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Étiquette : bars

Poisson-nageur : du rôle des billes
Stabilité au lancer, émission de sons de haute ou de basse fréquence, amélioration de la nage, les leurres à billes ne sont pas le fruit du hasard, mais naissent des mains de spécialistes opérants comme de véritables génies. Explications, pour ne plus jamais regarder un poisson nageur comme un vulgaire pastiche.
Par Alban Choinier
Améliorer les distances de lancer
Les premiers poissons nageurs mis au point par un génial pêcheur finlandais étaient plutôt destinés à effectuer leur dure besogne tractés derrière un bateau. Ces leurres avaient été pensés pour nager sous l’effet d’une traction, et non pas pour être lancés. D’autant plus que le matériel n’avait pas atteint de niveau de perfectionnement actuel. Les poissons nageurs en bois ont la densité de leur matériel de construction. Le centre de gravité est souvent situé au centre du leurre, ce qui a pour désagréable effet de le faire tournoyer en l’air pendant le lancer. La résultante est une perte de précision et de distance. Pour améliorer tout cela, des ingénieurs japonais ont imaginé un subterfuge : modifier le centre de gravité. Les billes font alors leur apparition. Placées dans le tiers arrière, dans le cas des leurres de surface, les billes apportent du poids vers le cul du piège et modifient ainsi le centre de gravité. Le leurre part comme une fusée sans tourner. Pour les poissons nageurs, le problème est un peu différent. Pour nager correctement, le centre de gravité doit être vers le centre du leurre, alors qu’il doit être vers l’arrière pour le lancer. La solution a été trouvée en plaçant une ou plusieurs billes sur un rail, avec la possibilité pour elles de passer du milieu vers l’arrière. Pendant le lancer, elles coulissent vers l’arrière et, lors de la récupération, elles regagnent bien sagement leur place au centre du corps. Ces billes destinées à améliorer les distances de lancer sont rarement très bruyante. Le son qu’elles produisent est souvent sourd, du fait de leur masse.
Déclencher la curiosité ou l’énervementLes poissons, en règle générale, et surtout les carnassiers, sont très curieux. Les bruits provoqués par des leurres à bille amènent des poissons à se déplacer sur des distances considérables. Les billes destinées à faire du bruit sont souvent en verre ou en laiton. Placées dans des loges spécifiques (souvent dans la tête du leurre), elles n’existent que pour s’entrechoquer. Les poissons n’attaquent pas obligatoirement les leurres pour se nourrir. Ils peuvent être dérangés par le bruit assourdissant d’un leurre à bille et l’attaquer par agressivité. N’ayant pas de mains (!!!), il leur arrive quelquefois de suivre un leurre et de le prendre dans la gueule pour vérifier la nature de l’élément perturbateur, ce qui leur réserve souvent une drôle de surprise.
Améliorer la nage
Certains leurres ont une bille, d’un poids souvent considérable, placée au niveau du “ventre’’ sur un rail perpendiculaire au sens de la nage. Cette bille se déplace donc dans le sens de la largeur, et non pas de la longueur. À chaque mouvement du poisson nageur, la bille passe d’un côté à l’autre en modifiant à chaque fois la répartition des masses. L’effet “rolling’’ est plus accentué. Pour faire simple, le poisson nageur concerné a tendance à balancer fortement sous l’effet des coups de scion.
À consommer avec modérationLes leurres à billes provoquent une réaction particulièrement positive sur absolument tous les prédateurs, que ce soit des truites, des brochets, des black-bass ou des bars. Les poissons qui n’ont jamais eu l’occasion d’entendre des leurres bruiteurs réagissent au quart de tour. Par contre, même s’ils ne sont pas doués d’intelligence, les poissons développent une sorte de méfiance. Sur les zones où des leurres bruiteurs sont systématiquement mis à l’eau, et ce, depuis un certain temps, les poissons commencent à les éviter. Fort heureusement, d’une année à l’autre, les poissons oublient et les lieux sur-pêchés de cette manière ne sont pas non plus légion.
Quelle sonorité pour quel poisson ?
On peut classer très grossièrement les leurres bruiteurs en deux catégories, ceux à sonorité grave et ceux à sonorité aiguë. Aussi surprenant que cela puisse paraître, le son du leurre a une réelle importance. N’ayant aucun don pour la voyance, je ne m’aventurerais pas dans des pronostics hâtifs. Sans aucune raison apparente, il arrive certains jours que les poissons refusent systématiquement les leurres à sonorité aiguë pour prendre ceux au son grave. Fort de votre constatation, vous arrivez sur le même poste le lendemain avec le leurre qui vous a porté chance pour vous apercevoir que le son ne leur plaît plus. Ils veulent cette fois-ci de l’aiguë. En fait, c’est bien souvent à n’y rien comprendre. En eau douce, le black-bass est un spécialiste de ce genre de comportement déroutant. En mer, le bar peut certains jours rendre fou n’importe quel pêcheur. J’ai à ce titre une anecdote assez représentative. J’avais modifié au cours d’une longue journée d’hiver un de mes leurres de surface. En perçant un petit trou dans la tête de mon leurre et en le rebouchant avec de la résine, j’avais ôté des billes en verre destinées à l’origine à créer un son. Nous pêchions le bar du bord avec deux amis. Les bars suivaient nos leurres sans jamais les prendre. Le leurre le plus attractif était justement une version normale du leurre que j’avais modifié. J’ai changé mon leurre d’origine pour exactement le même leurre, mais sans les billes en verre. J’ai fait ce jour-là une pêche magnifique, alors que mes deux collègues continuaient à s’arracher les cheveux. Il arrive aussi certains jours que les leurres silencieux donnent les meilleurs résultats !
Eau vive ou eau calme ?En matière de son, il existe quand même une vérité applicable aussi bien en mer qu’en eau douce. Plus le milieu aquatique est remuant, plus les leurres sonores vont être efficaces. Si vous pêchez dans les chutes d’un barrage ou dans la mousse du ressac, un poisson nageur très bruyant sera nécessaire pour se différencier du bruit ambiant. Ceux d’entre vous qui ont eu l’occasion de faire de la plongée sous-marine savent de quoi je parle. À l’inverse, si la mer est d’huile ou si vous pêchez dans un lac très calme, préférez des leurres assez discrets. Dans ce cas précis, trop de bruit peut produire l’effet inverse à celui recherché… sachant que l’exception confirme la règle ! La prochaine fois que vous aurez un poisson nageur dans la main, secouez-le et essayez d’analyser le rôle des billes et leur sonorité. Vous allez vite vous apercevoir si elles sont destinées à améliorer les distances de lancer, à faire du bruit ou les deux à la fois. Ou si, comme dans certains leurres bas de gamme, elles ont été emprisonnées n’importe où pour faire plaisir au pêcheur !

Reins / Rock Vib
C’est l’un des leurres les plus en vue depuis le début de l’année. Cette gamme de la marque japonaise Reins a été développée pour la pêche en rock fishing, très en vogue au Japon, et pour le street fishing, une autre mode qui touche plusieurs pays dont la France. Le Rock Vib existe en quatre tailles dont la plus petite est surtout destinée aux perches et aux chevesnes, alors que les autres sont beaucoup plus polyvalentes puisque grosses perches, sandres, black-bass, bars, silures et brochets se font prendre au jeu des Rock Vib 7,5, 10 et 12 cm. La matière qui les compose n’est pas collante et pourtant ce leurre a une texture étrange très souple et assez molle.
Longueur : 5, 7,5, 10 et 12 cm.
Conseils d’utilisation
Pour avoir essayer des dizaines de shads en tout genres, le Rock Vib est un cas à part. Lors de sa nage avec une tête plombée ronde ou football, c’est tout le corps qui se désaxe latéralement depuis le pédoncule caudale jusqu’à la tête. Irrésistible ! Les Rock Vib se contentent de peu de lest pour nager convenablement (à partir de 3,5 g pour le 12 cm !). C’est en cela que ce leurre est différent des autres et qu’il fait la différence dans les eaux très pêchées ou par eaux basses et claires. Evitez de le surlester pour le laisser faire son numéro !
Prix conseillé : 5,90 euros (pack de 12 à 20 selon les tailles).
L’Open Labrax d’Oléron pour Benoit Pain et Raoul Malcoste
Les 8 et 9 octobre, une étape
de la Labrax Cup s’est tenue à Saint-Denis d’Oléron. Organisé pour la cinquième
année par l’Association des pêcheurs d’Antioche, le cinquième open de la saison
s’est déroulé dans des conditions
de pêche difficiles avec une forte houle et une mer démontée. 37 équipes ont
participé à cette épreuve charentaise de pêche au leurre dédiée exclusivement
au bar. Au terme de ce
week-end, Benoit Pain et Raoul Malcoste du team Breizh-Iles se sont imposés
devant les équipages sponsorisés et notamment le triple vainqueur de la Labrax
Cup, Yoann Houssais du team Illex/Navicom qui a, tout de même, remporté le prix
du plus gros bar avec un poisson de 71cm.Résultats :
1. Benoit Pain/Raoul
Malcoste, team Breizh-Iles2. Yoann
Houssais/Nicolas Jeanne, team Illex/Navicom3. Erwann
Troadec/Erwann Lemesle, Team Wan’s UpRenseignements :
Photo : © Labrax Cup

Le Savagear Sandeel 10 cm
Les leurres souples Savagear Sandeel sont les premiers leurres de la marque Savagear à être orientés spécifiquement mer. Je les ai découverts à l’occasion de mon dernier séjour en Bretagne. Leur efficacité sur les bars est surprenante.
Mon ami Vincent Drieu, chef de marché chez Terres & eaux, qui revenait d’une semaine de pêche en Bretagne nord et avait particulièrement réussi en les utilisant, me les avait chaudement recommandés. J’en ai donc acheté deux pochettes sur la route des vacances. Ce leurre a été une véritable révélation. Il m’a permis d’obtenir de très bons résultats avec un autre collègue, Pierre, qui terminait un nouvel été consacré quasi exclusivement à la pêche du bar aux environs de l’île de Bréhat. Les conditions de pêche étaient pourtant difficiles, tant du bord qu’en bateau. Après avoir essayé un Sandeel que je lui avais laissé et pris plusieurs jolis poissons au dessus des parcs, Pierre ne jurait plus que par ce leurre et s’empressait, le lendemain, alors qu’il m’emmenait pour une nouvelle journée de pêche, de me demander si j’avais bien pris de ces leurres, car le sien avait rendu l’âme. Nous avons utilisé le modèle non monté en taille 10 cm au dos vert et au ventre transparent pailleté argent.
Ce leurre peut être monté sur des têtes plombées de 7 à 30 grammes, les têtes de 14 et 21 grammes étant un bon compromis pour la pêche au lancer ramener du bord ou en bateau au – dessus de parcs, dans peu d’eau. Grâce à sa petite taille, ce leurre imite particulièrement bien les poissonnets que le bar a l’habitude de chasser au coeur des parcs ou le long des plages de galets où il m’a permis de tirer mon épingle du jeu.
Le Sandeel permet aussi bien de pêcher en lancer ramener qu’en pêche verticale où il devra être un peu plus lesté (30 grammes par exemple). Il ne nécessite qu’une animation très minimaliste car sa queue frétille à la moindre sollicita-tion. Sur les poissons assez difficiles auxquels nous avions affaire, il était particulièrement performant en pêche linéaire lente, à proximité du fond.Les leurres Sandeel 10 cm sont vendus en blister de un leurre monté sur une très belle tête plombée et une queue de rechange, ou en blister de quatre queues seules. Le modèle monté mesure 12,5 cm et pèse 23 grammes, un bon compromis pour ce leurre. Je préfère pour ma part utiliser des têtes de ma fabrication, aux grammages variés, pour m’adapter au mieux aux postes prospectés. Ce leurre est moulé en trois couches successives de différentes couleurs. Son ventre est agrémenté de grosses paillettes argentées qui renvoient des éclats du plus bel effet à chacun des amples battements de sa queue. La matière est très souple, ce qui permet au Sandeel de nager à la moindre sollicitation.
Cette souplesse et la superposition de trois couches de plastique successives, le rendent toutefois un peu fragile. Il a tendance parfois à se délaminer au niveau de la queue ou au niveau du renflement des têtes plombées qu’il convient en fait de bien ajuster. La tête plombée fournie d’origine est parfaitement adaptée au leurre. Elle ne comporte qu’un tout petit ergot qui ne l’abîme pas. Ce leurre peut n’être moulé qu’en une seule couche pour éviter ce phénomène, mais il perdrait peut être alors de son attractivité. Le Sandeel Savagear est décliné en quatre autres modèles, plus grands, que je n’ai pas eu l’occasion de tester et qui semblent tout aussi efficaces, à condition qu’ils soient adaptés à la taille des proies consommées par les bars.
Labrax Cup : l’Open de Chausey pour l’équipe Barteam
C’est sous un grand soleil et
sur une mer calme que s’est déroulé le quatrième Open de la saison 2011 de la
Labrax Cup, organisé par l’équipe du CPAG de Granville. 25 team ont recherché pendant
deux jours (24 et 25 Septembre) les bars, mais ceux-ci se sont fait désirés.
Ainsi, 62 captures seulement ont été réalisées à l’issue de la première manche.
Le dimanche, les conditions météorologiques furent plus ou moins identiques,
favorisant les pêcheurs en finesse. Clément Nicolas et Pierre Gaber El du team
Barteam sont parvenus à tirer leur épingle du jeu remportant ainsi l’Open. Bravo
à eux.Résultat :
1.Team BARTEAM, Clément Nicolas/ Pierre Gaber El
2. Team JLP FISHING, Pascal
Rodriguez/ Frédéric Noël3. Team ILLEX NAVICOM, Yoann
Houssais / Nicolas JeanneRenseignements :
Photo : © Labrax Cup

Labrax Cup de Cherbourg : la trêve est finie !
48 équipes se sont données
rendez-vous les 3 et 4 Septembre à Cherbourg pour le quatrième open de la
saison 2011. Sur une zone de pêche de 11 miles, de la digue de Collignon à
Gouberville, ces pêcheurs aguerris tenteront de séduire les bars locaux. Huit
heures de compétition par jour pour départager les leaders qui seront tous
présents pour cette rentrée. A noter, la bonne idée de l’organisateur Aurélien
Mouchel qui se bat pour l’augmentation de la taille des bars pêchés : « Nous
distribuerons aux vainqueurs (non sponsorisés) un t-shirt avec
l’inscription : 42, Yes we canne !».Renseignements :
Photo : Labrax Cup

Guide de pêche en Bretagne : Philippe Dolivet
Nous connaissons tous Philippe Dolivet, de réputation, un guide hors paire. Donc quand Tourisme Bretagne, le site des ballades et du plaisir breton parle de lui, et bien c’est tout à son honneur et nous nous devions de nous en faire l’écho ! Mais ce n’est pas tout, Philippe vient également de rejoindre l’équipe des guides de Planet Fly FIshing, dont le titre d’agence prend tout son sens car ils représentent maintenant de nombreux guides dans l’hexagone, tous meilleurs les uns que les autres et dont ils gèrent également les voyages à l’étranger.
N’oubliez pas de lire le son blog !
En tous cas, si vous voulez vous faire la main sur les bars et si vous voulez vous-même vous rendre compte que la Bretagne est un pays de belles truites et de belles rivières…vous savez à qui vous adresser !

L’Ifremer persiste et signe : les pêcheurs récréatifs français auraient capturé 5 600 tonnes de bars en 2009
Et comme en 2008, après la première “étude” de cet institut visant à
établir un premier état des lieux en ce qui concerne l’activité des
pêches récréatives au plan des captures, nous reposons la question : de
qui se moque l’Ifremer ?Par Pierre Affre
Cette nouvelle enquête publiée en 2010, montrerait que les pêcheurs récréatifs et sportifs, prendraient non pas autant, mais plus de bars (5 600 tonnes contre 5 000 t) que les professionnels. Oui, vous avez bien lu, les “pélagiques”, bolincheurs, fileyeurs, chalutiers et ligneurs ne feraient pas le poids, question prélèvements, face à l’armada des pêcheurs à la ligne.
Ici, un petit retour en arrière s’impose, car la première enquête diligentée par un institut aussi prétendument sérieux, savantissime, célèbre et célébré qu’Ifremer fit l’effet, lors de sa publication il y a trois ans, d’un véritable pavé dans la mer, éclaboussant nos certitudes de pêcheurs amateurs à la ligne. Alors que nous pensions capturer, quand il y en avait encore un peu, disons jusqu’à il y a une dizaine d’années, peut-être entre 2 et 5 % en tonnage de ce que prélevaient les professionnels, voila qu’Ifremer nous apprenait que nous en prenions au moins autant que ces derniers…
Et cette enquête arriva à point. Rappelonsnous, le Grenelle de la mer était dans les tuyaux de monsieur Borloo, on parlait beaucoup de gestion durable de la ressource, des stocks de poissons qui déclinent et les marins pêcheurs étaient drôlement dans le collimateur des WWF, Greenpeace et d’autres ONG qui les tenaient pour responsables de cet appauvrissement. Mais, attention, même s’ils pillent la mer tant qu’ils le peuvent, les marins pêcheurs ne s’enrichissent pas pour autant et même, pour la grande majorité d’entre eux, s’appauvrissent, de plus ils font un métier harassant, dangereux, et se lèvent tôt… Cette enquête Ifremer tomba donc au bon moment et arrangea bien les politiques : “S’il n’y a plus de bars, de maquereaux, de dorades, ce ne sont pas vous, les honnêtes travailleurs de la mer, qui en sont responsables, mais les gentils pêcheurs amateurs, récréatifs, sportifs qui en sont coupables…” Les résultats de cette enquête Ifremer 2006- 2007 provenaient d’un sondage de l’Institut BVA qui avait fait interroger 20 000 ménages par téléphone à travers toute la France.Ménages ou familles, dont les neuf dixièmes des membres n’avaient jamais vu un bar et n’en avaient sûrement jamais mangé non plus (vu son prix, même quand il est d’élevage). Néanmoins, ce sondage Ifremer/BVA concluait que “la part des ménages comprenant au moins un pêcheur de loisir en mer en 2005 (c’est-à-dire ayant réalisé au moins une sortie de pêche en 2005) s’établit à 6,7 %, avec en moyenne 1,57 pêcheur de 15 ans et plus par foyer. Au total, 5,1 % de la population française âgée de 15 ans et plus pratiquent la pêche de loisir en mer.” Admirons la précision des chiffres. Et de poursuivre : “L’enquête a permis d’établir le profil des pêcheurs de loisir en mer.
En métropole, ce profil se caractérise par :
• Une très large surreprésentation des hommes (82 %)…” Sans passer 20 000 coups de téléphone, on sait qu’en France, tant pour la chasse que pour la pêche, les effectifs pratiquants féminins se situent dans une fourchette de 5 à 15 % maximum… “• Un âge plus souvent situé dans les tranches intermédiaires (84 % de 25 à 64 ans).” Encore un résultat surprenant et, remarquons-le ici, d’une précision “tupéfactionnante” : 84 % de 25 à 64 ans… Là encore, pas besoin d’analyser 20 000 coups de fil pour savoir qu’autour de 80 % des pêcheurs récréatifs sont des hommes qui ont entre 25 et 65 ans… Au pifomètre, nous devrions obtenir à peu près les mêmes chiffres, pour la chasse, la pétanque ou le vélo… “• Une surreprésentation des cadres, professions i n t e r m é d i a i r e s e t employés (34 %).” Là encore, admirons la fabuleuse perspicacité des enquêteurs. Il serait très étonnant, vu leur représentation dans la société française actuelle, qu’on ait trouvé surtout des agriculteurs, des mineurs de fond et des grands invalides de guerre.
“• Une représentation deux fois plus importante en zone littorale (essentiellement en Bretagne, Basse-Normandie et dans les Pays de la Loire) que sur le reste du territoire.” Alors là, bravo et triple hourra pour Ifremer et BVA : arriver à la conclusion qu’il y a au moins deux fois plus de pêcheurs récréatifs en mer, sur nos côtes, plutôt qu’au coeur de l’Auvergne ou du Limousin…, il fallait le trouver et surtout oser le dire et le publier… 15 000 foyers interrogés par téléphone. Par rapport à l’étude de 2006-2007, l’enquête Ifremer 2010 n’apporte rien de bien nouveau, sinon…. 600 tonnes de plus ! Le but de cette étude “affinée” étant toujours de mieux cerner l’impact, essentiellement via les captures, que la pêche récréative peut avoir sur les ressources marines, et notamment les stocks de bars, de maquereaux, de lieus et de quelques autres espèces.Cette fois, ce sont 15 000 foyers qui ont été interrogés par téléphone, en deux vagues, juin et novembre 2009. Les interviews duraient une dizaine de minutes et étaient exclusivement centrées sur la pêche récréative, et notamment celle du bar. L’échantillon, bien évidemment représentatif, comme disent les sondeurs, concernait les foyers des départements des façades Atlantique, Manche et mer du Nord. Au total, 460 pêcheurs de bar ont ainsi été “interviewés”.
Par extrapolation, Ifremer a ensuite estimé à 229 000 Ie nombre de pêcheurs de bars parmi les habitants des départements littoraux, soit 1,8 % de cette population.
Toujours par extrapolation et en réutilisant les réponses obtenues au plan national en 2006-2008, Ifremer conclut à un chiffre global de 2,5 millions de pêcheurs récréatifs en bord de mer (en y incluant… la pêche à pied). Au passage, nous aimerions un peu plus de précision : a-t-on inclus dans les pêcheurs récréatifs les parents qui en été accompagnent leurs bambins à la plage pour pêcher une poignée de crevettes grises et ramasser trois bigorneaux ? Où cela devient plus intéressant, c’est quand on apprend que, toutes pratiques confondues, les pêcheurs récréatifs français capturent annuellement sur notre littoral 24 500 tonnes de poissons (y compris les crevettes grises et les bigorneaux…).L’étude “affinée” des carnets de pêche remplis par les volontaires (combien ? on ne nous le dit pas) pêcheurs de bars aboutit pour cette espèce à une estimation, “extrapolée sans doute”, de 5 600 tonnes. Pour les autres espèces, maquereaux (3 600 t), lieus (3 500 t), crustacés (1 600 t) et céphalopodes (1 000 t), les enquêteurs ont dû, là encore, drôlement « extrapolationner », comme auraient dit les Pieds Nickelés… Quand on connaît un peu la mentalité des pêcheurs, surtout de bars, comment, même en épluchant 100, 200 ou 300 carnets de pêche de volontaires, peuton croire aboutir à un résultat autre que fantaisiste. Il est évident que les très bons pêcheurs amateurs (il en existe et même, pour certains, qui vendent leurs poissons) ne vont rien divulguer de leurs captures.
Jusque vers le milieu des années 70, du bar, il y en avait partout sur nos côtes. Pour s’en persuader, il suffit de lire les articles ou de regarder les « unes » des magazines halieutiques de l’époque.Pourquoi Ifremer n’a pas interrogé les guides ? Les statisticiens du département d’économie maritime du Centre de Brest auraient appris beaucoup plus en interrogeant directement une trentaine de guides professionnels de pêche sportive qu’en faisant passer, par BVA, 15 000 coups de téléphone à des ménages. Tous les ans, en fin d’année, les guides “correspondants” du magazine Pêche en mer établissent un bilan de leur saison. Et comme la plupart sont de très bons professionnels qui passent en moyenne plus de 200 jours sur l’eau à traquer en priorité le bar, ils sont les mieux placés pour connaître, chacun dans leur zone, l’état de la ressource. Le bilan de la saison 2010 est édifiant, pour ne pas dire terrifiant. Partout, de Boulogne à Bayonne, en passant par Dieppe, le Cotentin, la Bretagne, la Vendée et les Landes, les captures se sont effondrées.
Et les ligneurs, pourquoi Ifremer ne les a-t-elle pas interrogés ? La centaine d’adhérents regroupés dans le syndicat des “ligneurs de la pointe Bretagne” publient eux aussi tous les ans, en fin d’année, sous forme d’un communiqué de presse, un bilan de leur saison. En 2009 ce bilan faisait état d’une baisse de 40 % par rapport à 2008. En 2010 par rapport à 2009, la baisse enregistrée est encore plus importante : 50 %… Et il ne s’agit pas là de statistiques fantaisistes, mais de chiffres de vente relevés en criées.Les échos sont analogues du côté des ligneurs de la Manche comme de ceux du golfe de Gascogne. C’est bien tout le stock de bars qui est touché. Le constat est amer, et les inquiétudes d’autant plus grandes qu’après la disparition constatée depuis plusieurs années des gros géniteurs, ce sont maintenant les tranches d’âge des jeunes poissons qui sont également touchées par cette raréfaction. Les ligneurs professionnels comme les pêcheurs récréatifs dénoncent depuis plusieurs années les pillages, razzias, massacres de bars effectués tous les ans entre janvier et mars sur les frayères. Ils ont exprimé leurs craintes auprès d’Ifremer, au regard de cette pression de pêche sans cesse croissante opérée par les chalutiers pélagiques pendant la période de reproduction de l’espèce.
Limités à cinq tonnes de bars par semaine et par bateau (non pas pour protéger la ressource, mais pour éviter que les prix ne s’effondrent), les pélagiques prennent en fait beaucoup plus.
A Cherbourg comme à Roscoff, ports les plus proches des zones de frayère Manche Est et Manche Ouest, tout le monde sait, sauf peut-être Ifremer, qu’existe sur les quais de ces villes un vaste système de débarquement occulte de bars. D’après un observateur, à Roscoff, 80 à 90 % des bars pillés sur les frayères ne passent pas par la criée et sont débarqués directement dans des semiremorques garés sur un quai destiné normalement aux cargos.
Alors, quand Ifremer affirme que les pêcheurs récréatifs prennent plus de bar que les professionnels, nous pouvons légitimement nous poser des questions sur la compétence de cet institut scientifique, à moins que ce ne soit sur sa collusion avec le monde de la pêche professionnelle, ou les deux à la fois.