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Catégorie : Mouche
Articles sur la pêche à la mouche, vidéos de montage mouche, techniques de pêche à la mouche, actualités des associations de pêche à la mouche

Le Woolly Bugger
Le Woolly Bugger est probablement le plus vieux streamer connu, le streamer de base, qui a inspiré de nombreux modèles dérivés. Un petit retour aux fondamentaux me paraissait important, d’autant que cette mouche un peu oubliée est redoutablement efficace, tant en lac et réservoir qu’en rivière ou en eau salée.
Par Philippe Collet
Le Woolly Bugger semble avoir été inventé par un certain Russell Blessing en 1967, un moucheur américain de Pennsylvanie, qui voulait une mouche imitant des grosses larves de plécoptères et des sangsues Le Woolly Bugger serait une variante du Woolly Worm, beaucoup plus ancien, puisque décrit dans les années 50. Le Woolly Worm était destiné à imiter des larves et des nymphes et était constitué d’un corps en chenille cerclé d’une plume tournée en palmer. Une sorte d’écouvillon comportant parfois un petit tag en laine. Le Woolly Bugger reprend ce corps en lui ajoutant une queue. Selon les proportions que l’on donne aux différents éléments qui constituent la mouche : corps, hackle, queue…, et selon les matériaux que l’on utilise : hackle mou ou rigide, lestage, brill…, le Woolly Bugger peut aussi bien suggérer des poissonnets, des nymphes, des petits amphibiens ou des écrevisses. Il peut aussi ne pas suggérer grand-chose de connu, mais déclencher le réflexe d’agressivité du poisson dans des versions plus incitatives qu’imitatives. Le hackle monté en palmer suggère la vie par ses palpitations. La queue amène le mouvement de nage quand la mouche est ramenée. Même en dérive inerte ou à l’arrêt, la mouche continue à “vivre”. Les déclinaisons de tailles, de couleurs, de matériaux et de proportions sont infinies. Les couleurs les plus populaires à travers le monde sont toutefois le noir, le marron et l’olive.
Un bon streamer pour la rivièreCette mouche permet non seulement de séduire les truites de réservoir mais aussi les truites de rivière. C’est la valeur sûre en rivière, en versions noire et olive, lorsqu’il s’agit de pêcher au streamer. Elle permet de leurrer les poissons carnassiers comme le brochet, le sandre, la perche et le black-bass, pour qui elle a été inventée à l’origine. Elle permet aussi de leurrer des carpes, qui la prennent pour une écrevisse, des poissons marins comme le bonefish ou plus près de nous les bars, qui la prennent pour un poissonnet ou une crevette. Outre-Atlantique, elle est très populaire pour la pêche des truites migratrices et du saumon.
Un modèle de référence pour le réservoirCette mouche excelle en technique lac et réservoir, où elle a donné naissance à de nombreuses variantes. Le Dog Nobbler des Anglais n’est pas plus qu’un Woolly Bugger dont la tête est lestée par une bille de laiton ou une cone head. Le très efficace Humungus, dont un modèle en version booby est présenté ici, n’est autre qu’un Woolly Bugger qui s’est vu affubler de huit à dix brins de flashabou or sous la queue et d’un corps en fine chenille or. Le pouic, monté tout en bandelettes de lapin ou en plume de marabout, a les proportions et surtout la nage du Woolly Bugger. Parmi tous les modèles de streamers utilisés en réservoir, le Woolly Bugger d’origine est souvent oublié. Ce modèle simple et épuré est pourtant très efficace et mériterait d’occuper plus de place dans nos boîtes à mouches, dans diverses tailles et coloris.
L’animation
Cette mouche peut être animée près de la surface ou entre deux eaux, mais elle pêche plus efficacement à proximité du fond. Avec les modèles montés avec un hackle mou, l’animation doit être lente pour donner une ondulation, une pulsation, à la mouche. Lorsqu’on souhaite ramener la mouche plus vite où lorsqu’on pêche des courants rapides, on privilégie des hackles plus nerveux, moins duveteux. En rivière, une animation lente à très lente peut être la clé de la réussite car le courant fait vivre de toute façon la mouche. Il est intéressant d’essayer d’abord de pêcher avec une mouche inerte de l’amont vers l’aval, puis, si cela ne marche pas, en plein travers du courant. On anime simplement un peu, en fin de dérive, pour faire remonter la mouche d’un seul coup et décider un éventuel poisson suiveur. Les modèles du type du Woolly Bugger Olive, légèrement lesté, dont la fiche de montage est présentée ici, conviennent très bien à cet usage. Plus classiquement, à condition d’utiliser des modèles plus lestés, on peut pêcher en lançant la mouche trois quarts aval et en la laissant dériver. La dérive peut être agrémentée de tirées plus ou moins rapides.
Selon la force du courant, on jouera sur le lestage de la mouche ou la densité de la soie pour amener l’artificielle près du fond. En lac, la problématique n’est pas la même. Un Woolly Bugger non lesté ou lesté en son centre a une nage plutôt planante, alors qu’un modèle lesté en tête dodeline de haut en bas de façon plus ou moins agressive, au gré des tirées imprimées à la soie par le pêcheur. Si l’on ne recherche pas une animation saccadée, il faut proscrire les modèles trop lestés. Il faut préférer un modèle peu ou pas lesté, combiné à une soie intermédiaire ou plongeante, plutôt qu’un modèle lourd accroché à une soie flottante. L’attractivité du leurre est supérieure, celui-ci réagit à la moindre aspiration, au moindre mouvement d’eau. De plus, sa présentation, en ligne avec la soie, permet un bien meilleur ferrage.Le modèle Leech
Le modèle Leech, dont la formule de montage est présentée ici, est un vrai Woolly Bugger non lesté, une des plus grosses mouches utilisées en réservoir. Son efficacité n’est plus à prouver. Il a souvent permis à ceux qui ont la patience de bien l’utiliser de gagner des compétitions au plus haut niveau. Je pense notamment à William Bergard à qui nous devons ce modèle. Cette mouche doit être animée très lentement, en pleine eau, mais surtout au ras du fond ou des cassures. Comme pour la pêche au pouic, les truites peuvent venir plusieurs fois tirer ou mâchouiller sa queue surdimensionnée avant de se piquer. Il faut des nerfs à toute épreuve pour ne pas ferrer amplement et pouvoir continuer à jouer avec le poisson, l’inciter à revenir à la charge jusqu’à ce qu’il se pique.
Cette mouche offre une très grosse bouchée. Son mouvement lent et sa taille la rendent irrésistible pour les truites qui ont du mal à ne pas venir “taper” dedans. Plus les poissons s’en approchent, plus ils l’animent et s’énervent, c’est là, je pense, le grand intérêt de ce modèle qui permet leurrer des poissons éduqués. Le nombre souvent important de touches compense les ratés.
La question du flashLa queue du Woolly Bugger peut être agrémentée de brins de matériau brillant, souvent du cristal flash. Deux ou trois brins placés de chaque côté de la queue du streamer permettent de suggérer des écailles et d’envoyer des éclats à distance. Selon les poissons recherchés, on mettra ou non ces quelques brins. S’ils sont souvent un plus indéniable, ils peuvent effrayer des poissons trop éduqués. Que ce soit pour la rivière, le réservoir ou même les autres pêches que nous n’avons pas développées dans cet article, j’espère vous avoir donné ou redonné l’envie d’utiliser cette mouche.

Pêche en lac, utilisez un bas de ligne à noeud en fluorocarbone
Nous sommes régulièrement confrontés, en lac, au problème des bas de ligne qui flottent et génèrent des refus à répétition de truites souvent éduquées. Possédant du fluorocarbone dans de nombreux gros diamètres pour la pêche au lancer du bar ou des carnassiers, j’ai décidé il y a plus de trois ans de me confectionner des bas de ligne à noeud avec ce matériau. Ces portepointes bon marché et performants se sont révélés très utiles dans de nombreuses situations.
Par Philippe Collet
Lorsqu’on pêche en lac, il est souvent nécessaire de couler son bas de ligne pour présenter ses mouches de façon optimale.
Le fil flottant sur l’eau crée en effet un relief qui amplifie considérablement sa taille. Posé sur la surface, un 10/100 est aussi visible qu’un 25/100. Faites un jour un essai en plein soleil dans une flaque d’eau peu profonde et regardez l’ombre portée sur le fond par un fil même très fin. Noyez ce fil, vous ne voyez plus rien. Dans une eau calme, nous n’avons pas les contraintes du courant, qui obligent le plus souvent le pêcheur en sèche en rivière à utiliser du nylon et à graisser son bas de ligne pour qu’il flotte. En rivière le bas de ligne ne doit en effet pas couler dans les veines de courant car cela accentue son dragage et provoque des arrachés bruyants. En rivière, le poisson n’a le plus souvent pas trop le temps d’inspecter le montage. Il est posté, ce qui permet de lui présenter la mouche sans le couvrir.
En lac, les poissons ont le temps, ils peuvent surgir de partout et, hormis lorsqu’on peut les voir et anticiper leur trajectoire, il est difficile de leur présenter la mouche en premier. Ainsi, lorsque les poissons sont un peu éduqués, ils montent doucement vers notre mouche et s’en détournent prestement au dernier moment, signe parfois que le modèle ne leur plaît pas, mais le plus souvent qu’ils ont détecté le fil qui flotte à la surface. L’impact des mouches lorsqu’elles touchent l’eau met en alerte les poissons présents sur le secteur et les attire inexorablement. Il faut impérativement que le fil ait coulé avant leur arrivée car ils ne prennent pas souvent autrement. En pêchant correctement, ces poissons curieux peuvent représenter une part très importante des prises.Couler son bas de ligne
Pour réussir, nous avons recours au fluorocarbone et au dégraissage. Le fluorocarbone, plus dense que le nylon et que l’eau, coule naturellement. Toutefois, dans de faibles diamètres et manipulé avec des doigts toujours un peu gras, il ne parvient pas toujours à percer le film de la surface. La qualité de l’eau a une énorme influence. Il est souvent très facile de couler un bas de ligne posé sur une eau verte ou marron chargée de phytoplancton, alors qu’il est beaucoup plus difficile de couler ce même bas de ligne posé sur une eau cristalline, là où bien sûr c’est le plus utile. La solution du dégraissage régulier à l’aide d’une pâte appropriée est contraignante et a ses limites.Les avantages du portepointe en fluorocarbone
Réaliser un porte-pointe en fluorocarbone présente de nombreux avantages. Dans les forts diamètres, le fluorocarbone perce facilement le film de l’eau. Le bas de ligne à noeuds dégressif entraîne ainsi très rapidement la partie plus fine de la pointe sous la surface. Ce matériau assez raide permet un bon transfert d’énergie de la soie vers la ou les mouches, qui se posent plus en ligne. Une fois étiré, il reste droit comme un «i» et permet une bonne présentation et une meilleure détection des touches. Ce type de bas de ligne est très économique au regard d’un polyleader ou d’un bas de ligne en queue de rat en fluorocarbone tout fait. Il est de plus adaptable en cours de pêche, en le raccourcissant, par exemple, pour mieux passer dans le vent.
En sècheCe type de bas de ligne peut être accroché au bout d’une soie flottante pour la présentation d’une seule mouche sèche. Si l’on pratique une pêche d’attente, on utilisera une mouche qui puisse résister un peu à l’enfoncement, car elle sera fatalement entraînée sous l’eau avec ce fil qui, une fois immergé, coule inexorablement. Si l’on pratique avec de petites mouches, on essaiera plutôt de croiser la trajectoire d’un poisson vu ou pressenti, en posant suffisamment loin devant, en général 2 ou 3 mètres, de façon que le bas de ligne ait disparu sous la surface avant son arrivée. Avec cette technique, la mouche finit plus ou moins rapidement par couler. Restez vigilant, car il n’est pas rare que le poisson choisisse ce moment et seulement celui-là pour prendre. Avant d’arracher, animez doucement votre mouche du bout des doigts sur quelques mètres, cela peut aussi être payant.
En washing lineCette technique très efficace, qui se traduit « corde à linge », consiste à intercaler une ou deux mouches coulantes, nymphes ou chironomes, entre le portepointe raccordé à une soie flottante et une mouche sèche très flottante ou un booby. Les nymphes se mettent en place très rapidement et restent ainsi suspendues sous le film de la surface. Le fil disparaît quasi instantanément.
Il est ainsi possible, de la même façon qu’en sèche, d’intercepter un poisson en maraude en anticipant sa trajectoire ou en posant à proximité de son gobage.
Avec des soies intermédiaires et plongeantesAvec des soies intermédiaires, l’avantage de ce bas de ligne demeure sa capacité à transférer l’énergie de la soie vers les mouches et à placer très vite l’ensemble du fil sous l’eau. Il est toujours possible de pêcher avec succès en washing line, surtout avec une soie intermédiaire lente. Pour les soies plus plongeantes, il n’est plus vraiment nécessaire de s’embêter, car la soie coule assez vite pour noyer un bas de ligne constitué d’un simple brin de fluorocarbone souvent de bon diamètre (de 18 à 25 centièmes de millimètre).
La confection du bas de ligne à noeud
Le porte-pointe est réalisé avec des sections de fluorocarbone, dégressives en diamètre et en taille en partant de la soie. Cette dégressivité permet un excellent transfert de l’énergie de la soie vers les mouches. On utilise du fluorocarbone destiné à la réalisation de pointes transparentes, et résistantes à l’abrasion, pour la pêche au lancer avec des tresses. Ces fils sont maintenant présents dans les gammes de nombreuses marques. Nous pouvons citer notamment les marques Powerline ou Varivas, utilisées depuis longtemps par les pêcheurs. Compte tenu de la raideur de ce fil par rapport à celle d’un nylon, ce n’est pas la peine de commencer son bas de ligne en 50 ou 45 centièmes, mais plutôt, pour une soie de 6, 7, voire 8, en 40 centièmes. Ce morceau de fil sera noué sur une chaussette ou, mieux, directement à la soie (pour un meilleur transfert de l’énergie) à l’aide d’un noeud, de type noeud d’hameçon à palette, de trois tours. Un nouveau morceau de fluorocarbone plus fin sera ensuite raccordé au premier avec un noeud baril et ainsi de suite.
Le bas de ligne de baseLe bas de ligne de base sera constitué de 50 cm de 40 centièmes, 40 cm de 35 centièmes, 30 cm de 30 centièmes et 25 cm de 25 centièmes. Soit une longueur totale de 1,45 m. Il sera terminé par une micro boucle pour un changement plus facile des pointes sans modification de sa longueur. Il pourra être allongé en agrandissant les brins ou en ajoutant une portion de 20 centièmes pour les pêches plus fines, avec une sèche notamment ou en washing line léger avec une soie flottante (voir les illustrations). Il peut être légèrement raccourci si l’on doit pêcher avec le vent dans le nez. Pour une pêche en washing line standard à trois mouches, on ajoutera environ 90 cm de 20 à 18 centièmes avant la première potence longue d’environ 20 cm, puis 1 m à 1,20 m de 20 à 16 centièmes avant la seconde potence, et 90 cm à 1 m de 20 à 16 centièmes avant la mouche de pointe. Il ne faut pas trop descendre en dessous de ces diamètres, car les touches peuvent être violentes et les casses nombreuses, surtout sur une soie intermédiaire.
La pêche du saumon en période automnale
L’automne est arrivé, et ces moments pour pêcher le saumon me plaisent beaucoup. Cette pêche automnale n’a rien à voir avec celle de printemps ou celle d’été, mais elle est très intéressante et demande quelques modifications pour les mouches et aussi dans la façon de la pratiquer.
Par Jacky Boileau
A chaque fois que je me retrouve au bord d’une rivière à saumons où l’on peut pêcher en arrière saison (septembre-octobre), avec l’odeur des feuilles mortes et des champignons, je retrouve cette envie de prendre un saumon pour bien terminer l’année. Mais il faut pour cela changer un peu sa façon de pêcher et utiliser des modèles de mouches plus appropriés, car souvent nous avons à faire à des poissons qui sont dans la rivière depuis plusieurs semaines, voire plusieurs mois pour certains. Cependant, il faut compter aussi sur des poissons frais montés et, souvent, il y a de beaux sujets dans le lot. En ce qui concerne les mouches, leur taille doit être plus grosse que celles utilisées en période estivale. Si, l’été, vous pêchiez avec des modèles montés sur des hameçons n° 8 ou 10, le 6 est plus approprié en période automnale, avec un peu plus de tinsel pour augmenter l’effet de leurre à la mouche, car les poissons peuvent être très agressifs. Cela permet de réveiller les poissons qui “dorment” au fond des pools. L’Ecosse compte de nombreuses rivières, surtout sur la côte ouest. Ces rivières connaissent une remontée d’automne de saumons et ferment plus tard, de fin octobre au 15 novembre. Cela permet une pêche tardive du saumon. Ces rivières sont faciles d’accès, les parcours publics sont nombreux et peu onéreux. Je vous conseille d’y faire une petite expédition et de trouver la rivière de vos rêves.
Renseignez-vous sur les dates de fermeture, qui varient beaucoup d’une rivière à l’autre. La Bretagne, avec toutes ses rivières ouvertes en fin de saison, se prête bien à la pêche d’arrière-saison. Les biefs ou les “étangs” de moulin breton sont très prometteurs, il suffit de donner de la vitesse à la mouche et de l’animer convenablement pour obtenir des résultats. Il y a beaucoup de refus, mais quel plaisir de voir surgir un poisson qui fait au minimum 60 cm de dessous la berge, pours’arrêter à quelques centimètres de la mouche et faire demi-tour : l’adrénaline est à son maximum. Quand le poisson prend, alors quel plaisir ! Bien souvent l’hameçon simple est obligatoire et cela n’est pas facile. Je préfère les hameçons doubles, ils équilibrent mieux la mouche.
Toutefois, grâce à l’apparition de mouches tubes casqués, l’hameçon simple est possible sur ce genre de mouches et permet de faire des montages assez homogènes et très pêchants, surtout sur les courants vifs. L’hameçon simple est une bonne formule pour remettre les poissons à l’eau, car en général les poissons sont très colorés et doivent retourner à la rivière. Concernant la couleur des mouches, l’orange est une bonne teinte ; avec du tinsel, cela marche très souvent en fin de saison. Le noir fonctionne bien également, surtout en petit modèle ; le jaune est aussi une valeur sûre, particulièrement en fin de journée. Les mouches doivent être munies d’une queue assez longue pour avoir plus de mobilité, les saumons aiment bien cela. En ce qui concerne la soie, il faut quelquefois mettre une pointe plongeante si l’eau est forte, un 25/100 ou 30/100 au cas où un gros poisson frais vous prendrait votre mouche, ce que je vous souhaite à tous !
Une partie de pêche au brochet au streamer avec Rudy van Duijnhoven
J’ai rencontré Rudy van Duijnhoven à l’occasion d’une partie de pêche en Hollande. Cet homme grand, calme et discret, est un des spécialistes incontestés de la pêche du brochet à la mouche en Hollande. Il nous a guidés dans des polders qu’il connaît comme sa poche, à la recherche de son poisson favori.
Par Philippe Collet
Rudy est tout d’abord un passionné de photographie. Il fait une carrière de photographe free lance et travaille depuis maintenant plusieurs années pour le mensuel de pêche néerlandophone Beet, pour lequel il réalise de nombreux reportages et participe à la rédaction. Il pêche et voyage beaucoup. Il est instructeur de lancer mouche et réalise de nombreuses démonstrations de lancer et de montage de mouches dans les salons. Il effectue aussi des prestations de guidage.
Le matériel de Rudy
Pour envoyer de gros streamers (comme celui que nous décrivons plus loin dans cet article) montés sur un gros hameçon et offrant une résistance à l’air importante, il vaut mieux posséder un matériel adapté et bien équilibré. Rudy utilise une canne de puissance 8 à 10, d’une longueur qui n’excède pas 9 pieds. Cette longueur est largement suffisante pour la pêche du bord. D’après lui, on peut passer à 10 pieds pour la pêche en bateau ou depuis un float tube. Mais ces cannes sont plus fatigantes et la longueur supplémentaire change souvent leur action. A budget égal, vous aurez beaucoup plus de chances de trouver une bonne canne en 9 pieds qu’en 10. Prévoyez une canne avec de larges anneaux pour faciliter les lancers et les shoots. Cette canne doit posséder un talon de combat.
Les soies
Dans les polders, Rudy utilise le plus souvent une soie flottante, parfois une soie intermédiaire. Les polders sont des milieux peu profonds. Lorsqu’ils sont encore colonisés par la végétation aquatique, la soie flottante s’impose. Lorsque le froid a fait disparaître ou régresser les herbiers ou lorsque l’on pêche dans des secteurs navigués plus profonds, une soie intermédiaire permet de pêcher un peu plus bas. La soie intermédiaire a l’avantage de se soustraire à l’influence du vent et de permettre un contact plus direct avec la mouche, ce qui facilite le ferrage. Si l’on doit pêcher lentement des poissons apathiques, elle descend inexorablement. Dans ces eaux peu profondes, cela amène la mouche à toucher le fond en milieu ou fin de ramené. On risque alors de s’accrocher, notamment dans les rhizomes de nénuphars. Rudy préfère les modèles de soies spécifiques, à fuseau ramassé, réservés à la pêche du brochet, du black-bass, ou à la pêche en mer. Pour ces derniers modèles, attention à bien s’équiper de soies destinées à l’eau froide, qui garderont leur souplesse dans les pires conditions de froid.
Le bas de ligne
Le bas de ligne doit être court pour un bon transfert de l’énergie de la soie vers la mouche. Il ne dépasse généralement guère 1,50 m. Il peut être un peu plus court en soie intermédiaire et un peu plus long en soie flottante. Rudy affectionne un bas de ligne composé de 75 cm de 50 à 40 centièmes prolongé de 75 cm de 35 à 40 centièmes. Il y ajoute un petit bas de ligne en acier d’une vingtaine de centimètres pour s’assurer de ne pas se faire couper bêtement. Ce bas de ligne est composé d’un morceau de corde à piano d’environ 40 centièmes comportant une boucle fermée d’un côté et une boucle ouverte de l’autre, refermée par un astucieux petit système de ressort. Ce système d’agrafage permet de ne pas perdre bêtement de mouches pour une agrafe ouverte sur un choc lors d’un lancer.
Le lancer
Ce qui vous marque lorsque vous côtoyez Rudy, c’est son calme et sa discrétion. A la pêche cela se traduit dans sa façon de lancer : très coulée, très lente, sans aucun effort super- flu, à la limite du décrochage. En le regardant, vous êtes obligé de ralentir, vous aussi, vos lancers et vous vous apercevez que votre mouche aussi file toute seule, là où vous souhaitiez l’envoyer. Pêcher à ses côtés pendant deux jours m’a fait progresser : je force beaucoup moins et prends un réel plaisir à propulser ces grosses mouches avec un minimum d’efforts en utilisant au maximum les qualités de mon matériel.
Une telle façon de lancer est la conjonction d’un équilibre parfait du matériel et d’une technique bien rodée. La soie est adaptée à la canne, elle la charge parfaitement. L’ensemble canne/soie est adapté à la taille des mouches utilisées, le bas de ligne n’est pas trop long pour éviter les à-coups. Lors du lancer arrière, la canne est bloquée fermement à 1 heure, ce qui garantit le bon étalement de la soie. Le lancer avant n’est engagé que lorsque l’ensemble de la soie s’est bien étendu derrière, ce qui donne beaucoup plus de puissance au shoot avant. En tenant la canne bien haut en arrière et en poussant vers l’avant jusqu’à la position 11 heures, la boucle générée est très serrée et file dans le vent pour se dérouler jusqu’au bout et poser le gros streamer discrètement, en ligne. Point d’énergie en excès avec Rudy, le streamer ne tape pas l’eau ou ne rebondit pas au bout de la soie, il se pose bien en ligne, arrivé en bout de course.
Toujours dans le souci d’économie de geste, l’arraché est soigneusement préparé en ramenant suffisamment de soie et en démarrant soie tendue, canne basse. De cette façon, il se fait tranquillement en relevant la canne jusqu’au blocage net à 1 heure, qui permet soit de renvoyer directement la mouche en shootant, soit de refaire un faux lancer ou deux avant de replacer le streamer sur un nouveau poste. A la fin d’une journée, cette technique permet une sacrée économie d’énergie, je vous le garantis !
La moucheLors de notre entrevue, Rudy a utilisé une mouche vraiment aboutie de sa création. Elle se lance bien malgré l’imposante bouchée qu’elle représente. Sa forme conique permet un mouvement de rétraction/gonflement sur chaque tirée. Sous la surface, cette mouche génère un déplacement d’eau suffisant pour intéresser les brochets les plus gros. Pour la monter, Rudy utilise un hameçon Gamakatsu 6/0 dont il écrase préalablement l’ardillon. Il ne perd pas plus de poissons avec un ardillon écrasé, abîme moins ces derniers et lesdécroche beaucoup plus facilement. De plus, avec de tels hameçons, on est content de ne plus avoir d’ardillon quand on se pique la mouche dans la peau ou les vêtements pendant une partie de pêche.
Au cours de la fabrication de sa mouche, Rudy met du vernis à chaque étape du montage. Cela garantit la solidité de l’ensemble et allonge la durée de vie du leurre, qui doit résister aux dents acérées des brochets.
Cette mouche comporte une queue en Flashabou et un corps alternant des mèches de bucktail et de gros hackles de coq tournés. Les hackles sont là pour donner du volume au streamer, créer une silhouette trapue, facilement repérable par le brochet, sans utiliser trop de matériaux et alourdir l’ensemble.La dernière collerette de bucktail, en tête de la mouche, est toujours noire pour offrir un contraste plus facilement repérable par le poisson.
Les modèles sont tous déclinés selon la formule de montage qui suit, avec souvent un arrière blanc, un milieu coloré (jaune, vert, rose, rouge) et une tête noire. Quand l’eau est sale, Rudy aime bien utiliser un modèle tout noir ou rouge et noir, toujours pour une question de contraste.
Le lieu de pêche• Nous avons pêché dans le secteur de Vinkeveen. Cette petite ville qui se situe à environ 20 km au sud d’Amsterdam est entourée d’eau. Nous avons été hébergés dans un petit hôtel de la ville qui loue des barques en aluminium à motorisation thermique amarrées face à sa porte. Ces embarcations nous ont permis d’explorer les dédales d’un vaste polder, tantôt au milieu des champs, tantôt au milieu des habitations. Il s’agit de l’Hotel T’meertje à Vinkeveen.
Tél. : 0031297261261.
E-mail : infowww.hotelhetmeertje.nl• Pour pêcher en Hollande, il faut se munir d’un Vispas (passe pêche) qui coûte environ 30 euros pour l’année, disponible sur Internet si l’on souhaite anticiper et gagner du temps sur place
www.sportvisserijnederland.nl/vispas/francais/• Rudy peut vous guider, n’hésitez pas à le contacter. Il ne parle pas français, mais parle un anglais parfait.
Rudy van Duijnhoven
Hollands Klooster 18, 6562 JE Groesbeek
The Netherlands
Tél./fax : 0031243974417. E-mail : [email protected]
www.rvd-image.nl
Portrait : Yann Le Fèvre, le magicien de la nuance
A l’heure de la mouche bling-bling toujours plus lourde et plus brillante perdure une tradition bien plus discrète, celle de la mouche bretonne, dont Yann Le Fèvre est le gardien. Portrait d’un artiste qui depuis trente ans jongle avec les matières naturelles pour capter une lumière rare et vivante qui fait la réputation d’une des plus belles collections de mouches artificielles au monde.
Par Jean-Marc Theusseret
C’est indéniable, il existe non seulement une tradition bretonne de la pêche à la mouche, mais plus exactement une philosophie bretonne de la pêche à la mouche. Nulle autre région française ne fait apparaître une telle symbiose entre un territoire chargé d’histoire, de légendes, ses rivières envoûtantes, ses poissons et ses mouches. Ha ! Les mouches bretonnes ! Elles se reconnaissent entre mille, mais prennent des poissons partout. Il faut dire qu’elles ont de qui tenir. La Bretagne fut très tôt fréquentée par les voisins anglais qui pratiquaient avec une technique inconnue des pêcheurs locaux bretons la pêche à la mouche.
Saumons et truites bretonnes succombaient à la présentation de petits plumeaux colorés aux couleurs vives de plumes d’oiseaux exotiques importés des colonies lointaines de l’Empire britannique. Les pêcheurs bretons tentèrent bien entendu d’imiter les Anglais, mais ne disposaient que de matériaux rudimentaires, tels que laine, fil de coton, plumes et poils des animaux de la ferme, et produits de la chasse. Ainsi naquit, faute de moyens, l’une des écoles de montage de mouche les plus réputées aujourd’hui ! C’est bien connu, les plus belles mouches prennent surtout les pêcheurs. La théorie de la mouche d’ensemble, peu imitative, terne, voire grossière, était née. Sans concertation entre les vallées du sud et du nord de la Bretagne étaient imaginées les premières collections parfois différentes, mais toujours aussi discrètes dans leur réalisation, à l’image des mouches en plume de paonne du célèbre saumonier de l’Ellé, Henri Clerc. Il faudra attendre 1932 pour que la société Ragot, basée à Loudéac, commercialise la première collection de mouches artificielles bretonnes et la fasse connaître dans toute la France, mais également à l’étranger.L’héritier
Yann Le Fèvre s’inscrit dans la continuité de cette tradition. Depuis 1978, il fabrique une collection issue de la tradition bretonne dont non seulement il se réclame à juste titre – lui à qui l’on doit le sauvetage et la sauvegarde des modèles traditionnels –, mais qu’il a su faire évoluer, créant tout en conservant ce qui fait l’originalité des mouches bretonnes : une collection universelle destinée à la pêche des salmonidés des rivières d’ici et d’ailleurs.
Il a su, tout en préservant le patrimoine, cultiver la modernité, particulièrement en inventant le concept de la série baptisée les Lanvollonnaises. Série unique dans le monde de la pêche à la mouche, car particulièrement polyvalente. Ainsi certaines représentantes de cette collection sont devenues des classiques au niveau national, comme la “mouche à Jo”, un petit sedge en croupion de bécasse redoutable, ou encore les émergentes Plougoulmoises, aussi appréciées en rivière qu’en lac ou en réservoir. Les Plouaisiennes sont des imitations de nymphes d’éphémères que Yann a eu la bonne idée de décliner en trois teintes : claire, mi-foncée et foncée.
Notons également une très belle série de mouches pour la pêche en lac : noyées, émergentes et mouches sèches, dont on sent l’influence irlandaise, pays que Yann connaît très bien. Quant aux mouches à saumons de Yann Le Fèvre, il y a longtemps que leur réputation a dépassé leur Bretagne d’origine pour aller faire des merveilles sur les rivières islandaises, russes, écossaises ou irlandaises.
Il existe un point commun à toutes ses mouches, qu’elles soient pour le saumon, la truite ou l’ombre, c’est la vie ! Yann est un artiste au sens large. Ce passionné de dessin et de peinture sait mieux que beaucoup marier les matériaux, les teintes, les brillances, pour qu’au final une mouche, comme une oeuvre, “fonctionne”. Regarder sa collection nous rappelle à quel point cet exercice qui consiste à concevoir des modèles avec juste l’essentiel de matière est beaucoup plus difficile que “d’en mettre des tonnes”.
Renseignements :
www.mouchesyannlefevre.com
Nymphe à vue hors des sentiers battus…
L’esprit et les techniques de la pêche en nymphe à vue sont les mêmes en petite qu’en grande rivière. En revanche, tout le monde n’a pas la possibilité de pêcher régulièrement la basse rivière d’Ain, la Loue ou le Doubs franco-suisse… Des cours d’eau plus modestes (et pas toujours des “chalk streams”) peuvent également être prospectés par cette technique à condition de faire preuve d’un peu d’imagination et de s’adapter aux contraintes spécifiques à ses rivières. Certains petits cours d’eau voient dériver des phaesant tails depuis vingt-cinq ans et les truites n’y sont pas plus faciles qu’ailleurs… Ils concentrent en outre les difficultés que l’on rencontre en grande rivière en termes de discrétion et de présentation et nous forcent à nous recentrer sur l’essentiel… faute de place ! Voyage au pays de Gulliver nympheur.
Par Jean-Christian Michel
Présentation aval, longue pointe et nymphe légère, voici les fondements communs à la pêche de tous les cours d’eau. Il n’y a rien à retrancher à cela. Mais des adaptations techniques et stratégiques peuvent se révéler nécessaires… car les petites rivières ne se pêchent pas uniquement à l’arbalète !
Petites rivières de plaineLes truites de ces cours d’eau n’ont pas la possibilité de se réfugier au milieu de la rivière, hors de distance de tir, pour échapper aux pêcheurs. Elles peuvent seulement se cacher sous les berges creuses (là où EDF n’est pas parvenu à détruire la totalité de la capacité d’accueil du cours d’eau…).
Mais ces pauvres farios reçoivent un coup d’arbalète sur le bout du nez dès qu’elles en sortent.
Il en résulte que ces poissons sont très éduqués à ce procédé et deviennent vite imprenables ainsi, même si on les approche en rampant, avec une tenue de camouflage ou à l’aide de quelque autre ruse indigne d’un père de famille respectable. Pour tromper la vigilance de ces truites de bordures hyperstressées, il est nécessaire de les attaquer de plus loin.Prenez de la distance
Pêcher de loin des truites qui se tiennent près du bord n’est paradoxal qu’en apparence. Un bon garde-fou est d’imaginer un cercle de deux ou trois mètres de rayon dont le poisson serait le centre et de se dire qu’il est interdit d’y faire percuter une nymphe à la surface, aussi légère soit elle. C’est une évidence en grande rivière, mais dans les petits cours d’eau la végétation et le faciès de la rivière nous incitent souvent à “taper court” et à surplomber nos nymphes, choses que ces truites ne pardonnent pas. Nous avons tous, un jour ou l’autre, échoué devant cette truite positionnée juste sous notre scion et qui ignorait nos nymphes en restant raide comme un garde de Buckingham… jusqu’à ce qu’un sillage du fil à la surface ou une branche qui craque ne la fasse fuir. Or, le même poisson était capable de faire des écarts d’un mètre pour s’alimenter quand nous l’observions de plus loin… Il faut respecter ce cercle virtuel dans lequel la truite est en confiance et, surtout, ne pas essayer de lui amener la nymphe dans la gueule, mais au contraire l’inciter à se déplacer pour prendre. On se placera donc bien en amont du poisson et on l’attaquera au moyen d’un lancer conventionnel et d’une nymphe non plombée afin que celle-ci s’approche du poisson sans avoir percuté la surface. Les truites de bordure retrouvent alors plus volontiers leur curiosité naturelle.
Attention au dragage
Lorsque la truite est postée plus au large, il est important de déterminer sur quelle rive le courant “porte” le plus afin de prévoir son posé et sa dérive sans jamais dépasser la veine la plus puissante, sous peine d’accentuer le dragage. Dans les zones calmes, cela n’est pas évident au premier coup d’oeil.
La veine à ne pas dépasser se trouve souvent du côté de la berge la plus abrupte ou au milieu de la rivière, quand son cours est homogène. Ici comme ailleurs, le syndrome poussant à vouloir attaquer le poisson sur la rive d’en face fait des ravages ! Cet élément est important à prendre en compte afin de déterminer la meilleure rive pour attaquer la truite, alors qu’en grande rivière ce point est d’autant moins crucial que le lit de la rivière est large, et son cours homogène.
Un bas de ligne très maniablePour ces pêches de bordure, je troque souvent mon bas de ligne progressif de 10 cm en 10 cm pour un modèle plus ramassé au niveau du talon, mais avec une pointe toujours aussi longue. Le but est de parvenir à fouetter facilement avec seulement un ou deux mètres de soie sortie. On me dira, avec raison, qu’il est possible avec un modèle traditionnel et une nymphe légère de fouetter le bas de ligne, sans sortir de soie… mais, quand on est dans les ronces jusqu’au cou et que le moindre battement de canne met le poisson en alerte, il est rassurant de poser son bas de ligne sans gesticuler comme un Xerxès fouettant les eaux… Le bas de ligne en question n’a rien d’extraordinaire, mais il convient assez bien à cette pêche à courte distance.
Sa formule est la suivante :
25 cm de 40 %
30 cm de 35 %
45 cm de 30 %
60 cm de 25 %
75 cm de 17 %
270 cm de 12 %soit, au total, à peine deux longueurs de canne.
L’ensemble ne monte pas volontiers dans les anneaux et possède une dynamique aléatoire à grande distance, mais il permet de poser en paquet à courte distance d’un simple coup de poignet, chose que je juge plusutile dans les circonstances qui nous intéressent. A vous de juger ! Cette façon de procéder peut se transposer en grande rivière pour pêcher les berges abruptes et encombrées par la végétation, car, contrairement à ce que croient les accros du wading, les truites ne sont pas toujours au beau milieu de la rivière…Alerte maximale
Bien évidemment, sur ces petits chalk streams, il est interdit de tremper un seul crampon de cuissarde dans l’eau, sous peine de ne jamais voir une truite digne de ce nom. Le pêcheur doit également se tenir très en retrait de la rive, poser le minimum de soie sur l’eau (il est également bon de sous-charger la canne avec une soie plus légère que prévu par le fabricant afin de gagner en discrétion, ce n’est pas un handicap dans cette pêche à courte distance). Enfin, lors des déplacements, on s’approchera toujours de la rivière de façon perpendiculaire, sans jamais longer le cours d’eau, ni pour monter ni pour descendre. Précautions cruciales par eaux basses…
Pêche à vue… mais pas seulement dans les chalk streams !
D’abord, une remarque particulièrement puissante : pour pêcher à vue, il faut y voir. Ce n’est pas le faciès d’écoulement de la rivière mais la clarté de l’eau qui est la condition sine qua non. Aïe, un égaré, se dit alors l’homme d’entendement, il va nous faire le coup de la nymphe à vue en torrent ! Non, pas vraiment…enfin, si ! Connaissez-vous quelqu’un qui est capable de transformer en quelques minutes un superbe torrent vert en vilaine flaque marron… ? Mais EDF, bien sûr ! Il n’y a qu’à fermer les vannes du barrage quand monsieur le Préfet décide qu’il n’y a plus besoin d’eau pour les rafteurs et, si vous avez la chance d’être là avant que le troupeau des randonneurs aquatiques ne vienne piétiner les aprons, alors vous avez la possibilité de pêcher à vue des truites qui voient rarement passer des nymphes légères. (Toute ressemblance avec un torrent vert de Provence serait vraiment fortuite, ndlr.) Vous comprendrez qu’en passant de 20 m2/s à 0,5 m2/s, les cours d’eau changent drastiquement de faciès ! La pêche à vue devient alors possible sur des rivières inatten-dues, même s’il est vrai que le nombre de postes intéressants à pêcher par notre technique est souvent limité. Ces parcours sont en revanche très chaotiques (rochers, falaises, failles, vasques…) et il est rare de pouvoir effectuer de longues dérives dans un courant homogène. La pêche n’y est pas très académique mais elle mérite parfois qu’on s’y attarde.
Les truites ne sont jamais très loin de leur refuge et il convient de les pêcher sur des dérives assez courtes et de préférence en surplomb, afin que le bas de ligne ne soit pas capté par des petits courants qui empêchent la nymphe de couler. On comprend vite que la transparence est en fait tissée d’une multitude de veines d’eau et qu’il faut être une truite pour s’y faufiler ! Afin d’aider la nymphe à couler, on misera plus sur un coup de patte vif et sur la longueur de la pointe et de la cloche formée par celle-ci que sur un posé détendu sur toute la longueur du bas de ligne. Sans employer pour autant des nymphes casquées, il peut-être en revanche nécessaire d’utiliser des modèles plombés à 10 tours de fil de plomb 0,20 mm.
Côté bas de ligne, un modèle progressif habituel (premier brin du talon réalisé avec 45 cm de 40 %) convient bien, mais selon le faciès de la rivière il peut être intéressant de raccourcir le porte-pointe afin d’accentuer l’effet de cassure entre le talon et la pointe lorsqu’il devient nécessaire de faire taper les nymphes, lors de dérives assez courtes. Peu académiques, ces pêches hors des sentiers battus réservent parfois des surprises de taille…
Pêches Sportives Vidéo n°25 : Pêche du brochet, en montage texan, au lancer et à la mouche
Dans cette vidéo :
1. Pêche du brochet en montage texan sur l’étang d’Hermeville dans la meuse avec Sébastien Golly
Envahi par l’élodée du Canada, l’étang du Perroy à Hermeville se prête presque exclusivement à la pêche aux leurres souples avec des montages texans où l’hameçon est caché dans le leurre. Sébastien Golly nous explique les fondamentaux de cette technique qui demande un certain savoir faire. Choix du leurre, de l’hameçon, neuds adaptés à la pêche dans les herbiers, animations des leurres, Sébastien nous fait une belle démonstration de ce que peut donner cette technique initialement conçue pour la pêche du black-bass mais qui fonctionne aussi très bien avec le brochet.
2. Pêche du brochet au lancer et à la mouche sur le lac de la Madine avec Yves Omhovère et Sébastien Golly.
Avec 1100 hectares d’eau et une profondeur moyenne de 2 à 4 mètres, le lac de Madine se prête idéalement à la pêche à la mouche et aux leurres du brochet. Yves Omhovère, un des spécialistes du lac, nous fait découvrir sa stratégie pour trouver les meilleures techniques. Pêcheur aux leurres mais également moucheur, Sébastien Golly tente sa chance à la mouche sur ce qui compte comme étant l’un des meilleurs lacs français pour la pêche du brochet au streamer.

Les cinquante ans du Moulin du Plain
En un demi-siècle, il est passé pas mal d’eau devant l’hôtel culte de la famille Choulet, sur le Haut-Doubs à Goumois, au bord de la frontière avec le Jura suisse. Petite et grande histoires d’une saga franc-comtoise.
C’est d’abord l’histoire d’une famille de paysans comme on les aime dans le Haut-Doubs, travailleurs, bons chrétiens, bons voisins. Les Choulet habitent Le Plain depuis plusieurs générations, ils élèvent des vaches et descendent parfois jusqu’à la rivière où ils ont une pâture et cette ruine d’un moulin à l’ancienne qui depuis toujours fascine Pierre, l’un des fils.
Pierre n’est pas pêcheur et ne le sera jamais mais le Doubs sous les pierres duquel il a parfois mis les mains, est sa deuxième maison, celle où il veut faire sa vie. Un beau jour avec Odile, la bonne élève (première du département au certificat d’études), ils décident de redonner vie au vieux Moulin. Commence alors, en février 59, le chantier de tous les dangers, avec reconstruction des murs et pose hasardeuse d’une charpente.
Le Moulin du Plain est né : « Nous avons emménagé le 26 juillet 61, raconte Pierre, avec quelques vaches descendues du Plain. Très vite, devant le succès on a viré les vaches et à la place on a construit des chambres pour les pêcheurs. »
Dès ce moment-là, le Moulin devient une adresse incontournable de la pêche à la mouche française et européenne. La bonne idée de Pierre est de s’associer à TOS pour créer un parcours mouche et mettre fin à la razzia des semi-professionels qui vendaient du poisson aux restaurants du coin. « Cela n’a pas été toujours bien accueilli, notamment par un douanier qui, du jour où le parcours fût créé, refusa de me serrer la main. » Les locaux n’aimaient pas trop non plus, et ils n’avaient pas tort, que ces touristes pêcheurs barbotent en waders dans le Doubs. « Tiens v’là les canards à Choulet.» Il fallut aussi s’employer à convaincre les Suisses que le parcours était bon pour tout le monde. Pierre se transforma en diplomate pour que soit réaménagée l’historique convention qui régit les rapports des deux Etats à propos du Doubs frontière. Enfin, il obtint grâce à la complicité d’un sous-préfet et des douaniers suisses, que soit enlevée la chaîne qui empêchait le passage sur le pont de Clairbief, au grand dam de l’hotelier suisse, voisin du pont, qui pensait à tort que la fin de ce cul-de-sac lui serait néfaste . (« Un an plus tard, il venait me remercier. ») En fait le succès du Moulin du Plain fut assez fulgurant. Il eut droit à des reportages dans les journaux du monde entier. Et jusqu’au Japon où un magazine choisit de faire un gros plan sur les vaches (des Pie rouge de l’Est) pour présenter le Moulin et ses propriétaires.

Au bon endroit au bon moment
La pêche sportive est une activité ingrate ! Rares sont en effet les loisirs où les probabilités de réussite dépendent d’autant de facteurs différents. Quand l’eau n’est pas trop froide, elle est trop chaude, par vent du nord, rien ne mord, brouillard sur les monts, reste à la maison… les pêcheurs entendent ça depuis l’enfance, sans comprendre pourquoi l’activité des poissons est si dépendante des conditions météorologiques. Le bilan d’une saison de pêche se résume parfois à quelques sorties mémorables, une majorité que l’on qualifiera de moyennes à médiocres et le reste sent bon la bredouille. Voici quelques éléments de base pour éviter d’être constamment au mauvais endroit au mauvais moment.
Par Jean-Marc Theusseret
On ne le répétera jamais assez, les poissons sont des animaux à sang froid. S’il existe inévitablement un lien entre les conditions météorologiques et l’activité des poissons, cela est dû en grande partie au fait que les poissons n’ont aucun moyen de réguler leur température corporelle. Les mystères de la nature s’expliquent parfois, du moins en partie.
Pour chaque espèce de poisson, il existe une plage de température idéale en termes d’activité alimentaire. Et de même d’autres plages, soit trop froides soit trop chaudes, rendent les poissons inactifs et parfois pour longtemps. Chez le brochet, par exemple tout semble réglé comme sur du papier à musique. Au-dessus d’une température de l’eau de 20 à 22 °C, son activité alimentaire réduit considérablement. Cela explique pourquoi il s’en prend très peu en été sur les eaux peu profondes exposées aux fortes chaleurs. Dans ces eaux, le brochet est actif à l’ouverture de la pêche jusqu’à fin juin, puis de nouveau à l’automne. Pour toutes les espèces, il est une règle néanmoins commune. Une brutale baisse de la température de l’eau induit un arrêt presque total de l’alimentation des poissons et cela reste valable également pour des espèces d’eaux froides comme la truite ou l’ombre. Pour la truite, sauvage s’entend, une rivière dont la température de l’eau chute en vingt-quatre à quarante-huit heures de 15 à 10 °C induit un ralentissement tout aussi brutal du métabolisme des truites. L’activité alimentaire reprend généralement après trois ou quatre jours lorsque la température remonte. Si elle reste froide mais constante dans la durée, les truites se nourrissent de nouveau.Des observations qui dictent la façon de pêcher
Connaître l’influence de la température sur l’activité alimentaire des poissons donne des indications précises sur l’action de pêche, les profondeurs de prospection, la vitesse de récupération des leurres, l’amplitude d’animation des mouches (streamers, nymphes, mouches noyées, etc.). Au printemps, lorsque l’on est en phase ascendante de la température de l’eau dans une plage de température optimale, on pourra se permettre l’emploi de leurres de surface dans le cas de la pêche du brochet, du black-bass ou de la perche. A l’inverse, à l’automne, après un été caniculaire, ces trois espèces redeviennent actives en surface lorsque la température a lentement perdu quelques degrés. Pour le pêcheur à la mouche, notamment à la nymphe, une observation de la température de l’eau sur les jours précédant la sortie de pêche permet d’anticiper les réactions des poissons.
Dans une phase de baisse de la température de l’eau, au printemps, il va falloir pêcher près du fond et animer la nymphe defaçon modérée. Dans ces conditions, les truites ne poursuivent pas facilement les nymphes artificielles.
Elles se contentent de les prendre lorsqu’elles passent à leur portée. L’emploi de nymphes leurres avec un peu de matériaux brillants est souvent la seule technique efficace.
Le cas des rivières “chasse d’eau”Jadis, les zones humides jouaient un rôle d’éponge, retenant l’eau de pluie lors des précipitations et la restituant progressivement ensuite. La disparition des zones humides en France estimées à plus de 60 %, a rendu bon nombre de cours d’eau à l’état de “chasse d’eau”.
Lorsqu’il pleut, le niveau monte fortement en très peu de temps, puis quelques jours plus tard elles retrouvent un niveau proche de l’étiage. La variation de température de l’eau à cette occasion est souvent conséquente, bien plus que par le passé. A l’étranger, on peut encore trouver des rivières dont les zones humides sont encore préservées (Islande, ex-URSS, Scandinavie-Laponie, Ecosse, Ireland, etc.). Les conditions de pêche y sont plus souvent favorables que dans nos rivières, aux débits perturbés. C’est une des raisons pour lesquelles la pêche est sans doute plus difficile aujourd’hui qu’il y a plus de cinquante ans sur les rivières françaises. De plus, les niveaux bas favorisent le stress des poissons, la prolifération d’algues, etc.En lac, le rôle de l’oxygène dissout
Qui dit température de l’eau dit obligatoirement oxygène dissout. Les deux phénomènes sont liés, tout comme un troisième, la lumière, qui rend la vie possible ou non dans les profondeurs de nos lacs. Si l’on dispose d’un sondeur, la profondeur à laquelle on trouve encore de l’oxygène est facile à trouver. C’est simple : à partir d’une certaine profondeur, on ne trouve plus d’échos de poissons.
En été, sur certains lacs recevant beaucoup plus de matière organique que les milieux peuvent en “digérer”, la limite se situe à quelques mètres sous la surface. Cette situation provoque de grandes migrations de poissons dans les grands lacs, à condition qu’il soit possible pour eux de trouver des zones où il reste encore de l’oxygène.
Si ce n’est pas le cas, on assiste alors à des comportements anormaux de poissons en survie dans la couche superficielle, notamment sur les bordures. Le plus souvent ils sont complètement inactifs, attendant des jours meilleurs qui généralement ne surviennent pas avant l’automne. L’été n’est pas une excellente saison dans les lacs pauvres en oxygène dissout.
Seuls les lacs situés en montagne ou ceux alimentés par des cours d’eau très frais peuvent encore permettre des parties de pêche qui se déroulent dans des conditions normales.Une question de température de confort
Tous ces phénomènes qui s’expriment souvent en chaîne sont liés et influent sur les choix du pêcheur. A lui d’être conscient de tous ces paramètres, qui l’aideront de façon souvent très logique à pêcher telle zone plutôt qu’une autre, avec tel leurre plutôt qu’un autre, et de l’animer d’une façon acceptable par le poisson convoité en fonction de son état. Comprendre le mode de vie des poissons pour comprendre leur pêche semble logique. Pourtant, rares sont les pêcheurs qui s’intéressent de près aux phénomènes climatiques et à leurs liens avec les poissons. Chaque espèce possède sa température de confort dans laquelle elle se nourrit normalement. Ce constat est aussi valable pour la carpe que le saumon atlantique, le sandre, le brochet ou le goujon.
Contrairement à certaines idées reçues, le régime alimentaire des carnassiers est très perturbé par des écarts de température. C’est flagrant en grands lacs lorsque l’on pêche au sondeur. D’une semaine à l’autre, les poissons évoluent dans la couche d’eau, cherchant à l’automne par exemple à éviter la couche froide de surface. Les poissons sont finalement comme nous. Ils craignent les températures trop chaudes mais en revanche peuvent s’adapter au froid. Cela prend du temps, mais ils peuvent se nourrir activement par eau froide (salmonidés et carnassiers), alors que le contraire est moins vrai. Ce qui fait le talent de quelques fines gaules dotées d’un mystérieux sixième sens s’explique par une analyse parfois inconsciente chez le pêcheur des paramètres évoqués dans cet article. Les sorties répétées à la pêche par tous les temps nous apprennent beaucoup à condition d’y prêter attention, faisant mentir la phrase de Tony Burnand : “J’ai fait des bredouilles par tous les temps et des pêches miraculeuses de même.”
Les vertus du Z-Lon
Pour un matériau synthétique, pas facile de se faire accepter des monteurs de mouches. C’est pourtant ce qu’à réussi le Z-lon depuis quelques années. Ce matériau permet l’imitation des ailes et des enveloppes nymphales.
De tous les matériaux synthétiques à la disposition des monteurs de mouches, le Z-Lon est sans nul doute un des rares à avoir trouvé sa place auprès des pêcheurs attachés aux matériaux naturels. Les raisons de ce succès sont liées aux qualités – bien naturelles celles-ci – de ce matériau très simple, composé de fibres de nylon ondulées. Si une seule de ces fibres ne flotte pas, une mèche trouve un appui partiel sur l’eau, à demi immergé, qui convient bien, vous l’aurez deviné, aux différents stades de l’émergence. Matériau imperméable, il retrouve une flottaison identique après un ou deux faux lancers. Sa transparence le destine également à l’imitation des ailes. On le trouve en différentes nuances de gris et de beige. Selon la teinte, le Z-lon permet d’imiter les éphémères, les trichoptères mais aussi certains insectes terrestres comme les fourmis ou les diptères. Les pêcheurs en rivières ou en lacs peuvent tirer parti des mèches de Z-Lon. Voici quelques applications les plus courantes pour lesquelles on peut lui faire confiance.