Blog

  • Autour du wooly bugger : variante renversante !

    Autour du wooly bugger : variante renversante !

    Les yeux en “altère” en plomb ont pour but de faire nager le streamer avec la pointe de l’hameçon en haut. Ce montage est recommandé en cas d’algues sur le fond ou de mousse sur les pierres, afin de limiter les accrochages.

    1. Les yeux en plomb se fixent par enroulements croisés de fil de montage (noir 6/0). Une goutte de colle cyanoacrylate consolide le montage.

    2. Une mèche de marabout olive est fixée en queue, juste avant la courbure.

    3. Ajouter quatre fibres transparente de “crystal flash” le long de la queue du streamer, réparties de façon homogène.

  • Autour du wooly bugger : variante 3 à casque orange

    Autour du wooly bugger : variante 3 à casque orange

    Ah l’orange vif ! Une des rares couleurs vives acceptées des truites sauvages. Les vairons en sont parés de mai à début juillet lors de la reproduction. Mais il faut savoir que cette couleur marche très bien toute l’année. Cette version très courte (aile en tête) permet un bon taux de réussite au ferrage.

    1. Fixer dans l’étau un hameçon Kamasan B 175 n° 8, après avoir enfilé sur la hampe un casque orange n°3 (ABFLY).

    2. Le Ice Dub olive remplace le fil de montage. Fixer une mèche de marabout olive derrière le casque.

    3. Ajouter quatre fibres transparente de “crystal flash” le long de la queue du streamer, réparties de façon homogène.

  • Autour du wooly Bugger (3) : Variante 2 à bille tungstène

    Autour du wooly Bugger (3) : Variante 2 à bille tungstène

    Un modèle très proche de la version originale, mais lestée en tête par une bille de tungstène cuivrée.

    1. Fixer dans l’étau un hameçon Kamasan B 175 n° 8 après avoir enfilé une bille de tungstène de 3,8 mm. La placer en tête.
    2. Le Ice Dub olive remplace le fil de montage. Fixer une mèche de marabout olive derrière le casque.
    3. Ajouter quatre fibres transparente de “crystal flash” le long de la queue du streamer, réparties de façon homogène.

  • Autour du wooly Bugger (2) : Variante Ice Chenille

    Autour du wooly Bugger (2) : Variante Ice Chenille

    Une version plus lumineuse dont le hackle de coq a été remplacé par du Ice Chenille Petitjean également olive. Ces grandes fibres synthétiques sont mobiles dans l’eau. Cela ajoute un peu de vie à ce modèle.

    1. Mettre dans l’étau un hameçon Kamasan B 175 n° 8 et commencer l’enroulement d’un fil de montage 6/0 bordeaux sur la
    hampe.
    2. Faire sept à huit tours de fil de plomb 2/10ème à l’emplacement du thorax. Ajouter une goutte de
    colle sur le plomb.
    3. Prélever une mèche de fibre de marabout olive foncé et la placer à l’arrière de la hampe.

  • Comment bien monter les mouches de légende. 4. Le wooly bugger

    Comment bien monter les mouches de légende. 4. Le wooly bugger

    Cette rubrique se destine au montage des mouches célèbres, aux indémodables modèles qui, aujourd’hui comme hier, font partie des incontournables que tout un chacun doit savoir monter convenablement. Ces mouches de légende font souvent appel à un tour de main très particulier, sans quoi il est impossible d’obtenir un résultat correct.

    La paternité du wooly bugger reviendrait à Russell Blessing, un pêcheur et monteur de Pennsylvanie. Ce streamer daterait de 1967. Avec le Mickey Finn, il s’agit d’un des plus anciens streamers. Cette technique de pêche inspirée de la pêche des salmonidés migrateurs, dont les mouches sont beaucoup plus anciennes, s’est popularisée que très tardivement. A l’origine, le wooly bugger comporte un corps en laine (de wool, laine) et imite plutôt un insecte (bug désignant en anglais toutes sortes de gros insectes de type punaise). Mais dans sa forme définitive, le wooly bugger imite un petit poisson. Sa couleur et sa silhouette font plutôt penser à une larve de libellule, mais son comportement dans l’eau et sa vivacité sont beaucoup plus proches de celle d’un poisson. C’est sans doute le streamer le plus utilisé dans le monde, l’équivalent de la pheasant tail en ce qui concerne les nymphes. En France, cette mouche sans fioriture fait merveille sur les poissons sauvages. Sa version olive plaît beaucoup aux truites et en particulier aux vieux poissons. Si vous cherchez un streamer pour pêcher en pleine confiance, le wooly bugger ne devrait pas vous décevoir

  • Autour du wooly bugger

    Autour du wooly bugger

    Sans aucun doute le streamer le plus polyvalent et le mieux adapté à la pêche des truites sauvages (il prend aussi les autres au passage…). Voici cinq variantes qui permettent de pêcher à différentes profondeurs. Les versions non lestées doivent être
    utilisées avec des soies plongeantes.

    L’ouverture est pour bientôt (tout est relatif) et dans bien des cas, le pêcheur à la mouche devra attendre le coup de midi pour espérer voir voler quelques mouches et tenter les premiers gobages de l’année. Le matin, la pêche au streamer permettra de reprendre contact avec la rivière, tout en mettant toutes les chances de captures de son côté. Pour cela, vous devrez pêcher lentement, proche du fond, avec une soie plongeante et un bas de ligne court (1,50 m). En mars, l’eau est froide et les truites peu mobiles. S’il existe un streamer incontournable pour la pêche des truites sauvages, c’est bien le wooly bugger dans sa version olive, un des plus anciens modèles, dont il existe d’infinies variantes. La version “vert olive” ressemble plus à un bout d’algue qu’à un poisson, mais elle supplante la plupart des modèles imitatifs… C’est comme ça, il ne faut pas chercher à comprendre. En tout cas, nous vous le recommandons vivement ! Voici quelques variantes qui trouvent leur intérêt en fonction des eaux pêchées (lentes, rapides, teintées ou claires, etc). D’autres teintes peuvent être essayées, notamment en présence de poissons d’élevage, mais ce n’est pas le sujet de cette rubrique qui concerne la pêche au streamer des truites sauvages en début de saison. Pour bien monter ces streamers, vous devrez faire attention au choix des plumes de marabout. Sous l’intitulé de la couleur dite “olive” se trouve des plumes de marabout de qualité variable et dont la fameuse teinte passe selon les pochettes du vert clair au jaune moutarde foncé. La teinte à rechercher est un vert olive foncé. Il n’est pas question ici d’esthétisme mais d’efficacité avec des truites sauvages, car notre wooly bugger doit évoquer un vairon. Ces variantes ont été montées avec un hameçon Kamasan B 175 n° 8, dont la forme à hampe courte limite des décrochages (plus la hampe est longue, plus le risque de perte de poissons augmente). Vous trouverez la version originale du wooly bugger dans notre rubrique “une mouche de légende” qui précède ces pages.

  • Montage : de l’influence de la phosphorescence

    Montage : de l’influence de la phosphorescence

    C’est un domaine oublié des monteurs et des pêcheurs et pourtant, dans certains cas, la phosphorescence peut faire la différence, notamment avec les espèces lucifuges comme la truite de mer ou le sandre.

    A l’heure où de plus en plus de monteurs/pêcheurs ont recours aux lampes à UV pour réaliser des nymphes au rendu plus vrai que nature, rares sont ceux qui s’intéressent à la phosphorescence des matériaux de montage. Les produits sont rares et se résument à des bandelettes, plus rarement des fils et du vernis. Cela permet tout de même de faire quelques essais, qui dans certains cas, donnent des résultats encourageants. C’est le cas avec les truites de mer. Ces poissons lucifuges se réfugient dans les fosses la journée pour n’en sortir qu’à la nuit tombée pour changer de poste et continuer leur migration vers l’amont. Les pêcheurs aux leurres utilisent le Tackle House K-Ten, un poisson-nageur phosphorescent qui donne de bons résultats. Il faut savoir que la pêche nocturne de la truite de mer est une affaire de spécialistes et que ces pêcheurs utilisent très peu de modèles de leurres (surtout des Rapala CD 7). Alors, pourquoi ne pas étendre cette fantaisie lumineuse à nos mouches ? Pour la pêche de nuit, l’intérêt est évident, mais dans une eau chargée et un temps couvert, ça mérite également d’être essayé, aussi bien avec les nymphes qu’avec les mouches noyées. Les truites voient très bien nos mouches la nuit (dans la limite de l’heure légale), où par une eau un peu chargée. La phosphorescence n’est en fait qu’une couleur supplémentaire, plus lumineuse que les autres. Les sandres se font parfois prendre avec des leurres souples phosphorescents à la tombée de la nuit et pourtant, un sandre n’a aucun problème de visibilité dans ce qui nous paraît, avec nos yeux d’humains, être la nuit totale… Une petite touche de vernis ou de tinsel phosphorescent suffit à rendre un modèle de mouche différent des autres. Et cela reste possible sans modifier la formule de montage de vos modèles préférés. Hormis pour la pêche de la truite de mer et du sandre, deux animaux qui ont un rapport particulier avec la pénombre, je n’ai aucune expérience sur les autres espèces. Qu’en est-il du saumon, de la truite sauvage ou des ombres au coup du soir ? A vous de tenter quelques approches avec parcimonie.

    Par petites touches

    Le vernis phosphorescent présente l’avantage de pouvoir être apposé sur une tête de mouche, un corps de gammare ou un corps de mouche noyée. Le tinsel synthétique phosphorescent permet surtout de faire des corps de petites mouches ou peut-être ajouté par deux ou trois brins dans une aile de streamer ou de mouche à salmonidé migrateur. Enfin, le Glo Bright Multi Yarn, polypropylène en bobine, est parfait pour faire des thorax de mouches noyées, de nymphes ou des corps de streamers. La vénérable maison Veniard propose ce produit très facile à travailler en 16 coloris. L’avantage est double avec un matériau qui garde sa couleur normale en plein jour (en profite pour se recharger !) et devient phosphorescent la nuit.

     

     

  • Leurres à brochet : toujours plus gros !

    Leurres à brochet : toujours plus gros !

    Chaque année, la taille des leurres pour la pêche du brochet augmente. Le cru 2015 confirme encore cette tendance avec des monstres censés alimenter les fantasmes les plus inavouables ! Mythe et réalité de ces leurres hors normes…

    C’est bien connu, les pêcheurs aux leurres français ont longtemps été de petits joueurs comparés à nos voisins suédois, allemands, danois ou hollandais en matière de taille des leurres utilisés pour la pêche du brochet. Il y a une dizaine d’années, on hésitait à mettre au bout de sa ligne un leurre qui dépassait la taille étalon de 128 mm ! Ce n’est pas nouveau, les gros brochets se nourrissent (parfois) de grosses proies comme des gros gardons de plus de 500 g voire des tanches ou des gros rotengles. Il faut dire que le matériel pour lancer des gros leurres n’était pas courant et qu’un leurre de 100 g impose l’utilisation d’un moulinet de baitcasting prévu pour cela. Aujourd’hui, le retard est comblé et on assiste désormais à l’excès inverse avec une offre en gros leurres et en gros matériel qui donne un peu le tournis ! Au départ, ce sont les pêcheurs des grands lacs alpins (Sylvain Legendre en particulier) qui ont exploré avec des gros leurres les tombants des lacs d’Annecy, du Bourget ou du Léman.

    Et les résultats furent au rendez-vous. Cette quête du brochet géant en lac est à l’origine de cette course au gigantisme des leurres (on en trouve de 25 à 30 cm !). Elle semble sans limite ! Les pêcheurs doivent tout de même savoir que la taille ne fait pas tout, que ce type de pêche demande un matériel très spécifique (et coûteux) et que parfois, un gros shad lent dans sa nage n’est pas très adapté aux postes profonds. Le Ripple Shad de Berkley, leurre référence sur les grands lacs est une sorte de “compromis” entre les vibrations émises (d’ampleur plutôt moyenne), leur fréquence (rapide pour des leurres de cette taille) et une vitesse de plongée compatible avec une pêche dans huit à quinze mètres de profondeur. Pour avoir pêché avec Quentin Dumoutier, un des pêcheurs des grands lacs habitués aux un mètre + et même des ++, j’ai été surpris par la taille des leurres qu’il utilise, comprise entre 14 et 20 cm. Les deux Ripple Shad de 16 et 20 cm étant sans doute les deux modèles qui ont pris le plus de gros brochets dans ces lacs. Tout pêcheur doit s’adapter à la taille des proies ciblées par les brochets. Parfois ce sont de très grosses proies, parfois plutôt des petites. Un leurre de 16 ou 20 cm constitue déjà une belle bouchée, tout à fait capable d’intéresser un très gros brochet. D’autres paramètres plaident en faveur des leurres de taille moyenne comme la facilité d’armement, la rapidité de nage et la capacité à plonger. Et le silure brouille aussi les cartes avec d’un côté des fabricants qui tentent du jouer sur les deux tableaux et des pêcheurs qui lancent aux brochets, des leurres destinés aux silures ! A méditer…

  • Bonnes feuilles : Contes et légendes du Moulin du Plain

    Bonnes feuilles : Contes et légendes du Moulin du Plain

    Depuis que ses maîtres Pierre et Thomas Choulet ont quitté les rives du Doubs pour un monde supposé meilleur, le Moulin du Plain est comme orphelin. L’hôtel mythique où se sont écrites quelques unes des plus belles pages de l’histoire de la pêche à la mouche attend, comme la “Belle au Doubs dormant” que vienne son nouveau prince charmant. Ces contes et légendes, évocation d’un demi siècle de bonheur halieutique, donneront peut-être des idées à un ou plusieurs candidat à la reprise de cette institution franccomtoise. Pour que l’Histoire reprenne son cours.

    Ces pêcheurs qui ont bâti la légende de Goumois

    « Bonjour, vous êtes le guide de pêche ? – Oui monsieur. Enfin, l’un des guides. Il y en a d’autres dans la région. – Oui je sais, mais vous, vous guidez à Goumois… -… – Voilà, parce que je voudrais absolument prendre une truite à Goumois. – Cela doit être possible… – Attention. Je ne veux en prendre qu’une. – Pourquoi une, et pas dix ? – Non non, je n’en veux qu’une. Parce qu’on m’a dit qu’ici c’était le parcours le plus difficile d’Europe. Et si j’y prends une truite, je pourrai aller en Nouvelle-Zélande sans souci. » Philippe Boisson se gratta la tête : c’était pas gagné. L’homme auquel Pierre Choulet venait de le recommander était un médecin de Mulhouse, pour qui la pêche était d’abord une question de performance. Le genre de client abonné à la bredouille comme d’autres le sont au gaz. Entre le père Choulet et le jeune diplômé de l’école des guides d’Ornans il y avait une manière de contrat tacite : Pierre envoyait des clients à Philippe qui guida au Moulin quatre saisons durant et Philippe s’arrangeait pour leur faire prendre du poisson. « Le problème, se souvient le rédacteur en chef de Pêches Sportives, c’est qu’il m’envoyait souvent des cas désespérés, des clients qui n’avaient pas vu la queue d’une truite depuis leur arrivée à Goumois. » Alors Philippe les emmenait dans les courants sous le barrage du Theusseret, le seul endroit du parcours où il était à peu près sur de son coup, car oublié des pêcheurs à la mouche et peuplé de truites bonnes filles. Pour Pierre l’enjeu était important. Il s’agissait de maintenir le moral de la clientèle au beau fixe dans des périodes où le Doubs rechignait à lâcher ses truites. Plusieurs grands pêcheurs furent chargés à un moment ou un autre de cette mission délicate. Tous ne guidaient pas mais leur seule présence remontait le moral des troupes. Pierre avait imaginé ce recours à l’époque d’Henri Bresson auquel il passait un coup de fil dans son magasin de Vesoul : « Dis donc Henri, ils ne font plus rien du tout. Tu ne voudrais pas venir voir ce qui se passe. » Et Bresson sautait dans sa 2 CV pour venir au secours du soldat Choulet. Et même s’il ne trouvait pas la solution tout de suite – ce qui fut rare – sa réputation suffisait à chasser la déprime : quand on passe la soirée à écouter l’homme qui voit les truites sous les pierres, on se fait plus facilement à l’idée d’être un homme qui ne voit que des pierres là où il y a des truites.

    Plus tard, Freddy Muller puis Piam furent également des jokers capables, quand ils étaient là, d’alimenter en zébrées respectables l’évier du Moulin du Plain. Mission que la généralisation des pratiques du no-kill finit par rendre inutile. Smartphones et appareils photos étant devenus d’excellents éviers virtuels. Goumois est une manière de juge de paix où se sont faites et défaites les réputations. Où les exploits des meilleurs spécialistes français de toutes les pêches alimentent une chanson de geste halieutique où prouesses et déconvenues sont la matière des veillées au bar de l’hôtel, un endroit où les truites ratées prenaient un cm par heure passée au-delà du coup du soir et quelques autres le lendemain matin au petit-déjeuner. On l’a vu plus haut ce sont les membres de TOS qui les premiers firent la réputation de l’endroit qui très vite attira tout ce que la France, la Suisse, et la Belgique et une partie de l’Europe comptait de stars de la mouche. Curiosité de l’histoire, l’un des premiers à y avoir pratiqué en nymphe dans les années soixante-dix s’appelait Mouchet. C’est lui qui montra à Freddy Muller, l’un des meilleurs pêcheurs qu’ait connu le Moulin du Plain comment confectionner une nymphe avec un minimum de cerques, un simple enroulement de soie jaune, verte, rouge, ou noire et une cendrée de pêche au coup pincée contre l’oeillet de l’hameçon. Freddy l’Alsacien avait une voix énorme qui traversait le Doubs mais ne dérangeait pas les truites. En sèche il était imbattable. Sa boîte à mouche aussi sommaire que celle d’un Mémé Devaux ne comptait que le strict minimum : des grises à corps jaunes ou rouges (pour les Baetis Rhodani), des sedges gris et marrons de plusieurs tailles, quelques fourmis en saison, des nemours et surtout ses fameux spents d’ecdyonuridae avec lesquels il pêchait les bordures tôt le matin ou juste avant le coup du soir.

    Comme tous les grands, Freddy observait longuement la rivière, ses courants, ses cailloux, ses retournes. Il repérait la plupart des truites avant quelles ne gobent et qu’il commence à pêcher. Puis il était très vite en action en faisant preuve d’une rare efficacité. Deux anecdotes plutôt rigolotes disent assez quel genre de pêcheur c’était. La première concerne Henri Bresson avec lequel j’étais en train d’écrire Le sorcier de Vesoul. Un matin de septembre, Henri avait proposé à Freddy un petit mano à mano dont j’étais censé être l’arbitre. Bresson adorait ce genre de confrontation qui lui permettait, en général de bien montrer aux autres pêcheurs qui était le patron. Il avait comme ça collé un 10 à 0 au pauvre Jean-Louis Poirot qui découvrait pour la première fois la haute Moselle. Et bien ce jour-là à Goumois, c’est lui qui prit un 0 à 6 de la part du Freddy. Une autre fois nous étions au bas de la grande ligne droite de tufs en aval de l’île de la Verrerie de la Caborde avec Philippe Boisson et nous nous escrimions sur de beaux ombres qui snobaient nos mouches. Arrive le Freddy qui déjà, à cette époque, préférait le brochet à la truite mais s’était laissé convaincre de décrocher la Daiwa 9 pieds pendue été comme hiver à la rambarde du balcon de son chalet. Il était resté en charentaises pour sauter dans la Fiat Panda rouge qui paraissait mieux connaître le parcours que bien des pêcheurs. Au bout de son bas de ligne il y avait une ecdyo de la saison précédente, une ecdyo sur hameçon de 14 dont il disait luimême que ce n’était vraiment pas une mouche à ombres. Nous entendîmes la Panda piler dans le chemin, puis le géant barbu débarqua avec ses charentaises, sa Daiwa et son ecdyo : « je vais vous faire cinq secondes sur Tokyo” », en référence aux 30 secondes sur Tokyo de Mervyn LeRoy. Aussitôt dit aussitôt fait : trois secondes pour fouetter et poser, deux secondes de dérive. Pendu. Le Muller éclata de rire, relâcha l’ombre et retourna devant sa télé : « vous déconnez les gars. Ce soir il y a les Tontons flingueurs ». Et puis un jour le Freddy décida de quitter définitivement la compagnie des truites pour celle des brochets de la Goule et de Biaufond. Et il devint un exceptionnel pêcheur au vif dont la petite barque en bois, qu’il avait lui même fabriquée, fut jusqu’à sa mort un élément incontournable du paysage de ces deux lacs. L’Alsacien repose aujourd’hui dans un coin du petit cimetière de Goumois au bord de la route qui va de la rivière aux truites à la retenue aux brochets comme s’il hésitait encore sur le choix de la partie de pêche qui ferait sa soirée.

    En fait, toutes les stars de la mouche ou presque sont passées au Moulin du Plain : les Français, Léonce de Boisset, Charles Gaidy, Mémé Devaux, Henri Bresson, mais aussi des Suisses, des Américains (comme Mel Krieger), des Anglais, des Belges et des Allemands. Tout ce que la planète mouche compte de vedettes a, un jour ou l’autre, fait le voyage de Goumois. Certains comme Piam y ont écrit quelques-unes des plus belles pages de leur légende. Pour les uns comme pour les autres Goumois présentait l’avantage d’être un parcours à la fois magique et médiatique, propice à toutes les démonstrations et à quelques déconvenues. Les bredouilles de quelques gloires, que la charité nous commande d’oublier, étant restées célèbres. Piam restera une figure de Goumois. Il y imposa ses techniques de pêche à la nymphe, révolutionnaires pour l’époque. Ce surdoué partageait son temps de loisir, alors qu’il était encore musicien professionnel en tournée sur les routes de Rhône-Alpes et de l’Est entre la Loue de Cademène, chez les Sansonnens, la basse rivière d’Ain et le Moulin du Plain. Piam avait très vite impressionné les clients de l’hôtel en leur montrant comment on peut séduire les plus belles truites en nymphe à vue. Son territoire de prédilection était le petit chemin boisé qui longe les tufs côté France en aval du débouché du canal du Moulin. Pierre lui-même fut très enthousiaste et Piam gagna sur ce terrain autant en réputation que ce que son titre de vice-champion du monde de pêche à la mouche devait lui rapporter.

    Une autre figure de Goumois dont on reparlera au chapitre sur la Franco-Suisse a été, est toujours Jean-Michel Radix qui y a mis au point quelques unes des plus célèbres mouches modernes. On lui doit en effet plusieurs petites merveilles comme le subsedge, la nymphe « roulette » et la technique du même nom, dont peu de pêcheurs savent que ce fut son invention, mais aussi la micro-nymphe à tête soudée, ou encore le fameux écouvillon dont on se dit en le voyant que seul un fumeur de pipes a pu imaginer de proposer ça aux poissons, tant ce gammare obèse paraît avoir été inventé pour ramoner les tuyaux de bouffarde. Radix a monté des milliers de mouches, toutes sortes de mouches, dont certaines avec lesquelles il n’a jamais pêché comme des mouches à saumon, des mouches à tarpons, des mouches à marlin, des mouches à bonefishes qu’il montait pour son père halieutique, Victor Borlandelli, photographe et rouletabille grâce à qui Radix est devenu le pêcheur que l’on connaît aujourd’hui. De nombreux autres champions, labellisés comme tels par la compétition ou par euxmêmes, mirent leur talent à l’épreuve du Moulin du Plain. Avec des fortunes diverses. J’ai même vu un membre de l’équipe de France y subir une bredouille retentissante. Mais les autres membres de l’équipe, à l’image de leur capitaine Jacques Boyko, y réussirent plutôt bien. Quelques grands pêcheurs étrangers, souvent anglais ou américains sont venus se frotter aux zébrées du Doubs. Philippe Boisson se souvient de Dick Lenox, ami de Mel Krieger, chroniqueur halieutique dans l’Oregon et pêcheur de steelhead qui avait demandé à Pierre qu’on lui fasse prendre une truite de Goumois le jour de ses 80 ans. « Cela n’a pas été facile. C’était le début de la saison et les eaux étaient très froides. Il a d’abord fallu que je lui explique que le type en face auquel il rendait ce qu’il croyait être un salut, était, le garde-pêche qui ne lui disait pas « hello » mais « pas dans l’eau », sous prétexte qu’il avait les pieds dans une flaque et que marcher dans la rivière est interdit jusqu’au mois de juin. Ensuite nous avons mis un certain temps à trouver la fameuse zébrée anniversaire. Je m’en suis tiré en l’emmenant dans le bas du pré Bourassin, juste avant le radier. Je lui avais bricolé un montage avec une Tabanas en sauteuse témoin et une nymphe en pointe qui a fini par séduire un joli poisson d’un peu moins de 40 cm. »

    Et puis il y avait et il y a toujours, les Suisses sociétaires et gestionnaires à parts égales de la société, qui étaient autant chez eux au Moulin que le sont les Français à l’hôtel du Doubs, côté suisse, chez Jean-Claude Cachot et son fils Claude-Alain. Les pêcheurs suisses jurassiens qui, à la différence des Français, ont toujours le droit de vendre le produit de leur pêche, ont souvent privilégié l’efficacité. Il y avait ainsi, dans la génération précédente quelques artistes de la cuiller vaironnée ou de la pêche à la grande canne et à « la petite amorce » (souvent des larves de mouche de mai) qui vendaient leurs prises aux hôtels et restaurants de la région. La joyeuse équipe composée du Frantz Halaüer (alias Papeli), d’Ulysse, d’Hector, d’Achille (il n’y avait pas d’Agamemnon), de Faton et de quelques autres comme Didi Racine, de Tramelan ou Carlo Hyemeli, a prélevé pendant plusieurs années des milliers de truites que le Doubs, à une époque où il était peu pêché, remplaçait facilement. Avec eux la partie de pêche commençait invariablement à l’heure légale, soit au lever du jour et se terminait deux heures après par d’homériques parties de stuck. En général, ils n’avaient pas besoin de ces deux heures pour que leur partie de pêche soit faite : leur parfaite maîtrise de la cuiller vaironnée associée à une connaissance non moins parfaite de la rivière faisait que la messe était dite en moins de temps qu’il n’en faut pour le dire. Le soir ils ne sortaient les cannes à mouche que si cela gobait franchement et n’utilisaient que des sedges ou des culs de canards grossièrement montés dont ils furent parmi les premiers utilisateurs. Les Suisses autant que les Français ont toujours eu la passion de Goumois. Joël Mourin, pêcheur, monteur de mouche et ami de Pierre, avait ainsi tout quitté pour venir s’installer au bord du Doubs. D’autres venaient de Genève (180 km) en taxi jusqu’au Moulin. Certains de ces visiteurs sont restés célèbres comme Georges Joset qui pêchait avec une Hardy Palakona de 10 pieds soie de 7 en bambou refendu, brins virolés, avec un train de trois mouches. À son époque, la pêche était autorisée toute la nuit et Goumois dépendait du canton de Berne puisque celui du Jura n’existait pas. Il y eut encore plein d’autres grands pêcheurs suisses comme Louis Veya, Testarini, Mathys, Houlmann ou André Jeanmaire, l’un des seuls survivants de cette époque. Aujourd’hui la nouvelle génération, représentée par des gens comme Thierry Christen président de la « Gaule » de la Chaux-de-Fonds se passionne plus pour la pêche à la mouche et l’écologie des rivières. Le Doubs est son héritage. Elle sait que c’est un héritage fragile.

    A commander dans la partie boutique de ce site.

     

     

     

  • Mes trucs en cire (C’est moche, mais ça peut sauver la vie !)

    Mes trucs en cire (C’est moche, mais ça peut sauver la vie !)

    Notre ami et collaborateur Jean-Christian Michel n’a pas fini de vous étonner ! En perpétuelle recherche d’une solution nouvelle pour tromper les truites les plus difficiles, il a fini par faire des mouches en cire, sans doute à force de vivre avec les abeilles et de produire du miel (son métier).

    Lorsque nous nous mettons à l’étau pour réaliser des mouches, nous voulons inconsciemment que nos artificielles “ressemblent” à une vraie. Dans notre esprit, une mouche artificielle est à ce point une imitation de mouche naturelle que nous en venons parfois à ne même plus parler de mouche mais d’imitation : la question principale du néophyte n’estelle pas la suivante : “Quelle imitation dois-je employer ?”. Il y a de la superstition dans cette attitude ! Or avec un peu d’expérience, on apprend vite à élargir les données du problème, si bien qu’aux oreilles avisées, le mot imitation fait parfois horreur.

    Imiter, oui, mais quoi ?

    Une mouche ressemblante n’est pas plus prenante qu’une mouche qui ne l’est pas, c’est tout le secret de l’efficacité des “mouches d’ensemble”. Mais bien pire encore, une mouche dont les critères de ressemblances sont basés sur une apparence simplement visuelle (comme une image ressemble ou ne ressemble pas à l’original) peut masquer le fait capital que ce que votre mouche doit imiter. Ce n’est pas tant les traits de la proie mais la façon dont la proie se tient, bouge, se déplace, dérive ou nage, que je vous propose de nommer les “propriétés mécaniques” (liées au mouvement) d’une mouche. Chose qui pour nos amis pêcheurs aux leurres est une évidence mais que les pro du fly tying sur papier glacé ont plus de mal à intégrer. La notion d’imitation doit donc être élargie à la façon dont la mouche se comporte dans l’eau ainsi qu’au mouvement de la proie qu’elle est sensée imiter pour obtenir ce qu’on appelle en langage de pêcheur, “une mouche qui pêche”. Il ne suffit pas de réaliser un corps parfait de baetis pour que votre évocation de baetis évolue naturellement comme un baetis… Et si beaucoup d’entre nous en sont venus à apporter plus d’importance à la façon dont on doit poser un bas de ligne et animer la nymphe, ce n’est pas un hasard ! Comparons nos mouches à un leurre Prenons un exemple dans un autre domaine : un poisson nageur est fait pour nager. La robe du modèle a une importance, mais elle est secondaire rapportée à la nage. Un poisson nageur de la meilleure couleur qui n’est pas animé ne vaut rien en lui-même. Pour redevenir efficace sans nager, il faut que les concepteurs le rendent “suspending”. Ce côté suspending est une façon de se tenir dans l’eau de façon naturelle (un