’eau rapides et puissants (ce n’est pas une paisible rivière normande). Les crues récentes ont sans doute été diagnostiquées trop rapidement comme étant centennales. Deux en moins d’un an, c’est tout de même pas de chance ! Et cela arrange bien tout le monde pour obtenir des aides de l’Etat et classer l’affaire en catastrophe naturelle. A bien y regarder, cette crue se situerait en réalité entre la trentennale et la cinquantennale. Pour rappel, la définition d’une crue centennale n’est pas le risque qu’elle se produise tous les 100 ans, mais une crue qui a une chance sur cent de se produire tous les ans. Ce n’est pas tout à fait la même chose. Comme partout, il existe dans la vallée de ce gave des maisons construites à quelques mètres du lit (mineur) et comme partout, un jour, l’eau menace de les emporter et parfois elle le fait. Reconstruite ? Selon quel modèle ? Cette crue, qui aurait très bien pu faire beaucoup plus de victimes, a-t-elle servi de leçon aux élus et aux services de la DDT ? Pas sûr, car les dégâts sont souvent réparés “à l’identique”, faute de moyens financiers. Il n’est en effet pas facile de construire en quelques années ce que l’homme à mis plusieurs millénaires à façonner. Le gave lui, passe là où il peut au milieu de tout ça.
L’avenir de la pêche
De toute évidence, le gave de Pau mettra des décennies à retrouver un semblant de fonctionnement normal, et d’ici, là, d’autres crues viendront sans doute créer de nouveaux tourments. Mettre la rivière en no-kill est une évidence pour protéger le peu qui aurait pu subsister au désastre. Mais ce n’est pas cela qui redonnera vie au lit du fleuve. Et de plus, cette fausse fatalité arrange bien les amateurs de truites de bassines qui s’empressent de dire “de toute façon, y a plus rien !”. Cet épisode tragique montre à quel point l’urbanisation en zone de montagne ne tient toujours pas compte de l’environnement. Et nos élus ne comprennent toujours pas que la protection de l’environnement n’est pas du gaspillage d’argent public. Dans le cas du gave, cela aurait permis d’économiser des centaines de millions d’euros. Souvenez-vous de Vaison-la- Romaine… C’était le 22 septembre 1992.