Catégorie : Environnement

8’6 rend compte de l’état de nos rivières, mouvements pour la préservation des rivières, analyse de notre ecosystème halieutique à préserver.

  • OFB, des effectifs qui fondent plus vite que la mer de glace !

    OFB, des effectifs qui fondent plus vite que la mer de glace !

    Pour répondre à l’urgence écologique, le Président Macron a jugé bon d’officialiser le lancement de l’Office Français de la Biodiversité (OFB) le 13 février dernier dans un lieu hautement symbolique, Chamonix, au bord de la mer de glace, même si elle n’a plus de mer que le nom. Choisir l’une des vallées les plus polluées de Franc était audacieux, mais il faut savoir que le Président était par ailleurs en Haute-Savoie à ce moment là et que cela permettait donc de faire d’une pierre deux coups.  L’inauguration s’est donc organisée dans la panique à moins d’une semaine de l’évènement. Et c’est 360 directeurs nationaux, régionaux, chefs de services, chefs d’unités territoriales, y compris depuis l’Outre-Mer, qui ont été sommés de venir gonfler les rangs de cette belle mascarade pour montrer aux médias qu’en France, on ne badine pas avec l’environnement. Le coût de cette opération, estimé à 400 000 euros fait tousser les agents, ceux qui n’ont pas été invités et à qui l’on supprime des moyens : sous effectifs, véhicules, équipement, etc. Un peu embarrassé par cette grand messe qui n’a pas grand chose d’écolo, la direction de la com de l’OFB tente de rassurer en annonçant que “l’OFB mettra en place un dispositif de compensation carbone intégral de l’événement”. Les agents devront-ils circuler à vélo pendant deux ans, le temps que la nature leur pardonne cette excessive démonstration, avec sa longue brochette de gradés alignés derrière le Président ?

    L’OFB est né de la fusion de l’éphémère l’Agence Française de la Biodiversité (AFB, ex-Onema) et de l’Office national de la Chasse et de la Faune Sauvage (ONCFS). Dans notre pays, il existe une volonté politique, surtout constatée depuis les mandats de Sarkosy de tuer dans l’œuf la défense de l’environnement. Rappelez vous le même président dire “l’environnement, ça commence à bien faire”. Rappelez vous l’astrophysicien Hubert Reeves, propulsé président d’honneur de l’AFB, alors plein d’espoir pour la sauvegarde la biodiversité. Mais l’AFB n’a jamais eu les moyens nécessaires pour faire son boulot, et surtout pas dans le cadre de la Directive Cadre sur l’Eau pour prouver que le “bon état écologique” des masses d’eau n’a pas été atteint dans les délais imposés par l’Europe. L’AFB  a toujours été perçu comme un frein au développement de l’agriculture intensive à laquelle sont liés tous les lobbys de l’agro alimentaire. L’Etat n’aime pas se tirer des balles dans le pied. Le gouvernement Macron reste malheureusement dans la lignée des gouvernements précédents (de droite comme de gauche) en matière de sauvegarde de l’environnement.

    Un peu partout en France, des agents de l’OFB ont manifesté à visage masqué durant cette cérémonie accusée de montrer l’Office sous un faux visage. Entre discours officiels et réalité sur le terrain, il y a un monde, un monde qui fond plus vite encore que le glacier de la mer de glace.

  • La production de biogaz par méthanisation, une grosse menace pour l’eau

    La production de biogaz par méthanisation, une grosse menace pour l’eau

    Valoriser des déchets organiques pour en faire du biogaz et donc de l’énergie verte, voilà les promesses de la méthanisation. Ce procédé répond à l’objectif des 23 % d’énergies renouvelables que s’est fixé l’Etat avec l’éolien, la géothermie et l’hydroélectrique. On connaît les méfaits de l’hydroélectrique sur les cours d’eau et notamment sur les têtes de bassins (marnages, rétention des sédiments, augmentation de la température dans les bassins, segmentation des cours d’eau, etc.). On sait également que les petites unités ne produisent que 0,1 % de la production nationale et qu’en revanche les dégâts imposés aux cours d’eau sont eux très importants. On sait également que pour les propriétaires de ces petites micro-centrales, c’est une manne car l’électricité est vendue à EDF avec obligation d’achat pendant 20 ans à un tarif souvent majoré.

    L’hydroélectricité est très mal vue des défenseurs de l’eau car elle impact physiquement les cours d’eau. On pourrait alors penser que la méthanisation, défendue par plusieurs ministres de l’environnement, constitue une bien meilleure solution en matière de développement durable, de préservations des eaux de surfaces et souterraines, mais il n’en est malheureusement rien. Souvent présenté de façon schématique, le méthaniseur semble avoir que des qualités. Il transforme du lisier de porc, de vache, en gaz qui lui même est transformé en électricité verte. Voilà pour la com. En réalité, il faut savoir que le lisier, dont l’élevage produit des quantités colossales ne peut méthaniser seul. Pour qu’il se transforme, il faut lui ajouter environ 80 % d’autres déchets. Des déchets verts, mais aussi des déchets de l’industrie agro-alimentaire comme des yaourts périmés, de la pâte à tarte, bref tout ce qui peut se décomposer en fermentant. Et la collecte se fait avec des camions, qui eux roulent au gasoil,  généralement dans un rayon d’une centaine de kilomètres autour de la ferme et de son méthaniseur. Chaque jour, l’ogre doit être alimenté. Chaque jour, c’est la valse des camions sur les routes. Autour des fermes sont épandus les digestats, liquides et solides, très concentrés en azotes, qui seront ensuite épandus autour de la ferme. Il serviront à faire pousser différente plantes dont le maïs, et à alimenter quoi ? Le méthaniseur bien-sûr ! Si les plantes en absorbe une partie, ces digestats très chargés en azote minéral finissent dans les eaux souterraines puis dans les rivières.

    On savait que la méthanisation était une usine à gaz, mais pas forcément qu’elle était à ce point polluante. Pas sûr que leurs défenseurs (essentiellement de gros agriculteurs) ce préoccupe de ce détail, car dans la plupart des cas, le but est de faire de l’argent. La méthanisation est largement subventionnée par l’ADEME. L’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie ferait bien d’y regarder de plus près avant d’accorder des aides, car s’il existe des projets vertueux (avec dessiccation des digestats transformés en granulés pour chaufferie), le reste contribue à augmenter fortement les pollutions localement.

    Pêcheurs, membres d’AAPPMA, méfiez-vous des projets de méthanisation, participez aux débats publics et opposez-vous aux épandages massifs de digestats sur de petites surfaces autour de la ferme, surtout si vous êtes en région calcaires, ou pire karstiques.

     

  • Les rencontres techniques de Normandie Grands Migrateurs

    Les rencontres techniques de Normandie Grands Migrateurs

    Le 19 décembre 2019 ce sont tenues à Pont-Audemer (Eure) les quatrièmes rencontres migrateurs organisées par Normandie Grands Migrateurs. Destinée aux institutionnels et aux professionnels de l’eau, cette journée était néanmoins accessible à toute personne intéressée par le sujet des poissons migrateurs normands. Cette journée bien remplie fut l’occasion de faire le point sur les travaux en cours : arasements ou équipements de seuils dans le cadre de la continuité écologique, suivi en mer de poissons marqués dont on ne connaît encore que peu de chose sur les routes de migration, l’alimentation ou encore, en ce qui concerne la truite de mer, son activité nocturne et diurne en mer. Grâce à des capteurs qui mémorisent les écarts de pression, les scientifiques parviennent à connaître les mœurs quotidien de ces poissons.

    Ce fut également l’occasion de faire le point sur la situation de la Sélune, dont le démantèlement des deux barrages a commencé. Quel avenir pour le saumon dans ce fleuve débarré ? Et quelles possibilités pour les pêcheurs ? Ce serait l’occasion de développer une pêche respectueuse de la ressource et bénéfique pour l’économie locale (guide de pêche, gîtes, restaurants), mais pour cela, un projet doit être présenté et soutenu par différents partenaires.

    Ces rencontres techniques sont une occasion unique de réunir durant une journée l’administration (DDTM, AFB), des scientifiques (cabinets d’étude, INRA), des syndicats d’aménagement, fédérations de pêche et  collectivités. Autant de partenaires qui chacun à leur place, constitue une chaîne le long de la route des grands poissons migrateurs, du plus petit ruisseau, jusqu’en mer.

    © 8’6

    http://normandiegrandsmigrateurs.fr/

  • Artifishal, le film qui montre la vérité sur les élevages de poissons

    Artifishal, le film qui montre la vérité sur les élevages de poissons

    Comment les Etats-Unis d’Amérique, pays des grands espaces, des chaines de montagnes aux milliers de rivières qui coulent encore paisiblement loin des hommes peuvent-ils jouer à ce point aux apprentis sorciers avec les élevages de poissons ? Des poissons destinés aux pêcheurs et indirectement à l’industrie de la pêche de loisir. Ces poissons font encourir de gros risques aux populations de poissons sauvages. En Europe, ce n’est pas toujours mieux, loin sans faut.

    Enfin un documentaire qui dit la vérité sur une activité qui n’est pas sans risque et qui n’est pas aussi innocente qu’on veut bien nous le présenter.

  • Le Léguer en fête durant tout l’été !

    Le Léguer en fête durant tout l’été !

    Du 22 juin au 8 septembre, la vallée du Léguer (Côtes-d’Armor) sera en fête. Une très longue fête durant tout l’été pour découvrir des expos photos, des peintures, des visités guidées, sans oublier la soirée de lancement qui aura lieu le 22 juin au Vieux-Marché, avec la projection d’un superbe film d’Alain Morizot tourné en grande partie sur le Léguer : »Rivières sauvages et pêches sportives en France : la Vis et le Léguer ». Renseignements : www.lannion-tregor.com ou https://www.facebook.com/SeasonsTV/videos/365869414225156/

  • Pétition contre la commercialisation du saumon des Gaves

    Pétition contre la commercialisation du saumon des Gaves

    « STOP À LA PÊCHE COMMERCIALE DU SAUMON DE L’ADOUR »

    Voici une pétition qui devrait intéresser tous les amoureux des Gaves et de ses saumons (et bien d’autres encore).

    Voir la pétition.

     

  • Plainte apron, l’agriculture dans le collimateur

    Plainte apron, l’agriculture dans le collimateur

    Le 28 novembre dernier, lors de son 38ème comité de la Convention de Berne était examiné au parlement européen de Strasbourg le cas de l’apron du Rhône (Zingel asper). Petit récapitulatif : en 2011 Pro-Natura une ONG suisse a déposé une plainte contre les Etats suisse et français auprès du Conseil de l’Europe à Strasbourg pour non application de la Convention de Berne vis-à-vis de l’apron du Rhône sur le Doubs. Le petit percidé est endémique du bassin du Rhône classé par l’UICN “en danger critique d’extinction”. En 2012 le collectif SOS Loue & Rivières Comtoises s’est associé à cette plainte suisse en y ajoutant la Loue qui accueille encore quelques petites populations dispersées d’aprons. En 2013, le comité permanent a désigné un expert, Jean-Claude Philippard, qui a confirmé les nombreux dysfonctionnements des cours d’eau, à l’origine de la presque disparition du petit poisson.

    Jusqu’à cette journée du 28 novembre à l’occasion de ce 38ème comité de la Convention de Berne à Strasbourg, l’agriculture ne subissait quasiment aucune pression diplomatique par le fait que le rapport Philippard l’avait traité de manière trop succincte. Les 47 pays membres du conseil de l’Europe sont signataires de la Convention de Berne créée en 1982. Mais ce 38ème comité a bien compris que la situation de l’apron ne pourra s’améliorer sans efforts venant du monde agricole dans les deux pays. Son rapport conclue en ces termes :

    Étant donné que la situation désastreuse de l’apron ne s’est pas améliorée et que la plupart des projets autorisés doivent encore être mis en œuvre sur le terrain, et compte tenu des obstacles devant encore être surmontés à tous les niveaux, le Comité décide de maintenir le dossier en attente. Le Comité permanent exprime par ailleurs sa préoccupation à l’idée qu’aucune mesure n’a été prise pour prévenir toute nouvelle forme de pollution due à l’agriculture et à la sylviculture et demande que des mesures visant à contrôler et réduire ces dernières soient ajoutées à l’éventail de mesures : par exemple, une application plus stricte de la législation en vigueur relative à l’agriculture, et la création d’une carte des zones sensibles du bassin hydrogéologique du Doubs qui sont particulièrement sensibles à l’utilisation d’agents potentiellement contaminants.

    Voici donc une nouvelle pression qui va s’exercer sur les deux administrations, qui devra faire passer le message à un monde agricole peu enclin à prendre les mesures aptes à inverser la tendance à l’aggravation des milieux aquatiques. La fin des quotas laitiers côté français a engendré une intensification des pratiques (+20 % de lait sur la zone AOP Comté). La directive nitrate n’est pas appliquée et la réglementation est toujours inadaptée aux régions karstiques. L’objectif de cette plainte est d’obliger les deux Etats à enfin prendre en compte les particularités géologiques de cette zone, incompatibles avec les pratiques agricoles en place, qui génèrent de colossaux volumes de matière organique toxiques pour les sols, la biodiversité des plantes à fleurs, et les rivières qui connaissent de très forts developpements d’algues filamenteuses, qui asphyxient la vie.A suivre.

  • Le gouvernement piétine la directive cadre européenne sur l’eau !

    Le gouvernement piétine la directive cadre européenne sur l’eau !

    Alors que les Assises de l’eau laissaient présager une préoccupation de l’État aux problèmes de l’eau potable et de l’assainissement, le gouvernement annonce qu’il ne se sent plus obligé de faire appliquer la directive cadre européenne sur l’eau (DCE). Née en 2000 d’une volonté européenne de voir l’état des milieux aquatiques s’améliorer, cette directive avait été accueillie très favorablement par tous les défendeurs des cours d’eau, lacs et milieux humides. L’Europe menaçait les pays mauvais élèves de lourdes amendes en cas de non amélioration. L’objectif était initialement fixé à un bon état pour 2015. Ça laissait tout de même quinze longues années pour mettre en place des programmes d’assainissement, des programmes de renaturation, un changement de certaines pratiques agricoles, etc. Tout n’a pas été mauvais avec cette première tranche, qui pour une fois, a mis l’administration au pied du mur. Rien de tel qu’une date butoir pour voir les cases du calendrier se remplir. Mais vous savez ce que c’est, la France, c’est aussi le pays des dérogations, des cas particuliers (pas forcément les bons…), et bien sûr, notre DCE prévoyait la possibilité de rallonger les délais. Et cela apparaît dès l’article 1.1 de sa constitution :

    1.1 L’article 4 de la directive cadre sur l’eau 2000/60/CE prévoit que les échéances pour l’atteinte du bon état écologique des masses d’eau, à savoir 15 ans après la date d’entrée en vigueur de la directive (soit en 2015), peuvent faire l’objet de reports notamment lorsque « les conditions naturelles ne permettent pas de réaliser les améliorations de l’état des masses d’eau dans les délais prévus ». Ces reports d’échéance ainsi que les motifs doivent être « explicitement indiqués et expliqués dans le plan de gestion de district hydrographique ». Ils sont limités à un maximum de deux nouvelles mises à jour du plan de gestion de district hydrographique, « sauf dans les cas où les conditions naturelles sont telles que les objectifs ne peuvent être réalisés dans ce délai ».

    et le 1.2 est encore plus précis :

    1.2 La transposition française actuelle de l’article 4 de la directive cadre sur l’eau limite le report des échéances fixées pour l’atteinte du bon état des masses d’eau du fait des conditions naturelles à deux mises à jour du document de planification de l’eau (d’une durée individuelle de 6 ans), soit jusqu’à 2027.

    Quant au 1.4, il laisse la porte ouverte à de longues dérives :

    1.4 Les Etats membres se sont accordés sur la notion de conditions naturelles récemment, dans le cadre d’une note validée lors de la réunion des directeurs de l’eau du 4-5 décembre 2017 : ils ne peuvent solliciter de report de délais pour conditions naturelles au-delà de 2027 que lorsque toutes les mesures nécessaires pour atteindre le bon état des eaux ont été mises en oeuvre avant 2027, donc lors des trois cycles prévus par la directive (2009-2015, 2016-2021, 2022-2027).

    Des“conditions naturelles”, il y en a partout. Par exemple, s’il fautdu temps pour constaterles effets d’une amélioration suite à la neutralisation de points de pollutions. Voilà donc la brèche dans laquelle l’administration s’est engouffrée.Vingt-sept ans, ça laisse tout de même beaucoup de temps pour obtenir quelques résultats !Mais au motif fallacieuxque les sur-transpositions de la DCE posentproblème en matière dedroit français, le gouvernement ne souhaite plus respecter cette directive. Cela fait dix-huit ans que cette DCE eau était au cœur du système administratif via les DDT, les EPTB, les Agences de l’eau, l’AFB, la LOIeau, les Epage. Tout ça pour ça ? Mais cette DCE fonctionnait également avec des indicateurs plus que critiquables, qui permettaient d’accorder une très bonne note à un milieu dégradé (nous connaissons des notes de 18/20 concernant les invertébrés dans des rivières où ces bestioles sont en grand déclin). La DCE eau est un double échec, une mascarade, pour une fois de plus faire semblant d’avancer. Elle est la preuve que l’administration n’a pas la possibilité de faire évoluer le monde agricole, la preuve que les lobbies dirigent tout. Le président Macron disait, suite au départ de Nicolas Hulot, « la décision d’un homme n’arrête pas une politique », mais cette politique environnementale n’a jamais commencée. Rien n’est bien sûr proposé pour remplacer le rôle de la DCE, surtout en cette période de grande incertitude concernant le sort d’un établissement public comme l’Agence française pour la biodiversité (AFB) ou l’attribution de certaines compétences aux comcom via la loi Gemapi. Alors que l’eau manque dans bien des régions, ou quelle tombe violemment et dévaste tout ailleurs, l’irresponsabilité politique en matière d’environnement est à l’image de l’ampleur des dégradations !

    Philippe Boisson

  • Le martyre du Doubs

    Le martyre du Doubs

    Pour faire suite à nos articles sur la triste situation du Doubs : Ici s’arrête le Doubs

    -Première version du 1 août : https://www.peches-sportives.com/ici-sarrete-le-doubs/

    -Seconde version du 25 octobre : https://www.peches-sportives.com/ici-sarrete-le-doubs-2/ 

    Nous vous invitons à visionner cette vidéo de Patrice Malavaux : 2018 : Sécheresse et pollution du Doubs

  • Pêche électrique en mer, petits arrangements entre amis…

    Pêche électrique en mer, petits arrangements entre amis…

    Le 16 janvier dernier, dans un vote historique, le Parlement européen votait l’interdiction de la pêche électrique. Les États membres, dont la France, et les négociateurs conservateurs du Parlement sont en train de casser ce vote en catimini.

    Malgré les scandales successifs liés à la pratique de la pêche électrique révélés par l’association BLOOM, les pêcheurs artisans et dénoncés par le Parlement européen (décision illégitime d’autoriser cette pêche en 2007, licences illégales, fausse pêche scientifique, subventions publiques indues etc.), les négociations s’acheminent vers un compromis inacceptable en ce qui concerne la pêche électrique. C’est en tout cas l’avis de Yannick Jadot, membre de la Commission Pêche.

    Le compromis a été discuté le jeudi 4 octobre en réunion à Strasbourg entre les rapporteurs du Parlement, la Commission européenne et la présidence autrichienne du Conseil, propose d’interdire la pêche électrique, mais après le 31 décembre 2021. Mais le ciselage du langage technique permet en réalité non seulement de continuer à pratiquer cette méthode de pêche qui ravage les écosystèmes marins et les équilibres socio-économiques de nos territoires, mais même de l’étendre à l’avenir.

    1) Le compromis affirme que la pêche électrique est interdite mais mentionne immédiatement l’exception du chalutage électrique.

    2) Le chalutage électrique pourra se poursuivre dans la limite actuelle de 5% des flottes de chaluts à perche de chaque Etat membre.

    3) En outre, la pêche électrique faussement scientifique reconnue comme telle par les protagonistes eux-mêmes (les industriels comme le gouvernement néerlandais) et par le CIEM, jouira d’un régime d’exception lui permettant d’être reconduite avec comme seule contrainte de « suivre un protocole scientifique spécifique revu ou validé par le CIEM ». Or le groupe du CIEM travaillant sur la pêche électrique (WGElectra) est largement composé de chercheurs néerlandais rémunérés par le gouvernement et les industriels des Pays-Bas et ouvertement favorables à la pêche électrique.

    Cela signifie que toutes les licences non réglementaires qui ont été accordées au-delà de la limite des 5%, c’est-à-dire 70 licences sur les 84 détenues par les Pays-Bas, seraient ainsi légitimées par le compromis proposé alors que l’instance scientifique européenne (le CIEM), comme j’avais dénoncé avec véhémence le 21 juin 2018 les positions tenues par cette instance et montré qu’elle n’était pas en mesure de formuler un avis scientifique fiable et neutre sur le dossier extrêmement politisé de la pêche électrique.

    4) Le compromis propose en outre que la Commission européenne, qui est à l’origine de la décision immorale d’autoriser une pêche interdite et qui est responsable du chaos européen et de la déconfiture sociale et économique des pêcheurs artisans, soit de nouveau décisionnaire en lien direct avec le CIEM de la possibilité de reconduire les autorisations de la pêche électrique à l’avenir.

    La proposition de compromis n’est pas seulement inacceptable, elle est en contradiction frontale avec la position adoptée par le Parlement européen le 16 janvier 2018 à 402 voix contre 232 en faveur d’une interdiction totale et définitive du courant électrique dans les activités de pêche. Les Verts européens dénoncent avec virulence ce compromis et se battront avec tous députés engagés sur ce combat pour empêcher qu’une décision aussi anti-démocratique soit actée par le trilogue.

    En outre, Yannick Jadot demande « au gouvernement français de dénoncer ce compromis inacceptable pour notre biodiversité et nos pêcheurs artisans. »