Votre panier est actuellement vide !
Catégorie : Mouche
Articles sur la pêche à la mouche, vidéos de montage mouche, techniques de pêche à la mouche, actualités des associations de pêche à la mouche

Pêche à la mouche : dix conseils pour éviter la bredouille
Parce que l’exemple vaut souvent mieux que la leçon, voici dix bonnes raisons de réussir à la pêche à la mouche et d’éviter l’échec. Car si toutes les cannes se valent et que globalement, nous n’avons jamais disposé d’un matériel aussi performant, les problèmes proviennent de petits détails techniques qui deviennent vite très désagréables, ainsi que d’une stratégie d’approche trop souvent simpliste…
J’ai passé une partie de l’été (2006) à pêcher à Goumois, dont le parcours est l’un des mieux peuplé en truites et ombres sauvages d’Europe, mais qui est également l’un des plus difficiles à cette époque de l’année. Cet endroit que je fréquente depuis bientôt vingt ans a toujours été une référence en matière de difficulté, un must pour les pêcheurs à la mouche français, suisses, belges ou italiens, qui tous savent que la pêche sera d’une grande qualité, mais qu’elle ne sera pas facile. J’ai croisé des vieilles connaissances, habituées du Doubs qui ne se plaignaient pas et prenaient quelques poissons, observé des touristes en pleine galère, excédés par ces magnifiques poissons sauvages qui viennent chasser les vairons jusque dans leur bottes. L’un d’eux se lâcha : « heureusement que la chasse est fermée ! », un autre plus poétique : « il faut que je revoie mon jeu de séduction, car celui-ci ne marche plus… ».Tout en discutant, j’observais leur matériel. Rien à redire, c’est du haut de gamme, et du beau, rien que du beau, ce qui se fait de mieux à l’heure actuelle. Puis chacun est reparti pêcher, pas trop loin les uns des autres, car sur ce parcours, vous ne faites pas trois mètres sans tomber nez à nez avec plusieurs poissons qui font mine de ne pas vous avoir vu.
En les regardant pêcher, j’ai compris, si besoin était, à quel point il ne suffit pas de posséder la meilleure soie, la plus belle canne, et deux valises de mouches pour réussir sur un parcours comme celui-là.
Une partie de pêche avec Greg Hoarau
Gregory Hoarau est un ancien compétiteur mouche. Il pêche de façon assidue de nombreux réservoirs de l’Hexagone ou du Royaume-Uni, au gré notamment de ses déplacements professionnels. Il se promène toujours avec de quoi pêcher à la mouche, et s’intéresse à tout ce qui porte des écailles. Il a toujours aimé pêcher les réservoirs en “petites mouches” et n’y pratique plus que cette pêche. Je souhaitais depuis longtemps qu’il puisse nous faire partager cette technique qu’il maîtrise particulièrement bien. Nous nous sommes retrouvés sur réservoir, à Recques-sur-Course, dans le Pas-de-Calais, pour une partie de pêche.
Par Philippe Collet
Au bord d’un réservoir, ne demandez pas à Greg de vous sortir un streamer, il n’en aura probablement pas avec lui. Il utilise pourtant cette technique pour pêcher les carnassiers ou les poissons marins. Il a d’ailleurs souvent dans sa voiture une boîte de streamers à brochet et le matériel dédié à cette technique qu’il pratique volontiers quand l’occasion se présente. Leurrer les truites de réservoir au streamer ne l’intéresse pas. Il cible les plans d’eau où les poissons sont habitués à consommer régulièrement des insectes aquatiques et apprécie d’autant plus la pêche que les poissons actifs sont difficiles et sélectifs. Dans ces conditions, il est un des rares à bien tirer son épingle du jeu et ce, sans pêcher avec des fil arachnéens. Son équipement réservoir tient dans une petite besace ceinture et est limité au minimum. Ses nombreuses années d’expérience l’ont amené à éliminer tout matériel superflu et à ne garder que le matériel parfaitement adapté. Quatre boîtes à mouches, garnies de modèles de chironomes, hoppers, nymphes, émergentes… largement validés lui suffisent pour faire face à de nombreuses situations. Quelques bobines de fluorocarbone, une pince écrase-ardillon, un coupe-fil avec aiguille, un ketchum release (genre de dégorgeoir adapté à la pêche à la mouche) pour extraire, sans dommage pour les poissons, les mouches engamées trop profondément, une épuisette à long manche complètent son équipement. Sa canne est une Loomis GLX classique en deux brins de 10 pieds pour soie de 6 équilibrée d’un moulinet Danielsson garni d’une soie Triangle Taper Lee Wulff flottante de 6.
Il emporte avec lui une bobine de rechange garnie d’une soie intermédiaire lente, là encore une Triangle Taper de taille 6, pour pratiquer sa technique, de la même façon, quand les poissons se tiennent plus profond (les jours ensoleillés notamment). Ajoutons à tout cela quelques polyleaders intermédiaires rapides (bas de lignes dégressifs réalisés dans un matériau identique à celui d’une soie) de 1,5 mètre. La base de sa technique, qui vise à leurrer des poissons résidents qui se nourrissent, est de tout mettre en oeuvre pour rendre pêchant, le plus vite possible, un train de deux ou trois mouches. Pour cela il faut le poser correctement et veiller à noyer le fil rapidement. La frontière entre la réussite et l’échec est mince et tient à de petits détails que nous avons essayé de bien lister avec Greg pour vous les retranscrire ici. Au passage, la discussion passionnante que nous avons eue, jusque tard dans la soirée, dans une brasserie proche du réservoir à Montreuil-sur-Mer, la moitié de la table encombrée de boîtes à mouches et de notes, a dû paraître totalement surréaliste aux autres clients de l’établissement.Les mouches
Greg a quelques mouches de base, très efficaces, qu’il a longuement validées et auxquelles il croit, quoi qu’il arrive. Ces artificielles sont déclinées en séries de cinq ou six imitations identiques pour ne pas être démuni, après quelques casses, s’il a trouvé la mouche qui marche.
Comme nous le verrons plus loin, il monte différents types d’imitations :
– des mouches noyées destinées tout d’abord à flotter, puis patouiller dans le film de la surface avant de couler sous la traction du fil (bécasse oreille de lièvre, purple pennel royale, bécasse royale).
– des nymphes légèrement lestées comme la pearly pheasant tail ou la saint-philbert
– des chironomes.
Il monte ses mouches sur des hameçons à pointe pioche Tiemco 100 SP BL pour les nymphes, les noyées et parfois les chironomes, et Tiemco 2499 SP BL pour les chironomes. Ces hameçons, de par la forme de leur pointe, pénètrent très facilement à la touche, même à travers le cartilage de la mâchoire des truites, et ne nécessitent pour ainsi dire pas de ferrage. Ce dernier doit en effet être proscrit car il est générateur de casses. Il est remplacé par un relevé de la canne permettant de simplement prendre contact avec le poisson.Le bas de ligne
La soie est prolongée d’un polyleader de 1,50 m suivi de 20 cm de 20 centièmes, 60 à 70 cm de 18 centièmes, une première potence de 10 à 15 cm en 16 centièmes, 1,20 à 1,50 m de 16 centièmes, une deuxième potence de la même longueur que la précédente en 14 centièmes, 1,80 m à 2,30 m de 14 centièmes. Le bas de ligne mesure donc, après le polyleader, de 3,80 m à 4,70 m. La version la plus courte permet de cibler les poissons aperçus sous la surface ou ayant gobé, en anticipant leur trajectoire. La version la plus longue permet de pêcher l’eau en barque dérivante ou ancrée, le vent dans le dos. La combinaison des diamètres 20, 18, 16 et 14 est la plus fine. Elle peut être plus solide si la pêche est moins difficile ou les poissons trop violents : 20, 18 et 16 ou 20, 18.
Lorsqu’il pêche en Angleterre, Greg est rapidement contraint de réaliser le montage le plus solide, car les casses sont quasiment systématiques avec des fils plus fins. A deux mouches, le bas de ligne est constitué de 20 cm de 20 centièmes, 1 m de 18 centièmes, une potence de 10 à 15 cm en 18, 16 ou 14 centièmes suivie de 2,50 m de fil du même diamètre. Greg apprécie la soie Triangle taper pour sa capacité à pousser et déployer ces longs bas de ligne. Bien qu’assez courte (27 mètres), cette soie lui permet de placer régulièrement sa mouche de pointe à 30 mètres. Pour ne pas emmêler les plus longs de ses bas de ligne, Greg pêche souvent en barque, le vent dans le dos ou de côté. Il shoote alors une boucle assez large vers le ciel pour que le train de mouches soit porté par le vent et se déploie bien en ligne. Du bord, avec un vent de face, il passe à deux mouches et serre plus sa boucle.
Ancrer le montageLes mouches sont réparties sur le bas de ligne de différentes façons. Le premier montage est constitué d’une nymphe légèrement lestée en pointe, d’un chironome en deuxième potence, d’une mouche noyée en première potence (potence vers la soie). Il permet de couler rapidement le fil et d’ancrer l’ensemble, tiré d’un côté par le polyleader intermédiaire, qui prolonge la soie et coule instantanément, et de l’autre par la mouche de pointe et le chironome.
Le deuxième montage se compose d’une noyée assez volumineuse en pointe et d’un chironome sur chaque potence. Dans les deux cas, le fil, du fluorocarbone choisi pour sa raideur et sa forte densité, disparaît rapidement sous la surface, se soustrayant à la vue des poissons, tiré par le polyleader et les nymphes ou les chironomes. Posé bien en ligne, le montage coule rapidement sans mou ni cassure.
La mouche noyée flotte un certain temps, pêchant comme une mouche sèche, puis se noie progressivement en faisant un sillage des plus attractifs. Le premier montage permet l’exploration d’une profondeur supérieure. La mouche noyée flottant pouvant faire office de bouchon ou d’indicateur de touche quelques instants. Le second montage pêche dans les 10 à 50 premiers centimètres sous la surface. La mouche noyée contribue, surtout si elle est volumineuse, à maintenir les chironomes à faible profondeur. A deux mouches le principe est le même, il suffit simplement de retirer un chironome sur chacun des montages décrits précédemment. En coulant rapidement, le train de mouches reste bien en ligne sur près de 5 à 6 mètres. Il n’y a pas de perte de distance. Seule la soie est prise par la dérive de surface. Au moindre contact du poisson avec une mouche, ce dernier, qui est le plus souvent en mouvement, ne peut que se piquer, un peu à la façon d’une truite sur un train de mouches noyées en rivière. L’ancrage rapide du montage est la clef de la réussite. La rapidité avec laquelle le fil se noie permet aussi de leurrer des poissons attirés par l’impact des mouches qui n’auront pas le temps de voir le trait du fil sur l’eau.
Avec cette méthode, Greg n’a pas besoin de dégraisser son fluorocarbone.
Il ne graisse pas sa mouche noyée qui après chaque lancer flotte ainsi seulement quelques secondes avant de s’engluer puis de couler. Ces différentes phases semblent avoir un impact particulier sur les poissons, auxquels elles font parfois perdre toute méfiance. Le poser doit être le plus propre possible, quitte à raccourcir le lancer, pour permettre au train de mouches de pêcher tendu. Après chaque posé correctement effectué, il convient de maintenir le train de mouches statique quelques secondes. Ce moment où la mouche noyée flotte encore et les chironomes et les nymphes coulent dans un plan vertical est particulièrement prenant, surtout sil’on a posé à proximité d’un poisson sans l’affoler. En début de pêche le polyleader peut flotter, surtout s’il est neuf. Une fois mouillé quelque temps, il coule instantanément. Une petite astuce de compétiteur consiste à mouiller ses soies intermédiaires préalablement pour qu’elles coulent ensuite directement dès le premier lancer.Jouer de la guitare
L’animation du train de mouches peut être réalisée de façon classique en tricotant la soie plus ou moins lentement, ou à la façon de Greg en jouant de la guitare. Il s’agit de tricoter ou puller (tirées amples) avec une main et de faire vibrer, en même temps, le doigt (index ou majeur) de l’autre main sur lequel repose la soie. Pour les pêches en barque dérivante, lorsque les dérives sont rapides, le contact avec les mouches ne peut être maintenu qu’en pullant rapidement la soie.
Le tricotage n’est alors plus possible, l’animation des mouches peut toutefois être réalisée en quasisur- place grâce à cette astuce. De la même façon si l’on pêche du bord, un tricotage lent ne permet que de maintenir le contact avec les mouches en résorbant les plis de la soie, qui revient systématiquement vers le pêcheur. Quelles que soient les conditions, cette pratique, qui a priori demande un peu d’entraînement et un travail de coordination, permet d’ajouter une animation continue ou ponctuelle pour donner plus de vie aux mouches, sans réellement les accélérer. Je n’avais encore jamais vu cette animation, Greg a l’air d’avoir trouvé là quelque chose d’intéressant.Le lift
La longue canne de 10 pieds permet d’animer un long train de mouches en phase finale de ramener, sur le lift. Cette remontée du bas de ligne, soustrayant les mouches une par une de l’élément liquide, est une phase importante de l’animation. Bien exécutée, en accélérant la montée des mouches vers la surface et en les faisant sautiller l’une après l’autre lorsqu’elles ont atteint cette dernière, elle permet de prendre de nombreux poissons, que ce soit du bord ou en barque.
Une grande canne permet aussi, avec de longs bas de ligne, de mettre plus facilement à l’épuisette les poissons pris sur la mouche de pointe sans emmêler la première mouche de potence dans l’anneau de tête de la canne. Il conviendra toutefois de prévoir une épuisette dotée d’un grand manche. Cette technique est totalement transposable sur les plans d’eau d’Irlande ou d’Ecosse, peuplés de poissons sauvages. Sa maîtrise permet de ne pas être ridicule lorsqu’on aborde ces étendues d’eau vastes et inconnues.
Une partie de pêche à l’alose sur l’Ardèche avec Bruno Beusse
Les efforts effectués sur le fleuve Rhône pour permettre la remontée des poissons migrateurs commencent à porter leurs fruits, avec notamment le retour de l’alose feinte. Cette petite alose se pêche au lancer mais aussi à la mouche. Ses remontées sont tributaires des températures et, sur l’Ardèche, des niveaux d’eau qui doivent être suffisants pour l’attirer en nombre dans cette grande rivière. Ce poisson combatif n’est pas très compliqué à pêcher, le plus difficile est de se trouver au bon endroit au bon moment. Bruno Beusse, qui habite sur place et connaît bien ce poisson, sera notre guide pour cette pêche peu connue.
Par Philippe Collet
L’alose qui remonte le Rhône et ses affluents comme l’Ardèche est une Alose feinte spécifique au bassin du Rhône (Alosa fallax rhodanensis). Elle est plus petite que la grande alose. Le poids moyen des poissons s’échelonne entre 800 g et 1,5 kg pour une taille de 40 à 50 cm. Les plus grosses aloses, des femelles, peuvent atteindre 2,5 kg pour un peu moins de 60 cm. Les aloses peuvent effectuer plusieurs cycles de reproduction dans leur vie. Habituellement, les aloses femelles arrivent les premières suivies des mâles plus petits qui repartent un peu plus tard après la reproduction. Les remontées d’aloses commencent timidement lorsque l’eau atteint 14 °C, la reproduction commence à partir de 17 °C et l’activité des poissons s’intensifie avec l’augmentation des températures. En Ardèche, la période de remontée des aloses s’échelonne de fin avril à fin juin, selon les années, la période de reproduction, de fin mai à fin juin-début juillet. Les années froides ou les années aux débits fluctuants, les remontées sont fractionnées et la pêche est moins bonne. Arrivées au bout de leur périple, les aloses se reproduisent de nuit, sur des prises ce jour-là, du fait de la température de l’eau encore fraîche.
62 radiers peu profonds au courant soutenu. Elles décrivent des cercles très serrés qui font bouillonner la surface de l’eau. On appelle ces cercles des “bulls”. Ils sont décrits par une femelle accompagnée d’un ou plusieurs mâles et permettent la libération des ovules et du sperme. Les oeufs ainsi fécondés sont livrés au courant, qui se charge de les répartir dans le gravier en aval, où ils incuberont.Les secteurs propices à la pêche
Pendant leur remontée, à la façon des saumons, les aloses stationnent dans des veines d’eau courantes, plus ou moins profondes selon la luminosité. Ainsi, les aloses s’approcheront de la surface ou fréquenteront les gravières au lever du jour ou au coucher du soleil, alors qu’en pleine journée elles seront plutôt collées au fond, dans les veines les plus importantes. Il convient de trouver ou connaître les secteurs qui concentrent ou retiennent le plus de poissons pour pêcher avec un maximum de chances de réussite. Ces zones de passage se situent le plus souvent à l’aval des seuils ou des barrages, où les poissons font étape avant le franchissement. Il faut bien sûr veiller à rester dans les limites de distance autorisées et respecter les interdictions de pêche. Certains bons postes sont facilement identifiables car ils sont fréquentés par des pêcheurs au lancer. Au coeur des périodes de remontées, il est possible de toucher de nombreux poissons à la mouche en sortant de ces postes typiques et en pêchant des veines de courant puissantes, plus vastes et tranquilles. La pêche de l’alose ne nécessite pas un matériel particulier. Un ensemble rivière fort ou réservoir est amplement suffisant pour combattre une alose feinte. Avec un matériel plus fort, le poisson ne pourra pas exprimer tout son potentiel. Une canne de puissance 5 ou 6 conviendra pour les pêches à proximité de la surface en soie flottante ou intermédiaire, une canne de 7 ou 8 pour les pêches plus profondes en soie plongeantes ou à pointes plongeantes.La technique de pêche
La technique de pêche s’apparente à celle de la mouche noyée ou du saumon. Il s’agit de peigner les veines de courant en lançant sa mouche 3/4 aval et en la laissant dériver sans animation jusqu’en dessous de soi. Si le poste est vraiment profond ou le courant soutenu, il est possible de lancer plus amont pour présenter sa mouche plus profondément. Lorsque la dérive est terminée, il est recommandé de tricoter sa soie sur quelques mètres avant de relancer. Le plus souvent toutefois, la touche intervient pendant la dérive, ou en fin de dérive lorsque la soie s’accélère. Elle est violente et suivie d’un combat acharné.Un poisson très fragile
Ce poisson qui combat jusqu’au bout de ses forces est très fragile, il meurt rapidement s’il est manipulé trop longtemps. Il convient si possible de le relâcher sans le sortir de l’eau, sans le mailler dans une épuisette et sans le prendre à la main. Pour faciliter le décrochage et ne pas laisser trop de séquelles au poisson, l’ardillon de l’hameçon doit être écrasé. Si le poisson reste sur le flanc ou tarde à repartir, un petit coup avec le scion de la canne permet le plus souvent de lui faire reprendre ses esprits.Les mouches
Les mouches à alose sont montées sur des hameçons de grosse taille. Elles peuvent être lestées, comme le modèle bien connu de la mouche téléphone réalisée avec du fil de cuivre de téléphone gainé de plastique. Toutefois, ces mouches gagneront à ne pas être lestées, à condition qu’on les accroche derrière des soies intermédiaires ou plongeantes. Il vaut mieux pratiquer ainsi et éviter la formation d’un angle entre la soie et le bas de ligne, qui nuit à la qualité du ferrage. Les mouches à alose sont montées sur des hameçons mer ou des hameçons à carpe dans des tailles s’échelonnant du 4 au 8. Leurs couleurs sont vives et contrastées.
Le bas de ligne sera le plus souvent terminé par un fluorocarbone de 20 à 25 centièmes. A vous de trouver le bon compromis entre un diamètre permettant une bonne présentation et un diamètre évitant la casse sur un ferrage trop appuyé. Pour les pêches profondes avec une soie dense, il sera réduit à un simple morceau de fil de 1,5 à 2 m fixé en bout de soie. Il est possible de pratiquer à deux voire trois mouches, mais d’après Bruno, cela n’est absolument pas une nécessité. Il vaut beaucoup mieux pêcher à la bonne profondeur avec une seule mouche.L’association Migrateurs Rhône Méditerranée
Autrefois, et jusqu’au début du XXe siècle, les aloses remontaient de la Méditerranée jusqu’au lac du Bourget sur le Rhône, et jusqu’à Auxonne sur la Saône. Au fur et à mesure de l’aménagement du Rhône, leur aire de répartition a diminué de façon drastique ne permettant plus, il y a encore peu, leur reproduction que sur une grande frayère située entre Arles et Tarascon. Les efforts accomplis depuis 1993 sur le bassin du Rhône pour permettre la recolonisation du fleuve et de ses affluents par les poissons migrateurs (plan Migrateurs Rhône Méditerranée) commencent à porter leurs fruits. Les aloses, par exemple, arrivent maintenant en nombre au-delà de la confluence de l’Ardèche, qu’elles remontent jusqu’à Vallon-Pont-d’Arc.
L’association Migrateurs Rhône Méditerranée (MRM) travaille depuis sa création, en 1993, à cet objectif de recolonisation du Rhône par les migrateurs. MRM a un rôle d’animation, de concertation, elle veille à l’intégration de la problématique migrateurs dans les politiques locales de gestion de l’eau. MRM réalise un certain nombre d’actions comme les études, la maîtrise d’ouvrage des travaux étant assurée par les propriétaires des ouvrages. Des passes à poissons ont ainsi été mises en place ou rénovées. Des éclusées spécifiques sont pratiquées sur le Rhône lorsqu’il n’y a pas de bateaux pour permettre la remontée des aloses.
Pour plus d’informations :
www.migrateursrhonemediterranee.org
Gilles Bastos, un moniteur guide spécialiste de l’Alsace
Fraîchement installé en tant que moniteur-guide de pêche en Alsace, ce spécialiste de la gestion des milieux aquatiques, détenteur d’un Bp Jeps, propose, notamment à l’attention des écoliers, des séances d’initiation aux problématiques environnementales, abordant le cycle de l’eau à l’échelle d’une rivière ou d’un bassin versant. Gilles Bastos peut également vous guider sur la superbe Fecht, en vallée de Munster, pour la mouche, et sur le Rhin pour la pratique des pêches sportives de carnassiers (brochet, mais surtout aspe). Enfin, si vous souhaitez vous initier ou vous perfectionner à la mouche ou au leurre, des sessions individuelles ou en groupes restreints sont également proposées. Tous les détails des prestations sont sur le site Internet animé par Gilles Bastos.
Renseignements :
Gilles Bastos
62, Chemin du Bretzel 68140 Munster
Tél. : 06 19 76 43 11

La pêche au streamer selon Sébastien Allatissière
La pêche au streamer n’est pas forcément une technique aussi mécanique et rébarbative que l’on veut bien le croire ou le dire. Elle peut paraître simpliste lorsqu’elle est pratiquée au petit bonheur la chance sur des poissons frais, mais devient intéressante et gratifiante lorsqu’elle est pratiquée, avec méthode et intuition, sur des poissons relativement éduqués. Sébastien Allatissière, le maître incontesté de la pêche au streamer en réservoir, va nous révéler l’essentiel de sa technique au fil de cet article. Vous y trouverez nombre des trucs qui lui ont permis et lui permettent encore de si souvent réussir en compétition.
Par Philippe Collet
La distance de lancerTous ceux qui se sont frottés à Sébastien en compétition savent qu’il ne pêche pas dans le même plan d’eau que les autres. Il pose ses mouches régulièrement à très grande distance (au-delà de 35 mètres, parfois tout près de 40 mètres) et réalise quasi systématiquement des posés de qualité, bien en ligne. Il sollicite ainsi des poissons moins vigilants car se sentant en sécurité, hors d’atteinte. Il ne s’embarrasse alors pas à essayer de leurrer des poissons visibles en bordure. Il les intéressera à un moment ou un autre en ramenant ses mouches vers la berge.
Le lancer à distance permet un gain d’efficacité considérable dans l’action de pêche. Les mouches non seulement pêchent plus loin, mais aussi beaucoup plus longtemps une fois en place, c’est-à-dire une fois arrivées à la bonne profondeur, bien en ligne avec la soie. Alors qu’un pêcheur moyen va pêcher efficacement sur environ 20-25 mètres, Sébastien le fera sur au moins 30-35 mètres, soit environ un tiers de plus, ce qui va lui permettre la mise en oeuvre efficace d’animations spécifiques. En posant ses mouches bien en ligne, Sébastien peut détecter la touche instinctive d’un poisson surpris par l’arrivée du leurre sur son territoire. Les posés en paquet, à grande distance, qui sont souvent l’apanage des soies de type shooting mal utilisées, ne permettent pas ces prises. Le poisson est le plus souvent affolé par la soie proche de la mouche. Si toutefois il s’empare de cette dernière, il peut la gober et la recracher plusieurs fois avant que le pêcheur n’ait résorbé les 3 ou 4 mètres de soie nécessaires à la prise de contact.Une couverture en éventail
Sébastien veille à pêcher chaque poste en éventail. Si la configuration de l’arrière du poste le permet, il modifie son angle d’attaque à chaque lancer. Il se déplace aussi latéralement. Cela permet d’aborder les poissons différemment et d’éviter de matraquer systématiquement la même zone. La distance de lancer évoquée précédemment contribue aussi à augmenter l’intervalle entre les posés et à moins effaroucher les poissons.Ne pas hésiter à changer d’animation, de mouches, de soie
Un autre secret de la réussite de Sébastien réside dans le changement régulier de mouches, de densité de soie et d’animation. Au moins, tant qu’il n’a pas trouvé une technique dont l’efficacité est flagrante. J’ai eu l’occasion de pêcher à côté de lui en compétition. Alors qu’il venait de prendre des poissons avec une technique, il rembobinait tranquillement sa soie, raccrochait sa mouche et changeait de canne, donc de densité de soie et de style de streamers. Il anticipait en fait l’accoutumance des poissons situés devant lui, en leur proposant autre chose, avant même d’enregistrer un ralentissement dans leur réaction. Pour ma part, je cherchais désespérément ce qui pouvait fonctionner et me serais volontiers cantonné à reproduire une technique efficace ! Tentant de copier ce qu’il faisait : mêmes soies, mêmes couleurs, je me suis vite retrouvé totalement déboussolé. N’essayez pas de “prendre” Sébastien au streamer, il est quasiment impossible de le suivre à cette technique. Il a déstabilisé plus d’un de ses voisins en compétition. Si vous pêchez pour le plaisir, pensez à changer régulièrement de poste pour solliciter des poissons “neufs”, alternez les animations, vous pourrez ensuite vous tourner vers un changement de mouches, puis de soie, jusqu’à trouver une technique qui vous permet d’enchaîner les prises de façon régulière. La journée passant, avec ses conditions météorologiques parfois changeantes, vous aurez intérêt à remettre votre technique en cause régulièrement pour continuer à toucher des poissons.Le matériel
Pour cette pêche, Sébastien utilise des cannes de 10 pieds pour soie de 7 ou de 8, des Loomis GLX 2 brins traditionnelles. Il ne s’embête pas avec les moulinets et se sert toujours de ses vieux Dragonfly Cartridge 395. Ses soies préférées sont les intermédiaires Partridge Réservoir en taille 7, les soies Airflo intermédiaires rapides et S3 (coulante de 3) traditionnelles Delta Polyfuse en 7, une S 6 Cortland s’apparentant plus à une S 4 ou une S 5 qu’il affectionne pour son placement rectiligne sous l’eau (pas de ventre). Sébastien pêche aussi au streamer en soie flottante avec une soie Cortland 444 SL en WF 7. Il utilise du fil fluorocarbone Falcon en 21,5, 19,8, 17,7 ou 15,9 centièmes. Les petits diamètres sont réservés à la pêche en soie flottante. Pour la pêche en soies plongeante ou intermédiaire,Sébastien noue ses mouches le plus souvent sur un 21,5. Il peut être amené à réduire à un 19,8 si l’eau est claire ou pour améliorer la nage de ses streamers si les poissons sont un peu trop regardants. Quand les poissons sont difficiles, la pêche en soie flottante permet à Sébastien de placer ses mouches au même niveau qu’avec une soie intermédiaire, mais de ralentir considérablement son animation. A ce moment-là, il doit réduire le diamètre du fil utilisé car l’animation lente laisse plus de temps au poisson pour observer le montage. Il peut pêcher plus fin car la soie flottante oppose moins d’inertie à la touche et l’animation plus douce occasionne moins de risques de casse.
Les bas de ligneLe bas de ligne est raccordé directement à la boucle de la soie réalisée en nylon de 40 centièmes (montage détaillé dans le n° 64 de Pêches sportives). Sébastien réalise ses potences avec des noeuds de pendu à 4 et 4 tours ou, si le fil est fin, 4 et 5 tours pour le brin le plus fin. La potence est toujours réalisée avec le brin qui remonte vers la soie. Pour la pêche avec des soies plongeantes ou intermédiaires, il utilise le plus souvent du fluorocarbone de 21,5 centièmes et en noue de 1,80 m à 2 mètres, de la soie à la première mouche. Il espace ensuite les deux mouches de 2,20 m. Les potences mesurent de 15 à 25 cm. Elles font en fait 25 cm au départ de la partie de pêche et réduisent progressivement en taille au fur et à mesure des changements de streamers. Pour la pêche en soie flottante, les longueurs sont identiques, mais les diamètres de fil sont plus faibles : 19,8 entre la soie et la première mouche, 17,7 ou 15,9 entre les deux mouches. Sébastien peut aussi n’utiliser qu’un seul streamer, notamment lorsque l’eau est très claire. Il allonge alors son bas de ligne pour placer la mouche à environ 4 mètres de la soie.
Le Cercle Mouche Mulhouse, un club dynamique
Le Cercle Mouche Mulhouse est un club de moucheurs du Haut-Rhin, ouvert à tous, où l’on partage sa passion, sans esprit de compétition. Ce club dispose de très nombreux atouts : une salle à disposition pour les soirées montages de mouches, une bibliothèque et une vidéothèque, ainsi que la possibilité de s’entraîner au lancer sur le stade du complexe sportif. Régulièrement, des sorties sont organisées (ouverture à Goumois, sorties sur la Loue, sur le Dessoubre, sur la Thur, en réservoir… voir même à l’étranger.)
Thierry Haart, pêcheur émérite et concepteur de moulinets de pêche à la mouche, dont nous avons déjà parlé dans nos colonnes, fréquente notamment le Cercle. Si vous souhaiter vous initier ou vous perfectionner à la pêche à la mouche et que vous habitez dans la région n’hésitez pas à franchir la porte de ce club convivial et dynamique. Il se réunit, le jeudi soir, à partir de 19 h 00 dans une salle du complexe sportif du Waldeck à Riedisheim, tout près de Mulhouse.
Renseignements :
Cercle Mouche Mulhouse
www.cerclemouche.over-blog.com
Complexe sportif ASPTT Mulhouse
Rue des bois 68400 Riedisheim
Clément Lavaux
Tél. : 06 12 33 69 45

Nymphe à vue, l’art de l’animation
L’animation des nymphes s’apprend, se perfectionne, de façon très personnelle. C’est un art, précis, où chaque geste est pesé. Avant d’en comprendre la technique, une observation des larves et des nymphes dans leur milieu est indispensable pour disposer ensuite de ce petit plus qui fait une grosse différence.
Par Jean-Marc Theusseret
Pour qui consacre un peu de temps à l’observation des truites et des ombres par simple curiosité, la connaissance du comportement de ces poissons s’en trouve considérablement accrue. Ainsi donc est-il fréquent de voir les truites et les ombres s’élancer soudainement à la poursuite de nymphes comme si elles étaient sur le point de leur échapper. Combien de pêcheurs à la nymphe ont pris le temps d’observer les nymphes en mouvement dans l’eau ? Il est facile de s’en procurer quelques-unes et de les mettre dans un bocal ou un aquarium. On apprend beaucoup ainsi sur l’agilité avec laquelle certaines larves d’éphémères se déplacent dans l’eau. La force développée par ces petites bestioles dans un milieu 800 fois plus dense que l’air est véritablement prodigieuse.
Elles évoluent par saccades de 5 à 10 cm avec une grande vivacité. C’est cela que le pêcheur à la nymphe devra reproduire. Parmi les tours de main à connaître par les pêcheurs à la mouche, l’animation de la nymphe est l’un des plus subtils. Avant d’arriver à le maîtriser, bon nombre de débutants en abusent un peu trop. Souvent, le nympheur en herbe pense qu’il est impossible que la truite ou l’ombre arrive à distinguer cette petite imitation qui dérive au gré du courant. L’animation de la nymphe est alors exagérée, dans le seul but de montrer au poisson “qu’on est là !”. En réalité, les poissons voient très bien les nymphes, et les prennent souvent aussi lorsqu’on ne les anime pas. Certains pêcheurs rencontrent le problème inverse, qui est de ne pas animer suffisamment. Le plus souvent, ils veulent le faire, mais une mauvaise gestion de la longueur de la soie et du bas de ligne lors de la dérive fait que le mouvement imprimé à la canne ne se transmet pas jusqu’à la nymphe.Juste éveiller l’attention des poissons
C’est un classique de la pêche aux leurres en général, qu’il s’agisse de mouches, de cuillers ou autres poissons nageurs. Autant les poissons peuvent réagir pleinement à une nymphe animée, autant ils s’en méfient si celle-ci a eu lieu trop tôt. Pourquoi ? L’explication est à la base même de la pêche à la mouche d’aujourd’hui, pratiquée sur des parcours publics très fréquentés s’entend. En animant la nymphe, on déclenche un réflexe chez la truite ou l’ombre qui, comme la plupart des animaux, réagissent très bien aux mouvements. La première étape est donc réussie. Mais si elle a lieu trop loin du poisson, l’effet est immédiatement cassé au moment où, inévitablement, la nymphe drague. En animant, on tire forcément sur le bas de ligne. Le phénomène est accentué par le fait que cette animation ne sert, nous l’avons vu, qu’à éveiller l’attention des poissons convoités. Le relâcher qui suit est un modèle de dragage, la nymphe replongeant en biais en direction du pêcheur. Ne perdez jamais de vue que, moins vous animez, moins la nymphe risque de draguer au relâcher. L’animation ne doit servir qu’à éveiller l’attention du poisson, rien d’autre. Pour être efficace, vous devrez apprendre à animer au dernier moment, alors que votre nymphe qui dérive dans le courant s’approche du poisson. En pratique, il faut arriver à le faire à 15 ou 20 cm du poisson. Toute la difficulté vient du fait qu’il faut savoir précisément où se situe sa nymphe qui dérive au fil du courant. C’est là où il faut du “métier”. Les meilleurs pêcheurs à la nymphe savent toujours à 1 ou 2 cm près où est leur nymphe, y compris sur des dérives de souvent plus de 10 mètres. Cela s’apprend par la répétition, par la pratique. C’est une perception qui comprend l’observation des réactions du poisson ainsi que l’appréciation que l’on a des dérives que l’on effectue. Pour débuter, il est conseillé de choisir un secteur peu profond avec un courant qui coule de façon régulière, sans turbulences. A partir d’une certaine vitesse de courant (un peu moins d’un mètre par seconde), les choses se compliquent. Car, même si l’on sait exactement où est sa nymphe, il est indispensable d’anticiper l’animation, ce qui correspond au temps nécessaire pour créer le mouvement imprimé à la canne et au bas de ligne. Il est fréquent dans ces conditions d’animer trop tard, une fois que la nymphe est passée au niveau du poisson.
Entre la truite et l’ombre, des différences notables
Les ombres réagissent plutôt mieux que les truites à l’animation des nymphes. Certains jours, il est même quasiment impossible de les faire s’intéresser aux nymphes si on ne les anime pas de façon relativement énergique. Les ombres montent parfois chercher une nymphe animée assez loin au-dessus ou même derrière eux, comme ilsle font parfois pour intercepter des nymphes naturelles. A croire que ces diables de poissons ont des yeux derrière la tête ! On observe cela sur les radiers au courant qui accélère progressivement. Pour la truite, l’animation est beaucoup plus discrète. Juste ce qu’il faut pour qu’elle la voie. Ensuite, c’est à elle de se déplacer.
Un geste qui s’apprend
Il existe plusieurs façons d’animer une nymphe. Une des plus efficaces consiste en un mouvement latéral du poignet de droite à gauche, en continu. Pour que la nymphe soit animée, vous devrez lever légèrement votre canne tout en continuant le mouvement du poignet. La nymphe remonte alors par petites saccades de 5 à 10 cm, d’une façon très réaliste, à la manière de nombreuses espèces de larves et de nymphes naturelles. Ce geste n’est pas très fluide au début, mais il s’apprend vite. Evitez de crisper le bras et le poignet. Au contraire, détendez-vous, ça ira beaucoup mieux !
Et pour la nymphe “au fil” ?
L’animation des nymphes concerne aussi les techniques de pêche à la nymphe en aveugle, mais reste beaucoup plus limitée. Elle peut intervenir en fin de dérive. C’est même une technique à part entière, qui marche très bien. La nymphe est lancée très en amont du pêcheur et coule librement. Arrivée au niveau du pêcheur, celui-ci lève lentement la canne, ce qui a pour effet de tendre – dans l’ordre – la soie, le bas de ligne, puis de faire remonter la nymphe. La remontée s’effectue alors en continu et non plus par saccades. Cette remontée continue permet de déceler les touches lors de l’arrêt du bas de ligne, en général. Yann Caléri nous a fait découvrir cette technique dans le détail dans le DVD Pêches sportives n° 9.

Jean Baptiste Vidal, un Français guide à Villa Maria
Jean Baptiste Vidal est passionné de pêche à la mouche depuis qu’il a 12 ans. Après des études d’hydrobiologie à la faculté de Rennes, il a trouvé un emploi de technicien auprès de la Fédération de pêche du Finistère. Mais, très vite, lui qui rêvait de parcourir les rivières de son département s’est retrouvé confiné dans un bureau à établir des statistiques sur la désaffection du nombre de pêcheurs dans les cinq départements bretons. Aussi, quand un ami de son père lui proposa pendant son mois de congé estival d’aller guider des clients sur les rivières d’Islande, il n’hésita pas un seul instant. Comme les clients ont été très satisfaits de ses prestations de moniteur de pêche, Arni, le patron de Lax-A, lui proposa de guider également pendant l’hiver dans l’hémisphère Sud. Et c’est ainsi qu’il y a cinq ans, Jean-Baptiste s’est retrouvé guide de pêche sur le Rio Grande. A ma connaissance, il existe très peu de guides de pêche internationaux de nationalité française de la stature de Jean-Baptiste. Si vous voulez vous initier ou vous perfectionner aux techniques de pêche des truites géantes, c’est le moment de profiter de sa présence en Terre de Feu.
Pierre Affre

Une partie de pêche en chironome “au fil” avec Joël Ruff
Bien connu dans le monde des compétiteurs mouche autant pour ses résultats que pour son petit magasin de pêche bien achalandé, Joël Ruff est un personnage sympathique et attachant. Dès qu’il le peut, il est au bord de l’eau une canne à la main, souvent accompagné de sa femme Martine, tout aussi charmante, qui partage sa passion. J’ai profité d’une partie de pêche avec eux au réservoir de la Moselotte (un de leurs plans d’eau favoris) pour lui demander de nous expliquer la technique de pêche aux chironomes au fil qu’il pratique avec beaucoup de talent.
Par Philippe ColletLa technique fine de la pêche au chironome au fil est surtout efficace dans les réservoirs aux eaux claires, les jours sans vent. Joël la pratique d’autant plus volontiers que l’eau est lisse. Si le vent se lève et que les poissons chipotent toujours, il pêche au bouchon, car la détection des touches devient impossible au fil.
Le matérielPour cette pêche, il utilise des cannes de 10 pieds pour soie de 5 ou 6 (des G. Loomis GLX classiques) et des soies flottantes. Ses soies favorites sont la Partridge Réservoir et la Snowbee XS. Lorsque le vent est de la partie, comme lors de notre journée de pêche, il utilise la canne de 6, équipée de la soie Snowbee XS de 6 de couleur rose pale. Si le temps est plus calme et lorsque l’eau est lisse, il lui préfère la canne de 5 avec une soie Partridge de 5, facile à reconnaître à sa couleur orange fluorescent. Ces deux soies ont un grand fuseau et autorisent de longs lancers, et elles on un autre atout très important : leur faible mémoire.
Ainsi, elles ne se rétractent que très peu après le posé, permettant un contact plus subtil avec le train de mouches. Le phénomène de mémoire est encore plus marqué en période froide, la matière des soies perdant de sa souplesse. Les deux soies ont des âmes tissées, toujours plus souples que les âmes en monofilament.
La soie Partridge au fuseau très long se lance très loin, mais demande une bonne technique pour en tirer le maximum. Elle permet un excellent turn over du train de mouches, mais n’est certainement pas la plus facile à utiliser pour un débutant. Joël apprécie aussi la JMC Symbol R2T (sa préférée en rivière pour sa délicatesse) ou la JMC Distance WFX, qui ont les mêmes qualités que les soies précédemment décrites pour la pêche qui nous intéresse ici.
La pêche au filLa technique consiste à lancer un train de deux ou trois chironomes, en veillant à les poser bien en ligne et à surveiller le point d’immersion du bas de ligne. Il est primordial de poser correctement pour ne pas ensuite pêcher de longues minutes pour rien, avec une pointe emmêlée. Si le vent est gênant, Joël réduit son bas de ligne à deux mouches. Si vous débutez, n’utilisez qu’une mouche, vous perdrez moins de temps en démêlages et réparations.
Il est toujours plus important de bien poser que de pêcher loin. Atteindre de grandes distances est souvent important en compétition, lorsque les poissons sont rapidement repoussés au large par les assauts des pêcheurs. Cela tend à nous faire oublier que la zone la plus nourricière et attractive pour un poisson dans un plan d’eau est souvent la proximité de la berge.
Une approche discrète est importante, même si nous n’avons pas affaire à des poissons sauvages. Les truites en réservoir sont peu effarouchées par l’arrivée pataude d’un pêcheur ou par une soie frappant l’eau sur des faux lancers maladroits. Elles resteront le plus souvent sur place ou reviendront rapidement, mais n’en seront par moins alertées. Si elles ont déjà été prises et relâchées, elles seront beaucoup plus vigilantes et difficiles à leurrer après une mauvaise approche, alors qu’on aurait pu les surprendre autrement. Il vaut donc toujours mieux lancer à courte distance après une approche discrète que s’évertuer à lancer loin, qui plus est, en tapant l’eau. De plus, la détection des touches au fil est beaucoup plus facile et reposante à courte distance qu’à plus de 25 mètres.
Pour pratiquer correctement cette technique, il faut graisser le bas de ligne et surveiller son point d’immersion.
L’animation est quasi inexistante, même s’il est possible de réaliser une ou deux longues tirées lentes par ramené pour remonter le train de mouches d’un coup dans la couche d’eau. La technique consiste à maintenir les mouches à la bonne profondeur de pêche, en résorbant la dérive de la soie, par un tricotage très lent. La soie maintenue bien en ligne permet la transmission rapide du ferrage. La pêche au fil est vraiment efficace sur une eau lisse ou peu perturbée, ce qui est très intéressant car ces conditions de pêche sont souvent les plus déroutantes et difficiles en réservoir.Le bas de ligne
La profondeur de pêche est conditionnée par la longueur de bas de ligne graissé. Ce dernier a donc une importance toute particulière. Il est largement inspiré d’un modèle montré à Joël par Pascal Cognard, au réservoir de Trept, il ya près de dix ans. Réalisé en Kamoufil pour sa souplesse et son élasticité, le bas de ligne de Joël est bâti de la façon suivante : 90 cm de 45 centièmes, 60 cm de 35, 30 cm de 30, 10 cm de 25, 30 cm de 22. Il rajoute ensuite du fluorocarbone (le sien, du Passion Pêche conditionné en bobines bon marché de 100 mètres) : 40 cm de 18 centièmes, 50 cm de 16 puis un brin de 50 cm de 14 centièmes au bout duquel il noue un dernier brin de 14 centièmes en laissant une potence d’environ 15 cm (une fois la mouche nouée). La distance entre les deux mouches est réglée à environ 1,20 m. Lorsqu’il pêche à trois mouches, la construction du bas de ligne est la même jusqu’aux 50 cm de 14 centièmes, la première mouche étant séparée de la seconde par environ 70 cm, et la deuxième de la dernière (en pointe) de 1 mètre. La distance entre la soie et la mouche de pointe est donc de 4,80 m à deux mouches ou 5,30 m à trois mouches. Joël utilise toujours le même bas de ligne, dont il peut moduler la pointe de plus ou moins un mètre selon les conditions. Il allonge l’écartement entre les mouches si les poissons sont difficiles à localiser, pour couvrir une grande épaisseur d’eau. Il réduit l’écart entre les mouches si les truites se nourrissent dans une couche d’eau précise. Le réglage de la profondeur est ensuite lié au poids des mouches.
Ce bas de ligne à noeuds peut être remplacé par un bas de ligne dégressif monobrin en queue de rat de 3,70 m se terminant en 18 centièmes (bas de ligne Monoleader de la marque Airflo, par exemple). Ce type de bas de ligne a la préférence de l’épouse de Joël, qui pratique avec beaucoup de patience et de dextérité toutes les pêches fines en réservoir. Elle réalise ensuite ses pointes de la même façon que son mari. Joël préfère le bas de ligne à noeuds, justement parce que ceux-ci retiennent la graisse et flottent mieux, formant autant de petits indicateurs plus difficiles à couler que le fil lui-même. Les problèmes d’emmêlement de ce type de bas de ligne, que l’on a facilement tendance à attribuer aux noeuds, sont plus dus à une mauvaise technique de lancer qu’aux noeuds eux-mêmes. Pour cette pêche, Joël ne monte pas au-dessus du 14 centièmes, il peut par contre descendre en dessous si cela s’avère nécessaire. Si le nombre de petites touches sans suite est trop important, il descend d’un cran en diamètre de fil et essaie le 12 puis éventuellement le 10 centièmes, lorsque les poissons sont devenus très difficiles. Dans ce dernier cas, il ne place plus que deux imitations sur son bas de ligne et veille à rester bien concentré pour ne pas se faire dépouiller de son train de mouches à la première touche. En règle générale, la finesse du fil est aussi liée à la taille des mouches. Des chironomes sur hameçon de 16 ou 18 ne peuvent pas être bien présentés sur un fil trop gros.
Graissage et dégraissageLorsqu’il débute la pêche, Joël commence par observer le comportement des poissons. Si ces derniers sont visibles et proches de la surface, il graisse son bas de ligne jusqu’à la portion de 22 centièmes, pour présenter les mouches dans la couche de surface. Il peut, a contrario, ne graisser que la portion de 45 centièmes pour aller les chercher en profondeur. Les conditions évoluant en cours de pêche, il est amené à graisser ou dégraisser son bas de ligne assez régulièrement. Le graissage s’effectue avec une graisse silicone. Les meilleures qu’il ait trouvées sont proposées par des marques allemandes, Dam et Balzer, pour faire flotter des fils de pêche des carnassiers au vif. Un film, même très discret, de cette graisse assure une bonne flottaison du bas de ligne.
La faible épaisseur de silicone nécessaire permet de ne pas avoir un bas de ligne chargé et poisseux qui risque, à la moindre petite défaillance dans le lancer, de coller la pointe portant le mouche. Cette dernière doit, au contraire, couler au plus vite. Lorsqu’il veut dégraisser son bas de ligne pour laisser ses mouches travailler plus profondément, Joël utilise sa salive et un morceau de mouchoir en papier dans lequel il le passe plusieurs fois. Le dégraissage de la pointe peut aussi être nécessaire pour que les chironomes soient tout de suite pêchants. Cette dernière, réalisée en fluorocarbone, naturellement plus dense que le nylon, coule cependant assez facilement, surtout avec des chironomes lestés d’une bille. Joël dégraisse ses bas de ligne, surtout lorsqu’il pêche en sèche et aussi lorsqu’il utilise des chironomes légers, avec une pâte qu’il a dénichée au Royaume-Uni, de la pâte Sparton fabriquée par Steve Parton, un compétiteur anglais reconnu.
Dans les plans d’eau clairs et propres, faire couler les fils est plus difficile que dans les plans d’eau troubles et sales. C’est une question de différence de tension superficielle de l’eau. Il en va de même en rivière. Plus la rivière est impactée, plus les insectes aquatiques ont du mal à réussir leur émergence et plus vous devez, à l’inverse, regraisser souvent votre bas de ligne. J’ai le souvenir de m’être arraché les cheveux, lors d’une compétition sur les eaux claires du lac de la Moselotte, à essayer de couler une pointe fine avec une pâte dégraissante pourtant de bonne qualité, qui n’avait quasiment aucun effet. Joël a apparemment trouvé la perle rare.La pêche au bouchon
Lorsqu’il pêche au bouchon, Joël utilise le bas de ligne décrit précédemment, mais s’arrête au fluorocarbone en 18 centièmes auquel il noue la mouche bouchon décrite plus loin. Il noue ensuite, directement dans l’oeillet de cette mouche, un brin de 14 centièmes qui va porter une ou deux mouches. Le choix de placer deux mouches sous le bouchon est toujours dicté par les conditions de vent et la direction de ce dernier. Il est toujours possible de lancer trois mouches le vent dans le dos, c’est plus difficile lorsqu’il vient de face ou de travers. La distance entre les mouches sous le bouchon est d’environ 1,2 à 1,4 m, rarement plus et en tout cas pas plus que la longueur de la canne, pour éviter d’accrocher la mouche du haut dans l’anneau de tête de la canne au moment d’épuiser le poisson.
Dans la pêche au bouchon, le réglage de la profondeur de pêche se fait en rallongeant ou en raccourcissant le bas de ligne. Ce qui n’est pas des plus pratiques. Joël s’est mis à cette technique pour la compétition, mais il ne l’apprécie guère. Si elle permet, lorsque la surface est agitée, de prendre au chironome des poissons qui n’auraient pas été pêchables au fil, les touches devenant indétectables, elle occasionne de nombreux ratés au ferrage, probablement liés à la présentation verticale des mouches et à l’angle droit formé entre la pointe immergée et le bas de ligne posé sur l’eau. Dans la pêche au fil, la partie noyée du bas de ligne et sa pointe pêchent en oblique. Le poids des mouches et la vitesse de récupération conditionnent l’ouverture de l’angle. Le contact est beaucoup plus direct et les ratés moins nombreux.La détection des touches et le ferrage
On comprendra aisément que plus les mouches pêchent profond, plus l’angle entre la soie et la partie immergée du bas de ligne se ferme, nécessitant ou plutôt autorisant un ferrage appuyé. A contrario, plus on pêche à proximité de la surface, plus l’angle s’ouvre et les mouches se placent en ligne par rapport à la soie. Dans ce cas, ferrer sèchement conduit systématiquement à la casse. En pêche au fil, il convient de résorber la soie détendue en tricotant du bout des doigts, scion pointé vers l’eau, sans jamais bloquer la soie, ce qui aurait pour effet de casser à chaque touche marquée. Si l’on pêche près de la surface, on incline en plus la canne d’environ 30° sur le côté pour permettre un amorti en cas de touche violente. Pour ces touches le ferrage est inutile, il faut seulement relever la canne en gardant contact avec le poisson qui s’est ferré tout seul.
Dans cette pêche, de nombreuses touches sont toutefois subtiles et indécelables sur la soie. Elles sont détectées en observant le bas de ligne graissé. Une vibration du fil, une soudaine coulée, un déplacement latéral doivent être sanctionnés d’un ferrage ample et souple vers le haut. Ce ferrage doit être d’autant plus doux que le train de mouches évolue près de la surface. Cette technique est productive, mais elle demande d’être très attentif et concentré si vous ne voulez pas passer à côté de nombreuses touches ou casser régulièrement sur les poissons s’emparant vivement d’une de vos imitations.
La technique de la pêche au chironome au fil, qui trouve toute son efficacité sur un plan d’eau lisse, peut encore être pratiquée dans les petites risées avec parfois plus de succès que la pêche au bouchon. On n’arrive alors plus à suivre le bas de ligne des yeux, mais on surveille la pointe de la soie. On passe probablement à côté de certaines touches, mais dans ces conditions de pêche (vent, surface ridée…) les poissons mordent tout de même plus franchement.
