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  • Slovénie, le débat : vos réactions

    Slovénie, le débat : vos réactions

    Buzz sur Internet, courriers à la rédaction, l’article de Philippe Boisson au sujet de la pêche en Slovénie n’est pas passé inaperçu. Voici quelques échantillons représentatifs parmi les centaines de réponses reçues. J’encourage nos amis slovènes à les lire, car elles montrent l’évidente artificialisation des peuplements pisciaires dans les rivières du pays.

    « J’ai lu avec intérêt et dépit vos commentaires sur votre excursion slovène dans votre dernier numéro. J’ai pu en trouver de semblables sur les forums ces dernières années. Voici les miens.
    Je me suis rendu trois fois à Most Na Soci entre 1998 et 2001 à chaque fois à la mi-juillet : ça date donc un peu. J’ai pêché essentiellement la basse Idrijca et ses deux affluents, Baca et Trebusisca, anecdotiquement la Soca et deux de ses affluents Ucja et Lepena. Ces rivières sont des joyaux, relativement peu pollués et très agréables à pêcher à la mouche, les très nombreux insectes aquatiques comme terrestre offrant de belles opportunités. La pollution est faible, d’origine domestique : cette zone de moyenne montagne ne se prête pas à l’agriculture intensive et il n’y a pas d’industrie. Côté pêche, il y a à boire et à manger et j’ai tout de même pu noter une certaine dégradation de la qualité de la prestation d’un séjour à l’autre. Le bassinage est certes la règle et le fait est qu’il doit correspondre à une certaine demande, ne serait ce que des Italiens et Autrichiens frontaliers qui viennent pour conserver les trois poissons auxquels ils ont droit, ou tout simplement pour les locaux, en particulier sur la Soca et la Lepena. Il y a tout de même de très beaux coups de ligne à faire, enfin peut-être faut-il désormais en parler au passé ? A noter aussi que:
    – lors de mon premier voyage, j’ai observé énormément de juvéniles « 0+ » de toutes espèces, ce qui n’a pas été le cas par la suite.
    – l’hiver précédent mon dernier séjour avait été marqué par des crues très fortes.

    J’ai donc pris des arcs en manches courtes, aux couleurs ternes…

  • Slovénie, paradis perdu :  la réponse de l’institut de la pêche slovène

    Slovénie, paradis perdu : la réponse de l’institut de la pêche slovène

    Dans notre dernier numéro, l’article de Philippe Boisson intitulé Slovénie, paradis perdu, a suscité de vives réactions chez nos lecteurs, ainsi qu’au sein même du gouvernement slovène, qui a souhaité, et c’est bien légitime, publier dans nos colonne un droit de réponse, que voici :

    Permettez-moi de vous contacter au sujet de l’article paru dans votre revue Pêches Sportives, qui est une des revues les plus importantes et les plus lues en France comme en Europe. Dans votre dernier numéro, vous avez publié sur quelques pages un article consacré à la pêche à la mouche dans les rivières slovènes, plus particulièrement dans la Krka et la Sava Bohinjka. Lorsque j’ai lu cet article avec mes collègues, nous avons été surpris du point de vue exprimé par votre journaliste, M. Boisson, sur l’état des rivières en Slovénie.
    En tant que connaisseur des rivières de pêche à la mouche et des parcours en Europe et dans le monde, vous savez que la Slovénie gère son patrimoine piscicole selon des objectifs précis et qu’elle prépare avec beaucoup de précision et de professionnalisme des plans de gestion pluriannuels de ses ressources piscicoles. Ces plans sont ensuite approuvés par le Ministre de l’environnement et de l’aménagement du territoire ainsi que le Ministre de l’agriculture, des forêts et de l’alimentation. Avec ces plans de gestion, nous essayons de garantir une biodiversité optimale ainsi qu’une bonne qualité des eaux même si, au cours des dix dernières années, les cours d’eau en Slovénie ont malheureusement beau- coup changé sous l’influence de divers facteurs et se sont dégradés.
    Dans son article, M. Boisson cite un certain nombre de faits (par ex. le jet de nourriture aux poissons du haut d’un pont, la présence d’une cage contenant des poissons malades, le mauvais état des truites dans la Radovna, le nombre trop important de truites arc-en-ciel dans les rivières slovènes, le vendeur de cartes de pêche appelant le garde-pêche pour que ce dernier relâche des truites arc-en- ciel pour la pêche, etc. ), qui, je pense, ne tiennent pas debout ou n’ont été que le fruit hasardeux d’un concours de circonstances.
    J’aimerais souligner que nous réprouvons l’acte de nourrir des poissons du haut d’un pont sans le porter à notre connaissance. Nous condamnons et pourchassons de telles activités. Je suis donc persuadé que ceci n’a été que le fruit du hasard ou bien l’action irréfléchie de personnes individuelles. Je suis également d’accord avec le fait que la cage, qui a été aperçue dans le cours supérieur de la Krka, ne devrait pas être là. A la suite d’une enquête menée auprès des habitants, nous avons constaté par après que la cage mentionnée dans l’article appartenait à l’un des habitants et que les poissons qu’elle contenait étaient destinés à des pique-niques et donc en aucun cas au déversement. Comme cet acte est interdit par la loi, nous avons transmis ce dossier à l’Inspection.
    En ce qui concerne le lâcher de truites arc-en-ciel, auquel cet article accorde le plus d’importance, j’aimerais dire que nous ne lâchons que des truites arc-en-ciel stériles et que leur nombre a diminué de 30% au cours des quatre dernières années, comme le confirment les documents officiels. Il convient également de souligner que toutes les truites arc-en-ciel qui sont lâchées dans les cours d’eau pour les besoins de la pêche sont élevées dans des piscicultures spéciales possédant une licence, ce qui équivaut à dire qu’elles sont soumises à un contrôle rigoureux.
    Ceci est une réponse très succincte aux allégations de M. Boisson sur l’état des rivières destinées à la pêche en Slovénie. J’espère ou bien je crois que M. Boisson a eu de la malchance quant au choix des dates et des lieux de pêche et que cet article ne décrit pas la situation réelle. Mais avant tout, je me pose la question de savoir si sa pêche a vraiment été une telle catastrophe pour que l’auteur lui ait consacré autant de place dans la revue ? Après avoir pris connaissance de cet article, nous avons aussitôt lancé une vaste enquête sur la pêche en Slovénie au sein des nombreux enthousiastes de la pêche et des guides locaux et étrangers. Jusqu’à aujourd’hui, nous n’avons reçu aucune opinion négative. Des pêcheurs à la mouche du monde entier viennent en Slovénie et sont pour la plus grande part ravis. Notamment, nous remarquons avec plaisir que le pourcentage de pêcheurs à la mouche français a presque doublé.
    Je vous serais reconnaissant de nous permettre de publier dans le prochain numéro de votre revue un article dans lequel nous présenterions d’un point de vue professionnel le système de gestion des cours d’eau en République de Slovénie et montrerions que le point de vue exprimé par votre journaliste ne se base que sur une visite très rapide et qu’il ne correspond pas à la situation réelle.
    Cher M. Samuel Delziani
    Je me suis permis d’écrire cette lettre car j’ai été surpris de voir avec quelle légèreté des faits qui discréditent la pêche à la mouche en Slovénie sont mentionnés ; faits que nous ne pouvons pas et n’avons pas le droit de généraliser à la gestion de la pêche dans son entier. Comme M. Boisson, à la suite d’un concours de circonstances qui n’avait pas de lien avec la gestion des parcours de pêche, n’a pas pu goûter à tous les plaisirs de la pêche à la mouche en Slovénie, je l’invite, avec vous, à venir nous rendre visite une nouvelle fois.
    J’espère pouvoir bientôt vous rencontrer et vous prie d’agréer mes meilleures salutations.

    Dejan Pehar
    Directeur de l’Institut de la pêche en Slovénie – Zavod za ribistvo Slovenije

  • Débat : Slovénie, un Paradis perdu ?

    Débat : Slovénie, un Paradis perdu ?

    C’est l’histoire d’un pêcheur qui revient pêcher les rivières slovènes près d’un quart de siècle plus tard. C’est aussi l’histoire d’un exilé halieutique qui fuit les eaux devenues insalubres de son pays et qui, tel un poisson migrateur, vient se ressourcer dans les courants purs de la majestueuse Sava Bohinjka. Mais peut-être aurait-il mieux fait de rester chez lui… Ce qui pourrait être le commencement d’un roman divertissant n’est que la triste réalité. Cet article, rédigé sous la forme d’un billet d’humeur, compte sur vos réactions pour initier un mouvement de contestation de la gestion déplorable des rivières de Slovénie.

    22 ans que je n’étais pas retourné en Slovénie. 22 ans durant lesquels je m’étais juré de ne jamais plus y reposer mes waders. J’avais tout juste 22 ans à l’époque et je n’avais pas compris pourquoi aller chercher ailleurs ce que l’on avait – en beaucoup mieux – à la maison ! Dès lors que chaque jour, la Loue et le Doubs comblaient mes petits espoirs de jeune pêcheur à la mouche. Les temps ont bien changé. Les rivières comtoises sont au plus mal, en sursis même puisque l’hiver qui commence à peine recense déjà quelques poissons malades et que rien ne laisse présager un avenir meilleur pour le moment. L’idée d’un retour à la pêche des eaux slovènes est née d’un renoncement à partir dans le Montana pour des raisons de dates un peu tardives mais aussi la perspective d’un séjour bien trop court pour une destination aussi lointaine. Il y a peu de temps de cela, un ami, bon connaisseur des rivières comtoises, me confiait qu’il était allé plusieurs fois pêcher en Slovénie et qu’il n’avait pas eu l’impression de pêcher dans un “réservoir”. Un autre s’était avéré ravi de prendre 50 truites par jour, dont 80% d’arc-en-ciel portions, sur un petit affluent de la Sava Dolinka.

    Les franc-comtois, dont je suis, se voient aujourd’hui contraints d’aller chercher ailleurs ce qu’ils n’ont plus chez eux. Bien sûr qu’il est encore possible de pêcher à la mouche sur le Doubs et sur certains parcours de la Loue. Bien sûr que les rivières du Jura restent encore relativement riches en truites sauvages. Mais lorsqu’on a connu ces rivières dans de meilleures conditions et que l’on lutte aujourd’hui pour l’amélioration de leur état, difficile de faire comme si de rien n’était. En Europe, les rivières où la pêche à vue est possible ne sont pas légions. Cela exclut les pays situés au nord de la France comme la Suède, la Finlande, l’Écosse ou encore l’Islande, aux eaux très sombres. De ce point de vue, la Slovénie offre des rivières merveilleuses, comme la Sava Bohinjka, une rivière d’émeraude qui finit sa course dans le Danube à Belgrade, après avoir traversé la Croatie.

     

  • Le “sulec” de Slovénie (Première partie)

    Le “sulec” de Slovénie (Première partie)

    Fasciné depuis l’enfance par le huchon, Marc Ponçot trouve en Slovénie des rivières qui lui permettent de partir en quête du plus fantomatique et du plus imposant salmonidé européen. Comme tout gros poisson aux moeurs discrètes, le huchon est une légende vivante qui hante les rêves des rares spécialistes qui partent à sa recherche.

    Par Marc Ponçot

    Le sulec est le nom slovène pour désigner Hucho hucho (Linné 1758). Ce poisson est connu en France sous le nom de saumon du Danube ou huchon. La Slovénie, ce petit pays des Balkans, est certainement à l’heure actuelle, pour le touriste pêcheur, la meilleure destination pour capturer son ou ses premiers huchons. C’est dans la Sava Bohinjka, aux environs de la jolie ville de Bled, que l’on trouve la plus importante population de saumons du Danube, et la grande Sava, aux environs de la capitale, Ljubljana, abrite les plus gros spécimens. Tous les ans, des poissons dépassant les 120 cm et les 20 kg sont capturés sportivement par les pêcheurs du pays. On trouve également ce salmonidé “géant” dans la Sora, la Ljubljanica, la Savinja, la Krka et la Kolpa. Cette dernière, très intéressante et sauvage, qui sert de frontière avec la Croatie, coule dans le pays des ours !


    Hucho hucho, le plus grand salmonidé européen

    Le huchon est endémique dans le grand bassin du Danube et ses affluents, où il remontait pour frayer, avant la construction de trop nombreux grands barrages. C’est le roi des rivières rapides d’Europe centrale et des Balkans, et il constitue la capture suprême pour les pêcheurs sportifs de ces contrées. Le saumon du Danube est le plus grand salmonidé européen, et l’un des plus gros – sinon le plus gros – de la planète dans son espèce asiatique, Hucho taimen. Par le passé, on donnait parfois comme maximum la taille de 2 mètres et le poids de 100 kg. Je pense plus raisonnablement que Hucho hucho pouvait certainement atteindre 170 cm et 60 kg. Actuellement, à l’état sauvage, les plus gros spécimens peuvent exceptionnellement dépasser 150 cm et peser plus de 45 kg dans le cas de femelles alourdies par les oeufs, et l’estomac plein ! J’ai vu en vidéo un huchon qui nageait au milieu des carpes colorées d’une pisciculture japonaise. D’après son propriétaire, il était âgé de 56 ans et mesurait 150 cm pour un poids de 60 kg. Dans la nature, il est rare néanmoins qu’il dépasse les 20 ans. Son corps est de forme cylindrique et sa tête est plus massive que celle des autres salmonidés. Sa couleur est grise sur le dessus et blanc argenté sur le ventre, parsemé de tâches noires. Au moment du frai, sa couleur, notamment celle des mâles, devient plus sombre.

    Le huchon fraie de mars à avril, quand la température de l’eau atteint environ 10 °C. Pour trouver de belles gravières où la femelle déposera ses oeufs, les huchons remontent en général la rivière vers l’amont. Hucho hucho est un grand prédateur qui, dès son plus jeune âge, se nourrit de poissons. Adulte, lorsqu’il mesure plus d’un mètre, il n’hésite pas à se saisir de proies dépassant le kilo, voire de petits rongeurs ou d’oiseaux aquatiques. Le hotu, qui vit en bancs importants, est l’un de ses repas préférés, mais l’ombre commun, la truite fario ou arc-en-ciel, qui vivent souvent dans le même secteur, se retrouvent également régulièrement au menu du grand salmonidé ! Le record moderne slovène, qui date du 8 février 2005, atteint 135 cm pour 26,9 kg. Plusieurs spécialistes slovènes, dont mes amis Jure Visnar et Aljosa Savic, pensent que ce record devrait être battu très prochainement dans la Grande Sava, car des poissons dépassant les 30 kg y ont été observés ! Ces dernières années, Aljosa a luimême capturé dans la Sava, sur le secteur Straza-Sava, deux huchons dépassant 20 kg ! La saison dernière, il a raté, par décrochage, un poisson encore plus gros que ses deux précédents records ! Lorsqu’il est en pleine période alimentaire, le huchon n’est pas vraiment difficile à leurrer. En revanche, rassasié, il peut rester plusieurs jours dans sa planque, sans aucune activité ! D’où la nécessité d’être présent au lever et au coucher du soleil, devant le bon poste, au moment où le grand poisson se met généralement en chasse.