Étiquette : Bas de ligne

  • Mouche : vers une autre conception du bas de ligne progressif

    Mouche : vers une autre conception du bas de ligne progressif

    Les bas de lignes à nœuds ont depuis quelques années la préférence des pêcheurs français. Modulables, discrets, suffisamment rigides, leurs qualités sont nombreuses. Pourtant, leur schéma désormais classique, progressif ou dégressif, ne permet pas toujours de répondre aux attentes des pêcheurs recherchant des dérives naturelles, nécessaires sur de nombreux parcours aujourd’hui. On croyait avoir fait le tour des bas de lignes à nœuds, mais ce n’est pas le cas. Voici les spécificités d’un modèle atypique.

    Par Philippe Boisson

    Élément clef de l’équipement du pêcheur à la mouche, le bas de ligne est la partie du matériel la plus ésotérique avec ses formules personnelles, fruit de l’expérience de chacun. Nous savons à quel point cet élément constitué de brins de nylon perturbe les moucheurs de tous niveaux, car il faut bien le dire, la formule miracle, qui donne satisfaction dans toutes les conditions, n’existe pas. Les bas de ligne à nœuds, largement répandus aujourd’hui permettent une adaptation permanente de la longueur totale ou partielle du bas de ligne et de la pointe en toute liberté. C’est principalement pour cette raison qu’ils rencontrent un si large succès auprès des pêcheurs français. Le niveau technique général des pêcheurs à la mouche dans notre pays est élevé si on le compare à ceux de nos voisins anglo-saxons ou scandinaves et, à n’en pas douter, les bas de lignes à nœuds y sont pour beaucoup. En contrepartie, cette facilité de création et d’adaptation contribue à rendre le bas de ligne à nœuds complexe en raison de sa modularité. Le schéma classique de ce genre de bas de ligne, surtout pour les modèles progressifs, dont les brins s’allongent au fur et à mesure que les diamètres diminuent, veut que l’on respecte une diminution rigoureuse des diamètres de nylon. Soit de 5/100 en 5/100 depuis le brin le plus fort jusqu’au porte pointe. On obtient ainsi un bas de ligne dont la progressivité est totale sur toute la longueur.

    Une formule perfectible

    Comme beaucoup, j’ai utilisé ce type de bas de ligne durant plus de vingt ans avec bonheur tout en imaginant différentes formules afin de trouver ce qui me correspondait le mieux. De toutes ces expériences, je garde le souvenir de formules globalement satisfaisantes, mais surtout le sentiment permanent que ce système n’était pas parfait. En effet, la présence des trois derniers brins avant la pointe, généralement en 20, 16 et 14/100 constituait trois problèmes :
    – Le premier, d’ordre purement technique, oblige à un calcul précis de la longueur de ces brins pour les harmoniser avec ceux de la partie précédente. De plus, un porte pointe relativement court doit être remplacé après trois ou quatre changement de pointes, car chaque nouveau nœud le fait régresser de  5 à 8 centimètres.
    – Le deuxième problème, d’ordre fonctionnel, est lié précisément à cette section du bas de ligne très progressive qui précède la pointe et qui ne permet pas de “casser” l’énergie au niveau de la pointe pour obtenir des posers très détendus. En pratique, cela se traduit par un bas de ligne au comportement homogène, mais qui n’autorise pas facilement le poser d’une longue pointe (2,80 m ou plus) vraiment détendu. Entendons par là la possibilité de poser trois mètres de pointe sur une surface de 30 ou 40 cm2 comme cela est souvent nécessaire lorsque l’on pêche à la nymphe à vue ou lorsqu’il devient indispensable d’effectuer de longues dérives naturelles à la mouche sèche.
    – Le troisième problème concerne le brin de 14/100, qui n’a plus lieu d’être si l’on utilise une pointe de ce diamètre. Dans ce cas, à longueur égales de pointes, la longueur totale du bas de ligne se retrouve soudain réduite de 50 à 70 cm. Cet écart de longueur se traduit également par un comportement différent du bas de ligne qui compte un élément de moins. Certains pêcheurs dont je fais partie n’aiment pas pêcher avec des bas de ligne dont la longueur totale varie. Cela vient sans doute de mon vécu avec la pêche des grosses truites à la nymphe à vue, technique qui implique un nombre d’essais très limités où tout doit être parfait. C’est pour cette raison que j’ai toujours voulu pêcher avec un matériel identique : même canne, même soie et surtout avec un bas de ligne invariable.


    Une solution osée !

    Las de composer avec ces facteurs et après plusieurs essais, j’ai finalement opté, il y a deux ans, pour une solution assez radicale, qui simplifie considérablement les choses tout en permettant d’obtenir l’effet recherché. Mon bas de ligne est devenu très atypique, mais il me convient parfaitement. Il comprend uniquement six brins, pointe comprise, ne débute plus en 45/100 mais en 40/100 (le classique Maxima) et ne compte que des brins de longueurs égales (hormis la pointe). Notons que le 18/100 n’est pas en Maxima mais de même nature que la pointe (Water King Pole Fishing). Ce détail est très important pour préserver une solidité de l’ensemble suffisante. La progressivité du bas de ligne est obtenue uniquement par l’affinement des diamètres puisque les brins sont de mêmes longueurs. Ce principe permet de conserver une bonne énergie tout en obtenant des posers très doux. Cela est dû à la grande longueur des brins. La jonction entre le 18/100 et la pointe (voir l’encadré consacré au nœud de raccord), assure une cassure d’énergie franche sur toute la pointe. Ce bas de ligne convient particulièrement bien pour les posers de type “parachute” autant pour la pêche à la nymphe qu’à la mouche sèche, ainsi que pour les posers “plaqués détendus” où la pointe du bas de ligne doit se poser sur une très faible surface afin d’obtenir une descente parfaitement verticale de la nymphe.  D’autres formules, plus courtes  (il suffit de réduire la taille des cinq premiers brins) sont possibles. Elles présentent une plus grande facilité de manipulation et sont aussi plus adaptées aux cours d’eau de petites largeurs.


    D’excellents résultats

    La qualité des posers et des dérives obtenues avec ce bas de ligne m’a séduit dès les premiers essais. Après plusieurs saisons d’utilisation exclusive autant en lacs qu’en rivières, à la mouche sèche ou à la nymphe (à vue et au fil), les résultats obtenus sont très satisfaisants. La précision est au rendez-vous sans nuire à la réussite des posers…  A la mouche sèche, on obtient des posers très détendus qui offrent une excellente parade au dragage de la mouche. Effectuer de longues dérives vers l’aval devient ainsi un jeu d’enfant. Dans tous les cas, ce bas de ligne doit être utilisé avec une très longue pointe, d’une longueur minimum de deux mètres pour la mouche sèche et 2,80 m pour la nymphe pratiquée à vue. Pour les posers “parachute”, on peut dépasser les trois mètres.
    Bien entendu, l’efficacité de ce bas de ligne se trouve accrue par une bonne technique de lancer avec une boucle de soie en l’air rapide et étroite pour une meilleure pénétration dans le vent.


    Le choix du nylon

    La partie la plus forte du bas de ligne, du 40/100 au 25/100 est constituée de Maxima “classique”. Elle peut l’être également avec du JMC Camoufil ou du Maxima Caméléon. Le choix est beaucoup moins facile au niveau du brin de 18/100 et de la pointe, deux éléments qu’il est préférable de prévoir de même nature (même modèle). Une différence de dureté pouvant entraîner une dégradation anormale de l’un ou l’autre des deux brins. Parmi les meilleurs nylons pour réaliser ces deux éléments, citons le Devaux Tiger, le Teklon et le Teklon Gold, le Rio Power flex ou le Sensas Palmer. Ces monofilaments sont à la fois souples et résistants, ce qui représente des qualités qui font difficilement bon ménage. Il est à regretter une baisse sensible de qualité du Water King Pole Fishing (Water Queen), qui fut pendant plus de dix ans un nylon exceptionnel pour la pêche à la mouche, pourvu d’une grande souplesse et  d’une résistance remarquable. Actuellement, ce fil souffre d’un manque de régularité agaçant, puisque sur une même bobine, certaines sections peuvent être parfaitement convenables, alors que d’autres sont beaucoup plus faibles. Espérons que ce problème ne sera que passager !
    Peu de progrès sont réalisés en matière de fils fins par les fabricants, qui semblent avoir atteint les limites en matière de résistance et de finesse. Le fluorocarbone souffre d’une rigidité importante qui le rend difficilement compatible avec l’utilisation de petites nymphes, car il est générateur de dragage et par conséquent de présentations aléatoires. Le nylon reste donc le fil le plus utilisé pour pêcher à la mouche en rivière.


    Formule grande rivière

    Diamètres : 40/100 – 35/100 – 30/100 – 25/100 – 18/100. Pointe : 16 à 8/100.
    Longueurs : 85 cm – 85 cm – 85 cm – 85 cm – 85 cm – 2,80 m ou plus = 7,05 à 7,50 m.

  • Et si l’on parlait des soies plongeantes

    Et si l’on parlait des soies plongeantes

    Cet article vient compléter celui que nous avons déjà publié (ICI) relatif aux soies intermédiaires. Il traite de soies encore plus denses, les soies plongeantes, très utiles au pêcheur en réservoir.

    Par Philippe Collet

    Les soies plongeantes sont classées de peu plongeant S2 à très plongeant S7 ou 8 en passant par tous les autres numéros. « S » veut dire « Sinking » en anglais ou coulant. Le numéro correspond approximativement à la vitesse de coulée de la soie en inches ou pouces (2,54 cm) par seconde. Ainsi une soie S3 coule à environ 3 inches/s soit 7,5 cm/s, une S7 à près de 18 cm/s. Certains fabricants remplacent le « S » par «type» et/ou affichent des vitesses de coulée plus importantes. Certains enfin ne spécifient pas les vitesses de coulée. Des tests exhaustifs lourds seraient nécessaires pour réaliser un comparatif précis des vitesses de descente des différentes soies disponibles sur le marché et connaître la réalité de leur compensation de densité. D’autant que selon leurs tailles (WF 6, 7 ou 8 par exemple) deux soies de la même gamme et de la même densité ne doivent pas se comporter de façon semblable. On ne se risquera donc pas à une comparaison des différents modèles présentés.

    Leur fabrication

    Les soies plongeantes sont réalisées par enrobage d’une âme monobrin ou multibrins avec un apprêt plastique plus ou moins chargé en billes de verre ou en poudre de tungstène. L’âme de ces soies est le plus souvent constituée d’un brin de monofilament, qui permet une meilleure détection des touches et une meilleure pénétration de l’hameçon au ferrage.


    Leurs profils

    Les profils sont les mêmes que ceux des soies intermédiaires (déjà décrits dans l’article du précédent numéro de la revue) : WF classiques, Triangulaires ou de type shooting heads soudées à un long running line. Ces sortes de shooting heads ont une tête longue de 8 à 13 mètres et ne doivent pas être confondues avec d’autres soies à pointes plongeantes plutôt destinées à pêcher des courants puissants sur les grandes rivières (Teeny T200, T400… ou Rio Sinking tip). Ces dernières, avec une tête plus courte raccordée à un fuseau de soie flottante, sont destinées à maintenir le corps de la soie en surface pendant que sa pointe descend vers le fond, alors que les soies de type shooting head sont raccordées à un running line fin flottant (soies Vision Extreme Distance) ou intermédiaire (soies AIRFLO Forty Plus) qui ne soutient pas la partie plongeante et reste dans le prolongement de celle-ci lors des ramenés, permettant une bonne détection des touches et un ferrage efficace.

    La densité compensée

    La grande majorité des soies plongeantes ont une densité compensée pour prendre en compte le diamètre variable dû à leur profil. Ainsi, elles coulent de façon uniforme (Uniform Sink chez Scientific Anglers) dans la masse d’eau et non en formant un ventre au niveau du fuseau. Une soie qui coule bien droite, dans un plan horizontal ou penché vers l’avant permet une meilleure présentation des mouches, une détection des touches plus fine et un ferrage plus efficace. L’effet ventre produit par des soies non compensées ou des soies flottantes à pointe plongeantes (décrites plus haut) est responsable de nombreux ratés dans les pêches en eau calme.

    La profondeur de pêche

    Avec une animation normale, une soie S 2 pêchera de 1,5 à 2,5 m, une S 3 de 2 à 4 m, etc. De façon simple, on peut estimer qu’une soie plongeante permet de pêcher à une profondeur, en mètres, proche du numéro suivant le « S » ou le « Type ». Ainsi une S 2 ou Type 2 permet de pêcher aux alentours de 2 mètres, une S3, 3 mètres, une S5, 5 mètres… Cette règle de base varie bien sûr un peu selon les marques et le type d’animation réalisée. A l’extrême, on peut utiliser une soie de type 7 dans moins de 2 mètres d’eau, en pêchant canne sous le bras en rolly pully ; ou, à l’inverse, en animation très lente, atteindre des profondeurs conséquentes avec une soie de type 2. La longueur du lancer a aussi son importance. Plus elle est importante, moins la soie doit être dense, pour qu’en fin de ramené la (les) mouche(s) ne s’accroche(nt) pas au fond. A animation égale et pour pêcher à la même profondeur, un débutant lançant à 15 mètres utilisera une soie plus dense qu’un pêcheur chevronné déposant sesmouches à plus de 30 mètres. Comme pour les soies intermédiaires on règle le choix de sa soie sur la profondeur où l’on pense que se tient le poisson. Il vaut toujours mieux commencer à pêcher avec une soie peu coulante, en la laissant descendre de plus en plus longtemps avant d’animer, jusqu’à détecter les premières touches, plutôt que de pêcher trop bas. Si le temps d’attente est trop long pour atteindre le niveau de pêche favorable, on passe alors à une soie plus dense, qui ira plus vite la bonne profondeur. Avec des soies plongeantes ou très plongeantes, on peut très rapidement passer sous les poissons et à côté de la pêche. Ces derniers réagissent en effet beaucoup mieux à une mouche ou un leurre qui leur passe au dessus de la tête que l’inverse.
    On peut dans certains cas s’apercevoir que l’on pêche trop bas lorsqu’on enregistre des touches peu après le lancer, à la descente et à la fin du ramené, à la remontée. On ne pêche alors efficacement que pendant deux phases assez courtes du ramené. Il convient alors de changer rapidement de soie pour une moins dense. Le changement de soie est facilité par l’usage demoulinets à bobines interchangeables ou à cassettes moins encombrantes.

    Petite astuce pour un changement rapide de soie

    Lorsqu’on utilise un bas de ligne plus long que la canne, on rentre celui-ci complètement dans les anneaux, en coupant si nécessaire les mouches situées en potence, pour laisser la mouche de pointe se bloquer dans l’anneau de tête de la canne. On enlève alors la bobine contenant la soie à changer et la remplace par celle qu’on a choisie d’utiliser. On coupe enfin le bas de ligne au niveau de la boucle de la première soie et le reconnecte directement à la boucle de la nouvelle soie. Il reste alors à tirer sur la mouche de pointe pour ressortir la soie des anneaux. Cette manipulation rapide, très utile lorsqu’on pêche en barque notamment, n’est réalisable que si l’ensemble de ses soies comporte des boucles et qu’elles sont dépourvues de bas de ligne. Elle permet d’économiser du fil (le plus souvent du fluorocarbone assez onéreux), car on ne refait pas un bas de ligne adapté au plan d’eau pêché à chaque changement de densité de soie. Elle demande toutefois d’utiliser un bas de ligne de plus de trois mètres, ce qui est souvent le cas si l’on pêche à plusieurs mouches.


    Taille des soies et des cannes

    On pêche avec une canne de 9 à 10 pieds. Les soies plongeantes sollicitant beaucoup les cannes, on opte pour des cannes de puissance de 7 ou 8 chargées au numéro de soie préconisé ou parfois un numéro en dessous, si elles peinent au lancer. On peut opter pour des tailles 5 ou 6 lorsqu’on souhaite pêcher avec un fil un peu plus fin ou réaliser des posés plus discrets.

    Les différentes techniques de pêche en soies plongeantes

    L’usage le plus courant des soies plongeantes est la pêche au booby. La soie est posée au fond et bloque la remonté d’une ou plusieurs mouches flottant grâce à leurs yeux en mousse. Selon la taille du bas de ligne, les mouches évoluent de moins de 50 cm à plusieurs mètres du fond. On utilise aussi régulièrement les soies plongeantes pour animer de un à trois streamers au niveau où se tiennent les poissons. Il convient alors de bien régler la densité de soie sur la vitesse d’animation afin de ne pas pêcher trop profond et aussi de ne pas accrocher le fond, notamment à la fin du ramené à proximité de la berge.
    Une autre technique parfois redoutable consiste à laisser volontairement traîner ses mouches sur le fond à l’aide d’une soie très plongeante. Celles-ci en levant de petits nuages de sédiments deviennent souvent irrésistibles, même pour des poissons éduqués. Cette technique n’est bien sûr applicable qu’aux plans d’eau à fonds propres.
    Un fond de cailloux, ou de vase couverte de débris végétaux ne permettra pas de l’utiliser. Ces soies peuvent aussi servir à animer un train de chironomes en profondeur et à la remontée, par étapes successives. Cette technique pratiquée couramment dans les réservoirs anglais est surtout efficace en barque, parfois depuis une berge abrupte. Les soies plongeantes sont les seules à permettre encore de lancer les jours de grand vent. Elles peuvent percer un vent soutenu et sauver une partie de pêche. Si le poisson se tient près de la surface, de courts lancers et une animation rapide permettront de solliciter des poissons proches de la berge qui n’auront pas forcément détecté la présence du pêcheur, masquée par le clapot ou les vagues.

    Les bas de ligne

    Avec ce type de soie, les bas de ligne sont plutôt courts et le diamètre du fil important. On privilégie le fluorocarbone pour sa rigidité et sa forte densité, mais il est possible d’utiliser un nylon moins cher et plus solide, qui, bien que moins dense, est de toute façon immédiatement entraîné par la soie (surtout si l’on n’utilise qu’une mouche, supprimant le problème de l’emmêlement des potences qui demandent un fil rigide). On descend rarement en dessous d’un diamètre de 18 centièmes et on pêche plutôt en 20 ou 25 centièmes si l’on ne veut pas souvent casser à la touche avec ces soies denses à forte inertie. Sous l’eau, si elle n’est pas trop claire, la distance entre la soie et la mouche, ou la première mouche d’un train peut être raccourcie à 90 cm. Un bas de ligne court à une mouche mesure de 90 cm à 1,5 mètre, un bas de ligne court à deux mouches 90 centimètres de la soie à la potence, 1 m à 1 m 20 jusqu’à la mouche de pointe, la potence mesure environ 20 cm. Ces valeurs sont bien sur minimales, car si un bas de ligne court est plus facile à dérouler correctement on gagne en discrétion et efficacité lorsqu’on l’allonge. Ces tailles ne s’appliquent pas à la pêche au booby ou l’on peut encore nettement réduire les longueurs, la soie étant posé sur le fond et plus facilement soustraite à la vue du poisson. Le bas de ligne peut être connecté directement à la boucle de la soie sans porte pointe.


    Quelles soies choisir ?

    Bien que je possède de nombreuses soies de différentes densités, je réalise la majorité des mes pêches en soie plongeante avec une S 3, une S 5 et une S 7. Si vous possédez déjà une soie intermédiaire rapide, vous opterez pour une S 3 ou une S4 qui vous permettra de couvrir de nombreuses pêches jusqu’à la pêche au booby. Si vous pêchez régulièrement au booby privilégiez l’achat d’une soie de type S 6 ou S 7 qui se posera plus rapidement au fond. Ne vous encombrez pas de trop de densités différentes, vous pourriez passer plus de temps à choisir et changer vos soies qu’à pêcher !

  • Carnassier : de l’importance du bas de ligne

    Carnassier : de l’importance du bas de ligne

    Depuis très longtemps, les bas de ligne destinés aux poissons carnassiers susceptibles de couper le nylon sont réalisés en acier. Avec le temps, les poissons se sont adaptés à ce système et aujourd’hui l’acier les fait fuir. Les fils de gros diamètre en fluorocarbone remplacent avantageusement l’acier. Alban Choinier nous explique comment et pourquoi.

    Par Alban Choinier

    Tous les poissons susceptibles d’être intéressés par un leurre, que ce soit en eau douce ou en mer s’adaptent à la pression de pêche. Le choix de la couleur, de la forme, du type ou de la vitesse de récupération a bien évidemment une énorme importance pour déjouer leur méfiance. Mais les poissons ne sont pas seulement focalisés sur le leurre, le bas de ligne entre aussi dans leur champ de vision. Les moucheurs l’ont bien compris et portent beaucoup d’intérêt à ces quelques mètres de nylon. Dans la pêche aux leurres, le choix du matériau qui sera devant le leurre a lui aussi une très grande importance.

    EN MER

    Le bar est l’espèce principalement recherchée par les pêcheurs aux leurres sur la côte française. La pêche de ce poisson a littéralement explosé ces cinq dernières années tant du côté de la pêche professionnelle que de la pêche récréative. D’une part le stock de poissons semble diminuer irrémédiablement, d’autre part la quantité de bars que prenaient les pêcheurs aux leurres il y a quelques années est souvent supérieure à ce qu’elle peut être aujourd’hui. Je suis intimement persuadé que ce phénomène n’est pas seulement dû à la diminution des effectifs. Les bars ont acquis au fil des années une réelle méfiance vis-à-vis de nos artifices.
    Le problème de la confection d’un bas de ligne ne se posait pas quand les pêcheurs équipaient leur moulinet de nylon. Le leurre était simplement attaché au corps de ligne. Avec l’apparition des corps de ligne tressé, la situation change du tout au tout. Ce nouveau matériau est tellement performant (absence d’élasticité, finesse, résistance) que 90 % de pêcheurs l’ont adopté. J’ai été surpris de voir cet été au cours de parties de pêche sur notre littoral que de nombreux pêcheurs utilisant de la tresse ne confectionnent pas de bas de ligne. Ils montent leur leurre directement sur la tresse. Les corps de ligne tressés présentent de nombreux avantages, mais ils sont opaques et particulièrement visibles sous l’eau. J’ai eu l’occasion de plonger pour observer le travail des leurres sous l’eau. J’ai été très surpris par l’aspect que prend la tresse sous l’eau : c’est une véritable corde à linge. Aussi fine soit-elle, l’absence de discrétion est un handicap qu’il faut impérativement compenser. La meilleure astuce consiste à intercaler un bas de ligne d’un matériau transparent entre la tresse et le leurre. Ce matériau peut être soit un nylon translucide soit un fluorocarbone. À titre personnel, j’aurais un petit faible pour le fluorocarbone. Il présente de nombreux avantages sur le nylon : son indice de réfraction de la lumière est très proche de celui de l’eau (quasi invisible), il est étanche à l’eau et insensible aux UV (bon vieillissement) et ne possède aucune mémoire. Pour que le bénéfice de la discrétion soit réel, le brin de fluorocarbone doit mesurer environ un mètre. La liaison entre le bas de ligne et le corps de ligne est constituée par un noeud. En effet, seul un noeud peut passer dans les anneaux sans gêner la pêche. Le choix du diamètre du bas de ligne a de l’importance dans la traque du bar. L’aspect à ne pas négliger est l’absence d’élasticité de la tresse. Toutes les sollicitations mécaniques vont se concentrer sur la seule partie élastique de la ligne : le mètre de fluorocarbone. Il faut donc sur-dimensionner le diamètre du bas de ligne. Un 40/100 représente l’idéal. Cela peut sembler élevé compte tenu de la taille moyenne du poisson ciblé mais c’est totalement justifié. Le 40/100 est capable d’encaisser les rushs les plusviolents, la résistance à l’abrasion est très bonne (les moules et les huîtres sont des aimants à bar…), et sa relative raideur empêche le leurre de boucler dans le bas de ligne lors des rafales de vent. J’ai eu souvent l’occasion de pêcher cet été à côté de pêcheurs qui avaient monté leur leurre directement sur la tresse. Le phénomène était souvent le même, de nombreux poissons suivaient leurs leurres sans attaquer. Quand un bar fait trois ou quatre remous derrière votre leurre de surface sans jamais le toucher, je vous assure qu’il y a de quoi s’arracher les cheveux. Les bars se méfiaient de la tresse. Avec un simple mètre de fluorocarbone le résultat était différent.

    EN EAU DOUCE

    Que ce soit en rivière ou en étang, les avantages et les inconvénients de la tresse sont exactement les mêmes qu’en mer. Nous pêchons rarement dans des eaux boueuses et il ne faut pas sous-estimer la vision des poissons. D’autant plus que la pression de pêche est souvent inversement proportionnelle au nombre de poissons. En dehors de la recherche spécifique de la truite ou du black bass, nous sommes susceptibles de capturer un brochet à chaque fois que nous mettons un leurre à l’eau. Bien évidemment, personne ne s’en plaindra ! Par contre, le brochet est équipé de 700 dents particulièrement aiguisées. La pêche du brochet est associée à l’utilisation systématique d’un bas de ligne en acier. La technique traditionnelle en France était un gros vif attaché par un bas de ligne en acier de 15 kg (on ne sait jamais, il paraît que les requins bouledogue remontent en eau douce) remuant sous un bouchon. Avec tant de subtilité, le brochet avalait profondément le vif. Dans ce cas précis, un bas de ligne en acier se justifiait. D’autant plus que la capture d’un brochet était profondément associée à la nourriture. La problématique est actuellement différente. La pêche est un sport et non plus un moyen de subsistance. Nous pouvons nous permettre l’éventuel risque de perdre un poisson qui, de toute façon, serait retourné dans son milieu naturel après sa capture. De plus, en pêchant aux leurres, la touche étant retransmise via la main du pêcheur en temps réel, c’est assez rare que le poisson ait le temps de gober complètement le leurre. Les bas de lignes spécifiques pour la traque du brochet : acier, kevlar, tresses diverses présentent les mêmes inconvénients. Ils sont opaques et lourds. Aussi fins qu’ils puissent être, ils se voient comme le nez au milieu de la figure. La seconde gêne, beaucoup moins connue, est le poids. En effet, les poissons nageurs modernes possèdent des nages absolument superbes qui ne supportent pas de contrainte. L’acier est lourd, il entrave la nage de certains leurres, empêche les leurres flottants de remonter correctement et fait systématiquement couler les leurres suspending (densité neutre). Il existe un stratagème pour avoir un bas de ligne discret sans pour autant se faire couper par maître Esox. Le fluorocarbone ou le nylon de diamètre important est une solution miracle. Le fluorocarbone a ma préférence pour les raisons citées précédemment et pour une résistance à l’abrasion supérieure au nylon. Afin de ne pas se mettre d’obstacle dans le choix du diamètre, il faut partir du principe que, quel que soit son épaisseur, le fluorocarbone reste invisible sous l’eau. Afin de résister aux frottements contre les dents, seuls les diamètres compris entre 50 et 60/100 sont réellement efficaces. Les tailles supérieures sont difficiles à nouer. J’ai employé presque tous les diamètres compris entre 50 et 60/100, depuis quatre ans que je pêche le brochet avec des bas de ligne en fluorocarbone, sans voir de réelle différence quant au résultat. Je pêche en ce moment avec un 55/100 acheté dans une boutique mouche qui me satisfait complètement. Bien sûr, plus le diamètre est important et plus la sécurité est grande. J’ai dû capturer plus de cinq cents brochets avec du fluorocarbone comme bas de ligne, dont certains très gros et d’autres qui avaient correctement avalé le leurre. Je ne me suis fait couper qu’une dizaine de fois. Le nombre de touches avec un bas de ligne transparent est tellement plus important qu’avec tout autre type de bas de ligne que je veux bien accepter de perdre un brochet sur cinquante ! D’une façon assez surprenante, ce sont toujours des brochets de petite taille qui m’ont coupé le bas de ligne. Les gros poissons ont les dents plus écartées et beaucoup moins dangereuses. En ce qui concerne la longueur du bas de ligne, comme pour le bar, un mètre semble être la taille idéale.
    Concernant les autres espèces de poissons, que ce soit les perches, les silures ou les sandres, ils ne font pas la différence entre un bas de ligne de 20 et de 40/100, le fluorocarbone est virtuellement invisible. Le fait que votre bas de ligne soit un peu épais et rigide ne gène en rien la nage de votre leurre, bien au contraire. Par contre, il est nécessaire de rester cohérent sur le rapport entre la taille de votre leurre et le diamètre du bas de ligne. Si vous désirez pêcher des perches ou des black bass avec un petit leurre léger de 5 cm, c’est évident qu’un bas de ligne en 50/100 risque d’entraver sa nage. Il n’existe pas de vérité en matière de pêche. Soit vous pêchez avec un bas de ligne en 25 ou 30/100 et prenez le risque de vous faire couper, soit vous mettez un bas de ligne en 50/100 et votre leurre nagera moins bien. Rien n’est parfait ! Dans tous les cas, un gros monofilament sera toujours meilleur que l’acier !

    COMMENT ATTACHER SON LEURRE ?

    Toujours dans un souci d’efficacité et de discrétion, l’attache entre le bas de ligne et le leurre doit être la plus simple possible. La plupart des leurres (poissons nageurs, leurres souples avec tête plombée…) nagent sur un axe. Le risque de vrillage est donc nul. À part pour les cuillères tournantes, l’utilisation d’un émerillon est inutile. Plutôt que de gêner la nage du leurre avec un émerillon agrafe, préférez l’utilisation d’une agrafe simple. Il existe dans le commerce de nombreuses marques qui proposent des petites agrafes en inox très solides de conception diverses. Les agrafes Rapala n° 2 et celles de marque Ilex sont excellentes, mais il en existe d’autres d’aussi bonne qualité. La réussite d’une partie de pêche ne tient pas à grand-chose. On peut essayer de mettre un maximum de chances de son côté en étudiant tous les aspects du matériel. Les pêcheurs attachent généralement beaucoup d’importance à la forme ou à la taille des leurres et assez peu à la conception de leur bas de ligne. Pourtant, c’est sûrement la partie de la ligne qui va passer le plus de temps dans l’eau au cours d’une partie de pêche. Toutes les techniques de pêches, que ce soit la pêche à la mouche ou la pêche aux leurres, ont un dénominateur commun : discrétion rime souvent avec efficacité…

  • Le dragage est un “bruit” …

    Le dragage est un “bruit” …

    La phrase vous a peut-être échappé. Précédemment, Jean-Christian Michel expliquait dans un article intitulé “Ne draguez plus !” tous les méfaits du dragage de la mouche sur et sous l’eau et surtout du bas de ligne. En écrivant que le dragage est un “bruit”, il trouvait là un moyen adapté à notre compréhension d’être humain de nous faire comprendre à quel point les vibrations sont perçues par les poissons sauvages. Nous lui avons donc demandé de poursuivre sa vision du dragage par cette seconde partie.

    Les poissons sont des êtres bizarres. Ils ont des yeux pour voir, des narines pour sentir et des ouïes, non pas pour ouïr, mais pour respirer… De plus, un poisson, selon nos perceptions humaines, c’est muet comme une carpe, on le sait depuis toujours.

    Mais même s’ils ne possèdent pas d’oreilles, en sont-ils sourds pour autant ? Certainement pas ! Que les poissons soient sensibles aux vibrations n’est pas une nouveauté. En disant que les vibrations qui atteignent les poissons sont perçues comme un bruit, je ne veux pas dire que ces animaux ont des oreilles (en nos temps de « dangereux » anthropomorphisme, je tenais à le préciser !), mais qu’il existe une dimension d’apprentissage dans la perception de certaines vibrations et dans le sens que les poissons leur donnent : à savoir soit de la confiance, soit de la méfiance. Pour toutes les espèces, les vibrations qui parcourent l’environnement dans lequel elles vivent remontent jusqu’à leur cerveau par l’intermédiaire de la ligne latérale qui court de la nageoire caudale jusqu’au crâne et qui, par analogie, peut être qualifiée d’ « oreille ». Certaines espèces possèdent en plus des pores ou des glandes spécifiques qui sont autant de terminaisons nerveuses supplémentaires pour les informer sur les vibrations produites par leurs proies potentielles.

  • Nymphe à vue hors des sentiers battus…

    Nymphe à vue hors des sentiers battus…

    L’esprit et les techniques de la pêche en nymphe à vue sont les mêmes en petite qu’en grande rivière. En revanche, tout le monde n’a pas la possibilité de pêcher régulièrement la basse rivière d’Ain, la Loue ou le Doubs franco-suisse… Des cours d’eau plus modestes (et pas toujours des “chalk streams”) peuvent également être prospectés par cette technique à condition de faire preuve d’un peu d’imagination et de s’adapter aux contraintes spécifiques à ses rivières. Certains petits cours d’eau voient dériver des phaesant tails depuis vingt-cinq ans et les truites n’y sont pas plus faciles qu’ailleurs… Ils concentrent en outre les difficultés que l’on rencontre en grande rivière en termes de discrétion et de présentation et nous forcent à nous recentrer sur l’essentiel… faute de place ! Voyage au pays de Gulliver nympheur.

    Par Jean-Christian Michel

    Présentation aval, longue pointe et nymphe légère, voici les fondements communs à la pêche de tous les cours d’eau. Il n’y a rien à retrancher à cela. Mais des adaptations techniques et stratégiques peuvent se révéler nécessaires… car les petites rivières ne se pêchent pas uniquement à l’arbalète !


    Petites rivières de plaine

    Les truites de ces cours d’eau n’ont pas la possibilité de se réfugier au milieu de la rivière, hors de distance de tir, pour échapper aux pêcheurs. Elles peuvent seulement se cacher sous les berges creuses (là où EDF n’est pas parvenu à détruire la totalité de la capacité d’accueil du cours d’eau…).
    Mais ces pauvres farios reçoivent un coup d’arbalète sur le bout du nez dès qu’elles en sortent.
    Il en résulte que ces poissons sont très éduqués à ce procédé et deviennent vite imprenables ainsi, même si on les approche en rampant, avec une tenue de camouflage ou à l’aide de quelque autre ruse indigne d’un père de famille respectable. Pour tromper la vigilance de ces truites de bordures hyperstressées, il est nécessaire de les attaquer de plus loin.

    Prenez de la distance

    Pêcher de loin des truites qui se tiennent près du bord n’est paradoxal qu’en apparence. Un bon garde-fou est d’imaginer un cercle de deux ou trois mètres de rayon dont le poisson serait le centre et de se dire qu’il est interdit d’y faire percuter une nymphe à la surface, aussi légère soit elle. C’est une évidence en grande rivière, mais dans les petits cours d’eau la végétation et le faciès de la rivière nous incitent souvent à “taper court” et à surplomber nos nymphes, choses que ces truites ne pardonnent pas. Nous avons tous, un jour ou l’autre, échoué devant cette truite positionnée juste sous notre scion et qui ignorait nos nymphes en restant raide comme un garde de Buckingham… jusqu’à ce qu’un sillage du fil à la surface ou une branche qui craque ne la fasse fuir. Or, le même poisson était capable de faire des écarts d’un mètre pour s’alimenter quand nous l’observions de plus loin… Il faut respecter ce cercle virtuel dans lequel la truite est en confiance et, surtout, ne pas essayer de lui amener la nymphe dans la gueule, mais au contraire l’inciter à se déplacer pour prendre. On se placera donc bien en amont du poisson et on l’attaquera au moyen d’un lancer conventionnel et d’une nymphe non plombée afin que celle-ci s’approche du poisson sans avoir percuté la surface. Les truites de bordure retrouvent alors plus volontiers leur curiosité naturelle.

    Attention au dragage

    Lorsque la truite est postée plus au large, il est important de déterminer sur quelle rive le courant “porte” le plus afin de prévoir son posé et sa dérive sans jamais dépasser la veine la plus puissante, sous peine d’accentuer le dragage. Dans les zones calmes, cela n’est pas évident au premier coup d’oeil.
    La veine à ne pas dépasser se trouve souvent du côté de la berge la plus abrupte ou au milieu de la rivière, quand son cours est homogène. Ici comme ailleurs, le syndrome poussant à vouloir attaquer le poisson sur la rive d’en face fait des ravages ! Cet élément est important à prendre en compte afin de déterminer la meilleure rive pour attaquer la truite, alors qu’en grande rivière ce point est d’autant moins crucial que le lit de la rivière est large, et son cours homogène.


    Un bas de ligne très maniable

    Pour ces pêches de bordure, je troque souvent mon bas de ligne progressif de 10 cm en 10 cm pour un modèle plus ramassé au niveau du talon, mais avec une pointe toujours aussi longue. Le but est de parvenir à fouetter facilement avec seulement un ou deux mètres de soie sortie. On me dira, avec raison, qu’il est possible avec un modèle traditionnel et une nymphe légère de fouetter le bas de ligne, sans sortir de soie… mais, quand on est dans les ronces jusqu’au cou et que le moindre battement de canne met le poisson en alerte, il est rassurant de poser son bas de ligne sans gesticuler comme un Xerxès fouettant les eaux… Le bas de ligne en question n’a rien d’extraordinaire, mais il convient assez bien à cette pêche à courte distance.

    Sa formule est la suivante :
    25 cm de 40 %
    30 cm de 35 %
    45 cm de 30 %
    60 cm de 25 %
    75 cm de 17 %
    270 cm de 12 %

    soit, au total, à peine deux longueurs de canne.
    L’ensemble ne monte pas volontiers dans les anneaux et possède une dynamique aléatoire à grande distance, mais il permet de poser en paquet à courte distance d’un simple coup de poignet, chose que je juge plusutile dans les circonstances qui nous intéressent. A vous de juger ! Cette façon de procéder peut se transposer en grande rivière pour pêcher les berges abruptes et encombrées par la végétation, car, contrairement à ce que croient les accros du wading, les truites ne sont pas toujours au beau milieu de la rivière…

    Alerte maximale

    Bien évidemment, sur ces petits chalk streams, il est interdit de tremper un seul crampon de cuissarde dans l’eau, sous peine de ne jamais voir une truite digne de ce nom. Le pêcheur doit également se tenir très en retrait de la rive, poser le minimum de soie sur l’eau (il est également bon de sous-charger la canne avec une soie plus légère que prévu par le fabricant afin de gagner en discrétion, ce n’est pas un handicap dans cette pêche à courte distance). Enfin, lors des déplacements, on s’approchera toujours de la rivière de façon perpendiculaire, sans jamais longer le cours d’eau, ni pour monter ni pour descendre. Précautions cruciales par eaux basses…

    Pêche à vue… mais pas seulement dans les chalk streams !

    D’abord, une remarque particulièrement puissante : pour pêcher à vue, il faut y voir. Ce n’est pas le faciès d’écoulement de la rivière mais la clarté de l’eau qui est la condition sine qua non. Aïe, un égaré, se dit alors l’homme d’entendement, il va nous faire le coup de la nymphe à vue en torrent ! Non, pas vraiment…enfin, si ! Connaissez-vous quelqu’un qui est capable de transformer en quelques minutes un superbe torrent vert en vilaine flaque marron… ? Mais EDF, bien sûr ! Il n’y a qu’à fermer les vannes du barrage quand monsieur le Préfet décide qu’il n’y a plus besoin d’eau pour les rafteurs et, si vous avez la chance d’être là avant que le troupeau des randonneurs aquatiques ne vienne piétiner les aprons, alors vous avez la possibilité de pêcher à vue des truites qui voient rarement passer des nymphes légères. (Toute ressemblance avec un torrent vert de Provence serait vraiment fortuite, ndlr.) Vous comprendrez qu’en passant de 20 m2/s à 0,5 m2/s, les cours d’eau changent drastiquement de faciès ! La pêche à vue devient alors possible sur des rivières inatten-dues, même s’il est vrai que le nombre de postes intéressants à pêcher par notre technique est souvent limité. Ces parcours sont en revanche très chaotiques (rochers, falaises, failles, vasques…) et il est rare de pouvoir effectuer de longues dérives dans un courant homogène. La pêche n’y est pas très académique mais elle mérite parfois qu’on s’y attarde.
    Les truites ne sont jamais très loin de leur refuge et il convient de les pêcher sur des dérives assez courtes et de préférence en surplomb, afin que le bas de ligne ne soit pas capté par des petits courants qui empêchent la nymphe de couler. On comprend vite que la transparence est en fait tissée d’une multitude de veines d’eau et qu’il faut être une truite pour s’y faufiler ! Afin d’aider la nymphe à couler, on misera plus sur un coup de patte vif et sur la longueur de la pointe et de la cloche formée par celle-ci que sur un posé détendu sur toute la longueur du bas de ligne. Sans employer pour autant des nymphes casquées, il peut-être en revanche nécessaire d’utiliser des modèles plombés à 10 tours de fil de plomb 0,20 mm.
    Côté bas de ligne, un modèle progressif habituel (premier brin du talon réalisé avec 45 cm de 40 %) convient bien, mais selon le faciès de la rivière il peut être intéressant de raccourcir le porte-pointe afin d’accentuer l’effet de cassure entre le talon et la pointe lorsqu’il devient nécessaire de faire taper les nymphes, lors de dérives assez courtes. Peu académiques, ces pêches hors des sentiers battus réservent parfois des surprises de taille…

  • Bas de ligne, éloge de la simplicité.

    Bas de ligne, éloge de la simplicité.

    Parmi les éléments qui ont contribué par le passé à faire de la pêche à la mouche une technique “d’élite”, le bas de ligne a toujours été placé en première ligne.
    Sur lui reposent tous les espoirs de présentations aussi précises que naturelles.
    Seulement voilà, à vouloir faire compliqué “pour faire bien”, on en oublie que seul le résultat compte. La tendance actuelle en matière de bas de ligne penche pour une simplification des formules. Voyons comment et pourquoi… Par Jean-Marc Theusseret 

    BDL2

    Les bas de ligne sont souvent la bête noire des pêcheurs à la mouche. Des formules simples et très efficaces existent. Elles méritent d’être essayées.


     Tant que la pêche à la mouche existera, on parlera des bas de ligne, liens inévitables entre la soie et la mouche.

    Botte secrète de nombreuses fines gaules qui le plus souvent ne sont pas très bavards au sujet de sa composition, le bas de ligne a toujours constitué un élément mystérieux apte à agiter les esprits. Au milieu du siècle dernier, cet élément de l’attirail du pêcheur à la mouche était volontairement présenté comme une chose complexe, et de nombreux auteurs halieutiques de l’époque contribuaient à le rendre particulièrement ésotérique. Certains d’entre eux se confondaient en formules mathématiques qui n’avaient d’autre but que d’asseoir leur statut d’expert halieutique, mais qui au final ont été un frein au développement de cette belle pêche à la mouche. Du temps des pêches faciles, le bas de ligne était principalement progressif.

    Ombre

    C’est-à-dire que la longueur des brins de nylon était de plus en plus courte au fur et à mesure que les diamètres diminuaient.

    Ce principe dit “rapide” en raison de son aptitude à s’étendre facilement au lancer est toujours utilisé pour les cours d’eau agités. A l’époque, il l’était aussi en rivières de plaine. Il aura fallu attendre le milieu des années 1980 pour que Piam dévoile le bas de ligne avec lequel il pêchait à la nymphe à vue, d’une conception inverse (dite dégressive) puisque les brins se voyaient allongés progressivement.

    Cet article, publié à l’époque dans Le Plaisir de la pêchede Philippe Matthieu, allait bouleverser le monde de la pêche à la mouche. Plus exactement, il y avait ceux qui avaient immédiatement pris conscience de l’ampleur du phénomène et… les autres ! Concrètement, il devenait possible, grâce à une longueur totale comprise entre 6 et 7 mètres et d’une pointe d’une longueur de canne, d’effectuer des dérives naturelles d’une longueur inimaginable, de leurrer des poissons craintifs, de pêcher plus fin… Depuis, la plupart des pêcheurs français pratiquant en grandes rivières ont adopté ce principe de grand bas de ligne dégressif (soit une longueur comprise entre 5,50 et 7 mètres). Pour aussi efficace qu’elle soit, cette formule nécessite au total neuf brins de nylon, soit les diamètres de 45, 40, 35, 30, 25, 20, 16, 14/100 et pointe.