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  • Orne : le lac de Rabodanges

    Orne : le lac de Rabodanges

    Lac artificiel de 90 hectares,
    Rabodanges est une des rares
    retenues du département de
    l’Orne. Malgré sa petite taille, le
    lac est plutôt bien pourvu en
    percidés. Sandres et perches se
    plaisent sur les fonds rocailleux
    omniprésents. Le brochet souffre
    comme souvent en retenue
    d’un manque évident de zones
    de frayères. Tout dépend du
    niveau du lac au début du printemps.
    En tous les cas, le lac de
    Rabodanges est une bonne
    aubaine pour les pêcheurs du
    nord du pays.


    Renseignements
    :
    www.peche-orne.fr

  • Salon : le Grand Pavois a 40 ans !

    Salon : le Grand Pavois a 40 ans !

    La Rochelle s’apprête à célébrer le 40e
    anniversaire du Grand Pavois son salon nautique international dédié à tous les
    plaisirs de la mer. Il se tiendra du 19 au 24 septembre 2012. Plus de 850
    exposants sont attendus sur 100.000 m² d’exposition. 300 bateaux seront
    présentés à flot sur 750 exposés. L’évènement met également en avant la pêche
    de loisir grâce à un espace d’exposition spécialement dédié. Cette année, c’est
    le Brésil qui sera l’invité d’honneur du Grand Pavois.


    Renseignements :

    www.grand-pavois.com

    Crédits photo : © Gilles Delacuvellerie et Jean-Michel Rieupeyrout.

  • Expertise : le printemps du lancer ?

    Expertise : le printemps du lancer ?

    Que c’est dur parfois d’attendre durant des semaines que le niveau des rivières baisse pour pouvoir pratiquer la pêche à la mouche ! Alors pourquoi ne pas tenter quelques sorties au lancer, à la recherche de jolis poissons sauvages ? Hameçons simples, ardillons écrasés, no-kill, la pêche au lancer n’est pas uniquement la technique de ceux qui pêchent pour la viande.

    Par Jean-Christian Michel

    Au début de la saison et même quelque fois durant tout le printemps, il n’est pas rare de rencontrer des eaux trop fortes ou trop teintées pour être pêchées selon nos techniques de prédilection. C’est dommage, car nos chères farios reprennent peu à peu possession de leur rivière… Et que nous ne pouvons pas nous empêcher d’aller à leur rencontre même si les conditions ne s’y prêtent pas vraiment ! Dans ces circonstances difficiles, la pêche au lancer vous permettra alors de retrouver le chemin de la rivière et de prendre quelques truites, en attendant des jours meilleurs… Je me souviens encore de l’ouverture 2008 : de l’eau, de la pluie, de l’eau de la pluie : un mois de mars qui ne vaut rien, un mois d’avril du même tonneau et au mois de mai. Des barrages pleins à craquer et contraints d’ouvrir leurs évacuateurs de crue ! Après quelques sorties à pêcher à la nymphe au fil à l’abri d’une pile de pont – soit dans vingt mètres carrés – j’ai raccroché naturellement ma canne à mouche et l’envie de passer à autre chose m’est venue ! Du moment que l’on respecte la rivière, les poissons et les autres pêcheurs, il n’y a pas de mauvaise technique, il n’y a que de mauvais pêcheurs.
    Vouloir comparer le lancer à la pêche à la mouche n’a pas de sens. Les partisans du fly fishing only vous diront qu’il est toujours possible de prendre quelques poissons avec une canne à mouche, même dans des eaux tendues et des conditions extrêmes. C’est bien possible, mais ce qui m’intéresse avant tout lorsque je me rends au bord de l’eau, ce n’est pas de prendre du poisson, mais de prendre du plaisir. L’impression de ne pas aller au fond des choses me déplait particulièrement.
    Quand on s’obstine à pêcher sous la canne et à racler le fond à l’aide de nymphes doubles billes toute une journée, je ne suis pas convaincu que l’on ait le droit de considérer la pêche aux leurres ou au toc comme immorales… De même, lancer un streamer de 8 grammes à l’aide d’une shooting de 600 grains cela peut se comprendre dans les pays où seule la pêche à la mouche est autorisée. Mais quand on peut propulser le même leurre avec une canne à lancer et plus de confort, d’efficacité et de discrétion, pourquoi s’en priver ? En raison de la beauté du geste ? Ah… Pardon ! Vouloir prendre à tout prix des truites « à la mouche » n’est pas forcément un signe d’excellence.
    Cela conduit même à de vilains travers ! Je considère que les techniques de pêche doivent être avant tout une façon de faire connaissance avec la rivière… Et ne doivent surtout pas être une occasion, pour le pêcheur, de se replier sur soi ! Dans certaines rivières puissantes, pêcher à la mouche ne permet pas d’aller au fond des choses, surtout en début de saison.
    Pourquoi donc s’entêter à pêcher en sèche ou en nymphe des postes qui n’abritent jamais rien d’autre que des juvéniles, alors que des poissons adultes se trouvent un peu plus loin, un peu plus profond, mais demandent d’être atteints selon un mode de prospection plus adapté ? Lorsque je sors ma canne à lancer, c’est souvent pour pêcher au poisson nageur.
    Il existe deux façons d’envisager cette pêche : soit on explore des cours d’eau petits à moyens et peu profonds en pêchant souvent vers l’amont et à l’aide d’un équipement habituel pour le lancer léger, – à savoir une canne de deux mètres à deux mètres quarante et d’une puissance de cinq à quinze grammes, un moulinet adapté et un bon nylon de seize à vingt centièmessoit on procède en grandes rivières, qu’elles soient torrentueuses ou plus homogènes, et alors la pêche se fait souvent vers l’aval à l’aide d’une canne de deux mètres quatre vingt à trois mètres vingt et d’une puissance de vingt à quarante grammes. Il ne s’agit plus vraiment d’une pêche au lancer léger et le nylon devra être alors un bon vingt ou vingt quatre centièmes. Dans les torrents puissants et parsemés de gros blocs même, l’emploi d’une tresse n’est pas inconcevable. En petits cours d’eau, les leurres sont souvent des modèles de quatre à six centimètres. Qu’ils soient suspending, countdown ou flottants, ces poissons nageurs seront très souvent choisis parmi les modèles moyennement ou peu plongeants.
    Les cranck baits sont rarement utilisés, même si leur emploi peut s’avérer pertinent, tout particulièrement contre les berges creuses. En pêchant vers l’amont, leur faculté à racler le fond et à se coincer entre les rochers plus facilement que les autres leurres ne plaide en faveur de leur utilisation… Dans le cas d’une pêche aval, s’il est toujours possible de rendre la main afin de laisser le courant libérer notre leurre. Ce n’est pas le cas en pêche amont ! Pour que les leurres propulsés vers l’amont soient pêchants, on procède souvent à une récupération rapide et linéaire, canne basse, et l’action de pêche ressemble assez à ce que connaissent les pêcheurs à la cuillère tournante : la truite laisse passer le poisson nageur, elle se retourne pour le poursuivre et l’engame par l’arrière. La difficulté de cette pêche vers l’amont vient du peu de discrétion liée au fait que l’on peigne la rivière et que, si l’on ne connaît pas bien les tenues des truites, il arrive souvent que le fil leur frôle les nageoires avant qu’elles n’aient vu le leurre… Un coup de chance est toujours possible, mais en procédant ainsi, il est difficile de capturer de beaux poissons autrement que par un heureux concours de circonstances.
    Dans ces cours d’eau peu importants, la pêche vers l’aval est rarement pertinente car le pêcheur se trouve souvent en plein champs visuel latéral de la truite : rester invisible demanderait de progresser le long de la rivière à quatre pattes. Chose qui amuse volontiers cinq minutes, mais rarement plus ! En outre, lorsque l’on progresse dans le lit du cours d’eau d’amont en aval, il est difficile de ne pas soulever des nuages de vases. Cela n’est peut-être pas rédhibitoire pour la truite, qui ne sait pas d’où vient la perturbation, à condition bien sûr qu’elle ne soit pas produite immédiatement devant son nez… En revanche, sur le pêcheur, l’impact psychologique est garanti ! Se déplacer dans un ruisseau avec la discrétion d’un groupe de randonnée aquatique, non, merci !


    Grandes rivières

    C’est surtout en grandes rivières ou en torrents alpins au débit soutenu que la pêche aux leurres vers l’aval prend tout son sens… C’est une pêche que j’affectionne particulièrement : Imaginez un torrent puissant, gros de toute l’eau de la fonte des neiges et semé de blocs noyés qui créent des veines tortueuses et presque impénétrables, constituant ainsi autant de postes où une belle truite peut se caler… Pour celui qui prospecte dans de telles conditions, la force du courant, des contres courants et des veines antagonistes, ne laissent pas le temps à la monotonie de s’installer. Lorsque l’on pêche ainsi, on a réellement l’impression d’être « dans » la rivière. Le leurre devient alors le prolongement de notre main. Il doit être le plus souvent possible en contact avec le relief du fond : un contact régulier indique une gravière et la nécessité de ralentir la récupération ; Un choc indique en revanche un rocher et sa présence invisible est un indice pour régler les prochains lancers selon un angle mieux adapté.
    A ce jeu, les cranck-baits sont particulièrement indiqués… En revanche les modèles intéressants pour le black-bass et le brochet ne le sont que rarement pour la truite et les eaux vives.
    Si certains possèdent des bavettes démesurées qui leur permettent d’atteindre des profondeurs importantes en eau stagnante, en revanche, dès que le courant s’en mêle, ce n’est plus la même musique et il n’est pas rare que le leurre « décroche » dans les veines les plus puissantes et se mette à palpiter lamentablement sur le côté…A bannir ! Sans compter la déception quand le bout de plastique en question vous a coûté vingt euros ! Les formes trop rondouillardes doivent également éveiller une certaine méfiance (même si certaines se comportent très bien) car plus le leurre présente un profil qui offre de la prise au courant, et plus son enfoncement sera contrarié.
    Une bavette assez importante, un corps plutôt élancé, voilà le parfait cranck à truites…Mais attention, testez les dans des conditions réelles de pêche avant d’en acheter dix de chaque modèle ! Car si certains répondent à ces deux conditions… ils se révèlent particulièrement empotés dans des eaux très puissantes ! Les valeurs sures se trouvent chez Smith et Rapala Enfin, si vous employez régulièrement cette technique et que comme tout pêcheur digne de ce nom vous rendez neufs fois sur dix la liberté à vos captures, sachez qu’il n’y a pas que les pêcheurs à la mouche qui ont le droit d’écraser leurs ardillons… C’est beau l’égalité !

  • Le Doubs entre Montbéliard et Besançon

    Le Doubs entre Montbéliard et Besançon

    Alors que les rivières à truites et
    à ombres du département du
    Doubs subissent depuis trois
    ans de fortes perturbations dues
    à différentes pollutions, le cours
    du Doubs en seconde catégorie
    reste très bien peuplé en carnassiers
    et notamment en brochets
    et en perches. Comme un peu
    partout en France, conséquence des problèmes liés aux PCB, de nombreux pêcheurs ont “raccroché”, ne pouvant plus consommer leur poisson. Il en résulte que la plupart des secteurs sont désormais vides de toute pression de pêche. Il y a donc de très belles pêches à faire dans cette rivière, surtout à l’aide d’une embarcation (floattube, barque ou bateau). En revanche, le Doubs est anormalement clair depuis environ trois ans. Trop clair pour que les seuls efforts effectués ponctuellement sur l’assainissement des eaux usées permettent une visibilité parfaite dans trois mètres d’eau en plein été. Les corbicules (palourdes asiatiques invasives) jouent sans doute un rôle de filtre, mais selon le service technique de la fédération de pêche, elles sont en nombre insuffisant pour un tel résultat. Des recherches sont en cours pour mieux comprendre ce phénomène.

  • La Falcon touch, une nouvelle de Jean-Christian Michel

    La Falcon touch, une nouvelle de Jean-Christian Michel

    D’après une idée originale de Jean-Marc Theusseret

    A toutes ses victimes…
    Certains naissent escroc. C’est une façon d’être. On ne peut pas dire que cela soit maladif, mais ils sont ainsi, partout et tout le temps. La rubrique judiciaire du JT nous présente chaque jour les spécimens les plus inventifs de ce levain trop fermenté de l’espèce humaine… mais d’autres restent en liberté et ils vont à la pêche. Le nôtre ne s’appelait pas Madoff, il ne fabriquait pas non plus des prothèses à doudoune jetables ni ne promettait cinquante pour cent de retour sur investissement à ses meilleurs amis…
    Et pourtant ! Vous ne vous en rappelez peut-être pas, mais c’est à Falcon que nous devons l’invention du « propulseur » XTT8. Un propulseur me direz vous…qu’est-ce à dire ?  C’est la question que s’est justement posée celui qui en a trouvé un exemplaire dans sa boite à lettre avec la lourde tache d’en effectuer la recension pour les colonnes de sa revue…
    En considérant le blister, le journaliste a bien pensé que la chose en question devait avoir un lien avec la pêche à la mouche…Mais la densité était étrange, ainsi que le revêtement…Et que dire de la finition ! Mais bon… comme certaines bêtes de course s’embarrassent peu de l’esthétique, il lui laissa le bénéfice du doute. Il se renseigna :

    – « Allo, Monsieur, Falcon, j’ai entre les mains votre… « propulseur »… Pouvez-vous m’en dire un peu plus ?»
    – « Comment « un peu plus ? » Mais essayez le ! Il s’agit du vecteur halieutique nouvelle génération !»
    – « Dame…»
    – « Un propulseur est une évolution radicale de ce que vous appelez une soie.»
    – « Vous me rassurez, je croyais que…»
    – « En toutes choses il existe un avant et un après. Le propulseur est la soie du lendemain.»
    – « Du lendemain de quoi ?»
    – « Essayez, vous comprendrez…»

    Bigre ! Le journaliste ainsi instruit sangla son gilet, mit sa casquette et se fit un devoir de tester l’avion de chasse. Mais au moment ou il ouvrit le blister comme à celui où l’engin gifla la surface de la rivière pour la première fois, ses mots furent les mêmes :
    – « Mais c’est quoi ce machin ?»
    On ne peut pas dire que cela partait mal -rapport à sa densité de câble à vélo- mais les posés obtenus étaient franchement dégueulasses.  Bref, les performances et la facture d’ensemble relevaient du plus total bricolage.
    Facture qui en appelait une autre, mais salée cette fois et qui, elle, ne laissait plus aucun doute sur les intentions de son inventeur. A cent cinquante euros le vecteur halieutique, on n’entrait pas seulement dans une nouvelle ère, on basculait dans l’incommensurable !
    De son ongle, le journaliste n’eut aucune difficulté à enlever le revêtement de misère qui laissa apparaître un pauvre morceau de dacron fossilisé dans de la cire… Sous le propulseur se trouvait une ficelle… Et sous l’artisan, un ruffian.
    L’âme multi strong fusionnée à transfert de masse n’était en fait qu’une ficelle de palangrier plongée dans la cire micro-cristalline bouillante puis peinte.
    Pour ne pas se cramer les doigts, l’artiste devait jongler comme un pizzaïollo afin de dérouler dare-dare l’écheveau de part et d’autre de l’étendoir familial… Sans quoi, il arrivait que l’âme fusionnée de la XTT8 ait la mémoire un peu rancunière ! Il « fusionnait » ses soies par quatre et coupait alors l’écheveau aux ciseaux, façon spaghettis. Ensuite, Falcon laissait libre cours à son génie pictural. Et vas-y que je te tartine les ficelles au rouleau à peinture : vernis, peinture, vernis ! Vous voulez une WF ? Vlan ! Trois couches de plus sur le nez !  Falcon bidouillait des profils inconnus des catalogues.  Il avait fait du sur mesure son credo.
    A l’aide d’une formule « maison », il intégrait les données halieutiques et anthropométriques du client afin de déterminer avec exactitude la meilleure longueur de fuseau de lancer et le rouleau à peinture faisait le reste. Le prix se déterminait alors comme le fuseau : à la tête du client. A l’heure où toutes les soies étaient fabriquées en Asie, lui produisait français ! Pour finir, il lovait le tout dans un blister maison soudé avec la machine qui lui servait à congeler les cèpes… Gare à toi Thébault ! La XTT8 était disponible en deux teintes : « brown supérior » (qui rappelait un peu la couleur du siccatif qu’il achetait à dix euros les trois litres dans son magasin de bricolage) et « vert Montlhéry », autre curiosité de teinte, une sorte de vert olive un peu trop soutenu, teinte à laquelle le pot de quinze kilos qui servait à caler la porte du garage depuis vingt ans n’était peut-être pas totalement étranger.
    C’est par la Montlhéry que le scandale est arrivé.
    Ce jour là, Falcon tenait salon dans un de ces temples où la crédulité halieutique se réfugie pour passer l’hiver. L’homme était dans son élément. En bon maître de persuasion, Falcon s’était spécialisé dans les groupes, tout particulièrement dans ceux qui se revendiquaient de l’appartenance à un club à écusson et dont les belles têtes de passionnés laissaient entrevoir un endormissement rapide.  L’inventeur les accueillait sans fioriture et avec l’humilité de ceux qui sont habitués à s’user les mains contre l’ingratitude de la matière.  Mais tôt ou tard, un audacieux tirait sur la ficelle… « C’est quoi une XTT8 ? »
    Falcon baissait la tête, s’ébrouait deux ou trois fois puis il démarrait comme un moteur de zodiac secoué de quatorze roulements de « r » à la douzaine. Plus moyen de l’arrêter… Pour cela, il fallait acheter. Balthazar Falcon occupait l’espace comme un gladiateur dans l’arène, seul au milieu de tous les incrédules et toujours prêt à esquiver un mauvais coup.  Mais tout les artisans vous le diront : de nos jours le client est devenu tyrannique. On a beau se mettre en quatre, il n’est jamais content… Alors comment se démarquer quand pour tout appareil de production on ne dispose que d’un étendoir et d’un rouleau à peinture ?

    – Ainsi est née, Mesdames, Messieurs la XTT8 : joignant la précision de Besançon à la régularité des tisserand de Roubaix, notre XTT8 est un concentré de savoir faire et de technologie. Nos artisans l’ont élaborée autour d’une âme fusionnée à chaud qui lui confère grâce  et longévité. Des propriétés incomparables que seuls (il insistait bien sur ce mot) les amoureux du beau geste sauront apprécier…
    Et si un quidam avait le malheur de dire :
    – Moi j’ai une R2T depuis quatre ans et elle vieillit pas mal… Falcon se figeait et lorsqu’il desserrait les dents, il répondait invariablement :
    – Nous ne parrrlons pas de la même chôôse…Vous devez vous convaincre du caractère transcendantal de ma XTT8… Ce propulseur bouleverse les conditions de possibilité de l’expérience halieutique ! Bref, bref, il est la matière de nouvelles sensations… Et donc, le comparer, tant en terme de qualité que de plaisir est dépourvu de sens ! 
    Dans la XTT8, ce qui était important, c’était le 8. C’est lui qui concentrait toute l’ingénierie transcendantale du vecteur halieutique. Comment le déterminait-on ? C’est là qu’intervenait la « Falcon touch ».
    Quand notre homme sentait l’acheteur potentiel sur le point de lâcher prise, il le prenait en aparté et lui demandait à mi-voix :
    – Quel est votre transept ?
    Le gars tournait vers lui les yeux de Monsieur Jourdain.
    – Pardon ?
    – Votre transept…
    – Pff… Je ne sais pas trop… Je dois avoir un transept ordinaire…
    – Bon, abordons le problème sous un autre angle. Quel est le faciès de votre rivière favorite ? Plutôt lotique ou plutôt lentique ? C’est important, car j’utilise la science des rivières. J’agrège à mes vecteurs les dernières découvertes scientifiques. 
    – Ah… ça, c’est un peu pareil… J’ai du mal à vous répondre. Il faudrait que je demande au technicien de ma fédé.
    – C’est ça, demandez-le-lui. Mais en attendant mon expérience me dit que vous devez être à quarante huit pour cent. Lotique ou lentique ? Peu importe puisque pour votre confort j’intègre à la détermination de la longueur du fuseau de lancer un coefficient dilatatoire de 0,25. Il vous faudrait un long belly small mouth… Parfait ! Tenez, par chance il me reste une XTT8 en vert Montlhéry, c’est pareil.
    –  Non. Elle n’est pas belle. Donnez moi plutôt la brown supérior. 
    – C’est à dire que je vais en avoir besoin pour la démonstration.
    – Eh bien vous la ferez avec la verte, votre démonstration, où est le problème ?
    – Aucun, aucun…
    Cependant, Balthazar Falcon sentit le piège à singe se refermer sur ses doigts, mais il ne pouvait pas se résoudre à l’idée de laisser passer une vente… Il avait à peine noué la Montlhéry au backing lorsque le démonstrateur l’appela au micro sur le pas de lancer.
    – L’âme est encore raide, il faut réaliser un échauffement progressif dit-il au testeur étonné… 
    – Ne vous inquiétez pas, je vais prendre soin de votre bébé… 
    Le propulseur glissait foutument mal dans les anneaux. Le testeur se mit à sourire et dit en regardant Falcon :
    – Allez, j’enlève le starter ! 
    La plaisanterie n’eut pas le temps d’être goûtée. D’avant en arrière, de fines particules de vert Montlhéry commencèrent à descendre au sol en papillonnant. Pom, pom, pom, pom, pom, pom, bonne nuit les petits…
    L’assistance retenait son souffle. Par charité chrétienne, le testeur shoota le plus délicatement qu’il put mais la XTT8 se vautra au sol, fourbue, à une petite quinzaine de mètres en détortillant convulsivement ses vilaines spires de petit rouleau de fil de fer…
    Silence de mort. Tout homme normal aurait souhaité être dématérialisé et téléporté dans une poche de son gilet de pêche. Ou mieux, être liquéfié : disparaître sous la moquette en plastique du palais des expositions, se faufiler sous terre et rejoindre la rivière pour réapparaître loin, très loin des mauvais regards et disparaître en courant à l’horizon de verts et oublieux pâturages…
    Mais Balthazar Falcon ne faisait pas parti du commun des mortels. Il se dirigea vers le testeur avec son assurance de bon petit zodiac, lui ôta la canne des mains, avant de rembobiner lui-même la ficelle, ironique, et de lancer à l’assistance cette sentence que je vous invite à méditer :
    - Voilà ce qui arrive lorsque la molécule est froide !

  • Quand  la mouche de mai  prend son envol

    Quand la mouche de mai prend son envol

    Les émergences de mouches de mai marquent un des moments forts de la vie des cours d’eau de plaine. Elles commencent de façon sporadique à la fin du mois d’avril et sont en général massives vers la fin du mois de mai ou le tout début de juin. Pendant longtemps, sur ces rivières, les pêcheurs n’ont pratiqué la pêche à la mouche qu’à cette période, la plus faste de l’année, armés de gros plumeaux montés sur des fils épais. Sur les cours d’eau où elle est encore bien présente, la mouche de mai attire toujours de nombreux pêcheurs. Elle fait sortir tous les poissons de la rivière, dont les plus gros, qui ne gobent réellement que quelques jours par an, au plus fort des émergences ou des retombées de spents.
    Voici les grandes étapes de l’émergence du plus commun des grands éphémères de France, Ephemera danica. elles vous permettront de mieux comprendre une étape importante du cycle de vie de cet insecte, et ainsi de réaliser des imitations efficaces ou de pêcher plus juste.

    Par Philippe Collet

    L’émergence

    Selon l’humidité de l’air et le débit du cours d’eau, les émergences ont lieu en journée ou en soirée. Les larves matures, qui ont passé de deux à trois ans dans le substrat, montent alors rapidement vers la surface. Collées sous le film de l’eau et livrées au courant, elles fendent leur exuvie larvaire et commencent à s’extraire. De loin, on aperçoit alors un petit dôme clair crevant la surface.
    En quelques secondes, l’insecte entier, de couleur claire, jaune olive un peu laiteux, sort entièrement de son exuvie, les ailes encore fripées et pliées vers l’arrière. Il les déploie très vite. Après quelques secondes d’immobilité, cet insecte qu’on appelle subimago entame un premier battement d’ailes pour tenter de décoller. S’il n’y arrive pas du premier coup, il marque un nouveau temps d’arrêt  avant de s’envoler définitivement. Il ne reste plus alors sur l’eau qu’une exuvie vide flottant sous la surface. L’ensemble de ces étapes ne dure que quelques secondes. L’éphémère doit faire très vite, non seulement pour ne pas être gobé par un poisson ou happé par un oiseau, mais aussi pour ne pas risquer de basculer et de s’engluer dans le film de l’eau du fait, par exemple, d’une risée ou du courant. La présence de quelques exuvies sur l’eau peut trahir le début d’une émergence. Si elles dérivent en grand nombre, alors que vous ne voyez pas d’éphémères voler, vous pouvez vous dire que vous êtes arrivé trop tard.


    La phase larvaire

    La larve de cet éphémère est fouisseuse, végétarienne et détritivore. Sa taille peut dépasser les 30 mm. Elle possède des cerques, en proportion nettement plus petits que ceux des adultes. Les segments de son abdomen sont dotés de branchies, organes de la respiration en forme de doubles filaments plumeux, très nettement visibles.
    On retrouve sur la larve les motifs abdominaux colorés de l’adulte. Les larves possèdent des mandibules dont le long prolongement antérieur dépasse l’avant du corps, une première paire de pattes puissantes et robustes, un petit élément céphalique en forme de pelle, qui font d’elles d’excellents terrassiers. Leur corps cylindrique tout comme les branchies recourbées sur l’abdomen facilitent leur progression dans le limon. Elles creusent des galeries dans le substrat meuble des cours d’eau et parfois des étangs, se nourrissant de débris organiques végétaux et de particules limoneuses. Dans les rivières, on les trouve généralement dans les veines d’eau périphériques au courant principal, dans les dépôts de sables grossiers, de petits graviers et de limons. Elles peuvent aussi coloniser les lacs, à proximité du rivage battu par les vaguelettes. Le cycle vital de ce grand éphémère s’étend généralement sur deux années.
    Selon la température, il peut durer de un à trois ans. On trouve donc des larves toute l’année dans le substrat. Après une vingtaine de mues successives, ces larves montent vers la surface pour se transformer en subimagos. Ce stade adulte intermédiaire est particulier aux éphémères.

    Du subimago au spent

    Le subimago au vol lourd et hasardeux va rapidement aller se poser sur la végétation de la rive pour effectuer une seconde mue, la mue imaginale, et passer au stade imago. L’imago n’a plus du tout la même couleur que le subimago, ses ailes sont devenues transparentes, un peu fumée, son corps tend vers le blanc ivoire, ponctué de motifs sombres. Ses cerques sont beaucoup plus longs. Ils égalent la longueur du corps. L’imago est sexuellement mature, les mâles s’élèvent en vols nuptiaux, en essaims au-dessus des arbres ou des prairies bordant les cours d’eau. Ils saisissent les femelles qui passent à travers ces essaims, s’accouplent en vol et meurent rapidement. Les femelles déposent leurs œufs par petits groupes en effleurant la surface de l’eau de leur abdomen.
    Les œufs coulent et se collent au substrat. L’éclosion suit la ponte de quelques semaines. Après la ponte, les adultes à l’agonie retombent à la surface de l’eau, et meurent les ailes à plat, en croix (spent). Cette dernière phase est particulièrement attractive pour les poissons, qui n’ont plus qu’à cueillir ces proies faciles. La taille des subimagos et des imagos varie selon les régions et les caractéristiques du milieu. On trouve de grands individus, pouvant dépasser 25 mm, généralement des femelles, dans les rivières des plaines calcaires normandes et de plus petits dans les froids ruisseaux collinaires s’écoulant sur un substrat acide.

    Point de vue de l’écologue

    Bien que sensible, comme la majorité des éphémères, aux impacts des activités humaines sur les cours d’eau, Ephemera danica est relativement tolérant à la pollution organique. Sa large présence dans notre pays ne doit pas faire oublier les disparitions locales, qui fragilisent à terme les populations. En cas de pollution par des métaux lourds, ces polluants se stockant dans les sédiments, les larves d’Ephemera, fouisseuses, sont très exposées. La disparition de cette espèce d’un cours d’eau est un réel signal d’alerte.
    L’inventaire des éphémères de France a déjà permis de découvrir de nouvelles espèces, de dégager d’intéressantes informations sur la répartition géographique des différents éphémères et aussi de collecter des données relatives à leur polluo-sensibilité.


    Le gobage

    Les premières émergences des grands éphémères sont curieusement peu prisées des poissons, hormis des petites truites. Progressivement et de manière croissante jusqu’à l’apogée de la période de la mouche de mai, les gros poissons prennent part au festin. C’est généralement un des rares moments de l’année où le pêcheur à la mouche peut espérer les capturer en mouche sèche. Les gobages vont alors de l’éclaboussure bruyante provoquée par les jeunes poissons aux aspirations silencieuses et discrètes des gros spécimens de truites ou d’ombres communs.  Sur les parcours très pêchés, les poissons ne prennent souvent plus que les subimagos en mouvement, ce qui complique considérablement la tâche du pêcheur.


    Quand l’émergence tourne au drame

    La phase d’émergence est très critique, l’insecte est alors vulnérable. Outre les poissons, les hirondelles, moineaux et autres bergeronnettes, l’éphémère doit échapper aux prédateurs aquatiques divers ou tout bonnement à la noyade. Le gerris, communément appelé araignée d’eau, est un redoutable prédateur. Sensible aux moindres vibrations à la surface de l’eau, il a tôt fait d’attaquer un éphémère trop lent à décoller ou empêtré à la surface. A l’aide de son rostre, il perce sa proie et aspire les sucs qu’elle contient. Une simple goutte d’eau frappant un subimago émergeant peut l’anéantir en détruisant ses ailes de façon irrémédiable. Un coup de vent plaquant l’insecte sur l’eau peut compromettre son envol. L’émergence est une phase où l’on peut se rendre aisément compte, à condition de se pencher un peu sur l’eau, du caractère impitoyable de la sélection naturelle, qui sanctionne la moindre faiblesse ou imperfection.


    Les imitations

    La phase de l’émergence de ce grand éphémère est imitée par de nombreuses mouches. Les montages doivent être réalisés dans des nuances de jaune sale plus ou moins foncé, d’olive et de gris. Les cerques sont courts et marron, ils sont parfaitement imités par quelques fibres d’une plume de queue de coq faisan. Les ailes et le mouvement sont bien représentés par les fibres de plumes de cul de canard, choisies dans les nuances précédemment citées.

  • Aux leurres… faites une pause !

    Aux leurres… faites une pause !

    Quand on parle de poisson nageur, les sujets les plus couramment abordés sont les couleurs, les formes, les tailles ou les profondeurs de nage. Mais la nage en elle-même et, notamment, la vitesse d’évolution du leurre sont un critère de la première importance. Les phases d’accélération et de changement de rythme sont bien sûr primordiales, mais elles le sont au moins autant qu’un autre aspect rarement abordé de la vitesse : les phases d’arrêt !

    Par Alban Choinier

    Tous les pêcheurs qui ont déjà pêché au poisson mort manié ou plus simplement avec un leurre souple monté sur une tête plombée savent quelle importance peut avoir une pause au cours de l’animation. C’est lors de cette phase, bannière tendue, que vous contrôlez la descente du leurre, pour pêcheur plus profond ou tout simplement pour le faire heurter le fond. Cette phase où le pêcheur ne fait rien d’autre que de tenir sa canne est d’ailleurs souvent la plus pêchante. En effet, si votre poisson mort ou votre leurre souple est correctement plombé, il va descendre en “feuille morte” pour le premier et en ondulant pour le deuxième. C’est généralement à ce moment que les carnassiers se saisissent du piège. Si on s’amuse à analyser la proportion entre les phases d’animation et les phases d’arrêt dans ce type de pêche, je suis sûr que nous devons passer environ un tiers de notre temps à ne rien faire… et pourtant, votre artifice pêche… tout seul !

    Les poissons nageurs aussi !

    Les phases d’arrêt sont tout aussi importantes quand on utilise des poissons nageurs, quels qu’ils soient. Etant donné que les poissons nageurs modernes ont tendance à nager tout seuls pour certains ou, à l’inverse, de nécessiter des animations régulières, nous sommes amenés à négliger de faire des pauses au cours de la récupération. C’est vrai aussi qu’un morceau de plastique dur armé de deux hameçons triples peut sembler beaucoup plus prenant en mouvement qu’à l’arrêt ! Et pourtant, il continue à être attractif quand le pêcheur ne fait rien, et parfois même beaucoup plus que lors des phases de déplacement. De nombreuses espèces de poissons carnassiers ont tendance à suivre le leurre en attendant le moment propice pour l’attaquer. Que ce soit les bars, perches brochets, black-bass ou sandres, ils cherchent tous à cibler leur attaque lors de la phase de pause ou dès le redémarrage du leurre. Ce n’est d’ailleurs pas parce que le pêcheur est inactif que le leurre ne bouge pas à l’autre bout de la ligne. Il peut bouger avec le courant, couler ou encore remonter vers la surface, la preuve…

    Les poissons nageurs à bavette type “jerkbait”

    Ces poissons nageurs à bavette sont les plus couramment utilisés aussi bien en mer qu’en rivière. Ils réagissent aux sollicitations du scion en se déhanchant et en s’inclinant de gauche à droite le long de la ligne de nage. On citera, parmi les plus connus, le B’Freeze de Lucky Craft, le Vision Oneteen de Mégabass, le Saruna de Smith ou le Arnaud de Illex.

    Les modèles coulants  (“sinking”)

    Quand on fait nager un poisson nageur coulant, on peut choisir la profondeur d’évolution de son leurre en décidant à quelle profondeur on va commencer la récupération. Automatiquement, quand on débute l’animation de ce type de leurre, il va avoir tendance à remonter vers la surface. Ce n’est qu’en faisant une pause que vous lui permettrez de couler à sa profondeur initiale. Quand un poisson nageur sinking descend vers le fond, il ne coule pas de façon linéaire, mais plutôt “rouler” sur lui-même. Les brochets et les blacks bass ont une forte tendance à suivre le leurre à la descente et à l’attaquer dès qu’il redémarre. Quand on pêche dans un lac très profond avec un poisson nageur coulant, les phases d’arrêt peuvent atteindre 15 secondes tous les 2 mètres de nage. Ce type d’animation en dents de scie donne l’impression de ne pas avancer dans sa pêche, mais plus le leurre passe de temps dans l’eau et plus il aura de chance de provoquer une touche ! Et c’est aussi parfois le seul moyen de pêcher vraiment profond avec un leurre dur de ce type.

    Les modèles flottants (“floating”)

    Dès l’arrêt de la récupération, les poissons nageurs flottants remontent vers la surface plus ou moins vite suivant leur construction : balsa, plastique creux, présence de billes ou non… Quand ils remontent, ils “roulent” (effet de wobling) sur un axe horizontal, entraînant ainsi une animation verticale… alors que vous vous contentez simplement de garder la bannière tendue afin de ferrer à la moindre sensation suspecte.
    Les perches et les blacks bass sont notamment friands de ce type de pause de quelques secondes à plusieurs dizaines de secondes, suivant la hauteur de plongée et la vitesse de remontée de votre poisson nageur.

    Les modèles équilibrés (“suspending”)

    Les leurres suspending sont ceux qui se prêtent le mieux à entrecouper la récupération de pauses. A l’origine, ces leurres ont été justement conçus pour pouvoir s’arrêter à une profondeur donnée. Ce sont les Américains qui ont mis au point les poissons nageurs suspending, il y a plus de vingt ans, afin de pêcher efficacement sur les nids de black bass. Le principe de fonctionnement des poissons nageurs suspending est de posséder, à l’intérieur de leur corps, un lest compensant leur flottabilité ; le leurre possède ainsi une densité neutre. Le but de ces leurres est de laisser le poison nageur le plus longtemps possible à proximité immédiate. Les poissons sont comme les humains, si vous voyez passer une énorme part de gâteau au chocolat sur le plateau d’un serveur au restaurant, vous allez peut-être penser à en commander en dessert. Mais si on vous pose le même gâteau sur la table d’à côté et que vous avez le loisir d’en admirer l’épaisse couche de chantilly, il y a presque 100 % de chance qu’il termine au fond de votre estomac ! Il se passe exactement la même chose sous l’eau. Si vous êtes intimement persuadé qu’un bel arbre immergé abrite un brochet, vous allez avoir dix fois plus de chances de le faire bouger si vous faites nager votre poisson nageur devant les branches sur 20 cm que si vous le ramenez à vitesse normale – faites ensuite une pause de deux secondes pendant laquelle votre leurre continue à bouger faiblement, puis refaites-le nager
    20 cm, etc. Dans le premier cas, le leurre va simplement passer dix fois plus de temps à portée d’attaque du prédateur. Même dans le cas d’animation en pleine eau et que ce soit sur n’importe quelle espèce de poisson, aussi bien en eau douce qu’en mer, faire au minimum deux pauses pendant la récupération augmente sensiblement la réussite. En effet, tous les prédateurs ont tendance à suivre assez longtemps le leurre avant de l’attaquer. Il est donc nécessaire de faire une première pause à mi-parcours et une deuxième pause juste avant de sortir le leurre de l’eau. Si un poisson vous a suivi jusqu’au bateau ou jusqu’au bord, vous aurez ainsi une chance de plus de le décider. Quand on a l’occasion de pêcher dans des eaux claires et de visualiser les attaques de poissons, on est généralement surpris de voir que les prédateurs n’hésitent pas à s’emparer du leurre alors que celui-ci ne nage pas. Je ne compte plus les brochets que j’ai vu tranquillement gober mon leurre pendant une phase de pause.


    Les “crankbaits”

    Comme nous l’avons déjà vu dans un article précédent, les crankbaits sont des poissons nageurs plongeant à la récupération, ayant un très fort pouvoir de flottaison. Ils ont pour la plupart d’entre eux la particularité de remonter d’une façon particulièrement erratique. Ils peuvent gagner la surface en faisant des larges S ou même, pour certains, des spirales. Des phases d’arrêt de quelques secondes lors de la récupération peuvent permettre au leurre de remonter de quelques dizaines de centimètres avant de vernir de nouveau heurter le fond. On explore ainsi une couche d’eau plus importante et on augmente le temps de présence du leurre dans l’eau.

    Les leurres de surface

    Les réactions des différentes espèces de poissons par rapport à l’arrêt des leurres de surface diffèrent radicalement. Par exemple, le brochet a tendance à délaisser un stickbait dès qu’il s’arrête, alors que c’est totalement la réaction opposée pour les black-bass, les perches ou les bars. D’après mon expérience sur ces derniers, j’irais même jusqu’à dire que 80 % des touches en surface ont lieu à l’arrêt du leurre. En bref, faire une pause rapporte aussi son lot de bonnes surprises avec les leurres de surface.

    N’hésitez pas à faire une pause

    Bien évidemment, la réaction des poissons change d’un endroit et d’un jour à l’autre. Ils peuvent, une matinée, être très réactifs à des animations lentes ponctuées de longues pauses et, l’après midi, à une animation radicalement différente. Il n’existe aucune vérité en matière de pêche, mais certaines constantes sont valables dans toutes les eaux du globe, comme la réaction très positive des prédateurs face à l’arrêt de leurs proies. En règle générale, on pourrait dire que, plus l’eau est froide ou plus la pression de pêche élevée, plus il devient nécessaire de pêcher lentement et de donner des temps d’arrêt à son leurre. Quoi qu’il en soit, la prochaine fois que vous mettrez à l’eau votre poisson nageur fétiche, pensez à faire une pause !

  • Pêche en sèche en réservoir avec Laurent Gagneux

    Pêche en sèche en réservoir avec Laurent Gagneux

    La technique pratiquée par Laurent est un peu insolite. Elle consiste à pêcher à l’aide d’une grosse mouche sèche en ciblant les poissons. Si elle peut paraître grossière à première vue, elle permet de leurrer des poissons éduqués et difficiles qui ne s’attendent pas à ce que ces grosses bouchées, tombées doucement sur leur dos, ou flottant longuement en surface, soient armées d’un hameçon.

    Par Philippe Collet

    Laurent Gagneux  a commencé la pêche tout jeune en attrapant des vairons avec son père. Il a ensuite pratiqué diverses techniques dont le lancer avant d’attaquer la pêche à la mouche à l’âge de 13 ans. Le déclencheur de sa passion a été un atelier de montage, organisé par un de ses professeurs en classe de 6e, où il a commencé à monter ses propres mouches. Deux ans plus tard, il rentrait au club de Décines (club de l’Est lyonnais) et commençait à pêcher à la mouche. Bien encadré au sein du club, il a fait de rapides progrès. A son actif aujourd’hui : un titre de Champion de France junior en rivière, deux titres de Champion de France junior puis senior de montage de mouches, 1er et 3e des Coupes de France des Clubs 2006 et 2007 avec deux de ses copains. Laurent est maintenant compétiteur en première division rivière et réservoir et a été sélectionné en Equipe de France pour les championnats d’Europe 2008 en Espagne.


    La pêche en sèche, à vue, avec de grosses mouches

    Cette technique, pratiquée avec succès par Laurent, lui permet de réaliser régulièrement de belles pêches, que ce soit lors de manches de compétition ou simplement en loisir. Il apprécie particulièrement, lorsqu’il pêche pour le plaisir, de faire le tour des plans d’eau de Trept en utilisant cette technique. Il part alors avec une seule canne, dotée d’une soie flottante, d’un bas de ligne dégressif, avec un peu de fil pour changer les pointes et quelques mouches pour varier les présentations. Sa technique consiste le plus souvent à pêcher en sèche, à vue, des poissons en maraude sous la surface. Ces poissons, souvent difficiles, habitués à être sollicités avec de minuscules imitations, qu’ils inspectent et refusent le plus souvent, sont trompés par la grosseur des mouches, leur arrivée subite dans leur champ de vision et l’illusion de vie donnée par les fibres de cul de canard qui volettent au grès du vent. En plan d’eau, vous pourrez souvent observer des truites en train de gober une feuille, un chaton de saule, voire, nettement moins ragoûtant, un mégot de cigarette. Curieuses, elles prennent et recrachent ce qu’elles croyaient être de la nourriture. Probablement jamais piquées avec de si imposantes mouches, elles n’ont pas associé la taille grossière de ces objets à un danger potentiel. Laurent s’appuie sur cette curiosité pour pratiquer sa pêche. En arrivant au bord du plan d’eau, il essaie sa technique sur quelques poissons, en la leur posant sur le dos. Si le résultat n’est pas probant, il change de couleur de mouche, puis de modèle. Lorsqu’il trouve la mouche qui fait réagir les poissons à vue, il peut pêcher plus loin en confiance, sans voir les truites. Sur les berges sous le vent (avec le vent dans le dos), il rallonge son bas de ligne et lance sa mouche loin en levant haut la canne pour laisser le vent la porter au moment du posé. Il cible alors le début des friselis, c’est-à-dire l’endroit où le vent atteint l’eau, y déposant ce qu’il transporte. S’il doit pêcher avec le vent de face, il raccourcit son bas de ligne et, en cas de vent trop fort, change de mouche pour un sedge ou un Shipman, un peu plus denses, car le gros plumeau en cul de canard, trop léger et volumineux, ne peut plus être posé devant le bas de ligne. Dans cette pêche, il est important de ne pas couvrir le poisson avec le bas de ligne, de lui présenter la mouche en premier. Pour ce faire, il peut être nécessaire, sur un lancer long, de coucher la canne sur le côté au moment du posé, pour tendre le fil. En ciblant les poissons et en les surprenant, à vue, la prise de la mouche est instinctive et rapide.
    A contrario à longue distance, en pêche en aveugle, les truites testent souvent la mouche en essayant de la noyer sans la prendre. Il ne faut surtout pas ferrer au premier remous, mais réellement attendre que la mouche, bien visible, ait disparu. Les truites peuvent s’y reprendre en plusieurs fois. A distance, il faut aussi être patient, savoir attendre, concentré, qu’une truite en maraude, rassurée par l’absence de mouvement, s’intéresse à la mouche.

    Le bas de ligne, la soie, la canne

    La formule du bas de ligne de Laurent est a priori la même depuis longtemps. Il est constitué de 1,10 m de 50 centièmes, 90 cm de 40, 70 cm de 30, 50 cm de 20 centièmes. S’il pêche avec une pointe fine, il ajoute 30 cm de 16 avant 1 m à 1,50 m de 13,5 centièmes, soit un porte-pointe de 3,20 m et une longueur totale oscillant entre 4,20 m et 4,70 m. Le corps du bas de ligne est réalisé en Kamoufil.
    Laurent monte ses grosses sèches sur un fil de fluorocarbone de 13,5 centièmes, plus raide à diamètre égal qu’un nylon, ce qui lui permet de mieux présenter ses grosses mouches. La pointe de son bas de ligne est allongée ou raccourcie au gré du vent de façon à pouvoir placer la mouche précisément et délicatement sur le nez des truites en maraude. Si la pêche se fait le vent dans le dos, le bas de ligne peut être rallongé, à l’inverse avec un léger vent de face, la pêche devient difficile et le bas de ligne doit être raccourci. Ce bas de ligne permet aussi à Laurent de pratiquer d’autres pêches, notamment à deux mouches, en rallongeant la pointe. Laurent monte son bas de ligne sur une soie flottante de 7 et pêche avec une canne de puissance 7.

    La pêche avec une Montana

    Lorsque les poissons sont difficiles à voir ou qu’ils boudent les mouches sèches, Laurent remplace ces dernières par une grosse Montana, souvent non lestée, qu’il anime en la tricotant. Il pose tendu, laisse cette grosse mouche percer le film de la surface (quand elle est encore sèche) puis l’anime doucement. La mouche pêche alors à environ 10 cm de profondeur. La longue pointe fine du bas de ligne en fluorocarbone permet de fendre l’eau discrètement. Pour éviter les casses, parfois inévitables avec cette technique, Laurent rallonge encore la pointe de son bas de ligne, jusqu’à deux mètres. Cette grosse mouche classique, qui n’imite rien de bien particulier (hormis peut-être un gros plécoptère, absent des eaux closes), mais combine le noir, le jaune fluorescent et la pulsation du hackle enroulé autour de son thorax, fait souvent réagir les truites. Laurent la trouve très efficace. Si la Montana ne fonctionne pas bien, il peut alors essayer, toujours avec le même corps de bas de ligne, en modifiant simplement la pointe, de multiples combinaisons de deux mouches, deux noyées, deux chironomes, un chironome suspendu sous une des ses grosses sèches, etc. Il arrive toujours finalement à trouver une formule gagnante !

  • Traitement du bois : quelles conséquences pour nos rivières ?

    Traitement du bois : quelles conséquences pour nos rivières ?

    Voici une petite vidéo efficace pour comprendre les effets
    négatifs du traitement du bois pour nos cours d’eau. L’expérience filmée ici en
    dit plus que de longs discours. Le Collectif « SOS Loue et rivières
    comtoises » vous permet ainsi de mieux comprendre la toxicité de tous ces
    produits utilisés pour le traitement du bois et les conséquences de cette
    activité sur notre ressource en eau.

  • La Sorgue aveyronnaise

    La Sorgue aveyronnaise

    Dans l’ombre de la Sorgue du Vaucluse, son homonyme aveyronnaise reste principalement connue des pêcheurs locaux. Des rivières des Cévennes, cette Sorgue là est la rivière la moins capricieuse. Les truites ont la réputation d’y être souvent actives, ce qui ne veut pas dire qu’elles sont faciles, loin de là ! Dans cette région, chaque truite se mérite et l’approche est déterminante.Toute progression dans l’eau doit se faire façon Salaire de la peur, car le moindre bruit, la moindre vaguelette peut faire fuir non seulement la truite convoitée, mais aussi toutes celles qui se trouvent en amont jusqu’au prochain seuil. Les soies naturelles très fines (Robinson AA) sont de rigueur. Une rivière difficile pour vrais pêcheurs de truites. Ici, on apprend à chaque sortie, mais la satisfaction est grande lorsque quelques truites seulement ont pu être leurrées. Au printemps, quelques journées généralement pluvieuses font sortir les poissons en plus grand nombre que d’ordinaire et notamment en cas d’éclosion de mouches de mai. Rien à voir avec les éclosions normandes, mais les truites réagissent bien au grand éphémère. Les bons parcours se situent en amont de Saint-Affrique, au niveau de Fondamente et Saint-Felix.