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Catégorie : Technique
Retrouvez ici tous nos articles sur les techniques de pêche à la mouche, technique de pêche aux leurres, vidéos de pêche aux leurres, vidéos de pêches à la mouche…

Les baetis de midi
Moins connu que le coup du soir, le coup de midi est pourtant la vraie ouverture de la saison de pêche à la mouche. Durant le début de la saison (mars et avril), c’est souvent le meilleur moment pour pêcher à la mouche sèche. Voici une piste…
Par Jean-Christian Michel
Vers 11 heures, le jour J, les héros sont fatigués, ils regagnent leur voiture pour casser la croûte. C’est tant mieux, car ainsi ils laissent la rivière en paix. Les poissons actifs (quand la température le permet) prennent alors possession de leur domaine et peuvent nous livrer les premières vraies émotions halieutiques de l’année. Si la vallée est ouverte, les rayons du soleil de mars aideront peut-être à gagner les degrés fatidiques qui permettront l’émergence de baetis rhodani… C’est sur lui que les truites sauvages se dérouillent les mâchoires. Souvent timide mais quelquefois plus importante, cette éclosion de début de saison peut durer jusqu’en milieu d’aprèsmidi, avant que ce ne soit au tour du froid de refermer ses mâchoires sur les ailes des éphémères et les doigts du pêcheur ! Les plus belles éclosions se produisent lorsque la rivière est caressée par une pluie fine et douce pendant plusieurs jours. Les truites peuvent alors mettre le couvert, comme lors des meilleurs des coups du soir… mais ce n’est pas toutes les années.
Des baétidés, les rhodani sont vraisemblablement les plus robustes du genre car ils survivent là où d’autres espèces ont disparu. S’il est toujours possible de capturer le premier poisson de l’année en pêchant au fil ou au streamer, un poisson de raccroc n’a pas la même valeur émotive qu’un poisson capturé en ayant compris quelque chose à son comportement alimentaire et à ce qui fait que son monde et le nôtre peuvent se rencontrer. A ce moment, le geste du moucheur mime ces retrouvailles et il ne se réduit plus seulement à la froide mise en oeuvre d’une technique. La pêche n’est pleinement ouverte que quand on a la satisfaction d’observer et de pêcher des poissons en activité… Et pour beaucoup d’entre nous, c’est baetis rhodani qui aide à ouvrir le bal !Matos et mouches
En grande rivière, cette première pêche à la mouche de la saison a le mérite de nous faire reprendre nos marques. Le nympheur reprendra contact avec son long bas de ligne mais, avec une pointe presque réduite de moitié, les lancers seront bien facilités… la limite de cette simplification étant toujours… le dragage ! Pour les premiers jours de la saison, les farios peuvent se montrer gentilles, et à plus forte raison si les insectes sont bien présents. Dans les secteurs calmes, les imitations qui pêchent bas sur l’eau sont toujours les plus prenantes.
Les petits voiliers en cul de canard font merveille, à condition de ne pas être trop fournis. Si les truites sont actives dans les courants, comme c’est assez souvent le cas dans les rivières du sud de la France lorsque le soleil est au plus haut, on peut utiliser des imitations en hackle de coq réalisées en montage parachute. Ces modèles ont le mérite de pêcher bas et de sécher rapidement lors des faux lancers.
La pêche au pouic
Au coeur de l’hiver, la pêche en réservoir peut continuer de donner de bons résultats, à condition de pêcher lentement avec des modèles de mouches très mobiles.
Par Philippe Collet
Les mois de janvier et février sont les plus froids de l’année. La température des masses d’eau des lacs et réservoirs a chuté depuis longtemps et l’activité biologique s’y est considérablement ralentie. Dans les régions d’altitude, les plans d’eau sont souvent gelés et leurs gestionnaires ferment la pêche en attendant des jours meilleurs. En plaine, les réservoirs moins sensibles au gel restent le plus souvent ouverts tout l’hiver (en dehors des vagues de froid), ce qui nous permet de continuer à pratiquer notre loisir favori. Bien que les conditions soient plus difficiles (froid, journées courtes…) et que les poissons soient moins actifs, on peut vraiment réaliser de belles pêches à cette période à condition de bien se couvrir et de pêcher “juste”. La fréquentation des plans d’eau étant moins importante, on ne se bouscule pas sur les berges et les poissons sont plus coopératifs car moins sollicités. L’eau froide, riche en oxygène, permet de combattre des poissons vigoureux et de les relâcher dans de très bonnes conditions. Les poissons au métabolisme ralenti par le froid n’ont pas besoin d’énormément de nourriture. Ils n’en trouvent toutefois plus beaucoup car leurs proies habituelles vivent, elles aussi, au ralenti. Ils restent donc actifs, mais pendant une période plus courte que d’habitude, souvent en milieu de journée au moment le plus chaud. Les lieux les plus fréquentés par les poissons actifs sont, les jours de soleil, les berges exposées au réchauffement comme par exemple des hauts-fonds orientés plein sud (ou à proximité), ou, les jours de vent, si la température de l’air est plus chaude que celle de l’eau, les secteurs battus par les vagues. A ce moment de l’année, les salmonidés sont, pour la plupart, bien acclimatés à leur plan d’eau et connaissent de mieux en mieux les imitations ou les leurres présentés par les pêcheurs, ils ont aussi appris à se nourrir seuls et sont plus difficiles.
Une pêche lente
De nombreuses techniques de pêche peuvent être utilisées pour les leurrer, à condition de retenir un principe de base : quelle que soit la technique pratiquée, l’animation des mouches devra être lente. Elle sera en fait calquée sur la léthargie générale du plan d’eau. Les pêches imitatives seront réalisées essentiellement à l’aide d’imitations de chironomes, au moment de la plus forte activité (souvent décelable en surface). Une fois cette activité terminée, il n’y a que peu de chance que les poissons s’intéressent réellement à des mouches imitatives proposées hors contexte, même si elles sont bien choisies et bien présentées. Des mouches plus incitatives auront alors plus de succès.
La pêche au pouicDans cet article, nous allons nous concentrer sur une technique de pêche à l’aide de gros streamers non lestés, très adaptée à la saison et à cette nécessité de pêcher lentement. Cette technique pourra, bien sûr, être utilisée avec succès à d’autres moments de l’année, notamment pour solliciter des poissons retors. On la doit, semble-t-il, à des compétiteurs en réservoir qui l’avaient mise au point pour séduire des poissons difficiles et l’avaient baptisée : pêche au pouic. D’une pêche à proximité du fond, voire en grattant le fond à l’origine, elle a évolué vers une pêche à tous les niveaux de la colonne d’eau.
Trancher avec les habitudesEn hiver, la plupart des poissons ont déjà vu passer beaucoup de mouches ou de leurres et ont toutes les chances d’avoir été piqués plusieurs fois. Ils sont devenus nettement plus méfiants. Voir passer une bouchée beaucoup plus grosse que d’habitude, à la nage lente et insolite, va les conduire à attaquer alors qu’ils sont restés indifférents à des streamers classiques ou à un petite imitation de chironome bien présentée dont ils ont déjoué le piège car utilisée hors période alimentaire. Ces mouches de grande taille et gros volume poussent beaucoup d’eau et donnent un signal différent aux salmonidés. Si elles permettent de sortir des poissons inactifs de leur torpeur, elles seront encore plus efficaces sur des poissons en pleine activité alimentaire. Seul le niveau de pêche évoluera alors en remontant le plus souvent vers la surface.
Le montage des pouic
Les mouches utilisées pour cette technique doivent être volumineuses. Elles ne doivent pas être lestées pour pêcher lentement sans s’accrocher au fond. Les matériaux retenus sont le lapin et le marabout, choisis pour leur mobilité. Pour obtenir une mouche de grande taille, on prend comme base un hameçon à tige longue n° 4, 6 ou 8. Cela est surtout vrai pour le modèle en marabout car la longueur des fibres de ces plumes n’est pas extensible et ces mouches doivent mesurer de 7 à 10 cm.
L’usage d’un hameçon long permet d’obtenir une mouche à la nage particulière, qui pourra décrocher de droite à gauche dans un plan horizontal, un peu à la façon d’un jerk bait. Les pêcheurs de carnassiers au lancer connaissent bien l’attrait de ce type de leurre. Ces grands hameçons ont l’inconvénient d’occasionner un plus grand nombre de décrochés, en permettant aux poissons de prendre un appui sur le fer de leur tige pour s’en débarrasser, mais le gain apporté par cette technique en vaut souvent la peine. Les mouches présentées ne comportent pas de matériaux brillants afin de privilégier une certaine discrétion vis-à-vis de poissons plutôt éduqués. Rien ne vous empêche d’essayer des modèles agrémentés de brill qui pourront se révéler meurtriers dans certaines conditions. Les couleurs de ces mouches peuvent être très variées. Les modèles de base sont le blanc et le noir. L’olive, le pêche, le vert pastel, l’orange… fonctionnent aussi très bien, il faut simplement les essayer pour trouver les couleurs du jour. Ces coloris peuvent être combinés entre eux en montant la queue d’une couleur et le thorax d’une autre, ou en montant un thorax bicolore. De nombreuses possibilités vous sont donc offertes, laissez libre court à votre imagination pour créer des modèles inédits et efficaces.L’animation
L’animation est effectuée lentement en tricotant doucement la soie. Elle peut être ponctuée de tirées et de longues poses. Il est toutefois possible d’essayer, notamment aux moments les plus chauds de la journée (pendant la période d’activité des poissons), des variantes plus rapides en rolly pully par exemple, mais ce type de mouche trouve vraiment toute sa valeur avec une animation lente.
La détection des touches et le ferrageLes touches peuvent se manifester par des tirées franches ou de petits mouvements de la soie qui doivent être sanctionnés par un ferrage de la main qui tricote sans bouger la canne. Un ferrage avec la canne à la première tirée aurait pour effet de soustraire la mouche du champ visuel du poisson. En cas d’échec du ferrage avec la main gauche, il faut surtout continuer l’animation car le poisson n’a certainement pas goûté au fer de l’hameçon et il va continuer à essayer d’attraper (ou peut être de jouer avec) la mouche qui lui a échappé et l’énerve de plus en plus. Vous serez surpris de constater, si vous pêchez en eau claire, que le poisson peu prendre plusieurs fois votre leurre en gueule sans que vous ne sentiez rien. Vous verrez votre mouche disparaître entièrement ou partiellement, à plusieurs reprises, avant de pouvoir ferrer le poisson. Parfois, il mordra suite à un arrêt, parfois cet arrêt occasionnera son désintérêt. A vous de trouver l’animation du moment. Avec cette technique, le poisson revient à la charge à plusieurs reprises. Est-ce dû à la texture de la mouche qui lui laisse une bonne impression, au fait qu’il ne morde que la queue du leurre et ne sente pas le fer, ou bien au fait qu’il ne veuille pas perdre une si grosse bouchée ? N’oubliez surtout pas de proscrire tout ferrage avec la canne tant que le poisson n’a pas été accroché avec la main tenant la soie. C’est plus simple à dire qu’à faire car les réflexes sont tenaces. Si malgré cela vous n’avez que des touches sans suite, essayez de réduire la taille desqueues des mouches en utilisant des modèles plus courts. Ils nageront moins bien mais permettront un meilleur engamage de l’hameçon.
Les soies et le bas de ligneSelon le type de plan d’eau ou de poste de pêche et la hauteur de tenue des poissons, privilégiez une soie plus ou moins plongeante, afin d’animer le leurre le plus lentement possible à la bonne profondeur. Une soie flottante ou intermédiaire lente permettra de rester au niveau des poissons si ceux-ci évoluent à proximité de la surface. Elle permettra aussi une animation lente sans accrocher la mouche au fond dans 1 mètre d’eau. Dans plus de 5 mètres d’eau avec des poissons à moins 2 mètres, une soie S 3 (coulante de 3) sera un excellent compromis. Si les poissons sont collés au fond, une soie S 7 permettra de faire passer le leurre juste au-dessus de leur tête. Une autre technique peut consister, dans les plans d’eau au fond propre, à faire traîner la mouche au fond de l’eau à l’aide de cette même soie très plongeante afin de lever un petit nuage de sédiments ou de vase. C’était, semble-t-il, un de ses usages initiaux. On utilisera une soie de numéro 7 ou de 8 et la canne correspondante pour facilement propulser un leurre aussi volumineux et parfois lourd (cuir de la peau de lapin gorgé d’eau) et on se cantonnera à un seul exemplaire fixé au bout d’un simple morceau de nylon ou de fluorocarbone de 1,5 à 4 mètres de long selon la clarté de l’eau et ses capacités de lanceur. Le noeud de fixation a toute son importance avec cette mouche. Il doit être lâche pour lui permettre une nage plus libre et donc plus ample. Les noeuds à utiliser sont détaillés dans les pages suivantes.
Et pourquoi pas d’autres poissons ?
Cette mouche a tout pour plaire aux autres poissons un tant soit peu carnassiers. Elle pourra le cas échéant vous servir pour séduire sandres, perches, black-bass ou autres brochets ; en atteste cette grosse perche qui essayait, à nos pieds, de piquer son pouic à une des nombreuses truites leurrées avec cette mouche lors d’une sortie au lac de la Moselotte. Alors, à vos étaux et n’hésitez pas à braver le froid, le jeu en vaut souvent la chandelle !

10 conseils pour réussir ses nymphes
La réalisation de nymphes et de larves artificielles ne présente pas à première vue de difficultés notoires comparée à celle des mouches sèches et des émergentes. Cette apparence trompeuse se vérifie chez de nombreux monteurs qui butent sur des étapes pas aussi simples qu’il n’y paraît. Voici comment réussir de belles nymphes grâce à quelques principes de base très utiles devant l’étau.
Par Philippe Boisson
De plus en plus présentes dans les boîtes à mouches des pêcheurs, les imitations de nymphes, il y a peu encore sujettes à polémiques, ont fini par trouver leur place dans l’attirail du moucheur au milieu des mouches sèches et des émergentes. S’il existe de très bons modèles dans le commerce, peu d’entre-eux sont proposées dans différents lestages, indispensables pour pêcher juste. C’est pourquoi le montage des nymphes artificielles est un passage obligatoire pour le monteur de mouches débutant ou confirmé. On pourrait penser que leur réalisation ne pose pas de problèmes particuliers, tant on est plus proche de la simple silhouette que de l’imitation hyperréaliste. La réalité est toute autre. La plupart des monteurs de mouches débutants ne parviennent pas à respecter les proportions des différents éléments qui constituent une larve d’éphémère. Pourquoi ? Parce que l’exercice est très différent de celui qui concerne la réalisation d’une mouche sèche. L’hameçon est souvent lesté par du fil de cuivre ou de plomb, la quantité de matériau à travailler est importante, tant et si bien que la gracile nymphe se transforme en masse informe. Nous vous proposons dix conseils pour réaliser facilement de belles nymphes, qui plairont autant au pêcheur qu’aux poissons. A vos étaux et bon courage !
1 – La longueur des cerques
Les cerques des larves naturelles d’éphémères sont dans la majeure partie des cas très courts. Ils n’excèdent pas en général la longueur de l’abdomen de l’insecte, voire souvent un peu moins. La larve d’Ephemera danica, la mouche de mai en est un bon exemple. Il s’agit donc de respecter cette règle devant l’étau pour diverses raisons, la première concerne le souci de copier la réalité et la seconde tient à l’immersion des nymphes et larves artificielles qui doivent pouvoir couler sans que des cerques trop longs freinent la descente dans l’eau. Mettre des cerques trop longs sur ses imitations est un défaut classique que l’on observe chez la plupart des monteurs.
2 – Ne pas aller trop loin…
Ah, quelles sont belles les imitations où le corps épouse la courbure de l’hameçon, donnant ainsi un semblant de vie aux artificielles ! Mais attention, un corps qui descend trop bas sur l’hameçon engendre des décrochages fréquents de poissons, surtout avec les hameçons sans ardillons. Pour un hameçon à hampe droite, il faut impérativement arrêter le corps lors du montage juste avant la courbure.
3 – Choisir un hameçon adaptéTous les modèles d’hameçons ne conviennent pas pour monter des nymphes. Certains modèles sont excellents pour réaliser des mouches sèches ou des émergentes, mais s’avèrent inadaptés pour les larves et les nymphes. Ces dernières sont souvent plus épaisses que les mouches sèches surtout au niveau du corps et de l’abdomen. Il convient donc de choisir des hameçons dont la courbure n’est pas trop fermée et dont la pointe ne se retrouve pas sous le thorax une fois la nymphe réalisée. D’une manière générale, les hameçons dits “standard” conviennent bien. Citons les références Tiemco 100, 9300 ou 3769 ainsi que les modèles Devaux B 405 ou B 401. Pour les modèles à hampe courbée (caddis hooks), tout va bien jusqu’à la taille 15, mais en 18 ou en 20, il faut des doigts de fée pour ne pas surcharger la mouche.
4 – Attention à ne pas prendre la grosse têteLorsqu’on débute dans le montage des mouches, il paraît inimaginable de faire tenir des matériaux sur un hameçon par seulement trois ou quatre tours de fils de montage. Avec les nymphes, les choses se compliquent au moment de réaliser la tête de l’imitation. Par mauvaise gestion des étapes précédentes, on se retrouve avec un excès de matériaux qui trouve sa place sous x tours de fils de montage et du noeud final. C’est donc dès la première étape, généralement la fixation des cerques qu’il faut être attentif pour ne pas “déraper”.
5 – Le mariage des couleursQu’il s’agisse d’imitations destinées aux truites ou aux ombres, le choix des couleurs des matériaux ne se fait selon ses propres envies, mais selon celles des poissons. Si la meilleure école reste l’expérience, les années de pratiques qui vont opérer une sélection naturelle dans vos boîtes pour ne garder que l’essentiel, on peut rappeler quelques principes de base bien utiles. Tout d’abord, le thorax doit être légèrement plus foncé que l’abdomen, ensuite il est souvent intéressant d’appliquer ce principe en restant dans la même tonalité : par exemple jaune olive clair pour l’abdomen et jaune olive foncé pour le thorax. De même, évitez les couleurs primaires au profit de teintes particulières comme le jaune moutarde, l’ocre, le vert olive. Les teintes “rouille” sont également excellentes.
6 – Le mariage des matériauxComme pour les couleurs, les matériaux ne font pas tous bon ménage, ou en tous cas pas n’importe comment. Un corps en fibres de queue de faisan peut facilement être suivi par un thorax en dubbing de lièvre, alors que l’inverse est beaucoup plus difficile à faire. Inspirez-vous des modèles célèbres et très répandus. L’ordre de montage de ces modèles n’est pas dû au hasard, mais répondent à des règles bien établies en matière de montage de mouche. Il est souvent nécessaire de consacrer un peu temps à la recherche de certains matériaux spécifiques (fil de montage, soie flosse, plumes et dubing de qualité) car cette activité est semblable à la cuisine. À chacun son tour de main est ses astuces.
7 – Comment placer une bille percéeLes billes percées sont à la mode car elles cumulent plusieurs avantages : lestage, couleur, forme, etc. En revanche, elles sont difficiles à placer solidement et correctement en raison du perçage conique de la plupart des modèles. Avec le fil de montage, on peut réaliser un aller-retour sur la hampe pas trop serré, faire glisser le tout contre la bille et ajouter une goutte de cyanoacryate. par capillarité, la colle suivra le fil de montage jusque sous la bille. On peut aussi, avec les modèles très lestés faire la même opération avec du fil de plomb, mais la capillarité ne fonctionnant plus, il s’agit d’ajouter la colle sur tout le longueur de plomb puis de le pousser contre la bille.
8 – Le bon cerclage
Il est parfois des choses simples et évidentes qui ne viennent pas naturellement à l’esprit. Cerclé un corps de nymphe réalisée en fibre de queue de faisan avec un tinsel ou un fin fil de laiton peut sembler enfantin, mais ce n’est pas tout à fait le cas. En effet, enroulé dans le même sens que les fibres de faisan, le cerclage disparaît partiellement entre les fibres, obligeant le monteur à l’enrouler en spires plus larges, ce qui d’une part, n’est pas très beau et d’autre part pas offre un rendu bien différent de l’effet souhaité. La solution m’a été donnée par Michel Flénet. Le célèbre monteur m’a simplement indiqué qu’en enroulant le tinsel à l’envers, c’est-à-dire dans le sens inverse de l’enroulement des fibres, il n’y avait plus aucun problème !
9 – Le bon lestageLe lestage des nymphes reste un problème pour de nombreux monteurs. Plus on leste par du fil de cuivre, de laiton ou de plomb, plus l’imitation peine à garder une silhouette fine. Dans le cas d’un fort lestage, par exemple, par une hampe et demie de fil de plomb, on aura intérêt à simplifier la formule de montage d’un modèle donné, afin d’obtenir une silhouette correcte. Le regretté Norbert Morillas, dont l’efficacité à la pêche à la nymphe était bien connue, avait finalement supprimé le thorax et le sac alaire de ses pheasant-tail, s’inspirant des modèles Étiage Devaux d’André Terrier. Il ne restait que les cerques, l’abdomen et la tête, et les résultats obtenus en terme de prises étaient identiques à ceux obtenus avec des modèles plus élaborés et imitatifs.
10 – Observez les insectes naturels !
C’est un euphémisme que d’écrire que rien ne remplacera l’observation de la nature, en l’occurrence en ce qui nous concerne ici, des larves et des nymphes naturelles, pour réaliser de belles imitations faites de plumes, de poils et de matériaux synthétiques. Certes, mais à voir certaines boîtes, ça n’a pas l’air si évident… Alors prenez le temps de bien regarder ces charmantes bestioles : formes, couleurs, contrastes, tailles, proportions, c’est dans tous les cas passionnant ! Les tentatives de copies conformes très poussées dans les détails n’ont en revanche rien apporté en terme d’efficacité. Souvent c’est même l’effet inverse… Il faut donc se limiter aux couleurs, proportions et formes.

Le dragage est un “bruit” …
La phrase vous a peut-être échappé. Précédemment, Jean-Christian Michel expliquait dans un article intitulé “Ne draguez plus !” tous les méfaits du dragage de la mouche sur et sous l’eau et surtout du bas de ligne. En écrivant que le dragage est un “bruit”, il trouvait là un moyen adapté à notre compréhension d’être humain de nous faire comprendre à quel point les vibrations sont perçues par les poissons sauvages. Nous lui avons donc demandé de poursuivre sa vision du dragage par cette seconde partie.
Les poissons sont des êtres bizarres. Ils ont des yeux pour voir, des narines pour sentir et des ouïes, non pas pour ouïr, mais pour respirer… De plus, un poisson, selon nos perceptions humaines, c’est muet comme une carpe, on le sait depuis toujours.
Mais même s’ils ne possèdent pas d’oreilles, en sont-ils sourds pour autant ? Certainement pas ! Que les poissons soient sensibles aux vibrations n’est pas une nouveauté. En disant que les vibrations qui atteignent les poissons sont perçues comme un bruit, je ne veux pas dire que ces animaux ont des oreilles (en nos temps de « dangereux » anthropomorphisme, je tenais à le préciser !), mais qu’il existe une dimension d’apprentissage dans la perception de certaines vibrations et dans le sens que les poissons leur donnent : à savoir soit de la confiance, soit de la méfiance. Pour toutes les espèces, les vibrations qui parcourent l’environnement dans lequel elles vivent remontent jusqu’à leur cerveau par l’intermédiaire de la ligne latérale qui court de la nageoire caudale jusqu’au crâne et qui, par analogie, peut être qualifiée d’ « oreille ». Certaines espèces possèdent en plus des pores ou des glandes spécifiques qui sont autant de terminaisons nerveuses supplémentaires pour les informer sur les vibrations produites par leurs proies potentielles.

L’Aspe ou les frasques d’un cyprin pas comme les autres…
Dix ans après son développement spectaculaire dans le Rhin, puis dans la Moselle, l’aspe continue discrètement son évolution sur le territoire français. Le temps est donc venu de faire le point sur sa situation géographique, sa pêche et ses moeurs. Le plus chasseur de tous les cyprins n’a pas fini de faire rêver les pêcheurs aux leurres, tant son activité en surface est spectaculaire.
Par Jean-Marc Theusseret
Signalé pour la première fois en 1972 dans le département du Bas-Rhin, l’aspe (Aspius aspius, Linné 1758) se conduisit en arlésienne jusqu’au début des années 2000, comme avant lui le sandre et le silure.Voyageurs clandestins, ces trois espèces ont migré discrètement, via les canaux, depuis le bassin du Danube pour rejoindre le Rhin franco-alémanique. A la fin des années 1990, le Conseil supérieur de la pêche (CSP) le recense sur six des sept stations (essentiellement des passes à poissons) des rivières Lauter, Sauer, Hot, Modern Rossmoerder, l’Ill et bien sûr celle du Rhin canalisé (grand canal d’Alsace). Bien qu’il soit difficile d’expliquer pourquoi une espèce nouvelle dans un milieu peut rester en “sommeil” durant plusieurs décennies avant de se développer de façon spectaculaire, il semblerait que les années de fortes chaleurs soient favorables au développement de l’aspe. Selon les pêcheurs alsaciens, l’été caniculaire de 2003 fut le déclencheur de son développement massif dans l’Ill à Strasbourg. Comme tous les cyprinidés, l’aspe se nourrit et se déplace lorsque les eaux se réchauffent. Les trois derniers étés que nous venons de vivre, particulièrement secs et chauds dans l’Est de la France, pourraient donc parfaitement donner lieu à une nouvelle phase d’expansion.
Développement de l’espèce
Depuis qu’il a colonisé le Rhin sur la quasi-totalité de son cours canalisé, mais également son lit originel (vieux Rhin), l’aspe peut compter sur les canaux pour conquérir de nouveaux territoires : celui de la Marne au Rhin où il est de plus en plus signalé par les pêcheurs au coup qui prennent des individus juvéniles et celui du Rhône au Rhin, où il semble en revanche bloqué depuis presque dix ans dans la banlieue est de Mulhouse.

Truites lacustres en rivière : mode d’emploi…
Certains grands cours d’eau de l’Hexagone sont connus pour leurs remontées de truites lacustres. Celles-ci s’engagent dans la rivière à l’occasion des coups d’eau et sont reconnaissables entre mille. Les pêcheurs locaux les appellent des « blanches », en raison de leur robe. La pêche de ces grosses truites comporte pas mal d’incertitudes, mais une fois que l’on a accroché un de ces poissons surpuissants on ne peut plus s’en passer ! Voici quelques éléments de réflexion pour vous aider à croiser la trajectoire de ces fuseaux d’argent…
Par Jean-Christian Michel
Les « blanches »…Que la truite fario soit un poisson migrateur, c’est un fait au moment de la reproduction, mais c’est également vrai lorsqu’il s’agit de gagner des zones de croissance. Certains spécimens vont se sédentariser et s’alimenter uniquement dans la rivière alors que d’autres vont dévaler jusqu’au lac. Dans les barrages que la fée électricité a vilainement semés un peu partout, ces truites vont trouver un milieu de vie favorable et connaître une croissance rapide, car elles se nourrissent presque exclusivement d’ablettes. Ce comportement piscivore a pour effet de doper leur croissance et de transformer ces farios de rivière en boules de muscles argentées. Elles deviennent alors des truites « lacustres ». Ces poissons ont une robe très claire en raison de leur vie dans le lac. Voilà pourquoi les pêcheurs du cru les affublent du joli qualificatif de « blanches ». Cette coloration n’est pas due à leur origine génétique, car les truites lacustres sont aussi bien de souche méditerranéenne qu’atlantique. En revanche, leurs moeurs presque pélagiques dans les grands lacs confèrent à leurs écailles un éclat surprenant… un peu comme si la profondeur de l’eau se mélangeait à celle du ciel pour produire la curieuse intensité métallique de leurs reflets. Des farios stealhead en quelque sorte ! Même quand elles sont dans la rivière depuis plusieurs semaines, ces truites conservent la marque du lac étalée sur leur robe. Elles peuvent devenir cuivrées avec le temps, mais elles ne perdent pas cet aspect métallique.
Une truite fantasque ?Outre leur taille, la fascination que ces truites exercent sur les passionnés tient au côté difficilement prévisible de leur pêche. Car, pour pêcher les truites lacustres en rivière, encore faut-il qu’elles y soient remontées… C’est un axiome tout bête, mais qui pose pas mal de problèmes dans la pratique. La seule certitude que l’on puisse avoir est que ces truites s’engagent dans la rivière à l’occasion des coups d’eau. Les débits supérieurs à la normale produisent un appel d’eau dans le lac qui réveille le naturel migrateur des farios. Mais n’imaginez pas que ce soit un phénomène mécanique ! Cela peut se produire lors des pluies printanières ou au moment des orages, en été. C’est également le cas au début de l’automne, mais en France la pêche est fermée ! (Allez pêcher à l’étranger !) Il faut suivre l’état de la rivière de façon assez régulière, car les « blanches » apparaissent du jour au lendemain. Leur réputation de truites « faciles » tient beaucoup à cela. Car, quand des poissons « neufs » tout juste remontés du lac prennent possession des postes, ils sont bien évidemment beaucoup plus vulnérables que les poissons sédentaires. Mais cette naïveté d’un moment ne doit pas faire oublier qu’il s’agit de vraies truites sauvages et non pas de poissons de cirque. Leur faculté à s’éduquer est exemplaire, et ce phénomène est d’autant plus rapide que les eaux sont basses. Sur les spots les plus accessibles, ces truites sont matraquées quotidiennement et elles deviennent vite imprenables par les techniques les plus utilisées. La seule solution pour s’en tirer un peu moins mal que les confrères est de ne pas s’enfermer dans une seule pratique. Certaines rivières sont sur-pêchées à la Vibrax n° 4, ailleurs c’est le poisson mort manié qui est considéré comme l’arme fatale. D’autres ne jurent que par les poissons nageurs. Ces techniques « reines » ne valent que le temps de l’accoutumance. En tout cas, il faut pêcher différemment des confrères pour parvenir à intéresser ces truites très sollicitées.
Restez raisonnables…
Dans le choix de l’équipement, il faut prendre en compte la taille moyenne des captures espérées (généralement entre 40 et 60 cm), sans employer pour autant un matériel de saumonier. Les lacustres migratrices peuvent atteindre des mensurations hors du commun, mais on n’accroche pas une truite de 70 cm à chaque tour de manivelle. Aussi la puissance du matériel est plutôt à déterminer en fonction de la puissance de la rivière (et des obstacles) que de la taille fantasmée des captures potentielles. Une canne à poisson mort manié de 2,80 ou 3 mètres et d’une puissance de 15 à 30 grammes convient bien. Il s’agit plutôt d’un modèle pour les pêches légères du sandre que pour le brochet ou le saumon. Coté ligne, dans les cours d’eau puissants mais sans trop d’encombres, on peut utiliser un bon 22 centième nylon. En revanche, dans les rivières torrentielles, les frottements contre les blocs sont fréquents et une truite de quelques livres a vite fait de s’appuyer sur le courant pour dévaler. L’emploi d’une bonne grosse tresse en 12 centièmes peut alors être très utile. Surtout si vous employez des leurres qui aiment bien se coincer entre les blocs, comme ces merveilleux poissons nageurs « new age » dont le prix du gramme de plastique suscite bien des pensées quand le fil vole mollement au vent après une casse…
Quelques touches de finesse dans une pêche de brutes…Dans les grandes rivières, je suis un inconditionnel de la pêche vers l’aval, pourvu qu’il y ait suffisamment de courant. Que l’on procède aux leurres ou au poisson mort manié, cette approche a le mérite de ne jamais couvrir le poisson avec le fil, à condition que l’on prospecte de façon raisonnée en allongeant progressivement les dérives. Une truite qui est surprise par la vue du leurre, plutôt que prévenue de son arrivée par le sillage du fil, a beaucoup plus de chances de ne pas inhiber ses réflexes d’attaque. De plus, en procédant ainsi on peut se permettre d’utiliser un diamètre de corps de ligne confortable, car la truite ne voit le fil qu’une fois qu’elle est pendue à l’hameçon ! Pour accentuer cet effet de surprise, il est bon de présenter le poisson mort ou le leurre selon un angle le plus fermé possible. L’idéal serait de pêcher plein aval. Dans les grandes rivières homogènes, c’est rarement possible et on ne peut pas procéder autrement qu’en peignant le cours d’eau par de larges dérives en arc de cercle. En revanche dans les rivières plus étroites et dès que les postes sont suffisamment dessinés, il ne faut pas s’en priver. Il est alors payant de faire le pari que l’on sait précisément où se tient postée la truite et de présenter le leurre légèrement en amont de son poste. Le but de cette manoeuvre est d’inciter la fario à avancer pour prendre plutôt que de la contraindre à se retourner pour poursuivre l’appât. Lorsque nous pêchons en lancer-ramener de façon presque aveugle et linéaire et qu’une truite vient se prendre toute seule, on ne sait ja-mais combien on en a callé d’autres avant elle.
Tout ceci peut paraître bien théorique. Mais, souvent, la finesse réside plus dans la façon de procéder que dans le diamètre du fil. Avant de chercher à déclencher une attaque (par un leurre « irrésistible »), il vaut mieux faire en sorte de ne pas effrayer le poisson ! La prospection vers l’aval présente également la possibilité de maintenir le leurre ou le poisson mort de façon rectiligne, nez vers l’amont, comme c’est le cas des proies vivantes. Comme toutes les truites sauvages, les « blanches » s’éduquent rapidement et, quand elles ont été vaccinées pour avoir poursuivi un leurre qui coupe perpendiculairement les veines d’eau, elles ne commettent pas deux fois la même imprudence.
Poisson mort, poisson nageur, ondulante & CoCes repères étant posés, on peut se pencher de façon plus sereine sur le choix du mode de pêche. La taille des leurres (ou poissons morts) doit être comprise entre 7 et 10 cm. Les truites de lac sont habituées à ingurgiter des ablettes de taille bien plus importante, mais les leurres ou appâts trop volumineux sont source de décrochages.
La proie proposée doit être suffisamment intéressante pour que la truite décide de se déplacer, mais il faut également que celle-ci soit gobée franchement afin que les hameçons accrochent. En tout cas, prenez soin d’équiper vos leurres de triples solides, mais ultra-piquants (les ST 21 et ST 36 de chez Owner sont excellents pour cette pêche). Les traqueurs de « blanches » opèrent souvent au poisson mort manié, au poisson nageur ou à la cuillère ondulante. Les grosses cuillères tournantes (numéro 3, 4 ou 5) ont leurs adeptes, mais elles provoquent un vrillage désagréable en pêche aval dans les forts débits. Les facteurs qui vont guider le choix du leurre ne sont pas liés (à mon sens) à une « attractivité » intrinsèque du leurre mais à ses qualités pêchantes, à sa façon de « passer » dans les veines d’eau. Tout ceci est directement commandé par les faciès d’écoulement du cours d’eau. En rivière large et homogène, on peut utiliser une ablette montée sur une bonne vieille godille et effectuer des dérives en arc de cercle. Les poissons nageurs bruiteurs et peu plongeants de type Squad Minnow, avec leur nage très chaloupée, font bouger les truites de loin. C’est un détail qui n’est pas négligeable lorsqu’il s’agit de peigner des pools où les postes sont indistincts et où il est nécessaire d’attirer l’attention des salmonidés d’assez loin. Dans ce cas de figure, les bonnes vieilles ondulantes assez lourdes de type Toby (Abu) en 12 ou 20 grammes sont également tout indiquées. Ce type de leurre est rarement employé chez nous. Pourtant, même si nos cours d’eau sont plus modestes que les énormes rivières scandinaves pour lesquelles elles ont été conçues, ces ondulantes sont particulièrement efficaces sur les truites lacustres.
Dans les cours d’eau au régime plus torrentiel, les lacustres se cantonnent surtout dans les fosses et derrière les gros blocs. On peut les débusquer avec des poissons nageurs lipless très denses, ou même avec certains cranckbaits, sans exagérer leur taille. Les modèles les plus élancés comme les Smith DD Panish en 7 cm sont tout indiqués car leur silhouette n’offre que peu de résistance à la force du courant. Sur ces mêmes cours d’eau chaotiques, certains habitués ne jurent que par le poisson mort manié. Ils utilisent des montures très plombées et recherchent les truites d’autant plus près du bord (parfois juste sous la canne…) que la rivière est encaissée. Ces pêcheurs sont avares de lancers, mais ils savent précisément contre quels blocs il faut pêcher et ne perdent pas de temps à peigner l’eau. A les écouter, ils ne prennent jamais rien. Même quand une caudale large comme la main dépasse de leur sac à dos ! Comme tous les pêcheurs de grosses truites, les traqueurs de « blanches » ont médité la sagesse chinoise : ils savent que plus on est de fous, moins il y a de riz… Alors ils préfèrent rester discrets. Ne leur en voulez pas trop, car ces grandes truites sont un peu leurs saumons intérieurs…
De l’usage des soies intermédiaires
La pêche à la mouche en eau dormante peut se pratiquer avec succès avec des soies flottantes, mais il serait dommage de n’utiliser que ces seules soies qui ne permettent pas toujours de pêcher efficacement. Les soies plongeantes permettent d’allonger les lancers les jours de vent, d’explorer différentes couches d’eau et surtout d’animer différemment les leurres. Parmi les soies plongeantes, on trouve les soies intermédiaires. Nous allons ici en détailler les principales caractéristiques et l’usage.
Par Philippe Collet
Les soies intermédiaires peuvent être transparentes (clear en anglais) ou de couleur. Il existe deux grands types de soies intermédiaires : les lentes et les rapides. Leur vitesse de plongée s’échelonne entre 1 cm/s pour les plus lentes et 5 cm/s pour les plus rapides. Les soies intermédiaires rapides sont le plus souvent transparentes alors que les plus lentes sont souvent opaques et de couleur, mais quelques exceptions confirment la règle. Les soies dites transparentes sont plutôt translucides et restent certainement visibles aux yeux des poissons même si elles sont généralement plus discrètes que des soies opaques. A qualités égales, je préfère une soie intermédiaire transparente, mais je n’attache pas trop d’importance à ce critère d’autant que certaines soies transparentes peuvent briller sous le soleil et devenir alors plus visibles. Dans mon choix d’une soie intermédiaire, je suis par exemple plus sensible à ses qualités de lanceuse ou à son absence de mémoire.
L’âme des soiesLes problèmes de soies tire-bouchonnées rencontrés il y a quelques années avec les soies intermédiaires transparentes semblent pour une bonne partie résolus. Les soies sont construites en enrobant de matière une âme qui, dans le cas des soies intermédiaires transparentes, est systématiquement constituée d’un seul brin de monofilament. Cette âme mal adaptée était à l’époque certainement responsable de la mémoire des soies transparentes. Pour les soies de couleur, le plus souvent des intermédiaires lentes, l’âme est essentiellement constituée de plusieurs brins tissés ce qui lui donne plus de souplesse et occasionne moins de mémoire.
Les soies à âme tissée sont élastiques et amortissent mieux les coups de tête violents ou les touches brutales. Celles à âme monobrin sont généralement plus raides, ce qui permet une meilleure détection des touches et un meilleur ferrage avec un risque par contre accru de casse sur fil fin. La mémoire d’une soie est un défaut majeur lorsqu’on pratique une pêche lente car la soie se met en accordéon et l’on perd le contact avec ses mouches, ce qui empêche de détecter les touches discrètes. Cela n’est pas aussi gênant sur une animation rapide car la soie est toujours tendue et les touches souvent plus violentes.
Les profilsLes soies intermédiaires ont toutes des profils Weight Forward (WF littéralement poids à l’avant) classiques (ex : Cortland, Rio) ou triangulaires : Triangle taper (Lee Wulf ), Delta Taper (Airflo), R2T (Mouches de Charette). Le profil triangulaire est un profil WF qui s’affine vers l’avant, ce qui permet un meilleur transfert d’énergie et un poser plus délicat. Certaines soies intermédiaires sont des genres de shooting heads soudées à un running line fin, flottant ou intermédiaire, ce qui augmente nettement leurs capacités de lanceuses (ex : Airflo Forty Plus, Vision Extreme Distance). Le plus souvent la tête de ces dernières mesure moins de 10 mètres ce qui n’est pas toujours compatible avec un poser de qualité pour les pêches nécessitant de la discrétion. Ces soies permettent par contre des lancers longs avec peu de faux lancers. Dans cette catégorie, une soie émerge du lot avec un fuseau plus long et un running line de la même qualité que la soie, il s’agit de la soie réservoir de chez Partridge. Elle permet un très bon compromis dis-tance de lancer/présentation et n’a que très peu de mémoire (ce qui est dû probablement à son âme tissée). L’ayant encore peu utilisée, je n’ai pas testé sa longévité.
Les taille des soiesLes tailles de soies les plus courantes s’échelonnent de 5 à 8. On peut parfois descendre à une soie de 5 pour des pêches discrètes (en lac de montagne par exemple), mais on démarre le plus souvent à 6 pour les pêches fines en plan d’eau (train de noyées ou de chironomes, pêches légères au streamer). Pour les pêches plus classiques : train de streamers lestés ou non, pouic, Booby décollé du fond… ou pour des pêches en train de noyées les jours de vent, on optera pour une soie de 7 ou 8. Le tout étant de trouver un bon compromis canne/soie/bas de ligne pour une pêche confortable et efficace. Les soies de 9 et 10 sont réservées à la pêche du brochet ou des poissons marins de nos côtes (le bar notamment), la densité des soies intermédiaires permettant de propulser des mouches volumineuses, de faire face au vent et de prospecter discrètement des couches d’eau moyennes sans s’accrocher au fond.
Les avantages d’une soie intermédiaire
Les soies intermédiaires permettent, par leur densité, supérieure à celle d’une soie flottante, de mieux percer le vent et ainsi de lancer plus loin. En descendant sous la surface et en entraînant le bas de ligne avec elles, elles ne créent pas le prisme formé par les soies ou les bas de ligne flottant en surface exposés au soleil.
Une animation horizontaleQuelles que soient les soies intermédiaires, elles coulent jusqu’au fond si on les laisse inertes. Pour trouver la bonne profondeur de pêche avec de telles soies, il convient tout d’abord d’animer dès le contact avec l’eau. Si le résultat est nul, on compte quelques secondes après le poser suivant avant de déclencher son animation, puis on allonge le décompte au fur et à mesure des lancers, tant que l’on n’a pas enregistré une première touche.
Si les poissons sont vraiment bas sous la surface et que leur pêche nécessite une attente importante, il est préférable de changer de soie, en optant pour une plus dense. Lorsqu’on ramène la soie, elle continue à couler mais finit par se stabiliser à une certaine profondeur qui dépend de sa densité et de la vitesse d’animation. Aussi, pour bien utiliser une soie intermédiaire, il convient de la lancer suffisamment loin pour la stabiliser assez longtemps dans la bonne couche d’eau. On anime alors ses leurres dans un plan horizontal, ce qui est impossible à réaliser avec une soie flottante (sauf en surface).
Intérêt des intermédiaires lentesLes soies intermédiaires lentes permettent, les jours de vent, de soustraire la ligne à une dérive de surface incontrôlable. Elles peuvent être utilisées pour des pêchesrapides dans les vagues par exemple mais aussi pour des pêches beaucoup plus lentes, par temps calme, lorsque les mouches doivent évoluer doucement juste sous la surface. Avec ces soies, on peut animer à faible profondeur un train de mouches noyées ou de chironomes, pêcher avec un ou deux streamers peu lestés. Leur profondeur de pêche s’échelonne entre 10 cm et 1 m.
Intérêt des intermédiaires rapidesLes soies intermédiaires rapides permettent de pêcher plus profond, jusqu’à environ 2 mètres et d’atteindre vite la bonne profondeur pour s’y tenir plus longtemps. Les compétiteurs en réservoir utilisent un panel important de soies intermédiaires pour régler au mieux leur profondeur de pêche. Lorsque les poissons se tiennent dans une couche d’eau précise (zone de confort ou de nourrissage), ce qui est fréquent sur les plans d’eau suffisamment profonds, une soie intermédiaire rapide permet de les pêcher efficacement en comptant le temps d’immersion nécessaire. Si l’on souhaite pêcher plus profond sans perdre trop de temps à attendre la descente au bon niveau, on optera pour une soie plongeante plus rapide de type S2 (sinking ou coulante 2) à S8.
Les bas de ligne
Pour pêcher avec ces soies, les bas de ligne sont le plus souvent très simples. En soie intermédiaire rapide un brin de nylon est noué directement dans la boucle de connexion. Si l’on souhaite présenter plusieurs mouches, on peut démarrer avec un diamètre supérieur d’un maximum de 5/100 au brin suivant mais ce n’est pas une obligation, il est possible de garder le même diamètre. On privilégie le fluorocarbone qui, grâce à sa densité, suit mieux l’immersion de la soie que le nylon. Sa raideur permet de bien présenter les mouches avec moins de risques d’emmêler des potences. Le bas de ligne est relativement court (sauf eaux très claires) pour suivre vite la soie et ne pas rester en surface. On n’hésite pas à pêcher avec un fil suffisamment solide car une soie immergée et dense a beaucoup plus d’inertie qu’une soie flottante. Exemple de bas de ligne à 1 streamer : 1 m 50 à 2 m de fluorocarbone en 25 à 18/100. Exemple de bas de ligne à 2 streamers : 1 m de fluorocarbone et potence de 20 cm en 25/100, 1 m 50 en 20/100 avant le mouche de pointe. Pour les pêches plus fines avec des soies intermédiaires lentes on peut intercaler un porte-pointe dégressif de 1 à 2 mètres en nylon non graissé (amortisseur) entre la soie et la pointe et descendre en diamètre de fil pour la pointe jusqu’au 18 ou 16/100.
L’utilisation des soies intermédiaires
L’usage des soies intermédiaires est a priori venu de la compétition en réservoir outre-Manche. Celles-ci occupent en effet une large place dans l’équipement des compétiteurs qui privilégient tel ou tel type de soie dans telle ou telle taille selon la pêche pratiquée et les conditions. Quelques exemples d’utilisation personnelle : soie intermédiaire rapide Airflo Delta ou Rio Aqualux pour propulser et animer un train de deux streamers en conditions normales, soie Airflo Forty Plus ou vision Extreme Distance si les berges du plan d’eau offrent peu de recul ou si le poisson est vraiment loin du bord, soies intermédiaires lentes Airflo Delta, ou Triangle Taper Lee Wulf (verte) pour une animation très lente d’un streamer non lesté, soie Partridge Mid Water pour propulser un pouic à grande distance et l’animer subtilement, soie Triangle Taper Lee Wulf (verte), Airflo Delta lente ou Cortland 444 SL légère pour pêcher avec un train de noyées ou de chironomes, etc. Chaque soie a ses points forts et on finit par connaître les qualités de chacune, ce qui permet d’effectuer le choix nous paraissant le plus judicieux avant une partie de pêche.
Pour autant, si vous n’êtes pas un spécialiste de la pêche en réservoir, ne vous inquiétez pas, vous n’aurez pas besoin de dix soies pour faire face à vos situations de pêche habituelles. Une ou deux soies intermédiaires peuvent largement couvrir vos besoins. Tout dépend des pêches que vous pratiquez et des plans d’eau que vous fréquentez. Pour réaliser votre choix de soie (modèle, taille…) inspirez vous de cet article, trouvez un détaillant compétent et demandez lui conseil, essayez les soies des copains sur vos cannes et n’hésitez pas non plus à vous renseigner auprès des pêcheurs que vous verrez réussir sur les berges de vos plans d’eau favoris.
Pêche aux leurres, les solutions anti-herbes
Pour beaucoup d’entre-nous, les herbiers qui envahissent les rivières et les lacs durant la belle saison constituent un véritable cauchemar. Il existe pourtant de nombreuses solutions efficaces pour continuer de pêcher sans souci sur et dans ces jardins aquatiques si riches en carnassiers où de bien belles surprises attendent les pêcheurs qui auront fait l’effort de s’y intéresser.
Par Philippe Boisson
Comme chacun le sait, le début de l’automne correspond à une période favorable pour la pêche des carnassiers.
On trouve à cette période des conditions qui restent beaucoup plus calquées sur celles que l’on rencontre durant l’été, plutôt que sur celles qui nous attendent plus tard en saison. Les herbiers sont encore très présents partout où la photosynthèse permet leur développement, autant en rivières que sur les bordures des lacs. L’avantage de la pêche aux leurres est de pouvoir pêcher dans ces zones qui servent d’abris aux carnassiers alors que la quasi-totalité des autres techniques (pêche au poisson manié, vif…) ne le permettent pas autant. De nombreux lecteurs ont apprécié la démonstration faite par Alban Choinier dans notre DVD. Elle était consacrée au lancer en skipping avec un leurre souple dont l’hameçon est dissimulé dans le leurre. On a pu voir lors de cette séquence que le leurre reste pêchant dans des herbiers très denses. Mais encore faut-il savoir quels types de leurres et quels armements employer pour chaque type de d’herbiers. Les solutions sont nombreuses et souvent encore mal connues des pêcheurs français. On trouve aujourd’hui chez les détaillants spécialisés, tout le matériel nécessaire pour réaliser des montages les plus efficaces pour pêcher dans les herbiers sans s’y accrocher. Dès que ces massifs se développent de façon généralisée, l’emploi des poissons nageurs se limite à la pleine eau où à la pêche en surface. Les leurres souples deviennent alors incontournables car ils permettent, soit de disposer d’un hameçon simple dissimulé dans le leurre, soit d’un système anti-herbe. Ces leurres qui font encore sourire certains pêcheurs français sont pourtant incontournables pour pêcher au beau milieu des herbiers les plus denses.
Passer là où personne ne passe !Vous l’aurez compris, le but de la manoeuvre est de passer son leurre là où personne ne penserait pouvoir le faire, dans ces zones qui font peur aux pêcheurs mais dans lesquelles les carnassiers tels que brochets, perches et black-bass ont élu domicile pour toute la saison estivale et pour une partie de l’automne.
Un ami qui a découvert récemment la pêche aux leurres “moderne” me confiait récemment “je redécouvre ma rivière, je la vois différemment maintenant ! ”. La rivière en question est à l’image de beaucoup d’autres, envahie par des herbiers de toutes sortes durant toute la saison chaude. Seul le chenal central, trop profond pour permettre la photosynthèse en est dépourvu. Tant qu’il s’agit d’herbiers “nobles” tels que les élodées, myriophylles, nénuphars ou potamots, tout est permis ou presque, mais en revanche les choses se gâtent lorsque les algues filamenteuses, signe d’une eutrophisation galopante sont de la partie. Ces algues très fines, longues et denses se logent dans tous les systèmes d’articulations des leurres : fixations des palettes de cuillers des spinnerbaits et des buzzbaits, noeuds de raccords de tresse et fluorocarbone, agrafes, etc. Après chaque lancer, il faut éliminer ces algues qui se logent partout. Les algues filamenteuses marquent donc une limite à l’utilisation des systèmes anti-herbes. Heureusement, il reste des zones qui en sont dépourvues, comme par exemple tous les secteurs où l’eau court. En effet, elles se développent principalement dans les eaux stagnantes et apparaissent à la suite d’une forte élévation de la température de l’eau.
Les spinnerbaitsCes drôles de leurres qui marient des palettes de cuillers une jupe en élastiques et un leurre souple sont redoutables pour le brochet et le black-bass. Grâce à leur tige métallique qui protège l’hameçon, ils permettent de pêcher dans des zones encombrées d’herbiers tant que ceux-ci ne sont pas trop denses. Les spinnerbaits sont en quelque sorte des leurres de base pour se jouer d’eux. Ils sont parfaitement utilisables sur des zones où les herbiers laissent encore des espaces d’eau libre. C’est surtout “pilotés” à vue, à l’aide de lunettes polarisantes, qu’ils deviennent très efficaces, car le pêcheur peut anticiper les trajectoires, frôler les herbiers, éviter les pièges, insister là où il faut. Sur le plan du fonctionnement, les spinnerbaits vibrent, papillonnent à souhait tout en avançant de façon continue mais lente. Cette lenteur de récupération est imposée par le volume global du leurre qui, même fortement lesté, remonte très vite vers la surface en cas d’accélération. Plus les palettes sont nombreuses plus les spinnerbaits ont du mal à couler et donc se récupèrent lentement. On trouve des spinnerbaits équipés généralement de deux palettes, ce qui constituent des modèles très polyvalents. Certains modèles en comptent quatre. C’est le cas d’un très bon modèle de la gamme Booyah (distribution Flashmer) qui est parfait pour pêcher les hauts fonds et à l’inverse, Lucky Craft propose un modèle à corps tungstène muni d’une seule palette pour pêcher jusqu’à environ trois mètres de profondeur. Les spinnerbaits rendent fous les brochets, y compris dans des eaux où ils sont très sollicités à toutes techniques, vif compris. Ces leurres qui ressemblent à des appareils dentaires ne font pas du tout partie de notre culture et nous sommes encore très nombreux à ne pas y croire. Pour une fois, il s’agit d’un leurre qui prend plus facilement les poissons que les pêcheurs !
Les buzzbaits
A ne pas confondre avec les spinnerbaits, les buzzbaits (de buzz, bourdonnement) sont conçus pour évoluer en surface sur des massifs d’herbiers. Leurs palettes triangulaires tournantes sont chargées à la fois de brasser l’eau, d’émettre un son métallique et d’écarter les herbes afin de laisser passer l’hameçon placé derrière. Les buzzbaits permettent de passer sur des herbiers très développés en surface tels que les nénuphars. En revanche, ils coulent si l’on arrête la récupération. Ce sont donc des leurres à récupération relativement rapide qui ne permettent pas de marquer des arrêts, hormis sur les feuilles de nénuphars lorsqu’elles sont suffisamment proches les unes des autres pour offrir un “matelas” suffisant. Conçus pour la pêche du black-bass il peuvent aussi surprendre des brochets actifs surpris par autant de vacarme.
Les softs jerkbaits
Ce sont des leurres souples en forme de poissons dont la nage très chaloupée est très inspirée des jerkbaits durs (poissons nageurs). La différence vient de l’armement, qui n’est plus composé de deux hameçons triples mais d’un hameçon simple de grande taille dissimulé dans le leurre (de 1/0 à 5/0 selon la taille du leurre). Il peut ainsi passer absolument partout et rester pêchant tout le temps. A la touche, le carnassier comprime facilement le corps du leurre d’où se dégage la pointe de l’hameçon qui se situe juste sous le dos du leurre dans une gorge prévue à cet effet. Ce système également peu répandu en France ouvre de nouveaux horizons aux pêcheurs en leur donnant accès à une multitude de postes qui leur étaient jusqu’alors interdits. Ces leurres sont équilibrés pour couler très lentement, par un ajout de sel au niveau du ventre ce qui leur permet de toujours rester dans la bonne position. On peut aussi ajouter des inserts en plomb ou en tungstène (sortes de “clous”) pour obtenir plus de densité et pêcher plus profond. Le choix de l’armement est très important. Il faut notamment faire attention à choisir une forme d’hameçon qui ne cintre pas le leurre. Les hameçons simples à hampe courbée (wide gape) sont les plus adaptés car ils épousent la forme des leurres sans les entraver s’ils sont correctement placés.
Les grenouilles flottantesBien qu’elles fassent sourire avec leur allure de jouet, les grenouilles flottantes en plastique n’en sont pas moins efficaces pour déclencher des attaques spectaculaires de brochets et de black-bass en surface sur un tapis d’herbiers. Ces leurres constituent une classe à part pour plusieurs raisons. Premièrement, on peut les promener sur les zones les plus encombrées en toute liberté. Deuxièmement, la vitesse de récupération n’est pas imposée comme avec les buzzbaits. On peut donc marquer des arrêts à volonté, car ils sont indispensables pour déclancher des attaques. On savait que les black-bass avaient toujours un oeil voire les deux orientés vers la surface, mais il ne faut pas oublier que les brochets aussi sont des consommateurs de batraciens. Avec ces derniers, si les attaques sont très spectaculaires, elles sont aussi très hasardeuses. Les grenouilles sont très souvent ratées par les brochets dont on peut voir le coup de gueule dans le vide à côté du leurre. Peu importe, c’est un spectacle rare dont il ne faut pas se priver et heureusement le piège fonctionne quelquefois !
Les systèmes anti-herbe sur les têtes lestées
Quelles soient en plomb, en alliage ou en tungstène, les têtes lestées sont proposées avec ou sans antiherbes.
On trouve principalement deux systèmes anti-herbes qui équipent les têtes lestées. Un dispositif en corde à piano en forme d’élytre qui fait office de ressort, mais qui est de plus en plus remplacé par un petit balai en fibres de nylon rigide. Les deux ont la même fonction : protéger la pointe de l’hameçon des herbiers rencontrés lors de la récupération tout en étant assez souples pour fléchir sous la pression d’un coup de gueule. Ce n’est pas la panacée, mais cela évite quelques accrochages sur des herbiers fins.
Les montages texans et leurs dérivésSouvent décrits en détail dans nos colonnes, les montages dits ”texan” autorisent eux aussi de longues ballades au milieu des herbiers. Il s’utilise avec une multitude de leurres souples. Le principe de montage de l’hameçon simple est similaire à celui requis pour le montage du soft jerkbait présenté dans cet article. Selon la forme du corps du leurre, on optera pour un hameçon à hampe droite (pour les leurres de section cylindrique) ou à hampe courbée pour ceux dont la forme est plus haute. La pointe de l’hameçon vient se positionner le long du corps du leurre souple. On peut pêcher en la laissant ainsi, mais si les herbiers occasionnent quelques accrochages, la pointe peut être logée juste sous la “peau” du leurre, ce qui suffit pour que la végétation aquatique y glisse librement.
Des solutions simples et efficaces
Avec quelques leurres bien adaptés, on s’aperçoit qu’il devient facile de pêcher les zones d’herbiers et surtout que ces drôles de leurres ne sont pas systématiquement perdus à chaque lancer comme on pourrait le penser, mais qu’au contraire ont est surpris de pouvoir pénétrer librement dans l’intimité de nos rivières et de nos lacs. Toutefois, pour ce qui concerne les leurres souples, vous devrez apporter une certaine attention au choix des tailles et des formes d’hameçons, afin qu’ils correspondent au mieux à celles de vos leurres. Les fabricants et importateurs de matériel de pêche aux leurres feraient bien de proposer des modèles prêts à l’emploi à destinations des novices en la matière. Cela permettrait à un large public de découvrir et de se familiariser avec des montages bien étudiés et d’éviter ainsi des erreurs, qui occasionnent une mauvaise nage des leurres, des pertes de poissons ou des accrochages inopinés. Le problème vient toujours des hameçons, pas toujours disponibles dans les bonnes tailles et les bonnes formes chez nos détaillants, même si de gros efforts ont été fait durant ces trois dernières années. Alors, pêcher au milieu des herbiers n’est plus un problème insurmontable, mais cela implique un minimum de rigueur dans le choix de son matériel. Ensuite tout est permis ! C’est une pêche très ludique, précise, qui réserve de très belles surprises.

Réservoir : et si on pêchait au “bouchon” ?
Technique dérivée de la pêche au coup, la pêche à deux mouches avec une mouche sèche et une nymphe n’est peut-être pas tout à fait halieutiquement correcte, mais elle permet de s’initier en douceur à la pêche à la mouche en réservoir. Bien entendu, cette technique ne s’improvise pas. Mode d’emploi…
Par Philippe Collet
J’ai choisi ce titre, un peu provocateur, car la technique évoquée dans cet article porte ce nom de façon courante et parce qu’elle s’apparente à de la pêche au coup, bien qu’elle soit réalisée à l’aide d’une canne à mouche et d’une soie.Mise en oeuvre finement, elle ne choquera personne au bord de l’eau. A l’inverse, pratiquée grossièrement, à l’aide d’un indicateur de touches réalisé en matériaux synthétiques fluorescents, de façon totalement statique, elle en gênera plus d’un. Moi le premier. L’intérêt de cette technique est son efficacité. Même si elle ne marche pas tous les jours, elle peut permettre à des pêcheurs débutants de tirer leur épingle du jeu. Elle a permis à mon fils, alors âgé de huit ans, de prendre sa première truite de réservoir tout seul. Certains me diront que je devrais l’emmener pêcher au coup. Je le fais de temps en temps et je crois même qu’il préfère le nombre important de touches que lui procurent les gardons et les rotengles, mais il est des sorties en réservoir qu’il ne saurait me laisser faire seul et pour l’instant cette technique lui offre sensations, autonomie et réussite. Alors rien que pour l’initiation des pêcheurs en herbe, ça vaut le coup d’en parler.
La pêche au fil
Dans une eau claire, la touche est détectée en observant le poisson ou la mouche. Dans les eaux plus teintées, ou si l’on pêche plus profond, on ne voit pas la mouche et souvent pas non plus le poisson. Il est alors plus difficile de détecter les touches car les poissons éduqués prennent et recrachent vite nos imitations. On doit alors pêcher au fil, c’est-à-dire observer son bas de ligne pour détecter les plus petites tirées. Une mouche légère qui coule doucement, et surtout s’immobilise entre deux eaux, soutenue par le bas de ligne graissé, intéresse souvent les poissons retors. On utilise alors des mouches de petite taille, non lestées, suffisamment légères pour que le bas de ligne réussisse à les soutenir. On ferre sur une immersion anormalement rapide ou une réelle tirée sur le bas de ligne. Cette technique est redoutable mais nécessite beaucoup d’application et de concentration. Il faut graisser régulièrement son bas de ligne et ne pas le quitter des yeux lorsqu’il est sur l’eau. La profondeur de pêche est réglée en arrêtant le graissage plus ou moins bas. La technique a toutefois ses limites, elle n’est praticable que sur des eaux peu mouvementées et à courte distance pour pouvoir suivre des yeux le point d’entrée du bas de ligne sous la surface.
La pêche au bouchonSi l’on souhaite pêcher plus profondément, plus loin, avec deux mouches sous l’eau, ou si la surface du plan d’eau est perturbée par des vaguelettes, on passera à la technique dite du bouchon. Cette technique consiste à placer en potence une mouche sèche généralement assez fournie pour soutenir la ou les mouches situées au dessous et détecter les touches.
Du plus fin…En pêche fine, on peut utiliser une mouche sèche assez flottante de type parachute, dotée d’un toupet blanc pour ajouter de la visibilité. On place en dessous un petit chironome non lesté pour ne pas trop rapidement la couler.
Par rapport à la pêche au fil décrite précédemment, ce montage permet de pêcher plus loin, grâce à la visibilité de la mouche sèche et de pêcher plus efficacement car la mouche sèche prend souvent des poissons. Le montage permet de solliciter des poissons actifs en surface en leur présentant rapidement le train de mouche que l’on pose environ deux mètres en amont de leur trajectoire présumée. Si l’on pêche toujours avec du fil fin, mais que l’on s’aperçoit que le petit ploc produit par une mouche lestée est propice aux touches, on peut remplacer le petit parachute par un montage en poil de cervidé plus flottant. Le choix de la mouche sèche sera conditionné par les émergences du moment : petits parachutes noirs pour imiter de nombreux chironomes et insectes terrestres poussés sur l’eau, montages Shuttlecock pour imiter les chironomes émergents. Ces derniers peuvent être réalisés avec une aile en cul de canard ou en poils de cervidés beaucoup plus flottants. Si des trichoptères sont présents à la surface de l’eau, on peut utiliser des montages à ailes couchées en cervidé.
Un autre intérêt de ce montage léger, où la mouche sèche pêche vraiment, est de soustraire le fil à la vue du poisson. En coulant, la mouche du dessous tire sur la potence et la place à la verticale de la mouche sèche. Le fil côté soie est alors aussi noyé sur une longueur au moins égale à celle de la potence. La présentation de la mouche sèche gagne en discrétion. La longueur de fil séparant les deux mouches sera réglée en fonction du comportement des poissons. Elle s’échelonnera de 40 cm (potence comprise), si les poissons marsouinent doucement et régulièrement à la surface et que l’eauest trouble à près de 1,5 mètre s’ils montent de plus bas ou si l’eau est claire. Cette technique permet de pêcher efficacement sous l’eau avec des fils très fins. La touche n’est pas détectée par une tirée de la soie dans les doigts (avec à ce moment là un risque de casse élevé sur fil fin), mais par la disparition de la mouche sèche. Il suffit alors de lever promptement mais délicatement la canne pour assurer la prise. Ce type de montage peut permettre de descendre jusqu’à un diamètre de fil de 10 centièmes, avec une soie de n° 5 ou 6, si l’on a affaire à des poissons très difficiles. Il fonctionne aussi très bien avec des fils plus solides.
…au plus fort…Pour des pêches plus profondes le montage s’alourdit. La mouche sèche doit être encore plus flottante. Une mouche associant : un corps en dubbing de lièvre ou de phoque, une aile couchée en cervidé, un thorax monté en parachute sur un toupet de cul de canard blanc, est un bon choix. Bien graissée elle devient presque insubmersible. Montée en potence, elle soutient deux mouches coulantes, souvent des chironomes. Le chironome de pointe est lesté pour descendre directement à la profondeur de pêche et ancrer le montage, celui de la potence est plus léger. La mouche sèche peut bien sur encore prendre du poisson, mais elle joue ici vraiment le rôle du bouchon de pêche au coup. Les chironomes sont séparés par des distances pouvant varier de 50 cm à 1,5 m. Le chironome intermédiaire gagne souvent à être placé assez près de la mouche sèche si l’eau est trouble car celle-ci, compte tenu de sa taille, attise la curiosité de nombreux poissons. Venus voir l’intruse, ils trouvent sur leur chemin (aller ou retour) un chironome moins impressionnant et s’en saisissent fréquemment.
L’animationLa pêche au “bouchon” n’est pas forcément statique. On peut tricoter ou puller légèrement la soie pour faire remonter les chironomes. Sur du fil fin, on effectuera ce geste en relevant le scion de la canne à un mètre au dessus de l’eau afin que la boucle de soie formée au bout de la canne fasse amortisseur en cas de touche violente. Les remontées seront toutefois entrecoupées de longues poses.
Les bas de ligne
Selon que l’on pêche avec des pointes fines ou fortes, on allonge ou raccourcit le corps de bas de ligne. Sur fil fin, celui-ci sert d’amortisseur et doit être suffisamment long. Sur pointe solide, il doit juste permettre un bon basculement du train de mouches. Pour les bas de ligne longs on peut s’inspirer de ceux déjà décrits dans la revue pour la pêche en sèche en lac, la pointe simple qui portait la sèche est remplacée par une avant pointe portant la potence (et la mouche flottante) et une pointe portant la deuxième mouche. Plus le fil est fin, plus le corps de bas de ligne est long (exemple : porte pointe dégressif de 3 m 30 jusqu’au 20/100e puis 80 cm de 16/100 et 50 cm à 2 m de 14/100, la potence de 10 à 15 cm étant construite en 16/100 ). Ce type de bas de ligne a l’avantage de permettre le passage rapide d’une technique à l’autre, car seule la pointe doit être refaite à partir de la micro boucle formée sur le 20 /100. Avec une pointe plus forte finissant en 16/100, le corps de bas de ligne peut ne mesurer que 1,5 mètre (ex : 60 cm de 45 /100, 50 cm de 35/100, 40 cm de 25 /100) un brin de 80 cm de 20 /100 est fixé à ce porte pointe avant la potence de la mouche sèche, il est suivi par un brin de 18 (de 1 à 1, 5 mètre) et enfin le brin de 16 de la même longueur. Les potences sont réalisées dans les brins les plus forts pour plus de solidité. Comme dans toutes les pêches en réservoir le bas de ligne est adapté aux capacités de lanceur du pêcheur et aux conditions de vent. Toutefois, contrairement aux bas de lignes classiques prévus pour évoluer dans un plan horizontal avec une soie amenant la mouche au niveau du poisson, il pêche dans un plan vertical. La longueur de l’espace entre les mouches règle la profondeur de pêche. Ce bas de ligne peut être allongé (parfois jusque 2 fois 2 mètres) dans les eaux très claires ou avec des poissons établis en profondeur. Il pourra à l’inverse être considérablement raccourci si l’eau est mâchée et les poissons proches de la surface. Un pêcheur débutant pourra très bien se contenter d’utiliser le dernier bas de ligne décrit et d’y placer un chironome 1 mètre derrière la mouche sèche sur un brin de 18/100.

Têtes lestées : leçon de brasses coulées
En quelques années, la forme des têtes lestées s’est considérablement diversifiée afin de permettre d’autres nages que celle, rectiligne, d’un leurre souple. L’offre est aujourd’hui large et certains modèles obtiennent sans problème leur certificat de nage libre. Nous les avons testées cet été sur les bars bretons, les perches et les brochets.
Rappelons-nous qu’il y a quelques années seulement, on avait le choix entre les têtes sphériques et le plomb sabot, généralement moulés sur des hameçons de piètre qualité. La nage des leurres souples permettait alors une animation verticale, mais pas moyen de quitter la trajectoire sur le plan horizontal. En désaxant l’oeillet des têtes plombées vers l’arrière et en allongeant la forme de la tête, la nage devient aléatoire, prête à décrocher à la moindre tirée brève sur la ligne. Certaines sont même incapables d’aller tout droit ! Animées sèchement canne basse, elles simulent parfaitement la panique d’une proie qui cherche à sauver sa peau. Du coup, le champ d’application des leurres souples se trouve considérablement élargi. Le bar, la perche et le brochet (en été) sont particulièrement séduits par ces leurres à la nage rapide imprévisible. Rappelons-nous également que les poissons nageurs ont subi la même métamorphose avec l’arrivée des premiers leurres japonais comme le Lucky Craft Flash Minnow il y a une quinzaine d’années.
A prendre ou à laisser
Le principe des têtes lestées nageuses est basé sur la rapidité d’une nage qui change constamment d’orientation.