Catégorie : Environnement

8’6 rend compte de l’état de nos rivières, mouvements pour la préservation des rivières, analyse de notre ecosystème halieutique à préserver.

  • Le climat se réchauffe… …et nos lacs et cours d’eau ?

    Le climat se réchauffe… …et nos lacs et cours d’eau ?

    Oui, notre planète se réchauffe… Les scientifiques sont formels ! A terme, nos lacs et cours d’eau suivront cette tendance, que certains considèrent déjà comme inéluctable. Peut-on faire quelque chose ? Doit-on rester les bras croisés à regarder nos truites fiévreuses périr ? Si effectivement le réchauffement climatique est un phénomène mondial, existe-t-il des solutions pour limiter localement son impact ? Par Sylvain Richard et Guy Periat

     Dans le précédent article, nous avons précisé les différents paramètres qui régissent la température de l’eau des lacs et des rivières.
    Très complexes, les processus en jeu agissent en synergie et on peut alors parler de métabolisme thermique. Véritable clé de voûte du fonctionnement des milieux aquatiques, celui-ci conditionne non seulement les caractéristiques chimiques de l’eau, mais également les processus physiologiques des organismes ainsi que la distribution des espèces.
    Dans quelle mesure le réchauffement climatique peut-il remettre en cause ces grands équilibres ? Les modifications thermiques sont-elles toujours liées à un changement de climat ? Le patrimoine biologique des milieux aquatiques estil à terme menacé ? Nos parcours de pêche à salmonidés sont-ils forcément voués à disparaître ? 

     Qu’est-ce que le réchauffement climatique ?

    Avant de répondre à ces différentes interrogations, il est utile de rappeler dans un premier temps que, contrairement aux autres planètes du système solaire, la surface de la Terre est tempérée à environ 15 °C. Cette caractéristique originale est due à notre atmosphère qui, à l’image d’une écharpe, permet de retenir une partie de la chaleur émise naturellement par notre planète. Ce phénomène, appelé effet de serre, est ainsi tout à fait naturel.
    Sans lui, la température à la surface de la Terre serait de – 18 °C en moyenne ! La vapeur d’eau, l’azote et le dioxyde de carbone, le fameux CO2, sont les principaux gaz qui permettent de piéger cette chaleur. Ils sont appelés « gaz à effet de serre ». Leur proportion dans l’atmosphère est le fruit d’un lent équilibre établi entre les consommateurs et les producteurs de ces différents gaz. En principe, elle n’évolue qu’à des échelles de temps géologiques, soit plusieurs millions d’années.
    Néanmoins, certains événements comme des éruptions volcaniques exceptionnelles ou la collision d’un astéroïde gigantesque sont susceptibles de modifier radicalement la composition de notre atmosphère et de provoquer des extinctions biologiques plus ou moins massives.
    Or, l’utilisation exponentielle des matières premières carbonatées fossiles (charbon, pétrole, gaz naturel), depuis le XIXesiècle, augmente drastiquement la proportion de CO2dans l’atmosphère.
    Résultat, cet apport massif de gaz à effet de serre déséquilibre le bilan radiatif de la Terre. La proportion de chaleur retenue, par rapport à celle qui peut s’échapper vers les hautes altitudes, est ainsi plus importante. La conséquence est une augmentation rapide de la température moyenne de l’air et des océans. C’est le phénomène de réchauffement climatique.

    Différents scénarios de réchauffement 

     Les scientifiques, réunis au sein du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC), confirment bien cette tendance au réchauffement. Ils ont notamment montré que l’année 1998 était la plus chaude de toute l’histoire de la météorologie et que le réchauffement s’accélère depuis environ un siècle. Le GIEC affirme par ailleurs que la probabilité que ce phénomène, constaté depuis 1950, soit d’origine humaine est de plus de 90 %. Ils confirment également que l’augmentation des températures va se poursuivre au cours du XXIesiècle.
    L’ampleur de ce réchauffement est toutefois très compliquée à prédire pour les scientifiques. D’ici à 2100, les climatologues du GIEC parlent tout de même d’une augmentation moyenne annuelle comprise entre 1,8 °C et 3,4 °C.

    rechauffemnt climatique

    Des bouleversements importants en perspective 

     Ce réchauffement global aura inéluctablement des conséquences sur les grands équilibres physiques et climatologiques. On estime qu’avec une élévation de température de 1,5 à 2,5 °C, près de 20 à 30 % des espèces connues courent un risque accru d’extinction. Cette estimation atteint 70 % si l’augmentation est de 3,5 °C ! C’est donc toute la biodiversité, richesse inestimable de notre planète, qui à terme est mise en péril… Un des symboles les plus marquants de cette menace est l’impressionnant ours polaire, dont l’habitat fond d’année en année.
    Selon les scientifiques, les écosystèmes naturels qui seront les plus affectés sont les systèmes polaires et alpins, les mangroves, les forêts boréales et tropicales ou encore les récifs coralliens.
    Pour ces derniers, les hypothèses les plus pessimistes envisagent leur disparition à l’échelle planétaire à partir de 2020… c’est-à-dire demain ! 

     Quelles conséquences pour nos milieux aquatiques continentaux ?

     A l’intérieur des continents, sur lesquels l’effet tampon des océans est réduit, cette évolution de notre climat sera exacerbée. A terme, l’augmentation des températures de l’eau influencera directement l’abondance et la répartition des espèces.
    Et ce sont celles d’eau froide, plus sensibles au facteur thermique, qui seront sans doute les plus impactées.
    Truites et ombres ont sans doute du souci à se faire… Il est cependant encore très difficile de prédire ces évolutions, en raison notamment du manque de connaissance sur le fonctionnement thermique actuel des réseaux hydrographiques.
    En outre, les modifications de débit engendrées par les changements climatiques influeront également sur le métabolisme thermique des eaux de surface.
    Néanmoins, des signes apparaissent déjà… Sur le lac Léman, les suivis effectués par l’Inra montrent une tendance nette au réchauffement des eaux de surface depuis les années 1970 ainsi que des couches profondes depuis les années 1950. La période d’apparition de la stratification thermique est de plus en plus précoce : de début juin dans les années 1970 à début mai dans les années 2000. Conséquence : les algues et le zooplancton consommateur apparaissent plus tôt dans la saison.
    Selon l’Inra, ces décalages seraient aujourd’hui favorables au corégone du Léman, qui profiterait ainsi directement de cette abondante nourriture dès l’éclosion de ses oeufs. Les captures effectuées par les pêcheurs professionnels, en augmentation depuis les années 1990, vont dans ce sens.
    Sur le lac Tanganyika, grand lac africain aux dimensions impressionnantes faisant frontière entre la Tanzanie et la République démocratique du Congo, la température des eaux du lac a également augmenté depuis les années 1920, de près de 0,7 °C en surface (– 150 m !) et de 0,3 °C au fond (– 1 300 m !). Dans le même temps, la limite entre les eaux oxygénées et celles sans oxygène est remontée, restreignant de fait la zone fonctionnelle pour la biocénose. Une baisse, nettement accentuée depuis les années 1950, de la productivité globale du plan d’eau en résulte. Sur les grands cours d’eau européens, des évolutions similaires de la température de l’eau s’observent également. Ainsi, sur le Rhône aval, en près de trente ans, la température moyenne de l’eau a augmenté d’environ 2 °C.
    Même constat pour la Loire (+ 2 °C), le Rhin (+ 2 °C) ou encore le Danube (+ 0,8 °C).

    Quelles conséquences pour le cours d’eau de mon village ? 

     Les grands hydrosystèmes intègrent donc parfaitement la tendance décriée par les climatologues. Néanmoins, à l’échelle locale et en particulier sur les cours d’eau salmonicoles, que se passe-t-il ? A titre d’exemple, prenons l’évolution durant ces quarante dernières années du métabolisme thermique de la rivière Allaine, petit affluent franco-suisse du Doubs. Grâce à des données historiques de qualité, l’évolution thermique de ce cours d’eau peut être appréhendée d’une manière objective. Et pour apprécier les effets directs de la température sur la faune, nous n’allons pas comparer des données de moyenne annuelle, trop lissées, mais plutôt les valeurs élevées observées en été. En effet, les poissons, et en particulier les salmonidés, démontrent une certaine tolérance aux écarts thermiques de faible amplitude. En revanche, en dehors de la gamme de confort de chaque espèce, la survie, la reproduction ou l’alimentation ne sont plus possibles.
    Une élévation de température pourra donc être supportée par le peuplement originel jusqu’à une certaine valeur. Mais dès le dépassement des seuils critiques, les populations de poissons auront des difficultés de développement et finiront par disparaître.

    Dans les années cinquante, la rivière Allaine était un cours d’eau à truite et à ombre très productif. Les apports souterrains karstiques qui alimentaient le cours d’eau tout au long de son linéaire permettaient de maintenir une gamme de températures fraîches, idéale pour les salmonidés, même en période caniculaire.
    Les mesures effectuées dans les années 70 illustrent parfaitement cette caractéristique typique des cours d’eau calcaire (cf.
    figure ci-dessus).
    Aujourd’hui, force est de constater que certaines portions du cours d’eau ont subi des élévations exceptionnelles de température, atteignant par endroits près de 10 °C (cf. figure). Si bien qu’à l’heure actuelle ces tronçons ne sont plus propices au développement de la truite ou de l’ombre.
    Mais les espèces thermotolérantes  ne peuvent également s’y développer harmonieusement : les habitats et les vitesses de courant ne sont pas adaptés à ces espèces (tanche, carpe, rotengle, etc.), plutôt inféodées aux eaux calmes.
    En clair, une discordance entre les caractéristiques de l’habitat et le métabolisme thermique est observée.

    La petite rivière fraîche productive s’est ainsi transformée en un cours d’eau tumultueux chaud et déserté.
    Par chance, l’influence des arrivées froides est encore forte sur l’Allaine. Elles apportent des bouffées de fraîcheur à la rivière. Elles constituent ainsi de véritables refuges thermiques pour les truites et les ombres en période estivale. Si, bien évidemment, ces espèces peuvent les rejoindre, ce qui laisse supposer que les couloirs migratoires longitudinaux sont respectés.
    A l’évidence, le réchauffement climatique apporte sa contribution de quelques degrés à cette évolution de la température de l’eau de l’Allaine. Néanmoins, d’autres facteurs interviennent.
    En observant l’évolution de l’utilisation du bassin versant et de la ressource en eau, la Fédération des pêcheurs du Jura suisse (www.fischnetz.ch) a permis d’expliquer le degré extrême de l’élévation de température observé sur certaines portions de rivière, et sur l’Allaine en particulier.
    D’une part, le pastoralisme traditionnel de la région s’est petit à petit transformé en une céréaliculture intensive. Les remaniements parcellaires ont permis de creuser des systèmes de drainage efficaces.

    D’autre part, l’Allaine et ses affluents ont été par endroits corrigés et transformés en chenaux rectilignes, élargis, excavés et sans ombrage. Les nappes souterraines ont perdu progressivement de leur volume et ainsi leur potentiel à alimenter en eau fraîche le réseau hydrographique lors de sécheresses. Par ailleurs, les puits d’eau potable historiquement utilisés ont vu leur quantité et leur qualité d’eau se réduire. Les communes ont en conséquence privilégié le captage des sources en tête de bassin. Le débit d’étiage de l’Allaine s’est au final nettement réduit.

    Enfin, le développement des zones urbaines a été croissant et s’est accompagné d’une imperméabilisation systématique des sols. Les réseaux routiers et de canalisation ont suivi la même évolution. La pluie des orages ruisselle alors sur ces surfaces asphaltées et, déjà échauffée, rejoint directement les rivières.
    Le coup de grâce fut porté lors de la mise en place de l’épuration des eaux usées de la commune de Porrentruy, située à une quinzaine de kilomètres des sources.
    En effet, le rejet de la station d’épuration dépasse allègrement les 20 °C en été et représente plus du tiers du débit de l’Allaine en basses eaux. Et ce rejet se déverse dans la rivière seulement quelques dizaines de mètres en aval des sources froides les plus importantes.
    La nette dégradation de la qualité de l’eau et de l’habitat associée à ces différents impacts sur le métabolisme thermique du cours d’eau a fortement porté atteinte au patrimoine biologique de la rivière Allaine. Les populations de truites et d’ombres abondantes du début du XXesiècle se sont progressivement réduites comme peau de chagrin. Actuellement, sur les 50 kilomètres de parcours de pêche rêvés des pêcheurs à la mouche, seuls quelques kilomètres restent intéressants, toujours en raison des arrivées froides salvatrices de la montagne karstique. Ainsi, l’impact des quelques degrés imputables au réchauffement climatique n’est vraisemblablement que très relatif en comparaison des transformations écologiques locales imposées par l’homme au cours du dernier siècle.

    En conclusion, cet exemple illustre l’importance de ne pas considérer le réchauffement climatique comme la cause unique et inéluctable de la dégradation de nos environnements aquatiques.
    Certes, il a un impact. Certes, la réduction des émissions de CO2est nécessaire et à terme bénéfique. Mais cet arbre de la politique mondiale pour la sauvegarde durable de notre environnement, claironné par tous les médias et les gouvernements, ne doit pas cacher la forêt de problèmes rencontrés par nos rivières.

    La préservation de la qualité et de la morphologie des cours d’eau doit ainsi rester une priorité absolue. Au niveau local, les gestionnaires incontournables que sont les pêcheurs ont un rôle important à jouer dans la mise en oeuvre d’un certain nombre de précautions et de mesures pour limiter l’impact des changements climatiques à venir. De manière plus globale, à l’échelle des bassins versants, une gestion cohérente de la ressource en eau, intégrant le respect des apports d’eau fraîche et limitant les rejets d’eau chaude, doit systématiquement être promue. Ce sont les conditions sine qua non si l’on veut faire baisser la fièvre de notre patrimoine piscicole et halieutique !

  • Le Complot contre la Pêche

    Secrétaire d'état.

    La secrétaire d’État Chantal Jouanno avec Claude Roustan (à droite) au dernier salon de l’agriculture.

    Sous couvert d’uniformiser la gouvernance des pêcheurs de loisirs, les dirigeants de la FNPF, s’apprêtent à imposer, sans la moindre concertation, une réforme qui dans plusieurs régions va ruiner vingt ans de gestion raisonnable des rivières de France. Anatomie d’un complot où autoritarisme et démagogie font bon ménage.

    Nous n’avons jamais démenti, dans ce journal, le jugement sévère que nous portions sur l’organisation de la pêche de loisirs en France : le régime associatif qui est au coeur du système s’est montré incapable de promouvoir une gestion responsable de la ressource, pas plus qu’il n’a su défendre l’eau, les poissons, les pêcheurs contre tout ce qui les menaçait.
    Nous l’avons dit souvent : la pêche française est l’une des plus mal gérées au monde, et l’inefficacité de ses responsables a sa part dans l’effondrement des populations de pêcheurs.
    Mais nous ne pensions pas que cette incurie puisse un jour déboucher, sous couvert d’améliorer les choses, sur ce qu’il faut bien appeler un coup d’Etat des actuels dirigeants de la Fédération nationale de la pêche française, un véritable complot ourdi contre ceux-là même qui les ont faits rois.

    De quoi s’agit-il ? Le projet de réforme de M. Roustan, l’actuel président de la FNPF, consiste en une incroyable centralisation des pouvoirs et des règlements, définie sur la base du plus démagogique des dénominateurs communs pour donner aux pêcheurs l’illusion d’une gestion qui remettrait du poisson dans les rivières par la magie d’une association stratégique entre pisciculture et méthode Coué.
    Sans se soucier de gestion patrimoniale, de qualité des rivières, de maîtrise sérieuse des prélèvements. En rayant d’un trait de crayon les dizaines d’années de travail d’AAPPMA et des fédérations vertueuses dont le seul tort est d’avoir tenté et souvent réussi à gérer leurs rivières sans démagogie ni gaspillage de l’argent des pêcheurs.
    Le projet de M. Roustan, son grand oeuvre, est de mettre au pas ces bons élèves de l’écologie des rivières pour que règne la médiocrité halieutique, et qu’on laisse les pisciculteurs prospérer. Et sa réforme, Monsieur le Président entend l’imposer à la façon des dictateurs, en prenant autant de gants qu’un liquidateur de multinationale fermant son usine au Mozambique.
    Le problème est que M. Roustan est un élu.

    Son attitude nous amène à la question suivante : ou la pêche de loisirs est gérée par le système associatif (ce qui n’a pas que des avantages) et, à ce moment-là, il faut jouer le jeu de la démocratie associative, ou bien la pêche est une affaire d’Etat, de spécialistes, ou de promoteurs de tourisme et de loisirs, et on ne voit pas ce que viennent faire à sa tête une poignée de hiérarques assez mal élus, sans compétence particulière pour les différents niveaux de gestion que le sujet requiert.
    En décidant seuls dans leur coin de ce que doit être le nouvel ordre de la pêche associative, M. Roustan et les siens ne font que trahir ceux qui les ont élus. Et ce coup d’Etat qu’ils nous disent vertueux est, nous semblet- il, le meilleur moyen d’aggraver encore la situation déjà pas terrible d’un loisir autrefois populaire.

    A ce propos, nous avons mis ce journal sous presse la veille de l’ouverture de la truite.
    Pour des milliers de pêcheurs, la saison s’est terminée le 13 mars au soir. C’est peut-être ça, la réforme Roustan : qu’il y ait à l’avenir une journée de la pêche, comme il y a une journée de la musique ou une journée des voisins. Ce sera bien suffisant pour faire le plein des congélateurs.

    La rédaction

  • Ruisseau Cévenol

    Ruisseau Cévenol

    Benoît Chancerel est un passionné, et pour nous faire rêver juste avant l’ouverture, comme pour nous dire que bientôt il fera beau et qu’on l’on pourra arpenter les ruisseaux où dorment les truites voraces des Cévennes, il nous propose cette petite promenade estivale. C’est tellement bon, qu’on sent le souffle du vent et la fraicheur du ruisseau. Allez visiter son site !

  • Les dérives harmonisées

    Les dérives harmonisées

    Les dates d’ouverture de la pêche en France, notamment celles concernant le sandre, le black-bass et l’ombre, permettent la pêche de ces espèces alors qu’elles sont encore préoccupées par la reproduction. On assiste alors à une véritable dérive de la part des pêcheurs qui, d’une part, ne respectent plus cette phase essentielle de la vie des poissons et, d’autre part, prennent l’habitude de réaliser les plus belles pêches de l’année durant cette période.
    Inquiétant…

     

     

    Par Jean-Marc Theusseret

     

     

     Après quelques années de recul et de nombreux témoignages au niveau national, le temps est venu de faire le bilan de l’ouverture de la pêche aux carnassiers, fixée désormais au second samedi de mai. Le moins que l’on puisse dire, c’est que cette date unique ne convient pas à toutes les régions ni à toutes les espèces piscicoles. La seule justification d’une date d’ouverture de la pêche réside dans le respect de la période de reproduction des poissons concernés. Cela comprend la ponte, bien entendu, mais également la maturité des oeufs et le temps nécessaire aux alevins pour qu’ils soient autonomes.

    C’est souvent ce dernier stade qui pose problème. Pour une raison obscure et sous prétexte d’harmonisation des dates d’ouverture de la pêche, la Fédération nationale pour la pêche en France (FNPF) et l’Office national de l’eau et des milieux aquatiques (ONEMA) ont choisi d’avancer la date d’ouverture de la pêche aux carnassiers. Fixée donc pour l’essentiel des départements au second samedi de mai, cette date est décalée d’un mois si on la compare avec l’ancienne date d’ouverture, qui durant des décennies avait lieu aux alentours du 15 juin. Venons-en aux faits.
    Dans de nombreux départements, notamment sur l’ensemble de la moitié nord de la France, le sandre et le black-bass soit sont sur les nids, soit défendent farouchement leur progéniture début mai.
    On voit alors, à l’ouverture et durant les semaines qui suivent, de nombreuses prises de sandres, généralement des mâles très sombres, qui se font prendre très facilement parce qu’ils défendent leur nid. Les pêcheurs ignorent pour la grande majorité à quel point il est grave de prendre un mâle sur un nid. Le rôle du mâle consiste essentiellement à charger sans cesse les prédateurs des oeufs que sont les chevesnes, rotengles, gardons, brèmes, etc. Un mâle prélevé sur un nid correspond à des milliers d’alevins qui ne verront jamais le jour.
    Idem pour le black-bass, qui défend farouchement ses alevins.

    Ces deux espèces sont les plus vulnérables à cette période de l’année. Alors on peut se demander pourquoi les instances de la pêche en France ont choisi cette date d’ouverture si précoce. La réponse en surprendra plus d’un. Il s’agit en effet de deux espèces non indigènes introduites dans nos eaux il y a bien longtemps. S’il peut sembler compréhensible d’être méfiants vis-à-vis des espèces exotiques, ces deux-là n’ont aucunement déséquilibré les milieux.
    Mais après le développement exponentiel qu’à connu le sandre peu après les multiples introductions dans nos eaux dans les années 70-80, les populations sont actuellement très fragilisées sur l’ensemble du pays, à l’exception de quelques cas particuliers.
    Quant au black-bass, introduit en France par les militaires américains durant la Seconde Guerre mondiale, il survit péniblement et, chaque printemps, les mâles sont la proie de pêcheurs peu scrupuleux.

    Sondeur

    De telles concentrations de poissons en début de saison ont de quoi déchaîner les passions.
    Sur certains grands lacs de barrage, une véritable migration vers l’amont a lieu au début du printemps.
    Sur ces lieux de fraye de multiples espèces, on déplore toutes sortes de comportements irresponsables de la part des pêcheurs.
    En France, la réglementation permet de prendre des sandres qui défendent encore leur nid. En prélevant ce petit mâle “charbonnier”, c’est toute la ponte qui sera détruite, consommée par les poissons blancs.
    La pêche en no-kill, par des pêcheur soit disant sportifs a donné lieu à d’autres massacres en pêchant des femelles avant la ponte. Par décompression, les oeufs ont été détruits.
    Lamentable… C’est aux pêcheurs de prendre leurs responsabilités et de s’auto-limiter.

     

    La première catégorie 

     Les hasards voire les mystères de la réglementation font que certains plans d’eau ou portions de cours d’eau sont classées en première catégorie alors qu’aucun salmonidé n’y vit plus depuis des lustres.
    La réglementation autorise alors la pêche aux leurres en période d’ouverture de la pêche de la truite. Les prises d’autres carnassiers doivent donc s’effectuer en no-kill jusqu’à l’ouverture générale. Là encore, on assiste à de véritables carnages aux tristes conséquences sur des sandres, des perches et des brochets pleins d’oeufs. Faire monter de plusieurs mètres une femelle pleine d’oeufs est un acte d’une grande irresponsabilité. Par décompression, les oeufs sont détruits immanquablement. Certains lacs, dont celui de Vouglans dans le Jura, sont le théâtre de bien tristes spectacles. Sous couvert du sacro-saint no-kill, des pêcheurs “sportifs” équipés de bass-boat à X milliers d’euros massacrent ainsi ce qui auraient dû constituer les stocks des années à venir. Et comme les nouvelles vont vite, des vidéos circulent sur Internet.
    “On est tombé sur les femelles !” s’exclame une voix qui conseille un pêcheur (nous espérons qu’il ne s’agit pas d’un guide de pêche !). Et la femelle en question roule dans les graviers du rivage.
    “Bon, essuie-là et tu vas la remettre à l’eau ! Bravo, joli sandre !” Nous espérons surtout que toute la partie amont du lac sera mise en réserve temporaire l’année prochaine pour que cessent de tels agissements. La Fédération de pêche du Jura est au courant du problème et nul doute que le nécessaire sera fait pour la nouvelle saison.

    Vers une protection ponctuelle pour le black-bass Certains départements ont enfin compris qu’il était souhaitable de protéger les populations de black-bass en France. Ainsi, les départements de l’Hérault, du Jura, de la Haute-Saône ou de la Côte-d’Or ont instauré une période de fermeture spécifique concernant cette espèce pendant les mois de mai et juin. Nul doute que cette mesure sera couronnée de succès et espérons qu’elle sera suivie par d’autres départements.

     

    En France, la pêche sur frayère devient la norme Si l’on ajoute à tout cela le cas de la pêche de l’ombre sur les parcours où il est permis de pêcher à la mouche depuis l’ouverture de la pêche de la truite, on obtient un constat effarant : les plus belles pêches de l’année se font sur les frayères ! Pour l’ombre comme pour le sandre, le blackbass ou le brochet, c’est devenu la norme, la période propice qu’il ne faut pas manquer sous peine de rater sa saison. Les pêcheurs à la mouche ou aux leurres qui découvrent la pêche par ces techniques soit-disant très recommandables ne sont pas forcément conscients que, d’un point de vue biologique, la pêche doit impérativement être fermée durant ces périodes fastes.

    Le black-bass est également très vulnérable à l’ouverture de la pêche début mai. L’ancienne date, à la mi juin, était beaucoup plus respectueuse des espèces carnassières, notamment le sandre et le black-bass.

     

    Black Grenelle

     


     

    Un (gros) problème de crédibilité 

     Le no-kill a bon dos, il n’excuse rien. Ne pas respecter la période de reproduction des poissons pose un problème de crédibilité, surtout lorsqu’on se prend à considérer la technique utilisée comme exempte de tout reproche.
    Les pêcheurs de frayères ne sont pas des pêcheurs. Ils n’apprendront rien en pratiquant ainsi, même si le 25esandre ou le 12e ombre ne voulait plus du leurre ou de la mouche rose et a préféré du blanc. Sacrée trouvaille ! La responsabilité des instances halieutiques est grande sur ce sujet.
    Par le passé, le temps de pêche était beaucoup plus respectueux des poissons. Beaucoup de jeunes pêcheurs ignorent à quel point l’automne est la seule vraie saison de la pêche de l’ombre. Les pêcher à la sortie de la fraie est un exercice qui n’a pas d’intérêt. La FNPF et l’Onema considèrent sans doute les pêcheurs aux leurres et à la mouche comme des minorités.
    Certes, mais au même titre que les pêcheurs de carpes, ce sont ces minorités spécialisées qui “tiennent” la pêche en France en termes d’économie. Ces pêcheurs se tournent de plus en plus vers la pêche à l’étranger, où les dates d’ouverture sont décalées un peu plus tard en saison. Il est tout de même dommage d’en arriver là. Ceux qui n’ont pas les moyens de pêcher en Slovénie, en Suède et encore moins dans le Montana, se trouvent contraints de pratiquer leur loisir dans les eaux closes des réservoirs… La FNPF fait des efforts pour arriver à séduire de nouveaux pêcheurs (et même les pêcheuses avec la carte “découverte féminine”), mais de nouveaux pêcheurs doivent trouver de quoi pratiquer leur activité dans de bonnes conditions. Cette réflexion sur les dates d’ouverture nous semble donc capitale. A bons entendeurs…

  • Descente de Bar.

    Descente de Bar.

    Cette année encore du début février à la fin mars, bénéficiant souvent de surcroît d’une météo clémente, les pélagiques ont pu “taper” dans les frayères de Manche Est et Ouest et capturer des centaines de tonnes de bars, transformés pour la plupart en farines et granulés destinés à nourrir les saumons, les poulets et les cochons des élevages industriels européens… Yann Drenek 

     Dans un article paru dans le quotidien local La Presse de la Manche daté du samedi 28 février 2009, nous apprenons que deux chalutiers pélagiques de La Turballe, contrôlés par la gendarmerie maritime, au large de Cherbourg, avaient à leur bord 22 tonnes de bars… Soit 12 tonnes excédentaires, puisque seulement 5 tonnes sont autorisées par semaine et par bateau.
    La frayère Manche Est, située dans le “rail” des Casquets, au large du nez de Jobourg (pointe ouest du Cotentin), a donc cette année encore été pillée sans vergogne par des pélagiques venus de Bayonne, des Sables-d’Olonne ou de La Turballe. Il en fut de même, d’ailleurs, de la principale autre zone de frai en Manche, dite Manche Ouest, située derrière l’île de Batz, au large de Roscoff. Là encore, pendant plusieurs semaines en février et mars, une douzaine de pélagiques se sont relayés pour “taper” à tour de rôle dans les frayères. Rappelons que les pélagiques sont des chalutiers hypermotorisés, qui travaillent “en boeufs”, par paire, et traînent à la profondeur où les bars ont été repérés au sondeur un filet dont l’ouverture est grande comme un terrain de football.

    Des traits de chalut de plusieurs dizaines de tonnes sont ainsi possibles, avec un seul bon passage dans la gigantesque masse des bars rassemblés pour frayer. A moins de 200 mètres du débarcadère de la criée de Roscoff, sur le quai qui fait face aux ferry-boats, il fallait voir les norias de semiremorques qui faisaient la queue pour embarquer hors criée des dizaines et des dizaines de tonnes de bars. Un remarquable reportage de TF1 au 20-Heures de Claire Chazal, le dimanche 19 avril, montre les pélagiques qui débarquent directement des centaines de caisses de bars dans les semi-remorques qui attendent sur le quai. A la fin de ce court reportage, et pour la première fois à notre connaissance dans un grand média généraliste, l’aspect économique de la pêche de loisir a été évoqué.

    Comme le fait remarquer Charles- Henri Canto, guide de pêche professionnel, sur le forum de l’excellent site pecheaubar.com, “90 % des pélagiques observés ne passent pas par la criée pour débarquer leurs prises, les débarques se font sur un quai destiné normalement aux cargos et situé à moins de 300 mètres de la criée, les prises sont débarquées par l’équipage sans aucun contrôle, ni de la criée ni d’un quelconque personnel fonctionnaire (Affaires maritimes ou gendarmerie), puis chargées dans des camions dont les indications figurant sur les remorques laissent peu de doute sur leur non-appartenance à la filière pêche (voir la photo édifiante du semi-remorque de volailles, ndlr).On peut dès lors se poser quelques questions. Quelle est la destination de ces camions ? Quels sont les volumes débarqués ? Peut-on parler de respect des quotas quand aucune pesée n’est réalisée au débarquement ? Est-il normal qu’aucun agent de l’Etat ne soit présent lors de ces débarques ? Vu l’ampleur du phénomène, estil possible que les agents de l’Etat n’en aient pas connaissance ? Je vous laisse vous faire votre propre opinion et vous livre mon sentiment personnel : la filière pêche productiviste profite d’une situation de crise économique pour se livrer aux pires exactions sur la ressource halieutique. Les prix s’effondrent… aucune importance puisqu’avec le système du prix de retrait français la prime est donnée à la quantité et non à la qualité.” 

    Car ce non-sens écologique de pillage des frayères se double d’une gabegie économique. En effet, comme c’est le cas pratiquement de tous les poissons pendant leur période de reproduction, la chair des bars à ce moment- là de leur cycle est de piètre qualité. La plupart des protéines nobles et des lipides ont été mobilisés pour la fabrication des oeufs et de la laitance. Les poissons, quand ils ont frayé (ils sont de toute façon forcés d’expulser leurs oeufs quand ils sont écrasés dans la poche du chalut lors de sa relève), sont très maigres et leur chair sèche et filandreuse. La plupart du temps, quand ils passent en criée (d’après de nombreux témoignages, une infime partie), ils sont refusés ou achetés à vil prix par des mareyeurs peu regardants, qui revendent ces bars autour de 3 à 4 euros le kilo, que l’on retrouve ensuite sur quelques étals de supermarché à moins de 8 euros le kilo. En fait, l’énorme majorité de ces bars capturés sur les frayères finit dans les congélateurs quand ils ne sont pas directement transformés en farine à poissons, destinés à nourrir saumons, poulets et cochons de nos élevages industriels.

    Car, compte tenu des tonnages gigantesques qui sont pêchés en quelques semaines, les prix s’effondrent et la seule rentabilité de cette pêche tient au fait des tonnages très importants réalisés, du dépassement généralisé des tonnages autorisés et des fameux prix de retrait fixés par Bruxelles.
    Quand on prend dans un coup de pélagique des tonnes de bars, même à moins de 4 euros du kilo, cela reste très rentable pour les armateurs et l’équipage, surtout que cette pêche se pratique à quelques encablures de nos côtes et ne nécessite pas de grandes quantités de fuel pour accéder à la ressource.
    Ce pillage de la ressource bar par une vingtaine de paires de pélagiques seulement, qui ne représentent que moins de 200 emplois, est en outre très préjudiciable aux “petits métiers” artisanaux de la pêche professionnelle, et notamment les ligneurs et petits fileyeurs (des milliers qui tentent de survivre), qui eux pourraient capturer de façon durable des poissons de qualité à très forte valeur ajoutée.
    Pour la première fois cette année, ces petits métiers se sont désolidarisés de leurs confrères pélagiques et bolincheurs (pratiquant non pas au chalut, mais à la senne tournante sur les frayères).
    Ainsi peut-on lire dans Le Télégramme de Brestdu 13 mars :
    “Après les bolincheurs, il y a quelques jours, c’est au tour des chalutiers pélagiques d’être montrés du doigt. Les ligneurs du Nord-Finistère les accusent d’aller taper dans les bancs qui se forment durant la période de frai. Cette pêche n’est pas illégale.
    Chaque chalutier pélagique (ils travaillent en paires pour tirer le chalut) est autorisé à débarquer 5 tonnes par bateau et par semaine.
    Le problème, c’est qu’une paire a débarqué 10 tonnes samedi dernier, et 10 tonnes le lundi, donnant ainsi l’impression que la règle des 5 tonnes par bateau et par semaine était respectée.
    Nous sommes persuadés que ce poisson a été pêché pendant la même marée. Ce qui serait illégal. La preuve, le lundi, le poisson n’était plus très beau. Il est parti à un prix très bas.” Selon les ligneurs, plusieurs chalutiers (de Lorient et de La Turballe) travailleraient en ce moment au large du Nord-Finistère. “En ce qui nous concerne (les ligneurs, ndlr),nous respectons scrupuleusement le repos biologique du bar. Ces dernières semaines, nous l’avons laissé frayer. Nous ne reprendrons la pêche que début avril. Dans le même temps, de gros bateaux en profitent pour faire du chiffre. Que va-t-il nous rester après leur passage ?” Un signalement a été effectué auprès de la direction régionale des pêches maritimes, qui a assuré les ligneurs que des contrôles seraient effectués. “Récemment, à Cherbourg, des pélagiques ont été contrôlés avec 22 tonnes de bar à bord. Des abus sont commis, il faut les sanctionner”, ajoutent les ligneurs.

    Stripped bass

    Aux Etats-Unis le “stripped bass” (bar rayé) est classé “game fish” et, à ce titre, interdit à la pêche industrielle. Seules la pêche artisanale (très réglementée) et la pêche récréative sont autorisées


    La France est aujourd’hui montrée du doigt dans toute l’Europe, même les pélagiques espagnols restent à quai deux mois pendant la période de frai. Des subventions européennes leur sont versées mais, au moins, la ressource n’est pas détruite. Cette solution a été proposée au Comité national des bolincheurs et pélagiques français. Leur réponse : “Nous ne sommes pas des mendiants, nous voulons vivre de notre travail et ne pas rester à quai.” En dehors de cet excès de fierté nationale, les observateurs qui ont assisté aux déchargements “sauvages” hors criée (apparemment la majorité, durant cette période) sont persuadés, compte tenu des tonnages réalisés, et surtout de leur dépassement généralisé, que cette pêche est très rentable.

    Vingt-deux tonnes (pour les deux chalutiers de La Turballe arraisonnés), même au prix de retrait ou en dessous, pour les excédents de quotas, cela fait encore beaucoup d’argent pour l’armateur et l’équipage. Remarquons ici que c’est d’ailleurs, à notre connaissance, bien la première fois depuis plus de quinze années que dure ce pillage systématique des frayères de bars qu’un arraisonnement par la gendarmerie maritime a été effectué. Il semblerait que ce soit sous la pression de la Commission de pêche européenne que ce contrôle de Cherbourg a eu lieu. Car, il faut bien le dire ici, le ministère français de l’Agriculture et de la Pêche ne veut surtout pas “provoquer” de quelque façon que ce soit une profession dont on connaît les réactions de violence exacerbées (incendie du Parlement de Bretagne, saccage du Pavillon de la marée à Rungis, opérations musclées dans les grandes surfaces, invectives et injures à l’encontre du chef de l’Etat, blocage des ports ou du trafic transmanche, etc.). La politique “officieuse” de la France semblerait être de laisser la filière pêche en Manche et en Atlantique disparaître progressivement dans les cinq à six années à venir (peut-être même, avant, disent certains biologistes des pêches), quand il n’y aura plus rien à pêcher. L’Etat versera des primes de reconversion, des aides, des subsides et autres mannes dont il sait saupoudrer, quand nécessaire, les professions “à risque”. Il faut savoir qu’actuellement l’Etat français préfère, avec l’argent du contribuable, payer des amendes record à Bruxelles (76 millions d’euros dans l’affaire des merluchons, on ne sait pas encore combien pour la morue..) plutôt que de faire appliquer les directives et règlements communautaires en matière de pêche. Et que dire des 100 millions d’aide allouée aux marins-pêcheurs à l’automne dernier pour réduire leur facture gas-oil, aide d’ailleurs déclarée illégale par Bruxelles, mais qui fut tout de même touchée (alors que le prix du pétrole a connu depuis la chute que l’on sait), sans parler des exemptions de charges sociales accordées aux patrons pêcheurs… Pour terminer, nous laisserons la parole au sénateur Marcel Cléach qui, dans un rapport très bien documenté, publié en décembre 2008 (regrettons simplement que n’y soit absolument pas évoqué le potentiel touristico-économique et social de la pêche récréative), constate que “dans le cadre européen, les pêcheries hexagonales paraissent en particulière difficulté.

    La pêche française ne fournit plus que 15 % de la consommation nationale. Cette situation entraîne un haut niveau d’aides publiques qui conduit à s’interroger sur la pertinence de les maintenir : plus de 800 millions en intégrant les soutiens sociaux, plus si l’on intègre les aides conjoncturelles liées à la hausse du gas-oil à comparer au 1,1 milliard de chiffre d’affaires à la première vente en 2004. D’autres pays européens ont fait le choix de l’abandon du secteur, d’autant que l’importation est compétitive et pourvoit aux besoins du marché.” Si c’est un rapport parlementaire qui le dit…

  • Quand les « Attila » montent au filet !

    Ainsi donc aujourd’hui, M. Kahoul s’élève de façon véhémente contre le droit qu’on accorderait en 2009 aux “nantis” que nous sommes de pêcher le thon sportivement. Rappelons simplement ici que, d’après une enquête récente de l’EAA (European Angling Alliance), seulement 1 à 3 % des captures de poissons en Méditerranée seraient le fait des pêcheurs récréatifs.
    Quand les senneurs capturent sur les frayères plusieurs centaines de tonnes de thons d’un seul encerclement de filet, pour arriver à des “quotas” alloués de 4 800 tonnes (pour les pêcheurs français), ce ne sont pas les quelques quintaux de thons capturés au broumé ou à la traîne qui vont plomber la balance.
    D’autant que, d’après les enquêtes des ONG, les quotas sont systématiquement dépassés frauduleusement par les professionnels et atteindraient le double de ce qui est alloué. Rappelons que l’année dernière, ces “quotas” étant atteints au début de juillet, toute pêche au thon rouge, y compris sportive, a été fermée à partir de cette date.

    Seulement 1 à 3 % des captures de poissons en Méditerranée seraient le fait des pêcheurs récréatifs.

    Soyons un peu sérieux, et puisque que M. Kahoul connaît les chiffres et sait s’en servir quand il faut défendre auprès du gouvernement, de Bruxelles ou de l’ICCAT, les intérêts des quelque 40 senneurs français, d’après le très récent rapport parlementaire sur la gestion des pêches du sénateur Cléach (décembre 2008) les senneurs français de Sète et de Port-Vendres se tailleraient la part du lion en Méditerranée avec 20 % des prises totales estimées à “vraisemblablement” plus de 50 000 tonnes de thons. Toujours d’après le rapport sénatorial : “la France a récemment fait exception en avouant avoir très largement dépassé son quota” et il serait de notoriété publique que des navires (senneurs) français désarmés et remplacés par des plus modernes subventionnés auraient été immatriculés en Lybie, mais seraient restés la propriété des mêmes intérêts financiers.

    Et ce n’est pas une ONG qui le dit mais un sénateur de la République… Rappelons également, comme le fait remarquer le rapport Cléach, que les thonniers-senneurs (qui coûtent plusieurs millions d’euros l’unité) sont, comme d’ailleurs la plupart des bateaux de pêche modernes, largement subventionnés par l’argent du contribuable (aides diverses, européennes et nationales), de même que le gas-oil dont ils sont grands consommateurs, et encore ne connaissonsnous pas tout des fonds locaux et régionaux, des remboursements sur les pertes de matériel, des prêts avantageux et aides financières diverses, des réductions voire suppressions de charges sociales, dont les pêcheurs professionnels bénéficient.
    Quand les “nantis” que nous sommes achetons un “sportfisherman” pour pêcher le thon au broumé ou à la traîne, de quelle subvention bénéficie-t-on ? Et si la construction nautique de plaisance française, avec des centaines de milliers d’emplois à la clef, est une des toutes premières du monde, c’est en partie à la pêche de plaisance qu’elle le doit. Quand un “nanti” ou un riche retraité dépense dans une journée de pêche à la traîne (il faut parfois aller trouver les thons en été à plusieurs dizaines de miles de la côte et traîner pendant des heures) plusieurs centaines d’euros en gas-oil, celui-ci n’est pas détaxé et rapporte énormément en taxes à l’Etat, ce qui permet sans doute de subventionner celui des professionnels.
    Sans parler des nuits d’hôtel, des restaurants, du matériel de pêche sportive acheté localement et des mille et une petites retombées sur les commerces locaux.
    Mais paradoxalement, dans notre pays, aucun responsable socio-économique ou politique ne semble avoir fait la moindre relation entre les retombées touristico-économiques d’une pêche récréative éco-responsable et durable et le pillage subventionné de la pêche industrielle. 

    Ça ne tourne pas très rond sous la surface des mers. Le patron pêcheur breton Franck Leverrier (Saint-Quay Portrieux) et ses marins devant leurs prises pour le moins inhabituelles ! Des thons rouges de 450 kg… (Ouest-France 05-11-2006).

    Savez-vous, monsieur Kahoul, et messieurs les politiques, que les retombées économiques de la pêche récréative pour les seuls Etats-Unis se chiffrent à environ 75 milliards de dollars annuellement (source ministère de l’Intérieur des Etats- Unis), dont environ 55 milliards pour la pêche sportive en mer. Si l’on y ajoute les quelques rares autres pays anglo-saxons qui ont fait le choix de limiter drastiquement la pêche industrielle dans leurs eaux territoriales pour y privilégier la pêche récréative, comme l’Australie et la Nouvelle-Zélande, on arrive à plus de 70 milliards de dollars. Si l’on y ajoute les retombées économiques liées à la pêche sportive de pays d’Amérique latine comme le Costa Rica, le Panama, le Honduras, le Guatemala, le Mexique (clientèle touristique américaine et européenne), nous approchons des 90 milliards de dollars. Rapprochons ce chiffre, maintenant, de celui publié en 2004 par la Banque mondiale, qui évalue à 85 milliards de dollars la valeur des captures sauvages de la pêche commerciale (subventionnée à plus de 50 %) dans le monde.

    Quand, sous la présidence de Bill Clinton, l’Etat de Floride, tout d’abord, suivi dans les années 90 par la plupart des Etats côtiers du golfe du Mexique et des côtes est et ouest ont décidé de réserver la majorité de leurs ressources marines, et surtout les poissons, à la pêche récréative, les pêcheurs professionnels ont fait grise mine, mais ils n’ont pas pour autant bloqué les ports américains, ni brûlé un Parlement, ni saccagé des supermarchés.
    Plus de 90 % d’entre eux se sont reconvertis comme guides de pêche et aujourd’hui gagnent beaucoup mieux leur vie qu’auparavant. Au lieu de se lever en pleine nuit pour faire un métier épuisant et dangereux qui leur rapportait (comme chez nous, exception faite des 40 thonnierssenneurs) de moins en moins, ils se lèvent aujourd’hui comme des employés de bureau. Ils sont très bien payés, sans parler des pourboires d’autant plus généreux que la pêche a été bonne.
    Chez nous aussi, peut-être pas les 40 capitaines de senneurs, mais les milliers de petits artisanspêcheurs (ligneurs ou fileyeurs) ou patrons de petits chalutiers devraient penser à se reconvertir en guide de pêche pour touristes. Il n’y aurait là rien de péjoratif, bien au contraire, ils gagneraient bien mieux leur vie, feraient partager l’amour de la mer et leur connaissance des poissons à des millions de personnes.

    Reproduit avec l’aimable autorisation du Big Game Fishing Club de France.

  • Grenelle ?

    Grenelle ?

    Quand les « Attila » du chalut montent au filet.
    Les jours du thon en Méditerranée sont comptés. Selon le président du comité des pêches de Marseille, c’est la faute des pêcheurs sportifs. Ça sonne comme une blague, et pourtant ce monsieur semble sérieux… 

     Dans le quotidien La Provence daté du 8 février dernier M. Mourad Kahoul, président du comité local des pêches de Marseille, s’indigne de la décision autorisant les pêcheurs sportifs à pêcher le thon.
    “On accorde à des nantis, à des personnes qui exercent déjà une profession bien rémunérée ou qui vivent aisément de rentes ou de bonnes pensions de retraite et qui sont, ou ont été, les décisionnaires ou à l’initiative des contraintes qui frappent notre profession, le droit de pouvoir s’amuser avec une espèce en grand danger d’extinction.“ C’est bien la première fois à notre connaissance que M. Mourad Kahoul considère le thon rouge (Thunnus thynnus) comme une espèce en “grand danger d’extinction”.
    Le BGFCF, l’IGFA, mais également le WWF, Greenpeace et quelques scientifiques de l’Ifremer, qui depuis des années tirent la sonnette d’alarme quant au risque de disparition prochaine de cette espèce emblématique, sont ravis de l’apprendre. Jusqu’au 8 février dernier, M. Kahoul tenait plutôt un discours inverse.

  • Le « paradoxe » de la Loue

    Le « paradoxe » de la Loue

    Le “paradoxe” de la Loue Presque un an après le naufrage de la Loue, dévastée par les cyanobactéries toxiques, les services de l’Etat ont publié plusieurs rapports officiels et concluent à un état écologique convenable de la célèbre rivière. Difficile d’évaluer quelle est la part de mauvaise fois et d’incompétence dans cette affaire, qui démontre de façon dramatique quel sort l’administration réserve à tous les cours d’eau français.

    Par Philippe Boisson

    Paradoxe Loue

              Les journaux halieutiques parlaient beaucoup de la Loue avant le drame du printemps 2010, ce qui avait tendance à agacer certains lecteurs qui pêchent loin du Doubs. Qu’ils nous pardonnent de remettre le couvert en cette période de crise, car l’exemple de la célèbre rivière est une excellente occasion d’observer la façon de travailler des services de l’Etat, méthode qui s’applique au niveau national. Ainsi la Loue, symbole biologique il y a peu, est passée en quelques mois au statut de désert aquatique. Depuis le redoutable épisode de mortalité des populations de poissons dont nous avons beaucoup parlé au cours des précédents numéros, les services de l’Etat ont présenté le 4 novembre une synthèse de toutes les investigations réalisées cette année concernant ce qui est présenté comme une énigme, sinon comme un paradoxe. En effet, les services administratifs ne comprennent pas comment, dans cette rivière qui a vu sa biomasse pisciaire s’écrouler en quelques mois, les analyses sont – selon eux – bonnes au point de se laisser aller à écrire ceci : “L’ensemble des compartiments biologiques permet de conclure à un bon voire très bon état de la Loue au sens de la DCE sur le secteur concerné.” La DCE, parlons-en…

           La directive cadreeuropéenne sur l’eau (réf. : 2000/60/CE) oblige les Etats membres de la Communauté européenne à atteindre un “bon état écologique” des milieux aquatiques et des bassins versants pour 2015.Cette directive impose des seuils qui relèvent de la chimie, de la biologie et de la physique avec trois composantes majeures qui sont la physico-chimie, l’écologie et l’hydromorphologie. Dans un délai maximal de neuf ans suivant la date d’entrée en vigueur de la directive, chaque district hydrographique (certains étant internationaux) doit produire un “plan de gestion” s’appuyant sur l’état des lieux (résultats des analyses et études de la phase I). 

    La Loue

    Pour ne pas s’opposer aux agriculteurs, pour échapper aux amendes et aux astreintes financières imposées par la DCE, l’Etat cherche par tous les moyens de faire passer le drame des rivières comtoises sur le dos des conditions climatiques et autres causes naturelles.


    Ce plan de gestion doit être en mesure de : 

    – prévenir la détérioration, améliorer et restaurer l’état des masses d’eau de surface, atteindre un bon état chimique et écologique de celles-ci, ainsi que réduire la pollution due aux rejets et émissions de substances dangereuses, 

    – protéger, améliorer et restaurer les eaux souterraines, prévenir leur pollution, leur détérioration et assurer un équilibre entre leurs captages et leur renouvellement, 

    – préserver (restaurer le cas échéant) les zones protégées.

                   Un délai de quinze ans (à partir de l’entrée en vigueur de la directive) est prévu pour atteindre les objectifs de bonne qualité écologique, avec des dérogations possibles dans des conditions précisées par la directive. Une pollution accidentelle temporaire de l’eau ne sera pas retenue comme infraction à la directive si elle était imprévisible, induite par un accident, une causenaturelle ou un cas de force majeure.Dans le cas où le bon état écologique ne serait pas atteint, les Etats devront payer des pénalités. L’Etat français, cancre au niveau européen en matière de protection de l’environnement, est dans le collimateur de la Commission européenne. Le risque d’un contentieux communautaire sur les nitrates existe en Bretagne : suite à la saisine de la Cour de justice des Communautés européennes du 21 mars 2007, la France encourait 28 millions d’euros de pénalités immédiates et 117 000 euros d’astreinte par jour.En raison de la proposition d’un plan d’action “Nitrates”, la Commission européenne a renoncé à son recours. Le prix de ce plan est de 86 millions d’euros, mobilisables sur cinq ans afin de ramener à la norme le taux en nitrates des eaux de neuf bassins versants. La France encourt toujours une condamnation qui pourrait tomber avant la fin de cette année. Dans l’affaire de la Loue, le discours du préfet du Doubs, en parfaite harmonie avec celui du directeur général de l’Office national de l’eau et des milieux aquatiques (Onema), évoque un malheureux concours de circonstances qui implique plusieurs causes naturelles, parmi lesquelles le manque de pluie, la forte chaleur dès le mois d’avril et une forte luminosité, qui seraient à l’origine d’un développement exceptionnel de cyanobactéries tueuses, responsable de la disparition de plus de 80 % des poissons adultes de la haute et moyenne Loue.

                   Il faut prêter une oreille attentive à chaque mot des déclarations officielles en pareil cas. En effet, les pénalités ne s’appliquent pas lorsque les causes d’un mauvais état écologique sont dues à des causes naturelles… Clairement, l’Etat cherche par cette pirouette à se dédouaner de la DCE. Par la même occasion, cela leur permet de ne pas s’opposer à l’agriculture et ses épandages qui recouvrent littéralement la Franche-Comté à la fin de l’hiver, et qui sont en grande partie responsables de ce désastre. Ce comportement est tout simplement honteux. Les analyses physico- chimiques officielles sont étonnement “raisonnables” en ce qui concerne la Loue. Pourquoi ? Le débat touche le protocole d’analyse. Selon les agents de l’administration interrogés, les avis divergent sur la nature des prélèvements.D’une part, la présence de nitrate fluctue régulièrement en fonction d’un nombre important de facteurs.D’autre part, un prélèvement en eau libre ne révèle pas les mêmes taux qu’un échantillon provenant d’une zone morte asphyxiée par les algues vertes. Cela soulève une autre question. Les analyses ponctuelles suffisentelles à révéler la présence ou l’absence de tel ou tel polluant ? La plupart des spécialistes indépendants consultés (hydrobiologistes notamment et personnel de l’Onema) sont unanimes pour émettre des réserves à propos de ce protocole. Ces mêmes spécialistes admettent tous qu’un contrôle en continu serait beaucoup adapté.L’Agence de l’eau de Picardie dispose depuis peu d’un laboratoire mobile qui permet de faire des analyses sur une période de plusieurs semaines. Ce type de matériel serait très utile pour comprendre le (faux) paradoxe de la Loue. Cela éviterait à l’administration d’écrire des inepties et à cette pauvre rivière de mourir définitivement, “protégée” par ses bourreaux. Le “paradoxe” de la Loue n’est pas celui que veut nous faire gober l’administration. Ce serait plutôt celui qui les pousse à protéger l’environnement en faisant exactement le contraire.

    Loue pêche electrique

    Cet été (ici en aval d’Ornans), les agents de l’Onema ont eu bien du mal à trouver des poissons adultes dans la Loue. Le résultat de cette pêche électrique confirme la rumeur. Environ 90 % des poissons adultes sont morts en quelques mois.

    Nous publions ici deux extraits des rapports officiels de l’Onema et de la Mission inter-service de l’eau (Mise) rendus publics début novembre.

    • Onema.

     Etude de la qualité piscicole sur quatre stations de la Loue Les inventaires quantitatifs réalisés au mois de juillet 2010 sur quatre stations de la Loue avaient pour objet d’évaluer l’état des peuplements de poissons de cette rivière. Ces inventaires réalisés selon le même protocole que l’étude de 1998-1999 permettent une comparaison des données. Les deux campagnes ne constituent pas et ne remplacent pas une série chronologique de données sur les mêmes stations et ne permettent pas de prendre en compte les variations inter-annuelles naturelles rencontrées sur ce type de cours d’eau ainsi que les variations dues à l’échantillonnage. Il s’agit de deux “photographies” instantanées des peuplements à dix ans d’intervalle. Outre la réactualisation de l’état de connaissance des peuplements piscicoles sur quatre stations de la Loue, l’objectif était de tenter d’identifier quantitativement l’impact des mortalités observées au printemps 2010, indépendamment de la dynamique naturelle des populations et de la variabilité instrumentale liée à l’échantillonnage. L’analyse des données et des investigations complémentaires ont été réalisées d’août à octobre 2010. Les principales conclusions de l’étude de la qualité piscicole sur la haute Loue sont résumées ci-après. 

    Ce que l’analyse des données permet de dire 

    • Truites 

    De façon générale, par rapport à 1998-1999, la truite a régressé sur toutes les stations d’étude. La régression est significative sur la station de Mouthier-Haute-Pierre tant en nombre de poissons qu’en poids total. Elle est forte sur les masses de truites à Ornans et très forte sur la station de Cléron, elle est également significative sur la station de Lombard. La présence de truites reste loin du potentiel de ce type de cours d’eau tant en masse qu’en nombre. On retiendra qu’en termes de poids total, sur les stations de Cléron, d’Ornans et de Lombard, la truite ne présente environ que 20 à 25 % du potentiel que la rivière peut accueillir sur ces secteurs. De faibles succès de reproduction sont constatés pour la truite, avec des densités d’alevins de l’année bien en deçà de ce que pourrait produire ce type de milieu. Ces faibles densités pourraient également être imputables à des mortalités anormales de cette classe d’âge.

    • Ombres 

    Par rapport à 1998-1999, les populations d’ombres communs ont moins régressé que celles de truites. Les densités d’ombres sont comparables sur Cléron, elles sont en régression sur les autres stations. En termes de masses de poissons, la tendance est différente, avec une augmentation à Mouthier et Cléron et un net déficit sur Ornans et Lombard (– 80% du potentiel théorique).

    • Autres espèces Concernant les autres espèces, notamment les petites espèces (chabot, vairon, loche…), l’étude montre qu’il n’y a pas de différence significative pour le chabot entre 1998-1999 et 2010 et que cette espèce, en dehors de la station de Mouthier-Haute- Pierre, se trouve dans une situation conforme à la capacité théorique du milieu. Il est à noter que les densités numériques ont diminué depuis les années 1970 et que la population des jeunes de l’année est faiblement représentée en 2010. Pour ce qui est des loches franches et des vairons, on notera surtout la baisse sur la station de Cléron pour les deux espèces. Cependant, cette information est à prendre avec certaines réserves, étant donné les faibles efficacités de pêche. L’impact des mortalités piscicoles observées au printemps 2010, notamment sur les secteurs d’Ornans et de Cléron, met en exergue une détérioration du peuplement piscicole déjà diagnostiquée en 1999. En effet, des modifications des peuplements sont observées par rapport au référentiel, mais aussi par rapport à la structuration observée dix ans auparavant.On observe également une érosion des densités de poissons depuis les années 1970.
    Par rapport à l’étude de 1999, les stations choisies comme témoins vis-à-vis des mortalités de 2010 présentent des altérations et des déficits (truites, à Mouthier notamment). Cela rend difficile l’imputation de la régression de certaines espèces aux seules mortalités observées au printemps 2010.

    • Rapport officiel de la Mission inter-services de l’eau Les notes concernant l’analyse détaillée des résultats physico-chimiques et hydrobiologiques d’où sont extraites ces conclusions seront prochainement disponibles sur le site Internet www.doubs.equipement.gouv.fr 

    Contexte et problématique

     La Loue a fait l’objet, de sa source jusqu’au secteur de Quingey, durant le printemps 2010, de phénomènes de mortalité piscicole, accompagnés de proliférations de cyanobactéries qui ont perduré jusqu’en été. Une analyse des données physico-chimiques ainsi qu’une étude des différents compartiments biologiques de la rivière (diatomées, macrophytes et macroinvertébrés benthiques) ont été menées afin de suivre l’évolution de la qualité spatio-temporelle du cours d’eau et ainsi d’appréhender l’existence d’un dysfonctionnement éventuel de l’hydrosystème. Les données physico-chimiques correspondent à deux stations de la Loue appartenant au réseau de contrôle de surveillance de la DCE : Mouthier-Haute- Pierre et Chamblay (située dans le Jura, à quelques kilomètres de la limite départementale).Les données hydrobiologiques concernant les diatomées, les macrophytes et les macro-invertébrés, sont issues de deux stations de mesure existant sur le secteur concerné : Mouthier- Haute-Pierre (appartenant au réseau de contrôle de surveillance de la DCE) et La Piquette à Châtillon-sur- Lison (appartenant au réseau de sites de référence de la DCE). Cette dernière station n’est plus suivie depuis 2007, date de fin du suivi du réseau de sites de références ; toutefois, des analyses de macro-invertébrés ont été menées par la DREAL cet été 2010 afin de disposer de données comparatives.Des données plus anciennes ont également été étudiées pour le compartiment macro-invertébrés (données patrimoniales de 1973 à 1984 et de 1990 à 2006) afin de suivre l’évolution emporelle de la qualité de la rivière.Données physico-chimiques. Les résultats (non validés) des analyses physico-chimiques réalisées au cours de l’année 2010 sur la station de Mouthier-Haute- Pierre dans le cadre du RCS(réseau de contrôle de surveillance) permettent de compléter le diagnostic réalisé en juin 2010. En ce qui concerne les macropolluants (fréquence d’analyse bimensuelle), les résultats obtenus au cours des quatre premières campagnes de l’année confirment le très bon état des eaux vis-à-vis des paramètres ammonium, nitrites, phosphates, phosphore total, DBO, carbone organique. Les teneurs en nitrates, comprises entre 5,3 et 7,9 mg/l, restent du même ordre de grandeur que les années précédentes.Direction régionale de l’environnement de l’aménagement et du logement Franche-Comté Besançon, le 2 novembre 2010 Sur les 250 à 300 molécules de pesticides dosées dans l’eau en 2010 (fréquence mensuelle ou trimestrielle), aucune n’a été quantifiée entre janvier et août.
    Les métaux sur eau (fréquence trimestrielle) sont soit non quantifiés, soit inférieurs à la limite guide de bon état.Les 41 substances de l’état chimique sont suivies de façon mensuelle en 2010.On observe une quantification uniquement pour cinq molécules de HAP lors d’une seule campagne, sans dépassement des valeurs maximales admissibles. La concentration moyenne reste à évaluer. Pour les autres micropolluants organiques suivis (100 à 170 molécules), on observe une quantification de molécules seulement pour une campagne sur les huit menées pour quatre molécules de HAP, et l’EDTA, mais qui demeurent en bonne qualité, selon les valeurs guides, pour quatre de ces molécules et en qualité moyenne pour une molécule de HAP. L’analyse des données physico-chimiques de l’année en cours ne met donc pas en évidence de dysfonctionnement flagrant sur cette station. Les mêmes analyses sont réalisées sur la station de Chamblay sur la Loue dans le Jura. Les résultats obtenus donnent la même image que celle obtenue à Mouthier-Haute-Pierre, à savoir un très bon état pour les macropolluants (nitrates compris entre 2,4 et 8,9 mg/l), pas de quantification des pesticides, une absence de contamination par les métaux sur eau, une quantification pour quatre HAP sur la liste des 41 substances dangereuses, sans dépassement des valeurs maximales admissibles, et pour quatre HAP et deux autres molécules dans la liste des micropolluants organiques autres. Sur ce secteur de la Loue, situé plus en aval du secteur affecté par les mortalités piscicoles du printemps 2010, on ne met donc pas non plus en évidence de problème lié aux paramètres mesurés lors des campagnes de suivi réalisées. 

    Données hydrobiologiques, résultats et conclusions • Diatomées Sur la station de Mouthier- Haute-Pierre, les notes IBD attestent d’un milieu en bon état (année 2005) à très bon état (année 2006 à 2010) au sens de la DCE. Le peuplement est diversifié et dominé par des espèces sensibles à la pollution, et ne témoigne d’aucune perturbation particulière. La note de 20 et la composition du peuplement obtenues en 2010 (prélèvements réalisés en juillet) sont conformes aux résultats des années précédentes. Sur la station de La Piquette, les notes IBD obtenues de 2005 à 2007 attestent d’un milieu aquatique en bon état au sens de la DCE. Le peuplement présentait alors une cohabitation d’espèces exigeantes et d’espècesrésistantes, qui démontrait la présence d’un léger excès en matières organiques.
    • Macrophytes Les notes IBMR obtenues à Mouthier-Haute-Pierre de 2008 à 2010 correspondent à un milieu peu affecté par les pollutions (niveau trophique faible). Le peuplement est stable dans le temps et la présence d’espèces très sensibles à la pollution démontre que le milieu est de bonne qualité. Il faut toutefois noter la présence massive de l’algue verte Vaucheria sp en 2010, qui progresse depuis 2008. A La Piquette, les notes IBMR obtenues de 2007 à 2009 reflétaient un milieu enrichi en éléments nutritifs (niveau trophique moyen), comme en témoignait aussi la présence d’espèces peu exigeantes, voire polluorésistantes.
    • Macro-invertébrés benthiques A Mouthier-Haute-Pierre comme à La Piquette, les notes IBGN obtenues depuis 1992 attestent d’un très bon état au sens de la DCE. Les notes varient peu dans le temps, la variété taxonomique et le groupe faunistique indicateur sont globalement élevés. Les notes obtenues en 2010 (18 à Mouthier-Haute- Pierre et 19 à La Piquette) sont conformes à celles des années antérieures et ne témoignent d’aucune évolution notable dans le peuplement. L’analyse détaillée des peuplements montre que des taxons polluosensibles tels que les grands plécoptères (Perlidae, Perlodidae) sont collectés régulièrement.Le peuplement apparaît stable au cours du temps, la quasi-totalité des genres collectés en 1973 sont retrouvés actuellement.
    Conclusions La synthèse des données résultant de l’ensemble des compartiments biologiques permet de conclure à un bon, voire très bon, état de la Loue au sens de la DCE sur le secteur concerné.L’étude des compartiments végétaux (macrophytes et diatomées) met en évidence un hydrosystème de bonne qualité avec toutefois un enrichissement en matière organique souligné par les macrophytes au niveau de La Piquette.L’analyse du peuplement macro-invertébrés permet également de conclure à une bonne qualité de l’eau sur ce secteur de la Loue mais aussi à une qualité habitationnelle élevée permettant d’abriter une faune diversifiée. L’analyse poussée met en évidence un peuplement stable et équilibré dans le temps.Suite au rapport de la Mise, l’associationLoue Vive a lancé une campagne d’information destinée au grand public sur les causes et les remèdes qui permettraient de voir la situation s’arranger.
    • Au chevet de la Loue C’est grave docteur ? Oui, en avril et mai 2010, des mortalités très importantes de poissons ont été constatées de Lods à Quingey. Pas seulement les truites et les ombres, qui font la réputation de cette rivière pour les pêcheurs, mais aussi les espèces discrètes comme la loche, le chabot ou le blageon.Quelle est l’origine de cette maladie mortelle ? Les analyses de poissons, de l’eau et du substrat ont montré la présence d’algues bleues, les cyanophycées, dont certaines espèces, comme Oscillatoria, contiennent des toxines du système nerveux et du foie.Pourquoi cette crise a-t-elle eu lieu au printemps ? Les eaux basses, l’ensoleillement, la température ont favorisé le développement de ces algues bleues qui prolifèrent à partir des nitrates et des phosphates présents en excès dans l’eau.

  • Pêche associative, réforme ou complot ? Histoire d’un naufrage.(PS 83)

    Pêche associative, réforme ou complot ? Histoire d’un naufrage.(PS 83)

    Pêche associative, réforme ou complot ? Histoire d’un naufrage.
    Il fallait s’en douter, la pêche associative montre ses limites… Parent pauvre de la chasse, la pêche est gérée par des amateurs qui par définition manquent cruellement de compétence (ce n’est pas péjoratif).

    Il s’agit pourtant de gérer des milieux naturels, avec la Direction de l’Eau et l’Onema comme garde-fou. L’actualité nous prouve une nouvelle fois les limites de ce système à travers une réforme qui n’a pas fini de faire des vagues ! La Fédération nationale pour la pêche en France s’est réunie pour un séminaire qui s’est déroulé du 16 au 18 septembre 2009 à Sainte-Eulalie en Ardèche, intitulé « l’Avenir de la pêche amateur en France », dans une étrange confidentialité. Lors de ces trois journées, la FNPF a présenté une réforme de la pêche de loisir en France.
    Une réforme décidée en petit comité, qui fait beaucoup parler d’elle. Cette façon de faire n’a pas plu à tous ceux qui n’ont eu d’autre choix que de récupérer tardivement (visiblement il y a eu des fuites) le compte-rendu dudit séminaire.

    Il nous semble important de souligner l’importance du principe de transparence dans le monde associatif. Celui des pêcheurs y était habitué, mais les temps ont visiblement changé ! Sur le fond, l’idée d’une réforme de la pêche de loisir en France est une excellente nouvelle, car dans de nombreuses régions françaises chacun fait ce qu’il veut – généralement pas grandchose – dans son coin, dans la plus grande incompétence et sans avoir de comptes à rendre à personne.
    N’oublions pas que la FNPF, ex-Union nationale pour la pêche en France, n’a jamais été en mesure de contrer la perte de près de deux millions de taxes piscicoles en trente ans ! Alors, une réforme n’était pas seulement nécessaire mais obligatoire, avec pour objectif une simplification de la réglementation (souhait du ministère). Dans les faits, la réforme proposée par cette belle institution, qui existe grâce à l’argent de tous les pêcheurs, appelle de notre part plusieurs critiques, autant sur la forme que sur le fond.

    On pourrait nous dire que tout cela relève du procès d’intention si, au moment même où se met en place la réforme, on ne nous donnait des exemples des dégâts annoncés :

    •La réforme en elle-même et la façon dont la FNPF l’impose au monde associatif avec menace de retrait d’agrément pour les AAPPMA dissidentes, absence de transparence, appropriation « sauvage » de compétences techniques, etc.

    •L’ouverture de la pêche du brochet anticipée au 1er mai, qui a fait l’objet d’une consultation publique de la part du ministère tant elle a été mal acceptée dans les régions, ne peut que fragiliser encore les populations de sandres et de black-bass, sans par ailleurs être particulièrement profitable au brochet.

    •Le projet GENESALM remet, quant à lui au goût, du jour la mode des écloseries de truites sauvages, après qu’il a été démontré scientifiquement, à grands coups d’études coûteuses (CSP, Inra, Onema), les dangers de ce principe trompeur et dangereux.
    Par définition, un animal sauvage ne peut s’élever.

    •La réaction d’un président d’AAPPMA, Jean-Christian Michel (AAPPMA de Gréoux-les-Bains sur le Verdon), à travers un commentaire désabusé par la tournure que prend la pêche associative.
    12 •Formaliser une procédure réglementaire de retrait d’agrément à l’encontre des AAPPMA et/ou de leurs responsables.

    •Créer une commission de conciliation nationale chargée de régler les conflits entre fédérations et AAPPMA.

    •Insérer l’halieutisme comme un des fondements de la réglementation de la pêche. » Cela paraît surréaliste, mais telles sont les propositions de la FNPF. Que faut-il comprendre dans cette déclaration, hormis son côté dictatorial ? « Insérer l’halieutisme comme un des fondements de la réglementation de la pêche » : voici une phrase maladroite, certes, mais qui est très lourde de sens. Si l’on pardonne l’emploi d’un mot qui n’existe pas, l’halieutisme, et si l’on considère que son sens désigne ce qui touche à la pêche, alors tout devient clair. La FNPF entend gérer la pêche, les pêcheurs, et non s’embêter avec les milieux aquatiques, les particularités biologiques, les humeurs de telle ou telle espèce de poisson. D’où la réaction envers les arrêtés préfectoraux citée ci-dessus… Or, l’aspect halieutique est indissociable de l’aspect biologique. Nous ne jouons pas au tennis, monsieur Roustan, notre activité implique une étroite relation avec des êtres vivants ! Dans sa vision globale, simple, des choses, la FNPF oublie la réalité de terrain des AAPPMA. Ces associations sont très différentes les unes par rapport aux autres.

    Il y a celles qui gèrent des parcours appartenant au domaine public, alors que d’autres doivent composer avec les contraintes du domaine privé. Pour ce second cas, l’existence de ces associations est souvent complexe, impliquant des rapports avec des dizaines de propriétaires riverains à qui il faut payer les baux. L’existence de certaines AAPPMA ne tient qu’aux bonnes relations entre le président et quelques propriétaires.

    Ce sont des situations précaires où tout peut s’arrêter sur un simple malentendu. Les personnes qui gèrent bénévolement ces associations ont un rôle ingrat, difficile, quimérite plus de respect qu’une volonté imposée par la force.

    La FNPF est en passe non seulement de mettre le feu aux poudres, mais s’affaire surtout à scier la branche sur laquelle elle est assise, d’une part en retirant des agréments, mais plus encore en décourageant les bonnes volontés. L’ensemble des mesures proposées par la FNPF ne serviront pas à freiner la chute des ventes de permis, au contraire, tout concorde pour une nouvelle baisse. C’est ce que nous démontrons dans ce dossier. Certes, il serait plus simple de déverser en masse des poissons d’élevage dans les rivières pour contenter les pêcheurs.
    C’est sans doute l’un des plans imaginés par la FNPF.

    Le projet GENESALM est d’ailleurs une façon déguisée de déverser des truites, qu’on nous présente comme sauvages pour contenter les pêcheurs. La FNPF est une sorte de république banannière, où l’on ignore les lois, où l’on impose ce que l’on veut et où l’on prend la nature pour un terrain de sport collectif sans vie. A travers cette réforme, la FNPF se fait immanquablement l’ennemi de l’Onema, des Diren, bref de l’Etat.

    C’est une honte pour le monde de la pêche, pour tous ceux qui se sentaient impliqués, responsables, dans la sauvegarde des milieux aquatiques, dans la détection des pollutions, des agressions en tout genre que subit l’environnement aquatique.
    Les naturalistes pêcheurs, sensibles à la qualité des milieux, ne peuvent qu’être déshonorés par ce que met en place la FNPF en ce début d’année. Quelle image donnerons-nous aux autres acteurs du bord des cours d’eau et des lacs ? Jean-Marc Theusseret

  • Effet du réchauffement climatique sur la température des eaux et la vie aquatique.

    Effet du réchauffement climatique sur la température des eaux et la vie aquatique.

    Il est maintenant clairement établi que le réchauffement récent de notre planète péjore le maintien de notre biodiversité. Les milieux aquatiques souffrent fortement de toute modification de leur température.
    En d’autres termes, nos truites transpirent ! A tel point qu’elles risquent souvent l’insolation.
    Avant d’expliquer l’impact de ces modifications environnementales sur les équilibres écologiques, détaillons tout d’abord le fonctionnement et les caractéristiques thermiques de nos hydrosystèmes.
    Par Sylvain Richard et Guy Periat

    Qui ne s’est jamais baigné dans un cours d’eau ? Quel pêcheur n’a-t-il jamais rempli ses bottes ? S’il est évident qu’il est moins désagréable de prendre l’eau en été qu’en hiver, vous aurez remarqué que la température de certains cours d’eau devient toujours plus supportable avec l’avancement de la saison.
    En lac ou en mer, les zones littorales sont toujours plus tempérées. En revanche, le plongeon en pleine eau rappelle à son auteur que les couches profondes deviennent très vite glaciales ! A prioribanale, la température de l’eau est pourtant le premier paramètre évoqué au contact du milieu liquide : Ouah ! C’est froid ! Bof ! C’est de la soupe ! Voyons donc de plus près les facteurs qui la conditionnent et l’influencent.

    L’eau, une molécule exceptionnelle ! 

    S’il est aisé de comprendre que le soleil réchauffe progressivement des plans d’eau immobiles, il est utile de rappeler, pour bien décrire le fonctionnement thermique des lacs, que l’eau possède des propriétés physiques exceptionnelles.
    En effet, sa densité ne suit pas les règles universelles de la matière sur Terre ! La densité d’un élément désigne le nombre de molécules contenues dans un volume donné. Plus l’espace entre les molécules est faible, plus elles sont nombreuses et donc plus le poids de l’élément qu’elles composent dans ce volume est élevé. Cet espace est proportionnel à la température.
    Une matière froide est ainsi toujours plus lourde qu’une matière chaude. En d’autres termes, en se refroidissant, un liquide sera toujours plus froid en profondeur qu’en surface.
    Et s’il fait encore plus froid, les molécules seront tellement serrées qu’elles ne pourront plus être déplacées : c’est la solidification.

    Les bras des forgerons sont  là pour en témoigner ! On  obtient alors un élément  solide très dense, qui va  donc couler s’il est plongé  dans ce même élément  liquide.
    Eh bien, ce n’est pas le cas  de l’eau ! Grâce à la forme  particulière de sa molécule,  la solidification provoque  un arrangement précis qui  procure à l’eau solide une  densité plus faible qu’à  l’état liquide. En conséquence,  la glace flotte dans  nos verres ! La densité la  plus importante de l’eau se  trouve en réalité à + 4 °C.
    Ce qui explique pourquoi  les masses d’eau très profondes  ont une température  constante de + 4 °C  dans leurs abysses. En revanche, en surface, la température varie en fonction de l’excitation des molécules que leur confère la chaleur du soleil. A l’échelle d’une journée ensoleillée, la température maximale apparaît ainsi en fin d’après-midi, lorsque la masse d’eau a accumulé un maximum d’énergie.

    Après stratification, on mélange tout.

    En fonction de la saison, le réchauffement des masses d’eau par le soleil atteint plus ou moins de profondeur, jusqu’à une zone de transition que l’on appelle thermocline. En été, la couche la plus chaude est donc toujours en surface.
    La température de la masse d’eau évoluant verticalement selon la profondeur, les couches profondes sont froides et lourdes. En cas de stratification thermique, il n’y a donc aucun brassage, car chaque couche possède sa propre densité et reste dans sa gamme de profondeur.
    Sous nos latitudes, les variations saisonnières vont permettre un mélange des tranches d’eau. En effet, dès que l’eau de surface atteint + 4 °C, en début ou en fin d’hiver généralement, elle s’enfonce et provoque ainsi le brassage des eaux du lacs, qui va permettre le renouvellement des couches profondes. On appelle ce phénomène la “tourne” des lacs. Il intervient plusieurs fois par hiver sur les petits plans d’eau et seulement tous les dix à vingt ans sur les plus grands, en fonction des conditions climatiques.
    Evidemment, la situation n’est pas si simple en réalité.
    En fonction de la forme du lac, de sa profondeur, de ses affluents, du vent, etc., des courants se forment et participent également au mélange des eaux. En mer, ce phénomène est bien connu et répond, à l’échelle du littoral, aux forces des marées et, à l’échelle de l’hémisphère, aux forces de Coriolis.

    Tout se complique en cours d’eau… 

    La température d’un cours d’eau n’est pas un paramètre stable. D’une manière générale, elle va évoluer et se réchauffer de l’amont vers l’aval. Plus on s’éloigne des sources, plus la rivière s’élargit et s’assagit. En conséquence, plus on s’approche de l’embouchure, plus le cours d’eau reçoit de la chaleur solaire. Comme en plan d’eau, les températures varient d’une manière journalière et les maxima sont atteints en fin de journée.

    De légères différences thermiques peuvent être observées entre les courants rapides et les calmes. Ici, la densité de  l’eau joue un rôle moindre,  excepté dans les très  grandes fosses. Ces principes  généraux ne sont  cependant pas les seuls à  conditionner la température  des cours d’eau et un  certain nombre de phénomènes,  aux mécanismes  complexes, entrent en jeu.
    Tout d’abord, il est important  de rappeler qu’un  cours d’eau n’est que la  face visible des réseaux  hydrographiques. En effet,  la grande éponge à précipitations  que constitue le sol  est à l’origine du courant  permanent de chaque  fleuve, rivière ou autre petit  ru. Ainsi, en fonction de l’altitude,  de la latitude et de  l’impluvium des bassins versants,  le sol n’a pas la  même température. Les  sources qui en jaillissent  sont de moins en moins  froides plus on s’approche  de la mer ou des tropiques.
    En milieu calcaire, cela se  complique grandement.

    Les réseaux d’écoulement  souterrain peuvent en effet  fournir tout au long des  cours d’eau des résurgences  à températures  fraîches et constantes toute  l’année.
    Enfin la nature, la couverture  et la couleur des sols  des bassins versants  influent logiquement sur  l’eau qui ruisselle. Un orage  sur une zone urbaine en  plein mois d’août aura tendance  à amener de l’eau  chaude, tandis qu’une crue  estivale résultant d’une  dégradation météorologique  classique refroidira  les eaux de surface d’une  région. Et un épisode de  grêle pourra faire perdre  plus de 10 °C à un cours  d’eau en quelques dizaines  de minutes seulement !  

     La température  de l’eau et les processus  chimiques.
    La solubilité des gaz et  autres éléments est dépendante  du nombre de molécules  auxquelles ils peuvent  s’associer. La température,  qui régit la densité de la  matière, joue donc un rôle  essentiel dans leur concentration.
    L’exemple le plus  connu est celui de l’oxygène :
    à pression identique, plus  une eau est froide, plus elle  aura une concentration élevée  en oxygène. Comme la  pression dans la bouteille  d’eau minérale, la température  est donc fondamentale  à la dissolution des gaz.
    Il est donc logique de voir  “piper” des poissons maintenus  dans un vivier trop  petit et qui a été exposé à  un air ambiant chaud. Ils  cherchent à avaler de l’air,  afin que l’oxygène, qu’ils ne  trouvent plus sous forme  dissoute, diffuse au travers  de leur tube digestif. En  effet, certaines espèces  (loche, tanche…) sont capables  de compenser, jusqu’à  un certain point évidemment,  le manque d’oxygène  dissout par “respiration” stomacale.
    Les rassemblements  anormaux de poissons aux  embouchures des petits  affluents frais des grands  cours d’eau en période de  canicule s’expliquent donc :
    ils cherchent des bouffées  d’oxygène !  Enfin, il est important de  noter que certains polluants  (cyanures, nitrites…)  voient leur concentration et  leur toxicité augmenter  avec la température de  l’eau.


    Une activité des  organismes aquatiques  dépendante de  la température de l’eau.
    Animaux à sang froid, l’activité  physiologique des  organismes aquatiques  dépend directement de la  thermie de leur environnement.
    La digestion, la respiration,  la production et la  maturation des gonades, la  croissance, mais également  la nutrition, la reproduction  ou encore les déplacements,  sont régis en grande  partie par la température  de l’eau.
    Les différentes espèces  aquatiques se sont progressivement  adaptées à leur  milieu de vie et certaines  montrent des préférences  pour les eaux froides, alors  que d’autres ne vivent  qu’en eaux chaudes.
    Si l’on prend l’exemple des  poissons, l’omble chevalier  a besoin d’une température  de l’ordre de 4 à 5 °C pour  se reproduire. A ces thermies,  la carpe ou la tanche  sont totalement inactives,  enfouies dans les sédiments,  et doivent attendre  18 à 22 °C pour frayer. En  hiver, il n’est pas rare d’observer  des milliers de cyprinidés,  agglutinés en bancs  immobiles là où la rivière  est la moins froide, tamponnée  par une résurgence  de nappe ou particulièrement  bien exposée au  timide soleil d’hiver… En  revanche, les truites, qui  attendent une température  de 6 °C en automne pour  lancer les hostilités de la  reproduction, seront en  pleine activité.
    Chaque espèce possède  ainsi une gamme de températures  optimales pour  son développement. On  parle alors de “température  de confort” pour indiquer la  valeur au-dessus ou en dessous  de laquelle l’individu  commence à “souffrir “.
    Pour les Cyprinidés (gardons,  carpes, barbeau…),  on peut retenir comme  température de confort  maximale environ 25 °C.
    Les Salmonidés (truite,  ombre…), en revanche, sont  soumis à un état de stress  physiologique lorsque l’eau  dépasse 20 °C. Au-delà de  ces seuils, les organismes  subissent une diminution  de leurs fonctions vitales et  réduisent leur activité alimentaire.
    Lorsque la température  augmente encore,  elle peut entraîner à plus  ou moins court terme la  mort de l’individu : il s’agit  de la “température létale”.
    Elle peut être estimée à  27 °C pour les Salmonidés  et 30 °C pour la plupart des  Cyprinidés.
    Certaines espèces sont  cependant plus résistantes :
    le poisson-chat (34 °C) ou  la perche (32 °C).


    Une présence ou  une absence expliquée  par la température. 

     Ces préférences pour des  gammes de températures  bien précises expliquent  pour une grande part la succession  longitudinale des  espèces au sein des cours  d’eau. Logiquement, celles  d’eau froide comme les  Salmonidés, le chabot ou la  lamproie de Planer, se rencontrent  dans la partie  amont des rivières et, au fur et à mesure du réchauffement  des eaux, elles sont  progressivement remplacées  par des espèces plus tolérantes,  comme la vandoise,  le barbeau, ou encore le brochet  et la brème.
    Certes, la température n’est  évidemment pas le seul facteur  qui explique cette succession  biologique. En outre,  les inversions thermiques  provoquées par l’embouchure  d’affluents froids ou la  présence d’importantes  résurgences karstiques compliquent  leur logique d’apparition.
    Si bien qu’il est  parfois difficile de comprendre  l’assemblage des biocénoses  en place. Les travaux  de l’université de Franche-  Comté, dans les années  1970, ont par chance permis  d’y voir plus clair sur la structuration  des peuplements  aquatiques de nos cours  d’eau et ont montré que la  température de l’eau  explique à elle seule plus de  50 % de la variabilité longitudinale  des peuplements !  Dans les plans d’eau également,  les espèces s’organisent  en fonction de la  température, même si là  aussi d’autres paramètres  comme la qualité des  caches et des abris, ou  encore la quantité de nourriture,  influencent grandement  leur distribution  spatiale. Ainsi, les petits gardons  vont se déplacer en  suivant les couches d’eau les  plus chaudes de surface,  sans rechercher un type  d’habitat particulier. De  même, en été, les truites de  lac vont rechercher les  couches les plus fraîches en  profondeur, alors qu’en hiver  ces mêmes truites iront  chasser en surface, juste  avant ou après leur migration  de reproduction. Enfin,  les corégones surferont  sur la thermocline, à la  recherche de plancton.

    La notion de métabolisme  thermique.

      Les processus évolutifs qui  conditionnent le contexte  thermique des milieux aquatiques  sont très complexes.
    Ils interagissent les uns par  rapport aux autres, à différentes  échelles d’espace et  de temps. Les hydrosystèmes  présentent donc un  véritable métabolisme thermique.
    Celui-ci influence les  grands équilibres chimiques  de l’eau. Il détermine les  caractéristiques biologiques  des milieux aquatiques. Il  régit la distribution des  espèces. La température est  donc véritablement l’épée  de Damoclès de nos lacs et  cours d’eau. Il apparaît ainsi  fondamental de préserver  leur intégrité thermique si  l’on veut protéger ou restaurer  leurs fonctionnalités. Le  réchauf- fement climatique  semble donc être un fléau  pour la sauvegarde de nos  poissons. Mais est-il le seul  responsable de l’état fiévreux  de nos hydrosystèmes ?  Existe-il des solutions pour  prévenir cette tendance inéluctable  ? Tant de questions  auxquelles nous nous  devrons de répondre dans  un prochain article.