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Étiquette : Carolina

La pêche au leurre : une question d’angle
La première difficulté pour un moucheur novice réside dans l’apprentissage du geste de lancer basé sur le fameux principe des aiguilles d’une horloge. A l’inverse, pour un pêcheur aux leurres débutant, la difficulté majeure ne concerne pas la technique de lancer, mais plutôt les subtilités de l’animation des leurres. Il existe aussi pour cela un autre principe de base : celui de l’angle droit.
Par Alban Choinier
La règle de l’angle droit
Quel que soit le type de leurre utilisé, la tenue de la canne revêt une très grande importance. Le pêcheur doit pouvoir transmettre les impulsions de son bras vers son leurre de la façon la plus efficace possible, ressentir à travers la canne les mouvements du leurre, détecter la moindre touche et ferrer puissamment et promptement. Tout ceci n’est possible que si un angle à 90 ° entre le fil (ou la tresse) et la canne est respecté.
L’instinct n’est pas toujours le bon
D’instinct, le moucheur débutant va casser le poignet en lançant avec pour conséquence de claquer sa soie comme un dompteur de fauve. Bloquer son poignet est un mouvement qui n’est pas naturel, mais il est indispensable pour lancer correctement. D’instinct, le nouveau pêcheur aux leurres va lancer face à lui et animer dans la même position. S’il pêche aux leurres souples plombés, cette position sera la bonne, mais s’il pêche aux poissons nageurs ou aux leurres souples non plombés, elle sera mauvaise et engendrera un comportement perfectible du leurre. Il est alors nécessaire de prendre une position moins naturelle mais halieutiquement beaucoup plus efficace.
Le cas des poissons nageursLe pêcheur face à l’eau, la tresse sort de la canne en formant un angle presque plat. Au cours de l’animation, cet angle change peu. Cette position va avoir plusieurs conséquences sur le comportement du leurre. D’une part, la canne est mécaniquement peu sollicitée et transmettra très mal les animations du pêcheur, d’autre part les vibrations passeront peu à travers le blank de la canne au détriment des sensations de touche. De plus, lors d’une attaque brutale, la canne étant droite, elle n’absorbera pas le choc, le moulinet sera directement en prise au risque de casser la ligne. Le pêcheur sera aussi dans l’impossibilité de « rendre la main » autrement qu’en tendant le bras, ce qui n’est pas une position particulièrement pratique ! En appliquant la règle de l’angle droit, la ligne et la canne se trouvent dans une disposition qui, en augmentant les frottements et enmaintenant une tension sur le carbone, va avoir pour effet d’augmenter la sensibilité du pêcheur par rapport à la touche et aux mouvements de son leurre sous l’eau. Cet angle a aussi pour effet d’améliorer la nage du leurre car les impulsions données à la canne par le pêcheur passent directement dans la ligne sans être atténuées tout en profitant aussi du « rebond », de l’effet « ressort », du scion.
Dans le cas d’un pêcheur ayant lancé face à lui, pour pouvoir obtenir un angle correct entre sa canne et sa ligne, il devra placer ses épaules quasiment perpendiculaires à la berge et sa canne parallèle à la même berge. Ce positionnement n’est pas vraiment naturel mais augmente grandement l’efficacité et le confort en pêche. Au moment de la touche, la ligne étant perpendiculaire au scion, c’est la canne qui encaisse directement le choc.
Si vous désirez rendre la main, pour laisser par exemple couler un leurre devant un obstacle, il vous suffit simplement de tourner le bras qui tient la canne vers l’eau, ce qui est beaucoup plus pratique que de tendre le bras face à l’eau. L’autre avantage de cette position est de dégager de l’espace pour le ferrage. Pour être réellement efficace, le ferrage doit se faire à plat et non par-dessus la tête. En ayant sa canne parallèle à la berge, le ferrage à plat devient logique et surtout particulièrement efficace car la traction se fait exactement à l’inverse de celle exercée par le poisson.
Le cas des leurres souplesIl existe une variété presque infinie de leurres souples, tous ne s’animent pas de la même manière. Les leurres souples non plombés s’animent en règle générale comme un poisson nageur, la position de pêche est donc la même que pour faire nager un leurre dur. Dans le cas des montages plombés comme la fameuse tête plombée, le montage texan mais aussi le Carolina (sorte de montage tirette) ou le drop-shot (plomb en bas et leurre en potence) la position de pêche se calque sur celle des pêcheurs au mort manié. Face à l’eau, canne haute, le pêcheur anime son leurre en modulant la hauteur de son scion. Cette pêche étant extrêmement tactile, le pêcheur donne instinctivement un angle de 90 ° entre sa ligne et sa canne car c’est dans cette position qu’il ressent le mieux la touche etqu’il aura le ferrage le plus efficace. La règle de l’angle droit est donc appliquée sans même s’en rendre compte du fait de la position parfaitement naturelle de pêche face à l’eau. Que ce soit pour pêcher les carangues Ignobilis au popper, la truite au poisson nageur ou le bar au leurre souple, le principe de l’angle droit s’applique toujours. Pour une fois qu’il existe une vérité en matière de pêche, il est bon de le souligner ! Bien sûr, de nombreux pêcheurs appliquent ce principe sans le savoir, par instinct halieutique. La position de pêche, la canne parallèle à la berge, peut surprendre au premier abord, mais c’est une des clefs de la réussite du pêcheur aux leurres.

Pêcher avec des soft swimbaits
Durant la saison froide, les prédateurs économisent leur énergie et se focalisent souvent sur des proies conséquentes, capables de les rassasier rapidement. Sans aucun doute, les swimbaits souples se présentent comme les leurres du moment.
Par Achille Gan
Poursuivant notre étude sur les leurres souples et leurs différents montages, je vais délaisser volontairement les modèles durs ou hybrides et vous parler des « swims » souples dont les versions actuelles sont particulièrement dignes d’interêt. Popularisés, en France, grâce aux nombreux leurres souples portant l’appellation « shad » dans leur nom de baptême, les swimbaits, que l’on monte sur tête plombée ou ceux dont le lestage est intégré lors du moulage, sont plutôt réservés à une prospection profonde et verticale. Leur efficacité n’est plus à démontrer et j’ai voulu vous présenter le sujet selon un autre angle, en me penchant sur des modèles moins communs, plus adaptés à la traque des big bass, des grosses perches ou des brochets réputés imprenables. Le terme « swimbait » englobe plusieurs types de leurres dont l’aspect général est assez proche de celui d’un vrai poisson et dont la matière première peut être du bois, de l’ABS ou de la matière plastique souple (élastomère, PVC, silicone…). Qu’ils soient classés comme poissons nageurs parce qu’ils possèdent une bavette ou comme leurres souples, ils possèdent un point commun, c’est celui d’être particulièrement attractifs auprès des plus gros carnassiers.
Des vibrations bien spécifiques
Vous le savez, les poissons carnassiers repèrent leurs proies essentiellement grâce aux vibrations et aux déplacements d’eau perçus par leur oreille interne et par les cellules nerveuses situées sur leur corps ou le long de leur ligne latérale. La vue ne leur servant qu’à ajuster l’estocade ou à vérifier, en « close-up », la nature de leur futur repas. D’autre part, il est connu que les bass, qui peuplent certains lacs californiens, peuvent atteindre des tailles exceptionnelles frôlant les 22 livres, 4 ounces du record mondial, se nourrissant des truites arc-en-ciel maillées qui y sont régulièrement déversées pour amuser les pêcheurs.
A partir de ces observations, les concepteurs de swimbaits souples ont fait évoluer les modèles utilisés en mer en travaillant sur la souplesse des matériaux et la capacité du leurre à émettre de fortes vibrations, sous récupération ultra-lente, pour parvenir à imiter celles de ces pauvres truites perdues dans l’immensité des lacs, errant à la recherche des bords du bassin bétonné natal et du pisciculteur nourricier !Des tailles adaptées et une densité particulière
Au début, la masse importante de ces softbaits les destina longtemps à la pêche à la traîne, faute de matériel adapté. Aujourd’hui, ils font partie de l’équipement basique de tout bassman qui se respecte tant leur gamme a évolué pour coller aux besoins des lanceurs « légers ». Disponibles dans des tailles de 10 à 35 cm pour des poids pouvant atteindre les 250 g, ils ont une densité relativement commune dite « slow sinking ». Celle-ci permet un travail en surface, juste au-dessus des herbiers, si on maintient une récupération régulière ou entre deux eaux dès que l’on ralentit le rythme ou que l’on prend soin de laisser couler un peu le leurre. Vous le voyez, leur zone d’action les rend tout à fait repérables par les gros prédateurs postés en profondeur ou suspendus en pleine eau. Leur déplacement naturel renforce leur pouvoir attractif sur ces gros poissons peu enclins à se déplacer s’ils n’ont pas de grandes chances de réussir leur attaque.
Deux familles bien distinctes
Parmi ces swimbaits souples, nous pouvons en distinguer deux sortes qui se distinguent par leur conception et leur utilisation. La première, relativement répandue outre- Atlantique, se présente déjà armée d’un ou deux triples reliés à l’oeillet d’attache par du fil inox, du câble acier ou de la tresse textile noyés dans la masse. Leur degré de finition peut être assez élevé et des nageoires stabilisatrices sont présentes pour éviter que le leurre ne fasse n’importe quoi sous les puissantes secousses de l’appendice caudal. La nage de ces leurres et leur action aguichante se cantonnent d’ailleurs à ces battements latéraux de la queue et à un léger rolling du corps. Mais croyez-moi, la quantité d’eau déplacée par ces leurres volumineux suffit largement pour réveiller les brochets les plus apathiques ! Ils trouvent leur plein emploi pour une prospection large de postes peu encombrés, où leurs capacités vibratoires pourront s’exprimer.
Comme je le disais plus haut et malgré l’armement conséquent de ces big baits, vous pourrez aussi vous amuser, au printemps, à peigner les bancs de potamots ou de myriophylles avant qu’ils n’atteignent la surface. Entre deux massifs, n’hésitez pas à faire du « dead sticking » ou du « donothing », c’est-à-dire à stopper toute récupération et à laisser le leurre immobile le plus longtemps possible ! Cela marche encore mieux avec des swimbaits relativement flottants. Plus à même d’intéresser les blackbass et les perches, la seconde catégorie possède des lignes plus fluides, plus abstraites aussi. Culminant à une quinzaine de centimètres, certains de ces swimbaits ont une conception beaucoup plus complexe que les « mammouths » vus précédemment et se rapprochent plus des leurres souples classiques, vendus en paquets de plusieurs unités. Non armés, ils s’installent sur des jig heads ou mieux, sur des hameçons à oeillet décentré. Ils vous permettent alors de prospecter n’importe quel poste, aussi encombré soit-il ! Leur densité habituellement « slow sinking » est modifiée, à la fabrication, par adjonction dans le plastique de micro-bulles d’air ou de paillettes de tungstène pour les rendre flottants ou coulants. Les versions modernes de ces swimbaits sont très travaillées au niveau de leur comportement sous l’eau.
Des études hydrodynamiques ont conduit les concepteurs à créer des articulations, des points de resserrement de la matière, etc. pour obtenir beaucoup plus de vivacité et de souplesse que leurs homologues salmoniformes. Cette catégorie, plus polyvalente, supporte ainsi une multitude d’animations et de montages. Il est tout à fait possible de les employer sans plomb (weightless rig) pour les faire buzzer ou onduler sous la pellicule. On peut aussi y planter des inserts, en plomb ou en tungstène, pour parvenir à trouver la densité voulue ou carrément leur adjoindre une balle et préparer un vrai montage texan capable de pêcher plus profondément ! Attention toutefois à ne pas les surplomber, ce qui anéantirait leur si belle nage. Pour des modèles de 10 à 15 cm, utilisez des balles de 1,8 g à 3,5 g et jusqu’à 18 g pour les swimbaits plus gros, selon vos besoins.
Les modèles plutôt fusiformes, comme les Spindle worm flottants, donnent d’excellents résultats en Carolina rig ou en drop shot, tout en restant très confortables à manoeuvrer. Oui, vous avez bien lu ! En drop shot. Les montages plombés seront, bien sûr, plus indiqués au moment où les carnassiers suivent les poissons blancs dans leur retraite hivernale alors qu’il faudra être patient et obstiné pour peigner ces postes souvent profonds.
Vous l’aurez compris, ces swimbaits souples vont vous permettre d’être très réactifs lorsque les conditions de pêche où les types de postes vont changer. Le montage sur hameçon « offset » démontre une fois encore toute sa polyvalence et sa facilité d’utilisation sur des leurres qui mêlent l’apparence naturelle au côté ludique que nous fait vivre chaque fois la pêche aux leurres. Grâce à leur silhouette souvent imposante et à leur nage très étudiée, les swimbaits ont séduit ou énervé de nombreux carnassiers d’eau douce et d’eau salée, pourtant, ceux-ci n’avaient jamais croisé de truite arc-en-ciel !