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  • 10 conseils pour réussir ses nymphes

    10 conseils pour réussir ses nymphes

    La réalisation de nymphes et de larves artificielles ne présente pas à première vue de difficultés notoires comparée à celle des mouches sèches et des émergentes. Cette apparence trompeuse se vérifie chez de nombreux monteurs qui butent sur des étapes pas aussi simples qu’il n’y paraît. Voici comment réussir de belles nymphes grâce à quelques principes de base très utiles devant l’étau.

    Par Philippe Boisson

    De plus en plus présentes dans les boîtes à mouches des pêcheurs, les imitations de nymphes, il y a peu encore sujettes à polémiques, ont fini par trouver leur place dans l’attirail du moucheur au milieu des mouches sèches et des émergentes. S’il existe de très bons modèles dans le commerce, peu d’entre-eux sont proposées dans différents lestages, indispensables pour pêcher juste. C’est pourquoi le montage des nymphes artificielles est un passage obligatoire pour le monteur de mouches débutant ou confirmé. On pourrait penser que leur réalisation ne pose pas de problèmes particuliers, tant on est plus proche de la simple silhouette que de l’imitation hyperréaliste. La réalité est toute autre. La plupart des monteurs de mouches débutants ne parviennent pas à respecter les proportions des différents éléments qui constituent une larve d’éphémère. Pourquoi ? Parce que l’exercice est très différent de celui qui concerne la réalisation d’une mouche sèche. L’hameçon est souvent lesté par du fil de cuivre ou de plomb, la quantité de matériau à travailler est importante, tant et si bien que la gracile nymphe se transforme en masse informe. Nous vous proposons dix conseils pour réaliser facilement de belles nymphes, qui plairont autant au pêcheur qu’aux poissons. A vos étaux et bon courage !

    1 – La longueur des cerques

     Les cerques des larves naturelles d’éphémères sont dans la majeure partie des cas très courts. Ils n’excèdent pas en général la longueur de l’abdomen de l’insecte, voire souvent un peu moins. La larve d’Ephemera danica, la mouche de mai en est un bon exemple. Il s’agit donc de respecter cette règle devant l’étau pour diverses raisons, la première concerne le souci de copier la réalité et la seconde tient à l’immersion des nymphes et larves artificielles qui doivent pouvoir couler sans que des cerques trop longs freinent la descente dans l’eau. Mettre des cerques trop longs sur ses imitations est un défaut classique que l’on observe chez la plupart des monteurs.

    2 – Ne pas aller trop loin…

    Ah, quelles sont belles les imitations où le corps épouse la courbure de l’hameçon, donnant ainsi un semblant de vie aux artificielles ! Mais attention, un corps qui descend trop bas sur l’hameçon engendre des décrochages fréquents de poissons, surtout avec les hameçons sans ardillons. Pour un hameçon à hampe droite, il faut impérativement arrêter le corps lors du montage juste avant la courbure.


    3 – Choisir un hameçon adapté

    Tous les modèles d’hameçons ne conviennent pas pour monter des nymphes. Certains modèles sont excellents pour réaliser des mouches sèches ou des émergentes, mais s’avèrent inadaptés pour les larves et les nymphes. Ces dernières sont souvent plus épaisses que les mouches sèches surtout au niveau du corps et de l’abdomen. Il convient donc de choisir des hameçons dont la courbure n’est pas trop fermée et dont la pointe ne se retrouve pas sous le thorax une fois la nymphe réalisée. D’une manière générale, les hameçons dits “standard” conviennent bien. Citons les références Tiemco 100, 9300 ou 3769 ainsi que les modèles Devaux B 405 ou B 401. Pour les modèles à hampe courbée (caddis hooks), tout va bien jusqu’à la taille 15, mais en 18 ou en 20, il faut des doigts de fée pour ne pas surcharger la mouche.


    4 – Attention à ne pas prendre la grosse tête

    Lorsqu’on débute dans le montage des mouches, il paraît inimaginable de faire tenir des matériaux sur un hameçon par seulement trois ou quatre tours de fils de montage. Avec les nymphes, les choses se compliquent au moment de réaliser la tête de l’imitation. Par mauvaise gestion des étapes précédentes, on se retrouve avec un excès de matériaux qui trouve sa place sous x tours de fils de montage et du noeud final. C’est donc dès la première étape, généralement la fixation des cerques qu’il faut être attentif pour ne pas “déraper”.


    5 – Le mariage des couleurs

    Qu’il s’agisse d’imitations destinées aux truites ou aux ombres, le choix des couleurs des matériaux ne se fait selon ses propres envies, mais selon celles des poissons. Si la meilleure école reste l’expérience, les années de pratiques qui vont opérer une sélection naturelle dans vos boîtes pour ne garder que l’essentiel, on peut rappeler quelques principes de base bien utiles. Tout d’abord, le thorax doit être légèrement plus foncé que l’abdomen, ensuite il est souvent intéressant d’appliquer ce principe en restant dans la même tonalité : par exemple jaune olive clair pour l’abdomen et jaune olive foncé pour le thorax. De même, évitez les couleurs primaires au profit de teintes particulières comme le jaune moutarde, l’ocre, le vert olive. Les teintes “rouille” sont également excellentes.


    6 – Le mariage des matériaux

    Comme pour les couleurs, les matériaux ne font pas tous bon ménage, ou en tous cas pas n’importe comment. Un corps en fibres de queue de faisan peut facilement être suivi par un thorax en dubbing de lièvre, alors que l’inverse est beaucoup plus difficile à faire. Inspirez-vous des modèles célèbres et très répandus. L’ordre de montage de ces modèles n’est pas dû au hasard, mais répondent à des règles bien établies en matière de montage de mouche. Il est souvent nécessaire de consacrer un peu temps à la recherche de certains matériaux spécifiques (fil de montage, soie flosse, plumes et dubing de qualité) car cette activité est semblable à la cuisine. À chacun son tour de main est ses astuces.


    7 – Comment placer une bille percée

    Les billes percées sont à la mode car elles cumulent plusieurs avantages : lestage, couleur, forme, etc. En revanche, elles sont difficiles à placer solidement et correctement en raison du perçage conique de la plupart des modèles. Avec le fil de montage, on peut réaliser un aller-retour sur la hampe pas trop serré, faire glisser le tout contre la bille et ajouter une goutte de cyanoacryate. par capillarité, la colle suivra le fil de montage jusque sous la bille. On peut aussi, avec les modèles très lestés faire la même opération avec du fil de plomb, mais la capillarité ne fonctionnant plus, il s’agit d’ajouter la colle sur tout le longueur de plomb puis de le pousser contre la bille.

    8 – Le bon cerclage

    Il est parfois des choses simples et évidentes qui ne viennent pas naturellement à l’esprit. Cerclé un corps de nymphe réalisée en fibre de queue de faisan avec un tinsel ou un fin fil de laiton peut sembler enfantin, mais ce n’est pas tout à fait le cas. En effet, enroulé dans le même sens que les fibres de faisan, le cerclage disparaît partiellement entre les fibres, obligeant le monteur à l’enrouler en spires plus larges, ce qui d’une part, n’est pas très beau et d’autre part pas offre un rendu bien différent de l’effet souhaité. La solution m’a été donnée par Michel Flénet. Le célèbre monteur m’a simplement indiqué qu’en enroulant le tinsel à l’envers, c’est-à-dire dans le sens inverse de l’enroulement des fibres, il n’y avait plus aucun problème !


    9 – Le bon lestage

    Le lestage des nymphes reste un problème pour de nombreux monteurs. Plus on leste par du fil de cuivre, de laiton ou de plomb, plus l’imitation peine à garder une silhouette fine. Dans le cas d’un fort lestage, par exemple, par une hampe et demie de fil de plomb, on aura intérêt à simplifier la formule de montage d’un modèle donné, afin d’obtenir une silhouette correcte. Le regretté Norbert Morillas, dont l’efficacité à la pêche à la nymphe était bien connue, avait finalement supprimé le thorax et le sac alaire de ses pheasant-tail, s’inspirant des modèles Étiage Devaux d’André Terrier. Il ne restait que les cerques, l’abdomen et la tête, et les résultats obtenus en terme de prises étaient identiques à ceux obtenus avec des modèles plus élaborés et imitatifs.

    10 – Observez les insectes naturels !

    C’est un euphémisme que d’écrire que rien ne remplacera l’observation de la nature, en l’occurrence en ce qui nous concerne ici, des larves et des nymphes naturelles, pour réaliser de belles imitations faites de plumes, de poils et de matériaux synthétiques. Certes, mais à voir certaines boîtes, ça n’a pas l’air si évident… Alors prenez le temps de bien regarder ces charmantes bestioles : formes, couleurs, contrastes, tailles, proportions, c’est dans tous les cas passionnant ! Les tentatives de copies conformes très poussées dans les détails n’ont en revanche rien apporté en terme d’efficacité. Souvent c’est même l’effet inverse… Il faut donc se limiter aux couleurs, proportions et formes.

  • Les flats de Saint-François en Guadeloupe

    Les flats de Saint-François en Guadeloupe

    Ce site est une exception aux Antilles, car il comprend de nombreux flats (zones de hauts
    fonds) où vivent bonefish, permits, tarpons, snooks et autres carangues. La pêche à la mouche est possible aussi bien à pied qu’en bateau tandis
    que la pêche au lancer se pratiquera
    surtout en bateau. Un petit centre de pêche, EkwataFly, propose hébergements et parties de pêche sur les flats.
    Renseignements : www.ekwatafly.com

  • Yo-Zuri Arms Vib

    Yo-Zuri Arms Vib

    La célèbre marque japonaise Yo-Zuri propose cette série Zoom, constituée de sept leurres pour la pêche des carnassiers au lancer et composée de deux poppers (50 et 70 mm) un stickbait (75mm), un jerkbait (90 mm), un cranck-bait (75 mm) un “shad” à longue bavette, et d’un lipless coulant (sans bavette), le Arms Vib présenté ici. Le but de cette série est de pouvoir pêcher de la surface jusqu’à environ cinq ou six mètres de profondeur. Le Arms Vib permet de pêcher à cette profondeur grâce à son poids de 17 grammes. Il est équipé de dix billes qui produisent un son plutôt clair. Le Arms Vib est bien équilibré, ce qui évite de voir les hameçons croiser le bas de ligne de façon intempestive. Les vibrations émises sont fortes tout en étant très “serrées”. Ce leurre rempli donc parfaitement son contrat et sera sans nul doute un auxiliaire de choix pour la pêche du brochet, du black-bass ou des grosses perches, d’autant qu’il est très bien placé au niveau prix.

    Conseils d’animation
    Le Yo-Zuri Arms Vib est un poisson nageur lipless de taille moyenne qui s’utilise très facilement, autant avec un moulinet à tambour fixe, qu’avec un moulinet à tambour tournant . Une fois lancé, ce leurre coulant doit être arrêté à la profondeur souhaitée. La récupération s’effectue essentiellement par tirées et relâchés en faisant varier les amplitudes d’animations. Attention, comme toujours avec les lipless à garder un oeil sur la bannière lorsque le leurre redescend (en planant) afin de déceler des touches qui échappent à toute sensation tactile..

    Fiche technique
    Longueur : 65 mm. Poids : 17 gr.
    Prix conseillé : 11,50 euros.
    Disponible en 3 coloris.
    Renseignements :  www.flashmer.com

  • Les sept familles de la pêche – Les spécialistes

    Les sept familles de la pêche – Les spécialistes

    Suite de la série de portraits de caractères de pêcheurs, les spécialistes, une typologie assez fréquemment rencontrée au bord de l’eau. Il y a toujours un spécialiste de quelque chose, le cabot au sang, le mulet au gouda, la perche à la petite bête, le maquereau à la mitraillette et des centaines d’autres spécialités qui contribuent à la légende de la pêche. Cette fois-ci, nos deux spécialistes ne pêchaient pas vraiment en rivière, mais c’est bien leur bagage technique de pêcheurs qui était mis à profit pour faire prospérer leur coupable industrie. Histoire (presque) vraie*.

    Par Vincent Lalu

    “Accusé, levez-vous !
    — …
    — Antonin Vaironné, vous êtes prévenu d’avoir dérobé de l’argent liquide dans les coffres de dépôt de la Banque Populaire du Nord. Reconnaissez-vous les faits ?
    — Oui, monsieur le Président.
    — En moins de quinze jours, vous avez subtilisé plus de 300 000 euros.
    — 319 000, monsieur le Président.
    — Ne m’interrompez pas. Plus de 300 000 euros, donc, dans 22 agences bancaires, des billets de banque que vous avez pêchés au moyen d’un fil de nylon relié à trois hameçons.
    — Des hameçons fins de fer n° 8 et du fil en fluorocarbone de 18/100, monsieur le Président.
    — Ne faites pas le malin, Vaironné, et dites-nous ce qui vous a pris…
    — C’est tout simple, monsieur le Président : je pensais que mon permis fédéral m’autorisait à pêcher à peu près où je voulais, pourvu que ce soit dans la région. Alors j’ai pêché dans les coffres.
    — Vous ne manquez pas d’air, Vaironné. Vous et votre complice Germain Bistrot avez confondu eaux vives et comptes courants, pêche au toc et cambriole…
    — Non, non, monsieur le Président, c’est bien de pêche au toc qu’il s’agit. Sauf qu’en lieu et place des truites nous attrapions des billets de banque que les clients des agences venaient de déposer dans des coffres accessibles à tous…
    — Quel culot !
    — Si, si, monsieur le Président, tout le monde pouvait tenter sa chance, mais essayez voir de faire mordre des euros… Nous, on y est parvenu. Et croyez bien, monsieur le Président, ce n’était pas gagné d’avance…
    — Il faut peut-être que je vous demande un autographe ?
    — … Nous avons d’abord pensé les grappiner par le moyen d’un bon triple, mais l’entrée de la caisse ne permettait pas le passage d’un triple. J’ai donc conçu un montage dont je suis plutôt fier, monsieur le Président. Un montage qui aurait sa place dans n’importe quel livre de pêche, un montage de spécialiste, digne des spécialistes que nous sommes, le Bistrot et moi. Accompagnezmoi dans un élevage de lombrics et vous verrez l’émeute. Bistrot, c’est pareil, d’ailleurs on l’a surnommé l’attorney, parce que comme c’est lui qui en prend le plus, c’est toujours à lui de payer à boire, même qu’à l’ouverture ils l’appellent l’attorney général.
    — …
    — Bref, monsieur le Juge, on est des experts, et c’est pas qu’une question de matériel, de canne, de moulinets ou de leurres. Entre 100 cuillers vaironnées qui leur passaient au-dessus de la tête, les jours d’ouverture, les truites prenaient toujours celle de l’attorney. Vous ne pouvez pas comprendre, monsieur le Président, même si je vous explique pendant dix ans, mais c’était comme ça que ça se passait.
    — Dix ans, Vaironnée, c’est le temps que vous risquez d’avoir pour m’expliquer…
    — Et moi c’est pareil, je suis capable de déposer mon verre sous trois mètres d’eau à l’endroit exact où la truite pensera qu’il vient d’être livré par La Redoute. Et quand je l’anime, c’est plus de l’animation, c’est du harassement. Même les anorexiques en redemandent…
    — … sauf que, monsieur le Président, les meilleurs spécialistes ne sont plus rien si ce qui fonde leur spécialité vient à manquer. Ce qui nous arrive aujourd’hui. Là-dessous, il y a de moins en moins de monde pour nous donner la réplique. Mes lombrics meurent d’ennui dans des rivières vides de tout poisson, ses vaironnées tortillent de la palette sans attirer d’autres clients que sacs plastique et ressorts de sommiers.
    — Alors, monsieur le Juge, il a bien fallu s’adapter, trouver d’autres rivières où tremper nos lignes. On a tout essayé : les fêtes de charité (trop facile), les sondes chirurgicales (trop gore), les bénitiers (trop aléatoire), les urnes électorales (trop partisan), les marionnettes (trop prévisible). On a même pensé pêcher les containers à la grue et les barres d’uranium au bras articulé. Mais tout cela manquait d’esprit halieutique. Je me suis alors souvenu que, dans les parages des banques l’argent coulait à flots. Et qui dit flot, monsieur le Juge, dit pêche…
    — …
    — Car c’est bien de pêche qu’il s’agit, monsieur le Président. Une fois passée la fente aux billets, l’étroit goulet par où s’engouffrent les farios de papier, commence un monde mystérieux, un abysse où nagent les coupures comme les zébrées dans la retourne. Nous les savons là, nous les sentons, mais les prendre est une autre histoire. Le bifton chipote, il n’a pas la touche franche.
    — …
    — Alors, quel bonheur, monsieur le Président, de voir le premier billet, juste ferré au-dessus de l’hologramme, ressortir de la caisse comme un brochet de la nasse. Imaginez l’émotion qui nous submerge quand pointe à la commissure des lèvres d’acier la soyeuse coupure filigranée, le 50 euros voyageur, les ogives gothiques du 20 euros, les ponts romans du 10 euros sous lesquels défile la rivière de nos illusions. C’est comme si nous avions ferré une fario sauvage.
    — Hors de prix votre fario, Vaironnée, à ce tarif c’est plutôt du caviar que vous attrapez.
    — Ne soyons pas vulgaires, monsieur le Président, la valeur de nos prises n’est pas celle que vous croyez. Il y a plus de mérite à accrocher une petite coupure de 10 euros qu’un gros billet de 500. D’ailleurs moi, les 500, je les rejette… Alors qu’une 10 euros et encore mieux, une 5 euros, c’est un sacré coup de ligne.
    — …
    — Parce qu’on a beau diviser le triple en trois hameçons successifs pour qu’ils puissent passer dans la fente, faire précéder ce montage d’un bas de ligne à l’âme plombée, le plus difficile commence ensuite, quand ils sont en bas, tous ensemble, la ligne et les billets, qu’ils se courent après en évitant de s’accoupler trop vite, qu’ils se cherchent, qu’ils s’effleurent, qu’ils se touchent dans l’obscurité complice de cette boîte de nuit habituellement réservée aux familiers du CAC 40. Quel coup au coeur quand on sent la pointe du Vanadium n° 8 glisser sur la tranche de papier-monnaie sur laquelle elle hésitera un instant avant de s’en dégager si vous n’avez rien fait.
    — …
    — Car c’est là qu’il faut ferrer, monsieur le Président, un petit coup sec du poignet suivi d’une remontée très douce, très attentionnée, avec cet ultime suspense du passage aux portes de la boîte, quand le billet vous apparaît dans la lumière blafarde de la succursale automatique et qu’il semble content de rencontrer son pêcheur et qu’il frétille comme une ablette dans sa filoche…
    — Ça suffit, Vaironnée, j’en ai assez entendu comme ça, vous irez frétiller dix-huit mois derrière les barreaux et n’essayez pas de sortir de la nasse, euh… du centre de détention, parce que, sinon, je double la prise, la mise, la peine. Enfin, vous voyez ce que je veux dire…
    — Très bien, monsieur le Président… »

    * Toute ressemblance avec des faits réels ne sont pas fortuits. Au début du mois de septembre, la police lilloise a arrêté deux malfaiteurs qui, armés d’un fil de pêche et de trois hameçons simples, ont dérobé 300 000 euros dans les banques de la région.

  • Libye : la guerre n’a pas arrêté les pêcheurs de thons rouges

    Libye : la guerre n’a pas arrêté les pêcheurs de thons rouges

    Alors qu’un conflit armé faisait rage en Libye entre les rebelles du CNT et les hommes de Mouammar Kadhafi, les pêcheurs de thons rouges ont continué à arpenter les eaux territoriales libyennes à la recherche du précieux thonidé, notamment pendant la période de reproduction. De multiples informations prouvent l’implication d’équipages européens. Selon les ONG, des bateaux venus d’Italie, d’Espagne, de France et de Malte sont concernés. La Commission européenne a déclaré que ces prises pourraient prochainement être déclarées illégales. Décidément rien ne coupe l’appétit de la pêche industrielle, pas même la guerre…

  • Les sept familles de la pêche – Les Viandards

    Les sept familles de la pêche – Les Viandards

    Notre série de portraits de pêcheurs continue avec les “viandards”, ceux qui empilent les poissons comme on descend des pintes à la fête de la bière. En attendant les “mythos”, les “scientifiques” ou encore les “méfiants”.

    par Vincent Lalu

    Le petit Robert avançait bizarrement. Vu de loin, il paraissait marcher sur des oeufs, une pleine boîte d’oeufs collés sous les semelles de ses waders. « Qu’est-ce qu’il a ce con ? s’interrogea sobrement le grand Robert ». Le petit et le grand Robert – cent kilos pour 1 mètre 60 – faisaient le plus souvent équipe ensemble justifiant cette fratrie d’occasion par quelques autres points communs comme un front bas, des dents cirées à la Boyard maïs et un goût immodéré pour le vin. Le petit Robert, qui devait lui être légèrement sous les 1 mètre 60, contrairement au grand Robert qui était au-dessus, finit par arriver jusqu’à nous.
    « Oh putain, je suis tombé sur le Maurice…
     
    – …
    – …heureusement, je l’ai vu en premier… »
    Et le petit Robert entreprit de faire glisser les bretelles de son pantalon de pêche à la façon d’une strip-teaseuse trisomique découvrant peu à peu l’explication de sa démarche chaloupée. Les waders étaient plein de truites. Des petites, des grosses, des zébrées, des danoises, toute une friture de truites qui fumait gentiment au soleil et exhalait un étrange parfum dont les fragrances hésitaient entre l’odeur du poisson et les humeurs pestilentielles du pêcheur en cette fin de matinée néoprène.
    « Pas mal pour un no-kill…» Les deux Robert se demandèrent un instant comment il fallait prendre mon compliment. Puis le grand aida le petit à arracher la botte gauche pour libérer la pauvre fario coincée entre le pied et la semelle et dont la queue était maintenant de la purée de fario. C’était elle, la cause de la démarche chaloupée du petit Robert. Il l’avait escamotée dans une jambe de son pantalon de pêche dès qu’il avait vu arriver la 2 CV du garde. Celle-là serait dure à placer. Les autres en revanche feraient des heureux. Moyennant finance ou pas, je n’en savais rien, mais il ferait des heureux à coup sûr. Car les Robert allaient maintenant tenter de trouver un ou plusieurs débouchés pour leur récolte et cette fois il ne fallait pas traîner :
    pour une raison qui m’échappait, ni l’un, ni l’autre n’avait de bouille et c’était une livraison de poissons morts à laquelle ils allaient s’attaquer maintenant. Ce qui n’était pas dans leurs habitudes : en principe les Robert faisaient dans « le tout vivant ».
    C’était du moins ce que l’on disait d’eux dans la région et que je croyais moi-même jusqu’à ce que les circonstances me fassent le témoin involontaire d’un spectacle auquel je n’aurais jamais dû assister. C’était un jour d’ouverture, j’étais accroupi dans un taillis des bords de la rivière où m’avait envoyé le besoin pressant d’en finir avec un mauvais repas de midi, quand une camionnette vint se garer à une cinquantaine de mètres de moi.
    Un homme, que je découvris plus tard être l’un des deux Robert, en descendit, ouvrit les deux portes arrière, regarda à gauche et à droite de la route et siffla dans ses doigts. Quelques secondes plus tard, son jumeau sortait comme par magie d’un bosquet qui nous séparaient de la rivière. Il posa sa canne et entreprit de vider sa bouille dans ce qui me sembla être un réservoir à l’arrière de la camionnette. Puis le pêcheur repartit vers les buissons d’où il revint avec une filoche où remuaient furieusement une bonne dizaine de poissons. Le compte parut bon aux deux compères.
    Les amortisseurs de la 4 L saluèrent en couinant l’embarquement des Robert. La petite voiture paressait maintenant ramper sur le chemin de terre, la ligne de flottaison largement enfouie dans les herbes qui bordaient la piste, emportant son triple chargement (en Robert et en truites) vers une destination assez prévisible : l’épicerie, le tabac, la buvette du village, chez Thérèse où les pêcheurs assoiffés avaient coutume de recevoir les premiers soins. Quand j’y entrai moi-même, deux heures plus tard, après être allé tenter ma chance dans le bas du parcours, sans grand succès pour cause d’heure tardive, je les retrouvai embusqués derrière un rideau de chopines vides, débattant avec Maurice, le douanier retraité, des mérites comparés de la cuiller vaironnée et du sedge à draguer. « Ça pêche pas à la même heure  » répétait inlassablement Robert 1 que les deux autres n’écoutaient pas, concentrés qu’ils étaient sur un autre aspect de la discussion qui était celui du rendement : « A la vaironnée, quand ça veut rigoler, la bouille est pleine en moins d’une heure ». Je souris en pensant que Robert 2 n’avait pas à aller bien loin pour prouver ses dires. Et lui dut penser à la même chose en me voyant sourire.
    « Putain, c’est ton tour d’aller changer l’eau !
    c’est surtout le moment d’y aller« , répliqua Robert 1… Et les deux hommes payèrent et remontèrent dans leur voiture en oubliant au passage de passer à la fontaine. Une demi-heure plus tard, je retrouvai la 4 L garée devant la cuisine de l’Hôtel des Voyageurs . Mes Robert étaient au comptoir et partageaient le pastis et les olives avec le patron dont je compris très vite qu’il n’avait pas voulu de leur cargaison. Ils me tournaient le dos, mais j’en voyais assez pour comprendre que tout ne fonctionnait pas comme ils l’avaient envisagé.
    « Putain, Robert ! l’eau… » Robert 2 leva le bras en signe d’impuissance et engloutit avec des bruits de canalisation un bon verre de Ricard dans lequel l’eau n’avait pas non plus vraiment trouvé place. Et je vis la pauvre 4 L reprendre, après avoir miraculeusement franchi le portail de l’hôtel, le cours de ses pérégrinations. Je pensai un instant au chargement : dans quel état pouvaient bien être les truites… et les ombres ? Je décidai de suivre mes livreurs à distance. Ils s’arrêtèrent une première fois devant la fontaine de la place de l’église et je vis de loin Robert 1 remplir deux seaux qu’il déversa vraisemblablement dans le réservoir à l’arrière. Puis la 4 L reprit son cours erratique, s’arrêtant successivement devant un petit pavillon en bordure du village, puis repartant très vite pour un nouvel arrêt, très court lui aussi, au pied d’un petit immeuble, un autre encore dans une station-service, sans prendre d’essence, et un autre enfin devant l’entrée de service d’un charcutier traiteur.
    À chaque fois, les deux hommes paraissaient un peu plus accablés en revenant vers leur voiture. Manifestement, les affaires ne marchaient pas. Je les suivis encore quelques instants, le temps d’une nouvelle visite éclair à l’hospice de la petite ville voisine, puis les compères arrêtèrent la pauvre 4 L devant un lavoir désaffecté. Là, ils déversèrent sur la grande margelle qui accueillait autrefois le linge des lavandières plusieurs épuisettes pleines de poissons dont la rigidité cadavérique indiquait bien qu’ils avaient mal supporté les tournées des Robert. Les deux viandards s’agenouillèrent ensuite comme des mères Denis devant leurs victimes, sortirent chacun un Opinel et entreprirent de vider leurs poissons.
    Une fois débarrassée de ses tripes et de ses écailles (pour les ombres), la prise trouvait un repos bien mérité sur un lit d’orties que les compères avaient aménagé, histoire de rendre des couleurs à leur pêche, au fond d’une immense musette en osier. Puis la 4 L reprit sa route. Je me dis que le moment était sans doute venu de prospecter les proches, collègues, parents, amis, et je pensai que le cours du poisson devait être en train de chuter lourdement dans le canton. Sans nul doute, les congélateurs seraient les culs de basse fosse où leurs captures, condamnées à l’oubli, allaient devenir des mets insipides promis à une dégustation navrée. Quelquefois, on sauterait même l’étape congélateur pour aller directement à la case poubelle, quand on n’aurait pas fait un détour par la case “gastro” pour cause d’oubli sur la fenêtre.
    J’avais du mal à dire à quelle catégorie de viandards appartenait mes Robert. Et des catégories, il y en a un certain nombre. Il y a les professionnels qui veulent juste faire de l’argent, les ingénus qui ne pensent pas à mal ; dans les années trente, quand mon grand-père et mon grand-oncle partaient pêcher sur la Vézère, ma grand-mère leur disait : « ne me rapportez que les petites, on fera une bonne friture… les autres ont des arêtes trop dures ». Il y a les comptables : « couvrir quatre fois le prix du permis pour que ce soit rentable », les jaloux : « la semaine dernière, machin en a pris trois de plus que moi », les misanthropes : « c’est toujours ça qu’ils n’auront pas ». Ou tout bêtement les tueurs, tuant pour le plaisir de tuer. Comme ce vieil homme invité sur un étang riche en arcs-en-ciel, à qui on avait oublié de donner une limite, et qui entassait consciencieusement ses victimes à ses pieds. « Mais vous allez manger toutes ces truites ? » « Moi ? j’aime pas le poisson. »

  • Les sept familles de la pêche – Les pressés

    Les sept familles de la pêche – Les pressés

    Notre série de portraits des caractères de pêcheurs continue. Après les “indiens”, voici le portrait du pêcheur “pressé”. En attendant les “mythos”, les “équipés”, les “scientifiques”, les “méfiants” et les “viandards, que vous découvrirez bientôt dans ces colonnes, prenez le temps de vous pencher sur la psychologie de “l’homme pressé”. Dépêchez-vous avant qu’il ne parte troubler d’autres cours d’eau.

    par Vincent Lalu

    C’est l’histoire d’un petit homme plutôt calme et posé qui prenait son temps dans la vie mais se mettait à courir dès qu’il arrivait à la pêche. Il était parisien mais avait ses habitudes sur les rivières de Franche-Comté où l’on pouvait le voir se hâter de mars à janvier. Le petit homme était un pêcheur pressé qui prétendait appliquer son empressement à toutes sortes de poissons, des plus petits au plus gros. Pour lui, tous, qu’ils soient truites, ombres, sandres, perches ou brochets, se devaient d’être capturés de la même façon, à la hussarde, sans trop réfléchir ni tergiverser. Sitôt vu, sitôt pris était la devise qu’il croyait pouvoir faire sienne. Sans admettre que sa méthode était à la fois expéditive et tout à fait infructueuse. Au point que la plupart des pensionnaires de la Loue, du Doubs, du Cusancin ou du Dessoubre, les plus gros comme les plus petits, n’appréciaient que rarement de découvrir le plancher des vaches en sa compagnie. Le petit homme avait des circonstances atténuantes. Toujours les mêmes : il avait trop rêvé ces retrouvailles avec la rivière, au bureau dans des réunions sans intérêt, à la maison en descendant les poubelles, ou en s’endormant devant la télé, qu’il était comme ces amants impatients qui trébuchent dans l’escalier : la précipitation l’empêchait d’être au rendez-vous de sa passion. Du coup, le petit film qu’il s’était repassé cent fois dans la tête, celui de la truite impossible, avec son minuscule gobage sous la branche, son lancer en roulé parfait et la French noire qui passe au millimètre et disparaît dans la gueule du monstre, toujours le même monstre, virait au cauchemar dès qu’il s’agissait de le tourner pour de vrai.
    Presque toutes les versions relevaient sans contestation possible du registre comique, mais on riait toujours à ses dépens et il aurait même pu arriver quelquefois que cela se termine mal. Version 1 : pour ne pas perdre de temps, il a monté sa canne et sa ligne pendant qu’il courait vers la rivière. Et maintenant la soie refuse de fuser parce qu’il a oublié de passer dans deux ou trois anneaux. Version 2 : il a fait si vite que le scion était encore dans la porte de la voiture quand il a claqué la portière.
    Version 3 : il était fin prêt mais a juste oublié de serrer le frein à main de la voiture, qui du coup tient absolument à l’accompagner au bord de l’eau et peut-être même plus loin. Des versions comme ces trois-là, il y en avait beaucoup d’autres. Il lui arrivait même de se les passer en boucle quand le découragement le gagnait. Et il étendait l’inventaire de sa déprime à la généralité de tout ce qu’il étaitcapable de rater : une sauce, une requête, une idylle, un créneau. Et le petit homme faisait ce constat amer qu’à défaut de vivre il gâchait. Passant à côté du meilleur par gloutonnerie de la vie. Tout ce qu’il entreprenait, la pêche comme le reste, il l’exécutait avec la sensualité d’une tondeuse à gazon, l’impatience du chronomètre, se rendant compte après coup et donc trop tard que se ruer vers la truitelle qui gobe à l’autre bout du radier vous condamne à marcher sur la mémère qui nymphe à vos pieds.
    Il avait pourtant connu des pêcheurs à la fois pressés et efficaces. Deux plus particulièrement qui étaient de la génération des pêcheurs professionnels condamnés à pêcher le plus vite possible pour les besoins du commerce. Mémé Devaux était en train d’effectuer son premier faux lancer quand vous en étiez encore à vous demander quelle jambe du wader vous alliez enfiler en premier. Il l’avait ainsi vu prendre dix truites en dix minutes, histoire de leur montrer, à lui et à un journaliste de passage, à quel genre d’artiste ils avaient affaire. Puis considérant que cette dizaine suffisait à la démonstration, le magicien de Champagnole avait replié sa gaule jusqu’à l’heure de l’apéro. Dans le genre “je dégaine plus vite que mon ombre”, Henri Bresson et ses cuissardes de meneuse de revue n’était pas mal non plus. Il impressionnait son monde par cette aptitude à aller plus vite que son ombre sans mettre le poisson en fuite. Il se souvenait ainsi d’une partie de pêche sur le haut Ognon, une fin de mois d’août, où les dorsales des truites traçaient leurs sillages de stress à la surface d’une couche d’eau ridicule.
    Bresson lui avait prouvé ce jour-là qu’il était même capable d’approcher du poisson dans une flaque. Mais ces deux-là étaient vraiment l’exception. Tous les autres grands pêcheurs qu’ils fréquentait étaient plutôt du genre à attendre les grosses pièces autant de temps qu’en requérait leur capture. Ils les entendaient se gausser de ces collectionneurs de truitelles qui comptaient les poissons comme on enfile les perles. Eux ne vivaient que pour la pièce unique, celle que l’on attend des mois et que l’on regrette des années. Et les surnoms qu’ils avaient gagnés à cette école de patience (“le tronc”, “le tuf ”, “le bâton”) témoignaient de leur capacité à se fondre dans le décor de la traque.
    Hélas, leur pêche n’était pas pour lui. Vous imaginez faire six heures de route pour se transformer en lichen. Lui était pressé par nature et par obligation. Il ne pouvait perdre de temps à attendre un improbable poisson trophée qu’il se pressentait incapable de maîtriser. Et puis vint le miracle. Il arpentait sans conviction la rive suisse de Goumois à la recherche d’un gobage, quand, au lieu dit “la place à charbon”, il lui sembla voir un remous en bordure de retourne. Il était à la fin de sa semaine de pêche et les échecs successifs faisaient qu’il courait un peu moins et avait pu de ce fait apercevoir le mouvement de ce qui s’avéra être une très grosse truite. Il ne se souvenait pas d’avoir vu un poisson aussi gros, sauf peut-être dans la réserve du gave à Lourdes. Elle était à la fois très longue et très large, avec une tête bien proportionnée et une gueule dans laquelle aurait pu entrer une bouteille de Romanée. Une manière de petit miracle fit qu’il parvint à prendre place sur un rocher à peu près stable sans éveiller l’attention du poisson.
    Que faire maintenant ? Il essaya de repenser aux conseils généreusement distribués lors des longues soirées d’après coup du soir, des conseils qu’il avait entendus mille fois mais dont il était incapable de se souvenir tant il ne pensait pas avoir à s’en servir. Dans un demi brouillard lui revint pourtant cette recommandation de Jérémie Dujonc alias “le tronc” : “Si tu bouges une oreille, la truite se barre et tu la revois dans douze mois. Ne respire pas, ne te mouche pas, pense que tu es la Victoire de Samothrace. Et, surtout, attends bien qu’elle ait le dos tourné pour poser ta mouche.” Les paroles du “tronc” tournaient dans sa tête beaucoup plus vite que la truite qui, elle, prenait son temps, ouvrant parfois la gueule pour y engloutir une nymphe, ou baillant seulement aux corneilles pour se remettre d’une sieste dont sa robe portait encore la trace. La truite ne paraissait pas dérangée. Et lui qui avait calé des centaines de truites en trente ans n’en revenait pas d’être là, prêt à affronter ce poisson de légende qui ne s’offusquait pas de le découvrir, jouant les statues un soir de tremblement de terre. Il lui sembla qu’une tête orange était vraiment too much pour une dame de cette extraction. Mais comme il voyait assez mal sous la surface de l’eau (à la différence du “tronc” et du “tuf” qui, paraît-il, voyaient les truites sous les pierres), il finit par se résoudre à monter sur une pointe en 16/100 une grosse pheasant tail affublée en tête d’un fort joli toupet du plus bel oranger. La truite prenait son temps. Elle faisait gentiment le tour de sa retourne, profitant comme un prisonnier que l’on vient d’extraire de son cachot des quelques rayons de soleil de cet après-midi finissant. Lui faisait de son mieux pour se hâter lentement. Tout à l’émotion de ce premier succès (avoir réussi à se placer devant un tel poisson sans le faire fuir), il mit le peu d’énergie qui lui restait à mettre ses idées et son matériel en ordre. A intervalles réguliers, une petite voix lui disait : « Pas pressé, pas pressé. » Et lui répétait docilement : « Pas pressé, pas pressé. » Une première fois il balança sa grande nymphe comme il put, en bricolant deux ou trois faux lancers qui produisirent un plouf assez lamentable. De quoi faire fuir le plus curieux des goujons.
    Mais la truite, qui était décidément de bonne composition, fit comme si de rien n’était. Il récupéra sa mouche pendant qu’elle tournait la tête. Et se souvint que le lancer “arbalète” pouvait, dans sa situation, être un recours efficace. Sa première tentative fut catastrophique. La grosse mouche, saisie à l’envers, s’enfonça profondément dans son pouce. “Pas pressé, pas pressé”, répéta la petite voix pendant qu’il s’arrachait la moitié du doigt.
    La troisième tentative fut la bonne. La grosse nymphe s’éleva gracieusement dans le ciel et se posa avec discrétion à deux mètres du poisson, qui amorçait justement son virage. Il vit distinctement l’énorme gueule s’ouvrir alors qu’elle venait vers lui et ferra juste à temps pour que la pheasant tail échappe aux puissantes mâchoires de la fario. Il venait de rater la truite de sa vie par excès de précipitation. “Trop pressé, trop pressé”, dit encore la petite voix. “Ta gueule”, répondit le petit homme en faisant mine de jeter canne et épuisette dans le Doubs. Mais il se ravisa en se disant qu’il n’avait pas vu le poisson s’enfuir.
    La truite, qui lui voulait du bien, était maintenant attablée sur des spents de mouches de mai. Il se rua sur l’une de ses boîtes à mouches dont il déversa, par mégarde, l’essentiel du contenu dans le courant voisin, ne sauvant qu’une grande Danica qu’il se mit en devoir d’attacher en lieu et place de la pheasant tail. Il tremblait maintenant comme un saule et la petite voix ne le lâchait plus. Un faux lancer, deux faux lancers, la mouche de mai amerrit sous le nez de la grande zébrée, qui s’en saisit brutalement. La suite se raconte au ralenti. Le pêcheur ferre, la mouche se plante dans la lèvre supérieure du poisson, qui se retourne dans une gerbe d’écume et prend cette fois le large avec cette décoration que lui envieraient bien des amateurs de piercing. Quant au petit homme, il contemple hébété la torsade de nylon, vestige d’un noeud monté à l’envers. “Trop pressé, trop pressé…

  • Le dragage est un “bruit” …

    Le dragage est un “bruit” …

    La phrase vous a peut-être échappé. Précédemment, Jean-Christian Michel expliquait dans un article intitulé “Ne draguez plus !” tous les méfaits du dragage de la mouche sur et sous l’eau et surtout du bas de ligne. En écrivant que le dragage est un “bruit”, il trouvait là un moyen adapté à notre compréhension d’être humain de nous faire comprendre à quel point les vibrations sont perçues par les poissons sauvages. Nous lui avons donc demandé de poursuivre sa vision du dragage par cette seconde partie.

    Les poissons sont des êtres bizarres. Ils ont des yeux pour voir, des narines pour sentir et des ouïes, non pas pour ouïr, mais pour respirer… De plus, un poisson, selon nos perceptions humaines, c’est muet comme une carpe, on le sait depuis toujours.

    Mais même s’ils ne possèdent pas d’oreilles, en sont-ils sourds pour autant ? Certainement pas ! Que les poissons soient sensibles aux vibrations n’est pas une nouveauté. En disant que les vibrations qui atteignent les poissons sont perçues comme un bruit, je ne veux pas dire que ces animaux ont des oreilles (en nos temps de « dangereux » anthropomorphisme, je tenais à le préciser !), mais qu’il existe une dimension d’apprentissage dans la perception de certaines vibrations et dans le sens que les poissons leur donnent : à savoir soit de la confiance, soit de la méfiance. Pour toutes les espèces, les vibrations qui parcourent l’environnement dans lequel elles vivent remontent jusqu’à leur cerveau par l’intermédiaire de la ligne latérale qui court de la nageoire caudale jusqu’au crâne et qui, par analogie, peut être qualifiée d’ « oreille ». Certaines espèces possèdent en plus des pores ou des glandes spécifiques qui sont autant de terminaisons nerveuses supplémentaires pour les informer sur les vibrations produites par leurs proies potentielles.

  • Street Fishing de Lyon : Jean-Michel Marcon domine chez les gones

    Street Fishing de Lyon : Jean-Michel Marcon domine chez les gones

    Le dernier des quatorze opens de street fishing de l’AFCPL
    2011 s’est disputé sur le Rhône avec 50 concurrents dans le cœur de la cité des
    Gones. Cette étape restera mémorable avec un record de 397 poissons maillés
    capturés. Le public lyonnais était au rendez-vous et a pu découvrir cette
    discipline urbaine en échangeant avec les street fishers. Jean-Michel Marcon,
    du Team Rapala-Shimano-G.Loomis et vainqueur de cet open, explique : « ils
    viennent là à côté de vous et regardent la technique de pêche de chacun. Les
    gens prennent le temps de discuter sur l’intérêt de remettre le poisson à l’eau,
    sur les différentes espèces présentes et les compétiteurs sont accessibles.
    C’est ça tout l’art du street, c’est qu’il se pratique au contact du public
    . » Au terme de sept heures de compétition,
    Jean-Michel Marcon a donc remporté l’épreuve en signant un autre record :
    le meilleur score jamais établi en compétition street avec 5358 points (22
    perches maillées et 1 sandre de 441). Une saison 2011 qui s’achève donc en
    fanfare !


    Résultats :

    1. Jean-Michel Marcon, Team Rapala-Shimano-G.Loomis

    2. Morgan Calu, team Cabela’s France

    3. Jean-François Desgranges



    Renseignements : www.afpcl.eu


    Photo : © AFCPL

  • Les sept familles de la pêche – Les Indiens

    Les sept familles de la pêche – Les Indiens

    Et si les millions de pêcheurs qui parcourent les océans et rivières du monde se répartissaient en quelques grandes familles de caractères ? Ces cousins de l’onde ne manquent pas de signes de ralliement. Il y a ainsi les « pressés », les « mythos », les « équipés », les « scientifiques », les « méfiants », les « viandards ». Vous les découvrirez bientôt en ligne sur ce site. En commençant aujourd’hui par les Indiens. Noble catégorie dont peut-être faîtes-vous partie…

    Par Vincent Lalu

    Savez-vous ce qui differencie un Indien d’un autre pêcheur ? Ce n’est pas la tenue (l’Indien ne porte pas de plume, ni sur la tête ni ailleurs, il n’a pas de tomawak accroché à la ceinture et ne fume que rarement de l’herbe de bison). Ce n’est pas non plus la façon de sauter sur un mustang – qu’il n’a pas – ni d’envoyer des ronds de fumée depuis son havane. Non, ce qui distingue l’Indien de l’autre pêcheur, c’est que l’Indien lance à peu près cent fois moins souvent, mais prend dix fois plus de poissons. Le “pressé”, par exemple, dont nous parlerons une autre fois, commence déjà à fouetter alors qu’il n’a pas encore claqué la portière de sa voiture. Les autres ne valent guère mieux. Ils pensent tous que pour prendre du poisson il suffit de balancer sa ligne comme un métronome en travers de la rivière, histoire d’attraper les truites au lasso ou de les assommer à coups de cuiller. Certains, dont quelques disciples de l’ami Eric Joly, s’entraînent plus qu’ils ne pêchent. Encouragés par quelques théories audacieuses, notamment élaborées par les saumoniers,selon lesquels un leurre qui est dans l’eau a plus de chance d’être pris qu’un leurre qui est dans l’air.
    L’Indien ne voit pas les choses de cette façon. Pour lui, avant de pêcher, il faut regarder, comprendre pour apprendre, trouver sa place, se faire oublier. L’acte lui-même ne viendra que plus tard, au bon moment, quand l’Indien jugera que le sifflement de sa soie ne risque pas d’envoyer tout le monde aux abris. Mémé Devaux, qui comme Henri Bresson appartient à la sous-catégorie des Indiens pressés (très vite en pêche, mais dans la discrétion), me donna un jour ce conseil de pêcheur au toc : “Quand tu arrives sur un poste, surtout si la rivière est étroite, ne commence pas à pêcher avant deux ou trois minutes.” Lui fumait une cigarette pour laisser l’écho de son pas sur la berge se diluer dans les tourbillons apaisants du courant, le temps que ce qui était la voûte de leur caverne cesse d’infliger aux truites le supplice de ses vibrations telluriques. Ainsi sont les Indiens. Toujours capables de se mettre à la place des poissons qu’ils traquent.
    Les Indiens n’arrivent jamais en terrain conquis, ils se font discrets, modestes, transparents, comme s’il leur fallait d’abord se faire accepter par l’écrin de leur passion, faire ami ami avec la végétation, la lumière, les roches et enfin la rivière, qui leur saura gré de d’abord s’intéresser à elle, à ses courants, ses gravières, ses cathédrales de tuf et au rythme de ses eaux. On trouve souvent des manouches dans les rangs des Indiens. On tombe dessus au dernier moment, au détour d’un saule, absorbés par le feuillage, attentifs au moindre détail, armés de cette infinie patience qui vaut mieux que la meilleure des mouches. Celui-là pêchait en nymphe derrière le tennis d’Is-sur-Tille, à deux pas d’un parking, un courant famélique, négligé par les autres pêcheurs. Il y posa trois fois sa ligne en “catgut”, au bout de laquelle se débattit bientôt une jolie fario de 35 cm, qui prit son galet et très vite la direction du panier.
    Les Indiens sont une confrérie à part. Ils n’ont pas grand-chose en commun avec les autres pêcheurs, si ce n’est qu’ils s’intéressent, eux aussi, aux poissons. Et encore, pas forcément aux mêmes poissons. L’Indien sera toujours plus tenté par la capture qui validera son statut de dénicheur unique que par celle qui remplira sa musette. En revanche, les Indiens se reconnaissent facilement entre eux, même lorsqu’ils n’ont pas conscience d’en être, et qu’ils laissent au regard des autres le soin de les nommer. Leur rencontre et la reconnaissance qui en découle se font forcément au bord de l’eau, avec ou sans canne. Deux Indiens peuvent trébucher l’un sur l’autre parce qu’ils ne se voyaient pas, trop occupés qu’ils étaient à se fondre dans le paysage, à se faire oublier du monde, et quelquefois des autres pêcheurs qui adorent leur casser le coup juste pour leur dire : “Tu l’as vue celle-là ?Oui je l’ai vue, juste avant que tu la fasses barrer.” J’ai deux amis. Appelons-les Philippe B. et Pierre A. Le premier a 12/10 aux deux yeux, le second est tellement miro que, s’il était peintre, il ferait dans l’abstrait. Vous me direz qu’il est normal que Philippe B. voie les poissons et Pierre A. ne les voie pas. Et vous auriez raison. Enfin, presque. Car est-ce l’oeil qui fait le faucon ou le faucon qui fait l’oeil ? Je ne suis pas loin d’opter pour la deuxième solution : on n’est pas miro – que par hasard – ou, autrement dit : même si cela est très injuste, c’est le plus mal équipé des deux qui renonce le premier à essayer de voir les poissons sur le fond de la rivière. Je conçois bien volontiers que ce genre de raisonnement n’est pas pour plaire aux vrais handicapés de la rétine. Mais, franchement, combien de titulaires d’une excellente vue ont cessé depuis belle lurette de tenter de voir les truites avant de songer à les pêcher ? Et marchent ainsi chaque jour sur le nez d’une bonne douzaine de poissons jusque-là bien disposés à leur égard ? Conclusion, c’est souvent plus le regard que la vue qui manque aux pêcheurs.
    Il n’y a pas d’âge pour être un Indien, mais il y a peut-être un âge pour en devenir un. Question d’éducation, d’initiation.
    Celui-là, assurément, était né comme ça. Le fils de son père, maçon de son état, qui l’emmenait à la pêche depuis son plus jeune âge et qui s’était vite aperçu que le petit était différent, qu’il voyait les poissons quand lui ne les voyait pas, qu’il avait une façon de se déplacer au bord de l’eau à la fois innée et unique, une économie de gestes et une précision stupéfiantes.
    Quand je les ai croisés tous les deux, le papoose avait dix ans et décrivait déjà le poisson qui allait succomber au maniement de son vairon.
    Tu vois le brochet sur la vase, là, devant l’herbier ?” Non, je ne voyais pas. “Mais si, regarde bien, il y a une herbe juste au-dessus des deux yeux… Oh ! il n’est pas gros. Peut-être 50. Tiens, le voilà.” Et la monture s’en alla planer du côté de l’herbier. Où était le brochet qui faisait bien 50 et atterrit sur l’herbe, devant mes pieds. L’enfant s’en saisit et, très vite, le rendit à son élément. “Tu sais que tu n’as pas le droit de faire ça. On est en première catégorie. Il est interdit de remettre un brochet à l’eau, quelle que soit sa taille.” Junior sourit. Manifestement, les brochets, il les préférait dans la rivière. Je n’ai revu ni le père ni le fils. Et je ne sais si en grandissant l’enfant est resté l’indien qu’il était dans son jeune âge. Ce que je sais, en revanche, c’est qu’une initiation intelligente peut faire d’un enfant passionné un indien tout à fait convenable. Un indien qui saura, par exemple, que pour que la rivière vous livre son poisson il faudra d’abord lui donner beaucoup de temps, de patience, d’attention humble. Etre un aspirant ému, éperdu de passion silencieuse, prêt pour l’aventure de la grande fusion. Que la rivière est une femme – eh oui, encore –, qu’il faut la conquérir, elle et tout ce qui l’entoure, et qu’une fois conquise, et une fois seulement, elle vous donnera son coeur où nagent les poissons que vous convoitez.