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Ruisseau Cévenol
Benoît Chancerel est un passionné, et pour nous faire rêver juste avant l’ouverture, comme pour nous dire que bientôt il fera beau et qu’on l’on pourra arpenter les ruisseaux où dorment les truites voraces des Cévennes, il nous propose cette petite promenade estivale. C’est tellement bon, qu’on sent le souffle du vent et la fraicheur du ruisseau. Allez visiter son site !

Les dérives harmonisées
Les dates d’ouverture de la pêche en France, notamment celles concernant le sandre, le black-bass et l’ombre, permettent la pêche de ces espèces alors qu’elles sont encore préoccupées par la reproduction. On assiste alors à une véritable dérive de la part des pêcheurs qui, d’une part, ne respectent plus cette phase essentielle de la vie des poissons et, d’autre part, prennent l’habitude de réaliser les plus belles pêches de l’année durant cette période.
Inquiétant…
Par Jean-Marc Theusseret
Après quelques années de recul et de nombreux témoignages au niveau national, le temps est venu de faire le bilan de l’ouverture de la pêche aux carnassiers, fixée désormais au second samedi de mai. Le moins que l’on puisse dire, c’est que cette date unique ne convient pas à toutes les régions ni à toutes les espèces piscicoles. La seule justification d’une date d’ouverture de la pêche réside dans le respect de la période de reproduction des poissons concernés. Cela comprend la ponte, bien entendu, mais également la maturité des oeufs et le temps nécessaire aux alevins pour qu’ils soient autonomes.
C’est souvent ce dernier stade qui pose problème. Pour une raison obscure et sous prétexte d’harmonisation des dates d’ouverture de la pêche, la Fédération nationale pour la pêche en France (FNPF) et l’Office national de l’eau et des milieux aquatiques (ONEMA) ont choisi d’avancer la date d’ouverture de la pêche aux carnassiers. Fixée donc pour l’essentiel des départements au second samedi de mai, cette date est décalée d’un mois si on la compare avec l’ancienne date d’ouverture, qui durant des décennies avait lieu aux alentours du 15 juin. Venons-en aux faits.
Dans de nombreux départements, notamment sur l’ensemble de la moitié nord de la France, le sandre et le black-bass soit sont sur les nids, soit défendent farouchement leur progéniture début mai.
On voit alors, à l’ouverture et durant les semaines qui suivent, de nombreuses prises de sandres, généralement des mâles très sombres, qui se font prendre très facilement parce qu’ils défendent leur nid. Les pêcheurs ignorent pour la grande majorité à quel point il est grave de prendre un mâle sur un nid. Le rôle du mâle consiste essentiellement à charger sans cesse les prédateurs des oeufs que sont les chevesnes, rotengles, gardons, brèmes, etc. Un mâle prélevé sur un nid correspond à des milliers d’alevins qui ne verront jamais le jour.
Idem pour le black-bass, qui défend farouchement ses alevins.Ces deux espèces sont les plus vulnérables à cette période de l’année. Alors on peut se demander pourquoi les instances de la pêche en France ont choisi cette date d’ouverture si précoce. La réponse en surprendra plus d’un. Il s’agit en effet de deux espèces non indigènes introduites dans nos eaux il y a bien longtemps. S’il peut sembler compréhensible d’être méfiants vis-à-vis des espèces exotiques, ces deux-là n’ont aucunement déséquilibré les milieux.
Mais après le développement exponentiel qu’à connu le sandre peu après les multiples introductions dans nos eaux dans les années 70-80, les populations sont actuellement très fragilisées sur l’ensemble du pays, à l’exception de quelques cas particuliers.
Quant au black-bass, introduit en France par les militaires américains durant la Seconde Guerre mondiale, il survit péniblement et, chaque printemps, les mâles sont la proie de pêcheurs peu scrupuleux.
De telles concentrations de poissons en début de saison ont de quoi déchaîner les passions.
Sur certains grands lacs de barrage, une véritable migration vers l’amont a lieu au début du printemps.
Sur ces lieux de fraye de multiples espèces, on déplore toutes sortes de comportements irresponsables de la part des pêcheurs.
En France, la réglementation permet de prendre des sandres qui défendent encore leur nid. En prélevant ce petit mâle “charbonnier”, c’est toute la ponte qui sera détruite, consommée par les poissons blancs.
La pêche en no-kill, par des pêcheur soit disant sportifs a donné lieu à d’autres massacres en pêchant des femelles avant la ponte. Par décompression, les oeufs ont été détruits.
Lamentable… C’est aux pêcheurs de prendre leurs responsabilités et de s’auto-limiter.La première catégorie
Les hasards voire les mystères de la réglementation font que certains plans d’eau ou portions de cours d’eau sont classées en première catégorie alors qu’aucun salmonidé n’y vit plus depuis des lustres.
La réglementation autorise alors la pêche aux leurres en période d’ouverture de la pêche de la truite. Les prises d’autres carnassiers doivent donc s’effectuer en no-kill jusqu’à l’ouverture générale. Là encore, on assiste à de véritables carnages aux tristes conséquences sur des sandres, des perches et des brochets pleins d’oeufs. Faire monter de plusieurs mètres une femelle pleine d’oeufs est un acte d’une grande irresponsabilité. Par décompression, les oeufs sont détruits immanquablement. Certains lacs, dont celui de Vouglans dans le Jura, sont le théâtre de bien tristes spectacles. Sous couvert du sacro-saint no-kill, des pêcheurs “sportifs” équipés de bass-boat à X milliers d’euros massacrent ainsi ce qui auraient dû constituer les stocks des années à venir. Et comme les nouvelles vont vite, des vidéos circulent sur Internet.
“On est tombé sur les femelles !” s’exclame une voix qui conseille un pêcheur (nous espérons qu’il ne s’agit pas d’un guide de pêche !). Et la femelle en question roule dans les graviers du rivage.
“Bon, essuie-là et tu vas la remettre à l’eau ! Bravo, joli sandre !” Nous espérons surtout que toute la partie amont du lac sera mise en réserve temporaire l’année prochaine pour que cessent de tels agissements. La Fédération de pêche du Jura est au courant du problème et nul doute que le nécessaire sera fait pour la nouvelle saison.Vers une protection ponctuelle pour le black-bass Certains départements ont enfin compris qu’il était souhaitable de protéger les populations de black-bass en France. Ainsi, les départements de l’Hérault, du Jura, de la Haute-Saône ou de la Côte-d’Or ont instauré une période de fermeture spécifique concernant cette espèce pendant les mois de mai et juin. Nul doute que cette mesure sera couronnée de succès et espérons qu’elle sera suivie par d’autres départements.
En France, la pêche sur frayère devient la norme Si l’on ajoute à tout cela le cas de la pêche de l’ombre sur les parcours où il est permis de pêcher à la mouche depuis l’ouverture de la pêche de la truite, on obtient un constat effarant : les plus belles pêches de l’année se font sur les frayères ! Pour l’ombre comme pour le sandre, le blackbass ou le brochet, c’est devenu la norme, la période propice qu’il ne faut pas manquer sous peine de rater sa saison. Les pêcheurs à la mouche ou aux leurres qui découvrent la pêche par ces techniques soit-disant très recommandables ne sont pas forcément conscients que, d’un point de vue biologique, la pêche doit impérativement être fermée durant ces périodes fastes.
Le black-bass est également très vulnérable à l’ouverture de la pêche début mai. L’ancienne date, à la mi juin, était beaucoup plus respectueuse des espèces carnassières, notamment le sandre et le black-bass.

Un (gros) problème de crédibilité
Le no-kill a bon dos, il n’excuse rien. Ne pas respecter la période de reproduction des poissons pose un problème de crédibilité, surtout lorsqu’on se prend à considérer la technique utilisée comme exempte de tout reproche.
Les pêcheurs de frayères ne sont pas des pêcheurs. Ils n’apprendront rien en pratiquant ainsi, même si le 25esandre ou le 12e ombre ne voulait plus du leurre ou de la mouche rose et a préféré du blanc. Sacrée trouvaille ! La responsabilité des instances halieutiques est grande sur ce sujet.
Par le passé, le temps de pêche était beaucoup plus respectueux des poissons. Beaucoup de jeunes pêcheurs ignorent à quel point l’automne est la seule vraie saison de la pêche de l’ombre. Les pêcher à la sortie de la fraie est un exercice qui n’a pas d’intérêt. La FNPF et l’Onema considèrent sans doute les pêcheurs aux leurres et à la mouche comme des minorités.
Certes, mais au même titre que les pêcheurs de carpes, ce sont ces minorités spécialisées qui “tiennent” la pêche en France en termes d’économie. Ces pêcheurs se tournent de plus en plus vers la pêche à l’étranger, où les dates d’ouverture sont décalées un peu plus tard en saison. Il est tout de même dommage d’en arriver là. Ceux qui n’ont pas les moyens de pêcher en Slovénie, en Suède et encore moins dans le Montana, se trouvent contraints de pratiquer leur loisir dans les eaux closes des réservoirs… La FNPF fait des efforts pour arriver à séduire de nouveaux pêcheurs (et même les pêcheuses avec la carte “découverte féminine”), mais de nouveaux pêcheurs doivent trouver de quoi pratiquer leur activité dans de bonnes conditions. Cette réflexion sur les dates d’ouverture nous semble donc capitale. A bons entendeurs…Quand les « Attila » montent au filet !
Ainsi donc aujourd’hui, M. Kahoul s’élève de façon véhémente contre le droit qu’on accorderait en 2009 aux “nantis” que nous sommes de pêcher le thon sportivement. Rappelons simplement ici que, d’après une enquête récente de l’EAA (European Angling Alliance), seulement 1 à 3 % des captures de poissons en Méditerranée seraient le fait des pêcheurs récréatifs.
Quand les senneurs capturent sur les frayères plusieurs centaines de tonnes de thons d’un seul encerclement de filet, pour arriver à des “quotas” alloués de 4 800 tonnes (pour les pêcheurs français), ce ne sont pas les quelques quintaux de thons capturés au broumé ou à la traîne qui vont plomber la balance.
D’autant que, d’après les enquêtes des ONG, les quotas sont systématiquement dépassés frauduleusement par les professionnels et atteindraient le double de ce qui est alloué. Rappelons que l’année dernière, ces “quotas” étant atteints au début de juillet, toute pêche au thon rouge, y compris sportive, a été fermée à partir de cette date.Seulement 1 à 3 % des captures de poissons en Méditerranée seraient le fait des pêcheurs récréatifs.
Soyons un peu sérieux, et puisque que M. Kahoul connaît les chiffres et sait s’en servir quand il faut défendre auprès du gouvernement, de Bruxelles ou de l’ICCAT, les intérêts des quelque 40 senneurs français, d’après le très récent rapport parlementaire sur la gestion des pêches du sénateur Cléach (décembre 2008) les senneurs français de Sète et de Port-Vendres se tailleraient la part du lion en Méditerranée avec 20 % des prises totales estimées à “vraisemblablement” plus de 50 000 tonnes de thons. Toujours d’après le rapport sénatorial : “la France a récemment fait exception en avouant avoir très largement dépassé son quota” et il serait de notoriété publique que des navires (senneurs) français désarmés et remplacés par des plus modernes subventionnés auraient été immatriculés en Lybie, mais seraient restés la propriété des mêmes intérêts financiers.
Et ce n’est pas une ONG qui le dit mais un sénateur de la République… Rappelons également, comme le fait remarquer le rapport Cléach, que les thonniers-senneurs (qui coûtent plusieurs millions d’euros l’unité) sont, comme d’ailleurs la plupart des bateaux de pêche modernes, largement subventionnés par l’argent du contribuable (aides diverses, européennes et nationales), de même que le gas-oil dont ils sont grands consommateurs, et encore ne connaissonsnous pas tout des fonds locaux et régionaux, des remboursements sur les pertes de matériel, des prêts avantageux et aides financières diverses, des réductions voire suppressions de charges sociales, dont les pêcheurs professionnels bénéficient.
Quand les “nantis” que nous sommes achetons un “sportfisherman” pour pêcher le thon au broumé ou à la traîne, de quelle subvention bénéficie-t-on ? Et si la construction nautique de plaisance française, avec des centaines de milliers d’emplois à la clef, est une des toutes premières du monde, c’est en partie à la pêche de plaisance qu’elle le doit. Quand un “nanti” ou un riche retraité dépense dans une journée de pêche à la traîne (il faut parfois aller trouver les thons en été à plusieurs dizaines de miles de la côte et traîner pendant des heures) plusieurs centaines d’euros en gas-oil, celui-ci n’est pas détaxé et rapporte énormément en taxes à l’Etat, ce qui permet sans doute de subventionner celui des professionnels.
Sans parler des nuits d’hôtel, des restaurants, du matériel de pêche sportive acheté localement et des mille et une petites retombées sur les commerces locaux.
Mais paradoxalement, dans notre pays, aucun responsable socio-économique ou politique ne semble avoir fait la moindre relation entre les retombées touristico-économiques d’une pêche récréative éco-responsable et durable et le pillage subventionné de la pêche industrielle.
Ça ne tourne pas très rond sous la surface des mers. Le patron pêcheur breton Franck Leverrier (Saint-Quay Portrieux) et ses marins devant leurs prises pour le moins inhabituelles ! Des thons rouges de 450 kg… (Ouest-France 05-11-2006).
Savez-vous, monsieur Kahoul, et messieurs les politiques, que les retombées économiques de la pêche récréative pour les seuls Etats-Unis se chiffrent à environ 75 milliards de dollars annuellement (source ministère de l’Intérieur des Etats- Unis), dont environ 55 milliards pour la pêche sportive en mer. Si l’on y ajoute les quelques rares autres pays anglo-saxons qui ont fait le choix de limiter drastiquement la pêche industrielle dans leurs eaux territoriales pour y privilégier la pêche récréative, comme l’Australie et la Nouvelle-Zélande, on arrive à plus de 70 milliards de dollars. Si l’on y ajoute les retombées économiques liées à la pêche sportive de pays d’Amérique latine comme le Costa Rica, le Panama, le Honduras, le Guatemala, le Mexique (clientèle touristique américaine et européenne), nous approchons des 90 milliards de dollars. Rapprochons ce chiffre, maintenant, de celui publié en 2004 par la Banque mondiale, qui évalue à 85 milliards de dollars la valeur des captures sauvages de la pêche commerciale (subventionnée à plus de 50 %) dans le monde.
Quand, sous la présidence de Bill Clinton, l’Etat de Floride, tout d’abord, suivi dans les années 90 par la plupart des Etats côtiers du golfe du Mexique et des côtes est et ouest ont décidé de réserver la majorité de leurs ressources marines, et surtout les poissons, à la pêche récréative, les pêcheurs professionnels ont fait grise mine, mais ils n’ont pas pour autant bloqué les ports américains, ni brûlé un Parlement, ni saccagé des supermarchés.
Plus de 90 % d’entre eux se sont reconvertis comme guides de pêche et aujourd’hui gagnent beaucoup mieux leur vie qu’auparavant. Au lieu de se lever en pleine nuit pour faire un métier épuisant et dangereux qui leur rapportait (comme chez nous, exception faite des 40 thonnierssenneurs) de moins en moins, ils se lèvent aujourd’hui comme des employés de bureau. Ils sont très bien payés, sans parler des pourboires d’autant plus généreux que la pêche a été bonne.
Chez nous aussi, peut-être pas les 40 capitaines de senneurs, mais les milliers de petits artisanspêcheurs (ligneurs ou fileyeurs) ou patrons de petits chalutiers devraient penser à se reconvertir en guide de pêche pour touristes. Il n’y aurait là rien de péjoratif, bien au contraire, ils gagneraient bien mieux leur vie, feraient partager l’amour de la mer et leur connaissance des poissons à des millions de personnes.Reproduit avec l’aimable autorisation du Big Game Fishing Club de France.

Grenelle ?
Quand les « Attila » du chalut montent au filet.
Les jours du thon en Méditerranée sont comptés. Selon le président du comité des pêches de Marseille, c’est la faute des pêcheurs sportifs. Ça sonne comme une blague, et pourtant ce monsieur semble sérieux…Dans le quotidien La Provence daté du 8 février dernier M. Mourad Kahoul, président du comité local des pêches de Marseille, s’indigne de la décision autorisant les pêcheurs sportifs à pêcher le thon.
“On accorde à des nantis, à des personnes qui exercent déjà une profession bien rémunérée ou qui vivent aisément de rentes ou de bonnes pensions de retraite et qui sont, ou ont été, les décisionnaires ou à l’initiative des contraintes qui frappent notre profession, le droit de pouvoir s’amuser avec une espèce en grand danger d’extinction.“ C’est bien la première fois à notre connaissance que M. Mourad Kahoul considère le thon rouge (Thunnus thynnus) comme une espèce en “grand danger d’extinction”.
Le BGFCF, l’IGFA, mais également le WWF, Greenpeace et quelques scientifiques de l’Ifremer, qui depuis des années tirent la sonnette d’alarme quant au risque de disparition prochaine de cette espèce emblématique, sont ravis de l’apprendre. Jusqu’au 8 février dernier, M. Kahoul tenait plutôt un discours inverse.
Le « paradoxe » de la Loue
Le “paradoxe” de la Loue Presque un an après le naufrage de la Loue, dévastée par les cyanobactéries toxiques, les services de l’Etat ont publié plusieurs rapports officiels et concluent à un état écologique convenable de la célèbre rivière. Difficile d’évaluer quelle est la part de mauvaise fois et d’incompétence dans cette affaire, qui démontre de façon dramatique quel sort l’administration réserve à tous les cours d’eau français.
Par Philippe Boisson

Les journaux halieutiques parlaient beaucoup de la Loue avant le drame du printemps 2010, ce qui avait tendance à agacer certains lecteurs qui pêchent loin du Doubs. Qu’ils nous pardonnent de remettre le couvert en cette période de crise, car l’exemple de la célèbre rivière est une excellente occasion d’observer la façon de travailler des services de l’Etat, méthode qui s’applique au niveau national. Ainsi la Loue, symbole biologique il y a peu, est passée en quelques mois au statut de désert aquatique. Depuis le redoutable épisode de mortalité des populations de poissons dont nous avons beaucoup parlé au cours des précédents numéros, les services de l’Etat ont présenté le 4 novembre une synthèse de toutes les investigations réalisées cette année concernant ce qui est présenté comme une énigme, sinon comme un paradoxe. En effet, les services administratifs ne comprennent pas comment, dans cette rivière qui a vu sa biomasse pisciaire s’écrouler en quelques mois, les analyses sont – selon eux – bonnes au point de se laisser aller à écrire ceci : “L’ensemble des compartiments biologiques permet de conclure à un bon voire très bon état de la Loue au sens de la DCE sur le secteur concerné.” La DCE, parlons-en…
La directive cadreeuropéenne sur l’eau (réf. : 2000/60/CE) oblige les Etats membres de la Communauté européenne à atteindre un “bon état écologique” des milieux aquatiques et des bassins versants pour 2015.Cette directive impose des seuils qui relèvent de la chimie, de la biologie et de la physique avec trois composantes majeures qui sont la physico-chimie, l’écologie et l’hydromorphologie. Dans un délai maximal de neuf ans suivant la date d’entrée en vigueur de la directive, chaque district hydrographique (certains étant internationaux) doit produire un “plan de gestion” s’appuyant sur l’état des lieux (résultats des analyses et études de la phase I).

Pour ne pas s’opposer aux agriculteurs, pour échapper aux amendes et aux astreintes financières imposées par la DCE, l’Etat cherche par tous les moyens de faire passer le drame des rivières comtoises sur le dos des conditions climatiques et autres causes naturelles.
Ce plan de gestion doit être en mesure de :
– prévenir la détérioration, améliorer et restaurer l’état des masses d’eau de surface, atteindre un bon état chimique et écologique de celles-ci, ainsi que réduire la pollution due aux rejets et émissions de substances dangereuses,
– protéger, améliorer et restaurer les eaux souterraines, prévenir leur pollution, leur détérioration et assurer un équilibre entre leurs captages et leur renouvellement,
– préserver (restaurer le cas échéant) les zones protégées.
Un délai de quinze ans (à partir de l’entrée en vigueur de la directive) est prévu pour atteindre les objectifs de bonne qualité écologique, avec des dérogations possibles dans des conditions précisées par la directive. Une pollution accidentelle temporaire de l’eau ne sera pas retenue comme infraction à la directive si elle était imprévisible, induite par un accident, une causenaturelle ou un cas de force majeure.Dans le cas où le bon état écologique ne serait pas atteint, les Etats devront payer des pénalités. L’Etat français, cancre au niveau européen en matière de protection de l’environnement, est dans le collimateur de la Commission européenne. Le risque d’un contentieux communautaire sur les nitrates existe en Bretagne : suite à la saisine de la Cour de justice des Communautés européennes du 21 mars 2007, la France encourait 28 millions d’euros de pénalités immédiates et 117 000 euros d’astreinte par jour.En raison de la proposition d’un plan d’action “Nitrates”, la Commission européenne a renoncé à son recours. Le prix de ce plan est de 86 millions d’euros, mobilisables sur cinq ans afin de ramener à la norme le taux en nitrates des eaux de neuf bassins versants. La France encourt toujours une condamnation qui pourrait tomber avant la fin de cette année. Dans l’affaire de la Loue, le discours du préfet du Doubs, en parfaite harmonie avec celui du directeur général de l’Office national de l’eau et des milieux aquatiques (Onema), évoque un malheureux concours de circonstances qui implique plusieurs causes naturelles, parmi lesquelles le manque de pluie, la forte chaleur dès le mois d’avril et une forte luminosité, qui seraient à l’origine d’un développement exceptionnel de cyanobactéries tueuses, responsable de la disparition de plus de 80 % des poissons adultes de la haute et moyenne Loue.
Il faut prêter une oreille attentive à chaque mot des déclarations officielles en pareil cas. En effet, les pénalités ne s’appliquent pas lorsque les causes d’un mauvais état écologique sont dues à des causes naturelles… Clairement, l’Etat cherche par cette pirouette à se dédouaner de la DCE. Par la même occasion, cela leur permet de ne pas s’opposer à l’agriculture et ses épandages qui recouvrent littéralement la Franche-Comté à la fin de l’hiver, et qui sont en grande partie responsables de ce désastre. Ce comportement est tout simplement honteux. Les analyses physico- chimiques officielles sont étonnement “raisonnables” en ce qui concerne la Loue. Pourquoi ? Le débat touche le protocole d’analyse. Selon les agents de l’administration interrogés, les avis divergent sur la nature des prélèvements.D’une part, la présence de nitrate fluctue régulièrement en fonction d’un nombre important de facteurs.D’autre part, un prélèvement en eau libre ne révèle pas les mêmes taux qu’un échantillon provenant d’une zone morte asphyxiée par les algues vertes. Cela soulève une autre question. Les analyses ponctuelles suffisentelles à révéler la présence ou l’absence de tel ou tel polluant ? La plupart des spécialistes indépendants consultés (hydrobiologistes notamment et personnel de l’Onema) sont unanimes pour émettre des réserves à propos de ce protocole. Ces mêmes spécialistes admettent tous qu’un contrôle en continu serait beaucoup adapté.L’Agence de l’eau de Picardie dispose depuis peu d’un laboratoire mobile qui permet de faire des analyses sur une période de plusieurs semaines. Ce type de matériel serait très utile pour comprendre le (faux) paradoxe de la Loue. Cela éviterait à l’administration d’écrire des inepties et à cette pauvre rivière de mourir définitivement, “protégée” par ses bourreaux. Le “paradoxe” de la Loue n’est pas celui que veut nous faire gober l’administration. Ce serait plutôt celui qui les pousse à protéger l’environnement en faisant exactement le contraire.

Cet été (ici en aval d’Ornans), les agents de l’Onema ont eu bien du mal à trouver des poissons adultes dans la Loue. Le résultat de cette pêche électrique confirme la rumeur. Environ 90 % des poissons adultes sont morts en quelques mois.
Nous publions ici deux extraits des rapports officiels de l’Onema et de la Mission inter-service de l’eau (Mise) rendus publics début novembre.
• Onema.
Etude de la qualité piscicole sur quatre stations de la Loue Les inventaires quantitatifs réalisés au mois de juillet 2010 sur quatre stations de la Loue avaient pour objet d’évaluer l’état des peuplements de poissons de cette rivière. Ces inventaires réalisés selon le même protocole que l’étude de 1998-1999 permettent une comparaison des données. Les deux campagnes ne constituent pas et ne remplacent pas une série chronologique de données sur les mêmes stations et ne permettent pas de prendre en compte les variations inter-annuelles naturelles rencontrées sur ce type de cours d’eau ainsi que les variations dues à l’échantillonnage. Il s’agit de deux “photographies” instantanées des peuplements à dix ans d’intervalle. Outre la réactualisation de l’état de connaissance des peuplements piscicoles sur quatre stations de la Loue, l’objectif était de tenter d’identifier quantitativement l’impact des mortalités observées au printemps 2010, indépendamment de la dynamique naturelle des populations et de la variabilité instrumentale liée à l’échantillonnage. L’analyse des données et des investigations complémentaires ont été réalisées d’août à octobre 2010. Les principales conclusions de l’étude de la qualité piscicole sur la haute Loue sont résumées ci-après.
Ce que l’analyse des données permet de dire
• Truites
De façon générale, par rapport à 1998-1999, la truite a régressé sur toutes les stations d’étude. La régression est significative sur la station de Mouthier-Haute-Pierre tant en nombre de poissons qu’en poids total. Elle est forte sur les masses de truites à Ornans et très forte sur la station de Cléron, elle est également significative sur la station de Lombard. La présence de truites reste loin du potentiel de ce type de cours d’eau tant en masse qu’en nombre. On retiendra qu’en termes de poids total, sur les stations de Cléron, d’Ornans et de Lombard, la truite ne présente environ que 20 à 25 % du potentiel que la rivière peut accueillir sur ces secteurs. De faibles succès de reproduction sont constatés pour la truite, avec des densités d’alevins de l’année bien en deçà de ce que pourrait produire ce type de milieu. Ces faibles densités pourraient également être imputables à des mortalités anormales de cette classe d’âge.
• Ombres
Par rapport à 1998-1999, les populations d’ombres communs ont moins régressé que celles de truites. Les densités d’ombres sont comparables sur Cléron, elles sont en régression sur les autres stations. En termes de masses de poissons, la tendance est différente, avec une augmentation à Mouthier et Cléron et un net déficit sur Ornans et Lombard (– 80% du potentiel théorique).
• Autres espèces Concernant les autres espèces, notamment les petites espèces (chabot, vairon, loche…), l’étude montre qu’il n’y a pas de différence significative pour le chabot entre 1998-1999 et 2010 et que cette espèce, en dehors de la station de Mouthier-Haute- Pierre, se trouve dans une situation conforme à la capacité théorique du milieu. Il est à noter que les densités numériques ont diminué depuis les années 1970 et que la population des jeunes de l’année est faiblement représentée en 2010. Pour ce qui est des loches franches et des vairons, on notera surtout la baisse sur la station de Cléron pour les deux espèces. Cependant, cette information est à prendre avec certaines réserves, étant donné les faibles efficacités de pêche. L’impact des mortalités piscicoles observées au printemps 2010, notamment sur les secteurs d’Ornans et de Cléron, met en exergue une détérioration du peuplement piscicole déjà diagnostiquée en 1999. En effet, des modifications des peuplements sont observées par rapport au référentiel, mais aussi par rapport à la structuration observée dix ans auparavant.On observe également une érosion des densités de poissons depuis les années 1970.
Par rapport à l’étude de 1999, les stations choisies comme témoins vis-à-vis des mortalités de 2010 présentent des altérations et des déficits (truites, à Mouthier notamment). Cela rend difficile l’imputation de la régression de certaines espèces aux seules mortalités observées au printemps 2010.• Rapport officiel de la Mission inter-services de l’eau Les notes concernant l’analyse détaillée des résultats physico-chimiques et hydrobiologiques d’où sont extraites ces conclusions seront prochainement disponibles sur le site Internet www.doubs.equipement.gouv.fr
Contexte et problématique
La Loue a fait l’objet, de sa source jusqu’au secteur de Quingey, durant le printemps 2010, de phénomènes de mortalité piscicole, accompagnés de proliférations de cyanobactéries qui ont perduré jusqu’en été. Une analyse des données physico-chimiques ainsi qu’une étude des différents compartiments biologiques de la rivière (diatomées, macrophytes et macroinvertébrés benthiques) ont été menées afin de suivre l’évolution de la qualité spatio-temporelle du cours d’eau et ainsi d’appréhender l’existence d’un dysfonctionnement éventuel de l’hydrosystème. Les données physico-chimiques correspondent à deux stations de la Loue appartenant au réseau de contrôle de surveillance de la DCE : Mouthier-Haute- Pierre et Chamblay (située dans le Jura, à quelques kilomètres de la limite départementale).Les données hydrobiologiques concernant les diatomées, les macrophytes et les macro-invertébrés, sont issues de deux stations de mesure existant sur le secteur concerné : Mouthier- Haute-Pierre (appartenant au réseau de contrôle de surveillance de la DCE) et La Piquette à Châtillon-sur- Lison (appartenant au réseau de sites de référence de la DCE). Cette dernière station n’est plus suivie depuis 2007, date de fin du suivi du réseau de sites de références ; toutefois, des analyses de macro-invertébrés ont été menées par la DREAL cet été 2010 afin de disposer de données comparatives.Des données plus anciennes ont également été étudiées pour le compartiment macro-invertébrés (données patrimoniales de 1973 à 1984 et de 1990 à 2006) afin de suivre l’évolution emporelle de la qualité de la rivière.Données physico-chimiques. Les résultats (non validés) des analyses physico-chimiques réalisées au cours de l’année 2010 sur la station de Mouthier-Haute- Pierre dans le cadre du RCS(réseau de contrôle de surveillance) permettent de compléter le diagnostic réalisé en juin 2010. En ce qui concerne les macropolluants (fréquence d’analyse bimensuelle), les résultats obtenus au cours des quatre premières campagnes de l’année confirment le très bon état des eaux vis-à-vis des paramètres ammonium, nitrites, phosphates, phosphore total, DBO, carbone organique. Les teneurs en nitrates, comprises entre 5,3 et 7,9 mg/l, restent du même ordre de grandeur que les années précédentes.Direction régionale de l’environnement de l’aménagement et du logement Franche-Comté Besançon, le 2 novembre 2010 Sur les 250 à 300 molécules de pesticides dosées dans l’eau en 2010 (fréquence mensuelle ou trimestrielle), aucune n’a été quantifiée entre janvier et août.
Les métaux sur eau (fréquence trimestrielle) sont soit non quantifiés, soit inférieurs à la limite guide de bon état.Les 41 substances de l’état chimique sont suivies de façon mensuelle en 2010.On observe une quantification uniquement pour cinq molécules de HAP lors d’une seule campagne, sans dépassement des valeurs maximales admissibles. La concentration moyenne reste à évaluer. Pour les autres micropolluants organiques suivis (100 à 170 molécules), on observe une quantification de molécules seulement pour une campagne sur les huit menées pour quatre molécules de HAP, et l’EDTA, mais qui demeurent en bonne qualité, selon les valeurs guides, pour quatre de ces molécules et en qualité moyenne pour une molécule de HAP. L’analyse des données physico-chimiques de l’année en cours ne met donc pas en évidence de dysfonctionnement flagrant sur cette station. Les mêmes analyses sont réalisées sur la station de Chamblay sur la Loue dans le Jura. Les résultats obtenus donnent la même image que celle obtenue à Mouthier-Haute-Pierre, à savoir un très bon état pour les macropolluants (nitrates compris entre 2,4 et 8,9 mg/l), pas de quantification des pesticides, une absence de contamination par les métaux sur eau, une quantification pour quatre HAP sur la liste des 41 substances dangereuses, sans dépassement des valeurs maximales admissibles, et pour quatre HAP et deux autres molécules dans la liste des micropolluants organiques autres. Sur ce secteur de la Loue, situé plus en aval du secteur affecté par les mortalités piscicoles du printemps 2010, on ne met donc pas non plus en évidence de problème lié aux paramètres mesurés lors des campagnes de suivi réalisées.Données hydrobiologiques, résultats et conclusions • Diatomées Sur la station de Mouthier- Haute-Pierre, les notes IBD attestent d’un milieu en bon état (année 2005) à très bon état (année 2006 à 2010) au sens de la DCE. Le peuplement est diversifié et dominé par des espèces sensibles à la pollution, et ne témoigne d’aucune perturbation particulière. La note de 20 et la composition du peuplement obtenues en 2010 (prélèvements réalisés en juillet) sont conformes aux résultats des années précédentes. Sur la station de La Piquette, les notes IBD obtenues de 2005 à 2007 attestent d’un milieu aquatique en bon état au sens de la DCE. Le peuplement présentait alors une cohabitation d’espèces exigeantes et d’espècesrésistantes, qui démontrait la présence d’un léger excès en matières organiques.
• Macrophytes Les notes IBMR obtenues à Mouthier-Haute-Pierre de 2008 à 2010 correspondent à un milieu peu affecté par les pollutions (niveau trophique faible). Le peuplement est stable dans le temps et la présence d’espèces très sensibles à la pollution démontre que le milieu est de bonne qualité. Il faut toutefois noter la présence massive de l’algue verte Vaucheria sp en 2010, qui progresse depuis 2008. A La Piquette, les notes IBMR obtenues de 2007 à 2009 reflétaient un milieu enrichi en éléments nutritifs (niveau trophique moyen), comme en témoignait aussi la présence d’espèces peu exigeantes, voire polluorésistantes.
• Macro-invertébrés benthiques A Mouthier-Haute-Pierre comme à La Piquette, les notes IBGN obtenues depuis 1992 attestent d’un très bon état au sens de la DCE. Les notes varient peu dans le temps, la variété taxonomique et le groupe faunistique indicateur sont globalement élevés. Les notes obtenues en 2010 (18 à Mouthier-Haute- Pierre et 19 à La Piquette) sont conformes à celles des années antérieures et ne témoignent d’aucune évolution notable dans le peuplement. L’analyse détaillée des peuplements montre que des taxons polluosensibles tels que les grands plécoptères (Perlidae, Perlodidae) sont collectés régulièrement.Le peuplement apparaît stable au cours du temps, la quasi-totalité des genres collectés en 1973 sont retrouvés actuellement.
Conclusions La synthèse des données résultant de l’ensemble des compartiments biologiques permet de conclure à un bon, voire très bon, état de la Loue au sens de la DCE sur le secteur concerné.L’étude des compartiments végétaux (macrophytes et diatomées) met en évidence un hydrosystème de bonne qualité avec toutefois un enrichissement en matière organique souligné par les macrophytes au niveau de La Piquette.L’analyse du peuplement macro-invertébrés permet également de conclure à une bonne qualité de l’eau sur ce secteur de la Loue mais aussi à une qualité habitationnelle élevée permettant d’abriter une faune diversifiée. L’analyse poussée met en évidence un peuplement stable et équilibré dans le temps.Suite au rapport de la Mise, l’associationLoue Vive a lancé une campagne d’information destinée au grand public sur les causes et les remèdes qui permettraient de voir la situation s’arranger.
• Au chevet de la Loue C’est grave docteur ? Oui, en avril et mai 2010, des mortalités très importantes de poissons ont été constatées de Lods à Quingey. Pas seulement les truites et les ombres, qui font la réputation de cette rivière pour les pêcheurs, mais aussi les espèces discrètes comme la loche, le chabot ou le blageon.Quelle est l’origine de cette maladie mortelle ? Les analyses de poissons, de l’eau et du substrat ont montré la présence d’algues bleues, les cyanophycées, dont certaines espèces, comme Oscillatoria, contiennent des toxines du système nerveux et du foie.Pourquoi cette crise a-t-elle eu lieu au printemps ? Les eaux basses, l’ensoleillement, la température ont favorisé le développement de ces algues bleues qui prolifèrent à partir des nitrates et des phosphates présents en excès dans l’eau.
Pêche associative, réforme ou complot ? Histoire d’un naufrage.(PS 83)
Pêche associative, réforme ou complot ? Histoire d’un naufrage.
Il fallait s’en douter, la pêche associative montre ses limites… Parent pauvre de la chasse, la pêche est gérée par des amateurs qui par définition manquent cruellement de compétence (ce n’est pas péjoratif).Il s’agit pourtant de gérer des milieux naturels, avec la Direction de l’Eau et l’Onema comme garde-fou. L’actualité nous prouve une nouvelle fois les limites de ce système à travers une réforme qui n’a pas fini de faire des vagues ! La Fédération nationale pour la pêche en France s’est réunie pour un séminaire qui s’est déroulé du 16 au 18 septembre 2009 à Sainte-Eulalie en Ardèche, intitulé « l’Avenir de la pêche amateur en France », dans une étrange confidentialité. Lors de ces trois journées, la FNPF a présenté une réforme de la pêche de loisir en France.
Une réforme décidée en petit comité, qui fait beaucoup parler d’elle. Cette façon de faire n’a pas plu à tous ceux qui n’ont eu d’autre choix que de récupérer tardivement (visiblement il y a eu des fuites) le compte-rendu dudit séminaire.Il nous semble important de souligner l’importance du principe de transparence dans le monde associatif. Celui des pêcheurs y était habitué, mais les temps ont visiblement changé ! Sur le fond, l’idée d’une réforme de la pêche de loisir en France est une excellente nouvelle, car dans de nombreuses régions françaises chacun fait ce qu’il veut – généralement pas grandchose – dans son coin, dans la plus grande incompétence et sans avoir de comptes à rendre à personne.
N’oublions pas que la FNPF, ex-Union nationale pour la pêche en France, n’a jamais été en mesure de contrer la perte de près de deux millions de taxes piscicoles en trente ans ! Alors, une réforme n’était pas seulement nécessaire mais obligatoire, avec pour objectif une simplification de la réglementation (souhait du ministère). Dans les faits, la réforme proposée par cette belle institution, qui existe grâce à l’argent de tous les pêcheurs, appelle de notre part plusieurs critiques, autant sur la forme que sur le fond.On pourrait nous dire que tout cela relève du procès d’intention si, au moment même où se met en place la réforme, on ne nous donnait des exemples des dégâts annoncés :
•La réforme en elle-même et la façon dont la FNPF l’impose au monde associatif avec menace de retrait d’agrément pour les AAPPMA dissidentes, absence de transparence, appropriation « sauvage » de compétences techniques, etc.
•L’ouverture de la pêche du brochet anticipée au 1er mai, qui a fait l’objet d’une consultation publique de la part du ministère tant elle a été mal acceptée dans les régions, ne peut que fragiliser encore les populations de sandres et de black-bass, sans par ailleurs être particulièrement profitable au brochet.
•Le projet GENESALM remet, quant à lui au goût, du jour la mode des écloseries de truites sauvages, après qu’il a été démontré scientifiquement, à grands coups d’études coûteuses (CSP, Inra, Onema), les dangers de ce principe trompeur et dangereux.
Par définition, un animal sauvage ne peut s’élever.•La réaction d’un président d’AAPPMA, Jean-Christian Michel (AAPPMA de Gréoux-les-Bains sur le Verdon), à travers un commentaire désabusé par la tournure que prend la pêche associative.
12 •Formaliser une procédure réglementaire de retrait d’agrément à l’encontre des AAPPMA et/ou de leurs responsables.•Créer une commission de conciliation nationale chargée de régler les conflits entre fédérations et AAPPMA.
•Insérer l’halieutisme comme un des fondements de la réglementation de la pêche. » Cela paraît surréaliste, mais telles sont les propositions de la FNPF. Que faut-il comprendre dans cette déclaration, hormis son côté dictatorial ? « Insérer l’halieutisme comme un des fondements de la réglementation de la pêche » : voici une phrase maladroite, certes, mais qui est très lourde de sens. Si l’on pardonne l’emploi d’un mot qui n’existe pas, l’halieutisme, et si l’on considère que son sens désigne ce qui touche à la pêche, alors tout devient clair. La FNPF entend gérer la pêche, les pêcheurs, et non s’embêter avec les milieux aquatiques, les particularités biologiques, les humeurs de telle ou telle espèce de poisson. D’où la réaction envers les arrêtés préfectoraux citée ci-dessus… Or, l’aspect halieutique est indissociable de l’aspect biologique. Nous ne jouons pas au tennis, monsieur Roustan, notre activité implique une étroite relation avec des êtres vivants ! Dans sa vision globale, simple, des choses, la FNPF oublie la réalité de terrain des AAPPMA. Ces associations sont très différentes les unes par rapport aux autres.
Il y a celles qui gèrent des parcours appartenant au domaine public, alors que d’autres doivent composer avec les contraintes du domaine privé. Pour ce second cas, l’existence de ces associations est souvent complexe, impliquant des rapports avec des dizaines de propriétaires riverains à qui il faut payer les baux. L’existence de certaines AAPPMA ne tient qu’aux bonnes relations entre le président et quelques propriétaires.
Ce sont des situations précaires où tout peut s’arrêter sur un simple malentendu. Les personnes qui gèrent bénévolement ces associations ont un rôle ingrat, difficile, quimérite plus de respect qu’une volonté imposée par la force.
La FNPF est en passe non seulement de mettre le feu aux poudres, mais s’affaire surtout à scier la branche sur laquelle elle est assise, d’une part en retirant des agréments, mais plus encore en décourageant les bonnes volontés. L’ensemble des mesures proposées par la FNPF ne serviront pas à freiner la chute des ventes de permis, au contraire, tout concorde pour une nouvelle baisse. C’est ce que nous démontrons dans ce dossier. Certes, il serait plus simple de déverser en masse des poissons d’élevage dans les rivières pour contenter les pêcheurs.
C’est sans doute l’un des plans imaginés par la FNPF.Le projet GENESALM est d’ailleurs une façon déguisée de déverser des truites, qu’on nous présente comme sauvages pour contenter les pêcheurs. La FNPF est une sorte de république banannière, où l’on ignore les lois, où l’on impose ce que l’on veut et où l’on prend la nature pour un terrain de sport collectif sans vie. A travers cette réforme, la FNPF se fait immanquablement l’ennemi de l’Onema, des Diren, bref de l’Etat.
C’est une honte pour le monde de la pêche, pour tous ceux qui se sentaient impliqués, responsables, dans la sauvegarde des milieux aquatiques, dans la détection des pollutions, des agressions en tout genre que subit l’environnement aquatique.
Les naturalistes pêcheurs, sensibles à la qualité des milieux, ne peuvent qu’être déshonorés par ce que met en place la FNPF en ce début d’année. Quelle image donnerons-nous aux autres acteurs du bord des cours d’eau et des lacs ? Jean-Marc Theusseret
Effet du réchauffement climatique sur la température des eaux et la vie aquatique.
Il est maintenant clairement établi que le réchauffement récent de notre planète péjore le maintien de notre biodiversité. Les milieux aquatiques souffrent fortement de toute modification de leur température.
En d’autres termes, nos truites transpirent ! A tel point qu’elles risquent souvent l’insolation.
Avant d’expliquer l’impact de ces modifications environnementales sur les équilibres écologiques, détaillons tout d’abord le fonctionnement et les caractéristiques thermiques de nos hydrosystèmes.
Par Sylvain Richard et Guy PeriatQui ne s’est jamais baigné dans un cours d’eau ? Quel pêcheur n’a-t-il jamais rempli ses bottes ? S’il est évident qu’il est moins désagréable de prendre l’eau en été qu’en hiver, vous aurez remarqué que la température de certains cours d’eau devient toujours plus supportable avec l’avancement de la saison.
En lac ou en mer, les zones littorales sont toujours plus tempérées. En revanche, le plongeon en pleine eau rappelle à son auteur que les couches profondes deviennent très vite glaciales ! A prioribanale, la température de l’eau est pourtant le premier paramètre évoqué au contact du milieu liquide : Ouah ! C’est froid ! Bof ! C’est de la soupe ! Voyons donc de plus près les facteurs qui la conditionnent et l’influencent.L’eau, une molécule exceptionnelle !
S’il est aisé de comprendre que le soleil réchauffe progressivement des plans d’eau immobiles, il est utile de rappeler, pour bien décrire le fonctionnement thermique des lacs, que l’eau possède des propriétés physiques exceptionnelles.
En effet, sa densité ne suit pas les règles universelles de la matière sur Terre ! La densité d’un élément désigne le nombre de molécules contenues dans un volume donné. Plus l’espace entre les molécules est faible, plus elles sont nombreuses et donc plus le poids de l’élément qu’elles composent dans ce volume est élevé. Cet espace est proportionnel à la température.
Une matière froide est ainsi toujours plus lourde qu’une matière chaude. En d’autres termes, en se refroidissant, un liquide sera toujours plus froid en profondeur qu’en surface.
Et s’il fait encore plus froid, les molécules seront tellement serrées qu’elles ne pourront plus être déplacées : c’est la solidification.Les bras des forgerons sont là pour en témoigner ! On obtient alors un élément solide très dense, qui va donc couler s’il est plongé dans ce même élément liquide.
Eh bien, ce n’est pas le cas de l’eau ! Grâce à la forme particulière de sa molécule, la solidification provoque un arrangement précis qui procure à l’eau solide une densité plus faible qu’à l’état liquide. En conséquence, la glace flotte dans nos verres ! La densité la plus importante de l’eau se trouve en réalité à + 4 °C.
Ce qui explique pourquoi les masses d’eau très profondes ont une température constante de + 4 °C dans leurs abysses. En revanche, en surface, la température varie en fonction de l’excitation des molécules que leur confère la chaleur du soleil. A l’échelle d’une journée ensoleillée, la température maximale apparaît ainsi en fin d’après-midi, lorsque la masse d’eau a accumulé un maximum d’énergie.
Après stratification, on mélange tout.
En fonction de la saison, le réchauffement des masses d’eau par le soleil atteint plus ou moins de profondeur, jusqu’à une zone de transition que l’on appelle thermocline. En été, la couche la plus chaude est donc toujours en surface.
La température de la masse d’eau évoluant verticalement selon la profondeur, les couches profondes sont froides et lourdes. En cas de stratification thermique, il n’y a donc aucun brassage, car chaque couche possède sa propre densité et reste dans sa gamme de profondeur.
Sous nos latitudes, les variations saisonnières vont permettre un mélange des tranches d’eau. En effet, dès que l’eau de surface atteint + 4 °C, en début ou en fin d’hiver généralement, elle s’enfonce et provoque ainsi le brassage des eaux du lacs, qui va permettre le renouvellement des couches profondes. On appelle ce phénomène la “tourne” des lacs. Il intervient plusieurs fois par hiver sur les petits plans d’eau et seulement tous les dix à vingt ans sur les plus grands, en fonction des conditions climatiques.
Evidemment, la situation n’est pas si simple en réalité.
En fonction de la forme du lac, de sa profondeur, de ses affluents, du vent, etc., des courants se forment et participent également au mélange des eaux. En mer, ce phénomène est bien connu et répond, à l’échelle du littoral, aux forces des marées et, à l’échelle de l’hémisphère, aux forces de Coriolis.Tout se complique en cours d’eau…
La température d’un cours d’eau n’est pas un paramètre stable. D’une manière générale, elle va évoluer et se réchauffer de l’amont vers l’aval. Plus on s’éloigne des sources, plus la rivière s’élargit et s’assagit. En conséquence, plus on s’approche de l’embouchure, plus le cours d’eau reçoit de la chaleur solaire. Comme en plan d’eau, les températures varient d’une manière journalière et les maxima sont atteints en fin de journée.

De légères différences thermiques peuvent être observées entre les courants rapides et les calmes. Ici, la densité de l’eau joue un rôle moindre, excepté dans les très grandes fosses. Ces principes généraux ne sont cependant pas les seuls à conditionner la température des cours d’eau et un certain nombre de phénomènes, aux mécanismes complexes, entrent en jeu.
Tout d’abord, il est important de rappeler qu’un cours d’eau n’est que la face visible des réseaux hydrographiques. En effet, la grande éponge à précipitations que constitue le sol est à l’origine du courant permanent de chaque fleuve, rivière ou autre petit ru. Ainsi, en fonction de l’altitude, de la latitude et de l’impluvium des bassins versants, le sol n’a pas la même température. Les sources qui en jaillissent sont de moins en moins froides plus on s’approche de la mer ou des tropiques.
En milieu calcaire, cela se complique grandement.
Les réseaux d’écoulement souterrain peuvent en effet fournir tout au long des cours d’eau des résurgences à températures fraîches et constantes toute l’année.
Enfin la nature, la couverture et la couleur des sols des bassins versants influent logiquement sur l’eau qui ruisselle. Un orage sur une zone urbaine en plein mois d’août aura tendance à amener de l’eau chaude, tandis qu’une crue estivale résultant d’une dégradation météorologique classique refroidira les eaux de surface d’une région. Et un épisode de grêle pourra faire perdre plus de 10 °C à un cours d’eau en quelques dizaines de minutes seulement !La température de l’eau et les processus chimiques.
La solubilité des gaz et autres éléments est dépendante du nombre de molécules auxquelles ils peuvent s’associer. La température, qui régit la densité de la matière, joue donc un rôle essentiel dans leur concentration.
L’exemple le plus connu est celui de l’oxygène :
à pression identique, plus une eau est froide, plus elle aura une concentration élevée en oxygène. Comme la pression dans la bouteille d’eau minérale, la température est donc fondamentale à la dissolution des gaz.
Il est donc logique de voir “piper” des poissons maintenus dans un vivier trop petit et qui a été exposé à un air ambiant chaud. Ils cherchent à avaler de l’air, afin que l’oxygène, qu’ils ne trouvent plus sous forme dissoute, diffuse au travers de leur tube digestif. En effet, certaines espèces (loche, tanche…) sont capables de compenser, jusqu’à un certain point évidemment, le manque d’oxygène dissout par “respiration” stomacale.
Les rassemblements anormaux de poissons aux embouchures des petits affluents frais des grands cours d’eau en période de canicule s’expliquent donc :
ils cherchent des bouffées d’oxygène ! Enfin, il est important de noter que certains polluants (cyanures, nitrites…) voient leur concentration et leur toxicité augmenter avec la température de l’eau.
Une activité des organismes aquatiques dépendante de la température de l’eau.
Animaux à sang froid, l’activité physiologique des organismes aquatiques dépend directement de la thermie de leur environnement.
La digestion, la respiration, la production et la maturation des gonades, la croissance, mais également la nutrition, la reproduction ou encore les déplacements, sont régis en grande partie par la température de l’eau.
Les différentes espèces aquatiques se sont progressivement adaptées à leur milieu de vie et certaines montrent des préférences pour les eaux froides, alors que d’autres ne vivent qu’en eaux chaudes.
Si l’on prend l’exemple des poissons, l’omble chevalier a besoin d’une température de l’ordre de 4 à 5 °C pour se reproduire. A ces thermies, la carpe ou la tanche sont totalement inactives, enfouies dans les sédiments, et doivent attendre 18 à 22 °C pour frayer. En hiver, il n’est pas rare d’observer des milliers de cyprinidés, agglutinés en bancs immobiles là où la rivière est la moins froide, tamponnée par une résurgence de nappe ou particulièrement bien exposée au timide soleil d’hiver… En revanche, les truites, qui attendent une température de 6 °C en automne pour lancer les hostilités de la reproduction, seront en pleine activité.
Chaque espèce possède ainsi une gamme de températures optimales pour son développement. On parle alors de “température de confort” pour indiquer la valeur au-dessus ou en dessous de laquelle l’individu commence à “souffrir “.
Pour les Cyprinidés (gardons, carpes, barbeau…), on peut retenir comme température de confort maximale environ 25 °C.
Les Salmonidés (truite, ombre…), en revanche, sont soumis à un état de stress physiologique lorsque l’eau dépasse 20 °C. Au-delà de ces seuils, les organismes subissent une diminution de leurs fonctions vitales et réduisent leur activité alimentaire.
Lorsque la température augmente encore, elle peut entraîner à plus ou moins court terme la mort de l’individu : il s’agit de la “température létale”.
Elle peut être estimée à 27 °C pour les Salmonidés et 30 °C pour la plupart des Cyprinidés.
Certaines espèces sont cependant plus résistantes :
le poisson-chat (34 °C) ou la perche (32 °C).
Une présence ou une absence expliquée par la température.Ces préférences pour des gammes de températures bien précises expliquent pour une grande part la succession longitudinale des espèces au sein des cours d’eau. Logiquement, celles d’eau froide comme les Salmonidés, le chabot ou la lamproie de Planer, se rencontrent dans la partie amont des rivières et, au fur et à mesure du réchauffement des eaux, elles sont progressivement remplacées par des espèces plus tolérantes, comme la vandoise, le barbeau, ou encore le brochet et la brème.
Certes, la température n’est évidemment pas le seul facteur qui explique cette succession biologique. En outre, les inversions thermiques provoquées par l’embouchure d’affluents froids ou la présence d’importantes résurgences karstiques compliquent leur logique d’apparition.
Si bien qu’il est parfois difficile de comprendre l’assemblage des biocénoses en place. Les travaux de l’université de Franche- Comté, dans les années 1970, ont par chance permis d’y voir plus clair sur la structuration des peuplements aquatiques de nos cours d’eau et ont montré que la température de l’eau explique à elle seule plus de 50 % de la variabilité longitudinale des peuplements ! Dans les plans d’eau également, les espèces s’organisent en fonction de la température, même si là aussi d’autres paramètres comme la qualité des caches et des abris, ou encore la quantité de nourriture, influencent grandement leur distribution spatiale. Ainsi, les petits gardons vont se déplacer en suivant les couches d’eau les plus chaudes de surface, sans rechercher un type d’habitat particulier. De même, en été, les truites de lac vont rechercher les couches les plus fraîches en profondeur, alors qu’en hiver ces mêmes truites iront chasser en surface, juste avant ou après leur migration de reproduction. Enfin, les corégones surferont sur la thermocline, à la recherche de plancton.La notion de métabolisme thermique.
Les processus évolutifs qui conditionnent le contexte thermique des milieux aquatiques sont très complexes.
Ils interagissent les uns par rapport aux autres, à différentes échelles d’espace et de temps. Les hydrosystèmes présentent donc un véritable métabolisme thermique.
Celui-ci influence les grands équilibres chimiques de l’eau. Il détermine les caractéristiques biologiques des milieux aquatiques. Il régit la distribution des espèces. La température est donc véritablement l’épée de Damoclès de nos lacs et cours d’eau. Il apparaît ainsi fondamental de préserver leur intégrité thermique si l’on veut protéger ou restaurer leurs fonctionnalités. Le réchauf- fement climatique semble donc être un fléau pour la sauvegarde de nos poissons. Mais est-il le seul responsable de l’état fiévreux de nos hydrosystèmes ? Existe-il des solutions pour prévenir cette tendance inéluctable ? Tant de questions auxquelles nous nous devrons de répondre dans un prochain article.
Le corbicule : un mollusque invasif méconnu
Le mollusque Corbicula a envahi très rapidement notre territoire depuis le début des années 1980.
Aujourd’hui, il colonise les principaux cours d’eau et plans d’eau de nos bassins. Mais d’où vient cette espèce et comment a-t-elle pu coloniser aussi facilement les milieux aquatiques ? Quels sont les risques liés à sa présence pour les écosystèmes ? Faisons le point sur les récents travaux scientifiques concernant cette espèce invasive… Par Sylvain Richard et Guy PériatLe corbicule est un mollusque bivalve qui ressemble à une petite palourde. Il appartient à la famille des Corbiculidae et au genre Corbicula, qui regroupe des espèces d’eau douce et d’eau saumâtre qui filtrent l’eau pour se nourrir de phytoplancton. Il est facilement identifiable, en raison des stries de croissance concentriques et régulièrement espacées de sa coquille. Sa taille dépasse rarement les 3 cm de longueur bien que, dans certains cas, des individus puissent atteindre, voire dépasser les 5 cm.
Actuellement, son aire de répartition naturelle recouvre l’Asie, l’Afrique ainsi que l’Australie.
Toutefois, des fossiles de corbicule ont été retrouvés dans des dépôts du Tertiaire et du Quaternaire en Angleterre, en France, en Belgique, en Allemagne ainsi qu’en Italie, prouvant que ce bivalve était largement répandu en Europe occidentale avant la dernière glaciation. Mais cette période de long refroidissement climatique lui a été fatale et il a ainsi totalement disparu de la faune européenne depuis cette époque glaciaire.
Les premières informations de la présence de corbicules en dehors de leur aire de répartition d’origine datent des années 1920. Elles concernent la Colombie- Britannique, où l’espèce aurait été introduite accidentellement en 1924. Depuis, elle s’est largement répandue dans la plupart des lacs et des cours d’eau du continent nord-américain. Elle a par la suite gagné les eaux d’Amérique centrale puis d’Amérique du Sud, en particulier en Argentine et au Venezuela dans les années 1980. En Europe, le corbicule est rencontré pour la première fois en 1980 dans la basse Dordogne en France ainsi que dans l’estuaire du Tage au Portugal.
Depuis, il est signalé en 1984 en Allemagne, en 1987 aux Pays-Bas, en 1989 en
Espagne, en 1992 en Belgique et vers la fin des années 1990 en Angleterre.
Aux Etats-Unis, la lutte contre les corbicules est évaluée à un milliard de dollars par an ! Le mollusque obstrue notamment les conduites d’alimentation en eau des centrales nucléaires ! Dans beaucoup de cours d’eau colonisés, on observe des densités de l’ordre de 100 à 200 individus/m2. Dans les canaux, elles peuvent aller de 200 à 400 individus/m2et, aux Etats-Unis, certains lacs montrent des densités de plus de 3 000 individus/m2!

Une ou deux espèces de Corbicula seraient présentes en France
Le genre Corbicula comprend des espèces présentant d’importantes variations de coloration, du brun noirâtre jusqu’au jaune pâle en fonction des espèces et de leurs milieux de vie. En France, il est généralement admis que la famille des Corbiculidae est essentiellement représentée par l’espèce Corbicula fluminea, de coloration brune. Mais la présence d’individus de coloration jaune, notamment dans le Rhône en amont de Lyon et dans le cours inférieur du Doubs, ainsi que d’individus de petite taille dans la Moselle et la Saône au niveau de Chalon-sur-Saône, a amené certains spécialistes à considérer qu’une autre espèce de corbicule, Corbicula fluminalis, est présente sur notre territoire. La position systématique, c’est-à-dire son rattachement à l’espèce
Corbicula fluminalis, de cette forme particulière de corbicule est toutefois toujours discutée.
En effet, si les individus de cette forme présentent une stratégie de r
eproduction différente de l’espèce C. Fluminea, certains scientifiques considèrent que c’est là plus le fait d’une adaptation au milieu qu’un réel caractère spécifique. En outre, en Amérique du Nord, les populations de Corbicula flumineapeuvent montrer de grandes variations d’aspect, que ce soit dans le ratio hauteur/longueur ou encore dans le nombre de stries d’accroissement.
Une expansion très rapide à travers le territoire…
La diffusion de Corbiculaen France a été extrêmement rapide. Elle s’est faite à partir d’au moins sept axes différents et, en une vingtaine
d’années, la quasi-totalité des bassins hydrographiques français a été colonisée.
• Le premier axe de pénétration est le bassin de la basse Dordogne, où l’espèce a été observée pour la première fois en 1980. Son introduction serait due à des bateaux en provenance d’Asie ou
d’Amérique, sur la coque desquels Corbiculase serait fixé. A la fin des années 1990, l’espèce a progressivement colonisé la plupart des bassins versants de la Garonne et de la Dordogne. Les plans d’eau ne sont pas
épargnés et Corbiculaest présente notamment dans les lacs aquitains de Cazaux, de Sanguinet et de Biscarosse. A partir de cet axe, l’espèce s’est propagée vers l’est et elle est recensée en 1989 dans le canal du Midi et en 1997 dans l’Hérault à Agde.
• Le second axe de pénétration est celui du bassin de l’Adour, où C
orbicula est recensée en 1989 dans un petit ruisseau près de Dax, puis dans l’Adour en 1991. Son apparition serait due aux pêcheurs, qui l’auraient utilisé comme appât… Le bassin de l’Adour étant isolé, l’expansion de
l’espèce vers le reste du territoire n’a pas été possible.
• Le troisième axe est l’estuaire de la Charente où l’espèce est signalée en 1996. Sa présence
pourrait être due là aussi à des bateaux en provenance de l’Asie ou d’Amérique.
• Le quatrième axe correspond au Rhin et aux canaux de l’Est, où Corbiculaest signalée pour la première fois en 1990 dans le Rhin et en 1994 dans la Moselle. A partir des canaux qui relient ce bassin à celui de la Seine, l’espèce a colonisé la Seine où elle est observée en 1997 à Paris puis à partir de 2000 sur les secteurs aval du fleuve. Elle a ensuite étendu sa progression vers l’Aisne et l’Oise, ainsi que l’Yonne et le Loing. Via le canal du Rhône au Rhin, l’espèce se retrouve dans la Saône et le Rhône également. Elle va progressivement coloniser les principaux affluents de ces deux cours d’eau.• Le cinquième axe est la Moselle française, et ses populations, apparues en 1994, pourraient provenir du Rhin alémanique dont elle est un affluent. En 2000, l’espèce est observée à Metz.
• L’estuaire de la Loire constitue le sixième axe de pénétration de Corbicula sur notre territoire, où l’espèce est observée en 1990. Là aussi, des bateaux en provenance d’Asie ou d’Amérique pourraient expliquer l’apparition du mollusque. En 1997, il est observé à Saumur, puis en Loire moyenne à partir des années 2000. Actuellement, l’espèce est recensée jusqu’aux environs de Digoin et les principaux affluents que sont la Vienne, le Cher, la Maine, la Sarthe, la Mayenne sont également colonisés.
• Enfin, le septième axe de pénétration est celui de l’estuaire du Rhône, où Corbiculaest observée, en 1997 à Salin-de-Giraud. En 1998, on la retrouve dans le Gardon et l’Ardèche et en 1999 dans la basse Durance. Les individus du Rhône deltaïque présentent des caractères génétiques différents de ceux du Rhône en amont de Lyon. Cette observation pourrait montrer que la colonisation du fleuve ne s’est pas réalisée uniquement par la dévalaison de Corbiculaissues de l’axe Rhin et qu’une population implantée plus récemment dans le delta remonterait le fleuve actuellement. Les seuls bassins épargnés par l’invasion de l’espèce sont ceux des zones de montagne et des fleuves côtiers de la Côte d’Azur, de Corse, de Bretagne, de Haute-Normandie et du Pas-de-Calais. Mais pour combien de temps encore ?

Avec la carpe, le silure est un grand consommateur de corbicules, mais leur prélèvement ne suffira pas à ralentir l’invasion du mollusque !
… reflets des profondes modifications des milieux
aquatiques
Les canaux de navigation ont eu un rôle essentiel dans la dispersion de Corbiculasur notre territoire, en reliant entre eux les principaux bassins hydrographiques. L’espèce trouve en effet dans ces milieux une source abondante de nourriture, des courants lents et des substrats meubles qui lui conviennent, ainsi qu’une faible compétition interspécifique et une relative tranquillité vis-à-vis des prédateurs. Elle peut ainsi proliférer, augmentant de fait les possibilités de diffusion vers l’aval. Mais la dégradation de la qualité des écosystèmes aquatiques a également participé directement à l’expansion de ce mollusque invasif. En effet, les importantes modifications morphologiques (recalibrage, chenalisation, édification de seuils et de barrages…) subies depuis plus de cinquante ans ont profondément modifié les habitats de la plupart des grands cours d’eau de notre territoire : en ralentissant les écoulements et en modifiant la qualité des substrats, ces interventions ont ainsi grandement favorisé l’installation de ce bivalve dans des secteurs qui ne lui étaient pas favorables
auparavant…

De prime abord, les corbicules sont un miracle qui rend l’eau claire comme du gin, limite le réchauffement excessif en été et par la même occasion la prolifération des algues filamenteuses. Toutefois, les grandes colonies entraînent un rejet de nitrate, d’azote ammoniacal ainsi que de phosphore.
Une stratégie de développement adaptée à la diffusion
Corbicula est en général assez tolérante vis-à-vis de la pollution organique, pour peu que la teneur en oxygène reste assez importante.
Une température de l’eau supérieure à 30 °C perturbe son métabolisme et ses fonctions reproductives, alors que des valeurs thermiques inférieures à 2 °C sont considérées comme létales pour les individus.
Ce mollusque bivalve est hermaphrodite et montre une très forte fécondité :
après l’incubation des larves au niveau des branchies jusqu’à ce qu’elles atteignent une taille d’environ 250 μm, de 30 000 à 50 000 juvéniles sont libérés en moyenne par adulte et par saison de reproduction.
Après une phase planctonique, où les juvéniles dérivent en pleine eau, les individus vont alors se fixer sur le fond.
Si la mortalité des juvéniles lors de la phase planctonique est très importante, pouvant aller jusqu’à 99 % selon certains spécialistes, ceux-ci sont capables de secréter un filament muqueux qui leur permet de dériver en pleine eau et d’être entraînés par le courant.
Ils peuvent ainsi coloniser par dévalaison des linéaires très importants.
Les adultes peuvent également secréter un pseudo byssus leur permettant de se fixer sur la coque des bateaux ou à des particules en suspension de grande taille, favorisant ainsi leur expansion.

La concurrence des corbicules avec les mollusques indigènes tourne le plus souvent à l’avantage de l’envahisseur. Il s’ensuit de profonds bouleversements de nos écosystèmes.
Des impacts économiques et écologiquesNon seulement Corbiculaest invasive, mais elle est très prolifique… Dans beaucoup de cours d’eau colonisés, on observe des densités de l’ordre de 100 à 200 individus/m2. Dans les canaux, elles peuvent aller de 200 à 400 individus/m2 et, aux Etats-Unis, certains lacs montrent des densités de plus de 3 000 individus/ m2! Ce sont ainsi de véritables tapis de coquilles qui peuvent recouvrir les fonds des milieux colonisés et cela ne va pas sans poser quelques problèmes… En effet, les coquilles mais également les juvéniles à la dérive peuvent être aspirés par les systèmes complexes de refroidissement de certaines industries ou des centrales de production électrique, thermiques ou nucléaires. En obstruant les canalisations, elles peuvent engendrer des dysfonctionnements plus ou moins importants, mettant en jeux directement la sécurité de ces installations. Aux Etats- Unis, le coût lié aux dommages engendrés par Corbicula est estimé à près d’un milliard de dollars par an… D’un point de vue écologique, Corbicula peut entrer directement en compétition, en termes d’habitat et de ressources trophiques, avec d’autres mollusques indigènes.
C’est ce qui a été constaté au Japon, où l’introduction de C. Flumineaa provoqué la disparition d’une espèce indigène de corbicule, C. leana, dans la rivière Yodo. Peu de retours d’expérience similaires existent actuellement en France et en Europe.
De manière plus insidieuse, la prolifération de l’espèce est susceptible d’engendrer un certain nombre de modifications sur l’écosystème aquatique récepteur. Le développement d’importantes colonies modifie drastiquement le type et la qualité des substrats, qui deviennent alors moins biogènes, voire non colonisables pour les espèces benthiques indigènes.
L’activité physiologique des individus entraîne également une forte consommation en oxygène dissous et un relargage significatif de dioxyde de carbone dans l’eau. Les fèces de l’animal présentent également la particularité d’être très concentrées en nitrate, en azote ammoniacal ainsi qu’en phosphore.
Les caractéristiques physico- chimiques de l’eau et des sédiments peuvent ainsi être perturbées par les communautés de C. Fluminea, avec de potentielles incidences sur la production primaire du milieu.
C’est ce qu’a pu montrer une équipe de chercheurs américains sur le lac Tahoe, grand lac naturel situé à cheval entre la Californie et le Nevada, qui ont fait le lien entre de fortes proliférations d’algues filamenteuses du genre Spirogyra et un excès de nutriments azotés et phosphorés issus de l’activité des populations de Corbicula.
Ainsi, si d’aucuns pouvaient imaginer que le corbicule pouvait constituer un filtre efficace pour la qualité de l’eau de nos rivières et de nos lacs, eh bien, il n’en est rien : les désordres engendrés, tant sur le plan chimique qu’habitationnels, sont bien supérieurs aux hypothétiques services que pourrait rendre cet indésirable mollusque. L’incroyable rapidité de l’expansion de Corbiculaest le triste reflet de la qualité générale de nos grands systèmes aquatiques.
S’il semble illusoire de faire disparaître l’espèce là où elle est actuellement bien implantée, c’est tout de même une raison de plus en faveur de la préservation et de la restauration des conditions thermiques et morphologiques des milieux, si l’on veut les épargner de l’invasion de Corbicula.Cannes Sage
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