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  • « Une plage » par Charles Pigeard

    « Une plage » par Charles Pigeard

    Oubliés les tracas quotidiens, vous êtes seul au monde à demi immergé sur cette plage du sud-est où la mer se forme et où le mistral tour à tour ami ou ennemi, sert ou consume l’efficacité de vos lancers. Les loups sont là derrière les vagues, vous le savez, vous les sentez… Ambiance !

    Vous arrivez sur le site choisi. Vous savez que les poissons sont là. Aucune excuse. Malgré les quarante minutes de marche vous n’êtes pas fatigué. – Un peu excité, voilà tout. Vos gestes sont rapides, vous avez hâte. Le coin est prometteur, les conditions excellentes. Le pic pour la canne. Le sac, avec plus de leurres qu’il n’en faut, un peu d’eau, les bobines de rechanges. Au fur et à mesure que vous enfoncez le pic, le bruit de la mer se fait plus présent. Le chuintement du sable sur le sol. Les vagues comme des masses solides que le mistral affronte. Certaines reculent sous la pression. D’autres enflent et éclatent en un crépitement de gouttelettes que le vent renvoie vers le large. Le mistral est partout. Vos oreilles bourdonnent. Vous avancez dans l’eau. A chacun de vos pas, vous sentez le flux et le reflux contre vos jambes. Les vagues qui éclatent dans votre dos vous renvoient un mur d’écume emporté par les rafales. Le choc de celles qui arrivent de face ; le mur d’eau que le mistral rabat derrière. Vous êtes à trente mètres. La houle atteint par moment votre poitrine. Parfois quelques centimètres à peine pour que l’eau pénètre dans les waders. Vos tirs sont tout d’abord mesurés. Comme un échauffement.

    Retrouver la sensation, cette pression sur l’index, si fugace.

    Vous savez que votre excitation peut vous faire parfois oublier de vérifier que le bas de ligne ne se soit entouré autour de l’anneau de tête. Dans le chaos ambiant, il faut vérifier que la tresse ne se plaque contre le blank ou qu’un des triples ne se prenne dans le fil. Vous ne pêcherez bien qu’après vous être calmé, vous le savez. Vous lancez, toujours plus loin, jusqu’à la troisième vague, là où les bars chassent.