Catégorie : Technique

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  • La pêche au streamer selon Sébastien Allatissière

    La pêche au streamer selon Sébastien Allatissière

    La pêche au streamer n’est pas forcément une technique aussi mécanique et rébarbative que l’on veut bien le croire ou le dire. Elle peut paraître simpliste lorsqu’elle est pratiquée au petit bonheur la chance sur des poissons frais, mais devient intéressante et gratifiante lorsqu’elle est pratiquée, avec méthode et intuition, sur des poissons relativement éduqués. Sébastien Allatissière, le maître incontesté de la pêche au streamer en réservoir, va nous révéler l’essentiel de sa technique au fil de cet article. Vous y trouverez nombre des trucs qui lui ont permis et lui permettent encore de si souvent réussir en compétition.

    Par Philippe Collet


    La distance de lancer

    Tous ceux qui se sont frottés à Sébastien en compétition savent qu’il ne pêche pas dans le même plan d’eau que les autres. Il pose ses mouches régulièrement à très grande distance (au-delà de 35 mètres, parfois tout près de 40 mètres) et réalise quasi systématiquement des posés de qualité, bien en ligne. Il sollicite ainsi des poissons moins vigilants car se sentant en sécurité, hors d’atteinte. Il ne s’embarrasse alors pas à essayer de leurrer des poissons visibles en bordure. Il les intéressera à un moment ou un autre en ramenant ses mouches vers la berge.
    Le lancer à distance permet un gain d’efficacité considérable dans l’action de pêche. Les mouches non seulement pêchent plus loin, mais aussi beaucoup plus longtemps une fois en place, c’est-à-dire une fois arrivées à la bonne profondeur, bien en ligne avec la soie. Alors qu’un pêcheur moyen va pêcher efficacement sur environ 20-25 mètres, Sébastien le fera sur au moins 30-35 mètres, soit environ un tiers de plus, ce qui va lui permettre la mise en oeuvre efficace d’animations spécifiques. En posant ses mouches bien en ligne, Sébastien peut détecter la touche instinctive d’un poisson surpris par l’arrivée du leurre sur son territoire. Les posés en paquet, à grande distance, qui sont souvent l’apanage des soies de type shooting mal utilisées, ne permettent pas ces prises. Le poisson est le plus souvent affolé par la soie proche de la mouche. Si toutefois il s’empare de cette dernière, il peut la gober et la recracher plusieurs fois avant que le pêcheur n’ait résorbé les 3 ou 4 mètres de soie nécessaires à la prise de contact.

    Une couverture en éventail

    Sébastien veille à pêcher chaque poste en éventail. Si la configuration de l’arrière du poste le permet, il modifie son angle d’attaque à chaque lancer. Il se déplace aussi latéralement. Cela permet d’aborder les poissons différemment et d’éviter de matraquer systématiquement la même zone. La distance de lancer évoquée précédemment contribue aussi à augmenter l’intervalle entre les posés et à moins effaroucher les poissons.

    Ne pas hésiter à changer d’animation, de mouches, de soie

    Un autre secret de la réussite de Sébastien réside dans le changement régulier de mouches, de densité de soie et d’animation. Au moins, tant qu’il n’a pas trouvé une technique dont l’efficacité est flagrante. J’ai eu l’occasion de pêcher à côté de lui en compétition. Alors qu’il venait de prendre des poissons avec une technique, il rembobinait tranquillement sa soie, raccrochait sa mouche et changeait de canne, donc de densité de soie et de style de streamers. Il anticipait en fait l’accoutumance des poissons situés devant lui, en leur proposant autre chose, avant même d’enregistrer un ralentissement dans leur réaction. Pour ma part, je cherchais désespérément ce qui pouvait fonctionner et me serais volontiers cantonné à reproduire une technique efficace ! Tentant de copier ce qu’il faisait : mêmes soies, mêmes couleurs, je me suis vite retrouvé totalement déboussolé. N’essayez pas de “prendre” Sébastien au streamer, il est quasiment impossible de le suivre à cette technique. Il a déstabilisé plus d’un de ses voisins en compétition. Si vous pêchez pour le plaisir, pensez à changer régulièrement de poste pour solliciter des poissons “neufs”, alternez les animations, vous pourrez ensuite vous tourner vers un changement de mouches, puis de soie, jusqu’à trouver une technique qui vous permet d’enchaîner les prises de façon régulière. La journée passant, avec ses conditions météorologiques parfois changeantes, vous aurez intérêt à remettre votre technique en cause régulièrement pour continuer à toucher des poissons.

    Le matériel

    Pour cette pêche, Sébastien utilise des cannes de 10 pieds pour soie de 7 ou de 8, des Loomis GLX 2 brins traditionnelles. Il ne s’embête pas avec les moulinets et se sert toujours de ses vieux Dragonfly Cartridge 395. Ses soies préférées sont les intermédiaires Partridge Réservoir en taille 7, les soies Airflo intermédiaires rapides et S3 (coulante de 3) traditionnelles Delta Polyfuse en 7, une S 6 Cortland s’apparentant plus à une S 4 ou une S 5 qu’il affectionne pour son placement rectiligne sous l’eau (pas de ventre). Sébastien pêche aussi au streamer en soie flottante avec une soie Cortland 444 SL en WF 7. Il utilise du fil fluorocarbone Falcon en 21,5, 19,8, 17,7 ou 15,9 centièmes. Les petits diamètres sont réservés à la pêche en soie flottante. Pour la pêche en soies plongeante ou intermédiaire,Sébastien noue ses mouches le plus souvent sur un 21,5. Il peut être amené à réduire à un 19,8 si l’eau est claire ou pour améliorer la nage de ses streamers si les poissons sont un peu trop regardants. Quand les poissons sont difficiles, la pêche en soie flottante permet à Sébastien de placer ses mouches au même niveau qu’avec une soie intermédiaire, mais de ralentir considérablement son animation. A ce moment-là, il doit réduire le diamètre du fil utilisé car l’animation lente laisse plus de temps au poisson pour observer le montage. Il peut pêcher plus fin car la soie flottante oppose moins d’inertie à la touche et l’animation plus douce occasionne moins de risques de casse.


    Les bas de ligne

    Le bas de ligne est raccordé directement à la boucle de la soie réalisée en nylon de 40 centièmes (montage détaillé dans le n° 64 de Pêches sportives). Sébastien réalise ses potences avec des noeuds de pendu à 4 et 4 tours ou, si le fil est fin, 4 et 5 tours pour le brin le plus fin. La potence est toujours réalisée avec le brin qui remonte vers la soie. Pour la pêche avec des soies plongeantes ou intermédiaires, il utilise le plus souvent du fluorocarbone de 21,5 centièmes et en noue de 1,80 m à 2 mètres, de la soie à la première mouche. Il espace ensuite les deux mouches de 2,20 m. Les potences mesurent de 15 à 25 cm. Elles font en fait 25 cm au départ de la partie de pêche et réduisent progressivement en taille au fur et à mesure des changements de streamers. Pour la pêche en soie flottante, les longueurs sont identiques, mais les diamètres de fil sont plus faibles : 19,8 entre la soie et la première mouche, 17,7 ou 15,9 entre les deux mouches. Sébastien peut aussi n’utiliser qu’un seul streamer, notamment lorsque l’eau est très claire. Il allonge alors son bas de ligne pour placer la mouche à environ 4 mètres de la soie.
  • Nymphe à vue, l’art de l’animation

    Nymphe à vue, l’art de l’animation

    L’animation des nymphes s’apprend, se perfectionne, de façon très personnelle. C’est un art, précis, où chaque geste est pesé. Avant d’en comprendre la technique, une observation des larves et des nymphes dans leur milieu est indispensable pour disposer ensuite de ce petit plus qui fait une grosse différence.

    Par Jean-Marc Theusseret

    Pour qui consacre un peu de temps à l’observation des truites et des ombres par simple curiosité, la connaissance du comportement de ces poissons s’en trouve considérablement accrue. Ainsi donc est-il fréquent de voir les truites et les ombres s’élancer soudainement à la poursuite de nymphes comme si elles étaient sur le point de leur échapper. Combien de pêcheurs à la nymphe ont pris le temps d’observer les nymphes en mouvement dans l’eau ? Il est facile de s’en procurer quelques-unes et de les mettre dans un bocal ou un aquarium. On apprend beaucoup ainsi sur l’agilité avec laquelle certaines larves d’éphémères se déplacent dans l’eau. La force développée par ces petites bestioles dans un milieu 800 fois plus dense que l’air est véritablement prodigieuse.
    Elles évoluent par saccades de 5 à 10 cm avec une grande vivacité. C’est cela que le pêcheur à la nymphe devra reproduire. Parmi les tours de main à connaître par les pêcheurs à la mouche, l’animation de la nymphe est l’un des plus subtils. Avant d’arriver à le maîtriser, bon nombre de débutants en abusent un peu trop. Souvent, le nympheur en herbe pense qu’il est impossible que la truite ou l’ombre arrive à distinguer cette petite imitation qui dérive au gré du courant. L’animation de la nymphe est alors exagérée, dans le seul but de montrer au poisson “qu’on est là !”. En réalité, les poissons voient très bien les nymphes, et les prennent souvent aussi lorsqu’on ne les anime pas. Certains pêcheurs rencontrent le problème inverse, qui est de ne pas animer suffisamment. Le plus souvent, ils veulent le faire, mais une mauvaise gestion de la longueur de la soie et du bas de ligne lors de la dérive fait que le mouvement imprimé à la canne ne se transmet pas jusqu’à la nymphe.

    Juste éveiller l’attention des poissons

    C’est un classique de la pêche aux leurres en général, qu’il s’agisse de mouches, de cuillers ou autres poissons nageurs. Autant les poissons peuvent réagir pleinement à une nymphe animée, autant ils s’en méfient si celle-ci a eu lieu trop tôt. Pourquoi ? L’explication est à la base même de la pêche à la mouche d’aujourd’hui, pratiquée sur des parcours publics très fréquentés s’entend. En animant la nymphe, on déclenche un réflexe chez la truite ou l’ombre qui, comme la plupart des animaux, réagissent très bien aux mouvements. La première étape est donc réussie. Mais si elle a lieu trop loin du poisson, l’effet est immédiatement cassé au moment où, inévitablement, la nymphe drague. En animant, on tire forcément sur le bas de ligne. Le phénomène est accentué par le fait que cette animation ne sert, nous l’avons vu, qu’à éveiller l’attention des poissons convoités. Le relâcher qui suit est un modèle de dragage, la nymphe replongeant en biais en direction du pêcheur. Ne perdez jamais de vue que, moins vous animez, moins la nymphe risque de draguer au relâcher. L’animation ne doit servir qu’à éveiller l’attention du poisson, rien d’autre. Pour être efficace, vous devrez apprendre à animer au dernier moment, alors que votre nymphe qui dérive dans le courant s’approche du poisson. En pratique, il faut arriver à le faire à 15 ou 20 cm du poisson. Toute la difficulté vient du fait qu’il faut savoir précisément où se situe sa nymphe qui dérive au fil du courant. C’est là où il faut du “métier”. Les meilleurs pêcheurs à la nymphe savent toujours à 1 ou 2 cm près où est leur nymphe, y compris sur des dérives de souvent plus de 10 mètres. Cela s’apprend par la répétition, par la pratique. C’est une perception qui comprend l’observation des réactions du poisson ainsi que l’appréciation que l’on a des dérives que l’on effectue. Pour débuter, il est conseillé de choisir un secteur peu profond avec un courant qui coule de façon régulière, sans turbulences. A partir d’une certaine vitesse de courant (un peu moins d’un mètre par seconde), les choses se compliquent. Car, même si l’on sait exactement où est sa nymphe, il est indispensable d’anticiper l’animation, ce qui correspond au temps nécessaire pour créer le mouvement imprimé à la canne et au bas de ligne. Il est fréquent dans ces conditions d’animer trop tard, une fois que la nymphe est passée au niveau du poisson.

    Entre la truite et l’ombre, des différences notables

    Les ombres réagissent plutôt mieux que les truites à l’animation des nymphes. Certains jours, il est même quasiment impossible de les faire s’intéresser aux nymphes si on ne les anime pas de façon relativement énergique. Les ombres montent parfois chercher une nymphe animée assez loin au-dessus ou même derrière eux, comme ilsle font parfois pour intercepter des nymphes naturelles. A croire que ces diables de poissons ont des yeux derrière la tête ! On observe cela sur les radiers au courant qui accélère progressivement. Pour la truite, l’animation est beaucoup plus discrète. Juste ce qu’il faut pour qu’elle la voie. Ensuite, c’est à elle de se déplacer.

    Un geste qui s’apprend

    Il existe plusieurs façons d’animer une nymphe. Une des plus efficaces consiste en un mouvement latéral du poignet de droite à gauche, en continu. Pour que la nymphe soit animée, vous devrez lever légèrement votre canne tout en continuant le mouvement du poignet. La nymphe remonte alors par petites saccades de 5 à 10 cm, d’une façon très réaliste, à la manière de nombreuses espèces de larves et de nymphes naturelles. Ce geste n’est pas très fluide au début, mais il s’apprend vite. Evitez de crisper le bras et le poignet. Au contraire, détendez-vous, ça ira beaucoup mieux !

    Et pour la nymphe “au fil” ?

    L’animation des nymphes concerne aussi les techniques de pêche à la nymphe en aveugle, mais reste beaucoup plus limitée. Elle peut intervenir en fin de dérive. C’est même une technique à part entière, qui marche très bien. La nymphe est lancée très en amont du pêcheur et coule librement. Arrivée au niveau du pêcheur, celui-ci lève lentement la canne, ce qui a pour effet de tendre – dans l’ordre – la soie, le bas de ligne, puis de faire remonter la nymphe. La remontée s’effectue alors en continu et non plus par saccades. Cette remontée continue permet de déceler les touches lors de l’arrêt du bas de ligne, en général. Yann Caléri nous a fait découvrir cette technique dans le détail dans le DVD Pêches sportives n° 9.

  • Prises surprises à l’ultraléger

    Prises surprises à l’ultraléger

    Ombres, spirlins, goujons, blageons, carpes, tels sont les surprises occasionnelles que réservent la pêche à l’ultraléger avec des leurres qui sont destinés à la truite, mais qui intéressent finalement différentes espèces, petites ou grosses, par curiosité ou instinct de territorialité.

    Par Alain Foulon

    Le caractère fantasque de l’ombre commun a toujours fasciné le pêcheur à la mouche artificielle qui prête à ce poisson toutes les vertus sportives d’un adversaire à sa mesure. Bon nombre de théories ont donc été échafaudées à son sujet pour comprendre, voire expliquer de manière rationnelle comment ce poisson pouvait être à ce point circonspect quand il s’agissait de le faire monter sur une minuscule imitation d’insecte aquatique. Ceci, alors qu’une petite bête ou un simple ver de terreau grossièrement présenté entre deux eaux suffisaient généralement à tromper sa méfiance légendaire. Pourtant, celui que Léonce de Boisset qualifiait de « plus aristocratique par l’élégance de ses formes, la distinction de ses manières…», est un poisson opportuniste qui n’hésite pas à diversifier sa nourriture, se montrant même ichtyophage à certains moments de l’année ou de la journée. Beaucoup de pêcheurs méconnaissent encore le comportement capricieux et imprévisible de l’ombre commun qui est pourtant tout à fait capable d’attaquer un leurre présenté de façon convenable, que ce soit une cuiller tournante ou un poisson nageur. Je vous convie à la découverte de cette technique étonnante et passionnante qui risque, une fois de plus, de froisser la susceptibilité de certains pêcheurs qui décrèteront de façon péremptoire que l’ombre ne peut être pêché autrement qu’au moyen d’une canne à mouche !

    Mes expériences personnelles

    Comme une majorité de pêcheurs, j’ai longtemps et essentiellement recherché l’ombre commun en seconde catégorie, après la fermeture de la truite, afin de prolonger la trop courte saison de pêche à la mouche, mais également pour jouir pleinement de l’arrière-saison et admirer les couleurs automnales de la toute proche vallée de la Dordogne. En revanche, il m’arrivait assez fréquemment de capturer ces poissons en recherchant la truite au lancer léger ou ultraléger sur des rivières de première catégorie comme la Combade, le Thaurion ou la Vienne aux alentours de Limoges dans la Haute- Vienne. Je pris accidentellement mes premiers poissons durant une crue qui s’était maintenue plusieurs jours à un niveau stabilisé. Recherchant les truites sur les bordures où le courant était beaucoup moins impétueux, j’avais noué une cuiller Aglia fluo numéro 1 dont les caractéristiques mécaniques et les signaux visuels me permettaient de prospecter efficacement les rares dérives naturelles exploitables. Plusieurs attaques violentes avaient avorté malgré l’attention que je portais à mes dérives et à la qualité de mes récupérations ; elles intervenaient systématiquement quand la force du courant en fin d’animation faisait décrire le fameux arc de cercle à mon leurre qui remontait légèrement en fin de coulée.
    C’est ainsi que je pus entrapercevoir, l’espace de courts instants, des poissons monter rapidement vers ma cuiller avant de rejoindre prestement le fond après l’avoir attaqué avec une rare violence. Après plusieurs échecs répétés, un poisson aux reflets d’argent finit par se piquer à l’hameçon triple et je pus enfin admirer ma capture : il s’agissait bel et bien d’un ombre qui, une fois décroché, rejoignit rapidement son élément ; ce jour-là, je pris plusieurs poissons qui n’hésitèrent pas à attaquer très franchement mon leurre, gueule clouée sur l’armement triple. Ainsi, et de façon assez régulière mais jamais systématique, je pris des ombres sur ces rivières acides du Limousin alors que je recherchais essentiellement la truite autochtone.
    Bien des années après, un voyage en Mongolie me permit de vivre une expérience étonnante et similaire qui allait me permettre d’exploiter cette nouvelle voie. Alors que je recherchais les Taïmens et les grosses Lennox de la rivière au moyen d’un poisson nageur, je pris plusieurs ombres communs sur des leurres très volumineux. Malgré la taille imposante de mes crankbaits, les ombres les attaquaient violemment et se piquaient sur les trois branches de l’hameçon triple de queue. De toute évidence, ces ombres communs étaient les mêmes poissons que nous trouvions en France ou en Europe. La différence fondamentale résidait dans l’importance des bancs qui se nourrissaient sur le fond de la rivière et sur l’amplification du phénomène de concurrence alimentaire qui semblait régir la vie du groupe. D’ailleurs, il était plus rapide de capturer plusieurs poissons à la cuiller tournante pour en prélever quelques-uns pour le déjeuner ou le dîner, que de présenter une mouche artificielle, fût-elle noyée !

    Sur les traces de nos aînés

    Par la suite, je me mis à rechercher plus spécifiquement les ombres au moyen d’un lancer ultra léger afin de rendre cette quête moins aléatoire et plus passionnante encore à pratiquer. Au fur et à mesure que ma technique s’affinait et que je multipliais les expériences au bord de l’eau, j’acquis la certitude que ce poisson s’alimentait plus régulièrement que nous l’imaginions d’alevins et que l’opportunisme dont il faisait preuve dans le choix de son alimentation se rapprochait sensiblement de celui du barbeau, un autre poisson des eaux vives de notre pays et aux goûts également éclectiques. Mes recherches se portèrent également sur la littérature halieutique du début et de la moitié du vingtième siècle. Le premier ouvrage dans lequel je pus lire quelques pages sur la pêche de l’ombre au leurre fut écrit par Pierre Lacouche ; intitulé « Les pêches sportives », il aborde succinctement la technique à mettre en ?uvre et fait la part belle aux observations de l’auteur qui possédait une résidence secondaire à la confluence… de la Combade et de la Vienne ! Je ne peux m’empêcher d’avoir une petite pensée émue pour cet auteur prolifique quand je projette mon leurre dans les environs de ce secteur surnommé « Le pont du Rateau » ; de nombreuses années après, il est toujours possible de capturer quelques ombres sur la Vienne, même si la population des truites, quant à elle, a très nettement régressé. Enfin, dans son remarquable ouvrage « Poissons des rivières de France – Histoire naturelle pour les pêcheurs » édité aux éditions Librairie des Champs- Elysées, Léonce de Boisset écrivait au sujet de l’ombre commun : « J’ai lu, dans les auteurs anglais, que l’ombre d’un certain poids chasse et mange le Vairon. N’ayant jamais vérifié ce fait par mon expérience personnelle, j’avais écrit dans une petite étude sur l’ombre (L’ombre, poisson de sport. Librairie des Champs-Elysées. 1941) que je n’avais aucune connaissance d’ombres pris au devon ou à la cuiller et que j’estimais de telles prises douteuses, en France tout au moins. Cette réflexion m’a valu de la part d’aimables lecteurs des précisions du plus grand intérêt. L’un d’entre eux me dit avoir pris, au devon, des ombres de 450 à 700 grammes sur la haute Loire et sur l’Alagnon, un autre à la cuiller dorée sur le Guiers, et un troisième, toujours à la cuiller, sur la Loue.
    Un correspondant belge m’informe, de son côté, de prises d’ombres, au Devon, sur un affluent de l’Amblève, en Belgique, et sur la Roer, dans l’Eiffel allemand. Le doute n’est plus possible et l’ombre est bien, comme d’ailleurs la plupart des poissons, ichtyophage…
    ». Le doute n’est plus possible en effet, l’ombre pouvant devenir un redoutable prédateur et, par voie de conséquence, être capturé au moyen d’un leurre. Je vous livre le fruit de mon expérience personnelle, considérant que la technique que je mets habituellement en oeuvre est perfectible et qu’elle n’est pas nécessairement transposable à tous les types de cours d’eau !

    Une technique fine et délicate !

    Si l’ombre commun qui vit en Mongolie est capable d’attaquer un leurre volumineux, il paraît toutefois plus logique d’employer un matériel plus léger sous nos cieux afin de tenir compte des spécificités de nos rivières et de l’importance de leurs peuplements. C’est donc logiquement que j’ai sélectionné un ensemble ultraléger pour traquer le bel Etendard. J’utilise une canne dont la longueur est comprise entre 1,50 m et 2,10 m en fonction des caractéristiques du cours d’eau que je souhaite prospecter. Un lancer assez long favorise néanmoins les dérives aval qui sont généralement les plus utilisées pour la pêche de l’ombre commun. En effet, la prospection la plus efficace consiste à faire évoluer une cuiller tournante trois-quarts aval afin qu’elle puisse décrire un arc de cercle assez accentué ; l’attaque intervient souvent quand le leurre arrive dans l’alignement du pêcheur.
    Il est également possible de parvenir au même résultat lors des prospections vers l’amont à condition de provoquer le même phénomène, c’est-à-dire en inclinant le scion perpendiculairement à la trajectoire initiale au cours de la dérive. Dès que le leurre amorce un changement de direction, l’ombre commun déclenche son attaque qui est d’une fulgurance étonnante et d’une rare agressivité. Beaucoup de poissons se décrochent peu de temps après l’attaque, mais le plaisir que provoquent les quelques captures compense largement la frustration engendrée par les nombreuses touches avortées. S’agissant des leurres à utiliser, je privilégie les cuillers tournantes de petite taille (tailles 0 et 00). Je travaille actuellement sur de nouveaux prototypes de cuillers tournantes qui me donnent de très bons résultats. Je les utilise depuis plus d’un an ; elles se sont révélées particulièrement efficaces au coup du soir. Ce poisson est assez peu farouche, mais il est toutefois recommandé de faire preuve de discrétion afin de ne pas éveiller trop tôt sa méfiance. En prenant toutes les garanties nécessaires, il est possible de faire monter des ombres sur un leurre à des distances relativement proches du pêcheur. La pêche à vue est également possible, mais nécessite une approche lente et mesurée. Le principal problème n’est pas de faire réagir un ombre aux différents stimuli visuels et vibratoires d’un leurre, mais bel et bien d’assurer un ferrage efficace.
    Les pêcheurs les plus respectueux pourront remplacer l’armement traditionnel par des hameçons simples sans ardillon. Enfin, je privilégie les dérives entre deux eaux en maintenant mon scion sous un angle de 45 degrés environ afin de provoquer la montée des poissons et ainsi augmenter les probabilités de capture ou, au contraire, je le positionne au ras de la surface afin d’accompagner le leurre dans sa dérive quand le fond est plus important et qu’il est nécessaire de pêcher creux. Pour le reste, rien ne différencie la capture d’un ombre avec une canne à lancer d’une autre technique de pêche, surtout quand le pêcheur emploie un monofilament d’un diamètre de 10 centièmes. Et je dois bien avouer que la violence libérée par ce poisson au moment de l’attaque tranche radicalement avec « l’élégance de ses formes, la distinction de ses manières, le bon ton de sa robe… » du grand Léonce de Boisset.

  • La perche aux leurres de surface par Alban Choinier

    La perche aux leurres de surface par Alban Choinier

    Dans toutes les techniques de pêches, on peut avoir deux types d’approche : soit on cherche les gros poissons et on accepte d’avoir peu de touches, soit on cherche à s’amuser et on en prendra alors de toutes les tailles. Dans ces pêches dites “ludiques’’, il en existe une qui est sans aucun doute la plus amusante qui soit, celle de la perche aux leurres de surface.

    Par Alban Choinier

    La perche est l’un des carnassiers français les mieux représentés dans l’hexagone. Quel que soit l’endroit où vous habitez, que ce soit en plaine ou en montagne, à Rouen ou à Toulouse, les rivières et les lacs sont la plupart du temps correctement peuplés en Perca fluviatilis. Même si leur taille n’atteint pas des sommets, elles sont nombreuses et surtout très réceptives aux leurres en tout genres. Alors, autant en profiter ! Bien sûr, il existe une centaine de manières différentes de capturer une perche. Nous nous intéresserons ici qu’à la pêche en surface, car même si ce n’est pas la meilleure façon d’en prendre beaucoup, c’est assurément la technique la plus amusante ! La perche est, avec le black-bass et la truite, le carnassier qui a le plus l’habitude de venir chasser sa proie en surface. Quand on se promène le soir le long des rivières pendant l’été, on entend souvent le bruit caractéristique des perches en chasse. Ce sont des bruits d’aspiration, sortes de “tchoc, tchoc, tchoc’’, produits par des perches qui poursuivent des alevins en surface. Elles attaquent le leurre en surface comme elle le ferait avec un alevin tentant de fuir. Avant qu’elles ne prennent le leurre en gueule, vous les voyez souvent suivre en petit groupe. Entre-elles la compétition alimentaire est en jeu et pour vous, c’est le petit coup de scion pile au bon moment qui déclenchera l’attaque.
    Qu’y a-t-il de meilleur, halieutiquement parlant, que de voir un poisson attaquer ? La pêche de la perche au poisson nageur est un peu ce que la nymphe au fil est à la pêche à la mouche. C’est bien, mais rien ne vaut un beau gobage ! Prenez une petite canne, glissez une boîte à leurres, une paire de ciseaux et une bobine de fil dans vos poches, mettez vos lunettes polarisantes sur votre nez et allez tentez deux ou trois perches en surface. Ça devrait vous plaire…

    Quels leurres utiliser ?

    Deux types de leurres font fureurs sur les perches : les stick bait et les poppers. Les sticks baits : ces leurres flottants sans bavette nagent en zigzag à la surface en imitant un poisson moribond. De tous les leurres de surface, les sticks baits sont les plus polyvalents, suivant leur taille, ils intéresseront tout aussi bien les truites que les perches, les brochets, ou les bars, et même les liches. Les sticks baits dont les tailles sont comprises entre 3 et 8 centimètres seront des cibles de choix pour les perches. Les tailles plus grosses peuvent déclencher des attaques mais provoquent souvent de trop nombreux décrochés.

    Les poppers : c’est typiquement le leurre qui fait rire tout le monde : « mais comment veux-tu que ton machin prennent un poisson ? ». J’ai bien dû entendre cette phrase cent fois. Si je n’avais qu’un leurre de surface à prendre pour la perche, ce serait un popper. Déjà parce que leur animation est un régal et ensuite parce que les perches les attaquent avec une violence inouïe. Leur taille doit être comprise entre 3 et 6 centimètres. Nous avons pu remarquer avec mes collègues de pêche que la plume située sur l’hameçon triple à l’arrière du leurre a une importance en matière de nombre de touche sur les poppers alors que cela semble passer inaperçu sur les stick bait.

    Comment animer ces leurres ?

    Les stick baits : les stick baits s’animent scion à ras de l’eau en ramenant lentement et régulièrement tout en donnant des petits coups de scions eux aussi réguliers. Vous pouvez varier la vitesse de récupération et l’ampleur des “virages’’ du leurre en variant l’intensité des coups de scion. Quand le leurre nage correctement, il va créer à la surface de l’eau un V qui attirera les poissons de loin. Les perches préféreront certains jours des animations rapides et d’autres jours des animations lentes. Il n’existe aucune vérité dans ce domaine. Si elles manquent le leurre mais continuent à attaquer, comme c’est souvent le cas, n’hésitez pas à faire des courtes pauses (1 ou 2 secondes) pendant l’animation pour laisser le temps au poisson de cibler son attaque.

    Les poppers : les perches ne sont pas des carangues et il ne faut pas s’acharner à faire le plus gros “pop’’ possible, bien au contraire. Nous avons tous entendu des perches chasser et il faut essayer de reproduire ce bruit avec un popper. Il est toujours délicat de comprendre pourquoi un poisson attaque un leurre, mais dans le cas du popper il semblerait que les perches se déplacent de loin car elles confondraient le bruit du popper avec le bruit d’une congénère en train de se nourrir. C’est pourquoi la fréquence et l’amplitude des “pops’’ ont beaucoup d’importance. Les meilleurs résultats sont obtenus avec des petites séries de quatre ou cinq “pops” suivi d’une pause d’une seconde puis d’un ou deux “pops” suivis d’une pause, puis de nouveau quatre ou cinq. Un peu comme une perche qui chercherait à attraper un alevin. Pendant le “pop’’, le leurre ne doit avancer que de quelques centimètres, pas plus. La pêche au popper est une pêche plutôt lente, du moins plus lente que la pêche au stick bait.

    Comment attacher ces leurres ?

     Avec des leurres de petite taille, il est difficile d’utiliser des agrafes sans contraindre leurs capacités de nage. L’idéal est de nouer directement le bas de ligne. En revanche, étant donné la relative rigidité de celui ci, le noeud doit être lâche afin de ne pas brider le leurre. Le noeud Rapala, qui forme une petite boucle quand il est terminé, est parfaitement adapté.


    Quelle canne choisir ?

    Il existe deux manières d’estimer la puissance d’une canne. Soit on parle de poids de lancer (exprimé en grammes) soit on parle de force de ligne à utiliser. Nous sommes plus habitués en France à parler de poids de lancer alors qu’aux Etats Unis ou au Japon, se sont les classes de lignes qui sont mentionnées sur les cannes. Par exemple, une canne d’une puissance de 5 à 20 grammes a une puissance de ligne conseillée entre 5 à 12 livres. Pour simplifier les choses, les Américains ont donné des noms à ces puissances : une canne de 5 à 12 livres (ou 5/20 gr) est une Médium (moyenne). Si la canne est un peu plus souple (4 à 10 livres ou 3/10 gr) elle sera une Medium Light (moyenne légère) et si elle un peu plus puissante elle sera une Medium Heavy (moyenne lourde). Quand on en prends l’habitude, ce classement simplifie les choses. Les leurres de surface couramment utilisées pour les perches pèsent entre 3 et 10 grammes, une canne d’une puissance Médium light (3/10 gr) est donc idéale. Si vouspêchez la truite en petite rivière, vous pourrez aussi utiliser votre canne à perche pour cet usage. Mais si vous pêcher aussi le blackbass, le sandre ou la truite en grande rivière, je vous conseille de prendre une canne Médium (5/20gr), car même si cela peut être un peu fort pour les plus petits leurres, vous pourrez l’utiliser sans problème pour extraire des blackbass des bois morts ou pêcher le sandre en vertical.
    Pour projeter et surtout animer correctement ces petits leurres, les cannes ne doivent pas dépasser 2,10 mètres de longueur. Plus longues, l’animation et le contrôle d’un leurre de quelques centimètres devient hasardeux. On trouve chez de nombreux fabricants des cannes en deux brins de 2,10 mètres pour des puissances données souvent comprises entre 5 et 20, voir 30 grammes. Ce sont des cannes dites M (Médium) qui seront parfaites pour l’usage que l’on veut en faire. Mais le marché des cannes leurres a évolué et le choix de cannes monobrins s’est considérablement étoffé. Autant les cannes en deux brins sont faciles à transporter, autant les cannes monobrins sont performantes (c’est mécaniquement compréhensible). Généralement plus courtes (heureusement pour le transport !) les monobrins de 6.3 pieds (1,9m) ou 6.6 pieds (2m) seront parfaites en puissance ML ou M.
    Les tailles de moulinet les plus couramment utilisées sont les tailles que l’on retrouve dans les séries 2000. Ce sont des moulinets qui pèsent entre 200 et 300 grammes. Tous les moulinets récents ont une double vitesse d’oscillation de la bobine autorisant l’utilisation de corps de ligne tressés.


    Comment garnir son moulinet ?

    La réponse est simple et sans ambiguïté : de la tresse ! L’animation de ces petits leurres nécessite de la précision que seule l’absence d’élasticité de la tresse peut donner. De plus, la tresse permet de lancer des poids légers à grande distance. Un autre aspect auquel on pense moins est le poids du nylon. Si vous lancez un leurre de 5 grammes à 15 mètres avec un nylon de 22/100, celui-ci va couler sur au moins 10 mètres. Votre petit leurre sera tiré vers le bas par le poids du nylon et sa nage en pâtira. A l’inverse, la tresse flotte et ce type de problème ne se pose pas. Les diamètres de tresse donnés par les fabricants sont complètements farfelus et souvent sous évalués, mais en règle générale, une tresse de 10 ou 13/100 conviendra à l’animation des petits poppers et stick bait.

    Quel bas de ligne ?

    Du fait de l’opacité des tresses, il n’est pas possible d’y attacher directement le leurre. Il faut toujours faire un petit bas de ligne noué, dont la longueur sera comprise entre 50 cm et 1 mètre, avec un matériau transparent comme du nylon ou du fluorocarbone. Ma préférence va à ce dernier, du fait de son absence de mémoire et sa très bonne résistance à l’abrasion. Le choix du diamètre est délicat. L’idéal en matière de nage est un 20/100. Mais étant donné l’absence d’élasticité de la tresse, au ferrage, les forces s’accumulent dans le bas de ligne. Il est donc nécessaire de le sur-dimensionner : un 25/100 s’avère parfait. Il m’arrive même de mettre un bas de ligne en 28/100 quand la zone est très encombrée pour pouvoir sortir un joli poisson des branches… ou avoir une chance de récupérer un leurre dans un obstacle ! Et les brochets ? Ils montent rarement sur les poppers mais adorent les stick baits. Généralement, ils préfèrent les grosses bouchés mais il arrive quelques fois qu’ils prennent un apéro… auquel cas si vous avez de la chance il sera piqué au bord de la gueule et sinon vous direz adieu à votre leurre ! Il n’existe aucune parade, les petits leurres ne nagent plus si le bas de ligne est en acier, en tresse ou en gros fluorocarbone.

    Où pêcher les perches en surface ?

    C’est de loin la question la plus délicate. J’aurais tendance à dire : là où elles sont ! A partir du moment ou les alevins sont nageants, les perches les suivent invariablement. Trouvez la nourriture et vous trouverez les perches ! Les bordures, les amas de branches, les blocs rocheux sont aussi d’excellentes zones. Il faut essayer de pêcher tous les postes qui vous sembles favorables. Si vous n’avez pas eu de perche derrière votre leurre au deuxième ou au troisième lancer, n’insistez pas et changez d’endroit. Quand elle sont-là, l’attaque est quasi immédiate. Ne cherchez pas obligatoirement les zones peu profondes.
    A l’inverse du brochet, la perche n’hésite pas à monter des profondeurs pour saisir un leurre en surface. Des profondeurs comprises entre 1 et 3 mètres d’eau seront valables. Cela dépend aussi de la clarté de l’eau. Plus l’eau est turbide et moins les perches se déplaceront pour chasser. J’ai déjà vu – dans des lacs alpins à l’eau cristalline – monter des perches de plus de 5 mètres de profondeur pour saisir un leurre en surface. Que ce soit en lac ou en rivière, les perches adoptent souvent les mêmes comportements. Ne restez pas statique, bougez, parcourez du terrain et cherchez-les. Les perches bougent beaucoup.


    Quand les pêcher ?

    En règle générale, les meilleurs moments correspondent aux mois les plus chauds. C’est-à-dire 11 mois de l’année à Toulouse et deux semaines à Lille ! Blague à part, il faut que l’eau soit chaude pour que les poissons, toutes espèces confondues, occupent la couche superficielle de nos rivières et plans d’eau. La pêche des perches en surface démarre réellement à partir du moment ou les alevins de cyprinidés sont éclos et nageant. Cela correspond souvent au mois de juin. Les perches montent alors sur les bordures et chassent dans peu d’eau jusqu’aux premiers froids un peu sérieux, souvent fin septembre pour la partie nord de la France et fin octobre pour la partie sud. Mais le climat étant farceur ces dernières années, on ne sait jamais jusqu’à quand les conditions peuvent rester favorables.

  • De l’intérêt des gros spinnerbaits

    De l’intérêt des gros spinnerbaits

    De tous les leurres “modernes”, le spinnerbait est le seul à avoir pu s’imposer sur le marché français. De nombreux pêcheurs de brochets en ont fait l’une de leurs bottes secrètes. Mais, avec l’été et le développement massif des herbiers, seuls les gros modèles émettant de fortes vibrations sont en mesure de décider les carnassiers à sortir de leurs refuges estivaux.

    Par Jean-Marc Theusseret

    Il y a cinq ou six ans, les spinnerbaits étaient quasiment inconnus des pêcheurs aux leurres français. Seuls les plus curieux, amateurs de leurres japonais et américains, avaient eu la bonne idée de tester l’efficacité redoutable de ces drôles de leurres sur les brochets et les black-bass. C’est d’ailleurs pour ce poisson que le spinnerbait a été conçu sur le principe d’une palette qui tourne sur elle-même (de to spin, “tourner sur soi-même”). Si son efficacité sur les blackbass n’a jamais fait l’ombre d’un doute, lorsqu’il s’agit de les chercher en prospection rapide (power fishing), la surprise fut grande sur les brochets européens. Les tailles usuelles des spinnerbaits importées en France concernent les modèles de tailles 3 et 4, voire 5, ce qui correspond à des tailles de palettes de 4 à 6 cm au maximum pour un poids de 15 à 25 g tout compris. Ces leurres donnent de très bons résultats lorsqu’ils sont utilisés pour prospecter des herbiers parsemés de clairières.
    Les spinnerbaits jouent sur plusieurs registres : les vibrations, les éclats, les couleurs, l’action du leurre souple situé en queue. Ces spécificités font que les spinnerbaits sont censés interpeller tous les sens d’un carnassier comme le brochet. Le succès de ce leurre, qui reste le seul parmi les leurres modernes à avoir séduit l’ensemble des pêcheurs de carnassiers, réside dans sa facilité d’utilisation, car on le ramène en moulinant de façon régulière et parce qu’il ne s’accroche quasiment pas.


    De grosses palettes pour les provoquer

    La limite des spinnerbaits est atteinte lorsque les herbiers sont si denses qu’ils ne forment plus qu’un bloc compact. En été, les brochets s’y réfugient volontiers. Si l’on peut toujours employer un spinnerbait de taille standard pour le faire passer autour, voire au-dessus de ces blocs végétaux, les brochets ne réagiront pas forcément aux seules vibrations de ces leurres. Dans ce cas-là, l’utilisation d’un modèle beaucoup plus imposant fait souvent la différence, notamment sur les beaux sujets. Tout se joue sur les vibrations émises, car le plus souvent nos résidents de ces herbiers denses ne verront pas les leurres passer au-dessus de leur tête. Il est d’ailleurs très étonnant de constater à quel point la France est sans doute le pays d’Europe qui utilise les plus petits leurres pour la pêche du brochet. Les Néerlandais, Espagnols, Belges, Anglais, Irlandais, sans parler des Suédois, ne conçoivent pas de pêcher cette espèce avec des poissons nageurs de moins de 15 cm (c’est vraiment un minimum).
    Pour les spinnerbaits, la difficulté consiste avant tout à trouver des gros modèles. Les importateurs sont encore très frileux sur le sujet, mais heureusement les choses s’arrangent petit à petit. Pour autant, les modèles pourvus de palettes longues de 8 à 12 cm ne sont pas légion. Il s’agit en réalité de leurres conçus pour pêcher les muskinonges, ces brochets géants d’Amérique du Nord. Si la palette est intéressante, l’hameçon ressemble le plus souvent à une pioche et le leurre qui l’entoure est inadapté à l’utilisation que l’on souhaite en faire. La meilleure solution consiste alors à récupérer la ou les palettes, les anneaux brisés et les émerillons, et à construire un autre leurre à l’aide de corde à piano, d’un peu de soudure et de quelques accessoires.

    Les formes de palette

    La forme de la palette détermine autant sinon plus que sa taille la nature et l’amplitude des vibrations émises. On trouve dans le commerce deux formes de palettes. L’une est dite allongée ou “feuille de saule”, et l’autre, presque ronde, est dite “Colorado”. Ces deux formes dictent deux utilisations bien différentes. Les leurres munis de palettes allongées sont plus adaptés à une récupération rapide (power fishing) et à une utilisation dans un faible courant. Les leurres à palettes rondes se récupèrent très lentement et sont inadaptés à une récupération face à un courant même très faible (trop de “tirage”).

    Où les trouver ?

    Le marché des palettes de spinnerbaits, de surcroît lorsqu’il s’agit de gros modèles, est des plus confidentiels. Néanmoins, certains magasins spécialisés en proposent quelques modèles, comme les Damiki Spinner Willow #5, Damiki Spinner Colorado #4 ou les Megabass 3D Hydro Blade. Une autre option tout à fait recommandée consiste à récupérer des palettes sur les cuillers ou des spinnerbaits de grande taille comme la cuiller Mepps Giant Killer ou le spinnerbait Storm Wildeye Curl Tail Swim Shad #6.
    Pour les accessoires tels que jupes en silicone, plombs, corde à piano mais aussi palettes de toutes formes et de toutes tailles, le site Internet américain www.barlowstackle.com est une véritable caverne d’Ali Baba. Ces produits ne sont pas ou que très peu distribués en France, ce qui est dommage, car la pêche aux spinnerbaits a le vent en poupe.

    Une ou plusieurs palettes

    Les petits modèles de spinnerbaits importés en France nous ont habitués à des conceptions mariant deux, trois ou même quatre palettes, comme sur un très bon modèle de marque Booyah. Concernant les gros modèles de spinnerbaits, le principe du multi-palettes n’est sans doute pas aussi convaincant. Premier problème, le poids ajouté par la palette supplémentaire. Second problème, le tirage, qui nous amène directement vers le problème de l’équilibrage du leurre. Car, qui dit palettes de grande taille à fortes vibrations dit équilibrage du leurre à bien maîtriser. Pour nager convenablement, un spinnerbait doit le faire en position verticale et non sur le côté, ce qui est le cas lorsque le lest n’est pas assez important ou que la récupération se fait trop rapide. Une seconde palette oblige à surlester le leurre pour atteindre des poids de plus de 60 g. Comme toujours avec les gros leurres, un matériel spécifique est alors incontournable. Un poids global de 40 à 50 g doit être respecté pour pouvoir être utilisé avec une canne de puissance “heavy”, sans tomber dans des excès.

  • Sur les traces du sandre

    Sur les traces du sandre

    Poisson passionnant, énigmatique, le sandre continue de fasciner de nombreux pêcheurs. L’engouement de la pêche à la verticale relance les passions à travers tout le pays. Où en est l’espèce plus de trente ans après son arrivée massive en France ? Comment se passe la cohabitation avec le silure, son prédateur ? Comment expliquer ses changements de comportement au fil des saisons ? Autant de questions que tous les pêcheurs de sandres se posent et auxquelles nous allons tenter de répondre.

    Par Philippe Boisson

    Vous vous demandez sans doute pourquoi le sandre, superbe prédateur de nos eaux douces, n’est pas plus présent dans les pages de votre magazine. A vrai dire, nous avions comme beaucoup d’autres pêcheurs un peu perdu sa trace, une fois passé l’âge d’or de sa pêche dans notre pays, il y a une bonne vingtaine d’années. Dans les pays voisins, notamment l’Espagne et la Hollande, il se prend encore de grandes quantités de sandres. Mais il faut comparer ce qui est comparable. Les sandres hollandais du Noordzeekanaal, de Gooimeer, de Joppe ou de Nieuwe meer, vivent pour une bonne partie d’entre eux en eaux saumâtres, dans des milieux immenses, très différents des nôtres. L’Espagne et ses grands lacs de barrage présente des milieux plus comparables aux eaux de notre pays. S’il se prend encore beaucoup de sandres sur le lac de Mequinenza, l’époque où un seul pêcheur pouvait prendre une cinquantaine de sandres par jour est révolue. La forte pression de pêche qu’à connue le lac ces quinze dernières années a fait chuter les statistiques de façon conséquente. Comme quoi, tout s’explique ! Alors le sandre français serait-il le premier à avoir fait les frais de la surpêche ? Sans doute, mais pour autant la situation n’est peut-être pas désespérée. Une fois le coup de feu des bonnes années, le sandre a su se faire oublier. Ce cuirassé fascinant a toujours attiré les pêcheurs les plus passionnés, car sa prise régulière n’est que rarement le fruit du hasard. Il y a chez ce grand percidé un côté mystérieux qui fait qu’en général on devient “addict” pour longtemps ! Le sandre est en effet un peu l’arlésienne des poissons carnassiers. Parfois on les trouve facilement, alors qu’à certaines périodes ils disparaissent totalement sans que l’on sache vraiment pourquoi. C’est donc une quête passionnante, que l’électronique embarquée dans le plus performant des bateaux ne saurait réduire à une simple cueillette.
    Philippe Collet et moi-même avons retrouvé l’espoir et même beaucoup plus, suite à notre rencontre avec le pêcheur belge Wim Van de Velde (voir Pêches sportives n° 73). L’homme qui pêche avec un compteur dans son bateau pour être sûr de se souvenir du nombre de sandres pris par jour nous est apparu comme un extraterrestre ! Cet habitué de la pêche en Hollande, en Belgique et en France (second de la Coupe du monde de pêche des carnassiers de Carcans-Maubuisson en 2002) nous avait alors expliqué en détail sa technique de pêche en verticale.

    Impatients d’essayer !

    De retour en Franche-Comté, pour ma part, et en Picardie pour Philippe, nous allions nous empresser de mettre à profit l’enseignement du maître, tout en échangeant nos expériences. Mes débuts en verticale se sont effectués en float-tube, sans échosondeur et en lac de barrage. Dans une eau à 5 °C avec des wadders en toile percés et un temps à ne pas mettre un chien dehors, l’affaire semblait bien mal engagée. J’ai bien failli repartir tout de suite, me demandant quelle idée avait bien pu me traverser l’esprit, quand soudain une tape franche dans la canne me ramena à la réalité. Un brochet d’une cinquantaine de centimètres s’était emparé de mon leurre souple après seulement quelques minutes de pêche.
    Encourageant, certes, mais les sandres ? Le premier se manifesta quelques minutes plus tard, suivi de deux autres, de quelques touches ratées et de deux poissons décrochés sous le float-tube. Sortie après sortie, les sandres réagissaient très bien à la technique de Wim, produisant quelques poissons à chaque tentative, toujours pratiquée de façon aléatoire, quant à la connaissance des lieux. Avec l’arrivée des grosses chaleurs, les choses ont bien changé. Les sandres ont quitté les postes de printemps et sont devenus très difficiles à localiser.
    L’emploi d’un écho-sondeur est dans ces conditions bien pratique pour retrouver quelques précieux indices.
    De son côté, Philippe Collet devait pratiquer une technique éprouvée, car il avait déjà rencontré Wim et Bertus Rozemeijer pour une partie de pêche en Hollande (qui s’était soldée par la prise de 79 sandres et 18 perches !), mais différente de la verticale car, depuis le bord, il s’agit plutôt de lancer-ramener.
    C’est une pêche que l’on pourrait qualifier de récréative que pratique Philippe, à pied le long des canaux,l’histoire de prendre l’air et de marcher un peu. Mais, qu’on ne si trompe pas, cette expérience en “approche légère” allait réserver bien des surprises. Premier constat, ces canaux, comme il en existe partout, semblent pour certains d’entre eux être peuplés de sandres dans une proportion que l’on sousestime parfois largement. Tout le problème consiste bien entendu à localiser les poissons. Sur ce point, Philippe est catégorique. Les touches ont lieu sur des postes bien précis. Le plus souvent, aucun signe extérieur ne permet de les différencier des autres parties de berges voisines. Philippe a même remarqué qu’il existe des “postes d’hiver” et des “postes d’été” sur un des canaux qu’il fréquente. Ces deux tenues ne sont distantes que de quelques centaines de mètres.
    En pratiquant régulièrement les canaux, on finit par suivre les bancs de sandres et à connaître leurs habitudes : touches sur le fond, entre deux eaux, animations rapides ou lentes, réactions à certains types de leurres, etc. Autre exemple marquant, celui du département de l’Yonne où certains canaux présentent des populations “anormales” de petits sandres, que les enfants prennent en quantités insolentes… à l’asticot en pêchant le gardon ! Les canaux semblent proposer aux sandres plusieurs avantages : pas de pêche professionnelle, peu de pêche à la ligne, du poisson fourrage en grande quantité et des zones de frayères convenables. Ce dernier point étant sans doute le facteur déterminant pour la présence ou non de notre prédateur. La pêche en canaux est déroutante tant que l’on ne sait rien de ce qu’il s’y passe,ensuite on se prend vite au jeu. Le but n’est pas d’y pêcher des journées entières, mais d’y passer une heure ou deux dans l’espoir d’enregistrer quelques touches. La pêche en rivière est tout aussi aléatoire hors périodes de crues, où il se prend de gros poissons en aval immédiat des piles de pont et, en règle générale, derrière tout ce qui coupe le courant. Sur ces postes bien connus, on assiste d’ailleurs au triste spectacle de la pêche au grappin par des individus peu scrupuleux. Par eaux basses, les poissons se répartissent beaucoup plus et seuls quelques spécialistes assidus obtiennent des résultats réguliers. C’est le cas sur quasiment tous les cours d’eau français, petits ou grands.

    Une situation stable en lac de barrage

    En lac de barrage, le sandre se développe très bien. Les lacsd’Auvergne (Garabit, Enchanet, Bort-les-Orgues, Saint-Etienne- Cantalès, etc.), mais aussi dans bien d’autres régions, abritent de très belles populations. Lors des pics d’activité, on se croirait revenu à la grande époque du sandre, où il suffisait de poser un vif ou un poisson mort sur le fond pour avoir un départ. Hormis lors de ces périodes que l’on estime toujours trop courtes, la pêche en lac de barrage n’est pas toujours facile, mais le poisson est là, ce qui est très rassurant ! La mode de la pêche en verticale sur le modèle hollandais suscite sur ces lacs un véritable engouement. La pêche au poisson mort manié, technique reine sur ces lacs durant plusieurs décennies, continue de donner d’excellents résultats. Elle permet toujours de prospecter les postes assez rapidement à la recherche de poissons actifs, et pas uniquement sur le fond. Les populations de sandres dans les grandes retenues (plus de 800 hectares) semblent stables, avec des hauts et des bas au fil des années. Cette espèce se plaît particulièrement dans ces grands milieux. Les introductions de sandres dans les grands lacs se sont très souvent soldées par une explosion des populations en des temps records. Quelques années plus tard, un équilibre est constaté avec des populations stables, mais revues à la baisse.

    L’énigme de la période estivale

    Les pêcheurs de sandres savent bien qu’après les pêches faciles de l’ouverture, et des quelques semaines qui suivent, les habitudes du carnassier changent avec l’arrivée des grosses chaleurs. Les sandres deviennent alors très difficiles à trouver en lac. Les postes fréquentés à l’ouverture semblent vides et, à toutes les profondeurs, même constat : les sandres deviennent introuvables. Les petits individus de 20 à 35 cm chassent toujours sur les postes à perches sur les bordures, mais ce n’est pas vraiment ces juvéniles qui nous intéressent. A partir de ce constat, plusieurs théories s’affrontent. La plus répandue veut que les sandres se suspendent dans la couche d’eau, durant l’été. Ce comportement a été validé par des pêches d’inventaire avec des filets verticaux, à plusieurs reprises. Il est étonnant de voir des sandres à trois mètres sous la surface et avec 60 mètres d’eau sous les nageoires ! Un autre facteur, qui n’est pas étranger à ce phénomène, est constaté dans de nombreux lacs, en été : la quasiabsence d’oxygène dissous en dessous d’une profondeur qui peut varier de façon conséquente d’un lac à l’autre. L’excès de matière organique crée une dystrophie dans de nombreux lacs français. Le milieu est alors déséquilibré et affiche un taux d’oxygène trèsréduit, qui souvent ne permet pas la survie des poissons. La couche de surface, éclairée par la lumière du soleil, produit encore de l’oxygène, mais elle a tendance à surchauffer en été. La couche où se tiennent les poissons est étroitement liée aux facteurs de température et d’oxygénation. Il est clair que, dans ces conditions exceptionnelles, l’alimentation des poissons est réduite au strict minimum. En tout cas, réfléchissez bien avant de pêcher toute la journée dans 25 mètres d’eau, dans un lac aux eaux noires qui a pris le soleil durant des semaines ! Autre théorie qui a ses partisans : le changement d’alimentation chez le sandre durant l’été. Le sandre mangerait plus d’écrevisses que de poissons durant l’été, notamment en cours d’eau. Ecrevisses ou pas, les sandres de nos rivières et fleuves ont des pics d’alimentation très courts en été et s’alimentent surtout la nuit, n’hésitant pas à venir chasser sur les radiers dans très peu d’eau.
    Ce comportement est très fréquent. Pour avoir souvent traîné sur ces lieux à la tombée de la nuit, je sais à quel point la rivière se réveille sur des postes qui paraissent juste bons à pêcher le goujon durant la journée. La conclusion de cette énigme semble plus logiquement s’orienter sur le fait que les sandres ne sont pas au mieux de leur forme quand l’eau est la plus chaude de l’année. Mais, comme rien n’est simple ni figé avec ce poisson, je ne peux passer sous silence les nombreux cas de prises de sandres en plein milieu de l’après-midi par 35 °C à l’ombre dans deux mètres d’eau ! Le carnassier le plus énigmatique de nos eaux n’a pas fini de nous faire naviguer par tous les temps et dans toutes les eaux ! Le plus gros défaut de ce poisson est de figurer à la carte des meilleurs restaurants. Mais notre animal ne manque pas de ressources, sait se faire oublier pour mieux réapparaître.

  • Leurres souples sauce bling-bling !

    Leurres souples sauce bling-bling !

    Les tentatives de leurres “hybrides”, qui reprennent les avantages de plusieurs modèles, ne sont pas toujours des réussites. Mais lorsque des marques réputées développent la possibilité d’associer un shad à une palette de spinnerbait, les résultats sont là !

    Par Jean-Marc Theusseret

    Pour la pêche du brochet, le pêcheur lambda découvrait, il y a à peine dix ans, l’efficacité des spinnerbaits, ces drôles de leurres qui étaient si éloignés de notre culture halieutique. Nous connaissions les cuillers tournantes (qui ne les connaît pas ?) et savions donc qu’une palette qui tourne dans l’eau a toujours pris et prendra toujours des brochets. Piège parfait, une palette de cuiller est le leurre par excellence. Associer une palette de cuiller ou de spinnerbait à un leurre souple de type shad est une trouvaille que l’on doit aux pêcheurs de silures aux leurres. Les pêcheurs de silures recherchent des leurres qui vibrent beaucoup, surtout lorsque les rivières sont en crue. Associer les pulsations d’un gros shad aux éclats d’une palette ne peu donner qu’une bouchée généreuse aux carnassiers. Les pêcheurs de brochets ont pris la balle au rebond et on assiste cette année à un engouement particulier pour ces leurres étranges, mais tellement évidents.


    Ce qu’apporte la palette

    L’attrait d’une palette tournante sur un leurre n’est jamais anodin. Les spinnerbaits en sont l’exemple tout comme, dans un tout autre style, les chatterbaits. Le rôle d’une palette est double. Premièrement envoyer des éclats en permanence, dans tous les sens, et deuxièmement émettre des vibrations. A vrai dire, dans le cas qui nous concerne ici, il vaut mieux compter sur les éclats que sur les vibrations, car les palettes qui peuvent être associées à un shad sont de tailles modestes. Toute la subtilité de notre leurre réside dans la superposition de deux effets. Nous avons d’un côté les battements de la queue du shad et de l’autre les éclats de la palette. Alors, pourquoi ne pas pêcher tout simplement au spinnerbait plutôt que d’ajouter une palette sur un beau shad à peine sorti de son sachet ? Lesspinnerbaits sont de fabuleux leurres à brochets, mais ils ne permettent pas de pêcher partout.
    La profondeur de pêche est très limitée avec ces leurres. En lac, un shad lesté à 14, 28, 40 ou 50 g reste un des rares choix possibles pour prospecter les couches profondes, car les poissons nageurs n’explorent pas les couches inférieures à seulement 5 mètres. Seuls les leurres métalliques de type jig proposent une alternative. En lac, mais aussi en cours d’eau profonds, l’emploi d’un shad se justifie donc pleinement.

    Les palettes

    Parmi les palettes permettant d’être associées à un shad, on trouve les deux formes classiques, la feuille de saule galbée et la palette ronde dite “colorado”. Cette dernière produit à taille égale des vibrations beaucoup plus importantes que sa cousine. C’est au niveau du système d’attache que l’on trouve des différences entre les palettes de spinnerbaits, avec leur émerillon et leur anneau brisé, et les palettes destinées à être ajoutées aux leurres souples, avec leur système spécifique en forme de ressort. Ce petit tirebouchon permet par vissage de fixer convenablement et solidement la palette sans détériorer le leurre. Ce système fonctionne très bien. L’idéal est de le placer sous le leurre en faisant attention que rien ne gêne l’action de la palette. Pour cela, la première partie du leurre (côté tête) constitue bien souvent l’endroit idéal. L’attache avec un émerillon est beaucoup moins polyvalente. Elle se destine à remplacer un hameçon en profitant de son oeillet, dans le cas de shads à armature interne et à hameçons externes. Une autre solution opportuniste consiste à placer la palette sur la courbure de l’hameçon simple de la tête plombée. Elle doit dans ce cas impérativement être bloquée par des stop-floats en silicone. Ce procédé n’est possible que si le leurre choisi dispose d’un autre hameçon, car les stop-floats et l’anneau brisé maintenus dans la courbure de l’hameçon risquent fort de favoriser le décrochage des poissons.

    Les leurres à palette terminale

    Storm et Biwaa ont choisi de mettre au point des leurres souples dont la caudale traditionnelle d’un shad est remplacée par une palette. Bien qu’il existe des différences notables entre l’action du Spin Tail Shad de chez Storm et du Divinator de Biwaa, dans les deux cas, ces leurres sont destinés à une prospection rapide des postes en power fishing. Le Divinator mesure 20,5 cm et pèse 55 g. Il a été spécialement conçu par les frères Alexandre, compétiteurs réputés pour la pêche du brochet en lac. Par son poids, il permet de pêcher en profondeur et sa taille est adaptée à la pêche du brochet. Derrière, la palette tourne et papillonne à ravir. Les possibilités d’animation sont assez restreintes mais ce n’est pas la priorité avec ce type de leurre, qui doit avant tout pouvoir se maintenir à une profondeur importante et couvrir du terrain. Ces leurres renouent avec les cuillers tournantes, ce qui est plutôt une bonne nouvelle, tant elles restent efficaces et le seront probablement longtemps. Toujours est-il que ce concept propose un nouveau type de leurre pour une application qui restait à combler (pêche profonde en lac avec un leurre “souple” qui émet de fortes vibrations et permet de pêcher rapidement). Le gros modèle de Divinator devrait également intéresser les pêcheurs à la traîne en grands lacs.

    Les évolutions à venir

    Cet article, destiné aux leurres souples agrémentés de palettes de cuillers, ne mentionne pas l’existence, sur le même principe, des leurres durs à palette. Certains modèles de lipless ou de swimbaits disposent également d’une petite palette terminale (Lucky Craft Real Bait, Rat’L’Trap, King Kong, etc.). Alors, effet de mode ou atout supplémentaire pour les leurres ? Le fait que ce système fonctionne entraîne un effet de copiage (pas toujours réussi) des fabricants concurrents. Chaque marque proposera bientôt son shad à palette, comme elles ont toutes leur spinnerbait et plus récemment leur chatterbait. Ainsi va le monde…
  • Tout savoir sur le black-bass !

    Tout savoir sur le black-bass !

    Une association consacrée à la biologie et à la pêche du black-bass existe depuis une vingtaine d’années. Elle a été créée par Franck Rosmann et quelques passionnés avant l’heure par ce poisson. Leur travail a permis de mieux faire connaître cette espèce, de mieux la protéger et d’informer les pêcheurs aux leurres de la nécessité de pratiquer le no-kill et de ne pas pêcher sur les frayères. Black-Bass France vous permettra de connaître cette espèce encore mal reconnue en France même si, avec le temps, les choses évoluent (lentement mais sûrement…). Une visite sur leur site s’impose par tous les pêcheurs que cette espèce intéresse.

    www.blackbassfrance.org

  • Une partie de pêche du bar en traction avec Yann Lenormand

    Une partie de pêche du bar en traction avec Yann Lenormand

    La pêche en traction a été mise au point par les compétiteurs du Labrax tour pour rechercher de façon plus spécifique les gros poissons. Ces poissons se méfient depuis longtemps des leurres durs et des leurres de surface. Ils répondent mal, la plupart du temps, à des techniques rapides ou dandinées de pêche aux leurres souples. La pêche en traction permet alors de leur présenter, de la façon la plus naturelle possible, un leurre évoluant relativement lentement au ras du fond. Cette technique, très polyvalente, est praticable quelle que soit la profondeur des postes et la force du courant. Elle nécessite toutefois une bonne habitude pour être pratiquée avec succès. Suivons Yann Lenormand pour une partie de pêche dont il va nous expliquer les subtilités.

    La technique de la pêche en traction consiste à faire passer et maintenir un leurre souple à caudale au ras du fond, en balayant les courants de travers, un peu à la façon d’un pêcheur en mouche noyée ou à la cuillère. Selon la dérive du bateau générée par le vent, on lance entre le plein travers et l’aval du courant. On évite de lancer vers l’amont, car cette façon de pêcher nécessite des grammages plus forts et engendre des accrochages irrécupérables puisque le bateau continue alors à s’éloigner, couchant la tresse sur le fond. On lance souvent plein travers pour finir plein aval. L’objectif est de traverser au maximum les zones de courant, de longer les remontées de plateaux rocheux. Plus le courant est fort, plus on est amené à pêcher vers l’aval. On s’accroche beaucoup moins de cette façon et on se décroche beaucoup plus facilement puisqu’on revient vers son leurre et qu’on augmente l’angle de fil avec le fond. Si l’on souhaite attaquer un poste précis, comme une tête de roche immergée par exemple, on peut se placer en amont, à bonne distance, et lancer à côté du poste, pour ensuite faire évoluer son leurre devant ou sur le côté de ce dernier.

    Cette technique peut aussi permettre de laisser le leurre reculer vers un poste très précis, en même temps que le bateau s’en rapproche, pour une prospection très fine. La pêche en traction est très polyvalente, elle peut se pratiquer à n’importe quelle profondeur alors que la pêche à la volée n’est plus praticable dans 30 mètres d’eau et que la pêche verticale n’est pas très efficace dans moins de 10 mètres d’eau.

    Passer dans la couche d’eau la moins rapide

    En traction, l’objectif est de passer le leurre dans la couche d’eau la moins rapide, située juste au-dessus du fond en le touchant le moins possible. C’est une forme de pêche linéaire, s’apparentant à celle qu’on pratique pour le sandre. Cette technique est plus douce que la pêche dite « à taper »,

  • Brochet et rubber jig

    Brochet et rubber jig

    Les rubber jigs sont des leurres simples qui permettent d’attraper tous types de poissons carnassiers avec une redoutable efficacité. On hésite souvent à les utiliser, peut-être parce qu’ils ne vibrent pas, ne partent pas de gauche à droite ou n’envoient pas d’éclats de toute part. Leur discrétion peut pourtant être un atout face à des poissons de plus en plus sollicités. Surtout quand une animation lente ou insistante est requise.

    Par Philippe Collet

    Les rubber jigs sont constitués d’une tête plombée peinte garnie d’une jupe en brins de silicone ou de caoutchouc. Ces leurres possèdent souvent une brosse anti-accroche pour pêcher au coeur des obstacles, parfois des yeux pour plus de réalisme ou des rattles pour envoyer un signal supplémentaire. Ils ne ressemblent à rien de particulier, mais sont pourtant très efficaces associés à un trailer pour déjouer la méfiance des carnassiers. Ils vont vous permettre de prospecter, dans le détail, des postes que vous n’auriez fait qu’effleurer avec d’autres leurres.

    Caoutchouc ou silicone

    On les appelle rubber jig :(littéralement jig : “caoutchouc”) parce que leur jupe devait être systématiquement réalisée en caoutchouc par le passé. Aujourd’hui, elles peuvent aussi être en silicone. Les jupes en brins de caoutchouc, le plus souvent de section ronde, ont tendance à beaucoup moins bien vieillir dans les boîtes que celles en silicone. Le caoutchouc ne supporte généralement pas très bien un mauvais séchage ou le contact prolongé avec la matière plastique des leurres souples. De nombreux jigs japonais sont fabriqués avec du caoutchouc ligaturé derrière la tête plombée et comportent des jupes assez denses en brins de caoutchouc monochromes (tout blanc, tout noir…). Leur nage est magnifique, mais leur durée de vielimitée sans un minimum de soin. D’autres jigs sont fabriqués avec des jupes en silicone du type de celles garnissant un grand nombre de spinner baits. Il s’agit en fait de fines lamelles découpées dans des feuilles de silicone. A l’état brut, les lamelles sont encore solidaires par leurs extrémités non coupées et forment de petites feuilles appelées layer (couche).
    Pour faire une jupe les fabricants superposent plusieurs layers, généralement trois, et les enfilent dans une bague de silicone ouverte en force. Une fois l’assemblage réalisé, il suffit de couper les extrémités des couches pour libérer les brins. La position des différentes couches, dont les couleurs sont souvent différentes, permet de donner l’aspect futur du jig, ventre plus clair, dos zébré ou moucheté d’or, par exemple. Les combinaisons de couches sont presque infinies. Les jupes ainsi réalisées, qui mesurent le plus souvent 5 pouces (12 cm) déployées et comportent environ 40 brins, sont montées en piquant et faisant glisser l’hameçon au coeur de la bague de silicone. Une partie de la jupe part alors vers la hampe de l’hameçon, l’autre vers la tête. Lorsqu’on tient l’hameçon par son anneau, la jupe forme une sorte d’ombrelle du plus bel effet qui vit à la moindre sollicitation.

    Une taille à adapter aux brochets

    La plupart des jigs disponibles sur le marché sont montés sur de petits hameçons de 1 à 3/0 et proposés dans des poids assez élevés de 10 à 20 g. Ces jigs, destinés au black-bass, permettent plutôt des animations verticales sur des postes encombrés. Dans nos eaux qui abritent des brochets, il est aussi intéressant d’utiliser des jigs aux hameçons plus gros et aux grammages plus faibles : 5 ou 7 g en hameçon 4 ou 5/0 par exemple, pour des pêches plus lentes et coulées. Là, les fabricants ont, pour le moment, bien moins de produits à nous proposer. Espérons que cette lacune sera rapidement comblée.

    Les trailers

    Les jigs peuvent pêcher seuls mais ils gagnent en efficacité lorsqu’ils sont garnis d’un trailer. Le trailer (remorque en traduction littérale) est en général un leurre souple enfilé sur l’hameçon qui vient se cacher pour partie sous la jupe. Le trailer allonge le leurre et lui amène du volume et du poids. Ainsi un jig à brochet léger pourra être facilement lancé à bonne distance grâce au poids de son trailer. Le trailer permet d’offrir une bonne bouchée au carnassier et d’ajouter un signal supplémentaire comme une vibration, une ondulation ou un flappement. Les trailers seront choisis avec des formes de corps plutôt rondes pour une bonne insertion sur l’hameçon : virgules simples ou doubles queues, shads longilignes, écrevisses, créatures… Ils seront proportionnés à la taille du jig et de son hameçon.


    L’arsenal anti-accroche

    Un bon jig anti-accroche doit tout d’abord avoir un oeillet d’hameçon dans le prolongement du “menton” de la tête plombée, afin que la tête glisse sur les obstacles à la façon d’une luge sans bloquer sur la première brindille venue. L’hameçon doit ensuite être garni d’une brosse. Il s’agit le plus souvent de petits poils de nylon rigides de type poils de balai, collés derrière l’oeillet dans un trou de la tête plombée, à 45° de la hampe. Pour augmenter les chances de ne pas s’accrocher, les poils peuvent être recoupés, ce qui les rend plus rigides, et surtout doivent être régulièrement écartés pour former un petit éventail audessus de la pointe de l’hameçon plutôt qu’un faisceau parallèle qui protègera moins bien des accrochages par les côtés. Si la brosse paraît trop dure et rigide, il est possible d’en sectionner quelques brins à leur base avec la lame d’un cutter pour l’assouplir. Une animation rapide au coeurd’un arbre noyé nécessite une brosse dure ; une animation coulée dans les herbiers en pleine eau peut se contenter d’une brosse souple.

    L’action de pêche

    En action de pêche, la jupe se colle au corps du jig ou du trailer sur les tractions, elle s’ouvre sur les relâchés et se déploie complètement lorsque le leurre heurte un obstacle ou se pose au fond. Il faut donc le plus souvent alterner des tirées et des poses et permettre au leurre de regagner régulièrement le fond. Le jig peut être manié sur le fond, où il a peu de risques de s’accrocher. Une animation par petits bonds successifs décollant de petits nuages de vases est alors très efficace.
    Dans les bois noyés, le jig présente un grand d’intérêt, car il s’accroche rarement et peut s’animer en cognant les branches, ce qui a pour effet de déployer la jupe. Plus l’animation est rapide, plus les jigs doivent être lourds. Ce type d’animation assez saccadée convient souvent aux sandres ou aux perches. Pour le brochet, il peut être judicieux de pêcher de façon plus linéaire, en pleine eau ou au ras du fond, avec des jigs légers. La jupe, en appuyant sur l’eau, permet alors de soutenir le leurre. Elle associe ses vibrations à celles du trailer pour offrir une bouchée irrésistible au carnassier.


    La canne et le ferrage

    Avec un jig, le ferrage doit être musclé pour écraser la brosse et dégager la pointe de l’hameçon. Dans le cas des brochets, un ferrage ample et puissant est vraiment nécessaire. Il permet de faire glisser le leurre, pressé entre les mâchoires du carnassier qui l’a littéralement gobé, jusqu’à un point d’accroche, le plus souvent le bord de la gueule. La canne devra être assez puissante pour assurer ce type de ferrage et, si l’on pêche dans des secteurs encombrés, pour extraire les poissons en force des obstacles.
    Il est possible de pêcher avec du matériel de spinning (moulinet à tambour fixe), mais il est recommandé d’utiliser du matériel de casting (tambour tournant) de puissance médium heavy (MH) ou heavy (H), plus adapté à des ferrages puissants et des combats en force.