Catégorie : Mouche

Articles sur la pêche à la mouche, vidéos de montage mouche, techniques de pêche à la mouche, actualités des associations de pêche à la mouche

  • La palm* en palmer (*Pêche à la mouche)

    La palm* en palmer (*Pêche à la mouche)

    Balayé par une myriade de matériaux et de techniques de montage de mouches plus ou moins révolutionnaires, le palmer appartient au passé depuis la fin des années 1980. Tout au plus a-t-il été sauvé en ce qu’il constituait une étape importante dans l’apprentissage du montage des mouches. C’est avec lui que l’on apprend à enrouler convenablement un hackle de coq sur un hameçon. La pêche à la mouche avec des palmers n’a pourtant pas dit son dernier mot. En eaux rapides et pas seulement, en lac et en réservoir, les palmers ne manquent pas de qualités, parfois cachées. Démonstration.

    Avant l’arrivée de la plume de croupion de canard (CDC) dans le milieu des années 1980, la plupart des mouches étaient montées en hackles de coq. De même, les montages en poils de chevreuil n’étaient connus que des rares pêcheurs qui voyageaient outre-Atlantique. En France, seules quelques mouches sortaient de l’ordinaire de la plume de coq comme la Peute, une mouche en plume de flanc de cane génialement atypique créée par Henri Bresson. Mais la réputation des mouches du Sorcier de Vesoul doit beaucoup à un palmer aujourd’hui passé de mode, la French Tricolore.

  • La nymphe qui déclenche

    La nymphe qui déclenche

    Quel drôle de titre ! Qu’une nymphe artificielle déclenche un comportement, c’est le but, non ? Dans la distinction habituelle entre mouche imitative et mouche incitative, c’est sans doute majoritairement à cette dernière catégorie que cet article fait référence mais pas seulement. Petite apnée subaquatique au pays de la nuance.

    La démocratisation (pauvre Démocratie !) de la pêche à la nymphe (à vue, au fil, à la mouche-indicateur, à la pâte indicatrice, au rigoletto, à la boule niçoise, au buldo… et -peut-être- bientôt à la plombée coulissante) fait que les truites voient passer des nymphes de toutes les formes, tailles et couleurs en toutes saisons, à toutes les profondeurs et distances. L’emploi des nymphes artificielles n’est plus l’apanage des moucheurs et, tout snobisme mis de côté, ce n’est peut-être pas pour le meilleur.

    Dans ces nouvelles pratiques, souvent l’action passe avant l’observation (ils appellent cela une pêche pour tous…) la nymphe n’est qu’un machin terminal qu’on accroche au bout de son fil, façon Aglia numéro 2, pour pratiquer la technique dédiée (livrée en kit, avec manuel d’utilisation contre la modique somme de x euros, possibilité de stage pour les cas les plus sévères) sans que l’officiant comprenne ce qui fait que la nymphe fait mouche. L’essentiel, pour lui, étant de suivre religieusement les conseils du maître à pêcher qui enseigne (plus dans la lignée d’Herbert Léonard que d’Epicure) le chemin le plus court vers l’opium du peuple démocratico-consumériste : le P-L-A-I-S-I-R !

    Et quelles bêtises ne fait-on pas au nom de ce satané plaisir !

    Oui mais voilà, certains hommes sont traversés par l’éclair de la conscience et le plaisir ne leur suffit pas. En plus d’éprouver du plaisir ils veulent comprendre ce qu’ils font. Au risque de passer pour un snob (ceux qui me connaissent apprécieront !)

  • La déconstruction d’une mouche

    La déconstruction d’une mouche

    Un jour ou l’autre, vous vous êtes sans doute trouvé confronté à un phénomène aussi étonnant que bien connu : une mouche qui a été mâchée, remâchée et re-remâchée par les truites est souvent beaucoup plus prenante qu’un modèle neuf et impeccablement proportionné. Sur cette mouche que l’on devrait rationnellement ôter de la pointe du bas de ligne, sans parvenir à s’y résoudre (« encore une petite dernière truite avant d’en mettre une neuve ! »), les trois quarts des fibres, (cerques ou hackles) ont été arrachés, le corps commence à se défaire tandis que deux demi-clés sur trois ont pris la clé des champs… Et en dépit de toute vraisemblance, la mouche est plus prenante que lorsqu’elle tombait de l’étaux juste après le noeud final et la goutte de vernis ! Comment comprendre cet affront à l’esthétique ? 

    Le souci de bien faire est parfois desservi par quelques maladresses fréquentes chez le débutant. Partons d’une évidence : une mouche artificielle est relativement petite et, devant l’étaux, nous avons souvent tendance à mettre trop de matériaux (dubbing, poils, plumes) que pas assez. Cet excès a plusieurs effets néfastes : proportions pas respectées, courbure ou anneau obstrué etc. Mais l’abondance de matériaux sur une mouche peut aussi s’expliquer par le souci d’imiter l’invertébré au plus près et cela, sans tomber dans l’hyperréalisme, les bons monteurs y sont souvent sujets. Il faut bien comprendre que nos mouches artificielles ne sont pas des machines à imiter la nature mais des machines à déclencher un comportement, que celui-ci soit alimentaire, de simple curiosité ou d’agressivité.

    Quand nous capturons une truite nous devrions toujours nous demander jusqu’où nous aurions pu aller dans l’épuration de la forme et dans la simplification des parties qui composent l’artificielle. Parmi les 5 ou 6 éléments qui font que l’artificielle est plaisante à nos yeux, combien de ces éléments sont-ils décisifs et combien ne font que participer à la silhouette d’ensemble ? Et en étant encore plus radical on peut se demander si ces éléments (silhouette) sont vraiment nécessaire.

  • Exploration métatarsienne

    Exploration métatarsienne

    Un des plus grands spécialistes du montage avec des poils de cervidé, Edouard Zauner, nous a réservé l’exclusivité de sa trouvaille. Une partie du chevreuil dont personne n’avait remarqué qu’à cet endroit, de quelques centimètres carrés, les poils ne sont pas ronds mais plats, qu’ils sont très réguliers et prêts à l’emploi. Les mouches qu’ils permettent de réaliser sont également nouvelles, avec des poils dont la section se situe entre celle des poils d’oreille et celle des poils du dos de l’animal. 

    On croyait avoir tout vu en matière de poils de chevreuil. Après les poils de dos, d’oreille, de bois en velours, la bête nous dévoile une partie oubliée de son corps velu, au niveau des glandes métatarsiennes, derrière les pattes arrière de l’animal. Et le découvreur n’est autre qu’Edouard Zauner, l’inventeur du Dubspeed, spécialiste des mouches en poils de chevreuil (voir 8’6 n° 10). Edy vous a réservé l’exclusivité de cette trouvaille étonnante. C’est bien connu, les poils de chevreuil sont creux et de section ronde, mais nous ne savions pas que cela n’est pas le cas partout sur l’ongulé. Au niveau de la glande métatarsienne, la patte arrière du chevreuil présente une petite boule d’environ quatre à cinq centimètres de diamètre aux poils plus foncés que sur le reste de la patte et d’une texture bien différente de celle des autres poils sur l’animal. D’ailleurs, il ne faut pas confondre cette zone avec une autre située un peu plus bas sur la patte, que l’on appelle le “faux sabot”, avec non pas une, mais deux petites boules où les poils sont clairs et non foncés. Sur l’ensemble de la petite boule qui nous intéresse, les poils ne sont pas ronds mais plats, tout en étant creux. Ces poils sont courts, d’un bon centimètre et impeccablement rangés, alignés comme autant de petits pinceaux qui attendent le client dans une boutique. Il n’y a plus qu’à se servir. En ce qui concerne la section, ces poils se situent entre les gros poils de dos et les fins poils d’oreille. Ils conviennent pour de nombreux montages. Les sedges bien sûr, sous toutes leurs formes, mais aussi de nombreux autres modèles d’éphémères, de plécoptères, de “terrestres” divers et variés. Des pointes courtes Les poils de chevreuil sont de nos jours indispensables pour certains montages, car ils sont imitatifs et creux, ce qui facilite grandement la flottaison des mouches, mais,

  • Éloge du cormoran

    Éloge du cormoran

    Michel Flénet aimait autant la vie que les truites. Avec sa disparition, les radiers franc-comtois perdent un allié. Et ses amis pêcheurs un sacré numéro.

    L’Histoire retiendra de Michel Flénet, mort dans la nuit du 11 au 12 décembre dernier des suites du Covid, qu’il fut le premier pêcheur à la mouche à avoir réussi à prendre la place d’un cormoran. Je suis sûr que, parmi tous les exploits et faits d’armes que sa vie et son oeuvre auront mérité de voir passer à la postérité, celui-là aurait eu la préférence de Michel. Certes, il ne faisait pas le cormoran dans toutes les situations. Personne ne l’a jamais vu plonger en piqué pour avaler un blageon ou décoller en panique comme un avion cargo trop chargé, ni esquiver les plombs de tireurs maladroits. Michel se contentait de faire le cormoran posé, se séchant les plumes avec élégance et déglutissant son dernier repas gentiment prélevé sur les fosses et les courants de ses rivières préférées. Ce numéro très au point, créé pour sensibiliser le commun des mortels à la menace que font peser sur les populations de truites et d’ombres ces grands oiseaux noirs venus du nord, Flénet le produisait dans les dîners et soirées, à l’heure où se prononcent les discours, et c’était d’ailleurs le moyen qu’avait trouvé ce sourd-muet (des suites d’une méningite à l’âge de 4 ans) pour rappeler à chacun des convives, qui étaient souvent ses amis, à quel point il convenait de rester mobilisés contre cette peste noire qui ravage nos rivières. Et tous ceux, et ils sont nombreux, qui ont eu le bonheur d’assister à ce show, que n’aurait pas renié le mime Marceau, ne risquent pas de l’oublier.

    Michel Flénet, était de ceux qui ne prennent pas la vie trop au sérieux, parce qu’il savait comme l’a dit, André Santini, « qu’il ne s’en sortirait pas vivant ». Mais il avait une façon très professionnelle, voire perfectionniste, de ne pas se prendre au sérieux. Tout ce qu’il entreprenait aboutissait à un résultat quasi parfait.

    A ce stade,

  • Mouche noyée légère à deux mains

    Mouche noyée légère à deux mains

    Pas facile de présenter Claude Ridoire, ce pyrénéen de 66 ans, ingénieur en travaux publics à la retraite, passionné de pêche depuis toujours, plusieurs fois champion de France de pêche à la mouche, ancien membre de l’Equipe de France et grand fan de pêche à la mouche noyée. Si cette technique n’a plus la cote, Claude lui, la pratique toujours et avec succès. Il nous livre ici son expérience de cette technique qu’il a revisitée via les cannes légères à deux mains, qui permettent de pratiquer la pêche à la mouche noyée et à l’occasion la pêche à la mouche sèche ainsi que la pêche à la nymphe au toc. Mais pour cela, il a dû adapter le matériel à cette nouvelle pratique.

    « Ce que j’aime dans cette pêche c’est qu’elle fait appel à toutes les connaissances de celui qui la pratique. De la soie à la mouche, de l’eau vive au calme profond, il faut faire preuve de savoir. Seules, de larges rivières aux gravières immenses peuvent faire croire que c’est facile, trop facile. C’est peut-être cela, qui a fait que des pêcheurs réputés, ont été amenés à considérer cette pêche comme mode mineur, je leur laisse la responsabilité de leur jugement hâtif ». Par ces propos, Jean-Louis Pelletier (Pêche moderne de la truite de rivière à la mouche noyée, 1976), avait décrit l’essentiel de la philosophie de cette pratique ancienne aujourd’hui oubliée.

    Pour Pêches Sportives, en trois articles étalés entre fin des années 90 et 2008, j’avais abordé le sujet de la pêche à la mouche noyée avec des cannes à deux mains de faible puissance. A la faveur d’un rangement et de la relecture du numéro de mars-avril 2008, je vous propose de le revisiter en complétant certains critères et en l’actualisant tout d’abord sur l’aspect purement matériel. Toutes nos pêches légères à la mouche et au toc se rejoignent depuis quelques années ; le point d’union étant la grande canne. C’est un juste retour des écoles limousines et écossaises que j’ai eu la chance de fréquenter lors de mes premières années de pêcheur, il y a déjà un demi-siècle.

    Critères de la mouche noyée légère à deux mains

    Afin de bien se comprendre, jetons ici les bases de la pratique en question ; de quoi s’agit-il ?

    Voici les critères essentiels de la méthode :

    – La technique est comparable à une pêche de surface, où les mouches sont simplement immergées sous le film. Elles coupent les lignes d’eau en dérivant en aval.

     

  • Qui sont les poissons de nos régions ?

    Qui sont les poissons de nos régions ?

    Les pêcheurs à la mouche ne voient souvent que les espèces qui nourrissent leurs rêves et leur passion. Il serait vraiment dommage de ne pas s’intéresser à toutes les espèces qui vivent avec la truite, l’ombre ou le saumon. Une plongée dans Les Poissons d’eau douce de France, dont la dernière mise à jour vient de paraître, vous fera regarder les rivières différemment. D’éminents spécialistes retracent l’histoire mouvementée des poissons de notre pays, avec des révélations stupéfiantes. Si vous croyiez connaître vos rivières, attendez-vous à tomber de haut. 

    Tous les huit à dix ans depuis 1983, les Publications scientifiques du Muséum national d’Histoire naturelle réactualisent Les Poissons d’eau douce de France, un ouvrage qui fait partie de la collection Inventaires & biodiversité. Les auteurs de cet ouvrage perpétuel sont des grands spécialistes des poissons d’eau douce. Certains ont consacré l’ensemble de leur carrière à l’étude d’une seule espèce. Philippe Keith, Nicolas Poulet, Gaël Denys, Thomas Changeux, Eric Feunteun et Henri Persat ont eu fort à faire pour mettre à jour des données dans un monde aquatique en perpétuel changement, c’est le moins que l’on puisse dire. Cet ouvrage-somme, de plus de 700 pages pour la dernière édition qui vient de paraître, n’est pas une encyclopédie qui grave sur le papier faute de pouvoir le faire dans le marbre une vision immuable des choses. C’est au contraire un livre vivant, évolutif, et qui a plusieurs rôles. Ainsi va le monde.

    Est-ce un bien ou un mal si ce qui évoluait au rythme des millénaires change aujourd’hui aussi rapidement que les nouvelles versions de smartphone ? Au risque de décevoir certains optimistes, il faut bien reconnaître que le dérèglement climatique et l’aménagement des cours d’eau laissent la part belle aux espèces invasives ainsi qu’à celles qui ne le sont pas forcément, mais qui s’adaptent là où les espèces en place régressent parce que le milieu change. Dire le contraire équivaut à trouver des alibis pour minimiser l’impact anthropique sur la nature.

  • Silure, stop à la psychose !

    Silure, stop à la psychose !

    Soyons clairs, le but de cet article n’est pas de défendre le silure, qui devient malheureusement de plus en plus présent en cours d’eau de première catégorie, mais d’analyser plusieurs décennies de connaissances de ce poisson et de ne pas céder à la panique au sujet d’une espèce qui n’a rien pour elle et qui serait le coupable idéal. Cet article est aussi l’occasion de réagir à une publication du National Géographic datant du 15 janvier dernier (La menace du silure plane sur les écosystèmes d’eau douce européens, www.nationalgeographic.fr) qui manque de nuances et ne différencie pas les types de milieux, car l’espèce n’a pas du tout le même impact selon le niveau typologique d’un cours d’eau. Nous savons que les pêcheurs de truites et d’ombres se posent de nombreuses questions sur cette espèce qui continue son expansion vers l’amont en ces temps de canicules répétées. Nous allons donc tenter d’y répondre. 

    Lorsque j’étais enfant, on me disait que le sandre, espèce fraîchement venue d’Europe de l’Est soi-disant par les canaux, était un tueur sanguinaire qui tuait pour le plaisir, qu’il allait tout exterminer, et qu’il en serait terminé de nos belles rivières poissonneuses. Puis les pêcheurs français ont rapidement apprécié les qualités culinaires de cette espèce qui, soudain, n’avait pas que des défauts… Le sandre est ainsi rapidement passé du statut de tueur aveugle à celui de poisson noble ! Quelques décennies plus tard, un autre envahisseur, plus imposant, est accusé des mêmes excès, mais pour celui-ci, également venu de l’Est, difficile de lui trouver des qualités. Le silure, puisque c’est bien de lui dont il s’agit, n’a vraiment pas bonne presse. Rendezvous compte, il mange les pigeons qui viennent picorer un peu d’eau le matin sur le Tarn. Pour cela, il s’échoue partiellement à la façon des orques qui chassent des otaries sur les plages de la péninsule Valdès. Les scientifiques ont pour l’occasion étudié la cohorte de silures mangeurs de pigeons et concluent à une adaptation rare chez les poissons. Super prédateur, le silure ? Oui, plutôt, car même chez les orques, mammifères pourtant remarquables par leur intelligence, seuls certains individus d’une même famille parviennent à chasser les otaries en prenant le risque de s’échouer, et l’apprentissage des jeunes ne dure pas moins de trois ans selon de récentes études réalisées à l’aide de drones. Le silure serait donc aussi intelligent qu’un orque ! Quasiment aveugle, le silure compense la faible vue que lui permet ses minuscules yeux par un système sensoriel hors du commun. Ce radar à nageoires détecte tout. Il est curieux de certains bruits comme le son d’un “clonk”, outil en bois qui émet un son particulier (une sorte de “pok”, “pok”…) lorsqu’on frappe l’eau avec, ce qui le réveille et le met soudainement en appétit. Avec un tel animal situé tout en haut de la chaine alimentaire, les autres espèces n’ont qu’à bien se tenir.

    Je ne pêche pas spécifiquement le silure, mais, étant pêcheur de carnassiers, je le croise souvent dans des milieux très différents, en cours d’eau courants ou lents, ou en lacs, surtout depuis le début des années 2000. Au début, sa prise était toujours un événement. Elle était surtout possible, car c’était avant que ces poissons deviennent des monstres de 2 mètres. Revers de la médaille, ils étaient très nombreux. Par endroits, le fond en était tapi. Jusqu’à une taille de 1,70 m environ, j’arrivais souvent à prendre le dessus et à sauver mon leurre, malgré la tresse fine en 12 ou 15/10, au prix de combats interminables.

  • Ici commence la vie…  et la pêche à la mouche

    Ici commence la vie… et la pêche à la mouche

    Si vous voulez montrer à vos proches en quoi consiste la pêche à la mouche et le principe de l’imitation des insectes et larves aquatiques par des mouches artificielles faites leur voir l’extraordinaire vidéo ci-dessous que l’on doit à Nicolas Meyer. Ce journaliste reporter d’images de Fr3 Alsace se promenait dans les sous-bois qui longent le haut Rhin quand son œil a été attiré par l’agitation qui régnait à la surface d’une des nombreuses mares qui bordent cette zone chamboulée par la construction du grand canal où la Nature a, depuis, repris ses droits. Nicolas Meyer a ainsi pu filmer ce merveilleux biotope alimenté par la nappe phréatique alsacienne où s’agitait ce petit monde qui fait notre passion. Gammares, trichoptères, épinoches, vairons, nymphes de libellules, la mare grouillait de cette vie quasi clandestine que menace l’activité humaine. La vidéo dure guère plus d’une minute mais certains se la repasseront pendant des heures.

  • Naissance d’une truite par Marie-Annick Dutreil

    Existe-t-il des liens entre l’aquarelle et la pêche ? Apparemment aucun… Et pourtant, le peintre et le pêcheur partagent la même peur de l’échec, de la non rencontre, de la perte du poisson ou de l’œuvre au dernier moment, alors que juste avant la mise à l’épuisette ou au moment des dernières retouches, la belle truite vous fausse compagnie. Si nous avons tous connus des déboires aux derniers instants d’une prise, nous n’avions encore jamais assisté à la naissance d’une truite en direct sous le pinceau d’une aquarelliste. Je me suis fait tout petit pour ne pas déranger l’artiste qui au terme de cinq longues heures d’une grande tension a révélé cette splendide truite lacustre.

    Pêche et peinture à vue ?

    Certains pratiquent la pêche à vue ; d’autres, c’est la peinture. On ne choisit pas. Les artistes et les pêcheurs ont le même œil. Un œil au plus près de ce qui est à voir. Les bien-pensants vous diront que, d’un côté, se trouve un œil prédateur et, de l’autre, un œil désintéressé, et qu’il est ridicule de rapprocher ces deux extrémités de la civilisation… Simplification absolument loin d’être fondée ! Savez-vous ce qu’est un œil ? Un œil est un organe qui reçoit. Il est pure passivité. On me rétorquera que voir s’apprend et que les formes qui sont découpées dans la lumière et la couleur sont le résultat d’une éducation et d’une culture, donc d’une activité… Mais reste la lumière et la couleur, ces langages premiers de nos émotions. Et qui sait si l’émotion de l’artiste devant la truite diffère de celle du pêcheur ?

    L’apparition

    La peinture, c’est comme la pêche : au début, il n’y a rien d’autre qu’un cadre. Et, à moins de s’appeler Kasimir Malevitch, quand la toile est blanche, le peintre est bredouille. Alors, comment on fait ? On cherche ? On cherche le poisson ou l’inspiration… L’inspiration… encore une invention de mal-voyant ! Les pêcheurs à vue vous le diront, on ne trouve pas le poisson : le poisson se révèle. Il se donne au regard et surgit. Là ! L’émotion monte. On croirait soudain que le réel gagne une intensité nouvelle : il n’y avait rien et maintenant il y a tout. Le rien n’était pas rien. Ce n’était que du bleu, du vert… de la transparence et des reflets : de l’ombre et de la lumière (ou, comme disent les shadoks halieutiques : beh… c’est de l’eau, quoi). Ce rien était aussi vide de poissons que la feuille sur le chevalet.