Catégorie : Technique

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  • La pêche  au plomb palette

    La pêche au plomb palette

    En ces temps où tout pêcheur au leurre qui se respecte se doit d’avoir une panoplie complète des derniers leurres souples ou durs du marché, le plomb palette aussi simple et dépouillé que bon marché a un petit côté insolent. D’autant qu’assez souvent il prend plus de poissons que des leurres bien plus sophistiqués. Encore faut-il y croire et bien l’animer.

    Par Philippe Collet

    J’aime bien le côté rétro et simple du plomb palette, digne de l’époque où je rêvais à des pêches extraordinaires en feuilletant les pages pêche du catalogue Manufrance ou de l’unique revue La Pêche et les poissons qui nous décrivait la pêche des perches au guignol. Le plomb palette appelé parfois plomb à dandiner n’a pas vieilli. Il revient en force au goût du jour. Encore utilisé couramment dans certaines régions pour pêcher la perche et le sandre, il semble avoir été remis sur le devant de la scène par Christian Cochard, guide de pêche de Corrèze qui a développé une gamme de modèles avec la Société Delalande. Ce leurre très simple est en même temps très moderne. Il est notamment utilisé régulièrement par les compétiteurs carnassiers, à qui il permet de sauver des manches, voire de gagner certains concours. J’avais beau avoir entendu parler de ces leurres, en avoir même acheté quelques-uns, je n’y croyais pas vraiment et les avais laissés au fond de mes boîtes, pensant qu’ils pouvaient certainement fonctionner dans les rassemblements de perches, en lacs de barrage par exemple.
    A l’occasion d’un salon, alors que j’expliquais à Guillaume Legarrec (guide de pêche salarié de l’office de tourisme d’Evreux) mes difficultés à leurrer les sandres, le long des palplanches, dans les canaux proches de chez moi, il m’avait répondu sans hésiter : « Plomb palette ! Essaye au plomb palette, tu les prendras ! » Sur le salon suivant, il m’en avait rapporté quelques-uns tous montés et m’avait expliqué brièvement, mais de façon assez démonstrative, l’animation.
    De retour chez moi, je réalisai rapidement une petite sortie en canal, en fin de journée et eus l’agréable surprise de leurrer deux jolis sandres au ras du bord. Depuis j’ai repris des sandres, mais aussi des perches, quelques brochets dont plusieurs m’ont coupé net, et même une brème (par la gueule bien sûr). Je peux vous dire que maintenant j’y crois !


    Le plomb

    Le plomb palette est une petite pyramide allongée, percée dans son sommet. Sa face est large et plate, en forme de triangle. Ses côtés sont fins et arrondis ou biseautés. Sa base est biseautée. Avec une telle forme, la base, plus large donc plus lourde, va redescendre la première sur les relâchers. Puisqu’elle est biseautée, elle va avoir tendance à décrocher si elle prend assez de vitesse. Un plomb palette animé lentement ou plutôt mollement ne sera que rarement pêchant. Il se contentera de monter et descendre dans un plan strictement vertical. Si l’animation est plus rapide et surtout plus saccadée, il décrochera de façon complètement imprévisible et deviendra beaucoup plus attractif. Les plombs les plus classiques pèsent de 10 à 20 grammes. Face à l’engouement de plus en plus important pour cette technique, on trouve maintenant sur le marché des plombs de 7,5, 9,5, 12, 15,5, 22 et, grande nouveauté, 31 et 41 grammes chez Delalande (a priori le seul fabricant). Les petits grammages 7,5 à  12 seront préférés pour les pêches du bord dans peu d’eau et, en lancer ramener, les grammages plus importants pour les pêches en bateau ou des pêches plus lourdes du bord. Les plombs de 31 et 41 grammes trouveront certainement leurs inconditionnels pour les pêches en bateau dans les grandes rivières à courant soutenu, et pourquoi pas en mer. La première réaction lorsqu’on a ce plomb en main, c’est de vouloir le gratter, lui coller des plaques imitant des écailles pour le rendre brillant ou le peindre. Il semble que la couleur terne naturelle soit encore celle qui marche le mieux.
    Ce petit leurre est capable de prendre de beaux sandres ou brochets, probablement parce qu’il colle bien à la taille des petits alevins que consomment parfois ces derniers. Un plomb palette bien animé peut ressembler à un alevin en perdition.


    Le montage

    Les montages diffèrent quelque peu d’un utilisateur à l’autre mais le principe de base est très simple. En partant de la canne, on enfile le plomb, une perle, un morceau de gaine plastique de couleur, puis on noue un hameçon triple. On rabat ensuite la gaine sur l’hameçon, dont on recouvre la hampe. Cette gaine sert à éloigner le triple du plomb, elle est coupée de telle façon qu’une fois le montage terminé l’hameçon triple dépasse du bas du plomb. Certains, dont Christian Cochard, pincent un plomb fendu entre la perle et le plomb palette éloignant alors un peu plus le morceau de gaine et le triple. Il m’est arrivé, un soir où je n’avais ni gaine ni plombs fendus dans ma boîte, de réaliser un montage complètement dépouillé comportant le plomb, une perle butant sur une ligature et un triple sur un fluorocarbone solide de 35 centièmes. J’ai pris deux sandres ce soir-là, ce qui m’a convaincu de l’efficacité du plomb palette à lui tout seul.
    Pour le montage, vous veillerez à utiliser un fil suffisamment gros et rigide pour permettre, lorsque vous tiendrez le montage par le fil, que la gaine soit presque perpendiculaire au plomb et ne retombe pas à plat le long de celui-ci. C’est un aspect important. Avec un fil suffisamment rigide, le triple est bien mieux placé, et les poissons chipoteurs, qui attirés par le plomb tapent seulement dans la gaine, se prennent bien mieux. N’hésitez pas à réaliser vos montages avec un morceau de fluorocarbone de 30 à 35 centièmes, dont la dureté (permettant une bonne résistance à l’usure liée au passage répété du plomb et aux frottements sur le fond), la rigidité et la discrétion vous permettront de meilleurs résultats. Certains, comme Guillaume (qui pêche souvent en Seine avec des plombs assez lourds de 20 à 25 grammes), doublent un fluorocarbone de 30 centièmes sur 15 cm au-dessus du triple. Ils le torsadent puis le nouent. Ils augmentent ainsi encore sa rigidité, sa résistance à l’usure et se font un peu moins couper par les brochets. Veillez à bien déboucher le trou du plomb palette, voire à l’agrandir pour que ce dernier coulisse bien sur le fil et ne voie pas sa nage entravée.


    L’émerillon

    Vous pouvez préparer d’avance des montages sur un morceau de fil d’environ 70 à 80 cm terminé par un émerillon et les stocker, soit sur un petit dévidoir de pêche au coup, soit dans un petit sachet plastique. Ainsi, vous pourrez en changer facilement en cours de pêche en les raccordant directement au bout de votre ligne.
    Personnellement, je ne m’encombre pas toujours de l’émerillon, notamment lorsque je pêche en canal du bord à courte distance, voire à l’aplomb de mon scion, car les risques de voir le plomb tourner et vriller la ligne sont minimisés. J’évite ainsi de taper l’anneau de tête de ma canne avec l’émerillon en voulant ramener le leurre en bout de scion. S’il est bien animé, un plomb palette ne tourne pas beaucoup, mais part plutôt de droite à gauche en une série de zigzags. Dans les grands courants, en profondeur et en lancer ramener, il est recommandé d’utiliser un émerillon pour éviter de vriller son fil ou sa tresse.

    Ajouter un leurre

    En plus de la gaine, il est possible de placer un leurre sur l’hameçon triple, mais vous veillerez à ce que celui-ci ne soit pas trop gros. N’oubliez pas que c’est avant tout le plomb qui « pêche ». Un plomb palette fonctionnera bien s’il n’est pas bridé ou ralenti dans sa chute. Aussi, lorsqu’on lui adjoint un leurre un peu gros, de type virgule de 10 cm par exemple, on casse son action. Certes, on peut encore prendre du poisson, mais on aurait été probablement plus efficace en armant le leurre avec une simple tête plombée. Guillaume aime particulièrement ajouter un petit poulpe blanc par-dessus le tube. Celui-ci n’entrave pas la nage du leurre et ses tentacules viennent recouvrir l’hameçon triple et ajouter un signal supplémentaire. Ce petit teaser peut être pris même à l’arrêt, lorsque le plomb touche le fond. Dans ce cas, le bon coulissement du fil à travers le trou du plomb est un atout pour une bonne prise en gueule par le poisson. N’hésitez pas à varier les montages en changeant de grammage et de couleur de tube ou de poulpe. Les tubes ont un diamètre d’environ 3 mm. Ils peuvent être en silicone, en latex ou en caoutchouc de différentes couleurs. La plus courante est le rouge, mais vous pourrez la changer pour du blanc, du jaune, du chartreuse transparent, du rose… D’après Guillaume, qui a un bon retour d’expérience avec ses collègues de pêche, la couleur a son importance, surtout sur les perches. Un poste qui a donné quelques poissons et s’est tari peut redonner de suite des poissons sur un simple changement de couleur de gaine. Comme pour la pêche de la truite au streamer en réservoir ou la pêche des bars à l’anguillon, il faut trouver la bonne couleur. Souvent, cela permet un meilleur score, parfois c’est indispensable pour prendre un poisson. Essayez de pêcher à deux sur un même poste et n’utilisez pas la même couleur, vous trouverez ainsi plus vite celle qui marche le mieux. Utilisez des hameçons triples suffisamment gros, de taille 4 ou 6 pour le sandre, 6 pour la perche et les plombs de petits grammages. Pour la perle, choisissez-la si possible en verre, car elle va cliqueter contre le plomb en rendant le montage plus attractif.

    L’animation

    Le plomb palette n’est pas un leurre qui pêche « seul ». S’il est d’une sobriété déconcertante, il n’est efficace que correctement animé. Il est très attractif à la descente à condition d’avoir cette nage erratique que seul peut lui permettre un fil détendu. Toute la subtilité de son animation réside dans la capacité du pêcheur à accompagner au plus près sa descente, sans la brider, tout en étant très proche du contact, pour sentir les touches et pouvoir ferrer. Il faut trouver le juste milieu. A la montée, il faut taper un peu dans le leurre une ou plusieurs fois en le tirant vers le haut pour le faire virevolter, avant de le relâcher à nouveau en contrôlant sa descente. Une animation molle ne réussira pas à ce leurre, elle doit être sèche. Son amplitude peut par contre être minimaliste, en alternant des pauses sur le fond et des sauts de 10 cm, ou plus ample en s’échelonnant sur 50 cm. Le plomb palette peut être animé verticalement sous un bateau ou à l’aplomb d’un quai ou d’une structure. Il peut aussi être lancé et ramené. L’animation du plomb palette peut encore se faire en pleine eau, lorsque les poissons ne sont pas collés au fond. C’est toutefois essentiellement une pêche de fond qui donne de bons résultats en période froide, quand les carnassiers sont en bas de la couche d’eau. Lorsqu’on sait les poissons présents sur un poste ou que le poste est très marqué et prometteur, il convient d’insister et d’alterner les rythmes et amplitudes d’animation et les couleurs.

    La canne

    Pour pêcher efficacement et aussi confortablement, vous rechercherez une canne courte, d’action de pointe très marquée, avec une bonne réserve de puissance dans les deux tiers arrière. Sur les animations, seul le bout du scion doit travailler, permettant un contact subtil avec le plomb. Au ferrage, la puissance du reste du blank permet d’ancrer l’hameçon. La canne travaille ensuite sur toute sa longueur pour contrer les rushs des plus beaux poissons. Lorsqu’il pêche au « plomb pal », Guillaume utilise exclusivement la Spécialist Sinker Jig de Pezon et Michel. Cette petite canne de  1,95 m a été conçue par Jérôme Riffaud, un de ses collègues occasionnels de pêche, pour cette technique spécifique. Cette canne est particulièrement réussie. Il existe de multiples autres cannes pouvant convenir à cette technique sur le marché, notamment des cannes verticales en action médium heavy. Merci à Guillaume pour le partage de son expérience.

  • Les performances des crankbaits grands plongeurs

    Les performances des crankbaits grands plongeurs

    Nombreux sont les pêcheurs qui hésitent à utiliser des poissons nageurs pour pêcher près du fond de peur de les perdre dans des obstacles. Par solution de facilité et souci d’économie, ils attachent un leurre souple alors que d’autres solutions, souvent beaucoup plus efficaces, s’offrent à eux : ce type de pêche est le domaine des crankbaits grands plongeurs.

    Par Alban Choinier

    Imaginez un leurre qui se lance superbement bien, qui soit solide, qui flotte à l’arrêt, qui descende rapidement, qui puisse racler le fond tout en passant au-dessus des obstacles sans s’accrocher. Quel bonheur ! Et bien ce leurre existe, c’est un crankbait grand plongeur !

    A quoi ressemble un crankbait ?

    La famille des crankbaits est très vaste et il existe une multitude de variations autant en matière de taille que de forme ou de nage. Mais en règle générale, on peut distinguer un crankbait d’un autre poisson nageur par son allure très ramassée (souvent du type  »boule ») et par le fait qu’il flotte. Comme pour tous les poissons nageurs, c’est la longueur de la bavette et son inclinaison qui vont modifier la profondeur de nage. Nous ne nous intéresserons ici qu’aux crankbaits grands plongeurs, ceux qui vont nager de 1,5 m mètre de profondeur jusqu’à plus de 6 m pour certains. On reconnaît ces leurres grands plongeurs par la taille importante de leur bavette qui mesure la plupart du temps plus de la moitié de la longueur de leur corps.

    Pourquoi peut-il passer dans les obstacles ?

    Les crankbaits destinés à plonger profondément sont conçus pour aller heurter le fond et débusquer les poissons qui s’y trouvent. L’attache de la ligne est située sur la bavette et non sur la tête du leurre comme dans la plupart des cas. Ainsi, l’eau appuyant fortement sur la bavette, les crankbaits grands plongeurs vont nager quasiment à la verticale : la bavette vers le bas et l’arrière du leurre vers la surface. Quand le leurre va heurter le fond et nager, les deux triples ventraux seront donc situés au-dessus du fond, parallèles à la surface (suite au déplacement) et seront protégés par le corps et la bavette du leurre. D’ailleurs, pour les crankbaits grands plongeurs qui sont bien conçus, la bavette ainsi que le corps du leurre sont un peu plus large que l’hameçon triple ventral afin d’éviter les accrochages. Imaginez un crankbait en train de nager et de heurter des blocs rocheux ou des souches : il va avancer avec la bavette vers le bas et les triples vers le haut, seule la bavette heurte les obstacles, les triples étant  »cachés » derrière son corps. De plus, les crankbaits sont très flottants, ils remontent donc très rapidement vers la surface quand on arrête la récupération. Si jamais votre crank passe derrière un rocher ou une grosse branche, il suffit de garder le fil tendu et d’attendre qu’il remonte pour qu’il passe derrière l’obstacle.

    Quelle différence avec un leurre souple ?

    Les leurres souples peuvent eux aussi passer facilement à travers des obstacles, tout comme les crankbaits, mais ils déplacent très peu d’eau et nécessitent une animation lente. A l’inverse, les crankbaits, comme beaucoup de poissons nageurs, sont bruyants dans l’eau et vous permettent de pêcher assez rapidement. En résumé, mieux vaut utiliser un leurre souple quand vous savez où se trouvent les poissons (pour explorer un arbre mort par exemple), mais si vous devez pêcher de grandes étendues et prospecter rapidement, un crankbait grand plongeur sera de loin le plus performant. En une heure de pêche, vous lui aurez facilement fait parcourir un kilomètre et ce chemin parcouru représente un grand nombre de chances de croiser la route d’un poisson en chasse.

    Quelle est la meilleure animation ?

    Le crankbait est un des rares leurres qui ne nécessite pas d’animation particulière. Quand vous le ramenez en le faisant taper au fond, il faut même éviter au maximum de l’animer. En effet, avec une récupération linéaire, il va venir heurter le fond, les triples bien protégés derrière la bavette et le corps du leurre. Si vous commencez à l’animer alors que vous traversez un  »champs de mines » (racines, souches, rocaille…), le leurre va avoir tendance à tourner sur lui-même et les triples ne seront plus protégés… avec des conséquences souvent désastreuses pour l’intégrité de votre boîte à leurres ! En revanche, on peut très bien varier la vitesse de récupération, ou faire de courtes pauses pendant lesquelles le crank va légèrement remonter. Quand je pêche au crankbait, j’utilise systématiquement une astuce qui m’a rapporté un nombre incalculable de touches : quand le leurre arrive presque à l’aplomb du bateau ou de la berge, je l’arrête une seconde et donne deux petits coups de scion avant de terminer par une récupération linéaire. Il arrive bien souvent que les poissons suivent votre leurre sur une grande distance sans jamais le croquer. En procédant comme expliqué précédemment, vous allez donner au crank un changement brusque de nage et de vitesse qui peut décider le prédateur à attaquer avant que sa proie ne lui échappe.


    Pour quel poisson ?

    Tous les poissons carnassiers sans exception peuvent attaquer un crankbait. Les modèles grands plongeurs sont excellents pour pêcher les poissons qui se tiennent près du fond comme les sandres ou les silures ou pour aller chercher ceux qui s’y cachent à certaines périodes comme les brochets, les black-bass, les perches ou les truites. Peu de pêcheurs pêchent la truite avec des crankbaits alors que c’est à mon avis un des leurres les plus performants pour aller chercher le poisson directement dans sa cache. Si vous pêchez un fond en sable ou en vase, votre crank va soulever de petits nuages de sédiments chaque fois qu’il va heurter le fond, mimant ainsi un poisson en train de se nourrir et d’attirer les prédateurs. Quand vous heurtez les cailloux, c’est le bruit de la bavette tapant la roche qui sera attractif. Il arrive même de temps à autre que l’on capture une carpe, une brème et très régulièrement des barbeaux qui n’hésitent pas à gober une petite bouchée devant leur museau.

     
    Quel modèle choisir ?

    Il est bien sûr nécessaire d’adapter la taille à l’espèce recherchée. Si vous cherchez par exemple le black bass, la perche, le chevesne, la truite ou l’aspe, vous allez plutôt pêcher avec des cranks dont la taille du corps sera comprise entre 2 et 4 cm alors que pour le brochet ou le silure, les cranks dont le corps mesure jusqu’à 10 cm de long seront les mieux adaptés. On choisit la profondeur de nage du leurre par rapport à la profondeur moyenne de la zone de pêche. Si la profondeur moyenne est de 2 mètres, vous allez attacher à votre canne un crankbait qui plongera à 2,5 mètres. Ainsi, vous serez sûr de toucher rapidement au fond sur l’ensemble de la zone. Quand la bavette heurte le substrat, il suffit de ralentir la cadence de récupération pour que la flottaison importante du leurre compense la profondeur de nage. En ce qui concerne les sons que produisent les cranks, il en existe de toutes sortes : des non bruiteurs, avec un son clair et d’autres avec un son sourd. En règle générale, plus les poissons sont éduqués, plus le milieu est calme et plus on cherche à utiliser un leurre silencieux. À l’opposé, plus les poissons sont vierges, plus la zone de pêche est mouvementée (aval de barrage, courant puissant, vagues…) et plus on cherchera à avoir un leurre bruyant. Les sons clairs ayant tendance à être beaucoup plus rapidement assimilés par les poissons au danger que les sons sourds. La famille des crankbaits est tellement vaste qu’il existe beaucoup d’autres façons de les utiliser. Mais la technique dite à  »gratter » le fond avec des crankbaits très plongeants est assez peu pratiquée alors que c’est une méthode absolument redoutable, surtout à l’arrivée de l’hiver qui refroidit les eaux et entraîne les poissons vers les profondeurs. Ne moulinez pas trop vite, suivez bien les mouvements de votre leurre et ferrez à la moindre sensation suspecte !

  • Mouche noyée, vive les cannes à deux mains légères !

    Mouche noyée, vive les cannes à deux mains légères !

    D’un point de vue historique, les longues cannes à mouche font partie de notre patrimoine halieutique pour pêcher à la mouche noyée. Les “pelaudes” limousines et bretonnes n’avaient pas que des défauts et avec les matériaux actuels une canne de 13 pieds reste très maniable. Saumonier mais avant tout pêcheur de truites et d’ombres, spécialiste de la pêche à la mouche noyée, Claude Ridoire nous vente les mérites des longues cannes dites “à deux mains”, dont la qualité des dérives est incomparable.

    Par Claude Ridoire

    La technique de la mouche noyée requiert un équilibre de l’ensemble : canne, soie, bas de ligne, particulièrement soigné. L’approche matériel de cette technique de pêche est très spécifique. Dans nos grandes rivières du Sud-Ouest (Garonne, gaves, Dordogne…), et durant la période printanière des deux à trois mois qui suivent l’ouverture mais aussi pendant celle de pêche de l’ombre à l’automne, les niveaux d’eau conséquents font appel à la pêche en dérive aval sous toutes ses formes. Pêcher de larges et puissantes rivières au niveau d’eau soutenu n’est pas une mince affaire. Aussi, l’utilisation d’une longue canne est indispensable à bien des égards. Les matériaux dont on dispose actuellement donnent naissance à des engins parfaitement utilisables toute la journée. Cette démarche, bien que très ancienne, devient de plus en plus rare, au profit de techniques qui ressemblent de moins en moins à de la pêche à la mouche. Et pourquoi ne pas tenter de se ressourcer dans cette technique de la mouche noyée avec une canne de grande longueur ?


    Historique

    Il reste encore quelques cannes vestiges des écoles limousines ou bretonnes au fond des greniers ou au-dessus des cheminées en guise d’ornement. Le bambou noir et le roseau étaient largement utilisés en début du siècle dernier. Certains scions étaient élaborés avec des baleines de parapluie ! L’ensemble mesurait au total quatre bons mètres en deux pièces. Raccordées d’abord par “splice” ou sifflet, les viroles sont ensuite apparues. Dès les années 1950, la fibre de verre et le Conolon ont permis des montages plus légers. Leur action lente n’était pas d’un maniement aisé, mais s’adaptait aussi à des pêches plus naturelles, telle la volante, ou aux esches naturelles. Dans le Limousin, la pelaude, utilisée d’abord par les moucheurs d’Eymoutiers, appelés pelauds, était accusée de vider la Vézère, la Luzège, et on la redoutait jusqu’en Corrèze !
    Dès le début des années 80 et en dépit de l’avènement du carbone, quasiment aucun monteur ou fabricant artisanal ne s’intéressait à ces grandes barres. Cependant, Jacky Montagnac, fin moucheur et grand preneur de truites corrézien, avait réussi, à force de conviction et de savoir-faire, avec le précieux concours toutefois de Guy Plas, l’élaboration d’une canne mesurant 13,1 pieds. Outre sa décoration artistique (les fameux émaux), elle était et reste encore une canne d’une extraordinaire efficacité pour la pêche à la mouche noyée en grande rivière. Equipée d’une soie n° 5 ou 6, elle autorise des lancers de grande longueur. Sa diffusion restreinte et son utilisation consi-dérée comme anachronique à l’époque en ont fait une canne plus que rare et donc très chère sur le marché de l’occasion. Depuis, le carbone a largement évolué. Toutefois les carbones hauts modules n’ont jamais eu mes faveurs, mais certaines des fibres récentes mises au point par les pêcheurs à l’anglaise ou au toc sont vraiment dignes d’être habillées pour un moucheur recherchant l’efficacité dans de longues dérives vers l’aval. Hormis pour les pêcheurs de poissons migrateurs utilisant de lourdes soies n° 8 à 12, la canne à deux mains en carbone n’a jamais attiré les foules pour pratiquer avec des soies légères n° 5 ou 6. Quel dommage !

    Les avantages de la canne à deux mains

    Ainsi, avant les années 80, c’est la polyvalence qui prévalait pour ces longues barres. Aussi efficaces à la mouche sèche qu’à la mouche noyée ou qu’avec des esches  naturelles, elle constituait l’unique canne des coureurs de rivières. Petit à petit, la multiplication des cannes “à une main” de courte longueur a relégué les longues barres traditionnelles à l’état de relique. Mais  c’est avant tout l’évolution des techniques de pêche qui leur a été  fatale. Les pêches à la nymphe “au fil” et la pénétration – fort dommageable – des pêcheurs à la mouche dans le lit des cours d’eau par l’usage exagéré du wading ont privé la mouche noyée de ses lettres de noblesse. Sa réelle efficacité pour les longues dérives, même avec des puissance de 5 à 6, est surprenante. Pour être né dans un véritable moulin, j’ai toujours évité autant que possible de pénétrer dans l’eau, car il y a aussi des poissons sur les bordures…
    La gestuelle qui entoure ces grandes cannes, outre le fait qu’elle vous replonge immédiatement dans le rêve d’un pèlerinage pour migrateurs lointains, est des plus agréables. Dans la longueur de base de 13 pieds (3,90 m), c’est en fait une canne à une main et demie… La courte poignée basse sous le moulinet n’est en réalité qu’un simple pivot pour la deuxième main. Ce type de canne relativement légère de 110 à 160 g reste maniable à une seule main pour les petits coups jusqu’à une dizaine de mètres.


    Les deux types de pêche à la mouche noyée

    Même si le sujet du jour tourne particulièrement autour d’un type de matériel spécifique pour pêche légère, il me paraît néanmoins opportun, au passage, de bien distinguer les deux types de pêche en noyée. La base de cette technique, dite pêche imitative, consiste à faire dériver sous peu d’eau l’imitation du moment. Dans ce cas, alourdir le bas de ligne ou, pire, lester les mouches ne peut que nuire à la présentation. Et c’est bien là que notre longue canne fait la différence, en présentant l’artificielle d’une façon inégalable à longue distance. L’autre pêche à la mouche noyée, dite incitative, se différencie dès que la mouche devient leurre. Dans ce cas, même si une classique canne à une main convient, je reste  souvent fidèle dans cette pêche à une canne à deux mains, mais plus puissante (canne à saumons légère de puissance 8). Cette canne convient pour les grosses truites migratrices (farios, truites de mer, steelhead…), que l’on peut rechercher à l’étranger (Argentine, Canada…). En fait, le premier type de pêche, dit imitatif, est tout en finesse, avec des mouches le plus diaphanes possible, et le second, dit incitatif, s’apparente plus à de la pêche avec des streamers.


    L’action de pêche

    Pour un pêcheur rodé aux grandes cannes, la prospection des grands cours d’eau à la recherche des truites ou des ombres en mouche noyée vers l’aval est un réel plaisir. Les sensations de distance, de finesse et de suivis tactiles du train de mouches sont amplifiées par le long bras de levier. Le train de trois mouches est ici plus facile à manipuler. Un des rares spécialistes de la Dordogne, l’ami Patrice, n’hésitait pas, il y a une vingtaine d’années, avec sa Corrézienne (la fameuse canne Guy Plas), à faire dériver quatre à six mouches (avant la limitation réglementaire à trois mouches au maximum) ! De toute évidence, la polyvalence d’utilisation d’un tel bras de levier sera optimale en l’actionnant d’une façon régulière en lancer roulé. Les bons “spey caster” trouveront largement leur compte dans toutes les configurations de berge. Néanmoins, dans les endroits dégagés, les lancers au-dessus de la tête confirmeront également l’intérêt d’un tel outil.


    La soie

    A force d’essais sur la densité des soies, j’ai depuis longtemps opté pour des soies flottantes, au pire  intermédiaires, terminées par un bas de ligne plongeant. La liaison boucle dans boucle me permet d’en changer rapidement, mais c’est dans la plupart des cas un bas de ligne plongeant léger (tissé plongeant type Ragot) ou, à défaut, une longueur variable de soie naturelle plongeante type Thébault pour 1,20 à 2,50 m que je retiens. A
    l’issue du lancer, il est nécessaire d’avoir une immersion rapide du train de mouches tout en noyant l’ensemble simplement sous le film de la pellicule de l’eau. Outre une soie à profil décentré WF, un fuseau de lancer “shooting-head” reste le propulseur idéal. Il y a plusieurs années, dans cette même revue, j’avais présenté la méthode maison pour fabriquer soi-même ce type de fuseau. Pour les cannes à deux mains avec un numéro de soie AFTMA 5 ou 6, un corps de soie de 10 à 12 m convient parfaitement pour un poids de 10 à 12 g. La notion du gramme par mètre est garante de précision. La partie courante sera fine et souple avec une connexion à la soie la plus discrète possible (soie parallèle n° 2 à 3 ou mono-filament spécial running line d’environ 60/100). Ce profil de soie procure une meilleure glisse, moins d’efforts contre le vent et un shoot final relativement droit eu égard à la légè-reté du bas de ligne plongeant qui arme la tête de lancer. La configuration optimale longueur/poids du corps de soie avec l’ensemble bas de ligne et train de mouches se situe aux environs de 15 m pour 15 g. Ce fuseau doit permettre au shoot final à partir de la tête de scion une sortie de partie courante de 8 à 10 m. Cet ensemble permet alors de réaliser des lancers hors tout d’environ 25 m, ce qui reste fort honorable compte tenu de sa légèreté.


    Le moulinet

    L’important bras de levier des cannes à deux mains impose le recours à un moulinet au frein très sensible, fiable, et au réglage très précis. Le plus important reste de pouvoir le régler selon la tension qu’exerce l’ensemble soie, bas de ligne et train de mouches, qui dérivent dans le courant vers l’aval. Le réglage complémentaire sera relatif à la touche et au diamètre de fil utilisé. De nos jours, de nombreux moulinets conviennent, il faudra cependant retenir un modèle léger (120 à 150 g). A la base, un moulinet Vivarelli possède ces qualités tout comme les modèles de gros diamètres légers (“large-arbor” de 80 à 110 mm). A mon avis, le nec plus ultra reste un moulinet multiplieur, compte tenu de la grande longueur de soie à gérer. Il peut être équipé d’un système anti-reverse. L’ami Jean Goudard, génial artisan, en a fabriqué voici plus de quinze ans et ils constituent aujourd’hui encore de véritables bijoux.


    La canne type et son montage

    Concrètement, aujourd’hui, ce type de cannes de grande longueur pour faibles numéros de soie ne couvre pas les étalages de nos halieutistes… Les essais avec des cannes à saumons, beaucoup plus puissantes, vous feront passer inévitablement à côté du sujet. Il faut en effet passer en dessous de la puissance 6 pour conserver une véritable dérive tactile et une certaine légèreté dans la présentation : rappelez-vous la règle de 1 g au mètre de l’ensemble propulseur.  La longueur conventionnelle est de 13 pieds (3,90 m). Au-delà, mes différents montages n’ont rien prouvé de mieux. A partir de 12 pieds (3,60 m), vous pouvez considérez détenir une “une main et demie”, utilisable à deux mains ! Le poids se situera entre 110 à 160 g selon le montage, mais cela dépend de la longueur et du type de poignée retenus. L’ensemble canne/moulinet/soie ne doit pas dépasser 300 g.
    L’action correcte est à définir de la sorte : en prenant la canne à son extrémité en tête de scion et en faisant glisser son doigt sous la canne, la courbure principale engendrée par le poids propre du talon sur le scion (et sur le ou les brins intermédiaires) doit agir au minimum sur le tiers et au maximum sur la moitié de la longueur totale.
    La sensibilité pour la puissance recherchée doit permettre à une charge de 75 g située en tête de scion une déflexion par rapport à l’horizontale au repos de 65 cm pour la plus rigide à 80 cm pour la plus souple.

  • Moulinets DAIWA

    Moulinets DAIWA

    Vend trois moulinets de pêche à la carpe, types :
    1 moulinet DAIWA emcast evo 5000 à 59 euros
    2 moulinets DAIWA emcast evo 5500 à 65 euros l’unité

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  • La pêche aux gros jerkbaits

    La pêche aux gros jerkbaits

    Nous allons décrire ici la pêche avec de gros jerkbaits sans bavettes (lipless). Ces leurres d’aspect très basique sont lourds et volumineux. S’ils permettent de sortir les brochets de leur torpeur, ils nécessitent, pour être efficaces, l’usage d’un matériel spécifique et une bonne technique d’animation.

    Par Philippe Collet

    J’ai découvert cette technique en 1996, à l’occasion de deux parties de pêche sur un plan d’eau de l’Aisne avec Wim Van de Velde, pêcheur flamand, spécialiste du carnassier qui, entre autres, a contribué pour une bonne part à la découverte de la pêche verticale en France. Celui-ci m’avait fait une démonstration mémorable de l’efficacité de ces “bouts de bois” grossièrement taillés et peints. J’avais eu beau m’appliquer au mort manié, avec des vifs bien frais, je n’avais pas pu lutter face aux jerkbaits animés par Wim. Ces leurres originaux, déroutants de rusticité et de simplicité (en apparence seulement), sont utilisés depuis longtemps dans le nord de l’Europe par les pêcheurs suédois, mais aussi hollandais, belges, polonais, allemands… Ils offrent de bonnes bouchées aux plus gros carnassiers de nos eaux européennes et ne laissent que rarement les brochets insensibles. Peu utilisés chez nous, ils font partie depuis longtemps de l’attirail de base des pêcheurs du nord de l’Europe. En France, nous sommes passés de la domination de la cuillère tournante à de nombreux leurres sophistiqués venant du Japon ou des Etats-Unis souvent destinés au black-bass et plutôt polyvalents, sans trop nous intéresser à ces leurres plus spécifiques.
    Les gros jerkbaits ont longtemps été difficiles à trouver et seuls quelques magasins spécialisés commencent à les vendre avec les cannes et les moulinets adaptés. Pourtant, cette pêche est très intéressante et productive.


    Pourquoi un si faible engouement des Français pour ces leurres

    Il peut être dû aux raisons suivantes :
    – Ces leurres ne sont pas si faciles à utiliser. Il faut les animer. Ramenés linéairement, ils ne nagent le plus souvent pas bien.
    – Ces leurres ne sont pas vraiment utilisables avec le matériel traditionnel. Ils fatiguent rapidement le matériel trop léger et ne peuvent pas être animés correctement avec celui-ci.
    – Ces leurres sont relativement sélectifs. Ils permettent surtout la prise de brochets, dont les gros spécimens (même s’ils ne rebutent absolument pas un brochet de moins de 50 cm) et ne permettent que plus occasionnellement de leurrer des perches, des sandres et des black-bass.
    – Ces leurres sont bruyants. Utilisés dans de petites surfaces d’eau et mal lancés, ils peuvent caler les poissons trop éduqués par le bruit de leur impact.
    – Enfin, utilisés dans des eaux ou les brochets ont de plus en plus de mal à se reproduire et où la ressource est souvent pillée dès qu’elle dépasse la très modeste taille légale, ces leurres ont du mal à croiser des ésocidés de belle taille et donc à en prendre. Notons qu’en Hollande par exemple, où ces leurres sont très utilisés, le no-kill est pratiqué de longue date.

    Les leurres

    Les jerkbaits réalisés de façon artisanale sont découpés dans de simples planches de bois dur. Une fois les contours égalisés, les arêtes sont adoucies, mais les leurres gardent deux grandes faces planes. Ils sont équilibrés par une masselotte de plomb située le plus souvent dans leur premier tiers avant, côté ventre. C’est autour d’elle qu’ils vont tourner à la moindre sollicitation. Selon le poids de l’insert et sa disposition, la nage des leurres sera plus ou moins dodelinante. Ils piqueront ou non du nez après chaque tirée. La position du plomb et de l’attache de tête influence beaucoup leur nage. Il n’est pas facile de réaliser soi-même un jerkbait bien équilibré du premier coup, même avec un plan. Sur ce principe, quelques fabricants ou marques de matériel de pêche plutôt localisés dans le nord de l’Europe (Hollande, Pologne, Royaume-Uni, Suède, etc.), ont industrialisé cette production artisanale et mis sur le marché des jerkbaits fabriqués en bois ou en matière plastique qui fonctionnent à coup sûr. Pour un certain nombre d’entre eux (Strike Pro, Fox…) la forme plate a été maintenue, d’autres ont arrondi les formes (Prologic, Salmo…). Quelques modèles sont dotés de billes bruiteuses (Buster Jerk de Strike Pro par exemple) ce qui peut être un plus dans certaines circonstances. De nombreux autres n’en possèdent pas, demeurant plus discrets lorsque c’est nécessaire. Sur certains leurres, les triples de piètre qualité gagnent à être affûtés ou changés pour des hameçons plus performants.


    L’animation d’un gros jerkbait

    J’apprécie ce leurre car on peut réellement le faire danser. En eau peu profonde, avec un modèle flottant ou mieux, suspending, c’est un vrai plaisir de lui faire faire des embardées à droite et à gauche de plus de 60 cm (un peu à la façon d’un skieur de fond en pas de patineur) ; puis de le laisser s’immobiliser dans le zig ou dans le zag, avant de le faire pivoter presque sur place, de droite à gauche dans un mouvement de « non, non, non… » comme s’il ne voulait pas se faire happer par le premier brochet venu. Ce leurre peut pêcher vite, mais il permet aussi de très lentes prospections. Une grosse bouchée qui pousse beaucoup d’eau et reste à se déhancher près d’un poste prometteur a tout pour attirer un gros brochet posté à proximité. C’est là l’intérêt d’un gros jerkbait. Sa nage est moins prévisible, souvent moins frénétique que celle des leurres traditionnels et cela fait la différence. Il permet aussi bien d’imiter une proie malade ou blessée incapable de se sauver qu’un intrus insolent irritant le maître des lieux.
    Ce leurre est un glider (glisseur), il nage en zig-zag dans un plan horizontal en envoyant de larges éclats. C’est une forme de walking the dog sous l’eau. Son mouvement est déclenché par les coups de canne secs donnés par le pêcheur. L’animation se fait le plus souvent canne basse, le scion au ras de l’eau, la canne dans l’axe du fil ou de côté. Vous devez taper dans le fil sur environ 20 à 30 cm pour déclencher la rotation du leurre et son départ vers la droite ou vers la gauche. À ce moment-là, vous moulinez suffisamment pour rester en contact avec le leurre, mais sans le brider. Vous tapez alors une nouvelle fois dans le fil à moitié détendu, ce qui va renvoyer le leurre de l’autre côté. Vous n’avez plus qu’à répéter la manœuvre en réglant le rythme de rembobinage du fil, comme lorsque vous animez un leurre de surface en walking the dog. Les tapes dans le fil doivent être sèches au point qu’il fende l’eau bruyamment avec les plus gros leurres (en faisant des grands chlac !). Elles doivent être rythmées et réglées sur le fonctionnement du leurre utilisé.
    Vous disposez d’un leurre capable de faire des embardées considérables sur son inertie, risquant d’emmêler le fil dans les hameçons si vous ne reprenez pas automatiquement au moulinet la bannière détendue excédentaire. A la différence de l’animation walking the dog d’un leurre de surface classique, le leurre peut se soustraire à votre vue puisqu’il est sous l’eau. Son animation en aveugle est un peu plus difficile car vous pouvez vite lui taper dedans à contre-temps et le stopper dans son élan. Je vous recommande de commencer en eau claire avec des modèles flottants ou mieux suspending pour les pêches lentes dans peu d’eau, vous vous familiariserez ainsi facilement avec les rythmes convenant à vos divers jerkbaits. Pour mieux voir vos leurres, s’ils sont coulants, ou pour éviter de les accrocher sur un fond qui remonte par exemple, vous pouvez les animer canne haute à condition de vous situer à une distance suffisante pour que le fil pose encore sur l’eau. Toute la réussite de cette pêche réside dans la qualité de l’animation qui, comme vous l’aurez compris, est loin d’être mécanique. Les changements de rythme bien dosés permettent au leurre de passer de petites à de grandes embardées et inversement en alternant avec des arrêts. Pendant ces moments, il convient de bien garder le contact en tendant légèrement le fil pour détecter la moindre touche.
    Le ferrage doit être énergique pour faire glisser le leurre, bloqué fermement dans la gueule pavée d’un gros brochet et y claver correctement les gros hameçons triples. A défaut, le poisson ne serait pas piqué et se décrocherait rapidement, ce qui est souvent le cas avec des cannes trop souples.

    Le matériel

    Cette technique ne convient pas au matériel traditionnel de spinning ou de casting. Elle nécessite plutôt un ensemble de casting robuste. Le risque, avec du matériel trop léger, c’est la casse de la canne au moment du lancer de leurres trop lourds. Ensuite, une canne trop souple ne permet pas de réaliser une animation assez sèche, elle encaisse l’impulsion qui n’arrive pas au leurre. Plus le leurre est gros et lourd, plus la canne doit être puissante et raide, autant pour l’animation que pour le ferrage. Les fabricants indiquent souvent les puissances sur leurs cannes, il convient de s’y référer.
    La canne doit être courte, entre 1m80 et 2m10, et légère pour ne pas être trop fatigante. Le jerking du leurre nécessite de placer le scion au ras de la surface de l’eau, la canne faisant un angle le plus important possible avec la surface. Une canne longue handicape cette manœuvre. Un matériel bien équilibré permet de pratiquer cette pêche confortablement.
    Le moulinet est garni d’une tresse solide d’un diamètre d’environ 25/100 pour permettre d’assurer une parfaite transmission des impulsions vers le leurre. Cette tresse autorise aussi des ferrages puissants. Il n’y a rien de plus rageant que de casser net au ferrage avec une tresse sous-dimensionnée, fragilisée, sur un raccord par exemple, après plusieurs heures d’animation. Le frein est réglé dur pour un ancrage optimal des pointes du triple dans la gueule d’un beau spécimen. Il devra être rapidement desserré après la prise pour éviter de risquer le décrochage d’un poisson par manque d’élasticité de l’ensemble canne / tresse sur un rush puissant. La tresse sera prolongée d’un avançon métallique ou en nylon hard mono ou fluorocarbone d’environ 70/100. Nous avons déjà eu l’occasion d’expliquer l’efficacité de ce type d’avançons à plusieurs reprises dans la revue. Les avançons métalliques sont la garantie absolue contre les dents des brochets, ils peuvent être multibrins ou monobrin en acier inoxydable ou titane. Le titane a l’avantage de résister à la déformation.
    Lorsqu’on s’emmêle un peu lors de l’animation ou au poser de son leurre, ou aussi lorsqu’on souhaite faire couler légèrement un leurre suspending, l’utilisation d’un avançon métallique monobrin se justifie. Je préfère pour ma part la discrétion du nylon ou du fluorocarbone. Si l’eau est claire, il peut être utile de faire précéder les avançons de 1 à 1,5 mètre de fluorocarbone. Attention toutefois à ne pas créer un point faible supplémentaire qui pourrait lâcher sur un ferrage appuyé. Dans le même ordre d’idée, le leurre doit être attaché à une agrafe solide et fiable lui laissant toute liberté de mouvement.

    Le matériel spinning est inadapté

    Même s’il est bien sûr possible de pratiquer la technique occasionnellement avec un moulinet à tambour fixe, il vaut mieux l’éviter si le moulinet n’est pas vraiment robuste. Le tambour fixe ne permet pas un bon contrôle de la ligne et donc de la chute du leurre, ce qui engendre un impact bruyant et un risque d’emmêlage de la ligne dans les hameçons. Avec ce type de moulinet et un leurre de près de 100 grammes, on risque à tout moment de se blesser les doigts avec la tresse, autant au moment du lancer en risquant de se cisailler l’index, qu’en voulant contrôler le déroulement du fil et l’impact du leurre. Il est beaucoup plus facile de freiner ce type de leurre avec le pouce sur une bobine tournante d’un moulinet de casting qu’avec la main opposée ou l’index sur un tambour fixe. Le moulinet de casting permet un bien meilleur contrôle. Il est aussi beaucoup plus robuste qu’un tambour fixe et encaissera les chocs à répétition infligés par le contact rythmé avec le leurre.

    Minimiser l’impact du leurre sur l’eau

    Avec un moulinet de casting, on peut, avec un peu d’habitude, minimiser l’impact du leurre à la surface de l’eau. Il faut pour cela effectuer un lancer puissant, balancé sous la canne de telle façon que le leurre parte horizontalement en rasant l’eau. Au fur et à mesure de son avancée vers le point d’impact, on remonte la canne vers la verticale tout en appliquant une pression de plus en plus forte avec le pouce pour freiner le déroulement de la bobine. On peut réellement finir avec le bras tendu vers le ciel si le leurre est assez loin. Avec un peu de maîtrise (je reconnais que c’est plus facile à dire qu’à faire), on peut poser de très gros leurres discrètement. C’est une forme de pitching lourd.


    Côté couleurs

    Osez les couleurs tape-à-l’œil style Fire Tiger pour les eaux teintées ou les poissons très actifs ou au contraire endormis. Revenez à des couleurs plus imitatives comme perche naturelle ou gardon pour les eaux claires et les poissons plus méfiants. Posséder un coloris agressif et un coloris neutre de ses modèles favoris est un bon choix. Si vous souhaitez essayer à peu de frais, je vous suggère de commencer en achetant quelques leurres de taille moyenne entre 30 et 50 grammes et en utilisant une de vos cannes les plus rigides. Vous pourrez goûter à cette technique avant de franchir le pas vers un matériel lourd spécifique. Il ne me reste plus qu’à vous souhaiter, bon “jerk”…

  • Une partie de pêche au jig léger avec Eric Despalin

    Une partie de pêche au jig léger avec Eric Despalin

    Cette pêche tout en finesse, Eric l’a utilisée avec succès au cours de sa saison de compétition de street fishing 2008 et aussi en pêche de loisir. Elle lui a permis de réussir de belles pêches de perches et d’accéder ainsi aux podiums. C’est une pêche délicate, terriblement efficace sur de nombreux poissons. Les brochets pris lors de notre sortie hivernale avec Eric, dont les photographies illustrent cet article, attestent de son efficacité. Nous allons essayer de vous en faire découvrir toutes les subtilités.

    Par Philippe Collet

    Un jig léger et un trailer

    On entend ici par jig une tête plombée entourée de fines fibres vibratiles de caoutchouc ou de silicone ligaturées pour former une collerette. Ce jig est léger car monté sur une tête en plomb ou en tungstène de 0,45 à 3,5 g (1/64 à 1/8 d’once). Les tailles d’hameçon de ces leurres s’échelonnent du 4 au 1 pour les plus gros. On est loin des rubber jigs traditionnels de 10, 15 grammes ou plus, armés d’hameçons de 2/0 ou 3/0 utilisés avec de gros trailers. Peu de fabricants et d’importateurs proposent pour le moment ce type de produit dans leur gamme. Ces têtes, bien qu’elles puissent pêcher seules, sont prolongées par un trailer (traduction littérale de l’anglais : « remorque »). Le trailer est un leurre souple de petite taille plutôt filiforme qui va ajouter un signal supplémentaire et constituer une bouchée plus conséquente pour le carnassier. Il va aussi contribuer, comme la jupe, à ralentir la chute du leurre et le rendre encore plus planant. Le trailer doit être adapté à la taille de l’hameçon et à celle des poissons recherchés. Les différents exemples photographiés ici doivent vous permettre de vous faire une idée des bonnes proportions. Il existe plus de trailers que de jigs sur le marché, de nombreux petits leurres souples peuvent faire l’affaire. Leur taille s’échelonne entre 2 et 4 pouces, la plus couramment utilisée est 3 pouces ou 8 cm (un pouce = 2,54 cm).


    Une technique discrète

    L’avantage principal de la technique est sa discrétion. Le leurre ne fait qu’un petit « ploc » lorsqu’il entre en contact avec l’eau. A l’inverse du fracas d’un leurre lourd claquant à la surface, qui alerte voire effraie les poissons convoités, l’impact de ce dernier sur l’eau a plutôt tendance à les attirer. Sur les plans d’eau très pêchés où les poissons sont éduqués, la discrétion de cette technique joue pour une bonne part dans son efficacité.

    Des cannes adaptées

    Même si les trailers pèsent parfois plus lourd que les têtes jigs, l’ensemble jig plus trailer reste léger. Pour le lancer correctement, il va falloir s’équiper d’un matériel adapté. Les cannes sont des modèles spinning, choisies Medium Light, Light ou Ultra Light selon le type de leurre utilisé et le poisson recherché. Elles doivent posséder une réserve de puissance suffisante pour pouvoir ferrer des poissons à la gueule pavée de dents comme le brochet et surtout combattre des poissons de taille parfois conséquente. Elles doivent aussi être sonores pour transmettre à la main du pêcheur le maximum d’informations lors de l’animation, parfois très lente, du leurre. Une canne à lancer ultra-léger ou léger à truite ne convient généralement pas, car trop souple d’action. Ces dernières sont suffisamment douces de pointe pour lancer et animer correctement les leurres et pour ferrer sans encombre sur une tresse ou un fil fin. Elles ont une grosse réserve de puissance dans le talon pour assurer les ferrages et les combats avec les poissons. Ces cannes sont souvent monobrin, ce qui leur confère une meilleure sonorité et augmente leur solidité. Les adeptes de l’encombrement réduit pourront toutefois en trouver de bonnes en deux brins égaux.


    Des moulinets légers et fiables

    Pour cette pêche, on privilégie les moulinets spinning (les moulinets à tambour tournant ne permettant pas de propulser efficacement des leurres si légers). Ces moulinets doivent avoir un frein irréprochable pour que les fils fins dont ils sont garnis puissent encaisser des ferrages appuyés et des rushs violents sans casser. Ils doivent être dotés de bobines larges, surtout lorsqu’on les remplit de fluorocarbone, et être légers pour ne pas déséquilibrer les fleurets sur lesquels on les fixe.


    Des tresses ou fluorocarbones fins

    Pour lancer suffisamment loin et précisément des leurres légers à très légers, il va falloir revoir à la baisse le diamètre de sa ligne. Pour une bonne transmission des informations, des touches notamment, il faut s’équiper soit de tresse fine, soit de fluorocarbone. La tresse sera choisie dans des diamètres allant du 5 au 10 centièmes de millimètres. Le fil, du fluorocarbone, beaucoup moins élastique que le nylon, sera choisi entre 18 et 21 centièmes. Comme pour la pêche à la mouche, le diamètre de la ligne sera adapté à la taille et au poids du leurre. Le fluorocarbone a les faveurs d’Eric pour les pêches à faible distance, notamment en rivière. Celui-ci utilise la tresse pour les pêches en lac ou lorsqu’il doit lancer un peu plus loin, et plus précisément en rivière. Le fluorocarbone est très tactile, notamment lors des phases de relâcher du leurre, lorsque la bannière est moins tendue. Il a, par contre, l’inconvénient de ne pas permettre de longs lancers. Eric n’hésite pas à emporter avec lui une bobine de moulinet supplémentaire, lui permettant d’alterner rapidement tresse ou fluorocarbone, selon le type de poste prospecté et de pêcher ainsi au plus juste. Tous les fluorocarbones ne conviennent pas au remplissage des bobines des moulinets. Ce fil est raide et peut facilement foisonner. Seuls les fils prévus pour cet usage (plus souples et conditionnés dans des longueurs suffisantes) sont intéressants. S’il pêche en tresse, Eric ajoute une pointe d’environ 1,5 mètre de fluorocarbone, de 18 à 21 centièmes, avant son leurre.

    Un éventuel shock leader pour les brochets

    Dans les eaux abritant une bonne population de brochets et si ces derniers sont actifs, Eric peut ajouter une pointe anti-dents, un shock leader, d’un diamètre s’échelonnant alors entre 38 et 45 centièmes selon la taille du leurre utilisé. S’il utilise de la tresse, Eric passe de cette dernière à un 21 à 25 centièmes fluorocarbone, sur un peu plus d’un mètre, avant la connexion avec le shock leader. La longueur de ce dernier s’élève à 30 ou 40 centimètres. Elle diminue au fur et à mesure des changements de leurre qui sont connectés par un noeud plutôt que par une agrafe trop peu discrète.
    Eric peut toutefois faire l’impasse du shock leader en privilégiant une pêche plus productive de perches et chevesnes et en misant sur la chance de ne pas être coupé par les brochets. En effet, les petits leurres et hameçons présentés ici ont tendance à glisser au ferrage dans la gueule pavée de dents du brochet et à venir se ficher dans son bord plus tendre. De plus, le combat, mené sans forcer, sur des cannes certes puissantes mais tout de même douces, permet de minimiser les risques de se faire couper si le fluorocarbone, assez résistant à l’abrasion, passe entre les dents du carnassier. Lors de notre reportage hivernal sur un petit plan d’eau du département de l’Aisne, les brochets étaient très actifs et ont constitué nos seules prises, nous avons donc progressivement placé un shock leader de 38 ou 40 centièmes sur toutes les cannes. Sur six poissons tenus dont deux décrochés nous n’avons pas enregistré une seule coupe. Deux poissons de plus de 75 cm ont étés pris durant notre partie de pêche sur un 21 centièmes fluorocarbone monté en direct.


    La technique

    La pêche au jig léger est une pêche de prospection lente, que ce soit sur des postes précis ou en pleine eau. On est loin du power fishing avec des leurres à billes, lancés et ramenés rapidement canne basse. Après le lancer, la descente du leurre est accompagnée, canne haute, fil à peine tendu, à la façon des pêcheurs au mort manié, pour ne pas brider la descente mais tout de même permettre la détection fine des touches. On recherche le plus souvent le contact avec le fond avant de commencer l’animation. Cette dernière doit être lente et coulée pour que le leurre ne remonte pas vers la surface. Si l’on n’a pas l’habitude, il convient de reprendre contact de temps en temps avec le fond pour vérifier que l’on pêche bien. Progressivement on acquiert instinctivement les bonnes sensations et on pêche de plus en plus juste. Cette technique nécessite une bonne concentration et une grande dose de patience, car la prospection est lente. Le leurre doit paraître suspendu dans la couche d’eau, sa nage plutôt linéaire est de temps en temps entrecoupée d’animations tremblotantes pour faire gonfler la jupe et se tordre le trailer. La tête plombée ne doit pas être trop lourde pour éviter qu’elle ne se plante directement au fond à chaque relâcher. Pour cela, Eric utilise le plus souvent des têtes de 0,5 à 1,75 g. Il monte à 2 ou 2,5 g lorsqu’il pêche les bords de courants profonds de la Seine. Dans cette version légère et avec des leurres de 3 pouces, Eric trompe de nombreux chevesnes amenés à se méfier des petits leurres durs qui leurs sont présentés régulièrement. Animation canne haute. La canne et la ligne forment un angle de 90°.


    Proche de la nymphe au fil

    Cette technique s’apparente à la pêche en nymphe au fil du moucheur. Le choix du poids du leurre est primordial. Il est fonction du volume de ce dernier, de la profondeur du poste prospecté, du courant, du vent, etc. En rivière, le courant est un allié précieux pour proposer aux poissons un leurre dérivant naturellement. En plan d’eau, Eric s’appuie sur le vent, à condition qu’il ne soit pas trop fort. Dans ce cas, la ligne forme un ventre qui réduit les sensations. Si Eric ne pêche pas trop loin, il privilégiera une ligne en fluorocarbone pour sa bonne transmission des touches sur un fil à moitié détendu. Eric affectionne particulièrement les leurres aux coloris verdâtres, neutres, de type watermelon ou green pumpkin.

    Les poissons touchés

    Cette technique est destinée en tout premier lieu aux perches. Elle fonctionne très bien sur les chevesnes à condition d’utiliser des montages légers, car ces poissons sont très méfiants. Elle prend régulière-ment des sandres et des brochets et peut aussi réserver quelques surprises comme la prise d’un barbeau, d’une grosse brème ou d’une carpe. L’aromatisation de la plupart des leurres est probablement un atout pour leurrer ces poissons plus sensibles au goût qu’à l’animation.

  • Chevesne for ever…

    Chevesne for ever…

    Garbeau, Cabot, cabède, cheu-cheu, lèche-à-tout…les pêcheurs ne sont pas avares lorsqu’il s’agit de trouver des noms d’oiseaux pour désigner ce bon Leuciscus céphalus, j’ai nommé notre « Chevesne National ». Éternel poisson de deuxième classe, il n’en demeure pas moins un vrai animal sauvage dont la pêche est tout sauf artificielle et peut se pratiquer en première comme en deuxième catégorie. La truite est fermée ? Cet hiver, pêchez sauvage, pêchez chevesne !

    OK, passés les trois premiers coups de tête, il se défend souvent comme une pantoufle, et lorsqu’on lui rend la liberté, le dit chevesne vous laisse dans la main gauche une grosse envie de savonnette, mais à la guerre comme à la guerre, un pêcheur ne s’arrête pas à ça ! En se frottant énergiquement avec du sable et des algues, cela pue tout de suite un peu moins. Bien sûr, personne ne se vante de sa capture…lors des pêches en aveugle, une exclamation désobligeante accompagne toujours le moment où il paraît au regard :
    – zut (euphémisme), un chevesne !

    Son abondance explique que sa capture ne fasse jamais la une des magazines. Mais c’est un tort. Dans certaines conditions, le chevesne peut être bien plus méfiant qu’une truite. Et sa vilaine bobine ne doit pas nous faire oublier que ce sont les vrais poissons qui font les vrais pêcheurs. A l’ère du simulacre généralisé, et de l’invention de la pêche hors sol, il n’est pas inutile de le rappeler. Son comportement alimentaire et ses moeurs sont proches de ceux de la truite. Il lui manque seulement les points noirs, le goût pour les courants plus frais et plus vifs, aussi, et surtout, un instinct moins grégaire. Car le chevesne est un être presque sociable. De ses souvenirs d’alevin, il garde les joies saines de la vie en groupe. Suspicion, opportunisme… par certains aspects, le chevesne a quelque chose d’humain. Une partie de la difficulté de sa pêche en eau claire vient de cet instinct grégaire.

  • Pêche à la mouche : rester dans le coup sous la pluie

    Pêche à la mouche : rester dans le coup sous la pluie

    Pêcher à la mouche sèche quand il pleut est une activité contradictoire. Les mouches coulent dès les premières dérives, les boîtes prennent l’eau quand ce n’est pas le téléphone portable, les clefs de voiture ou l’appareil photo. Il existe aujourd’hui des moyens efficaces dans différents domaines pour continuer de pêcher (presque) normalement sous une pluie battante.

    Par Philippe Boisson

    La pêche est souvent très bonne au printemps sous la pluie. Les gobages sont nombreux et réguliers tant que le niveau des rivières ne monte pas exagérément. C’est l’occasion de réaliser les plus belles pêches à la mouche de la saison. Tout l’équipement du pêcheur doit être adapté à ces conditions particulières sous peine de voir se transformer l’espoir d’une pêche miraculeuse en calvaire plutôt irritant. On s’est tous fait avoir par ces situations que l’on rencontre plus fréquemment au printemps qu’en été. Les journées de pluie (pas toujours fines…) où ça gobe partout nous font sortir comme des escargots. Les années de sécheresse que l’on vient de subir (en espérant que ça revienne à la normale), nous ont fait oublier à quel point la pêche à la mouche sous la pluie demande une adaptation du matériel. Car dans ces conditions, les problèmes s’additionnent naturellement si l’on n’a pas pris certaines précautions au préalable. La pêche de rêve que l’on sentait si proche se transforme en douche froide. Les mouches qui coulent, les boîtes qui prennent l’eau, les bas de lignes qui vrillent, tout va de mal en pis. L’ensemble de ces malheurs peut être contré par des petites choses qui rendent la vie beaucoup plus belle lorsque les prises s’enchaînent avec facilité alors que les “collègues” sont partis pour une belle galère. De nos jours, la technique et la technologie qui en découlent permettent de profiter d’une foule d’avantages qui n’existaient pas il y a quelques décennies. Alors on aurait tort de s’en priver, non ?


    1 – Un petit sac étanche

    Avec le développement des appareils électroniques, des sacs étanches de toutes dimensions voient le jour. Les plus petits modèles se glissent aisément dans une des poches du gilet de pêche ou peuvent se fixer à la ceinture. Les modèles Aquapac ou Simms sont particulièrement bien conçus. Ils permettent d’épargner le téléphone, l’appareil photo, les clefs de voitures et les papiers importants. Fini le stress, à condition de ne pas perdre le précieux sac avec tout dedans !

    2 – Une graisse à tout faire

    Si comme moi, vous n’êtes pas un adepte de la graisse pour graisser les mouches, un petit tube accroché au gilet par temps de pluie peut être bien utile. Il permet de faire flotter à nouveau une pointe de soie, une portion de bas de ligne, d’étanchéifier un accroc sur sa veste de pluie ou ses waders. Et lorsqu’il pleut vraiment, il ne reste plus que cette solution pour faire flotter les mouches, y compris celles en hackles de coq ou en poils de chevreuil pourtant résistantes à l’immersion. On trouve cette graisse à tout faire chez tous les distributeurs (Devaux, TOF, JMC, Ardent Sport, Marryat, etc.).


    3 – Le produit sèche-mouche

    S’il existe plusieurs types de produits pour faire sécher les mouches, certains font dans le préventif afin d’éviter qu’elles ne prennent l’eau. C’est le cas des solutions liquides imperméabilisantes que l’on trouve en petits flacons. Il suffit d’y tremper une mouche attachée à son bas de ligne avant qu’elle n’ait pris l’eau, de l’agiter dans le flacon et le tour est joué. Cela paraît étonnant, mais après quelques faux lancers pour éliminer le produit, ça flotte ! Certes, la manipulation du flacon lorsque l’on est au milieu de la rivière n’est pas des plus pratiques, alors on peut toujours anticiper en préparant quelques mouches avant d’entrer en scène. C’est toujours mieux que de vider la moitié du flacon dans l’eau de sa rivière préférée…


    4 – Des mouches qui flottent

    Avoir dans sa boîte des modèles de mouche flottant bien haut sur l’eau, est une nécessité par temps de pluie. Les matériaux synthétiques comme le Z-Lon ou l’Aérofibre (comme ici en toupet au-dessus de la collerette parachute de ce sedge) ont apporté une meilleure flottabilité des mouches sèches avec en prime une grande capacité à s’essorer en quelques faux lancers. Associés, aux poils de cervidés ou aux collerettes en hackles de coq horizontales, ces matériaux sont très utiles. En revanche, les dubbings en poils naturels (lapin, lièvre, castor, etc.) se noient très facilement.


    5 – Un fil qui ne vrille pas

    Aussi étrange que cela puisse paraître, les “nylons” en copolymère que l’on utilise pour constituer nos bas de ligne réagissent à l’humidité. Et sous la pluie leur comportement est différent de celui par temps sec. Certains modèles ont la fâcheuse manie de vriller pour un rien lorsqu’ils sont manipulés dans une humidité excessive. C’est le cas avec les fils très souples, justement si prisés des moucheurs en temps “normal”. Quel que soit le diamètre, ils peuvent poser des problèmes pour passer dans les anneaux et perturbent la présentation de la mouche. Pour les gros diamètres, le Maxima et le JMC Camoufil sont les plus recommandables et pour les petits diamètres, le Rio Powerflex est un des moins sensibles. Pour les autres, le problème est généralement présent… et persistant.


    6 – Des noeuds adaptés

    Certains noeuds sont plus adaptés que d’autres lors d’une utilisation par temps très humide. Pour attacher la mouche à la pointe du bas de ligne, le noeud de cuiller est a proscrire au profit d’un noeud coulissant de type noeud du pendu. Les noeuds coulissants ne se serrent pas prématurément comme le noeud de cuiller et ainsi limitent le vrillage sur les deux ou trois centimètres avant le noeud. Idem pour les noeuds reliant les parties du bas de ligne entre elles. Si le noeud baril reste incontournable pour les gros diamètres (50 à 25/100), le noeud de chirurgien le remplacera pour les diamètres inférieurs. Ce noeud permet lui aussi d’obtenir un résultat très “propre”, exempt de vrillage de part et d’autre du noeud une fois serré. Par temps sec, il est conseillé de l’humecter avant serrage, ce qui n’est pas obligatoire par temps de pluie.

    7 – Et l’amadou ?

    La nature des noeuds employés pour la constitution des bas de ligne peut limiter le vrillage du fil par temps humide. Pour le raccord pointe/ mouche, le noeud de cuiller ne convient pas car il se serre trop tôt et crée un véritable tire-bouchon sur les deux ou trois derniers centimètres. Pour les brins intermédiaires (12 à 20/100), le noeud de chirurgien doublé ou triplé convient bien. Le noeud baril sera réservé aux grosses sections, c’est-à-dire du 45 au 25/100. Dans tous les cas, il faudra veiller à soigner la réalisation des noeuds, ce qui n’est toujours facile lorsqu’il tombe des cordes et que le nylon n’en fait qu’à sa tête !

    8 – La bonne veste

    Les vestes de wading se sont généralisées. Elles font aujourd’hui partie de l’équipement du pêcheur à la mouche. Mais toutes ne sont pas étanches sous des trombes d’eau. Les coutures doivent êtres collées (c’est généralement visible sur la face à l’intérieur) car toutes les coutures restent le point faible de ces vestes. Les grandes marques (Patagonia, Geoff Anderson, Bare ou Orvis) ont planché durant de longues années pour résoudre des problèmes techniques complexes et il semble aujourd’hui que les derniers modèles soient fiables. En tous cas, la prudence incite à mettre le prix pour acquérir un modèle haut de gamme qui dure dans le temps. Le coté “respirant” de ces vestes, mis en avant par les fabricants, ne doit pas se faire au détriment de leur qualité principale : l’étanchéité.

    9 – Des boîtes étanches

    Les boîtes à mouches étanches ne sont pas encore très répandues mais chaque année, elles sont de plus en plus nombreuses aux catalogues. Munies de joints qui garantissent une étanchéité permettant d’épargner les mouches sèches d’un bain forcé et les hameçons d’une rouille inéluctable, ces boîtes sont vraiment intéressantes. Citons les boîtes étanches C&F, Orvis ou Marryat. Hormis durant les jours de pluies, elles règlent le problème des boîtes qui trempent dans l’eau lorsqu’on pêche en wading. Il est par contre recommandé de jeter un coup d’oeil aux joints de temps en temps pour éliminer les brindilles et autres matériaux qui risquent de laisser passer l’eau.


    10 – Une visière pour y voir clair

    Il n’y a rien de plus désagréable qu’une capuche de veste de pluie qui vous tombe sur les yeux ou les lunettes lorsqu’il pleut. Alors, pour remédier au problème, une casquette à large visière sous la capuche constitue une bonne solution et tout va immédiatement beaucoup mieux. Il existe des visières intégrées dans les capuches, mais qui ne sont pas assez couvrantes. À quand des capuches avec une visière coulissante que l’on puisse sortir en cas de besoin. Car il n’est jamais très agréable de porter une casquette en plus d’une capuche de veste de pluie. Messieurs les fabricants, à vous de plancher !

  • Truite, des poissons nageurs pour débuter la saison !

    Truite, des poissons nageurs pour débuter la saison !

    Généralement, quand on parle de pêche à la truite aux leurres, la cuiller tournante s’impose comme la technique reine dans l’esprit des pêcheurs. Mais ce serait une erreur que de s’en satisfaire, tant la polyvalence et l’efficacité des poissons nageurs permettent des explorations qu’aucune cuiller ne saurait vous offrir.

    Par Achille Gan

    Plutôt habitué aux carnassiers des eaux de deuxième catégorie, comme le black-bass et le brochet, j’aime appliquer, à la truite, certaines techniques qui leur sont habituellement destinées. Dès que je retourne quelques jours dans les monts du Forez, en Auvergne, ou plus rarement à l’occasion d’une escapade pyrénéenne, sur les gaves, avec l’ami Fabien, je ne résiste pas au plaisir de pêcher la truite à l’aide de poissons nageurs.
    Au fil des années passées dans la région d’Ambert, j’ai appris qu’il n’était pas nécessaire de se précipiter pour commencer, dès l’ouverture, à utiliser les poissons nageurs à la recherche des farios autochtones. Mis à part d’exceptionnelles conditions durant lesquelles il est toujours possible de mettre à l’eau ces petits plugs avec succès, mars est un mois où la température de l’eau des rivières de moyenne montagne, parfois très froide à cause des précipitations et de la fonte des neiges, n’incite pas encore les truites à s’aventurer hors de leurs caves profondes. Elles sont, en effet, assez difficilement atteignables avec ce type de leurres. Ces poissons peu actifs ne se déplacent pas, ou peu, pour s’alimenter, et des techniques de présentation plus verticale surpassent nettement les prospections en lancer-ramener que l’on pourrait nommer, une fois n’est pas coutume, le power fishing salmonicole ! Je me suis fait une raison, car, comme pour le bass, l’utilisation des leurres doit avant tout rester ludique, ce qui peut me priver parfois de pêche, mais c’est un choix ! Le milieu du mois d’avril est généralement meilleur car il annonce le réveil de la nature et voit les cours d’eau s’animer sous l’effet de l’ensoleillement et de la température qui augmente. La chaîne alimentaire s’étoffe et c’est le bon moment pour commencer à utiliser les poissons nageurs, d’autant que les truites se postent de manière plus marquée dans les veines d’eau, les amortis, les chutes d’eau et les remous créés par des blocs rocheux ou les embâcles. La lisière des sous-berges, à proximité de leurs abris, est aussi un poste de premier choix. Le métabolisme des truites est à la hausse et justifie une alimentation riche et nourrissante. Elles apprécient volontiers des proies conséquentes et s’orientent, dès qu’elles le peuvent, vers les vairons et autres petits cyprins d’eaux vives, les chabots, mais aussi leurs propres alevins ou ceux des ombres communs qui peupleront, eux aussi un peu plus tard, les radiers de ces cours d’eau. Afin d’optimiser mes sorties, j’évite absolument les moments de fortes eaux et attends la baisse de niveau et l’éclaircissement avant de recommencer à pêcher au poisson nageur. Surtout en début de saison, il faut favoriser les périodes stables où l’eau reste claire et pendant lesquelles la température progresse régulièrement.
    Si les gelées nocturnes sont encore fortes, je sais qu’il faudra attendre le début d’aprèsmidi pour renouer avec les touches. L’observation des conditions et l’adaptation rapide sont importantes en ce début de printemps. Plus tard, une fois l’été installé, il m’est arrivé de toucher de jolis poissons sur les bordures, sitôt après un orage, mais toujours avant que l’eau ne soit trop mâchée ou dès le début de son éclaircissement. Très souvent, les poissons nageurs donnent leur maximum en eaux claires à légèrement troublées.


    Bien s’équiper

    Si la pêche en grande rivière demande un matériel adapté et robuste qui se rapproche parfois, dans les longueurs et les puissances, à celui utilisé pour les brochets ou les sandres, je me restreindrai à vous décrire celui que j’utilise plus souvent dans ces cours d’eau petits et moyens comme la Faye, l’Anse, les Couzes ou la Dore qui serpentent dans le puy de Dôme. Vous pourrez facilement l’adapter à vos rivières moyennes et ruisseaux favoris car, vous le verrez, je ne me complique pas la vie ! Commençons par détailler les cannes que j’ai choisies pour lancer des leurres de 3 à 6,5 cm. J’ai opté pour une Trinis 6 pieds ultra-light (TRS 602 UL), prévue pour lancer de 0,9 à 5 g, qui est très maniable dans les petits cours d’eau et dont l’action semi-parabolique convient très bien à ce type de pêche. Précise au lancer, elle ploie progressivement lors des combats en protégeant la ligne fine de la casse et en évitant les décrochages des captures. La seconde canne est aussi une canne Sakura, puisqu’il s’agit de la Trinis 7 pieds medium-light (TRS702 ML), dont la puissance est légèrement supérieure – elle lance jusqu’à 10,5 g – et l’action plus rapide mais sans excès de raideur. Ses caractéristiques et sa longueur permettent de s’attaquer aux rivières plus larges, où il faut plus de levier pour lancer confortablement et conserver un bon contrôle du leurre dans les larges veines d’eau, le tout sans craindre le combat avec une truite de taille plus qu’honorable.
    En ce qui concerne le moulinet, il est nécessaire d’avoir une récupération de ligne assez élevée pour pouvoir pêcher vers l’amont de manière confortable. Le Morphéo 2500 récupère 0,75 m par tour de manivelle et reste assez léger pour ne pasdéséquilibrer ces cannes. Bon marché et de qualité très correcte, avec ses sept roulements à billes, je l’utilise plus tranquillement qu’un moulinet très haut de gamme qui subirait inévitablement les mêmes outrages, notamment en wading et dans les phases de crapahut : immersions répétées, chocs sur les rochers… Je le garnis de nylon Aya en 0,178 mm et j’utilise de petites agrafes 00 ou 0, sécurisées par un solide noeud palomar. Quand je dis que mon moulinet est garni de nylon, en réalité, je n’utilise que 50 m pour les pêches en ruisseau et 75 m pour les cours d’eau plus larges. En revanche, je remplace le nylon avant chaque cession et remplis ma bobine à ras bord. Comme je le disais plus haut, les poissons nageurs sélectionnés ne dépassent pas les six centimètres et demi et se situent même plutôt entre trois et cinq. Pour prospecter les fosses, j’ai opté pour des petits crankbaits de 4 cm provenant des séries Imatetra Di et Tri. Récemment distribuée en France, la marque IMA offre de nouvelles possibilités avec ces mini crankbaits suspending qui parviennent à approcher le mètre de profondeur en plongée, ce qui est bien suffisant pour ce type de gabarit de rivière. Armés d’hameçons Owner d’origine, ils garantissent un ferrage sûr et une tenue des poissons vraiment exceptionnelle. S’il faut aller plus profond, j’opte sans hésiter pour un modèle coulant comme le Rapala Original Countdown ou des lipless crankbaits. Pour insister près d’un poste marqué, comme il faut souvent le faire en début de saison, la densité neutre des Imatetra est aussi très intéressante et j’ai aussi retenu les Target Minnow 65SU de River2sea pour ce type d’utilisation. La silhouette de ce dernier est plus élancée et sa réactivité aux petits jerks lui donne vraiment l’aspect d’un petit vairon paniqué qui ne manque pas d’exciter l’agressivité des truites lassées par son manège agaçant. Il est bien sûr indispensable d’avoir quelques poissons nageurs flottants pour prospecter le dessous des frondaisons ou ratisser les radiers peu profonds. Rapidement devenus référents auprès des traqueurs de perches, les Baby Crank 30F et le Baby Minnow 50F sont de vrais aimants à truites. Leur nage respective et leur efficacité ne tarderont pas à convaincre les amateurs de poissons nageurs miniatures. L’équipement est complété par une bonne paire de cuissardes ou de waders ainsi que par un gilet multi-poches ou un chest-pack, type Koa-Bag, pour transporter leurres et accessoires de façon compacte. Il faut rester léger, mobile et précis dans cette pêche, souvent très sportive.

    Sélection et stratégies

    Loin de mes boîtes pour le bass, souvent surchargées de leurres, je suis beaucoup plus concis sur ma sélection. Vous l’avez vu, six ou sept modèles suffisent pour faire face aux principaux types de postes, et je me suis cantonné à trois teintes pour m’adapter à la couleur et à la température de l’eau. Lorsque l’eau est claire, les coloris naturels l’emportent : les “ayu”, “bronze back”, “aurora black” ainsi que les robes “vairon” et “truitelle” figurent parmi mes incontournables. Quand l’eau se réchauffe, j’aime bien utiliser des crankbaits noirs qui rappellent la couleur et le comportement des têtards dont les truites aiment bien se nourrir. Lorsque les eaux se troublent ou si les conditions d’ensoleillement sont faibles, j’affectionne les teintes plus vives, voire fluo, qui semblent énerver au possible les truites en poste. Le “mat tiger”, l’orange, le rose et le violet font partie de ces coloris vraiment agressifs qui donnent de très bons résultats, et plus particulièrement avec des crankbaits.
    L’action de pêche proprement dite est généralement orientée vers l’aval ou le trois quarts aval, pour bien faire travailler votre poisson nageur, qui s’appuiera correctement sur le courant. On peigne ainsi de larges zones en passant au crible les postes potentiels qui s’y trouvent. En présence d’obstacles volumineux dans le lit du cours d’eau, positionnez-vous de manière à pouvoir quadriller au plus près toutes ses bordures en trois ou quatre passages. Parfois, on est amené à prospecter vers l’amont,d’où la nécessité d’avoir un moulinet à ratio élevé pour garder le contact avec le leurre dès son amerrissage et durant l’animation vers l’aval en dépassant la vitesse du courant. J’aime varier la vitesse de récupération mais aussi sa cadence. Profitant de diverses densités de mes leurres, j’effectue des pauses, dans le courant, avant de réaccélérer brusquement. Comme avec les gros black-bass, l’attaque survient à souvent à ce moment-là. La truite répond très bien aux leurres conçus pour déclencher les attaques réflexes, comme les cuillers et les crankbaits. Ces derniers peuvent être récupérés en linéaire de façon très soutenue avec le maximum d’efficacité. C’est bête et méchant, mais ça marche, surtout lorsque les truites sont sorties se poster en pleine rivière. Servez-vous de ce principe pour surprendre une belle fario repérée sans lui laisser le temps de la réflexion.
    Quand vous utiliserez des crankbaits, tirez profit de leur aptitude tout terrain, qui leur permet de se faufiler à travers les obstacles en y rebondissant, sans s’accrocher. C’est surprenant et, sur des parcours très fréquentés par des pêcheurs à la cuiller et au vairon manié, j’ai souvent pu faire la différence en allant débusquer des truites sur des postes sûrement trop scabreux pour mes confrères. Mis à part lors des récupérations de l’amont vers l’aval, où les touches peuvent être plus difficiles à gérer, il n’est pas vraiment nécessaire de ferrer lorsque vous percevez l’attaque, souvent violente. Le leurre est en action sur une ligne tendue et, si vos hameçons sont bien affûtés ou choisis parmi les plus piquants du marché (Gamakatsu, Owner, Daiichi, etc.), la truite se piquera toute seule à l’impact. Amusezvous bien !

  • La pêche à la lame vibrante

    La pêche à la lame vibrante

    La lame vibrante ou « blade » en anglais est un leurre vibrant relativement ancien, mais qui devient de plus en plus populaire auprès des pêcheurs de carnassiers, au point qu’en 2012, presque tous les fabricants ou importateurs en proposeront à leur catalogue. La lame vibrante est régulièrement utilisée par les compétiteurs à qui elle procure souvent de bons résultats. Ce petit morceau de métal a plus d’un tour dans son sac pour séduire nos chers carnassiers, nous allons essayer de vous les décliner ici.

    Une lame vibrante est constituée d’une feuille de métal emboutie et percée de plusieurs trous. Sur cette feuille, le plus souvent de la forme d’un petit poisson, est moulé un lest en plomb pour les lames les plus basiques ou en tungstène pour les plus sophistiquées. Ce lest est le plus souvent situé sur le ventre et le menton du leurre. Plusieurs trous situés sur la face inférieure servent au montage des hameçons doubles ou triples et parfois de palettes ou autres appendices. D’autres trous souvent au nombre de trois sont percés dans le haut de la feuille métallique, au niveau du dos du leurre, pour sa fixation à la ligne. Le leurre doit être fixé à l’aide d’une agrafe afin de lui laisser une bonne liberté de mouvement car selon la position de l’agrafe, il évoluera différemment. Plus on avancera le point d’accroche vers l’avant et plus la nage sera rapide et saccadée; plus on l’éloignera vers l’arrière et plus la nage sera ample. En pêche verticale, à l’aplomb du bateau, on privilégiera une fixation sur le trou central s’ils sont trois ou sur le trou arrière s’il n’y en a que deux.

    Un leurre de prospection rapide

    Avec sa densité élevée, la lame autorise de très longs lancers et permet de couvrir rapidement un territoire important en quête de poissons actifs. C’est à la base un leurre de prospection rapide, mais il n’est pas fait que pour cela.